Diplomatie franco-italienne

Diplomatie franco-italienne

 

VI, 42

 

1956-1957

 

A Logmyon sera laissé le regne,

Du grand Selin qui plus fera de faict,

Par les Itales estendra son enseigne,

Regi sera par prudent contrefait.

 

"Logmyon" : Ogmios

 

Les Gaulois avaient un emblème de l’éloquence que Lucien admira beaucoup lorsqu’il visita la Gaule dans le second siècle de notre ère. Le Dieu qui, chez eux, personnifiait la force physique et le courage guerrier, représentait aussi, par un double attribut, l’art de la Parole : c’était une sorte d’Hercule, nommé Qgmios. Dans l’irlandais actuel, dérivé du celtique, l’alphabet primitif s’appelle oghum, et l’inventeur de cet alphabet, Ogma. Couvert d’une peau de lion, tenant de la main droite une massue et de la main gauche un arc tendu, Hercule-Ogmios traînait à sa suite une multitude d’hommes attachés par les oreilles. Les liens, qui enchaînaient ces hommes étaient d’ambre et d’or, artistement travaillés ; ils partaient de la bouche et de la langue même du dieu : celui-ci souriait à ses auditeurs captifs, et ceux-là, pleins d’enthousiasme pour leur guide, se réjouissaient d’être enchaînés. Le génie de l’ancienne race gauloise éclate dans ce symbole qui unit la vigueur physique à la puissance de l’esprit. C’est là le mot de Caton réalisé : « Les Gaulois ont une double ambition, bien parler et se bien battre. » Leur idéal était le héros éloquent, celui dont le bras et la parole sont également irrésistibles. La numismatique a retrouvé cet emblème. On a des statères gaulois, du IIe siècle : avant notre ère, trouvés dans le pays chartrain, qui nous représentent, Ogmios, avec son cortège et ses conquêtes : tantôt ce dieu est vieux, comme dans la description de Lucien, et personnifie l’éloquence en cheveux blancs ; tantôt il a le profil jeune, la beauté régulière d’un Apollon. Ce sont les deux âges et les deux saisons de l’éloquence. (Charles Aubertin, L’Eloquence parlementaire en France avant 1789, Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 30, 1878 - fr.wikisource.org).

 

Cette image emblématique pourrait encore figurer avec à-propos au-dessus de la tribune aux harangues de nos assemblées parlementaires. Elle ne manquerait certes pas de fidèles et fervents adorateurs. Pour compléter une certaine analogie entre cette époque ancienne et la nôtre, nous pouvons rappeler les élections aux charges publiques, provoquant comme à l'heure présente des réunions, des affiches, des professions de foi, nil novi... qui contenaient des promesses que vont rejoindre celles qui sont formulées de nos jours, presque dans les mêmes termes (Émile Labarthe, La liberté créatrice, 1933 - books.google.fr).

 

L’inscription Hercules Gallicus se trouve dans la même rue de l'Ile Tounis à Toulouse sur la façade de l'ancien hôtel de Catellan. La noble famille de Catellan a habité pendant longtemps cet hôtel, et l'on raconte, mais qu'on me le pardonne, ce sont encore des souvenirs de vieillards que j'ai recueillis, on raconte, dis-je, qu'à l'époque même où l'un des Catellan était doyen du parlement, un autre membre de celte famille exerçait les fonctions de président de la chambre des enquêtes, que les deux fils de celui-ci occupaient des charges de conseillers, et que le frère du président, savant jurisconsulte, et qui nous a laissé les Arrêts notables du parlement de Toulouse, était conseiller clerc. Cette réunion de magistrats formait une sorte de petit sénat domestique, où l'on agitait les questions les plus importantes (Alexandre Louis Charles André Du Mège, Histoire des institutions religieuses, politiques, judiciares et littéraires de la ville de Toulouse, Volume 4, 1846 - books.google.fr).

 

L'Hercule de Libye, que Ronsard et maint autre ne distinguent plus de rHercule grec, allait se fondre avec un autre Hercule, l'Hercule gallique. Dans son Héraklès, Lucien de Samosate décrit un Hercule qu'il prétend avoir vu en Gaule ; le dieu tiratt lui des hommes dont les oreilles étalent attachées a sa langue par de fines amines d'or et d'ambre ; un Gaulois explique Loden que, pour les Celles, Héraklès, qu'ils nomment Ogmios, est le dieu de l'éloquence et de la persuasion. Ce texte, Inconnu au Moyen Âge, eut un vif succés panel les humanistes, qui adoptèrent l'Hercule gallique comme patron:Érasme s'y réfère et interprète les douze travaux comme des travaux de l'esprit : Hercule, héros de la philologie I Pelat reproduit, dans ses Emblèmes, la figure de l'Hercule gallique, avec cet exergue "Eloquentia forUtudine praestantior". Chez nous, cet Hercule devint le symbole de la précellence du langage français et l'humaniste et Imprimeur parisien Geoffroy Tory l'allègue dans son Champ Fleury, en 1529, pour Justifier son cholx du français la place du latin et faire l'éloge de notre langue. Vingt ans plus tard, La Celions° et Illustration de la langue !raffle° s'achève par cette exhortation aux Français : "Vous souvienne de votre ancienne Marseille, seconde Athènes, et de votre Hercule gallique. tirant les peuples après luy par leurs oreilles, avecques une chesne attachée a sa langue." Louant l'éloquence de Henri Ronsard le comparera à

 

... son devancier, Hercule, dont la langue

EnChesnoit les Gaulois du fil de sa harangue.

 

La fusion est accomplie entre Hercule de Libye, roi de Gaule, et l'Hercule-Ogmios de Lucien. Hercule ressuscite ainsi parmi nous, a la faveur du vif sentiment patriotique qui accompagne, l'orée des temps modernes, la formation de la nation française autour du monarque. Nos rois deviennent des « Hercule gaulois » et c'est peut-être en réplique a la légende herculéenne qui accompagnait l'empereur Charles-Quint, que, lors de l'entrée de Henri II à Paris, en 1549, François Ier apparaît, sur la porte Saint-Denis, en Hercule gallique. Dans le sonnet CLXXII des Regrets, du Bellay appellera Henri II "nostre Hercule gaulois" ; dans son Chant royal en allégorie, Robert Garnier développe le parallèle entre Hercule, dompteur de monstres, et Charles IX, exhorté a en finir avec l'hydre du protestantisme ; en 1600, pour l'entrée de Marie de Médicis a Avignon, le Jésuite André Valladler, dans le Labyrinthe royal de 11-lercule gaulois triomphant, s'abandonne aux délices de l'allégorie en comparant, trait pour hall, la carrière d'Hercule et celle du roi : Hercule se brûlant sur l'OEta et remportant cette victoire sur lui-même représente Henri IV maîtrisant ses ressentiments et accordant à tous le pardon ? (Pierre Albouy, Mythes et mythologies dans la littérature française, 2012 - books.google.fr).

 

"sera laissé le regne" à François Ier

 

Louis XII avoit laissé le royaume en guerre avec presque tous ses voisins. Ferdinand, roi d'Espagne, et l'empereur Maximilien, l'un et l'autre sur le déclin de l'âge, nourrissoient contre le jeune monarque la haine qu'ils avoient vouée à son prédécesseur. Leur petit-fils, Charles d'Autriche, qui gouvernoit les Pays-Bas, et qui devoit devenir si célèbre sous le nom de Charles-Quint, n'étoit pas dans de meilleures dispositions envers la France. Le pape Léon X partageoit leurs vues, sans partager leurs ressentimens; et les Suisses, qui avoient puissamment contribué à rétablir la maison de Sforce sur le trône de Milan, menaçoient de faire une nouvelle invasion dans la Bourgogne. Il n'y avoit que les Vénitiens et le roi d'Angleterre Henri VIII, qui n'entrassent point dans cette ligue formidable (Introduction aux Mémoires de Du Bellay, 1515) (Collection des memoires relatifs a l'histoire de France, 1821 - books.google.fr).

 

"prudent contrefaict" : Louis de Brézé

 

Louis de Brézé (1463-1531), fils aîné de Jacques de Brézé et de Charlotte de Valois. En ligne illégitime, il est le petit-fils de Charles VII et d'Agnès Sorel, sa maîtresse. C'est le ernier grand sénéchal de Normandie de 1494 à 1499. Louis de Brézé est doté d'un physique ingrat étant de surcroît bossu.

 

Il fut influent à la cour, et fut nommé sénéchal de Normandie et maître des chasses royales. Son domicile était le siège de la famille, le château d'Anet, qui est situé dans la réserve de la chasse royale de la vallée de l'Eure. En 1523, Louis découvrit un complot contre le roi François Ier. Il ne savait pas à ce moment que son beau-père, Jean de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, en faisait partie. Jean de Poitiers fut condamné à mort de ce fait, mais gracié par le roi car il n'y avait pas participé directement. Avant sa mort en 1531, Louis encouragea le mariage du prince Henri avec la petite nièce du pape, Catherine de Médicis. La veuve de Louis, Diane de Poitiers, devient la maîtresse du roi Henri II  (fr.wikipedia.org - Louis de Brézé).

 

Le contrat de mariage, entre le futur Henri II et Catherine de Médicis, lui-même affirmait la magnificence, le désintéressement du Roi-Chevalier : une rente de trente mille livres y était prévue pour le prince, un douaire de dix mille et un château meublé pour sa femme. Quant à la dot, elle serait, «ayant regard à la Maison où elle (Catherine) rentre, ce qu'il plaira à Sa Sainteté». Mais des articles secrets ajoutés en annexe stipulaient que le Pape aiderait le duc d'Orléans « à recouvrer l'État et le duché de Milan » et aussi le duché d'Urbin. Un lot important de villes italiennes constituerait le véritable apport de l'épousée. Le cardinal de Gramont porta cette pièce à Clément VII qui, dès le mois de juin, l'approuvait, se bornant à offrir cent mille écus d'or en échange des biens héréditaires que Catherine possédait en Toscane. Après quoi le Médicis, qui ne se privait pas de négocier avec Charles Quint, fut saisi d'une singulière paresse à signer. Et le débat se prolongea. Louis de Brézé n'en vit pas la fin. Il mourut au début de l'été 1531, à l'âge de soixante-douze ans. Le petit-fils naturel de Charles VII, le doyen des officiers de la Couronne, eut des obsèques dignes de lui. Les Archives de Normandie conservent les ordres donnés par le Roi à cette occasion : «On ira au-devant du corps en plus grand nombre et le plus honorablement que faire se pourra. On vêtira cinquante pauvres et on leur donnera à chacun une torche de deux livres...» L'admirable monument funèbre élevé en la cathédrale de Rouen à la gloire du comte atteste la fidélité de sa veuve et la place éminente qu'il occupa pendant quatre règnes. Que reste-t-il, pourtant, de sa valeur dans les batailles, de sa prudence au Conseil, de son habileté à gouverner une province considérable, de son loyalisme envers un trône constamment menacé ? Rien de tout cela ne l'a préservé de l'oubli. Si la postérité garde encore sa mémoire, le dernier des grands sénéchaux le doit uniquement à la beauté de sa femme. Encore l'influence véritable qu'il exerça sur la future «gouvernante» du royaume ne semble-t-elle pas avoir été nettement comprise. Parmi les défenseurs de sa vertu conjugale, nombre d'historiens imaginent Diane supportant le vieux bossu avec une indifférence à peine troublée par les mouvements de l'ambition satisfaite (Philippe Erlanger, François Ier et Henri II, Volume 1 de La Monarchie française, 1515-1715, du Roi-chevalier au Roi-soleil, 1971 - books.google.fr).

 

"grand Selin" : Diane de Poitiers

 

Sélin pourrait faire référence dans les Centuries à différentes entités dont la lune, la Méditrerranée etc.

 

Il existe un port de Thrace Selymbria (Sélymbrie) qui était appelé aussi Selyn (Complément du dictionnaire de l'Académie française, 1842 - books.google.fr).

 

Diane est une déesse lunaire et le prénom de la maîtresse peut-être de François Ier et sûrement d'Henri II.

 

Dans un sonnet du Second livre des Meslanges, Ronsard exprime des concepts similaires. Il s'adresse à Diane de Poitiers comme à la Lune et décrit, sur un ton de déférence courtisane, son rapport avec le Soleil/Henri II (Revue du Louvre: la revue des musées de France, Volume 57, Numéros 4 à 5, 2007 - books.google.fr).

 

Diane de Poitiers est appointée dame d’honneur de la reine Claude, puis de la mère du roi, Louise de Savoie, et enfin de la reine Éléonore. Aucune preuve ne permet de penser qu’elle ait été la maîtresse de François Ier, malgré les rumeurs répandues par ses détracteurs parfois reprises dans certaines biographies. Mais l'avènement d'Henri II au trône marque le triomphe de Diane de Poitiers. De toutes les femmes dans l'entourage du roi, Diane s'avère la plus avantagée dans la redistribution des faveurs royales.

 

La Devise aux croissants du roi Henri II (1547-1559), «Donec totum impleat orbem», est souvent représenté dans les demeures de Diane. dont un vitrail d'époque conservé au Château d'Ecouen, Musée national de la Renaissance (fr.wikipedia.org - Diane de Poitiers).

 

"grand Selin" : saint Louis ou Selim Ier

 

Selin pourrait être saint Louis selon Elisabeth Bellecour (Nostradamus trahi, Laffont, 1981, p. 97). François Ier monterait ainsi sur le trône de Selin (saint Louis).

 

Ou Selim Ier, selon le même auteur, contemporain de François Ier.

 

Sélim Ier (Yavuz Sultan Selim Han) dit «le Brave» ou «le Terrible» (en turc : yavuz, «brave», «hardi», «audacieux») (né en 1470/11 à Amasya - mort le 20 septembre 1520 à Constantinople) fut le 9e sultan de l'Empire ottoman et le premier à porter le titre de calife (à partir de 1517). Il succéda à son père Bajazet II qu'il contraint à l'abdication en 1512. Il tue ses frères et neveux pour éliminer tout prétendant au trône. Il donne la preuve de son intransigeance en exécutant devant leurs hommes deux officiers ayant montré des signes d'insubordination. Il a eu six fils, Suleyman, plus connu sous le nom de Soliman le Magnifique, qui lui succéda à sa mort (fr.wikipedia.org - Sélim Ier).

 

"Par les Itales"

 

On ne racontera pas les guerres d'Italie poursuivies par François Ier après Charles VIII et Louis XII.

 

"plus fera de faict"

 

Il semble que 'faire de fait" soit une expression du domaine juridique signifiant "s'arroger le droit de" en bonne part ou en mauvaise part (Ordonnances royaux sur le faict et jurisdiction de la prévosté des marchans et eschevinage de la ville de Paris, 1556 - books.google.fr).

 

Selon ses opposants, François Ier n’a tout simplement aucun droit sur le Duché, car Milan est un fief de l’empire et le monarque français n’a ni demandé, ni obtenu l’investiture. De surcroît, Massimiliano Sforza, bien qu’il eût reçu ce domaine avec l’accord de l’empereur, ne pouvait pas en transférer la possession à François Ier, car il n’en avait jamais obtenu l’investiture non plus. De façon que, quand il y avait renoncé, il avait perdu également ses droits. Par conséquent, le fief revenait au seigneur suzerain, l’empereur. De plus, l’empereur niait également la valeur des revendications des ducs d'Orléans, car la succession de Valentina Visconti n’avait pas été confirmée par l’Empire. En outre,l’investiture accordée à Louis XII en 1509 aurait été effective seulement si sa  fille Claude avait réellement  épousé  Charles  de  Habsbourg  ou  si - en cas d’annulation - la responsabilité ne revenait pas à Charles (Guicciardini, Histoire d’Italie..., II, p. 163-164) (Valeria Allaire, Les images ”italiennes” de François Ier entre 1515 et1530 : l’attente, la crainte, la célébration et la déceptionchez les hommes de culture de la péninsule, 2019 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

Royauté romaine antique et la Lune

 

C'est encore au plus ancien calendrier religieux romain qu'il nous faut avoir recours car, après avoir terminé son rôle politique, la royauté a continué à survivre dans le culte : le rex sacrificulus reprit les attributions de l'ancien souverain. Les phases de la lune fixaient chaque mois la date des fonctions sacerdotales du roi qui devait saluer l'apparition de la nouvelle lune et, à son premier quartier, annoncer la date des fêtes se répartissant sur le reste du mois. En outre, le roi jouait un rôle important dans la fête du Regifugium, qui tombait le 23 février et portait son titre. Avec les mois lunaires de trente jours, la fête coïncidait avec le dernier quartier de la lune du dernier mois de l'année ; mais, le 23 février, le roi n'avait ni à saluer l'astre, ni à faire des prédictions. Il devait célébrer la fin de l'année en s'enfuyant en personne du comitium : il devait lui-même représenter la fin de l'année. Il faut relever ici une similitude avec la royauté des Étrusques qui, au début de chaque quartier du mois lunaire, saluaient leur souverain en public et à cette occasion lui posaient des questions sur les affaires pendantes de l'État. Chez les Étrusques aussi, les dates de l'apparition du roi en public, non seulement dans le domaine cultuel mais aussi dans celui de la politique, étaient fixées par les phases de la lune. La position du roi romain était toutefois plus significative que celle du souverain étrusque. Le nom latin du mois, mensis, désignait à l'origine la lune ; dans la conception romaine, c'était la lune qui divisait en mois le cours de l'année. Il était donc logique que le roi célébrât la fin de l'année par un rituel de fuite. Il n'y a plus qu'un pas à faire pour rattacher le roi romain à l'élément plus vaste du ciel, dans l'ordre duquel se manifeste le cours du temps (Franz Altheim, La religion romaine antique, 1955 - books.google.fr).

 

Quant au Romains, c'est à toutes les Calendes qu'un pontifex minor sacrifie à Junon (les éditeurs corrigent ici volontiers : à Janus) dans la Curia Calabra , tandis que la femme du rex sacrorum lui immole dans la Regia une truie ou une agnelle ; d'où la formule onomastique «Janus Junonius», quod illi deo omnis ingressus, huic deae cuncti Kalendarum dies uidentur ascripti. On rapporte aisément cette spécialité de Junon à son rôle de Lucina : la déesse de l'enfantement préside aussi au début du mois, à la «renaissance» de la lune ; un «commencement» peut être compris aussi bien comme une nativité (Junon) que comme un passage (Janus). Cette interprétation est appuyée par le fait que, à la curia Calabra, après le sacrifice, le pontife annonce à quel jour tomberont les prochaines nones, soit le 5, soit le 7 suivant les mois. Il le fait par une formule adressée à Juno Couella (Varr  L. L. 6, 27). L'épithète est obscure, mais l'acte n'a de sens que si, par-delà les Calendes, le rituel confie à Junon la «croissance» de la lune dans les jours qui les suivent. A ce groupe cohérent de services s'en juxtapose un autre, politico-religieux, qui ne s'y laisse pas réduire sans artifice. Mais le premier élément de ce groupe est malheureusement incertain. Plusieurs textes parlent d'un culte que, dans chaque curia , recevrait Juno Curitis ; ce vocable est écrit de diverses façons et chacune des orthographes se fonde sur une étymologie différente : Quiritis (Quirites), Curritis (currus), Curitis (soit sabin curis «lance», soit curia). Il se peut donc que Junon n'ait été mise en rapport avec les curiae que par jeu de mots. En tout cas le culte n'est pas directement attesté et il n'y a peut-être pas d'autre Juno Curitis à Rome que celle qui y fut introduite en 241, après la prise de Faléries. En revanche, au Capitole, Junon est certainement Regina et ce n'est pas là un titre que des Italiques, en particulier les premières générations de la libertas romaine, pouvaient donner ou accepter à la légère. De plus, c'est la regina sacrorum qui offre à Junon le sacrifice des Calendes. Comme, dans ce sacrifice, sûrement ancien, la déesse est envisagée, on l'a vu, comme «faisant naître» le mois, l'intervention de la regina donne à penser que, dès avant la République et le culte capitolin, Junon, même en tant que mère, intéressait la royauté Bien qu'il ne soit pas toujours possible de discerner ce qui est préromain et ce qui dépend du modèle romain, il faut, avant d'apprécier ce bilan, observer en outre l'usage des peuples voisins, d'abord des Latins, chez qui Junon était très honorée (Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, avec un appendice sur la religion des Étrusques, 1974 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de la date de 1957 sur la date pivot 1515 (début du règne de François Ier) donne 1073.

 

La conquête de la Syrie par les Turcs seldjoukides - Jérusalem fut prise aux Fatimides d'Egypte en deux temps, en 1071 puis 1073, avant d'être temporairement reconquise par ces derniers en 1098 - fait l'objet d'interprétations très contrastées par les historiens. Il est vrai que les sources latines de la première croisade déploient tous les lieux communs de l'horreur, de l'outrage et du blasphème pour justifier la a libération du tombeau du Christ s tombé aux mains des Turcs et la conquête de 1099. En outre, dans leurs lettres conservées dans la Geniza du Caire, les juifs d'Égypte ne manquent pas de déplorer l'interruption brutale des relations avec Jérusalem, passée sous domination turque, et de louer par contraste la générosité des anciens maîtres de la ville, les califes fatimides du Caire. (Vincent Lemire, Katell Berthelot, Julien Loiseau, Jérusalem. Histoire d'une ville-monde des origines à nos jours, 2016 - books.google.fr).

 

En Juin-juillet 1073, le Turkmène Atsiz, vassal des Saljûqide prend Jérusalem aux Fatimides après deux ans de siège. Il s’empare de la Palestine à l'exception d'Ascalon et rétablit le sunnisme (fr.wikipedia.org - 1073).

 

1956 et la Constitution italienne

 

La Constitution italienne du 27 décembre 1947 traduit clairement la volonté du Constituant italien de se doter d'un texte constitutionnel rigide et d'empêcher ainsi le retour d'un régime dictatorial. C'est donc très logiquement qu'en ses articles 127 et 134 à 137, elle institue une Cour constitutionnelle. Celle-ci ne fut cependant installée qu'en 1956. Plusieurs lois ont été adoptées qui complètent les dispositions constitutionnelles (Marc Verdussen, Justice constitutionnelle, 2012 - books.google.fr).

 

Regifugium moderne

 

Le roi Victor-Emmanuel III abdique en 1946 en faveur de son fils Humbert II, mais la République est proclamée un mois plus tard après référendum et le roi part en exil. Humbert II quitte l'Italie le 13 juin pour le Portugal où il vivra en exil à Cascais. Il meurt à Genève en 1983 et repose à l'abbaye de Hautecombe en Savoie.

 

En 1956, sera édité un volume réunissant tous les textes écrits par le roi depuis 1946 : «I messagi di Humberto II dall'esilio». Un second recueil paraîtra en 1966 pour la période postérieure à 1956 : «Il pensiero e l'azione del re Humberto II dall'esilio» (Joseph Valynseele, Les Prétendants aux trones d'Europe, 1967 - books.google.fr).

 

Née en 1906 à Ostende, fille du Roi Albert Ier et de la Reine Elisabeth, Marie-José avait épousé Umberto II, héritier du trône d'Italie dont elle eut quatre enfants, et avec qui elle régna du 9 mai au 25 juin 1946. Elle vécut ensuite en exil au château de de Merlinge près de Genève. En 1930, elle avait créé la future Academia Belgica de Rome sous le nom de Fondation nationale Princesse Marie- José. Cette institution permettait aux bénéficiaires grâce à des bourses de mener à bien leurs recherches dans le domaine des sciences et des arts. Elle écrivit l'histoire de La Maison de Savoie édité chez Albin Michel en 1956, qui lui valut la même année le Grand Prix littéraire de Savoie, et en 1962 l'histoire de Amédée VIII de Savoie, chez le même éditeur. L'Académie française lui octroya la médaille d'or de la langue française pour ces ouvrages en 1963 (Bulletin de la Classe des beaux-arts, 2001 - books.google.fr).

 

Suez : France et Italie

 

En relation avec le quatrain suivant VI, 43 dont l'interprétation rappelle les menaces russo-américaines de destruction des capitales française et britannique pendant la crise de Suez, l'interprétation de ce quatrain-ci s'intéresse aux relations diplomatiques franco-italiennes à l'occasion de cet épisode de l'année 1956.

 

Depuis les accords de Santa Margherita (14 février 1951), les relations franco-italiennes sont caractérisées par une cordialité, troublée certes par la querelle de la Ced, mais renouvelée lors de la visite à Rome de Pierre Mendès-France en janvier 1955. En 1956, les relations franco-italiennes sont essentiellement dominées par les problèmes de la construction européenne. Mais les affaires du Proche-Orient et de la Méditerranée n'en sont pas moins un des principaux sujets de préoccupation. Leur importance politique reste relativement limitée dans la première partie de l'année. A partir de juillet 1956, lorsque la crise de Suez est ouverte, les relations franco-italiennes qui n'ont pas toujours été bonnes en Méditerranée se distendent nettement. La politique franco-britannique en est l'explication essentielle. Des facteurs spécifiques à l'Italie permettent aussi d'expliquer pourquoi les positions française et italienne n'ont pas toujours concordé au cours de cette crise. Ce sont d'abord le jeu traditionnel de la diplomatie italienne, consistant à servir de pont entre l'Occident et l'Orient, ensuite son souci de ménager ses intérêts dans les pays arabes (en particulier pétroliers), enfin l'activité de la diplomatie italienne en 1956 caractérisée par une multiplicité de déplacements du président Gronchi aux États-Unis, en France et en Allemagne, sans compter ceux du ministre des Affaires étrangères, Martino. Sur le plan géographique, aucune partie de la Méditerranée n'est étrangère à la diplomatie italienne qui se refuse toutefois à envisager un pacte méditerranéen suggéré par les Espagnols. Mais les problèmes nord- africains intéressent les Italiens. C'est le cas de l'accession à l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, où l'on voit l'Italie impatiente d'ouvrir des relations diplomatiques avec les nouveaux États, à l'irritation de la France. C'est aussi le cas de l'Algérie, où la diplomatie italienne se préoccupe discrètement de la situation et apporte une aide à la France car elle est amenée à surveiller les émissaires du FLN dans la péninsule et la contrebande d'armes en Méditerranée. Mais c'est évidemment le Proche-Orient qui, en 1956, retient le plus l'attention. L'Italie apparaît désireuse de jouer un rôle et surtout de ne pas être tenue à l'écart d'une concertation des puissances occidentales. Ainsi naissent des ballons d'essai lancés par la diplomatie italienne. Le chef du service d'Afrique-Levant au palais Chigi fait part à l'ambassadeur Fouques-Duparc de la conviction, fondée sur les rapports de l'ambassadeur italien à Tel-Aviv, que le Gouvernement israélien serait disposé à certaines concessions pour obtenir la paix. En particulier il pourrait accepter d'accueillir sur son territoire un certain nombre de réfugiés arabes et de consentir à des rectifications de frontières mineures. De l'avis de M. Vinci, il faudrait établir le long de la ligne de démarcation entre Israël et ses voisins une zone neutralisée confiée à la surveillance de contingents d'un ou de plusieurs pays. L'Italie accepterait de répondre à un appel de ce genre si elle était sollicitée. En outre, la diplomatie italienne apparaît désireuse de porter le combat contre les initiatives soviétiques au Proche-Orient sur le terrain économique, par exemple en aidant l'Egypte à construire le barrage d'Assouan. Aussi bien l'Italie réagit-elle vivement à l'initiative française consistant à concerter les points de vue des trois signataires de la déclaration de 1950 sur le Proche-Orient. Signataire de ce texte, la France souhaite en effet la faire revivre pour avoir son mot à dire face aux Anglo-Américains. Et des conversations ont effectivement lieu à Washington. Le directeur politique, Magistrati, fait part à Fouques-Duparc de l'émotion italienne, tandis que Quaroni fait une démarche à Paris, auprès de Pineau Rome n'entend pas être tenu en marge. Fouques-Duparc suggère une formule de consultation pour apaiser les Italiens. Il justifie sa suggestion en expliquant qu'"il s'agit moins de tenir compte des susceptibilités de ce pays, toujours vives quand il s'agit de la Méditerranée, mais parce qu'il me semble qu'en ce qui concerne les relations avec les Etats arabes, nous avons tout intérêt à l'allier à notre système". Fouques-Duparc fait remarquer que l'attitude de l'Italie, malgré son souci de ménager les États arabes, a été "non seulement correcte à notre égard mais amicale et efficiente" dans les affaires d'Afrique du nord. À la veille de la visite officielle du président Gronchi à Paris, les deux ministres des Affaires étrangères abordent cette question dans des déclarations. Christian Pineau déclare vouloir traiter des problèmes du Proche-Orient en plein accord avec Rome. Martino affirme le droit de l'Italie à participer à toute conférence sur les problèmes des pays méditerranéens. Le sujet est abordé lors des conversations franco-italiennes des 25-27 avril. Martino exprime sa surprise et revendique pour l'Italie le droit de siéger à ce type de conférence. Le ministre français ne se contente pas de se récrier. Il affirme que la France est prête à se concerter avec l'Italie et demande à G. Martino comment il apprécie la situation. Le ministre italien suggère d'obliger les États arabes à reconnaître l'existence d'Israël par une résolution adoptée dans le cadre de l'ONU, et d'amener parallèlement Israël à accepter quelques concessions territoriales, idée qualifiée d'intéressante par Pineau. De son côté, Magistrati fait part de l'inefficacité de l'aide occidentale aux pays du Proche-Orient. Au lieu de leur permettre d'écouler leurs surplus (coton égyptien, café, dattes...), les Occidentaux pratiquent des investissements dont les effets seront longs à se faire sentir. Les entretiens franco-italiens se terminent apparemment par un accord complet sur le Proche-Orient. Les deux pays, attachés à préserver la paix et la sécurité dans le bassin méditerranéen, décident de renforcer leur amicale coopération sur tous les aspects de la crise en Méditerranée. Le bilan de cette visite est jugé très positif par l'ambassadeur Fouques-Duparc. Chez les responsables italiens et dans la presse prévaut la conviction que l'Italie ne peut pas être traitée en partenaire mineur dans la politique internationale et en particulier dans les pays arabes et méditerranéens. "Nous ne sommes plus des macaronis", remarque de façon lapidaire Ansaldo, le directeur du Matino. Cette cordialité retrouvée n'empêche pas Français et Italiens d'apprécier diversement la situation internationale, à l'occasion des rumeurs concernant une invitation à Nasser de se rendre en Italie, de la visite de Tito en France, et de la  conférence de Brioni. En fait la crise de Suez va révéler une attitude toute en nuances de l'Italie, avide de tirer son épingle du jeu international. A la nouvelle de la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez, les diplomates italiens disent leur surprise, alors qu'un mois plus tard ils avouent qu'ils s'y attendaient, grâce à des informations reçues de l'ambassade d'Italie au Caire. D'ailleurs, le 25 juillet, G. Martino  écrit à F. Dulles une lettre personnelle en lui demandant de parer au coup en acceptant de financer le barrage d'Assouan. Le lendemain, le coup est parti. La crise de Suez est ouverte. A partir de ce moment, le double langage de l'attitude italienne est une constante. D'un côté, une conversation de Fouques-Duparc avec le secrétaire général du ministre italien des Affaires étrangères, Rossi Longhi, donne toute satisfaction à la thèse française. Il est question de la brutalité du colonel Nasser et de solidarité occidentale. D'un autre côté, les déclarations publiées sont plus modérées et, surtout, plusieurs leaders de la Démocratie chrétienne, en particulier le président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, Bettiol, parlent avec sympathie des efforts de l'Egypte pour affirmer sa souveraineté. D'ailleurs lorsque les ambassadeurs français et anglais font une démarche auprès du Gouvernement italien, pour lui demander de s'associer aux mesures de rétorsion prises contre l'Égypte, le résultat est mitigé. L'Italie, par la voix de  Rossi Longhi, déclare être disposé à s'associer aux mesures prises par la France et l'Angleterre mais, en ce qui concerne l'embargo sur les armes, elle ne prendra pas de décret mais ne donnera plus d'autorisation. Quant au blocage des avoirs égyptiens, le gouvernement italien fait ressortir la disproportion entre ceux-ci en Italie et les intérêts italiens en Égypte. Cette attitude d'extrême prudence et presque d'équidistance observée par les milieux  responsables de la Démocratie chrétienne fait craindre à l'ambassadeur Fouques-Duparc le glissement de l'Italie vers une position médiatrice, crainte en partie justifiée par le projet de G. Martino de s'efforcer, le moment venu, de suggérer des solutions de compromis. C'est précisément à ce moment que les craintes sont avivées par les bruits de recrutement de pilotes italiens par les Égyptiens auxquels il n'y aurait pas de parade, et les éditoriaux de la presse italienne prônant une attitude conciliatrice de l'Italie, fidèle à son éternelle mission méditerranéenne. Certes, les officiels italiens promettent de retarder indéfiniment la délivrance de passeports aux Italiens sollicités par l'Égypte et le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères propose d'exécuter des travaux prévus dans les chantiers navals italiens, de sorte que des unités navales égyptiennes y soient immobilisées. Mais quelle sera l'attitude de l'Italie à la Conférence de Londres ? Autour du président de la République, Gronchi, les ministres italiens, Saragat, Segni et Martino se réunissent le 9 août et définissent leurs directives à la délégation italienne : libre passage à travers le canal de Suez, stabilité des droits de péage, création d'un organisme de gestion fiable et non-recours à la force, sauf en cas de fermeture du Canal. Fouques-Duparc se réjouit de cette manifestation de solidarité occidentale, qui n'a pas été sans mérite de sa part, car l'Italie pourrait à peu de frais pratiquer une politique de bon voisinage avec les Arabes, et cette position avait des défenseurs au sein du Gouvernement italien, en particulier Taviani, le ministre de la Défense. Lors de la Conférence de Londres, l'attitude du représentant italien est prudente. Dans son intervention, G. Martino insiste sur l'importance du canal de Suez pour le commerce italien et il revendique pour son pays un rôle dans le futur comité de gestion du canal. L'Italie se rallie au plan Dulles, en traînant les pieds. L'Italie donne ainsi l'impression qu'elle se rallie aux thèses occidentales plutôt par souci de suivre ses alliés que par conviction du bien-fondé de cette thèse. Un porte-parole italien rapporte d'ailleurs la phrase de Bulow lors de la guerre italo-turque : "Nous sommes dans une situation embarrassante entre une Italie alliée et une Turquie brimée". Et l'Italie s'efforce dès lors de coller à l'attitude américaine, qualifiée de réaliste, qui permettra de ne pas sacrifier l'amitié italo-égyptienne à l'alliance atlantique. Sur le plan pratique, les Italiens acceptent de se plier aux demandes françaises concernant l'embargo des armes à destination de l'Egypte. Le Gouvernement italien refuse en effet toute autorisation d'exportation vers l'Egypte. Il annule tout nouveau contrat. Il aurait même interdit la livraison prévue au mois d'août de 200 fusils mitrailleurs à la Syrie. Mais la diplomatie italienne déploie une grande activité. Tandis que le ministre des Affaires étrangères ne se rend pas à Paris pour la réunion du Conseil atlantique, afin de ne pas sembler cautionner la politique franco-britannique, l'ambassadeur italien au Caire, Fornari, rappelé en consultation, est chargé d'instructions avant de rencontrer le colonel Nasser. Est-ce pour inciter Nasser à se montrer plus conciliant ou est-ce pour illustrer la fonction de pont que peut remplir l'Italie entre les pays arabes et les puissances occidentales ? Les divergences d'interprétation relevées dans la presse ne font que refléter les tendances contradictoires qui divisent la majorité gouvernementale et le gouvernement lui-même. Et le président Gronchi est contraint d'ajourner son voyage au Proche-Orient. Le trouble s'accroît à partir de l'échec de la mission Menzies. Des voix plus nombreuses recommandent l'abandon de tout projet de coercition et le recours l'ONU que le Conseil des ministres adopte comme ligne politique, du moment où Eden lance le projet d'une association des usagers du canal et où les Etats-Unis l'acceptent. La position italienne devient de plus en plus confuse et embarrassée. Le ministre italien des Affaires étrangères adresse une lettre à C. Pineau afin de se couvrir vis-à-vis du président Gronchi, dont on redoute une «initiative lénifiante» mais en même temps il entend maintenir la solidarité occidentale. Lors de la Conférence des usagers (19-21 septembre), de sérieuses divergences de vues se manifestent parmi les 18 participants. Beaucoup de gouvernements font valoir que, plutôt que de créer une association des usagers du canal, il convient de recourir à l'ONU. La convocation adressée aux autres pays en vue de se prononcer sur le projet américain approuvé par les Gouvernements anglais et français heurte des susceptibilités et éveille des réticences. Du côté italien, Martino accepte l'idée d'une association des usagers du canal qui pourrait à la fois sauvegarder les droits des usagers et négocier avec l'Egypte une nouvelle convention. Mais il refuse d'envisager le paiement au "club des usagers" des droits de passage de ses navires à travers le canal en raison des accords de clearing italo-égyptiens datant de 1952. Cette déclaration suscite une protestation et des interrogations françaises : y aurait-il un accord secret italo-égyptien ? Comment le gouvernement italien peut-il ainsi légitimer la nationalisation du canal par l'Égypte ? Fouques-Duparc demande au ministère d'intervenir de son côté auprès de Quaroni et il termine ainsi son télégramme : "Si nous voulons garder une chance de reprendre l'Italie en mains, il est nécessaire que M. Martino qui, d'après ses dernières déclarations paraît fort satisfait d'avoir pu concilier dans l'équivoque la solidarité occidentale et les complaisances envers l'Egypte, se sente mauvaise conscience". Dans le même temps, en effet, le ministre italien estime que seule l'ONU est en mesure de résoudre le problème Il dépose d'ailleurs un projet de résolution dans ce sens. C'est une véritable crise des relations franco-italiennes qui s'ouvre alors La presse, en particulier, joue le rôle de caisse de résonance de ces discordances où, comme il se doit, toutes les vieilles rancunes réapparaissent et où tous les clivages s'accusent. Même si la conférence aboutit à un texte différent de ce qui était prévu initialement, et qui ne satisfait pas entièrement la France, elle a tout de même été l'occasion d'une manifestation de solidarité occidentale, de la part de l'Italie. L'Italie est en effet après les Etats-Unis le seul pays à avoir adhéré d'emblée aux décisions de la conférence. Le Gouvernement français, quant à lui, ne veut pas en effet transiger sur le principe de la gestion internationale du canal. Et Christian Pineau s'en prend, dans une déclaration à la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, à la politique italienne, accusée d'avoir trahi la solidarité atlantique. Tandis que l'ambassadeur britannique Ashley Clarke rencontre Martino énervé et agacé par le manque de solidarité occidentale dont font preuve les Franco-Anglais, Fouques-Duparc rencontre le secrétaire général du ministère italien des Affaires étrangères, Rossi Longhi, qui explique à l'ambassadeur que la résistance italienne à l'idée d'association des usagers est due beaucoup moins à des objections juridiques tirées du clearing qu'à la crainte de voir l'Égypte refuser, dans ce cas, le passage aux bateaux italiens, ce qui constituerait "un désastre" pour l'Italie. Fouques-Duparc conseille la temporisation et la patience à l'égard de l'opinion italienne et de l'action gouvernementale caractérisée par l'ambiguïté. Le Conseil des ministres italiens réuni le 1er octobre réaffirme que la solidarité atlantique constitue le fondement essentiel de la politique étrangère italienne. Et le discours du ministre à la Chambre donne satisfaction à l'ambassadeur. D'ailleurs, cela provoque un véritable débat dans le Gouvernement italien. Au cours d'une réunion, le président du Conseil, le ministre des Affaires étrangères, et le ministre des Finances se mettent d'accord sur les instructions adressées à l'ambassadeur italien à Paris, Quaroni, qui vont donner satisfaction à la position française, selon Fouques-Duparc. Elles consistent à se plier à la règle de la majorité et à cesser de régler les droits de péage à l'Egypte. Mais il ne paraît pas possible d'obtenir du gouvernement italien une déclaration publique. Aussitôt que l'opération de Suez est déclenchée, les responsables français tiennent les Italiens au courant, aussi bien à Paris l'ambassadeur italien Quaroni, qu'à Rome. Fouques-Duparc rend visite à Martino, "très bien disposé", qui exprime ses voeux pour le succès du débarquement franco-britannique, même s'il craint des remous au sein du gouvernement et de la Démocratie chrétienne. La France demande à l'Italie de faciliter le rapatriement des ressortissants français du Levant. L'émotion soulevée au Conseil atlantique par l'intervention franco-britannique dans la zone du canal de Suez est très forte. Le climat de la discussion a été pénible. Le représentant italien a relevé le fait qu'aucun membre de l'Alliance n'avait été au préalable consulté, alors qu'il s'agissait d'une affaire qui touchait aux bases de l'Alliance. Et Alessandrini pose la question: au cas où une des unités aériennes ou navales franco-britanniques serait attaquée en Méditerranée, Français et Britanniques en appelleraient-ils à leurs alliés aux termes du traité atlantique ? Les Italiens manifestent ainsi leur différence. Au même moment, le chancelier Adenauer approuve pleinement «l'action franco-britannique en Egypte». Il souhaite son succès rapide et critique sévèrement l'attitude américaine. Le 6 novembre, même, Adenauer estime devant Mollet et Pineau que ni la Grande-Bretagne, ni la France n'ont le droit de perdre la face. Fouques-Duparc analyse ainsi la position de ses interlocuteurs italiens compréhensifs mais anxieux d'un dénouement rapide : "Le seul reproche ne vise pas tant le cas égyptien lui-même que pour ses répercussions sur le cas de la Hongrie", car la France est blâmée d'avoir, par son intervention en Egypte, compromis le processus de détente dans le bloc de l'Est. A l'Assemblée des Nations Unies, l'attitude italienne est embarrassée mais plutôt favorable à la France. Le secrétaire général des Affaires étrangères italiennes, Vitteti, explique à Fouques-Duparc que le représentant italien avait pour instructions de ne pas s'associer à une proposition américaine trop dure, mais de ne pas aller au-delà, étant donné la position publiquement prise sur l'affaire de Suez par le parti de la majorité. L'Italie s'associe à la recommandation de l'Assemblée en vue de la suspension immédiate des opérations militaires. Lors du vote du 24 novembre sur le retrait des troupes franco-britanniques, l'Italie s'abstient, attitude justifiée par le ministre Martino : "l'Italie appuie l'effort des États-Unis dans le Moyen-Orient, tout en tenant compte de la nécessité de ne pas diminuer le prestige franco-britannique et de ne pas porter atteinte à l'unité atlantique". L'Italie se désolidarise ainsi des États-Unis qui votent contre la France et la Grande-Bretagne. Fouques-Duparc croit savoir que la décision de s'abstenir a, en réalité, été prise après délibération du Conseil des ministres. Même pour suivre les Etats-Unis, l'Italie ne peut se désolidariser de ses alliés européens, avait expliqué le président du Conseil, approuvé par tous les membres du Cabinet, sauf deux - qui se sont rangés à l'avis de la majorité. C'est d'ailleurs le sens des explications données lors du débat de politique étrangère au Sénat par Martino qui, dans son discours, en appelle à un renforcement de la solidarité occidentale et à une relance européenne. La hausse du prix de l'essence porte au premier plan de l'actualité les causes économiques de la fermeture du canal de Suez. Du coup, l'opinion italienne dénonce avec âpreté la France et la Grande-Bretagne, coupables d'avoir par leur agression une réaction égyptienne. "Les consommateurs italiens paient pour l'agression franco-anglaise" Fouques-Duparc réclame une intervention pour replacer les responsabilités là où elles sont réellement61. Quel est le bilan des relations franco-italiennes à la suite de la crise de Suez ? Le bilan est assurément contrasté. Du point de vue français, l'Italie a manifesté à plusieurs reprises sa différence et a marqué que ses intérêts ne s'identifiaient pas aux intérêts français et britanniques au Proche-Orient. Mais d'un autre côté, l'Italie aurait pu sans doute, arguant de sa qualité de puissance méditerranéenne, faire davantage briller sa volonté de rapprochement avec les pays arabes. Non seulement elle ne l'a pas fait, malgré une opinion majoritairement défavorable à l'intervention franco-britannique, mais le Gouvernement italien lui-même n'a pas ménagé ses efforts pour rendre des services, que ce soit pour surveiller les émissaires FLN en Italie et la contrebande d'armes, ou pour autoriser en novembre 1956 des escales aériennes à Brindisi, ou même à l'ONU. Ces différents concours, qui illustrent la loyauté italienne, suffisent à Fouques-Duparc pour justifier auprès de son ministre une politique plus équilibrée en Europe en évitant "de donner l'impression d'un binôme franco-allemand", ou alors "en transformant ce binôme en trinôme par l'adjonction de l'Italie" (Maurice Vaïsse, Les relations franco-italiennes et la crise de Suez, La France et l'opération de Suez de 1956, 1997 - books.google.fr).

 

Suez

 

L'histoire d'amour patine avec les crampes de 1956 : affaire de Suez et expulsion de nos ressortissants. Ah, les Français d'Alexandrie ! C'est la fin de la «petite nation» instaurée par les consuls de François Ier. C'est l'adieu à l'Egypte - premier pays arabe doté d'une presse qui fut si longtemps francophone : de la Décade égyptienne au Nil, du Moniteur égyptien à La Réforme C'est aussi l'épitaphe à des compatriotes qui vénéraient ce paysage. Le Lyonnais Jumel, qui introduira la culture du coton. Le Dr Clot, ou Clot bey, père de l'école de médecine. Le fondateur du Service des antiquités et auteur du livret d'Aida, Auguste Mariette - enterré dans son musée de Boulaq. Tant d'autres, bien sûr. De retour à la maison, nos Français d'Egypte véhiculeront une nostalgie douce mais contagieuse, le frisson d'une civilisation à la fois ancienne et contemporaine (L'Express, Numéros 2361 à 2372, 1996 - books.google.fr).

 

La position toute spéciale faite à la France et à ses nationaux est faite par cette longue suite de traites qui, sous le nom de capitulations, remontent au commencement du XVIe siècle, sous le règne de François Ier, car c'est bien ce prince, et non Henri IV, comme on l'a dit par méprise, qui signa avec le sultan Soliman la première de ces capitulations. Elle est datée de fevrier 1535 et fut renouvelée par Henri IV en 1597. De nouvelles clauses y furent ajoutées sous les règnes de Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV, et enfin en 1802, sous le consulat de Napoléon Ier, par le traité de paix du 25 juin qui confirma l'ensemble de nos priviléges dans toute l'étendue des Etats ottomans (C. Barbe, Revue de la presse, L'isthme de Suez: Journal de l'Union des deux mers, Volume 9, 1864 - books.google.fr).

 

Depuis François Ier et son traité des «Capitulations» avec Soleïman le Magnifique, des comptoirs s'y sont établis : ce sont les fameuses «échelles du Levant». Les Français y négocient le riz, les plumes d'autruche, bientôt le café qui fera fureur en Europe et, parfois, de la «poudre de momie» (Annie Coppermann, Deux siècles d'amour partagé, 1998 - www.lesechos.fr).

 

Jusqu'à la fin du dix-septième siècle, le régime des consulats des Echelles fut très particulier. Les consuls étaient bien revêtus du caractère d'officiers royaux et recevaient des lettres de provision accordées par le roi. Mais les offices de consuls étaient vénaux : ils se vendaient ou bien se transmettaient de père en fils ou de beau-père à gendre. Propriétaires des consulats, les titulaires y résidaient parfois, mais parfois aussi les faisaient gérer par des commis. En outre les consuls exerçaient le négoce pour leur compte, ce qui les mettait en conflit avec les négociants, leurs administrés Colbert et Seignelay, frappés des abus d'un tel régime, avaient essayé de mettre entièrement les consuls sous l'autorité royale. Pontchartrain y réussit. A partir de 1691 les consuls sont nommés directement par le roi et les droits de consulat sont remplacés par des appointements ; il est fait «une expresse défense aux consuls et à leurs officiers de faire aucun commerce». Le ministre tiendra grand compte pour la nomination des consuls dans les Echelles de l'avis de la Chambre du commerce de Marseille et de l'Intendant de Provence, mais enfin c'est lui qui prendra les décisions. [...]

 

Au seizième siècle, le premier consul de France en Egypte fut Philippe de Parètes. Nommé par Charles VIII, il fut confirmé par Louis XII. Il exerça ses fonctions après la conquête du pays par Selim Ier dans les mêmes conditions qu'il avait fait sous le sultan Qansouh el Goury. Le consul général résida d'abord à Alexandrie. Il passa au Caire en 1611. Des vice-consuls occupèrent alors les postes d'Alexandrie et de Rosette. En 1777, le consul général retourna habiter Alexandrie. [...]

 

Les consuls en Egypte sous François Ier sont : Philippe de Parètes ; en 1523 ou 1524 Jean Benêt ; en 1532 Raphaël Lobia ; en 1539 Pierre Pomare et Benoît Gardiolles (Gabriel Hanotaux, Histoire de la nation égyptienne: L'Egypte turque: pachas et mameluks du XVIe au XVIIIe siècle. L'expédition du général Bonaparte, 1931 - books.google.fr).

 

Le nom de Sinaï est peut-être à rattacher au nom de la déesse de la lune Sin adorée par les anciens habitants du désert ou peut-être encore au mot sen qui veut dire "dent" en langue sémitique. Il y a environ vingt millions d'années, l'Egypte, le Sinaï et la Péninsule arabique étaient unis en un seul bloc. Mais d'énormes bouleversements telluriques portèrent à la séparation des terres et la pénonsule méridionales du SinaÏ fut isolée donnant lieu à deux grands golfes: le golf de Suez, à l'ouest, dont la profondeur maximum est d'à peine 95 m et le golfe d'Aqaba, à l'est, qui atteint, en revanche, 1800 m. Ce dernier fait partie de la grande faille terrestre - appelée rift - qui de la chaîne du Taurus s'étend jusqu'au Kénya (Giovanna Magi, La presqu'ile du Sinaï, 1993 - books.google.fr).

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