L’enlèvement d’Aldo Moro

L’enlèvement d’Aldo Moro

 

VI, 71

 

1977-1978

 

Quand on viendra le grand Roy parenter,

Avant qu’il ait du tout l’âme rendue,

Celuy qui moins le viendra lamenter,

Par lyons, d’aigles, croix, couronne vendue.

 

"parenter"... vivant

 

Aux approches de son dernier jour, le gĂ©nie funèbre qui, depuis deux siècles, possĂ©dait les princes de sa race, inspira Ă  Charles II une dĂ©marche Ă©trange. La curiositĂ© du cercueil, l'amour de la mort, l'envie maladive d'entr'ouvrir les portes du sĂ©pulcre et de contempler ses mystères, Ă©taient hĂ©rĂ©ditaires dans sa dynastie. Son plus lointain aĂŻeul, Charles le TĂ©mĂ©raire, portait dans le carnage un sombre dĂ©lire; les vapeurs du champ de bataille l'enivraient comme celles d'un vaste banquet. «VoilĂ  une belle vue !» disait-il en poussant son cheval dans l'Ă©glise de Nesle encombrĂ©e de morts. Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint, promena en litière par toute l'Espagne le cadavre embaumĂ© de son mari l'Archiduc; elle l'Ă©tendit dans le lit nuptial et le veilla cinquante ans. Charles-Quint, Ă  Saint-Just, cĂ©lĂ©bra la rĂ©pĂ©tition de ses funĂ©railles. Philippe II s'enterra vivant dans la crypte de l'Escurial, près de sa bière dressĂ©e dans un coin, comme un des meubles de sa famille. Quelques heures avant d'expirer il se fit apporter une tĂŞte de mort et posa sur elle la couronne royale. Philippe IV se couchait souvent dans le cercueil qu'il s'Ă©tait fait fabriquer d'avance, comme pour en prendre la mesure, et voir comment il y dormirait. Ces rois, qui vouaient l'Espagne Ă  l'immobilitĂ© de l'Égypte, avaient, comme ses Pharaons, la monomanie du tombeau (Paul Jacques Raymond Binsse de Saint-Victor, Hommes et dieux: Études d'histoire et de littĂ©rature, 1872 - www.google.fr/books/edition).

 

Charles V ne jouit pas longtemps des charmes de la retraite. Le 30 août 1558, il ressentit les premières atteintes de la maladie dont il mourut. Cette maladie, à en croire le récit des moines hiéronymites qu'ont généralement suivi les historiens, aurait été précédée et en quelque sorte causée par des obsèques que Charles V voulut célébrer pour lui-même de son vivant (J. Braet, Retraite de l'empereur Charles Quint, Précis historiques: bulletin des missions belges de la Compagnie de Jésus, 1879 - www.google.fr/books/edition).

 

"couronne vendue"

 

Ă€ son avènement, Philippe II trouve une situation financière catastrophique. Les demandes d'argent qu'il adresse Ă  sa soeur Jeanne, rĂ©gente de Castille, reçoivent des rĂ©ponses dĂ©courageantes. Les tensions se font de plus en plus vives entre les deux centres de dĂ©cision, Bruxelles et Valladolid; dans le premier il n'est pas rare qu'on emprunte sans en informer le second qui est simplement invitĂ© Ă  payer... Si Philippe II dĂ©cide de rentrer en Espagne, en 1559, c'est en grande partie pour trouver une solution Ă  ce problème; seule la Castille est en mesure de lui fournir les ressources nĂ©cessaires Ă  mener une grande politique en Europe. Encore faut-il au prĂ©alable apurer la situation. Philippe II est incapable de rembourser les dettes Ă©normes que son père a accumulĂ©es auprès des banquiers et les emprunts que lui-mĂŞme a Ă©tĂ© obligĂ© de contracter pour financer la campagne de France; la dette immĂ©diatement exigible se monte Ă  près de sept millions et demi de ducats; plus de cinq millions sont Ă  rembourser en 1557-1560 et un demi-million en 1561-1566; on ne sait pas comment payer le reste. Les dĂ©penses ordinaires pour 1556 s'Ă©lèvent Ă  plus d'un million de ducats; Ă  cette somme, il faudrait ajouter plus de quatre millions pour tenir jusqu'en 1560. Le roi se tourne vers la Castille oĂą le conseil des Finances est rĂ©ticent. C'est alors - juin 1557 - que Philippe II dĂ©cide d'annuler les crĂ©ances antĂ©rieures et les assignations sur des revenus spĂ©cifiques - situados - et de les remplacer autoritairement par des rentes sur l'État - juros - portant 5 % d'intĂ©rĂŞt. Les GĂ©nois protestent, mais finissent par cĂ©der. Dès 1558, ils acceptent d'ĂŞtre remboursĂ©s en juros. Les Allemands sont plus ou moins obligĂ©s de suivre, mais avec retard et dans de moins bonnes conditions que les GĂ©nois. Il ne s'agit donc pas Ă  proprement parler d'une banqueroute. Philippe II s'est bornĂ© Ă  transformer la dette flottante en dette consolidĂ©e; le dĂ©cret de 1557 n'a pas annulĂ© les dettes; il a prĂ©vu de les rembourser en juros. «La plus grande crise financière du siècle» (Pierre Vilar) provoque une redistribution des rĂ´les sur le marchĂ© international. Les GĂ©nois, qui ont rĂ©ussi Ă  faire garantir leurs crĂ©ances, deviennent la première puissance financière d'Europe; c'est en 1557 que commence ce que Felipe Ruiz Martin appelle le siècle des GĂ©nois. En revanche, les Fugger - les grands banquiers de Charles Quint - vont mettre des annĂ©es Ă  recouvrer leurs crĂ©ances; leur influence dĂ©cline. Les mesures dĂ©cidĂ©es en 1557 engagent la politique financière de la monarchie jusqu'Ă  la fin du règne et mĂŞme au-delĂ ; elles vont avoir des consĂ©quences sur la politique suivie en AmĂ©rique, comme on le verra plus loin : c'est alors, en effet, qu'on dĂ©cide d'exploiter systĂ©matiquement les ressources des Indes, appelĂ©es dĂ©sormais Ă  combler le dĂ©ficit chronique des finances publiques (Joseph PĂ©rez, L'Espagne de Philippe II, 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

«La perte de signification de la couronne Ă©tait si accusĂ©e au XVIe siècle que Philippe II n'eut d'autre recours que de vendre la couronne pour faire face aux urgences des finances. En revanche, le sceau royal Ă©tait environnĂ© d'une pompe et d'une splendeur propres au monarque lui-mĂŞme.» (Bernardino BRAVO LIRA, «SĂ­mbolos de la funciĂłn judicial en el derecho indiano» en Poder y presiĂłn fiscal en la AmĂ©rica española : siglos XVI, XVII y XVIII. Trabajos del VI Congreso del Internacional de Historia del Derecho Indiano en homenaje al Dr. Alfonso Garcia-Gallo, Valladolid, Universidad de Valladolid, 1986, pp.235-254) (Franck Lafage, La noblesse hispanoamĂ©ricaine: de l'Empire espagnol aux nouveaux États-nations - Grandeur et dĂ©cadence, XVIIe-XIXe siècles, Tome 1, 2025 - www.google.fr/books/edition).

 

Nel 1554 apparve un nuovo tipo: il testone della benedizione. La moneta presenta da un lato la croce sovrapposta al castello genovese e dall'altra Cristo benedicente il doge inginocchiato che tiene lo stendardo con la croce di San Giorgio. Il tipo riprende la rappresentazione degli zecchini di Venezia. Dopo qualche anno anche la croce divenne particolarmente elaborata fino ad essere sostituita da uno scudo coronato ovale con la croce di san Giorgio, sostenuto ai lati da due grifoni (it.wikipedia.org - Monetazione genovese).

 

Le griffon ou grype est une créature légendaire présente dans plusieurs cultures anciennes. Il est imaginé et représenté avec le corps d'un aigle (tête, ailes et serres) greffé sur l'arrière d'un lion (abdomen, pattes et queue), et muni d'oreilles de cheval. Avec quelquefois des variantes, le griffon gardera de tout temps la particularité reconnaissable d'être hiéracocéphale (fr.wikipedia.org - Griffon (mythologie)).

 

En 1557, lors du règlement de la banqueroute, on estime à 2 millions de ducats la part génoise des créances sur 7 millions de dette flottante. Da Silva estime que, de 1519 à 1556, les Génois ont avancé à Charles Quint des sommes plus importantes que celles prêtées par les Allemands, et pour cela se sont très fortement implantés à Anvers dès 1532; leur nation vient d'y être officialisée par le nouveau roi et leur tribunal s'y installe en 1564. Il y a trente-sept familles à demeure alors que l'ensemble des Lucquois et des Florentins n'en compte pas plus de trente-trois. Ce déploiement en Flandre leur permet de profiter de l'interdiction de tout change entre ce pays et la France, proclamée en même temps que la guerre par Charles Quint en 1551. Ils vont ainsi pouvoir alimenter les foires de «Bisenzone», encore peu actives, contre Lyon. Leur installation dans la plupart des cités italiennes après 1550 leur assure un contrôle constant des mouvements d'espèces qui y transitent de et vers l'Orient. Les Génois ne limitent pas leur pénétration aux seuls circuits du crédit mais l'étendent aussi bien au change par lettres, utilisé dans la première moitié du XVIe siècle en faveur du roi entre l'Espagne et la péninsule italienne, qu'au trafic des espèces et des marchandises. Ils participent aux expéditions vers les Indes et aux trafics réguliers entre Séville, Lisbonne et Anvers, dans ces années où les voies maritimes sont encore tranquilles (Marie-Thérèse Boyer-Xambeu, Ghislain Deleplace, Lucien Gillard, Monnaie privée et pouvoir des princes, l'économie des relations monétaires à la Renaissance, 1986 - www.google.fr/books/edition).

 

"moins... lamenter" : impassibilitĂ© de Philippe II

 

NĂ© Ă  Valladolid, en 1527, Philippe II vouait une admiration profonde Ă  son père, l'empereur Charles Quint, qui avait mis un soin particulier Ă  lui apprendre le mĂ©tier de roi, d'abord par des conseils personnels dont certains ont Ă©tĂ© mis par Ă©crit, puis en lui confiant Ă  plusieurs reprises la responsabilitĂ© du pouvoir en son absence. Il lui a donnĂ© aussi des prĂ©cepteurs de qualitĂ©, Juan Martinez Siliceo, professeur Ă  l'universitĂ© de Salamanque, un roturier que Charles Quint nommera archevĂŞque de Tolède, et deux des plus grands humanistes d'Espagne, Honorato Juan et Juan GinĂ©s de SepĂşlveda, assistĂ©s, pour les arts martiaux et pour la vie mondaine, par des aristocrates, un fils du duc de l'Infantado et un grand commandeur de l'ordre de Saint-Jacques. Les premiers ont donnĂ© au futur roi le goĂ»t des livres, des mathĂ©matiques, des arts, notamment de l'architecture; ils ont fait de Philippe II l'un des hommes les plus cultivĂ©s de son temps. Les aristocrates ont eu moins de succès : ils n'ont pas rĂ©ussi Ă  le transformer en chevalier ni en homme du monde. Philippe II ne se sentira jamais Ă  l'aise sur un champ de bataille. La seule fois oĂą il a pris part Ă  une action de guerre - Ă  Saint-Quentin, au tout dĂ©but du règne -, le spectacle d'une ville mise Ă  sac et livrĂ©e Ă  la soldatesque l'a rendu malade de dĂ©goĂ»t; il ne recommencera plus l'expĂ©rience. MĂŞme la chasse ne semble pas l'avoir beaucoup intĂ©ressĂ©; il se croyait tenu d'y aller, mais Ă©tait-il vraiment chasseur ? Il regardait les autres chasser... De ce point de vue, le contraste avec son père est complet et Philippe II sera toujours secrètement jaloux de son demi-frère, don Juan d'Autriche, qui a hĂ©ritĂ© certains traits de Charles Quint : le panache, le goĂ»t des joutes aristocratiques, de la chasse, de la guerre. Philippe II compensait son manque de prestance par une impassibilitĂ© apparente qui lui donnait une impression de gravitĂ© et qui dĂ©routait les visiteurs. Pour les encourager Ă  parler, le roi prononçait alors la phrase fameuse : «Reprenez-vous» (Sosegaos). Quand on lui annonça la victoire de LĂ©pante, son visage resta de pierre, comme si rien ne pouvait lui faire perdre la sĂ©rĂ©nitĂ©. Le roi s'est composĂ© une personnalitĂ© de façade, dĂ©libĂ©rĂ©ment froide, destinĂ©e Ă  marquer la distance avec ses sujets, tendance encore renforcĂ©e par le cĂ©rĂ©monial bourguignon que Charles Quint avait imposĂ© Ă  la cour. Toutes les apparitions publiques du roi Ă©taient soumises Ă  un rituel compliquĂ© qui ne laissait place Ă  aucune improvisation. Or cette image de gravitĂ© est fausse. On peut discuter les goĂ»ts artistiques de Philippe II et la façon dont il a conçu et dĂ©corĂ© l'Escorial, mais on ne saurait lui dĂ©nier toute sensibilitĂ©. Les lettres qu'il envoie Ă  ses filles, depuis Lisbonne, rĂ©vèlent un homme bien diffĂ©rent du portrait qu'en dressent les chroniqueurs: un père attentif et bienveillant, s'informant des progrès de ses enfants, s'inquiĂ©tant des amĂ©nagements d'Aranjuez, de l'Ă©tat des jardins, des oiseaux qui doivent voler dans le parc Ă  l'approche du printemps… (Joseph PĂ©rez, Histoire de l'Espagne, Biographies Historiques, 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

Le compromis historique d'Augsbourg

 

Charles Quint, accaparĂ© par la lutte implacable qui le met aux prises avec la France, tente de rĂ©gler par la conciliation le problème intĂ©rieur religieux. En 1530 notamment, il rĂ©unit catholiques et protestants dans une diète d'empire qui se tient Ă  Augsbourg. Le thĂ©ologien Melanchthon prĂ©sente une synthèse modĂ©rĂ©e de la foi luthĂ©rienne, appelĂ©e depuis lors Confession d'Augsbourg et restĂ©e la charte des Églises luthĂ©riennes. Par la suite, les princes allemands protestants s'Ă©tant liguĂ©s contre l'empereur en formant la Ligue de Smalkalde en 1532, Charles Quint veut, cette fois, en finir par les armes. Mais le soutien apportĂ© Ă  la ligue protestante par le roi de France, Henri II, catholique, pourtant hostile aux protestants dans son pays, conduit Charles Quint, dĂ©couragĂ©, Ă  abdiquer en faveur de son frère, Ferdinand d'Autriche. Celui-ci nĂ©gocie un compromis purement politique, la paix d'Augsbourg, en 1555, basĂ© sur le principe cujus regio, ejus religio : l'appartenance Ă  une rĂ©gion entraĂ®ne l'adhĂ©sion Ă  sa religion. Il n'y a plus qu'une religion dans chaque principautĂ© ou ville libre de l'empire, celle adoptĂ©e par le pouvoir local. C'est l'Ă©chec du grand dessein de Charles Quint : l'unitĂ© de l'empire par l'unitĂ© dans la foi catholique (Mgr Michel Dubost, Stanislas Lalanne, Le nouveau ThĂ©o - Livre 3 - L'histoire de l'Église: L'EncyclopĂ©die catholique pour tous, 2011 - www.google.fr/books/edition).

 

Acrostiche : QA CP

 

QA : quaestores aerii; CP : curaverunt ponendum :

 

Les quaestores aerii étaient des magistrats financiers de la Rome antique chargés de la gestion du trésor public (aerarium) et du contrôle des dépenses de l'État. L'abréviation latine C.P. en épigraphie signifie généralement curavit poni ou curaverunt ponendum (qui ont pris soin de faire placer/ériger le monument/statue etc.) (www.adfontes.uzh.ch).

 

Vers le milieu du XVIe siècle, le monument qui abrite le saint SĂ©pulcre tombait en ruines. Le pape Jules III ordonna au P. Boniface, prĂ©fet apostolique, alors gardien des saints lieux, de le reconstruire. L'empereur Charles-Quint donna des sommes considĂ©rables pour aider Ă  l'exĂ©cution de ce noble ouvrage. En 1555, les travaux furent entrepris et conduits avec zèle, et bientĂ´t, dit le pieux franciscain, «le sĂ©pulcre de Notre-Seigneur s'offrit Ă  dĂ©couvert Ă  nos yeux, tel qu'il avait Ă©tĂ© taillĂ© dans le roc. On y voyait peints deux anges, dont l'un portait un Ă©criteau avec ces mots: Il est ressuscitĂ©; il n'est plus ici. L'autre, montrant au doigt le sĂ©pulcre, tenait cette inscription : Voici le lieu oĂą ils l'ont placĂ©. Ces deux tableaux, dès qu'ils furent au contact de l'air, tombèrent en poussière. La nĂ©cessitĂ© nous ayant forcĂ©s Ă  soulever une des tables d'albâtre que sainte HĂ©lène y avait fait placer pour recouvrir le sĂ©pulcre, afin qu'il fĂ»t possible d'y cĂ©lĂ©brer la sainte messe, nous vĂ®mes Ă  dĂ©couvert ce lieu ineffable oĂą Notre-Seigneur reposa durant trois jours. Ce lieu, oĂą l'on distinguait encore dans tous ses contours des traces du sang de notre Sauveur, mĂŞlĂ© aux aromates qui servirent Ă  l'embaumer, offrait Ă  nos yeux comme l'image d'un soleil resplendissant. A cette vue, nous poussâmes de pieux gĂ©missements, des larmes de joie s'Ă©chappèrent de nos yeux, nos lèvres baisèrent avec amour ces restes vĂ©nĂ©rĂ©s et divins. Tous ceux qui Ă©taient prĂ©sents, et le nombre en Ă©tait grand, car il y avait une foule de chrĂ©tiens des nations de l'Orient et de l'Occident, ne pouvaient contenir les transports de leur tendresse Ă  la vue de ce divin trĂ©sor; les uns versaient un torrent de larmes, les autres faillirent en perdre la vie, si grand Ă©tait l'enthousiasme, l'espèce d'extase, de sainte stupeur qui rĂ©gnait dans cette assemblĂ©e» (Jean-Jacques BourassĂ©, La Terre-Sainte : voyage dans l'Arabie PĂ©trĂ©e, la JudĂ©e, la Samarie, la GalilĂ©e et la Syrie, 1876 - www.google.fr/books/edition).

 

Typologie

 

Le report de 1978 sur la date pivot 1556 donne 1134.

 

Pour ne rien arranger, deux familles se disputaient le pouvoir impérial, les Welf (ou Guelfes) et les Staufen, surnommés «Waibling», du nom de leur château (qui a donné le nom Gibelins). Henri V étant mort sans enfant, les princes allemands, sous l'influence de l'archevêque de Mayence, écartèrent son neveu, Frédéric de Staufen, duc de Souabe, au profit du duc de Saxe, Lothaire de Supplinburg, que l'on pensait plus facile à manœuvrer. C'était un homme âgé pour l'époque – il avait plus de cinquante ans -, pieux, mais bien moins docile que l'espéraient ses électeurs. Habile, sachant gouverner par compromis , paraissant céder pour mieux assurer ses positions, il réussit, non sans mal, à résister aux princes, alors même qu'il lui fallut intervenir en pour rétablir l'ordre, et à instaurer une coopération presque harmonieuse avec la papauté. Se doutant que, face aux forces centrifuges qui le minaient, la partie était loin d'être gagnée pour l'Empire, il avait désigné son gendre comme héritier (il n'avait pas de fils). À ce gendre, Henri de Bavière, dit aussi Henri le Superbe, il avait donné le duché de Saxe et les biens de la comtesse Mathilde, lui assurant ainsi un immense territoire en pays germanique et italien. Sans doute avait-il manqué de psychologie car, loin de pénétrer les princes allemands de respect, cette abondance de terres les inquiéta tant qu'en 1138, ils élirent un Staufen, Conrad III, qui s'était opposé au précédent empereur (Georges Suffert,Le pape et l'empereur, 2003 - www.google.fr/books/edition).

 

Lothaire III du Saint Empire ou de Supplinbourg (juin 1075 - 4 décembre 1137, Breitenwang, Tyrol), duc de Saxe (à partir de 1106), est élu roi des Romains le 24 mai 1125, puis est couronné empereur du Saint-Empire romain germanique le 4 juin 1133.

 

En retournant en Allemagne, Lothaire III a l'intention de faire la paix. Les frères Hohenstaufen, ruinés par des années de guerre, sont contraints de se soumettre. En 1135, la Diète de Bamberg absout les deux frères et les rétablit dans leurs droits. Dès son retour, ils reconnaissent Lothaire comme empereur et promettent de l'aider dans une autre campagne italienne et signent un traité de paix pour une période de dix ans.

 

En 1135, son intervention diplomatique couronnée de succès pour mettre fin à la guerre entre la Pologne et la Bohême aboutit au paiement par Boleslas III le Bouche-Torse, duc de Pologne, de dettes dues depuis longtemps. De plus, le duc polonais doit également accepter que la Poméranie et Rügen deviennent des fiefs de l'Empire.

 

L’armée qui accompagne Lothaire en Italie en 1132 est peu nombreuse, car le roi a dû laisser le gros de ses troupes en Allemagne pour prévenir une éventuelle révolte des Hohenstaufen. En évitant soigneusement les villes, qui lui sont hostiles, il parvient à Rome en 1133, presque entièrement sous le contrôle d'Anaclet II. Comme la basilique Saint-Pierre leur est fermée, Innocent II couronne empereur Lothaire III au Latran, le 4 juin 1133. Le nouvel empereur, l'écuyer du Saint-Père, est très obéissant envers le pape et a dmet comme recevables les revendications papales sur les terres de Mathilde de Toscane (fr.wikipedia.org - Lothaire de Supplinbourg).

 

Aldo Moro

 

Aldo Moro est enlevĂ© le 16 mars 1978 Ă  Rome par les Brigades rouges qui veulent l’échanger contre des terroristes jugĂ©s Ă  Turin. La DĂ©mocratie chrĂ©tienne s’y refuse. Cela se passait au temps oĂą se nĂ©gociait le compromis historique. « L’Italie pensait qu’uen nouvelle phase s’ouvrait, que la RĂ©publique s’acheminait vers une coalition dominante et que le système allait se rĂ©nover. Peut-ĂŞtre l’alliance Moro-Berlinguer eut-elle permis un dĂ©blocage et apportĂ© la solution ; c’est parce qu’elles la redoutaient que les Brigades rouges l’ont fait Ă©chouer [1] Â».

 

« Mais ce qui importe est que cet otage si particulier cristallisa soudain toutes les contradictions de la dĂ©mocratie et de l’Etat italien. Comment l’univers politique italien aurait-il supportĂ© sa libĂ©ration ? [2] ». « Et envisager la rĂ©insertion du prĂ©sident de la DC dans la vie politique Ă©quivalait Ă  condamner son parti qui ne pouvait sortir de cette Ă©preuve que divisĂ© et inapte Ă  revendiquer les postes-clefs de l’Etat pour longtemps [3] ». Aldo Moro fut ainsi enterrĂ© politiquement avant que d’être rĂ©ellement mort (« parenter Â» : du latin « parentare Â», cĂ©lĂ©brer une cĂ©rĂ©monie funèbres Â»).

 

Aldo Moro est retrouvĂ© le 9 mai dans le coffre d’une Renault 4 garĂ©e via Michelangelo Caetani, Ă  mi-chemin entre le siège de la DC et de celui du PC. Ses obsèques furent cĂ©lĂ©brĂ©es en prĂ©sence du pape Paul VI. « Moro disparu, l’espoir s’évanouit et avec Andreotti comme chef du gouvernement, l’Italie retombe dans l’instabilitĂ© qui caractĂ©risait la RĂ©publique de 1946 Ă  1973 [4] ».

 

"couronne vendue"

 

Paul VI (Giovanni Battista Montini) et Aldo Moro se connaissaient depuis les annĂ©es 1940. Ils Ă©taient : amis personnels, alliĂ©s politiques (Moro Ă©tait le grand stratège de la DĂ©mocratie chrĂ©tienne), proches spirituellement (Moro Ă©tait un catholique très liĂ© au Vatican). Cette amitiĂ© explique pourquoi Paul VI a rĂ©agi immĂ©diatement et personnellement Ă  l’enlèvement. Moro n'en avait pas connaissance et reproche au Vatican son inaction.

 

Jean-Paul II, élu le 16 octobre 1978, après Paul VI (mort le 6 août) et Jean-Paul Ier (mort le 28 septembre). Jean?Paul II rejette l’Ostpolitik de Jean XXIII et Paul VI, qui s'exprime en Italie avec le dialogue Moro-Berlinguer, et devient un acteur de la guerre froide. Sa doctrine de confrontation converge avec celle de Reagan("empire du mal"), puis à l’"axe du mal" (Bush). Pendant qu’il combattait le système soviétique, il laissait prospérer un système d’abus dans l’Église. Cette contradiction massive détruit l’idée d’un magistère moral.

 

Paul VI avait fait don de la triple couronne qui Ă©tait en sa possession Ă  l’archidiocèse de New York qui la revendit Ă  un musĂ©e de la ville dans un but charitable. De mĂŞme, Jean-Paul Ier, alors qu’il Ă©tait patriarche de Venise, vendit une croix pectorale et une chaĂ®ne ayant appartenue Ă  Pie XII [5] (« croix, couronne vendue Â»).

 

Echecs

 

Aldo Moro n'était pas roi, mais une pièce sur l'échiquier de la politique italienne.

 

Pour Sciascia, Borges est un des Ă©crivains de rĂ©fĂ©rence les plus importants. Sciascia l'a connu très tĂ´t vers 1950 et fut probablement le premier Ă©crivain lecteur de Borges en Italie. Comme Borges, il considère les textes prĂ©cĂ©dents comme condition fondamentale de tout texte. Borges Ă©tait pour lui «l'Ă©crivain le plus significatif de notre temps, de nos vertiges». Dans L'Affaire Moro (1978), un texte autour de l'enlèvement et l'assassinat de l'homme politique Aido Moro, Sciascia cite deux contes de Borges du volume Fictions, Pierre Menard, auteur du «Quichotte» et Examen de l'Ĺ“uvre d'Herbert Quain. Les deux citations crĂ©ent, lĂ  oĂą Sciascia les place, une sorte de cadre. L'Affaire Moro s'ouvre sur une rĂ©miniscence personnelle de Sciascia et un dialogue avec Pasolini. Le troisième paragraphe entame par la reprise de Pierre Menard, auteur du «Quichotte» un questionnement sur le rĂ´le de l'Ă©criture. Trois points essentiels sont Ă©lucidĂ©s : réécrire, c'est tout modifier sans rien modifier. Tout se passe en littĂ©rature.

 

L'impression que tout dans l'affaire Moro se déroule, pour ainsi dire, en littérature, vient principalement de cette fuite des faits, de cette abstraction des faits [...] dans une dimension de séquence imaginaire ou fantastique indéfectible et de laquelle découle une constante et tenace ambiguïté. Une telle perfection peut être attribuée à l'imagination, à la fantaisie; non à la réalité. [...] Ce qui est vraisemblable, mais ne peut pas être vrai et réel (Susanne Heiler Susanne, Jorge Luis Borgès chez Tahar Ben Jelloun et Leonardo Sciascia. In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 2005, n°57 - www.persee.fr).

 

On peut aussi, en 1999 en particulier, voir les choses autrement que Sciascia, penser, par exemple, et ce n'est qu'un exemple, que les deux joueurs d'échecs borgésiens étaient les soviétiques et les américains, que la partie s'est conclue par un pat qui a coûté la vie au statesman Moro (Claude Ambroise, Un désir d'achèvement en Sciasca, Objets inachevés de l'écriture, 2001 - www.google.fr/books/edition, Leonardo Sciascia, L'affaire Moro - Ned: Les Cahiers rouges - nouvelle édition préfacée par Dominique Fernandez, 2018 - www.google.fr/books/edition).

 

Infine c'è l'ultima analogia cristologica: la coincidenza simbolico-istituzionale tra vittima e carnefice. L'archetipo del sacrificio del Re, o del suo rappresentante, il figlio prediletto, è pienamente rispettato. Aldo Moro viene lasciato morire dal partito di cui è presidente, e in qualitĂ  di presidente paga. Un ultimo paradosso: è la propria morte, il piĂą alto crimine che Moro paga con la propria morte (Antonio Giangrande, La vicenda Aldo Moro : Quello che si dice e quello che si face, - www.google.fr/books/edition, fr.wikipedia.org - Aldo Moro).

 

Après Moro

 

Aldo Moro n'était peut-être qu'un pion, la partie n'était pas finie.

 

L'assassinat de Moro marque non seulement la faillite du compromis historique, du reste déjà mis en difficulté par la composition du nouveau gouvernement, mais aussi la fin de la progression continue du PCI depuis 1953. Le PCI, premier parti communiste occidental et deuxième parti politique italien pendant des décennies, disparaît donc avant même la dissolution effective de l'URSS. En 1991, le PCI revendique encore 177 députés, 101 sénateurs, 22 députés européens et plus d'un million de militants, signe de son influence dans le paysage politique italien (fr.wikipedia.org - Parti communiste italien).

 

Lors des Ă©lections gĂ©nĂ©rales de 1992, la DĂ©mocratie chrĂ©tienne descend pour la première fois en dessous des 30 %, mise en difficultĂ© par la montĂ©e des autonomistes de la Ligue du Nord. Peu après la formation d'un gouvernement dirigĂ© par le socialiste Giuliano Amato explose de plus le scandale de l'OpĂ©ration Mains propres : un vaste rĂ©seau de corruption et de financement illicite des partis politiques, DC comprise, est dĂ©voilĂ©. La crise politique est telle qu'en avril 1993, après la dĂ©mission d'Amato, le gouvernement est pour la première fois dirigĂ© par un technicien, Carlo Azeglio Ciampi, et non par un parlementaire. Plusieurs enquĂŞtes, notamment celles des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, jettent Ă©galement le doute sur la nature des liens entre plusieurs figures du parti (parmi lesquelles Giulio Andreotti) et la mafia. La DĂ©mocratie chrĂ©tienne est laminĂ©e dans toutes les Ă©lections intermĂ©diaires. Le 29 janvier 1994, la DĂ©mocratie chrĂ©tienne s'auto-dissout officiellement. Elle laisse derrière elle 206 dĂ©putĂ©s, 107 sĂ©nateurs, 26 dĂ©putĂ©s europĂ©ens et environ 800000 militants, qui se divisent alors entre les diffĂ©rentes formations candidates Ă  sa succession (fr.wikipedia.org - DĂ©mocratie chrĂ©tienne (Italie)).

 

“Carlo V” est un surnom interne Ă  la culture politique italienne. Ce surnom est utilisĂ© pour dĂ©signer : Carlo Azeglio Ciampi, figure "impĂ©riale", au-dessus des partis, arbitre institutionnel d’oĂą l’ironique "Carlo V", comme un empereur neutre; Carlo De Benedetti dans certains articles, comme “empereur” de l’industrie Ă©ditoriale, mais usage beaucoup plus rare. Ce sont des mĂ©taphores journalistiques, pas des comparaisons historiques (cf. Gianni Pasquarelli, Carlo V, la DC e gli scenari della politica, Il Tempo, 12 juillet 1991).

 

Un article du Corriere della Sera "Ciampi garante della stabilità" (1993) analyse de Ciampi comme figure institutionnelle neutre. Un autre de Il Giornale "L’ingegnere e il suo impero" (1990) fait le portrait critique de De Benedetti.

 

Tout analyste politique italien — et Gianni Pasquarelli en particulier — considère 1978 comme l’annĂ©e oĂą :

 

La DC perd son rôle de "parti-État". Le système des partis entre en crise structurelle et l’affaire Moro révèle la faiblesse interne de la DC. Les équilibres internes (courants, factions, chefs) se dérèglent durablement.

 

1978 est le début de la fin de la Première République. Entre 1978 et 1991, la DC perd progressivement son contrôle sur le gouvernement et voit émerger des figures "au-dessus des partis" (Ciampi, Scalfaro, etc.). Elle s’effondre de 1992–1994.

 

Ciampi (1993) et Draghi (2021) reprĂ©sentent le mĂŞme type de figure : les deux sont des technocrates de très haut niveau, appelĂ©s Ă  diriger un gouvernement dans un moment de crise systĂ©mique. Non?politiques, gouverneurs de la Banque d’Italie, ils inspirent confiance Ă©tant perçus comme "au?dessus des partis". Ils sont appelĂ©s en urgence pour restaurer la crĂ©dibilitĂ© internationale et la confiance des marchĂ©s.

 

Le surnom “Carlo V” désigne Carlo Azeglio Ciampi, gouverneur de la Banque d’Italie. Depuis 1978, les partis sont incapables de produire des leaders stables. La DC ne parvient plus à imposer un président du Conseil durable. Le système cherche un arbitre institutionnel au-dessus des factions. Ciampi apparaît en 1993, après l'opération Mani Pulite qui détruit le cadre politique traditionnel et les partis historiques (DC, PSI, PRI, PLI), comme le personnalité neutre que les partis affaiblis appellent pour stabiliser le système en crise. Il manifeste la montée d’un pouvoir technocratique né du vide créé en 1978 et prépare la transition vers la Deuxième République, dans la continuité institutionnelle.

 

En 2011, avec la crise de la dette, la chute de Berlusconi, Mario Monti (1943), après une longue carrière universitaire et européenne, est appelé pour éviter la faillite. Draghi arrive en 2021 dans un moment de paralysie politique et de crise de gouvernance, mais pas d’effondrement du système à la suite de la pandémie du COVID). Il répond au besoin de gérer les fonds européens et les réformes du PNRR, de stabiliser une coalition hétérogène.



[1] Jacques Georgel, « L’Italie au XXème siècle (1919-1995) Â», La documentation française, 1996, p. 112

[2] Philippe Levillain , L’Histoire n° 111, p. 42

[3] ibid., p. 39

[4] Jacques Georgel, « L’Italie au XXème siècle (1919-1995) Â», La documentation française, 1996, p. 112

[5] Paul Hoffman, « O Vatican Â», Payot, 1984, p. 46

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