Nouveaux spectacles politiques dus à l’élection du président au suffrage universel

Nouveaux spectacles politiques dus à l’élection du président au suffrage universel

Attentats contre le général de Gaulle

 

VI, 51

 

1963

 

Peuple assemblé, voir nouveau expectacle

Princes & Roys par plusieurs assistants ,

Pilliers faillir, murs : mais comme miracle,

Le Roy sauvé & trente des instans.

 

Miraculus, miracula, miraculum

 

La montée du Gourguillon est une alternance de maisons, de murs de soutènement et de jardins privatifs. Le 14 novembre 1305, Clément V fut couronnée pape à Lyon en présence des rois de France et de Majorque. Après la cérémonie, le cortège montait la pente du Gourguillon, Philippe le Bel, roi de France, conduisait par la bride la monture du pape. Brusquement, un vieux mur, vestige d’un fort, surchargé de curieux s’écroula. Le duc de Bretagne et Gaillard de Got – frère du pape - furent écrasés. Le pontife fut renversé et sa tiare roula à terre. Douze personnes périrent. Quant au roi, il n’échappa que par miracle.

 

Cette voie publique très ancienne de la colline de Fourvière dans le 5e arrondissement de Lyon a porté autrefois le nom de montée de Beauregard.

 

Le mot «Gourguillon» serait une onomatopée (comme le «gurges» des Latins, qui évoque un tourbillon d’eau impétueux, ou notre gargouille). Ce nom convient parfaitement à la rue qu’il désigne dont la pente et le peu de largeur font que les eaux pluviales s’y engouffrent.

 

Une tradition recueillie par quelques auteurs fait venir le nom de cette rue de «gurges sanguinis» par allusion au sang des martyrs, ce groupe de chrĂ©tiens persĂ©cutĂ©s en 177, qui aurait coulĂ© du haut de la colline jusqu’à la SaĂ´ne. C’est probablement en souvenir de cette fable que, en 1790, le 5e bataillon de la garde nationale, recrutĂ© dans ce quartier, portait, sur son drapeau, la devise suivante : «Dat sanguine palmas» (le sang des martyrs fait naĂ®tre des palmes). (www.gadagne-lyon.fr).

 

"Pilliers"

 

M. Saint-Marc Girardin (VIIe leçon, tome I, p. 194 et 195) rapproche de la fable de Simonide préservé par les dieux, de Jean de La Fontaine, le fabliau des deux Aveugles et Philippe le Bel, que Robert, dans son introduction (p. CXLIX), a tiré du vieux poëme Renart le contrefait, et qui met en action, d'une manière bien plus gaie et plus piquante que le récit emprunté aux anciens, cette pensée, que «Dieu récompense même ici-bas ceux qui soutiennent sa cause et qui glorifient son nom.»

 

Quant à l'événement même, de la chute de la salle, des convives écrasés, du poëte préservé, Quintilien paraît le tenir pour véritable; il dit que «grande était la dissension des auteurs sur le nom du lieu (Pharsale ou Cranon) où la chose a dû se passer»; comme aussi sur le nom de l'athlète (Quintilien en nomme quatre) qui avait refusé de payer le prix convenu. Chez Cicéron et chez Valère Maxime, l'athlète se nomme Scopas, et le lieu est Cranon, en Thessalie.

 

Un domestique accourt, l'avertit qu'Ă  la porte

Deux hommes demandoient Ă  le voir promptement.

Il sort de table; et la cohorte

N'en perd pas un seul coup de dent.

Ces deux hommes étoient les gémeaux de l'éloge.

Tous deux lui rendent grâce; et pour prix de ses vers,

Ils l'avertissent qu'il déloge,

Et que cette maison va tomber Ă  l'envers.

La prédiction en fut vraie.

Un pilier manque; et le plafonds,

Ne trouvant plus rien qui l'étaie,

Tombe sur le festin, brise plats et flacons,

N'en fait pas moins aux échansons (Henri Regnier, Oeuvres de Jean de La Fontaine, Tome 1, 1883 - books.google.fr).

 

Un autre manuscrit de la Bibliothèque du Roi, 6985-3, fonds de Lancelot no 4, nous l'avons dit, offre une seconde version du poëme de Renart le Contrefait, ou plutôt une seconde composition sur le même sujet, terminée, à ce qu'il paraît, en 1341 ou 1343, c'est-à-dire sur la fin du règne de Philippe de Valois, mort en 1350. Ce second poëme est plus court que le premier (18,000 vers, l'autre 32,000), et l'auteur y raconte des événements plus récents, par exemple, il n'y parle pas si longuement d'Enguerrand de Marigny, mais il remplace cette catastrophe par la condamnation de Remi, trésorier général des finances, condamné à mort en 1328. A l'occasion de la fable du chêne et du jonc marin, il mentionne à peine la bataille de Mons en Puelle, où Philippe-le-Bel battit les Flamands, en 1304; la victoire de Cassel, remportée en 1328 par Philippe de Valois, lui semble mériter plus d'attention. Il ne parle plus guère des Templiers (Ludvig August Rothe, Les Romans du Renard examinés, analysés et comparés d'après les textes manuscrits les plus anciens, les publications latines, flamandes, allemandes et françaises, 1845 - books.google.fr).

 

Renart le Contrefait (1319-1328) est un texte animĂ© par la haine envers les «gentilz gens et gens d'Eglise», qui appellent «vilains» les «laboureurs», les «bons preudhommes et gaigneurs». Son auteur se fait l'apĂ´tre de la vie bourgeoise, telle surtout qu'on la pratique dans les opulentes villes de Flandre. Il Ă©voque en ces termes la naissance de «gentillesse», après l'âge d'or de l'Ă©galitĂ© primitive : «Lors fu gentillesse trouvee Qui contre Dieu s'est bien prouvĂ©e» (Philippe Contamine, La noblesse au royaume de France de Philippe le Bel Ă  Louis XII, essai de synthèse, 1997 - books.google.fr).

 

Dans Renart le Contrefait, la dernière métamorphose du principal personnage sera de plus en plus sombre. A sa hâblerie joyeuse d'autrefois, a succédé l'humeur noire d'un vieillard morose et soupçonneux, devenu l'impitoyable censeur de son temps. Il ne croit plus à la légitimité des dîmes, et des tailles, ni même aux droits de la propriété monastique ou féodale. Il maugrée, il déclame; s'il recommande la résignation au pauvre peuple, c'est d'un ton qui révèle le désir des représailles, et semble pressentir la venue des Jacques. Dans ses doléances, nous retrouvons le signe précurseur des accusations qui retentiront dans les États de 1358, et provoqueront la fuite du dauphin Charles, l'invasion du Louvre, le massacre des ministres. C'est ainsi que le mouvement encouragé par la royauté finit par tourner contre elle. Lu, chanté, conté dans les chaumières, les ateliers, les cloîtres et les écoles, le Roman de Renart fut l'arme qui contribua le plus à la ruine du monde féodal. Il l'acheva par le ridicule (Gustave Merlet, Origines de la littérature française du IXe au XVIIe siècle, Tome 2, 1881 - books.google.fr).

 

"trente des instans"

 

instans : prochain (fr.wiktionary.org).

 

Trente jours prochains : après le 14 novemnre 1305, la veille du trentième jour suivant est le 13 dĂ©cembre, fĂŞte de sainte Lucie.

 

L'iconographie de Lucie provient de ce que la tradition retient des circonstances de son martyre. Le motif des yeux portés sur un plateau n'apparaît pas avant le XIVe siècle, période à laquelle les malvoyants l'invoquent pour retrouver la vue. On lui aurait arraché les yeux, ou encore que, pour toute réponse à son fiancé qui menaçait de la dénoncer, elle se les soit arrachés elle-même, et les lui ait envoyés dans une boîte. À la suite de quoi, la Vierge serait venue lui en apporter de plus beaux encore. C'est la raison pour laquelle elle est fréquemment invoquée pour guérir les maladies oculaires, et représentée par les peintres portant ses yeux sur un plateau ou dans une coupe (fr.wikipedia.org - Lucie de Syracuse).

 

Le nom de Beauregard remonte loin dans le temps, il s'est appliqué à une partie du Gourguillon en raison de la vue qu'elle offre sur Lyon (www.ruesdelyon.net).

 

On rencontre, toujours Ă  Lyon, une autre Lucie, veuve qui recueille saint Epipode (Epipoy, fĂŞtĂ© le 22 avril et aussi le 6 avril Ă  Paris) pendant la persĂ©cution de l'an 177 : cf. quatrain IX, 68.

 

Trente jours avant

 

Si le 14 novembre 1305 consiste en ces trente jours prochains, la référence porte autour du 15 octobre 1305.

 

Le Sacré-Collège était réuni depuis neuf mois à Pérouse; il ne pouvait s'entendre sur le choix du successeur de Benoît XL Deux grands partis se partageaient le conclave, les Bonifaciens et les Français, c'est-à-dire ceux qui s'étaient rangés du cûté de Boniface VIII et ceux qui, tout en réprouvant l'attentat commis contre ce pontife, voulaient qu'on traitât avec indulgence le roi de France de peur de le pousser à un schisme; car c'est un fait certain, la conduite de Philippe le Bel à Anagni souleva, dans toute l'Europe et même dans la cour de France, une énergique réprobation. Les chefs du parti français, voyant qu'on n'aboutissait pas, proposèrent une transaction. Les Bonifaciens ou les Italiens, comme on les appelait, désigneraient trois candidats non italiens, parmi lesquels les Français choisiraient celui qui leur agréerait le mieux. Ainsi fut fait. Les Italiens présentèrent trois candidats, dont Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux. Le chef du parti français, le cardinal de Prato, fournit secrètement et avec célérité cette liste à Philippe le Bel et lui demanda son avis, tout en indiquant Bertrand de Got, quoique ennemi du roi, comme un homme avide d'honneur et d'argent, dont il pourrait beaucoup obtenir. Philippe, sans perdre de temps, fixa un rendez-vous à l'archevêque dans un monastère situé au milieu d'une forêt de Saintonge.

 

Les conditions mises par Philippe le Bel Ă  l'Ă©lection de Bertrand de Got, pour n'avoir pas Ă©tĂ© formulĂ©es Ă  la rencontre de Saint-Jean-d'AngĂ©ly supposĂ©e par le chroniqueur florentin du XIVe siècle Jean Villani, ont pu ĂŞtre posĂ©es et acceptĂ©es par Ă©crit ou par messager. Ce qui donne une certaine force Ă  cette supposition, et qui la rend mĂŞme vraisemblable, c'est que les conditions indiquĂ©es par Villani ont Ă©tĂ© vĂ©ritablement remplies; que ClĂ©ment V refusa de cĂ©der sur un seul point, sur la condamnation de la mĂ©moire de Boniface VIII, mais qu'il dut accepter la sixième condition, tenue d'abord secrète par le roi, c'est-Ă -dire la condamnation des Templiers. Cette condamnation, il fallut la lui arracher : c'est du moins ce que semble indiquer l'ensemble des documents que nous possĂ©dons (M. E. Boutaric, Revues des questions historiques, Tome 10, 1871 - www.templiers.net).

 

Dans une lettre du 13 octobre 1305, quatre mois environ après son Ă©lection et un mois avant son couronnement, ClĂ©ment, en parlant prĂ©cisĂ©ment de son Ă©lĂ©vation sur la chaire de saint Pierre, Ă©crit au roi : «Le 9 des calendes d'aoĂ»t, nous avons donnĂ© solennellement et publiquement notre consentement Ă  cette Ă©lection, maist malgrĂ© nous et convaincu par des instances rĂ©itĂ©rĂ©es. (Consensum autem electioni præfatæ solemniter et publice, licet inviti ac multis devicti instantiis, præstitimus IX kal. augusti. - Ap. BALUZ., Vita Pap. Aven., II, 62) (Justin Louis Pierre Fèvre, Histoire apologetique de la PapautĂ© : depuis Saint Pierre jusqu'Ă  Pie IX, Tome 5, 1880 - books.google.fr).

 

Deux ans plus tard, le 13 octobre 1307, le roi fait arrĂŞter les Templiers dans le royaume.

 

La suite de la lettre dit :

 

«Quant Ă  certains articles que vous avez traitĂ©s avec vos ambassadeurs et qui ne doivent ĂŞtre divulguĂ©s ni par vous, ni par eux, attendu la demande que vous nous avez faite de pouvoir en communiquer avec trois ou quatre personnes, au delĂ  du nombre que nous avions fixĂ©, nous consentons bien volontiers Ă  ce que vous en confĂ©riez avec trois ou quatre et mĂŞme un plus grand nombre de personnes, au delĂ  du nombre susdit, selon qu'il paraĂ®tra utile Ă  votre royale circonspection, car nous avons la certitude que vous ne rĂ©vĂ©lerez ces choses qu'Ă  ceux que vous savez ĂŞtre Ă©galement pleins de zèle et d'amour pour notre honneur et le vĂ´tre.» Quelles Ă©taient ces affaires que l'on tenait si secrètes ? On l'ignore, et mieux vaut ne pas hasarder de conjectures. ClĂ©ment fut couronnĂ© Ă  Lyon, le 14 novembre 1305, devant une nombreuse assemblĂ©e : Philippe le Bel voulut assister Ă  cette cĂ©rĂ©monie et fit dès lors des ouvertures au Pape au sujet des Templiers (M. E. Boutaric, Revues des questions historiques, Tome 10, 1871 - www.templiers.net).

 

"instans" : juridiction

 

Si l'expression "instance administrative" remonte à 1938, l'instantia, qui dérive d'"instans" (instant, présent) est en rapport avec l'action en justice comme le rapporte Nicolas Oresme (vers 1370) et Remigius Maschat dit de Saint Erasme (1692 - 1747) (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr, Camillo Tarquini, Manuel de la juridiction ecclésiastique au for extérieur et spécialement au for contentieux, avec appendice sur les règles du droit, 1885 - books.google.fr).

 

"instance" du latin "instantia", qu'on dérive de stare in judicio, être en jugement. Un procès est en instance lorsqu'il est porté devant une juridiction (Marie Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel des sciences : des lettres et des arts, 1855 - books.google.fr).

 

Le terme "instans" est employé pour des personnes qui intentent une action en justice (Lettre de C. Véron au Conseil de Berne, 24 décembre 1544) (Aimé-Louis Herminjard, Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française, Tome 9, 1897 - books.google.fr).

 

A la fin du règne de Philippe le Bel le domaine royal comprend trente divisions administratives : les vingt baillies ou bailliages de Paris, Senlis, Vermandois, Amiens, Sens, OrlĂ©ans, Bourges, Mâcon, Tours, Rouen, Caen, Cottentin, Caux, Gisors, Auvergne, Monts d'Auvergne, Troyes, Vitry, Chaumont, Lille; et les dix sĂ©nĂ©chaussĂ©es de Poitou, Saintonge, Toulouse et Albigeois, Rouergue, PĂ©rigord, Quercy, Beaucaire, Carcassonne, AngoulĂŞme, Lyon [rĂ©uni au domaine royal en 1312]. Ces 30 grandes circonscriptions formaient plus de 325 subdivisions, appelĂ©es prĂ©vĂ´tĂ©s, vicomtĂ©s, baylies ou vigueries, suivant la province Ă  laquelle elles appartenaient; elles s'Ă©tendaient sur les territoires de 59 de nos dĂ©partements actuels (A. Vuitry, Études sur le rĂ©gime financier de la France avant la rĂ©volution de 1789, Tome 1 1883 - books.google.fr).

 

Sous l’Ancien Régime, le «bailliage» ou la «sénéchaussée» (autrefois aussi écrit seneschaucie) désigne à la fois une entité territoriale (circonscription administrative, financière et judiciaire) et la charge d'officier de bailli qui y est liée. Le premier terme est plus fréquent dans le Nord, et le second dans le Midi et l'Ouest (fr.wikipedia.org - Bailliage et sénéchaussée).

 

"sĂ©nĂ©chaussĂ©e" : juridiction Ă©quivalente Ă  un bailliage, dans les provinces de la France du Sud principalement (Paul Delsalle, Vocabulaire historique de la France moderne : XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, 2007 - books.google.fr).

 

Et certes c'est trop lascher la bride au juges, de leur donner pouuoir de faire emprisonner les personnes, sous simples soupçons. Car c'est leur ministrer occasion de maligner & abuser de leurs charges, en tourmentant les gens de bien & innocens, ou pour hayne qu'ils leur portent, ou pour complaire Ă  vn autre, ou pour en arracher de l'argent. Comme cela aduint au pays de Languedoc, du temps de Philippe le Bel. Car France fur de ce temps-lĂ  l'inquisition s'y exerçoit rigoreusement par les Iacopins Inquisiteurs, contre les Albigeois. Mais le Roy ayant descouuert qu'ils faisoyent emprisonner Ă  tort plusieurs nobles, & autres gens de bien, disans qu'ils estoyent heretiques Albigeois, & sous le pretexte de ces fausses accusations les rançonnoyent de grosses sommes de deniers deuant que les lascher, il en chassa l'inquisition, & fit pendre & estrangler vne partie de ces abuseurs, & renuoya les autres en Espagne, (pays de leur origine) oĂą ils furent premierement instituez, pour en dechasser les Mahumetains, Sarrazins, & Marrans : & maintenant en dechassent les vrais Chrestiens (Annales de l'annĂ©e 1305) (Innocent Gentillet, Le bureau du concile de Trente, 1586 - books.google.fr).

 

En 1300, l'agitation gagne Albi, car l'Ă©vĂŞque Bernard de Castanet fait arrĂŞter 32 habitants de la ville dont 25 se voient condamner au mur strict. Bernard DĂ©licieux prend alors la tĂŞte de la campagne lancĂ©e contre l'Inquisition par Albi et Carcassonne et subsidiairement par Cordes et Castres. Pendant trois ans et demi, de 1301 Ă  1304, il en assume la direction et l'animation, prodiguant sa peine, conduisant ou suscitant force ambassades auprès des rĂ©formateurs du Languedoc, ou bien en France, auprès du roi, et mĂŞme en Italie, auprès du pape. Et toutes circonstances il s'en tient Ă  une argumentation invariable : on ne saurait mettre en doute l'orthodoxie des victimes de l'Inquisition; le tribunal a dictĂ© leurs aveux par la torture; il s'agit, pour Albi, d'un procès truquĂ©, motivĂ© par la cupiditĂ© et l'arbitraire de l'Ă©vĂŞque, avide de s'emparer des biens des condamnĂ©s et dĂ©sireux d'Ă©liminer ceux qui dĂ©nonçaient les abus de sa juridiction temporelle. Des pĂ©ripĂ©ties multiples du conflit Ă©mergent quelques faits saillants.

 

On cerne assez facilement le milieu social où évolue le franciscain Bernard Délicieux. Dans les actes de son procès apparaissent les noms de 34 Albigeois dont quatorze sont des parents proches des 32 emmurés de 1300. Ce groupe, très homogène, se confond avec l'oligarchie consulaire et rassemble des hommes détenteurs du savoir ou de la richesse; on y compte de nombreux juristes, dont les meilleurs auxiliaires de Bernard Délicieux, Arnaud Garsie, qui a fait ses études à Toulouse en compagnie de Bertrand de Got, neveu de Clément V, et son beau-frère Pierre Pros. Tous les partisans de Bernard possèdent une fortune considérable; ils sont capables d'avancer, au pied levé, des sommes importantes pour la réussite de leurs projets. Arnaud Garsie, pour en rester à son cas, cotise ainsi une centaine de livres, à fonds perdus, vers la Toussaint, de 1303; en 1305, il entre dans un consortium de neuf Albigeois qui s'efforce d'acquérir, à Lyon, la protection de trois cardinaux — dont Raimond de Got et Pierre Colonna — en leur offrant 5000 livres M. Plus tard, conjointement avec Pierre Pros, il peut encore verser 2000 florins d'or afin d'obtenir la rémission de Charles IV le Bel (Jean-Louis Biget, Autour de Bernard Délicieux : franciscanisme et société en Languedoc entre 1295 et 1330. In: Revue d'histoire de l'Église de France, tome 70, n°184, 1984 - www.persee.fr).

 

Albi offre un cas bien documenté de discordance entre la morphologie urbaine et la trame administrative royale, source de contentieux récurrents à partir de la fin du XIIIe siècle, et dont le point d’orgue intervient dans les premières années de la guerre de Cent Ans. Des logiques contradictoires président à l’opposition durable entre le consulat d’Albi et les autorités de la jugerie d’Albigeois d’une part, cette dernière jouant le même rôle, dans la sénéchaussée de Toulouse, que la viguerie d’Albi dans celle de Carcassonne, et certaines communautés du voisinage d’autre part. Pour durable qu’il soit, ce conflit ne se développe cependant pas de façon continue, loin s’en faut; à cet égard, il n’est pas inintéressant de souligner que les phases d’opposition aiguë épousent parfaitement la chronologie des impôts servant à financer les guerres du roi à partir du règne de Philippe le Bel. Ce problème de juridiction fiscale a naturellement une incidence sur les limites mêmes de la cité albigeoise, qu’il contribue à clarifier.

 

Les dépositions réunies lors de l’enquête menée par l’évêque de Laon et le comte de Forez constituent le document le plus complet et le plus systématique dont nous disposions sur le contentieux fiscal du Bout-du-Pont d’Albi. [...] Quarante-deux témoins ont été interrogés; vingt-et-un sont des habitants du faubourg, et vingt sont domiciliés à Albi même. Le dernier témoin, Bernard Audric, habite en 1319 à Lescure, mais paraît néanmoins avoir résidé au Bout-du-Pont aux alentours de 1315. On remarquera également que, parmi les vingt Albigeois de la rive gauche, dix sont d’anciens conseillers ou consuls. Ce sont des personnages généralement connus de l’histoire albigeoise, car ils font partie des élites marchandes et juridiques; plusieurs sont également interrogés lors des procès de Bernard de Castanet en 1307-1308, et de Bernard Délicieux en 1319 (David Sassu-Normand, Espace urbain et espace monarchique. Un problème de juridiction fiscale à Albi au XIVe siècle, 2016 - books.google.fr).

 

"trente des instans" ou une trentaine d'Albigeois

 

Le mouvement anti-inquisitorial connut alors deux années très favorables. Philippe le Bel exigea le renvoi de l’inquisiteur Foulques de Saint-Georges et imposa la surveillance de ses officiers sur les activités de l’Inquisition. Il contraignit Bernard de Castanet à se soumettre à une enquête des réformateurs, lui infligea une énorme amende et plaça son temporel sous séquestre. Malmené au cours d’une émeute à son retour de Toulouse, après son audition, l'évêque déserta bientôt sa ville. Albi demeurait en état de semi-insurrection, les Prêcheurs étant soumis aux vexations populaires. À Carcassonne, en août 1303, de nombreux Albigeois prirent part à une émeute dirigée par Bernard Délicieux et obtinrent le transfert des emmurés de l’Inquisition vers les prisons royales. Il n’y avait là qu’un demi-succès dont les limites marquaient bien l’étroitesse de l’espace politique laissé au mouvement. Satisfait du contrôle instauré sur l’Inquisition, peu soucieux de paraître défendre des hérétiques, irrité et méfiant devant la pression populaire auquel il fut soumis lors de son voyage à Toulouse à la Noël 1303, Philippe le Bel n’accorda rien de plus. L’état des pouvoirs ne laissait aux contestataires qu’une alternative entre résignation et radicalisation. Les édiles d’AIbi ne furent que très brièvement tentés par l’effraction du cadre politique légitime dans laquelle s’engagèrent alors Bernard Délicieux et les consuls de Carcassonne. L’effroi retint finalement les Albigeois d’adhérer à un complot contre le roi pour offrir le pouvoir en Languedoc au fils du roi de Majorque. Mais la découverte de la trahison les contraignit à se cotiser pour acheter la mansuétude du sénéchal de Carcassonne et éviter une enquête dans leur ville. La nouvelle de la pendaison des coupables carcassonnais, le 28 septembre 1305, les affola. Cédant à la panique, une trentaine de bourgeois s’enfuirent d’Albi de peur d’être châtiés. Ils gagnèrent Lyon, où eut lieu en novembre 1305 le couronnement de Clément V. En vain, mais à grand prix, ils tentèrent sur place d’acheter le soutien de trois cardinaux pour obtenir l’intervention du nouveau pape en leur faveur auprès de Philippe le Bel. Désemparés, ils n’osèrent pas regagner leur ville pendant plusieurs mois.

 

Alors qu’ils n’avaient plus rien à espérer du roi, l’avènement d’un pape dont le souci de conciliation tranchait avec la politique de ses prédécesseurs offrait toutefois aux adversaires de l’Inquisition la possibilité d’un recours auprès de l’autre grand pouvoir. Dans les années précédentes, les Albigeois avaient envoyé des représentants faire part de leurs plaintes à Boniface VIlI et à Benoît XI, sans aucun succès. Au printemps 1306, l’appui de certains cardinaux et la bienveillance du pape gascon envers les méridionaux permettaient à des représentants d’Albi, de Carcassonne et de Cordes de développer à la Curie leurs accusations contre les inquisiteurs, réitérant les protestations de bonne catholicité pour l’ensemble du Languedoc déjà formulées devant le roi. Les cardinaux Bérenger Frédol et Pierre Taillefer de la Chapelle, envoyés inspecter les geôles de Carcassonne et d’Albi, ordonnèrent un meilleur traitement pour les emmurés et suspendirent les compétences inquisitoriales de Bernard de Castanet. Ils convoquèrent inquisiteurs et plaignants à Bordeaux pour plaider leur cause auprès du Saint-Siège, le 25 juin suivant. La confrontation, si elle eut lieu, n’a pas laissé de trace répertoriée et ne déboucha sur aucun verdict. Le procès était encore pendant en 1309 et, selon toute évidence, ne trouva jamais de conclusion. Clément V se refusait aussi bien à désavouer l’Inquisition qu’à trancher en sa faveur. Les plaignants étaient confrontés à un nouvel échec (Julien Théry, Les Albigeois et la procédure inquisitoire : le procès pontifical contre Bernard de Castanet, évêque d’Albi et inquisiteur (1307-1308). In: Heresis, n°33, 2000 - www.persee.fr).

 

Acrostiche : PPPL

 

Saint Philippe P.p.l. (Priez pour lui) - Sancte Philippe o.p.e. (ora pro eo) (Pierre Viret, Le Manuel, ou instruction des curez & vicaires, de l'Eglise Romaine, 1564 - books.google.fr).

 

Il reste encore Ă  dire un mot de l'Eglise que saint Jacques & saint Philippe ont Ă  Paris. Quelques-uns en attribuent la fondation Ă  saint Louis, & croyent qu'il la fit lorsqu'il mit les Chartreux Ă  l'HĂ´tel de Vauvert, auprĂ©s de cette ville. Mais l'Auteur des Antiquitez de Paris assure que c'est le Roi Philippe le Bel son petit-fils qui en est le Fondateur, & qu'il fit bâtir cette Eglise pour les pelerins, sous le titre de Saint Jacques du Haut pas; comme un membre dĂ©pendant du grand HĂ´pital de saint Jacques du Haut-pas, au Diocese de Lucques en Italie Que neanmoins, comme il s'appelloit Philippe, il voulut que les Patrons & Titulaires de cette Eglise fussent ensemble les ApĂ´tres faint Jacques & saint Philippe. Dans la suite du tems, les Religieux de saint Magloire ayant Ă©tĂ© transferez de leur maison de la grande rue saint Denis oĂą sont aujourd'hui les Filles penitentes, en cet HĂ´pital au fauxbourg saint Jacques; & le peuple s'Ă©tant multipliĂ© dans ce quartier : l'on y a bâti une nouvelle Chapelle & une belle Eglise, qui fait aujourd'hui une Paroisse sous le titre de saint Jacques & saint Philippe (François Giry, Les Vies Des Saints Dont On Fait L'Office Dans Le Cours De L'AnnĂ©e, Tome 1, 1719 - books.google.fr).

 

Dans le moyen âge, les abréviations tyroniennes étaient, pour ainsi dire, une écriture usuelle. Sous Louis le Débonnaire, en France, on n'écrivait pas autrement les diplômes et la majeure partie des actes publics; les vieux manuscrits sont hérissés d'abréviations, ainsi que les premiers livres imprimés. L'abus en devint tel au commencement du XIVe siècle, que Philippe le Bel fut obligé de proscrire, par ordonnance, les abréviations dans les actes juridiques, et spécialement dans les minutes des notaires (Nouveau dictionnaire national, ou, Dictionnaire universel de la langue française Bescherelle, Tome 1, 1893 - books.google.fr).

 

L'exemple suivant d'une inscription d'affranchi ayant plusieurs patrons, est applicable aux diverses inscriptions en général, lorsqu'il s'agissait de plusieurs personnes ayant les mêmes prénoms, ce qui s'indiquait par des lettres doubles, triples, etc. PP. L. CCC, L, et LLL. L, c'est-à-dire, Duorum Publiorum, Trium Cajorum, Trium Lucciorum, Libertus (G. Goury, Souvenirs polytechniques; ou, Recueil d'observations: mémoires et projets, concernant la navigation intérieure, 1828 - books.google.fr).

 

Ici, "tertium Publiorum" (P. IVLIVS . P. P. P. L. MEDOCV) (Stefano Antonio Morcelli, De Stilo Inscriptionum latinarum libri tres, 1781 - books.google.fr).

 

En 1298, les serfs des domaines royaux situés dans le Languedoc furent affranchis par Philippe le Bel du double servage de corps et de mainmorte, sous la condition de payer, pour chaque septérée de terre, un cens annuel de douze deniers tournois. Le roi précisa même, d'une manière toute particulière, la volonté qu'il avait d'accorder à ces malheureux l'affranchissement le plus complet, c'est-à-dire sans la moindre réserve des droits des patrons sur les affranchis. Il y avait dans cette clause une superfluité juridique qui ne peut être interprétée que comme exprimant l'intention bien formelle de Philippe de ne laisser sur la tête de ses affranchis aucune trace de leur ancienne servitude. Dans le moyen âge, contrairement à ce qui se passait dans l'antiquité pour l'affranchissement des esclaves, l'affranchissement des serfs n'entraînait aucun droit de patronage de l'ancien maître sur le nouvel affranchi; par conséquent, il était inutile d'insérer une clause spéciale sur ce point dans la charte de 1298. Mais, à cette époque, les légistes de Philippe le Bel étaient tellement imbus des principes de la législation romaine, que, dans tous leurs actes, on en trouve quelque réminiscence ou quelque débris (Jules Jolly, Philippe le Bel, ses desseins, ses actes, son influence, 1869 - books.google.fr).

 

Philippe-le-Bel en 1298 abolissant toutes servitudes dans les sénéchaussées de Toulouse et d'Albi, retint le tiers des biens meubles et immeubles des affranchis (Dupin, Histoire de l'administration locale : depuis le commencement de la monarchie jusqu'à l'avènement de Charles X, 1829 - books.google.fr).

 

La monarchie de Hugues Capet subit quatre transformations principales. Elle fut purement féodale jusqu'au règne de Philippe le Bel. A Philippe le Bel s'élève la monarchie des trois états et du parlement, qui dure jusqu'à Louis XIII. Louis XIV impose la monarchie absolue, que détruit la monarchie constitutionnelle ou représentative de Louis XVI. [...] Philippe le Bel n'a pas appelé le premier le tiers état aux délibérations publiques; avant lui plusieurs rois avoient convoqué des assemblées de notables, et particulièrement le roi saint Louis; mais depuis Philippe le Bel, en 1303, jusqu'à Louis XIII, en 1614, on trouve une série de convocations d'états, qui n'est guère interrompue que vers la fin du quatorzième siècle (Oeuvres complètes de vicomte Chateaubriand, Analyse raisonnée de l'Histoire de France, 1840 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1962 sur la date pivot 1305 donne 648.

 

Du temps des rois et des reines (ces contes de fĂ©es de l'enfance des peuples oĂą Carabosse est conviĂ©e), officiellement, immuablement, l'Église, en tant que telle, se tenait du cĂ´tĂ© de nos rois contre la caste des seigneurs exploiteurs des serfs. Ces rois dont six : Sigismond Ier, Gontran Ier, Sigebert III, Dagobert II, le Jeune, Charles Ier le Grand, Louis IX sont des saints selon la formulation mĂŞme de l'Église (R. P. Martin, Le livre des compagnons secrets, 1982 - books.google.fr, www.idref.fr).

 

Sigebert III, également connu sous le nom de saint Sigisbert, roi d'Austrasie, (630 - 1er février 656), est le fils aîné de Dagobert Ier et de Ragnétrude. Il a été reconnu saint par l'Église catholique, et il est fêté le 1er février.

 

Sigebert fut baptisé en la cathédrale d'Orléans en présence de Dagobert, Éloi, Ega, Dadon, la reine Nanthilde, le trésorier royal Landégisèle ainsi que le référendaire Chadoin en tant que représentant de Burgondie. L'évêque Amand procéda au baptême et Caribert II parraina Sigebert en le tenant sur les fonts baptismaux. Lors de l'office, Amand récita le pater noster et Sigebert, âgé alors de neuf jours, aurait répondu Amen (fr.wikipedia.org - Sigebert III).

 

Le principal opposant au monothélisme fut Saint Maxime le Confesseur. Pour ruiner cette doctrine, Maxime a profondément puisé dans la théologie de la divinisation de l'homme développée des siècles plus tôt par Saint Irénée, l'un des premiers évêques de Lyon. Maxime rappelait la formule d'Irénée («Dieu se fit homme pour que l'homme devienne Dieu») pour prouver que si le Christ n'avait pas de volonté humaine propre, son humanité ne serait pas complète, et l'homme ne pourrait donc pas être pleinement sauvé

 

Persécuté, Maxime rejoignit le nouveau pape, saint Martin Ier à Rome. En tant que simple moine, il ne put pas participer au synode du Latran réunit par ce Pape à Rome en 649 qui condamna le monothélisme de Constantinople, mais il inspira sans doute la décision finale des 105 évêques et contribua à la rédaction des Actes du concile (schola-sainte-cecile.com - Monothelisme).

 

La lettre du pape Martin Ier condamne le monothélisme; or le premier canon de l'assemblée adhère précisément à la foi de Nicée et de Chalcédoine. Seulement, il faut remarquer que cette lettre ne concernait que l'épiscopat austrasien, qui n'est pas représenté à ce concile. D'autre part, comme terminus ante quem de la réunion il faut admettre l'année 654, indiquée par Maassen; à cette date, en effet, apparaissent plusieurs successeurs d'évêques, qui ont signé les actes du concile. Ces actes ont passé dans plusieurs collections canoniques. Le préambule rappelle que, d'après les canons, les métropolitains sont obligés de réunir leurs comprovinciaux toutes les années; à présent, d'un commun accord et sur ordre du roi, les évêques se sont assemblés à Chalon. Le concile compte trente-neuf évêques et six délégués de Neustrie. Tous les évêques de la province de Lyon y assistent; le concile fut présidé par l'archevêque de Lyon.

 

Mgr DUCHESNE (Fastes épiscopaux, t. I, p. 352) voit dans le premier canon un écho à la lettre de saint Martin; d'après VACANDARD (1. c.) au contraire, l'absence de mention explicite du monothélisme prouve que ce canon est antérieur à la lettre pontificale (Charles de Clercq, La législation religieuse franque, étude sur les actes de conciles et les capitulaires, les statuts diocésains et les règles monastiques, Tome 1, 1936 - books.google.fr).

 

La Chronique de 1305 (un manuscrit syriaque tardif contenant une biographie ou des textes attribués à Jean Maron) propose de réconcilier les accusations extérieures et la foi maronite, la tradition écrite autour de cette chronique explique que Jean Maron aurait pu être initialement influencé par le monothélisme (une doctrine alors promue par l'autorité impériale) avant de ramener pleinement son peuple vers l'orthodoxie romaine (Siméon Vailhé, Origines religieuses des Maronites. In: Échos d'Orient, tome 4, n°2, 1900 - www.persee.fr).

 

Saint Louis avait dirigé la huitième croisade contre Tunis, ce qui n'aidait en rien les chrétiens de Palestine. Philippe le Bel s'était désintéressé de l'Orient, malgré les offres d'alliance des Mongols d'Iran. Les mamelouk avaient repris le littoral palestinien et libanais aux croisés; le khanat mongol d'Iran s'était converti à l'islam et disloqué, les Turcs ottomans avaient envahi l'Europe, conquis la Serbie et la Bulgarie, atteint le Danube, voie de pénétration vers le cœur de l'Europe, imposé leur suzeraineté à ce qui restait de l'empire byzantin. La situation que le pape Urbain II avait tenté d'éviter en 1095 s'était réalisée en 1396, avec trois siècles de retard, lesquels avaient permis à l'Europe de se renforcer. Avant de devenir fou, le roi de France Charles (Dominique Farale, La Turquie ottomane et l'Europe, du XIVe siècle à nos jours, 2009 - books.google.fr).

 

Phlippe le Bel et De Gaulle

 

Homme de tradition, de Gaulle est pourtant assez moderne, surtout lorsque cela doit servir les intĂ©rĂŞts de la France et l'arracher au joug amĂ©ricain. Il veut imposer Ă  tous l'autoritĂ© de l'État Ă  la manière de Philippe le Bel, le Roi de fer tel que dĂ©peint par Maurice Druon. De Gaulle est donc perçu très vite comme un homme exceptionnel. Alain Peyrefitte essaie d'en faire un portrait qui n'est pas sans rappeler les traits de Philippe le Bel : Vieil homme qu'habite le gĂ©nie de la France; un hĂ©ros follement Ă©pris de sa patrie; [...] incarnant l'État, parce que c'est l'État qui doit soutenir la France et inciter les Français Ă  ĂŞtre dignes d'elle face Ă  l'univers; se confondant avec la France de toujours et de partout – celle de Clovis et de Clemenceau, celle de l'IndĂ©pendance amĂ©ricaine et de l'incendie de Moscou; s'installant sur les hauteurs pour en descendre de moins en moins souvent; rĂ©aliste Ă  long terme, excessif etinjuste Ă  l'occasion, jamais mesquin; un homme hantĂ© par une idĂ©e plus grande que lui.

 

En effet, le monarque mĂ©diĂ©val Philippe le Bel rappelle le gĂ©nĂ©ral Ă  plus d'un titre. De mĂŞme que le rĂ©publicain avait l'obsession d'une France forte, de mĂŞme le roi Ă©tait brĂ»lĂ© de la grandeur de la France. Ces deux hommes s'oubliaient au point d'identifier volontiers leurs personnes Ă  l'État. La France, Ă  ces pĂ©riodes, Moyen Ă‚ge et XXe siècle, connait de tels remous qu'il est nĂ©cessaire qu'un gouvernement fort canalise toutes les Ă©nergies ce que ces deux «chefs d'État» essaient de faire en imposant leur autoritĂ© et en ramenant tout Ă  l'État. C'est aussi pour l'intĂ©rĂŞt de la nation et pour la volontĂ© d'ĂŞtre prĂ©sents dans le cĹ“ur du peuple qu'ils recourent de temps en temps Ă  des consultations populaires appelĂ©es États gĂ©nĂ©raux sous Philippe le Bel et RĂ©fĂ©rendums sous la Ve RĂ©publique. Cependant, si agrandir la France, en faire une nation forte, internationalement crainte, la dĂ©fendre contre certaines prĂ©tentions : Angleterre et Rome au XIVe siècle, Allemagne et USA au XXe siècle semblent se rĂ©vĂ©ler ĂŞtre la grande ambition de ces deux chefs d'État; ce n'est que l'un de leurs nombreux traits communs. Un autre comportement similaire Ă  nos deux personnages lĂ©gendaires tient aussi Ă  une grande austĂ©ritĂ© sur le plan moral. Cette austĂ©ritĂ© doublĂ©e du souci de prĂ©server la puretĂ© de la dynastie a conduit le roi de fer Ă  condamner impitoyablement les Ă©carts adultĂ©rins de ses brus. En effet, une autre attitude n'aurait pas pu ĂŞtre concevable pour ce roi que Maurice Druon prĂ©senta dans une rigoureuse chastetĂ©, un sĂ©vère puritanisme qui lui ont fait vivre rigoureusement sa condition de veuf pendant près d'une dĂ©cennie. De Gaulle partage cette attitude de sĂ©vĂ©ritĂ© morale, ce penchant puritain dĂ©nuĂ© de fantaisie qui ne le prĂ©disposait pas Ă  comprendre l'exubĂ©rance de la jeunesse parisienne au cours de ces annĂ©es 1966-1968 (Chantal Bonono, Contexte d'origine et re-crĂ©ation du roman historique : le cas du cycle Les Rois maudits de Maurice Druon, Le contexte. Approches transdisciplinaires: Revue MosaĂŻques No 4, 2018 - books.google.fr).

 

Templier et guerre d'Algérie

 

Dès la fin de septembre 1960, voici donc Argoud, meneur d'hommes péremptoire à l'intelligence musclée (que Jean-Jacques Servan-Schreiber a décrit dans son Lieutenant en Algérie comme un «homme-phare»), en quête d'une force et d'un chef pour sauver l'Algérie française. Désespérément», écrit-il. Il s'est fait muter à Metz où ses supérieurs, les généraux Lecoq et Constans, couvrent sans vergogne ses démarches d'insurgé. Flanqué de son alter ego mystique, le colonel Joseph Broizat, ancien chef de cabinet de Massu et adepte d'un intégrisme de templier, il court les états-majors, «honnête courtier du putsch», écrit-il, à la recherche d'hommes prêts à tout risquer - carrière, vie, honneur, pour abattre le «bourreau» et garder l'Algérie (Jean Lacouture, Charles de Gaulle, Tome 3 : Le souverain, 1959-1970, 1984 - books.google.fr).

 

L'un des conjurés du putsch d'Alger d'avril 1961, puis chef de l'OAS, Raoul Salan avait, à ce titre, initié des attentats - ratés - contre de Gaulle. Un autre officier, condamné à mort par contumace, le colonel Lacheroy est également gracié et peut rentrer d'exil. D'autres, comme le colonel Broizat, surnommé «le templier des temps modernes», vont suivre. Face à la «menace totalitaire» et à l'approche des élections législatives, le chef de l'État, qui avait jusqu'alors obstinément refusé toute mesure de clémence à l'égard des «félons», a sans doute estimé qu'il ne pouvait plus se permettre d'avoir des ennemis à droite (Jean-Louis Marzorati, La France en 1968, 2007 - books.google.fr).

 

Election au suffrage universel (de l'élection papale à l'élection présidentielle) et attentats

 

C'est avec joie que je savourais les envolĂ©es pontificales des supporters de nos candidats aux prĂ©sidentielles... Un politicien annonçait : «Le peuple français va entrer en conclave.» Un leader politique affirmait avec une noire ironie qu'on n'attendait plus que la fumĂ©e blanche qui allait apparaĂ®tre, incessamment, au-dessus de l'ElysĂ©e (Guy Gilbert, Avec mon Aube et mes santiags, 2014 - books.google.fr).

 

En 1962, le peuple français est appelé à voter deux référendum, l’un le 8 avril pour les accords d’Evian, l’autre le 12 septembre pour l’élection du président de la république au suffrage universel. Après le vote positif de ce dernier, l’élection du président sera l’occasion d’un nouveau spectacle politique amplifié par la télévision.

 

La politique algĂ©rienne de de Gaulle a eu de nombreux opposants. Parmi ceux-ci il faut compter des hommes comme Georges Bidault, l’un des fondateurs du MRP, partisan de l’appel Ă  de Gaulle en 1958, et Jacques Soustelle, qui rejoignit le gĂ©nĂ©ral Ă  Londres dès 1940, un des fondateurs de l’UNR (« Pilliers faillir Â» : soutiens qui se dĂ©robent). Ces deux hommes participèrent Ă  la crĂ©ation, en 1962, du CNR, successeur de l’OAS, qui condamna Ă  mort de Gaulle pour crime de haute trahison. Plusieurs attentats ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s contre de Gaulle dont celui de Pont-sur-Seine le 8 septembre 1961, au cours duquel la voiture prĂ©sidentielle passe Ă  travers un mur de flammes (« murs Â»), et celui du Petit-Clamart, le 22 aoĂ»t 1962. « Au calcul des probabilitĂ©s, il n’y avait pas une chance sur un million qu’aucune de ces quatre personnes n’ait subi la moindre Ă©raflure Ă  travers cette giclĂ©e de balles tirĂ©e de trois foyers diffĂ©rents [1] » (« par miracle Â»). Les tirs ne durèrent que de 20h09 Ă  20h10 (« trente des instants Â», « instants Â» signifiant courte durĂ©e [2]).

 

Cf. quatrain suivant VI, 52 et son "Espoir Troyen".

 

L'attentat de Pont-sur-Seine est le premier attentat contre le général de Gaulle à Pont-sur-Seine, alors président de la République, par un groupuscule se réclamant de l'OAS qui a eu lieu le 8 septembre 1961 à Pont-sur-Seine, dans l'Aube. Alors que la voiture présidentielle, conduite par Francis Marroux, traverse la commune, une explosion est déclenchée manuellement à la hauteur du véhicule. L'humidité ayant diminué la puissance des explosifs et neutralisé une partie du dispositif, l'attentat ne fait aucun mort ou blessé. Ses auteurs sont condamnés à de la prison au cours d'un procès très médiatisé et qui eut lieu à Troyes moins d'un an après. Aujourd'hui, il semble acquis que le cerveau de l'attentat, désigné par le pseudonyme «Germain», ait été Jean-Marie Bastien-Thiry, condamné à mort en 1963 et fusillé pour avoir organisé l'attentat du Petit-Clamart.

 

De Gaulle relate l'Ă©vĂ©nement en 1970 dans ses MĂ©moires d'espoir :

 

«En mĂ©tropole, bien que le ministre de l'IntĂ©rieur Roger Frey et la police dĂ©ploient les plus grands efforts, se multiplient les destructions par le plastic : plus d'un millier. Ainsi de celle oĂą le maire d'Évian, Camille Blanc, trouve la mort, ou de celle qui vise AndrĂ© Malraux et aveugle une petite fille. Le coup de maĂ®tre est tentĂ©, le 9 septembre 1961. Dans la nuit, au sortir de Pont-sur-Seine, sur la route qui conduit de l'ÉlysĂ©e Ă  Colombey, la voiture oĂą je me trouve avec ma femme, l'aide de camp, colonel Teisseire, et le garde Francis Marroux est tout Ă  coup enveloppĂ©e d'une grande flamme. C'est l'explosion d'un mĂ©lange dĂ©tonant destinĂ© Ă  faire sauter une charge de dix kilos de plastic cachĂ©e dans un tas de sable et beaucoup plus qu'assez puissante pour anĂ©antir «l'objectif». Par extraordinaire, cette masse n'Ă©clate pas.» (fr.wikipedia.org - Attentat de Pont-sur-Seine, Pierre Galante, Le GĂ©nĂ©ral, 1968 - books.google.fr).

 

Vieux Saint Georges

 

Pratiquement condamné à disparaître sous le règne d’Edouard Herriot (maire de Lyon de 1905 à 1957), fortement menacé encore à la fin des années cinquante, le Vieux-Lyon doit sa survie à son classement en secteur sauvegardé en 1964. Epilogue d’une histoire très mouvementée, cet acte prestigieux va rapidement inciter les pouvoirs publics à restaurer le Vieux-Lyon. Mais Saint-Georges, déjà en partie exclu du secteur sauvegardé, sera tenu à l’écart de cette restauration.

 

L’idĂ©e de prĂ©server le Vieux-Lyon apparaĂ®t dès 1946, dans les objectifs d’une toute nouvelle association d’habitants – amoureux des vieilles pierres : la «Renaissance du Vieux-Lyon». Mais pendant dix ans cette proposition – activement portĂ©e, en fait, non pas par cette association, mais par Simone Pelosse, un «personnage» du quartier Saint-Georges, potière de son Ă©tat, chez qui se rĂ©unissaient toutes les notabilitĂ©s lyonnaises de l’époque (le prĂ©fet Ricard, Louis Pradel...) – suscite peu de rĂ©actions. Il faut attendre 1958, et l'arrivĂ©e au sein de la «Renaissance du Vieux-Lyon» d’une nouvelle Ă©quipe dirigeante composĂ©e de jeunes hommes dynamiques de la Jeune Chambre Economique, pour que cette idĂ©e, dĂ©passant le cercle restreint des fondateurs de l’association (et le noyau de gens gravitant autour de la «Belle Potière»), commence enfin Ă  «faire des vagues».

 

En 1958, M. Donzet, architecte des monuments historiques, Ă©labore un premier programme de restauration des quartiers anciens de la rive droite de la SaĂ´ne. Ce programme (qui sera suivi de nombreux autres projets) illustre parfaitement le changement de mentalitĂ© qui s’opère Ă  l’époque, Ă  Lyon et plus largement dans l’ensemble des villes françaises, Ă  l’égard des immeubles anciens. Deux ans plus tard, en 1960, le mouvement s’accĂ©lère brusquement : le MarchĂ© de gros quitte le quai de SaĂ´ne, oĂą il se tenait ancestralement. De nombreux artisans, aidĂ©s par des prĂŞts, s’y installent et reconstituent leur aspect ancien. Mais l’évĂ©nement le plus important de cette annĂ©e 1960 survient en novembre : sous l’action conjuguĂ©e du prĂ©fet du RhĂ´ne, de l’architecte des Monuments historiques, et de la «Renaissance du Vieux-Lyon» d’une part, et Ă  la suite d’un marchandage fatal pour le quartier Mercière-Saint Antoine situĂ© sur la rive gauche de la SaĂ´ne d’autre part, Louis Pradel, le «nouveau» maire de Lyon, signe le 23 novembre un arrĂŞtĂ© municipal extrĂŞmement novateur. En effet, cet arrĂŞtĂ© interdit dans le Vieux-Lyon toute transformation du bâti sans permis de construire, rĂ©glemente de façon très prĂ©cise l’usage des enseignes extĂ©rieures et impose, pour la restauration des magasins, des façades Ă  arcades en pierre. S’inspirant de cette dĂ©marche, les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires culturelles et du ministère de l’Equipement et du Logement Ă©laborent Ă  leur tour une loi sur la protection du patrimoine bâti, plus connue sous le nom de «loi Malraux», adoptĂ©e le 4 aoĂ»t 1962, et deux ans plus tard le Vieux-Lyon, qui avait servi de modèle, devient le premier secteur sauvegardĂ© de France. Mais en rĂ©alitĂ©, et ceci est tout Ă  fait fondamental, le pĂ©rimètre du secteur sauvegardĂ© ne recouvre pas entièrement le Vieux-Lyon. Plus prĂ©cisĂ©ment, au sud, la limite se situe au beau milieu du quartier Saint-Georges, près de l’église, au niveau du 54 de la rue Saint-Georges – lĂ  oĂą, il est vrai, le patrimoine bâti devient moins dense, et peut-ĂŞtre d’une qualitĂ© architecturale plus modeste (par rapport Ă  la partie nord du quartier). Ce pĂ©rimètre institue donc une nouvelle frontière Ă  l’intĂ©rieur mĂŞme de Saint-Georges, qui doit beaucoup aux mentalitĂ©s «urbaines» et aux valeurs «esthĂ©tiques» de l’époque. Aussi, Saint-Georges occupe depuis 1964 une position originale, Ă  la marge du secteur sauvegardĂ©, un peu en dedans et un peu au dehors; ce qui le distingue très nettement (une nouvelle fois) de Saint-Jean, qui est, quant Ă  lui, totalement inclus dans le secteur sauvegardĂ©. (Jean-Yves Authier, La Vie des lieux : Un quartier du Vieux-Lyon au fil du temps, 1993 - books.openedition.org).

 

En effet, derrière l’image du quartier réhabilité, revalorisé et embourgeoisé — sous-entendu peuplé d’une population relativement aisée et homogène — se distinguent des micro-secteurs composés de sous-populations aux caractéristiques sociales très diverses. C’est ce que révèle par exemple l’examen (toujours à partir des revenus pondérés des ménages) de la répartition spatiale des locataires à faibles revenus, des locataires à revenus moyens, des locataires à revenus élevés et des propriétaires. De fait, nous observons que les locataires à revenus élevés sont sur-représentés dans le secteur «Nord-Ferrachat», qui désigne la portion d’espace située entre l’avenue Adolphe Max et la rue Ferrachat, et (à un niveau moindre) dans le secteur «Nord-Église», qui s’étend de la rue Ferrachat à l’église Saint-Georges; que les locataires à faibles revenus sont à l’inverse très fortement sur-représentés dans le secteur «Saint-Georges Sud-Quarantaine», qui couvre toute la partie sud du quartier, au-delà de l’église; que les locataires à revenus moyens sont légèrement surreprésentés dans le secteur «Nord-Église»; et enfin que les propriétaires sont très nettement sur-représentés dans les montées — des Épies et du Gourguillon. En d’autres termes, nous constatons que plus on se rapproche de l’extrémité sud de Saint-Georges, et donc plus l’on s’éloigne du quartier Saint-Jean, plus la présence de ménages à revenus élevés diminue; d’abord au profit de ménages à revenus moyens puis, en particulier au-delà de l’église Saint-Georges (c’est-à-dire au-delà des limites du secteur sauvegardé), au profit de ménages à faibles revenus (Jean-Yves Authier, Formes et processus de ségrégation dans les quartiers anciens centraux réhabilités. L’exemple du quartier Saint-Georges à Lyon. In: Sociétés contemporaines N°22-23, 1995 - www.persee.fr).

 

Deux volontés

 

Que peut-on penser de la responsabilitĂ© laissĂ©e Ă  l'autoritĂ© civile en matière d'interdiction ? Une contradiction apparaĂ®t tout d'abord entre la position de principe de l'Eglise sur les devoirs de l'Etat en de telles circonstances et l'attitude rĂ©servĂ©e de l'Ă©piscopat, qui tout en rĂ©prouvant fortement le film La Religieuse de Jacques Rivette et en considĂ©rant ses effets comme ne pouvant manquer d'ĂŞtre nocifs, laisse le pouvoir juge de la dĂ©cision opportune. Une seconde contradiction apparaĂ®t entre cette attitude rĂ©servĂ©e, relativement distante Ă  l'Ă©gard de la solution du problème, et d'autre part l'approbation donnĂ©e Ă  la campagne d'opinion par l'Osservatore romano (de surcroĂ®t, il faut se garder d'oublier que la campagne a tout de mĂŞme Ă©tĂ© inspirĂ©e et organisĂ©e par l'Union des SupĂ©rieures Majeures et des cercles proches de l'Eglise). Faut-il alors aller jusqu'Ă  estimer que les doubles dĂ©nĂ©gations, de l'Eglise comme du Ministre, sur les influences qui auraient Ă©tĂ© exercĂ©es et subies, relèveraient de motivations tactiques ? Il est de fait qu'Ă  l'Ă©vidence il n'aurait Ă©tĂ© ni de l'intĂ©rĂŞt de l'Eglise, ni de l'intĂ©rĂŞt de l'Etat, qu'apparaisse une conjonction entre une mesure qui aurait Ă©tĂ© souhaitĂ©e et rĂ©clamĂ©e par l'Eglise et une mesure qui aurait rĂ©pondu Ă  une telle demande; l'intĂ©rĂŞt tactique de l'Eglise comme du Gouvernement serait certainement allĂ© dans le sens d'une indĂ©pendance complète des motivations ministĂ©rielles, exactement comme il a Ă©tĂ© affirmĂ©. Ces considĂ©rations d'intĂ©rĂŞt mutuel bien compris sont- elles suffisantes pour permettre de passer de la conjecture Ă  l'affirmation ? Sans doute pas, lorsqu'on a le souci de s'entourer de plus que d'indices.

 

Mais il va de soi que les Ă©lĂ©ments prĂ©cĂ©dents paraissent suffisants dans le monde de la presse et de la politique pour Ă©tayer une conviction. On verra dans l'interdiction d'un film, non point un cas d'espèce, un Ă©vĂ©nement fortuit, nĂ© du hasard et peut-ĂŞtre de l'humeur, mais la rĂ©sultante de deux volontĂ©s politiques bien dĂ©terminĂ©es : la volontĂ© de l'Eglise de dicter ses ordres aux Etats pour catĂ©chiser le cinĂ©ma», et d'autre part la volontĂ© du Gouvernement du GĂ©nĂ©ral de Gaulle de laisser progressivement l'Eglise grignoter l'une après l'autre, dans l'enseignement d'abord, dans le cinĂ©ma ensuite, les prĂ©rogatives de l'Etat. On en tirera naturellement des rĂ©solutions renforcĂ©es quant Ă  la lutte de l'opposition contre le rĂ©gime politique, et la pĂ©roraison du SecrĂ©taire d'Etat Ă  l'Information lors de son intervention devant l'AssemblĂ©e nationale confirmera plutĂ´t qu'elle ne dĂ©sarmera la conviction et l'hostilitĂ© de l'opposition de gauche; celle-ci y trouvera la confirmation publique chez le SecrĂ©taire d'Etat de sentiments personnels qui s'accordent au mieux avec le contenu qu'il entend donner Ă  l'intervention de l'Etat en cette affaire (Jean Pivasset, Essai sur la signification politique du cinĂ©ma, l'exemple franc?ais, de la LibĂ©ration aux Ă©vĂ©nements de mai 1968, 1971 - books.google.fr).

 



[1] Jean Lacouture, « De Gaulle Â», tome III, Seuil, 1986, p. 278

[2] Michel Dufresne, « Dictionnaire Nostradamus Â», JCL Ă©ditions, 1989

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