Landstuhl ou l'occupation américaine

Landstuhl ou l'occupation américaine

 

VI, 34

 

1950-1951

 

De feu volant la machination,

Viendra troubler au grand chef assiegez :

Dedans sera telle sedition,

Qu'en desespoir seront les profligez.

 

"feu volant"

 

Le mot latin machinatio désigne à la fois une machine, un engin de guerre, et un mécanisme de théâtre utilisé pour changer les décors de la scène (Gisèle Mathieu-Castellani, La rhétorique des passions, 2000 - www.google.fr/books/edition).

 

Le tir à boulets rouges, dont on s'accorde assez généralement à attribuer l'invention à Frantz de Sickingen en 1525 [?], ou à Étienne Bathory, roi de Pologne, qui en aurait fait usage au siége de Dantzig en 1577, remonte à une époque plus éloignée. Les Gantois, nous l'avons dit, l'employèrent en 1452 au siége d'Audenarde, et les détails dans lesquels entre à ce sujet le chroniqueur qui nous en révèle l'emploi, ne nous permettent pas de le confondre avec celui d'autres projectiles incendiaires (Annales de l'Académie Royale d'Archéologie de Belgique, Volume 21, 1865 - www.google.fr/books/edition).

 

Franz von Sickingen (né le 2 mars 1481 - mort le 7 mai 1523) est un chevalier allemand et l'un des personnages les plus notables de la première période de la Réforme protestante.

 

Après l'échec de l'expédition française en Picardie, Sickingen complota avec Ulrich von Hutten le renversement des Princes-Électeurs du Saint-Empire et l'élévation en dignité de l'ordre de la chevalerie, ce qu'il espérait accomplir avec le soutien des villes et de la paysannerie. La faiblesse de ses alliances le contraignit finalement à se replier sur son château de Landstuhl, non sans avoir récolté d'abondants butins sur la route.

 

Lors du siège de Trêves en 1522, il cessa de diriger uniquement son feu sur les remparts, les tours et les bastions, et fit tomber sur les maisons une pluie enflammée de bombes, de boulets rouges et de matières incendiaires; les flammes se propagèrent bientôt, et en très-peu de temps réduisirent en cendres beaucoup de maisons, malgré le zèle et le dévouement qu'on apporta à les combattre. On parvint enfin à arrêter leurs progrès, et pendant que ce soin occupait une partie de la population, on voyait l'autre, avec un égal courage, relever les murailles et réparer les brèches faites aux remparts. Le moral des défenseurs de Trèves était inébranlable sous l'action du feu comme sous l'action du fer (Ernest Bouteiller, Histoire de Frantz de Sickingen, chevalier allemand du seizième siècle, 1860 - www.google.fr/books/edition).

 

Le 22 octobre 1522, le conseil de régence le bannit à nouveau, ce à quoi il répliqua en pillant Kaiserslautern au printemps 1523. Les dirigeants de Trèves, de la Hesse et du Palatinat s'allièrent contre lui et assiégèrent Landstuhl. Sickingen y reçut une blessure sérieuse. Ce siège fut l'une des premières occasions de faire usage de l'artillerie, et des brèches furent rapidement pratiquées dans ce qui serait autrement resté une forteresse inexpugnable. Le 6 mai 1523, Sickingen se résigna à capituler, et il mourut le jour suivant. Il fut enterré à Landstuhl (fr.wikipedia.org - Franz von Sickingen).

 

Mort de Sickingen suite à un tir de boulet

 

Les alliés assiégent d'abord le château de Landstuhl où Sickingen se cache en employant des globes de feu (boulets ardents); le chevalier sent que le destin lui est hostile :

 

Ut primum tandem coepit fortuna moveri,

Nequicquam elusum sese spe sensit inani.

Instant vi magna heroes, praeruptaque pulsant

Mania, conciturque solum, et subtexitur aether

Nocte cava : horrendo circum cum murmure sylvae

Ingeminant, vocemque amplum per inane volutant,

Haud secus horrificis nautae insanire ruinis

Aetnaeos colles referunt, dum nocte sub atra

Eruptos multo igne globos, jaculatur ad auras

Mons summo eructans flammas in vertice, dumque

Nigrantem piceo convolvens turbine fumum

Convulsos imis scopulos radicibus, aetasque

In sublime rotat, vicinaque verberat astra.

 

Un boulet blesse Sickingen :

 

...illi atro manant cum sanguine rivi,

Et medias inter costas hiat ore patenti

Vulnus atrox : trepidi accurrunt, dominumque labentem

Excipiunt famuli, et mediae in penetralia sedis

Asportant mæstique lavant tepido amne cruorem :

Et medicas scrutantur opes, et vulnera multa

Arte ligant, positoque inclinant membra grabato.

 

La médecine est impuissante à soulager les douleurs du chevalier; celui-ci mande ses amis et serviteurs et leur adresse des paroles d'adieu; ensuite il demande à entrer en pourparlers avec les assiégeants; la forteresse de Landstuhl est livrée et ses défenseurs désarmés; mort de François de Sickingen (Bartholomeus Latiomus, Factio memorabilis Francisci ab Sickingen, Bibliotheca belgica, Volumes 226 à 230, 1619 - www.google.fr/books/edition).

 

"Dedans... sedition" et "desespoir"

 

En 1523, Sickingen se mit à la tête des chevaliers révoltés pour attaquer l'électeur de Trèves; mais, trahi par une partie de ses partisans, il dut renoncer à ses projets et lever le siège de Trèves (N. Breisch, Influence du protestantisme sur l'Allemagne, Revue du Monde Catholique, Volume 4, 1862 - www.google.fr/books/edition).

 

Le château, criblé de boulets, n'était plus qu'un amas de ruines, et, désespérant de la victoire, les assiégés capitulèrent (6 mai 1523). Sickingen mourant avait été transporté dans une grotte de rochers, proche du château. «Où sont maintenant tous mes amis», répétait-il avec amertume; «où sont les seigneurs d'Arnberg, de Fürstenberg, de Zollern, les Suisses, mes alliés de Strasbourg, et tous les amis de la «fraternité», qui m'avaient tant promis et m'ont si mal tenu parole ? Que personne désormais ne se confie donc en ses grands biens et ne s'appuie sur la consolation et les promesses des hommes !» (Johannes Janssen, L'Allemagne et la Réforme, Tome 2, 1889 - www.google.fr/books/edition).

 

Acrostiche : DVDQ

 

"Dudoque" : "et Dudo"

 

Dudweiler, ancien Duodonisvillare (le hameau de Dudo), est un quartier de la ville allemande de Sarrebruck en Sarre (fr.wikipedia.org - Dudweiler).

 

Enfin, dans le dernier tiers du mois de mai 1516, on assiste à l'ouverture d'un troisième front au nord du duché de Lorraine et à l'entrée en scène de Franz von Sickingen. A la tête d'une armée de 5000 hommes, celui-ci pénètre dans les vallées de la Sarre et de la Moselle, occupe l'abbaye de Tholey et pousse aux alentours de Sierck-les-Bains pendant que le comte de Geroldseck remonte le long des Vosges avec une partie de son armée dans l'intention de se joindre à lui. Pour autant qu'on puisse le dire, une première jonction a lieu le 26 ou le 27 mai, du côté de Vic-sur-Seille, mais les contingents venus d'Alsace y repassent peu après tandis que Sickingen demeure vers Sarreguemines (Georges Bischoff, Marignan, l'Alsace et la Lorraine, Annales de l'Est, 2007 - www.google.fr/books/edition).

 

Typologie

 

Le report de 1951 sur la date pivot 1523 donne 1095. Epoque où le pape Urbain prêchait la croisade.

 

Entre les races agricoles de la Gaule et de l'Allemagne, il y avait ? solidarité de souffrances et d'intérêts. D'un bout à l'autre de l'Europe, la terre poussait un long cri de détresse. La révolte de Luther trouva des mécontentements tout formés dans les campagnes du Nord; si mème elle se répandit si vite de chaumière en chaumière, c'est que derrière la réforme religieuse plusieurs entrevoyaient l'aurore d'une réforme sociale. En Allemagne, l'agitation se compliquait d'un autre élément. Il ? avait alors deux noblesses, dii majores et dii minores. La petite noblesse avait des intérêts distincts et des délicatesses d'amour-propre qui l'animaient contre la grande; en beaucoup d'endroits elle se mit à la tête de la tourbe populaire. Cette petite noblesse se rangeait autour d'un chef, Frantz de Sickingen. Sa cour était le rendez-vous de tous les proscrits et de tous les hommes remuants. C'est de cette cour que partit le signal des hostilités. Le joug de la féodalité pesait autant sur la noblesse du second ordre que sur la classe moyenne : la haine des princes et des évêques était même plus vivace dans le cour des chevaliers que dans celui des bourgeois. Frantz de Sickingen était l'homme qui convenait à cette croisade contre la tyrannie féodale et cléricale. Il personnifiait dans son caractère chevaleresque le désintéressement, l'héroïsme et les talents militaires de Zisca. La guerre religieuse et sociale était sur le point de renaitre; mais, cette fois, elle ne devait pas se restreindre à un petit pays comme la Bohême; elle devait couvrir tout le nord de l'Europe. Frantz de Sickingen était aidé, dirigé même dans ses projets par un des esprits les plus forts de son siècle. Les vrais grands hommes sont ceux qui personnifient les caractères de leur temps : à ce compte Ulric Hutten est une création rare. Le XVIe siècle était poëte, artiste, orateur, théologien et guerrier; Hutten fut poëte, artiste, orateur, théologien et guerrier (Alphonse Esquiros, Les fastes populaires, Tome 3, 1852 - www.google.fr/books/edition).

 

On retrouve dans l'ascendance de Franz un Diedrich von Sikingen en 1080 qui épouse Anne de Flersheim (Ernest Bouteiller, Histoire de Frantz de Sickingen, chevalier allemand du seizième siècle, 1860 - www.google.fr/books/edition).

 

Landstuhl la base la plus moderne d'Europe

 

A environ trois minutes de vol du Rideau de Fer, cachée au beau milieu d'une belle forêt, se situe Landstuhl, seulement séparé de la base de Ramstein attenante par la largeur d'une auto-route, et par deux clôtures à haute tension, susceptibles de tenir les curieux à distance. 200 mètres à parcourir et nous voici arrivés ! Ce n'est qu'en 1951 que tomba ici le premier arbre. Dix mois plus tard atterrissaient les premiers appareils, des «Thunderjets», transmutés de Neubiberg, base estimée comme non-intéressante pour sa position trop rapprochée de la ligne de démarcation de la zone russe. Pour la construction de la base, faite par des entrepreneurs allemands, on a tenu rigoureusement compte des normes NATO. C'est ainsi que la piste unique mesure exactement 2.440 mètres de long sur 91 mètres de large, permettant le décollage simultané de quatre appareils. La tour de contrôle s'élève de ses dix étages à trente mètres au-dessus du paysage environnant. Les hangars sont clairsemés. Les appareils stationnent à ciel ouvert sur les aires de dispersion de pistes bétonnées, larges de quelques mètres, qui s'enfoncent dans la verdure. Landstuhl est la principale base américaine en Europe, en particulier au point de vue défensif. C'est une des rares bases du continent équipées de chasseurs tous-temps modernes et trans-soniques. Le 86e Wing d'interception stationné ici compte 110 appareils du type North American F-86-D «Sabre», communément appelé «Sabre de Nuit». Les pilotes qui volent sur ces appareils sont des experts du vol sans visibilité, la crème des pilotes de chasse américains. 20 % de ceux-ci ont d'ailleurs servi en Corée. Les F-86-F «Sabree» devront céder la place aux «Super Sabre» au cours de l'année 1956. Le F-86-D est un de ces avions que les Américains désignent comme «Push button aircraft» (avion presse-bouton). L'interception se déroule d'une manière automatique; le pilote n'est, à ce moment-là, que le superviseur des calculateurs électroniques, radars ultra-sons et tubes radio que son étonnant appareil emporte dans ses flancs. Il serait possible de construire une station émettrice de télévision avec l'appareillage électronique d'un seul F-86-D. Nous ne nous étonnons plus, dès lors, des capacités étonnantes de cet appareil. Le pilote peut abattre par mauvais temps un avion ennemi sans même l'avoir vu Au milieu de son tableau de bord se trouve un viseur-radar qui, dirigé par l'antenne chercheuse dans le nez, corrige la position du «Sabre» vis-à vis de l'ennemi. Une multitude de tubes électroniques calculent ensuite la distance entre les deux appareils, et un cerveau électronique déclenche le tir automatiquement lorsque l'ennemi se trouve à la distance requise du «Sabre». Tout ceci en quelques secondes. Le chasseur F-86-D est appelé «Dog», en langage de pilotes, pour son nez de plastique noir. Il est armé de 24 fusées «Mighty Mouse», logées dans un tiroir rétractable sous le fuselage. Une seule de ces fusées est capable d'abattre n'importe quel bombardier (Icare: revue des ailes brisées de Belgique, Volumes 44 à 63, 1953 - www.google.fr/books/edition).

 

Le 1er décembre 1957, les deux bases de Landstuhl et de Ramstein sont regroupées et prennent l'appellation de Ramstein-Landstuhl Air Base. Le nom actuel de la Ramstein Air Base est utilisé à partir de 1958 (wikimonde.com - Ramstein Air Base).

 

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