Mai
68, de Gaulle Ă Baden-Baden VI,
61 1970-1971 Le
grand tappis plié ne monstrera, Fors
qu’à demy la pluspart de l’histoire : Chassé
du regne loing aspre apparoistra, Qu’au faict bellique chascun le viendra croire. "tappis" Lorsque Thémistocle eut été chassé d'abord d'Athènes, et ensuite de toute la Grèce, il se réfugia auprès du roi de Perse. Dans la première audience que ce prince lui donna, il dit que le discours était comme une tapisserie, qui, déployée, laisse voir toutes les formes qu'on y a dessinées, et où l'on ne voit plus rien quand elle est pliée (Oeuvres morales de Plutarque, Apophtegmes, 1844 - books.google.fr). Dans une intervention consacrée à la traduction au XVIe siècle, Bérengère Basset a déjà insisté sur le sens exact de ce passage : «Pour Plutarque, la tapisserie dépliée désigne l'accord entre l'âme et le discours que l'on prononce. Il s'agit donc surtout d'une métaphore du discours comme miroir de l'âme». Les premiers traducteurs qui, à partir de la fin du Moyen Âge, contribuent à la redécouverte, puis à la gloire européenne de Plutarque, n'ont d'ailleurs (du moins pour ceux que j'ai pu consulter) pas commis de contresens. Ainsi, Pétrarque et Donato Acciaiuoli écrivent-ils : «sermones respondit hominum peristromatis versicoloribus persimiles esse» (Plutarque 1478 : fo g10 r°). Un peu plus flou, Battista Alessandro Jaconello écrit en italien : «Onde Themistocle gli respose chelle parole delli homini erano simili ad li panni de racza de varii colori» (Plutarque 1482 : fo 54-55). Simon Bourgouin, Lazare de Baïf et Georges de Selves n'ayant traduit en français que quelques-unes des Vies parallèles, il faut attendre Les Vies des hommes illustres grecs et romains de Jacques Amyot (1559) pour lire : «Themistocles adonc luy respondit, Que la parole de l'homme ressemble proprement à une tapisserie historiée et figurée» (Plutarque 1559 : 87). Compte tenu de la diffusion et du succès de Plutarque à la Renaissance, il n'est guère étonnant que la métaphore de la «tapisserie» (sans le revers) se retrouve dans le discours sur la traduction à cette époque (Frédéric Weinmann, La métaphore du revers de la tapisserie, Les Métaphores de la traduction, 2021 - books.google.fr). "chassé" Ne se sentant pas en sûreté en Grèce, et banni d'Athènes, il prit la résolution désespérée de se jetter entre les bras des Perses, quoique depuis long-tems on eût mis 200, talens sur sa tête. Pour arriver heureusement dans le lieu de la résidence du Roi de Perse, il se fit conduire dans un char fermé, de forte que tout le monde croyoit que c'étoit la maîtresse de quelque Grand Seigneur de la Cour qu'on menoit. Le Roi témoigna beaucoup de joye de son arrivée & on dit qu'il s'écria plusieurs fois : Maintenant j'ay Themistocle de mon costé. En effet il promit au Roi de lui assujettir la Grèce lorsque l'ocasion s'en présenteroit. On dit que le Roi de Perse lui assigna 5. villes pour son entretien. Les Perses ayant enfin été obligés de faire la guerre aux Grecs, ils voulurent se servir de Thémistocle, mais soit qu'il n'eût jamais fait sérieusement ces promesses aux Perses, & cela par un reste d'amour pour sa patrie ingrate, soit qu'il désespérât de les pouvoir remplir à cause de l'habileté consommée de Cimon, le Général des Athéniens, il s'empoisonna lui même. Le Roi de Perse en ayant été informé & étant persuadé que l'amour de la patrie avoit porté Thémistocle à cette extrémité, il l'en estima encore davantage, & combla de bienfaits ses amis. Thémistocle mourut âgé de 65. ans & laissa plusieurs fils & filles dont aucun ne s'est fort distingué. On place avec beaucoup de probabilité sa mort dans la première année de la LXXVIII. Olympiade, c. à . d. -466 (Pierre Roques, Le Grand dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Tome 6, 1733 - books.google.fr). Thémistocle, né vers 524 av. J.-C. à Phréarres et mort vers 459 av. J.-C. à Magnésie du Méandre, est un homme d'État et stratège athénien (fr.wikipedia.org - Thémistocle). "demy" : hémi HEMICYCLE; Pollux cite une machine de théâtre que les anciens désignoient par ce nom, et qu'il prétend avoir été placée près de l'orchestre. Il n'en dit pas assez pour s'en faire une idée exacte. Il paroît que l'hémicycle étoit placé dans les scènes latérales; il servoit, selon Pollux, à faire voir aux spectateurs un site éloigné de la ville, ou bien ce qui se passoit sur mer ; peut-être aussi n'étoit-ce qu'une espèce de tapisserie ou de rideau peint, qui représentoit les objets qu'on vient d'indiquer, et qu'on pouvoit ôter et replacer à volonté, ainsi que les KATABLEMATA (Aubin Louis Millin, Dictionnaire des beaux-arts, Tome 2, 1838 - books.google.fr). On place les représentations, qui se faisaient sur des tréteaux, des premières pièces de Susarion, espèces de farces indécentes et satiriques, vers 580 avant Jésus-Christ (Olympiade L); l'Alceste de Thespis, en 536 (première année de l'Olympiade LXI). Nous savons par ces auteurs que pendant la représentation, sur un théâtre en bois, des pièces du poëte dramatique Pratinas, qui vécut vers 496 (Ol. LXX), les sièges s'écroulèrent, et que cet accident fut cause qu'à l'époque de Thémistocle (né en 535, au milieu de l'Ol. LX, et mort en 449, Ol. LXXXI), on construisit en pierre le théâtre de Bacchus à Athènes. Lycurgue termina ce théâtre, dans sa partie supérieure, peut-être en y ajoutant des portiques, de 360 à 368 (Ol. CIX à CXII). Eschyle (né en 525, Ol. LVII) y fit représenter ses premières pièces; elles y furent suivies par celles de Sophocle et d'Euripide et par les comédies d'Aristophane (Fouilles du théâtre de Bacchus à Athènes, L'Institut, 1862 - books.google.fr). Le théâtre de Bacchus servait parfois, comme tous les édifices de ce genre, aux délibérations publiques. Nous lisons dans Pollux: "Autrefois, on s'assemblait dans le Pnyx, mais maintenant on se réunit dans le théâtre de Bacchus." Lexic. L. VIII, 132 (Ernest Breton, Athènes décrite et dessinée, 1861 - books.google.fr). Typologie Le report de 1970 sur la date pivot -471 donne -2912. Epoque du second Caïnan selon saint Luc et la Septante et de la naissance de Salé (Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'histoire universelle sacrée et prophane, ecclésiastique et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1743, Tome 1, 1744 - books.google.fr). En 472 ou 471 av. J.-C., Thémistocle est ostracisé et s'exile à Argos. Les Spartiates y voient une occasion de se débarrasser de lui et l'accusent dans le prétendu complot de 478 av. J.-C. de leur propre général Pausanias. Thémistocle s'enfuit ainsi du sud de la Grèce. Alexandre Ier de Macédoine lui donne temporairement refuge à Pydna avant qu'il se rende en Asie Mineure, où il entre au service du roi perse Artaxerxès Ier. Il est nommé gouverneur de Magnésie du Méandre, et y passe le reste de sa vie (fr.wikipedia.org - Thémistocle). On emploie plus volontiers le terme "règne" pour un monarque : Melius Themistocles regnare se cum suis concupivit (R. P. Nicolai Caussini e Soc. Jesu Regnum Dei. Seu Dissertationes ad libros Regum, 1652 - books.google.fr). Cainan is mentioned in the Septuagint, the Greek translation of the Book of Genesis, the Book of Jubilees and the genealogy of Jesus given in Luke 3:36 in the New Testament. He is described as a son of Arpachshad and father of Salah, who lived in the time between Noah and Abraham. The postdiluvian Cainan does not appear in the Masoretic Text, the most common Hebrew version of Genesis, where Arpachshad is noted as the father of Salah. He is also omitted from the Samaritan Pentateuch and the writings of the Jewish historian Josephus. The founding of the city of Harran in Mesopotamia is also attributed to him; which, it is pretended, is so called from a son he had of that name (Anc. Univ. Hist., vol. i, p. 96, note) (en.wikipedia.org - Cainan). Dans une chronique syrienne traduite par Mgr Rahmani, Abraham brûle le temple de Caïnan et les idoles qu'il contient, avant que sa famille s'exile à Haran, fondée par le "jeune" Caïnan (ou Caïnan II). Dans le livre des Jubilés Abraham met le feu au temple des idoles, il mit aussi le feu à tout ce qu'il y avait dans le temple, mais il n'y eut personne qui le sût. Alors ils se levèrent pendant la nuit et ils voulurent sauver leurs dieux du milieu du feu. Et Haran se précipita pour les sauver, mais le feu s'embrasa sur lui et il fut consumé par le feu, et il mourut à Our des Chaldéens, en présence de Tharé, son père, et on l'enterra à Our des Chaldéens. Ensuite Tharé sortit d'Our des Chaldéens, lui et ses enfants pour venir au pays du Liban et au pays de Canaan et il demeura au pays de Haran. Et Abram demeura avec Tharé (Mgr Tisserant, Travaux, Volume 1, Centre international de dialectologie générale, 1955 - books.google.fr). Acrostiche LFCQ, lou fiocq "lou fiocq" : "le feu" (Daniel Le Sage, Les folies du Sieur Le Sage, 1636 - books.google.fr). Thémistocle avait du génie, mais il était peu scrupuleux sur les moyens de réussir. Ainsi, il fit la proposition de mettre secrètement le feu aux vaisseaux de Sparte avec laquelle on était en pleine paix, pour assurer Athènes de la maîtrise des mers. Aristide fit échouer une proposition aussi déloyale en déclarant aux Athéniens que si rien n'était plus utile, rien aussi n'était plus injuste (Pierre J.B. Wynen-Bierque, Cours simplifié d'histoire universelle, Tome 1, 1861 - books.google.fr). Mais Fabius eût mieux fait, s'il avait le goût de l'imitation, de prendre pour modèle l'ardeur de Thémistocle, dont une vertu jalouse agitait, dit-on, les nuits sans sommeil, et qui répondit, quand on lui demanda pourquoi il se trouvait à pareille heure dans les rues : "Les trophées de Miltiade m'empêchent de dormir." Marathon, en allumant un feu secret dans son âme, le préparait déjà aux victoires d'Artémisium et de Salamine, noms à jamais fameux dans les fastes de la gloire navale. Un jour qu'il se rendait au théâtre, on lui demanda quelle voix il entendrait avec le plus de plaisir : "Celle, dit-il, qui chantera le mieux ce que j'ai fait." C'était ajouter à sa gloire une manière glorieuse de la sentir (Valère Maxime, Des faits et des paroles mémorables, Livre VIII, Chapitre XIV) (Cornelius Nepos, Quinte-Curce, Justin, Valère Maxime, Julius Obsequens, 1843 - books.google.fr). Le feu de l'âme d'Abraham a été purifié de toutes les idoles de la nature (Le traité de l'Esprit saint de Rûzbehân de Shîrâz, traduit par Stéphane Ruspoli, 2001 - books.google.fr). De Gaulle s'éloigne Au temps de l'invasion perse, Thémistocle s'est reconnu comme l'homme du moment, du kairos - et de Gaulle aussi, en juin 1940 (Marcel Conche, Confession d'un philosophe, 2013 - books.google.fr). Palewski félicitait Le Figaro d'avoir comparé la retraite de De Gaulle à celle de Pisistrate, de Thémistocle, de Clemenceau et de Churchill (Jacques Bernot, Gaston Palewski : Premier baron du gaullisme, 2017 - books.google.fr). L'erreur du référendum d'avril 1969 fut la dernière chance de De Gaulle. Les peuples n'aiment pas les protecteurs trop assurés Thémistocle en a su quelque chose (Pierre de Boisdeffre, De Gaulle malgré lui, 1978 - books.google.fr). La fin de la présence au pouvoir de Charles de Gaulle (« Le grand tappis plié » : lorsque le tapis rouge déroulé lors des cérémonies officielles sera rangé) est passablement agitée. Les événements de mai 68, résonnant de « Dix ans, ça suffit », annoncent la lassitude des étudiants puis des Français devant le style gaullien. « Le vieux monsieur, perdu dans ses rêves anachroniques de grandeur nationale, n’est pas exactement antipathique : il est dépassé ; il a fait son temps ; il symbolise l’Etat hiérarchique, énarchique, militaro-industriel, techno structurel, bureaucratique, national productiviste (j’en passe ) dont on veut précisément se débarrasser [1] ». Paris est en pleine agitation étudiante, les mouvements sociaux se déclenchent. Les grèves débutent le 14 mai, le 20 c’est la grève générale qui paralyse le pays. Le 27, les négociations sur les salaires et les conditions de travail aboutissent aux accords de Grenelle qui seront rejetés par la base. « Le 29 mai, le Général quitte l’Elysée sans prévenir. Dépression ? Recours à la force ? Fuite à Varennes ? Personne ne le saura jamais [2] » (« au faict bellique » : « bellique » du latin « bellum », guerre). De Gaulle proposera le 23 mai 1969 son referendum sur la participation et la réforme de l’Etat. Il se ménage ainsi une porte de sortie. Lâché par les giscardiens, médiocrement soutenu par les siens, le Général quitte le pouvoir après le vote négatif des Français. |