Mai 68, de Gaulle à Baden-Baden

Mai 68, de Gaulle à Baden-Baden

 

VI, 61

 

1970-1971

 

Le grand tappis plié ne monstrera,

Fors qu’à demy la pluspart de l’histoire :

Chassé du regne loing aspre apparoistra,

Qu’au faict bellique chascun le viendra croire.

 

La fin de la présence au pouvoir de Charles de Gaulle (« Le grand tappis plié » : lorsque le tapis rouge déroulé lors des cérémonies officielles sera rangé) est passablement agitée.

Les événements de mai 68, résonnant de « Dix ans, ça suffit », annoncent la lassitude des étudiants puis des Français devant le style gaullien. « Le vieux monsieur, perdu dans ses rêves anachroniques de grandeur nationale, n’est pas exactement antipathique : il est dépassé ; il a fait son temps ; il symbolise l’Etat hiérarchique, énarchique, militaro-industriel, techno structurel, bureaucratique, national productiviste (j’en passe ) dont on veut précisément se débarrasser [1] ».

Paris est en pleine agitation étudiante, les mouvements sociaux se déclenchent. Les grèves débutent le 14 mai, le 20 c’est la grève générale qui paralyse le pays. Le 27, les négociations sur les salaires et les conditions de travail aboutissent aux accords de Grenelle qui seront rejetés par la base.

« Le 29 mai, le Général quitte l’Elysée sans prévenir. Dépression ? Recours à la force ? Fuite à Varennes ? Personne ne le saura jamais [2] » (« au faict bellique » : « bellique » du latin « bellum », guerre).

De Gaulle proposera le 23 mai 1969 son referendum sur la participation et la réforme de l’Etat. Il se ménage ainsi une porte de sortie. Lâché par les giscardiens, médiocrement soutenu parles siens, le Général quitte le pouvoir après le vote négatif des Français.

 

Baden Baden (anciennement Baden) est une ville thermale. On dispose de précieux renseignements sur la vie à Bade au début du XVe siècle grâce à la correspondance de l'humaniste italien Poggio Bracciolini, dit Le Pogge, venu y prendre les eaux en 1416-1417, alors qu'il se trouvait au Concile de Constance. Mais l'essor de la ville date du XIXe siècle, avec le lancement du casino conçu par un homme d'affaires français, Jacques Bénazet, surnommé le « roi de Bade ». Depuis lors, les joueurs se sont succédé à la roulette ou à l'hippodrome, comme Léon Tolstoï ou Marlène Dietrich. Les tapis verts de jeu étaient connus déjà au XVIème siècle "puis le verd [tapis de jeu] estendu l'on desployoit force chartes, force dez, et renfort de tabliers" (Rabelais, Gargantua, Chapitre XXII).

 

La roulette est un jeu En vogue depuis peu : Sachant combiner, / On peut y gagner. / D'abord sur un grand tapis verd, / Qui toujours d'argent est couvert, /On voit trente-six numéros / Brodés en signes assez gros, / Desquels numéros amalgamés. / Trois rangs se trouvent formés... (fr.wikipedia.org - Baden-Baden, Jacques Berchtold, L'âge d'ivoire et l'avènement de l'attention aux abeilles, Le Cinquiesme livre: actes du Colloque international de Rome (16-19 octobre 1998), 2001 - books.google.fr, La Martingale, ou le Secret de gagner au jeu, arlequinade-vaudeville en un acte et en prose, des Cens Servière, Francis et Belurgey, 1801 - books.google.fr).

 

Pour Henri-Christian Giraud, l'explication de l'équipée de Baden-Baden n'est à chercher ni dans une défaillance du général de Gaulle ni dans une manoeuvre militaire ou psychologique, mais dans son "duo-duel" avec le Parti communiste et sa "belle et bonne alliance" avec Moscou, renouvelée en 1964 par l'Ostpolitik gaullienne. Le PCF préfère de Gaulle à ses concurrents de la gauche «atlantiste». Sur fond d'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Voici l'histoire d'un chef-d'œuvre d'intoxication de ce "théoricien de la surprise" qu'était de Gaulle (Henri-Christian Giraud, L'Accord secret de Baden-Baden: Comment de Gaulle et les Soviétiques ont mis fin à Mai 68, 2008 - books.google.fr).

 



[1] Michel Winock, L’Histoire n° 102, p. 19

[2] P. Bauchard, L’Histoire n° 102, p. 53

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