Les Enfants-trouvés

Les Enfants-trouvés

 

VIII, 5

 

2033-2034

 

Apparoistra temple luisant orne,

La lampe & cierge a Borne & Breteuil,

Pour la Lucerne le canton destorne,

Quand on verra le grand coq au cercueil.

 

"temple" : poétiq. Eglise catholique ; "lampe et cierge" : allusion à la lampe et aux cierges qui sont allumés sur l'autel pendant la messe (Jean-Charles de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, Editions du Rocher, 1980, p. 519).

 

"canton destorné" : Le chausse-trappe du canton de Lucerne

 

Vieilli et littér. Certaine étendue de pays. Endroit, lieu, région : Il y avait un berger qui gardait les chamelles d'un village aux bords de ce lac, dans un canton désert et inhabité de cette haute montagne. Lamartine, Voyage en Orient, t. 2, 1835, p. 240. cf. l'expression pascalienne : (l'homme) égaré dans ce canton détourné de la nature (Pensées, éd. Brunschwicg, II, 72) (www.cnrtl.fr).

 

Nicolas Mazure fut en 1643 l'un des approbateurs de la Fréquente Communion d'Arnauld et resta par la suite proche des jansénistes, dont Blaise Pascal fut le défenseur (E. Jacques, Antoine Arnauld défenseur de Jansénius, L'Image de C. Jansénius jusqu'à la fin du XVIIIe siècle: actes du colloque, Louvain, 7-9 novembre 1985, 1987 - books.google.fr).

 

Mazure est n√© √† Subligny. La puissante famille de Subligny, qui participe au XIIe si√®cle √† la fondation de l'abbaye de La Lucerne, et dont on trouve un repr√©sentant aux c√īt√©s de Guillaume le Conqu√©rant (fr.wikipedia.org - Subligny(Manche)).

 

L'abbaye Sainte-Trinité de La Lucerne est une abbaye prémontrée située dans le département de la Manche sur le territoire de la commune de La Lucerne-d'Outremer. L'abbaye a été fondée en 1143 par Hasculphe de Subligny, seigneur de Subligny (à 10 km de La Lucerne), et par son frère Richard, évêque d'Avranches (fr.wikipedia.org - Abbaye de La Lucerne).

 

N√© en Normandie, Nicolas Mazure fut docteur de la maison, mais non de la soci√©t√© de Sorbonne. Il succ√®de √† son oncle Guillaume Mazure √† la cure de Saint Paul √† Paris. Le 27 avril 1664, il permuta cette cure avec M. Hameau, abb√© de Saint-Jean-en-Vall√©e de Chartres, ce qui fit dire que les Parisiens de Saint-Paul avaient chang√© leur Mazure pour leur Hameau. Il mourut √† Chartres en 1685, √Ęg√© de quatre-vingt-dix ans. Il para√ģt avoir eu l'humeur assez processive, car pendant qu'il √©tait cur√© de Saint-Paul, il publia un assez grand nombre de factums : Pour M. Nicolas Mazure, prestre, docteur en th√©ologie de la Facult√© de Paris et maison de Sorbonne, contre les religieux Minimes de la place Royale de Paris. In-4. Pour M. Nicolas Mazure.... cur√© de l'√©glise parochiale de Saint-Paul, contre maistres James Guillard et Edme Tonnellier, nouveaux marguilliers d'icelle paroisse, In-4. Factum pour M. Nicolas Mazure, docteur de Sorbonne et ancien cur√© de Saint-Paul, contre M. Andr√© Hameau, bachelier en th√©ologie et nouveau cur√© de Saint-Paul. in-4. On conna√ģt en outre de Nicolas Mazure : Harangue fun√®bre de Louis le Juste, treizi√®me du nom, roy de France et de Navarre, prononc√©e le mercredy 3e jour de juin, au dernier service solennel qui fut fait en l'√©glise paroissiale de Saint-Paul. Paris, 1643, in-4. Oraison fun√®bre de feu messire Jean-Fran√ßois de Gondy, premier archevesque de Paris, prononc√©e par le sieur Mazure au service solennel qui se fist en laditte √©glise le 19 de juin 1651. Paris, 1654, in-4. Harangue de M. Mazure, cur√© de Saint-Paul, √† la reyne de Su√®de pour MM. les curez de Paris, in-4. (Lucien Merlet, Bibliotheque Chartraine (1882), 1971 - books.google.fr).

 

Mazure, ancien cur√© de Saint-Paul, assure, en 1667, que Berryer et Hameau, son beau-fr√®re, poss√®dent pour plus de quarante mille livres de b√©n√©fices. Lorsque Berryer, √† la t√®te des secr√©taires du Roi, dont il √©tait alors procureur-syndic, alla saluer Le Tellier r√©cemment nomm√© chancelier, celui-ci lui r√©pondit : ¬ęMonsieur Berryer, je vous remercie, vous et votre Compagnie; mais, Monsieur Berryer, point de finesse, point de friponneries !¬Ľ Cette r√©ponse, dit Mme de S√©vign√©, fait plaisir aux gens de bien. Lorsque Berryer mourut, en 1686, sa succession dut restituer au tr√©sor royal plus de 830 000 livres. En 1671, Berryer avait achet√© la terre de La Ferri√®re, pr√®s de Domfront (Eug√®ne Levesque, Charles Urbain, Correspondance de Bossuet, Eug√®ne Levesque, Eug√®ne, 1855-; Charles Urbain, 1909 - archive.org, (M√©moires du P. Ren√© Rapin de la Compagnie de J√©sus sur l'√©glise et la soci√©t√©, la cour, la ville, et le jans√©nisme, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

 

Dispute sur les ornements d'église

 

Les textes d'un ¬ęAutheur zel√© pour l'ancienne Discipline¬Ľ, l'in√©vitable Jean-Baptiste Thiers, s'√©l√®vent aussi, au nom du ¬ęrespect¬Ľ d√Ľ au Saint Sacrement, contre ¬ęl'abus¬Ľ que repr√©sentait sa trop fr√©quente exposition. On peut sans doute rapprocher ce type d'attitudes th√©ologiques ¬ęs√©paratistes¬Ľ des dispositifs mat√©riels √©quivalents (jub√©s, cl√ītures) qui s'interposent entre fid√®les et Saint Sacrement dans de tr√®s nombreuses √©glises parisiennes du XVIIe si√®cle. Dans le cas de Thiers notamment, nous le verrons, il y a bien un rapport entre ses positions th√©oriques sur l'eucharistie et sa d√©fense des jub√©s. Inversement, la ¬ęlib√©ration¬Ľ spatiale que l'on observe dans plusieurs √©glises, celles justement des J√©suites honnis par les Jans√©nistes, a bien √† voir avec des conceptions relatives √† l'accessibilit√© de l'eucharistie oppos√©es √† celles des Jans√©nistes. Dans le cas de ces derniers, la situation est cependant plus complexe et ambigu√ę. Les deux √©glises de Port-Royal adoptent, paradoxalement, les dispositifs ¬ęmodernes¬Ľ que l'on trouve chez les Ordres les plus ¬ęprogressistes¬Ľ de¬† l'√©poque qui √©liminent jub√©s et cl√ītures monumentales. √Ä Port-Royal de Paris les religieuses sont bien s√©par√©es et √† distance de l'autel (dans le chŇďur monastique situ√© √† l'oppos√©), mais les autels des deux √©glises sont pour les fid√®les, dont on sait qu'ils √©taient aussi invit√©s √† lire (en fran√ßais) la Bible et le Br√©viaire, imm√©diatement perceptibles et accessibles depuis la nef. Il faut d√®s lors supposer que l'accessibilit√© physique et visuelle ne s'accompagnait pas pour autant toujours d'un acc√®s plus grand et ais√© √† l'eucharistie. Au contraire, cette apparente proximit√© servait √† aviver et √† rendre plus douloureuse encore la distance et la s√©paration effective des fid√®les √† l'√©gard de l'objet de leur d√©sir. [...]

 

L'argument de Thiers n'√©tait pourtant pas ici celui du jans√©nisme et de la l√©gitimit√© pour des p√™cheurs de s'approcher, de voir, et de recevoir le Saint Sacrement, mais plut√īt celui, plus ancien, vague et g√©n√©ral, du ¬ęrespect¬Ľ d√Ľ au corps du Christ que diminuait, selon l'auteur, cette exposition : ¬ęje produis les raisons qui prouvent que l'Eucharistie ne doit pas √™tre fr√©quemment expos√©e en √©vidence, & que la fr√©quente exposition qui s'en fait ainsi est un abus, & qu'elle diminue le respect qui est du √† un si redoutable Sacrement¬Ľ (THIERS, op. cit., Pr√©face). Bon catholique, attach√© √† une relative valorisation du sensible, Thiers ne niait pas la n√©cessit√© pour l'√Čglise de c√©r√©monies et de ¬ęformalit√©s ext√©rieures¬Ľ qui correspondent √† la nature humaine, nature corporelle et sensible. En bon traditionaliste, il mettait par contre en cause ce qui lui paraissait √™tre un ¬ęabus¬Ľ dans les c√©r√©monies modernes. Sans nier l'utilit√© de l'exposition et des processions utiles pour ¬ęentretenir¬Ľ la v√©n√©ration, Thiers souhaitait en limiter l'usage et l'encadrer strictement. Il montrait notamment que l'exposition et l'√©l√©vation n'√©taient que des usages relativement modernes, et que d'autres notamment celui des J√©suites, ou de certains monast√®res suppos√©s laxistes qui avaient √©galement renouvel√© leurs ma√ģtres autels comme les Minimes de de la Place Royale de Paris, accus√©s en 1641 par le cur√© de Saint-Paul de confesser ¬ęhors les necessitez [...] donnant absolution de tous cas Reservez & non Reservez¬Ľ (AN, L 952, n¬į 1, Pi√®ce imprim√©e du cur√© Nicolas Mazure, Paris, 1641) (Fr√©d√©ric Cousini√©, Le saint des saints: Ma√ģtres-autels et retables parisiens du XVIIe si√®cle, 2013 - books.google.fr).

 

Le temple orné est le contraire de la masure (Mazure), dans le même esprit que masure/hameau.

 

Chartres

 

Luisant est une commune au sud de Chartres. Le village est appelé Lucens dans une charte du monastère de Saint Jean en Vallée (Dictionnaire topographique de la France, Département de l'Eure, 1877 - books.google.fr).

 

Il est intéressant de noter que Nostradamus n'hésite pas à convertir des noms de lieux en noms communs : Plaisance devient plaisant (Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France: formation et fortune, Tome 3, 1999 - books.google.fr).

 

Jacques Lescot, n√© √† Saint-Quentin, docteur et professeur de Sorbonne, principal du coll√©ge de Dainville, chanoine de Notre-Dame de Paris en 1639 et confesseur de Richelieu, tut sacr√© √©v√™que de Chartres le 15 novembre 1643 et mourut le 11 ao√Ľt 1656 (L√©on Aubineau, M√©moires du P. Ren√© Rapin de la Compagnie de J√©sus sur l'√©glise et la soci√©t√©, la cour, la ville et le jans√©nisme: 1644 - 1669, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

 

Au mois de mai 1639, Saint-Cyran subit √† Vincennes plusieurs interrogatoires qui ont √©t√© recueillis avec soin par un √©crivain jans√©niste. Celui qui fut charg√© d'examiner sa doctrine et sa conduite √©toit Jacques Lescot, docteur de Sorbonne, confesseur du cardinal de Richelieu, et depuis √©v√™que de Chartres, homme distingu√© par sa mod√©ration et ses vastes connoissances en th√©ologie. Il produisit √† l'accus√© des pi√®ces authentiques, contenant la preuve que, depuis plusieurs ann√©es, il cherchoit √† √©tablir une nouvelle secte. Saint-Cyran ne r√©pondit le plus souvent que par des d√©n√©gations; et, lorsqu'il lui fut impossible de se servir de ce moyen, il mit beaucoup d'adresse √† expliquer d'une mani√®re sp√©cieuse ce qui √©toit √† sa charge. Il se trouva surtout compromis par les motifs de sa rupture avec Vincent de Paul, et par le myst√®re qu'il avoit mis dans ses correspondances avec des personnes de toutes les classes. Le chancelier S√©guier vouloit qu'on lui f√ģt son proc√®s : Richelieu craignit dans ces circonstances un trop grand √©clat; et l'on ne sait pas les mesures que le ministre auroit prises, puisqu'il mourut deux ans apr√®s, pendant que Saint-Cyran √©toit encore √† Vincennes (Claude-Bernard Petitot, Notice sur Port-Royal, 1824 - books.google.fr).

 

Antoine Arnauld obtint le titre de ¬ę socius sorbonicus ¬Ľ, ou ¬ę compagnon de la Sorbonne ¬Ľ, non en 1641, en raison des interventions hostiles de Jacques Lescot et d'un autre docteur, Jacques Hennequin, mais seulement le 31 octobre 1643. [...] Les cur√©s de Saint-Paul et de Saint-Beno√ģt en ont √©t√©, qui avaient √©t√© accus√©s de timidit√© (au sens de ¬ęl√Ęchet√©¬Ľ : il s'agit de Nicolas Mazure, cur√© de Saint-Paul, et de Claude Grenet, cur√© de Saint-Beno√ģt), parce que, depuis que M. le chancelier ¬ęvient en classe¬Ľ, comme on dit, c'est-√†-dire Sorbonne, ils s'√©taient absent√©s. M. Le Verrier, jeune docteur re√ßu depuis ces assembl√©es, parla tr√®s bien et dit entre autres choses : Quot jesuitŇď, tot hostes et adversarii (Jean Lesaulnier, Pol Ernst, Journal d'un Solitaire de Port-Royal: 1655-1656 de Antoine Baudry de Saint-Gilles d'Asson, 2008 - books.google.fr).

 

Au d√©but du XI√®me si√®cle, vers 1020, des chanoines construisent une petite √©glise dans la banlieue de Chartres, dans un lieu nomm√© simplement "Vall√©e" (non loin de l'emplacement de la gare actuelle). Cette √©glise √©tait d√©di√©e √† St Jean Baptiste. [...] Au XIV√®me si√®cle, un petit bourg s'√©tait d√©velopp√© autour du monast√®re : une petite √©glise paroissiale (la Madeleine) desservie par les religieux de St Jean fait partie d√®s cette √©poque des 11 paroisses de Chartres. Le 15 mars 1568, apr√®s deux semaines de si√®ge et d'assauts repouss√©s par la d√©fense chartraine, l'arm√©e du Prince de Cond√© leva le si√®ge de Chartres, ayant re√ßu la nouvelle d'un cessez-le-feu imm√©diat, et se dirigea, pour partie vers Bonneval, pour partie vers Illiers. Ils incendi√®rent sur leur passage les faubourgs, et ce qui restait des villages de Luisant et Mainvilliers. Comme beaucoup d'autres b√Ętiments, le monast√®re de Saint-Jean-en-Vall√©e fut d√©truit, √† l'exception de l'√©glise paroissiale de la Madeleine et de l'h√īpital paroissial. Les religieux se repli√®rent donc sur leur prieur√© de Sainte-Foy, mais les lieux √©tant beaucoup trop petits, ils d√©cid√®rent de s'installer rue Saint-Eman, au prieur√© Saint-Etienne qu'ils agrandirent. Ils continu√®rent cependant d'assurer les offices dans l'√©glise paroissiale de la Madeleine. Quand leur nouvelle √©glise fut construite, dans leur nouveau monast√®re rue St Eman, la ville de Chartres fit d√©truire la Madeleine, dont les paroissiens furent attach√©s √† l'√©glise Sainte-Foy (Le Monast√®re de Saint-Jean-en-Vall√©e - www.perche-gouet.net).

 

"Borne & Breteuil"

 

BORNE, vfr. bonne, bonne, bousne, bodne. Ces vocables proc√®dent d'une forme plus ancienne bodina, bodena. Bonne est donc une contraction de bodina, et borne une modification euphonique pour bodne ou bosne, que'les principes phonologiques permettent parfaitement d'admettre (cp. d'une part Rh√īne, Rhosne, de Rhodanus, et d'autre part pour la substitution de r √† s, varlet" de vaslet). Mais d'o√Ļ vient bodina et la forme vari√©e bodula, d'o√Ļ le prov. bozola (= borne) ? Ils appartiennent, selon Diez, √† la m√™me racine bod, enfler, qui a donn√© bouder, boudin (voy. ces mots); et la borne serait donc qqch. en relief, en saillie, une butte de terre cfr. l'ail, schwelte, seuil, de schwellen, s'enfler). Pour bodina, le latin du moyen √Ęge pr√©sente aussi bunda, bonda, c'est de l√† que vient l'anglais bound, limite. Bonna a en outre donn√© bonnarium, mesure agraire, d'o√Ļ le fr. bonnier (Jean Auguste U. Scheler, Dictionnaire d'√©tymologie fran√ßaise, 1862 - books.google.fr).

 

Bonni√®res - de Boneriis 1058 ; Boniras 1079 - cn de Marseille-en-Beauvaisis. Nous avons probablement un d√©riv√© du nom d'homme latin Bonus avec le suffixe f√©minin -aria. Cf. DR. p.95 ; M. III 40 a. L'anthroponyme Bonus et ses d√©riv√©s sont bien attest√©s (comme surnoms et noms chr√©tiens) : cf. M. II 28 a. Le suffixe latin - aria (f√©minin de - arius), fr√©quent apr√®s les noms de v√©g√©taux du d√©but du second mill√©naire est tr√®s peu utilis√© dans l'Oise pour former des d√©riv√©s de noms de personnes (seul cas avec Franci√®res). Le village √©tant situ√© sur une voie ancienne, M. Roblin (op. cit√© p. 157) et E. Lambert (ms. p. 323) pensent √† une √©ventuelle station routi√®re et sugg√®rent l'hypoth√®se d'un latin *bodinarias (< celtique, puis bas latin, bodina, ¬ęborne¬Ľ + suffixe -aria). Or, si bodina aboutit, localement, √† bonde, bon-ne, l'anc. picard bodne aboutit lui √† la forme borne qui l'emportera d'ailleurs au XVIe s. en fran√ßais (cf. P. Fouch√©, Phon. historique p.862). N√©anmoins, cette explication n'est pas √† √©carter ; on la placera en second (Maurice Leb√®gue, Jacques Chaurand, Les Noms des communes du d√©partement de l'Oise, 1994 - books.google.fr).

 

Christophe-Auguste de Harlay,seigneur de Cély et Bonneuil épouse 24/09/1642 sa cousine Françoise-Charlotte de Thou, dame de Bonneuil, Fille d’honneurde la Reine Anne d’Autriche (1622-1640) née vers 1612, morte après 1647 (fille de René, seigneur de Bonneuil, Introducteur des Ambassadeurs, et de Marie Faye d’Espeisses) (racineshistoire.free.fr).

 

De la station de Breteuil (Oise), on peut aller visiter l'√©glise et le ch√Ęteau de Folleville (Somme), village de 194 habitants, √©loign√© de 6 km environ. La terre de Folleville √©tait pass√©e en 1604 en la possession de Philippe Emmanuel de Gondi, comte de Joigny, g√©n√©ral des Gal√®res de France, par son mariage avec Fran√ßoise-Marguerite de Silly, arri√®re petite-fille et h√©riti√®re, par sa m√®re, de Raoul de Lannoy et de Jeanne de Poix. Ce fut dans l'√©glise de Folleville que saint Vincent de Paul, alors pr√©cepteur des enfants d'Emmanuel de Gondi, propri√©taire du ch√Ęteau, pr√™cha en 1617 (dans la petite chaire encore existante) la mission √† la suite de laquelle il r√©solut de fonder la congr√©gation des P√®res de la Mission ou Lazaristes, pour l'instruction religieuse des gens du peuple en France (Eug√®ne P√©nel, De Paris √† Boulogne, √† Saint-Valery, au Tr√©port, √† Calais, √† Dunkerque, √† Lille, √† Valenciennes et √† Beauvais, 1866 - books.google.fr).

 

Fran√ßoise-Marguerite de Silly, qui, par l'entremise de B√©rulle, s'√©tait mise sous la direction de ¬ęMonsieur Vincent¬Ľ, confia √† celui-ci la pr√©dication de ¬ęmissions¬Ľ pour les paysans de leurs terres et c'est l√† que se pr√©cisa peu √† la vocation de ce dernier, qui, gr√Ęce aux ressources des Gondi, put fonder pour des Ňďuvres semblables les ¬ęPr√™tres de la Mission¬Ľ ou lazaristes. Le troisi√®me fils de Philippe-Emmanuel, Jean-Fran√ßois-Paul (1613-79), devint √† son tour archev√™que de Paris, apr√®s la mort de son oncle (1654) qui le fut le premier de l'histoire en 1622, et fut c√©l√®bre √† l'√©poque de la Fronde sous le nom de Cardinal de Retz (Dictionnaire d'histoire et de g√©ographie eccl√©siastiques, Tome 21, 1986 - books.google.fr).

 

Depaul et les ornements d'église

 

Mais qui pourroit dire quelle √©toit la consolation que recevoit Vincent, quand il lisait dans les lettres qui lui √©toient ecrites par ses pr√™tres qui demeuroient √† Tunis et √† Alger, que le service divin s'y faisoit avec autant de solennit√© que dans les paroisses de Paris ; [...] que dans les √©glises des missionnaires il y avoit des tabernacles o√Ļ le saint Sacrement √©toit gard√© jour et nuit, avec des lampes toujours allum√©es; que lorsqu'on le portoit aux malades dans les bagnes, c'√©toit avec les torches et cierges en main, et les autres marques ext√©rieures du respect qui se doit rendre √† un si grand sacrement; et que tous les ans, le jour de la F√™te-Dieu et durant toute l'octave, le saint Sacrement y √©toit expos√©, et m√™me port√© en procession dans ces chapelles et √©glises, les assistants ayant chacun un cierge √† la main (Louis Abelly (1604 - 1691), Vie de Saint Vincent de Paul: instituteur et premier sup√©rieur de la Congr√©gation de la Mission et des Filles de la Charit√©, Tome V, (1664), 1832 - books.google.fr).

 

Mazure et Depaul

 

√Ä Paris, les confr√©ries gagnent peu √† peu l'ensemble des paroisses. La collaboration des cur√©s, qui les r√©clament, est indispensable pour autoriser les qu√™tes, organiser une pr√©dication, encourager les dames √† rejoindre la confr√©rie. [...] Les cur√©s, ma√ģtres chez eux, ne se satisfont pas toujours de la place seconde que leur abandonnent les r√®glements de confr√©rie. Ils s'√©tonnent aussi de ne pas avoir toute autorit√© sur les filles. Nicolas Mazure, √† Saint-Paul, demande √† l'une demande √† l'une des sŇďurs ¬ęcomment elles vivent, quels sont leurs exercices, qui les conduit, qu'il veut les conduire, et d√©sire qu'elles d√©pendent de lui enti√®rement¬Ľ (Lettre n¬į 372 de Depaul √† Louis e de Marillac, entre 1636 et 1639) (Matthieu Brejon de Lavergn√©e, Histoire des Filles de la Charit√© (XVIIe-XVIIIe si√®cles), 2011 - books.google.fr, jesusmarie.free.fr).

 

"le grand Coq"

 

Le pr√©tendu coq gaulois ne se voit sur aucune m√©daille ancienne de cette contr√©e. Un jeu de mots qui se trouve dans quelques auteurs anciens, sur le mot gallus, coq, et Gallus, Gaulois, a pu sugg√©rer cette id√©e. Ce jeu de mot fut relev√© d'une mani√®re piquante par Pierre Dan√®s, ambassadeur de France au concile de Trente. Comme un orateur fran√ßais d√©clamait contre les mŇďurs rel√Ęch√©es des eccl√©siastiques d'Italie, l'√©v√™que d'Orvi√®te dit avec d√©dain : Gallus cantat. Dan√®s reprit vivement : Utinam ad Galli cantum Petrus resipisceret (Pl√Ľt au ciel qu'au chant du coq Pierre v√ģnt √† r√©sipiscence) ! Lors de la r√©volution fran√ßaise, le coq fut plac√© sur les drapeaux et sur les enseignes autant comme l'embl√®me de Mars que comme le symbole des Fran√ßais. La premi√®re m√©daille frapp√©e √† cette √©poque o√Ļ l'on voie un coq est celle qui fut faite en l'honneur de Louis XVI avec la l√©gende Vive √† jamais le meilleur des rois, et √† l'exergue Louis XVI, restaurateur de la libert√© fran√ßaise et le v√©ritable ami de son peuple. Le revers repr√©sente la Libert√© ou la France casqu√©e, portant un bouclier couvert de la t√™te de M√©duse, et tenant de la main droite une pique surmont√©e du bonnet de la libert√©. Elle foule aux pieds des cha√ģnes ; devant elle est un ob√©lisque surmont√© d'une fleur de lis, et un coq au-dessus duquel brille un soleil rayonnant. La l√©gende porte les mots Libert√© et s√©curit√©. Salut et r√©g√©n√©ration de la France par l'Assembl√©e nationale en 1789 et 1790. Cependant, avant cette m√©daille de la r√©volution fran√ßaise, nous trouvons un exemple de l'all√©gorie du coq fran√ßais, ou du coq symbole de la France, sur une m√©daille frapp√©e en Italie, sous le pape Cl√©ment VIII, pour la naissance de Louis XIII en 1601. On voit au revers de cette m√©daille un enfant qui tient d'une main un sceptre et de l'autre une fleur de lis; √† ses pieds un coq couronn√© posant le pied sur un globe. Autour, la l√©gende REGNIS NATUS ET ORBI (N√© pour son royaume et pour l'univers) (Encyclop√©die des gens du monde, Tome 6, 1836 - books.google.fr).

 

C'est dans cette symbolique cl√©ricale et christologique du coq que puisent les auteurs au service des rois de France. Christine de Pisan, par exemple, compare Charles V √† un coq veillant sur ses sujets. Au xve si√®cle, le surnom de gallus est tour √† tour attribu√© √† Charles VII (1422-1461), √† Charles VIII (1483-1498) et √† Louis XII (1498-1515). Enfin, quelques d√©cennies plus tard, l'entourage de Fran√ßois Ier met en sc√®ne un v√©ritable programme politique construit sur la symbolique du coq : lucide, fier, courageux, attribut du soleil, de Mars et de Mercure, embl√®me g√©n√©rique des anciens Gaulois, le coq est l'image m√™me du roi de France (Lecoq 1987). La mythologie, l'astrologie, l'histoire et l'arch√©ologie sont alors convoqu√©es pour c√©l√©brer cet animal qui, au d√©but du xvie si√®cle, commence √† occuper dans l'embl√©matique royale une place importante, aux c√īt√©s de la couronne et de la fleur de lis.

 

Au si√®cle suivant, l'image du coq est d√©finitivement assum√©e. Elle fait de plus en plus souvent partie de la propagande monarchique et renvoie tant√īt au roi lui-m√™me, tant√īt au royaume dans son ensemble, tant√īt √† la nation fran√ßaise. En 1601, par exemple, √† l'occasion de la naissance du futur Louis XIII, son p√®re Henri IV fait couler une m√©daille sur laquelle on voit le jeune dauphin tenir un sceptre et une fleur de lis tandis que, √† ses pieds, un coq, symbole du royaume, pose hardiment la patte sur un globe terrestre. Onze ans plus tard, √† l'occasion des f√™tes qui c√©l√®brent les fian√ßailles de ce m√™me Louis XIII avec l'infante Anne d'Autriche, la place Royale √† Paris est enti√®rement d√©cor√©e de coqs, embl√®mes de la France, et de lions, embl√®mes de l'Espagne. Ces deux animaux se retrouvent au m√™me endroit en 1660 √† l'occasion des f√™tes offertes par la ville apr√®s le mariage de Louis XIV et de l'infante Marie-Th√©r√®se (Michel Pastoureau, Le coq m√©di√©val, Revue d‚Äôethno√©cologie 12, 2017 - journals.openedition.org).

 

Pendant le r√®gne de Louis XIII, Vincent de Paul n'eut de communications avec la cour que pour remplir le saint minist√®re de d√©fenseur des pauvres, et pour assister √† ce moment solennel o√Ļ l'√Ęme de Louis XIII monta vers son Cr√©ateur. Un historien rapporte qu'√† son agonie, le roi envoya chercher Vincent de Paul √† Saint-Germain-en-Laye, pour en recevoir de salutaires avis et pour lui communiquer quelques desseins de pi√©t√©. La premi√®re parole que pronon√ßa le serviteur de Dieu, en s'approchant du lit de douleur o√Ļ reposait le successeur de tant de rois, fut cette belle sentence de l'√Čcriture : Timenti Deum ben√® erit in extremis; √† quoi le prince r√©pondit, en achevant le verset : El in die defunctionis mm benedicetur. Le roi daigna s'entretenir avec lui de la direction des √©v√™ch√©s. ¬ęO monsieur Vincent! lui dit-il, si je retournais en sant√© ¬†les √©v√™ques demeureraient trois ans en retraite chez vous. Je fais bien cas de votre institut, et je juge vos moyens tr√®s-propres et tr√®s-convenables pour pr√©parer les eccl√©siastiques √† soutenir la charge tr√®s-pesante de ces dignit√©s.¬Ľ Saint Vincent demeura aupr√®s du roi jusqu'au 14 mai 1643, jour o√Ļ ce monarque expira. Apr√®s quelques consolations vers√©es sur la douleur de la reine, Vincent de Paul s'en revint bient√īt √† Saint-Lazare offrir √† Dieu des pri√®res et c√©l√©brer l'office des morts, afin d'honorer, pour la derni√®re fois, la majest√© royale au tombeau. Ce fut sous l'administration d'Anne d'Autriche, r√©gente du royaume, que Vincent de Paul commen√ßa √† se trouver li√© √† l'administration de l'√Čtat. La reine-m√®re avait jug√© √† propos d'√©tablir un conseil pour les affaires eccl√©siastiques; il fut compos√© du cardinal Mazarin, du chancelier, de M. Charton et de Vincent de Paul (Isidore Mullois, Vie de Saint Vincent de Paul, 1859 - books.google.fr).

 

Borne, coin, canton

 

Le mot "canton" est venu de l'Italie du Nord o√Ļ cantone est pass√© du sens de ¬ę coin ¬Ľ √† celui de ¬ę portion de territoire ¬Ľ, d√®s l'an 1000; le nom de canton aurait √©t√© employ√© pour d√©signer les √Čtats de l'ancienne Conf√©d√©ration suisse, par des marchands et ambassadeurs italiens venus √† Fribourg, puis aurait √©t√© adopt√© par les chancelleries fribourgeoises (www.cnrtl.fr).

 

En 1633, Vincent de Paul fonde l'Ordre des Filles de la Charit√© pour aider les pauvres malades. D'importants dons financiers charitables, provenant de la haute soci√©t√© permettent financer l'institution. En 1638, est fond√©e l'institution des Enfants-Trouv√©s. Elle s'installe tout d'abord pr√®s de la porte Saint-Victor. Elle est transf√©r√©e au ch√Ęteau de Bic√™tre en 1648, puis vers l'enclos Saint-Lazare. Elle est ensuite fix√©e rue du Faubourg Saint-Antoine.

 

Aux Enfants-trouv√©s-de-Paris en face Notre-Dame, on recueille 312 enfants en 1670 et 1676 en 1772. La bonne r√©putation des hospices et l‚Äôanonymat de leur accueil ont d√Ľ encourager certains parents √† y confier leur prog√©niture. Pourtant, le destin des petits y est souvent tragique : entass√©s, un tiers d‚Äôentre eux meurent le temps de trouver une nourrice (fr.wikipedia.org - H√īpital des Enfants-Trouv√©s).

 

P√©guy est ainsi le dernier √† employer couramment une expression comme ¬ęle coin de la borne¬Ľ, qui d√©signait, avant les trottoirs, dans les rues tapiss√©es de bornes le long des murs, un espace mythique : ce lieu, o√Ļ l'on d√©posait les ordures et o√Ļ les chiffonniers s'activaient, se pr√™tait √† de nombreuses interpr√©tations. Dans toute la litt√©rature du XIXe si√®cle, ¬ęle coin de la borne¬Ľ est un espace symbolique capital, celui de l'ivresse, de la prostitution, de l'abandon des enfants. Or, apr√®s la guerre, plus personne n'a su ce qu'√©tait ¬ęle coin de la borne¬Ľ, ni dans les rues de la ville ni dans les mentalit√©s. P√©guy en 1914 emploie encore cette expression et bien d'autres qui vivent alors leur dernier moment. Pour lui, la ville est encore vue √† travers des images du XIXe si√®cle. Par exemple, dans √ąve, il recourt √† ce grand clich√© po√©tique qui traverse tout le XIXe si√®cle, celui des enfants abandonn√©s au ¬ęcoin de la borne¬Ľ. On y abandonnait traditionnellement les enfants depuis le Moyen √āge ; ils √©taient donc trouv√©s par le chiffonnier, qui les emmenait √† l'h√īpital des Enfants trouv√©s, aujourd'hui Saint-Vincent-de-Paul. Apr√®s P√©guy, aucun √©crivain ne fera plus r√©f√©rence √† cette repr√©sentation l√©gendaire des enfants abandonn√©s, ni au fait que, dans l'imaginaire social, les chiffonniers √©taient pr√©pos√©s √† leur d√©couverte (Antoine Compagnon, Dictionnaire Charles P√©guy, 2018 - books.google.fr).

 

On retrouve sur internet une référence de 1825 relative à une lithographie de Pierre Roch Vigneron avec une borne et un enfant abandonné. Au delà plus rien (Le Miroir des spectacles, des lettres, des moeurs et des arts, Volume 6, 1825 - books.google.fr).

 

Les enfants √©taient abandonn√©s sous le porche des √©glises, sous le portail des h√ītels, √† l'angle des rues fr√©quent√©es, dans les jardins publics et sur les ponts (Maxime Du Camp, Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moiti√© du XIXe si√®cle, Tome 4, 1873 - books.google.fr).

 

A l'angle des rues, on trouvait des pierres d'encoignure ou bornes, en italien "cantonata" (Francesco d'Alberti di Villanova, Le nouvel Alberti: dictionnaire encyclopédique français-italien, Tome 2, 1859 - books.google.fr).

 

Les Enfants-trouvés de Depaul est une fondation réalisée avec le concours des Filles de la Charité du même (Bernard Plongeron, Luce Pietri, Le Diocèse de Paris, Tome 1, 1987 - books.google.fr).

 

Blaise Pascal

 

Du XVIIe au XVIIIe si√®cle, l'homme s'est senti peu √† peu comme isol√© au milieu des choses, en √©tat de ¬ę d√©r√©liction ¬Ľ. Pascal, d√©j√†, voyait l'homme ¬ę√©gar√© dans un canton d√©tourn√© de la nature¬Ľ; et seulement capable ¬ęd'apercevoir quelque chose du milieu des choses¬Ľ. Mais, pour Pascal, le Christ est venu en m√©diateur; pour emp√™cher que cet isolement ne se creuse en ab√ģme, il est venu combler l'ab√ģme. On assiste au XVIIIe si√®cle √† une r√©duction de l'angoisse et du pathos. Cette situation nouvelle d'isolement est progressivement accept√©e. Locke, d√©j√†, la comparait √† celle des marins qui naviguent √† la sonde. La sonde n'explore pas l'ab√ģme, elle ne touche pas le fond des mers; il suffit qu'elle permette de rep√©rer les hauts-fonds, et le navire est sauf, il trouve son chemin. On ne va plus s'attarder d√©sormais √† la recherche des causes premi√®res, ni √† celle des causes finales. On estime que la qu√™te du pourquoi est vaine, et condamn√©e √† l'√©chee. En revanche, celle du comment est possible; elle est utile; elle offre √† l'homme le moyen de poser les principes d'une praxis, d'une action efficace. Savoir comment les choses se passent, autour de l'homme, comment elles se sont pass√©es pour aboutir √† l'homme, comment s'est constitu√©e peu √† peu, dans un monde soumis √† la dur√©e, la ¬ę grande cha√ģne des √™tres ¬Ľ, voil√† ce qui est exaltant, et de plus √† la port√©e de l'homme (Marcel Raymond Saint-Martin et l'Illuminisme contre l'"Illuminismo", Lettere italiane, Volume 19, 1967 - books.google.fr).

 

Jésus est mort, et en mourant n'a point laissé les siens orphelins, mais leur a envoyé son Saint-Esprit, qui est son divin amour, pour les assister, et lui-même y demeure invisiblement jusqu'à la fin du monde (Lettre 1646-1652) (Jacqueline Pascal, Littérature par Victor Cousin, 1849 - books.google.fr).

 

En 1661, les pers√©cutions contre Port-Royal reprennent. On exige des religieuses qu'elles signent un ¬ę formulaire ¬Ľ condamnant les propositions de Jans√©nius. Contre Arnauld et Nicole, partisans d'un compromis, Pascal se montre inflexible. Sa sŇďur Jacqueline, boulevers√©e d'avoir d√Ľ signer, meurt le 4 octobre. Accabl√©, isol√©, Pascal choisit alors de s'√©loigner d√©finitivement des querelles th√©ologiques. Malgr√© son √©tat de faiblesse, il visite toutes les √©glises de Paris. P√®lerinage si √©puisant qu'une id√©e lui vient au d√©tour d'une pri√®re : il faut √† Paris des omnibus. Ce sera chose faite quelques mois plus tard avec l'inauguration de la ligne Porte Saint- Antoine - Palais du Luxembourg. Carrosses √† 5 sous la place, dont l'entr√©e sera interdite aux domestiques et aux ouvriers. Comme par hasard c'est le chemin qui relie son domicile √† celui de son ami le duc de Roannez. Il h√©berge des pauvres et soutient des orphelins. C√©dant sa maison √† un enfant malade, il se fait porter chez sa sŇďur Gilberte P√©rier. Le 19 ao√Ľt 1662, pourvu des derniers sacrements, il meurt (Romain Chabert, Lire, Num√©ros 196 √† 201, 1992 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Reportant la date de 2034, sur le pivot de 1368 (fondation des Enfants trouvés), on tombe sur 1242.

 

Une premi√®re institution fond√©e en 1201 offrait aux orphelins √©pisodiquement un abri pr√©caire, c'√©tait l'H√īpital de la Croix de la Reine, situ√© pr√®s de la fontaine du m√™me nom aliment√©e par le rue du Pr√©-Saint-Gervais, √† l'angle actuel de la rue Saint-Denis et de la rue Greneta. Pris en charge en 1210 par des religieux Pr√©montr√©s, de l'abbaye d'Hermi√®res en Brie, ils y accueillaient pour la nuit ies voyageurs et les p√®lerins qui arrivaient √† Paris apr√®s le couvre-feu, alors que les portes de la ville √©taient d√©j√† ferm√©es, et de temps en temps ils h√©bergeaient des enfants isol√©s (Jean-Paul Martineaud, De Vincent de Paul √† Robert Debr√©: Des enfants abandonn√©s et des enfants malades √† Paris, 2007 - books.google.fr).

 

Il s'agit l'H√īpital de la Trinit√©, affect√© en 1545 par le Parlement de Paris √† l'accueil des orphelins pauvres pour leur apprendre un m√©tier. Il fut alors administr√© par le Grand bureau des pauvres de Paris et fr√©quent√© par de nombreux corps de m√©tiers qui venaient y chercher leurs apprentis. Les pensionnaires √©taient nomm√©s enfants bleus. Il fut supprim√© √† la R√©volution. Il y eut aussi vers 1360 la cr√©ation de l'H√īpital du Saint Esprit en Gr√®ve par des notables parisiens avec l'√©v√™que de la ville Jean de Meulan. Ses pensionnaires √©taient appel√©s les enfants rouges (data.bnf.fr, fr.wikipedia.org - H√īpital de la Trinit√©).

 

La Lucerne était une abbaye de Prémontrés.

 

Connue d√®s 1242 sous le nom de "rue Jean Pal√©e" du nom d'un des fondateurs de l'H√īpital de la Trinit√©, cette rue porte, au XVIe si√®cle, le nom de ¬ę rue du Petit-Huleu ¬Ľ, d√©figur√© depuis sous la forme de rue du Petit-Hurleur (Jaillot, Quartier de Saint-Denis , p. 45- 46) (Auguste Longnon, Paris pendant la domination anglaise (1420-1436): documents extraits des registres de la Chancellerie de France, 1878 - books.google.fr).

 

Le peuple appelle cette rue & celle du Petit Hurleur, rue du Grand Huleu, & rue du Petit Huleu ; mais c'est par corruption, car, suivant la remarque d'Adrien de Valois, il faut écrire du Grand Hue-le & du Petit Hue-le. On leur a donné ce nom parce qu'elles n'étoient autrefois habitées que par des filles de joye, & que dès que l'on voyoit entrer un homme dans l'une ou dans l'autre , on devinoit aifément ce qu'il y alloit faire; & l'on difoit au enfans, Hue-le ! [...] Il est certain, ajoute-t-il, qu'anciennement on disoit Hue pour Hugues, & Leu pour Loup [cf. louve et lupanar] (Description historique de la ville de Paris et de ses environs par feu M. Piganiol de La Force, Tome 3, 1765 - books.google.fr).

 

Un Chevalier qui avoit du bien √† Paris et aux environs, au XIIe si√©cle, s'appelloit Hugo Lupus ou Hugo Lupi : sa sŇďur Clemence fut seconde Abbesse d'Hieres. Il paroit que c'est de lui et de son fils, que les deux rues de Hue-leu ont tir√© alors leur nom (Jean Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le dioc√®se de Paris, Tome 1 (1755), 1890 - books.google.fr).

 

Normandie et Jansénisme

 

Jean Etheart, vicaire-g√©n√©ral de la congr√©gation des Pr√©montr√©s r√©form√©s, re√ßut du roi l'abbaye, et en prit possession en cette m√™me ann√©e, 'cum pedo mitra et annulo.'. Il re√ßut sa b√©n√©diction, √† Ardenne, de l'√©v√™que de Bayeux. Ce fut un abb√© plein de z√®le pour son monast√®re. Jean Etheart √©tait encore un homme tr√®s-distingu√© dont Fran√ßois Le Lorain disait: 'Toto lucebat in ordine et toti par erat praelucere ecclesiae.'; c'√©tait aussi un homme orn√© et savant. C'est ainsi que le montre dans son pan√©gyrique son successeur: 'Je me suis trouv√©, √† la pri√®re de ses enfans, les religieux de la Luzerne, charg√© de composer son √©loge fun√®bre.... Cela me d√©dommagera aussi de la perte que j'ai faite d'un ami avec qui j'√©tais li√© d'une union tr√®s-√©troite depuis quarante-six ans, en me repr√©sentant ses grandes actions et ses vertus. Jean Etheart joignit, dans sa jeunesse, √† l'√©tude des sciences humaines et de la philosophie, o√Ļ il fit de grands progr√®s au coll√®ge d'Amiens chez les J√©suites, celle de la musique et de divers instrumens." Jean Etheart assista √† une assembl√©e g√©n√©rale de son ordre o√Ļ il se pronon√ßa contre les doctrines des Jans√©nistes. Ses chanoines firent une d√©claration contre les cinq propositions de Jans√©nius. L'ornementation de l'abbaye dut beaucoup √† cet abb√©, t√©moin ce passage du pan√©gyrique : "Ces b√Ętimens r√©tablis et nouveaux, ce beau clo√ģtre √©lev√© par ses soins de fond en comble pour la troisi√®me fois depuis la fondation de cette ancienne abbaye, ces lambris enrichis d'un si bel ordre d'architecture qu'on voit de tous c√īt√©s, ce tombeau renouvel√© de l'excellent et noble abb√© de La Belli√®re, ces beaux ornemens que vous voyez d√©ployer devant vous, tiennent un langage muet, mais √©loquent." Transf√©r√© dans une autre abbaye, Jean Etheart mourut √† Paris en 1712 (La Luzerne, notes hiqstoriques et arch√©ologiques, 1847 - le50enlignebis.free.fr).

 

Bien que l'Est de la France soit une terre d'élection du Jansénisme, sa version febronienne (XVIIIème siècle) reçue à Prémontré, a surtout marqué les Circaries de Normandie et de Prémontré dans l'ancienne Observance (Bernard Plongeron, Les réguliers de Paris devant le serment constitutionnel, 1964 - books.google.fr).

 

A Louvain, c'est le pr√©sident du coll√®ge Pr√©montr√© Van den Steen, surnomm√© Jean a Lapide, qui fait l'√©loge fun√®bre de Jans√©nius. [...] En France, l'ordre de Pr√©montr√© se tint en marge des grandes disputes th√©ologiques et spirituelles du XVII√®me si√®cle. √Ä grand peine rel√®ve-t-on quelques traces de jans√©nisme √† √Čtival, Saint-Paul de Verdun ou Rang√©val. Il ne rev√™t jamais le caract√®re passionnel qui le caract√©risa sous d'autres cieux (Bernard Ardura, Pr√©montr√©s: histoire et spiritualit√©, 1995 - books.google.fr).

 

Au début de l'année 1646, le père de Blaise Pascal, qui s'était démis la cuisse en tombant sur la glace, fut soigné chez lui par deux gentilshommes normands, disciples de Guillebert, curé de Rouville, et comme lui ardents propagateurs de l'austère doctrine de Saint-Cyran. Blaise, profondément ébranlé par leur conversation et par la lecture des livres qu'ils lui confièrent, comprit vite qu'il fallait reviser les principes selon lesquels, consciemment ou non, il avait jusque-là vécu; qu'une transformation intérieure, une "conversion", un passage du monde à Dieu étaient nécessaires, et il fit partager ces vues à toute sa famille (republique-des-lettres.com).

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