Toulouse et marginaux

Toulouse et marginaux

 

VIII, 40

 

2059-2060

 

Le sang du Iuste par Taurer la daurade,

Pour se venger contre les Saturnins

Au nouueau lac plongeront la maynade,

Puis marcheront contre les Albanins.

 

- Taurer : N.-D. du Taur, à Toulouse , doit son nom au taureau qui fut l'instrument du supplice de saint Saturnin enterré là.

 

- daurade : nom donné à l'église qui sera construite en 1773 sur l'emplacement d'un édifice plus ancien enrichi de mosaïques d'or (daurade).

 

- lac : le lac souterrain au trésor (v. VIII, 30), à l’emplacement de l’église Saint Sernin.

 

- maynade : ménade, organisatrice des jeux érotiques de Bacchus d'où femme se livrant aux débordements de la passion (à Toulouse il était d'usage d'attraper les entremetteuses et maquerelles et de les plonger nues, coiffées de plumes dans la Garonne , enfermées dans une cage de fer ).

 

- Albanins : ? (Jean-Paul Clébert, Nostradamus, mode d'emploi: la clé des prophéties, 1981 - books.google.fr).

 

"Au nouueau lac plongeront la maynade"

 

maynade : manade (ce que peut contenir une main), troupeau ?

 

Ce fait me remit en mémoire le passage de l'Evangile qui a trait aux démoniaques babitant les sépulcres, aux environs du lac Tibériade, et, après avoir relu les textes, il ne m'est plus possible de douter que cet endroit ne soit celui où l'Evangile place la scène de la guérison des possédés gadaréniens. En effet, d'après ses disciples (S. Matth., c. VIII, v. 28. – S. Luc, C. VIII, v. 26. – S. Marc.), Jésus-Christ, après avoir traversé avec eux la mer de Tibériade et avoir abordé, sur la rive orientale du lac, au pays des Gadaréniens, vit venir au devant de lui un ou deux hommes possédés des démons, qui ne portaient point d'habits et babitaient dans les sépulcres. Après l'avoir ou les avoir guéris, Jésus permit aux démons d'entrer dans le corps des pourceaux qu'on voyait paître sur la montagne, en un lieu peu éloigné, et les démons y étant entrés, les pourceaux coururent aussitôt avec violence vers le lac et s'y noyèrent tous. Les tombeaux de Gadara se trouvent sur une pente séparée du lac Tibériade par le ravin au fond duquel coule le Scheriat-el-Mandhour (Hieromax). La place assignée au troupeau qui se précipita d'un lieu escarpé vers le lac Tibériade, et qu'on voyait paître auparavant sur la montagne, en un lieu peu éloigné des sépulcres, doit se trouver sur le versant opposé du ravin, dans les escarpements basaltiques qui bordent et dominent le lac. Toutes les circonstances s'accordent donc, aussi bien que les textes, à placer dans la nécropole d’Um-Keis la scène de l'Evangile.

 

"Gadarènôn", "Gerasènon", Gadaréniens, Gesaréniens, Geraséniens, suivant les versions. Il n'est pas douteux qu'il ne soit fait ici allusion aux habitants de Gadara, ville dépendante de Gerasa et dont on pouvait par conséquent désigner indifféremment les habitants par le nom local de Gadaréniens ou par l'appellation plus générale de Geraséniens. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu'il ne saurait, dans tous les cas, être question des habitants de Gerasa, ville éloignée du lac au moins d'une journée de marche (Louis Lartet, Les ruines romaines et la nécropole d'Umm-Keis, Mémoires, Société archéologique du Midi de la France, Toulouse, Volume 11, 1880 - books.google.fr).

 

Toulouse, Albi, dressées en face de Rome, rappellent assez bien cette Alba Longua archaïque dont la traduction mot à mot est la grande taie des yeux, la cataracte, l'hérésie des Cathares, cata-ora, qui parle la langue féline [...]

 

Cathare évoque Gadara. (Jean-François Gibert, La chevalerie amoureuse de Pierre Dujols De Valois, 2014 - books.google.fr).

 

 

Gadara, Cadara, Antiochia, Seleucia, Colonia Valentiniana Gadara (Umm Qeis) est une ville de la Palaestina secunda.

 

Berkelius dit que Antiochia est un des noms de Gadara (Edme Mentelle, Encyclopédie méthodique: Géographie ancienne, Tome 1, Partie 1, 1787 - books.google.fr).

 

Cadara est le nom de Gadara dans la Table de Peutinger (Getzel M. Cohen, The Hellenistic Settlements in Syria, the Red Sea Basin, and North Africa, 2006 - books.google.fr).

 

"maynade"

 

En occitan, la mainada désigne les gens de la maison, l'ensemble des domestiques et traduirait correctement la maisniee ou la maisnie de l'ancien français, mais non pas le pluriel maisnees 'servantes' (Pierre Nobel, De la qualité d'une translation française en occitan : le cas du manuscrit BNF fr. 2426 . In: Histoire, espaces et marges de l'Antiquité : hommages à Monique Clavel-Lévêque. Tome 3, 2004 - www.persee.fr).

 

Dans le sens de mesnie, troupe militaire, ce terme se retrouve dans le toponyme Puech-Maynade, à quelques kilomètres au nord de Rodez : Paismainada (1288), Paysmaynada (1419) (Frédéric de Gournay, Le Rouergue au tournant de l’an mil, De l’ordre carolingien à l’ordre féodal (IXe-XIIe siècle), 2020 - www.google.fr/books/edition).

 

"nouveau lac"

 

La citation de  Larcher au XVIIIème siècle à propos du lac de  Barbazan (Pyrénées garonnaises) ne dit pas autre chose : «On y voit un grand lac dont on ne trouve point le fond. On assure qu’il y avait dans cet endroit un village qui fut abîmé parce que les habitants  n’estoient point charitables. L’eau n’augmente ni ne diminue, le terrain est mouvant  alentour. On dit que dans une grande inondation des eaux de la Garonne, celle du lac rejeta  plusieurs poissons de mer. On n’ose pas y pêche ; mais ceux qui se sont hasardés à le faire ont pris des anguilles monstrueuses et peu d’autres gros poissons» (Jean-Marc Antoine, Géohistoire des catastrophes et des risques torrentiels.Une histoire de l’environnement pyrénéen, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr, Revue de Comminges (Pyrénées Centrales): Bulletin de la Société des études du Comminges à Saint-Gaudens et de l'Académie Julien-Sacaze à Bagnères-de-Luchon, Volumes 56 à 57, 1943 - books.google.fr).

 

A l'occasion du lac de Barbezan, on reproduit l'histoire de Philémon et Baucis, qui de la Phrygie a été transportée au comté de Toulouse presque sans autre changement que la suppression de la métamorphose finale. Un mendiant, accablé aussi par la faim, est rebuté de toutes parts, même là où le son des instruments annonce la joie et le bonheur. Hors d'état de poursuivre sa route, il va frapper à la plus chétive cabane du village; sous cet humble toit un vieillard et sa femme l'accueillent comme un fils, et lui prodiguent une hospitalité touchante. Ils n'ont qu'un pain, encore n'est-il pas assez cuit pour être mangé, et, sans s'inquiéter du lendemain, ils l'offrent à l'étranger, qui l'accepte avec reconnaissance. La femme se dirige aussitôt vers le four ; quel est son étonnement quand elle le voit plein de façon à nourrir, pendant une année entière, elle et son mari. «Il vous est permis, dit le voyageur, de distribuer tout cela à ceux qui en ont besoin, mais non pas aux habitants de cette vallée maudite ; insensibles au malheur, ils reçoivent en ce moment le châtiment que le ciel leur inflige.» Alors le vieillard et sa compagne, ayant porté leurs regards au dehors, ne virent plus le village situé en face de leur demeure : la colline s'était affaissée, et un lac formé à la même place avait englouti maisons et habitants. Le mendiant était un envoyé de Dieu, chargé de punir le mal et de récompenser le bien. Quant au couple si charitable, il trouva bientôt dans un monde meilleur le juste prix de ses vertus (Alexandre P. Moline de Saint-Yon, Histoire des comtes de Toulouse, Tome 2, 1859 - books.google.fr).

 

Barbazan

 

C'était justice que, dans un des couplets, Barbazan fût désigné comme le principal défenseur de la ville. Par ses prouesses il aurait mérité le titre de chevalier sans reproche, si Charles VI ne le lui eût donné déjà, en 1404, après le combat de Montendre, où il renversa d'un coup de lance l'adversaire qui lui était opposé. Monstrelet l'appelle noble vassal, expert, subtil et renommé en armes. Il ne cessa jamais d'être fidèle à la cause du dauphin. Quand les amis du jeune prince conçurent le projet de tuer Jean sans Peur, ils se cachèrent de Barbazan, qui, en ayant connu le résultat, blâma rudement une pareille action, et dit que «mieux vaudroit estre mort que d'avoir esté à cette journée.» Fait prisonnier à Melun, Barbazan resta huit ans captif, à Paris d'abord, puis au château Gaillard près de Rouen. Délivré, en 1430, par les troupes de Charles VII, sous la conduite de Lahire, il reprit ses armes et remporta plusieurs victoires. Charles VII le nomma son chambellan et gouverneur de Champagne et de Brie. Il mourut, en 1431, des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Bullegneville, près de Nancy, où Charles VII l'avait envoyé au secours de René d'Anjou, son beau-frère. Arnauld Guilhem, sire de Barbazan, fut, comme Du Guesclin, enterré à Saint-Denis (Chants historiques et populaires du temps de Charles Sept et de Louis Onze: Publiés pour la première fois d'après le manuscrit original, 1857 - books.google.fr).

 

Les Barbazans, qui avaient donné à la France le fameux Arnaud Guillem, premier Chambellan du Roi Charles VII, et auquel ce prince, par ses lettres de l'an 1442, donne le titre de « Restaurateur de son Royaume et couronne», et lui permet de porter à l'avenir dans ses armes, les trois fleurs de lys sans barre , et d'être enterré à Saint-Denis, dans sa chapelle et près de lui, a fourni un Capitoul à la ville de Toulouse, en 1438, à l'époque même où la valeur du chevalier de Barbazan jetait le plus vif éclat (Joseph Vaissète, Claude de Vic, Histoire générale du Languedoc avec des notes et les pièces justificatives, Tome 6, 1843 - www.google.fr).

 

Arnault Guilhem (Arnaud Guillaume) de Barbazan, seigneur de Barbazan, né en 1360 à Barbazan-Dessus (Hautes-Pyrénées), mort en 1431 à Bulgnéville-Vaudoncourt (Vosges) est conseiller et premier chambellan du Dauphin Charles, capitaine français durant la guerre de Cent Ans et compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, issu d'une famille distinguée du pays de Bigorre.

 

Il avait épousé Sibylle de Montaut, d'où une fille unique, Jeanne de Barbazan, première épouse de Jean III, comte d'Astarac et mère de Catherine d'Astarac, héritière de Barbazan, épouse de Pierre de Foix-Lautrec (fr.wikipedia.org - Arnault Guilhem de Barbazan).

 

Paul de Foix est le fils de Jean de Foix, comte de Carmain et de Madeleine de Caupène. Il n'appartient pas directement à la grande famille des comtes de Foix mais en est issu par les femmes ; il descend, en ligne agnatique (par les mâles), de la famille Duèze, vicomtes puis comtes de Caraman (ou Carmain/Carmaing), et de Pierre Duèze, frère du pape Jean XXII (fr.wikipedia.org - Paul de Foix).

 

Cf. quatrain VIII, 39 - Duel à Rome.

 

Un "juste" : Pierre Morand

 

A Toulouse, les riches comme les gens du peuple étaient dévoués à la secte; Pierre Morand, un des personnages les plus notables de la ville, était le principal protecteur de l'hérésie; c'est dans sa maison, qui avec ses tours ressemblait à un château fort, que se tenaient les réunions religieuses; le peuple, dans son admiration, lui donnait à lui-même le nom de Jean l'Évangéliste. En 1177, le comte de Toulouse, Raimond V, résolut de prendre la défense de l'Église menacée.

 

Le comte de Toulouse, le vicomte Raimond de Turenne, Raimond de Castelnau et d'autres barons reçurent l'ordre de leurs suzerains de prêter main forte au légat apostolique et à ses compagnons. Lorsque ceux-ci firent leur entrée à Toulouse, au lieu de les recevoir avec les signes d'une humble soumission, les habitants se les montrèrent des doigts, en s'écriant : voici les vrais apostats, les hypocrites, les hérétiques! Leur indignation fut portée au comble, quand ils apprirent le pouvoir que la secte exerçait sur toutes les classes du peuple de Toulouse. «On ne nous avait dit, s'écrièrent-ils, que la moindre partie des abominations dont nous dûmes être les témoins en cette ville.» Aussi le légat jugea-t-il que les moyens de persuasion demeureraient inefficaces; sans même en avoir essayé, il résolut de frapper le peuple par la terreur. Il ordonna à l'évêque et aux capitouls de dénoncer tous ceux qu'ils savaient être hérétiques; beaucoup furent ainsi dénoncés; parmi eux se trouva Pierre Morand. Homme riche et considéré, c'est lui qui fut destiné à servir d'exemple du châtiment. Il est cité devant le légat; pendant quelque temps il reste ferme; mais condamné à perdre ses biens et à voir démolir ses maisons et ses tours, l'amour des richesses l'emporte chez lui sur l'attachement à ses croyances : il abjure et accepte les humiliations les plus outrageantes. On le dépouille de ses vêtements; on le conduit au portail de l'église de Saint-Saturnin; depuis là jusqu'aux pieds du légat, placé sur les degrés de l'autel, il est frappé de verges; cet office de bourreau est rempli alternativement par l'évêque Gaucelin de Toulouse et par l'abbé de Saint-Saturnin; il fallut sans doute beaucoup de fanatisme pour que les exécuteurs ne se sentissent pas plus humiliés que leur victime. Arrivé près du cardinal, il abjure de nouveau et déclare qu'il livre à l'anathème tous ses anciens frères; c'est alors qu'est prononcée sa réconciliation, à condition pour lui de quitter sa patrie après quarante jours ; chaque jour jusqu'à son départ, il sera conduit par les rues, nu jusqu'à la ceinture, et battu de verges; après cette pénitence, il se rendra à Jérusalem , d'où il ne reviendra qu'après s'y être consacré pendant trois ans au service des pauvres; lors de son retour, ses propriétés lui seront rendues, sauf ses tours qui seront rasées «en mémoire de sa méchanceté hérétique;» il paiera en outre 500 livres d'argent au comte de Toulouse. Intimidés par la dureté inique de cette sentence, prononcée contre un homme qui avait abjuré, beaucoup de croyants demandèrent à rentrer dans l'Église ; le légat leur accorda leur grâce ; la terreur produite par le châtiment de Morand lui suffisait. Morand accomplit sa pénitence; il revint à Toulouse et rentra dans la possession de ses biens; pour lui faire oublier ses humiliations ecclésiastiques, les habitants l'élurent trois fois capitoul, en 1183, en 1184 et en 1192; l'hérésie d'ailleurs et l'aversion pour le despotisme spirituel demeurèrent héréditaires dans sa famille; en 1234, un vieillard, Morand, fut condamné comme parfait; en 1235 et en 1237, Aldric Morand, capitoul, fut excommunié pour s'être opposé aux inquisiteurs (Charles Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Tome 1, 1849 - books.google.fr).

 

"venger"

 

Si le vieillard appelé Morand qui meurt en 1234 est Pierre Morand :

 

A Mirepoix, dit-on, l'Église cathare avait encore, vers 1236, près de cinquante hospices; le chevalier Arnauld Roger la protégeait publiquement et sans crainte; il assistait avec sa famille et les nobles ses voisins aux réunions religieuses tenues à Mirepoix même par le diacre Raimond Mercier, et dans le château de Dun, par l'évêque Guillabert de Castres. Ayméric de Collet préchait, en 1237, à Hautpoul; Sicard de Figueras, à Mas de Pamplessac; le diacre Raimond Sans et Bernard de Mairville, à Puy de Romeux; Guillaume Cambiaire, à Avignonet; le diacre Raimond de Carlipac, Bonet d'Ovizin, Guillaume Bernard d'Airos, à Sorèze. Les chevaliers ne se bornaient pas du reste à protéger les Cathares contre leurs persécuteurs; ils persécutaient eux-mêmes les clercs et les moines, ils les pillaient, les maltraitaient, pour venger sur eux les crimes de l'inquisition ; c'étaient surtout les chevaliers Raimond Roger et Alaman de Roais, qui, accompagnés de leurs gens, parcouraient dans cette intention les environs de Toulouse, où ils étaient l'effroi du clergé catholique (Charles Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Tome 1, 1849 - books.google.fr).

 

Albanins

 

Albanins ou Balbanins : nomades qui se disaient descendants grecs d'Egypte (Louis Moreri, Le grand dictionnaire historique, Volume 1, 1731 - books.google.fr).

 

Quant aux autres apports du Sud ou de l'Orient, ils se réduisent à des flux raciaux bien déterminés, allogènes, à des groupes réduits, qui font bloc, minorités ethniques, repliées sur elles-mêmes, souvent réfractaires à l'assimilation, à l'intermariage; du reste, objets de répulsion, en butte à la ségrégation; en vertu de leur nomadisme, ces groupes sillonnent incessamment la masse rurale, mais sans s'y fondre ni s'y mêler. Évoquons, par exemple, la migration tzigane, si caractéristique de la France du Sud en deux vagues décisives, elle y affronte les sociétés paysannes; la première vague est du XVe siècle ces Bohémiens ou «Sarrazins» arrivés de leur Inde lointaine, de la Basse Égypte, apparaissent pour la première fois dans le Midi en 1419 (premier texte) et s'y promènent en bandes compactes de Sisteron à Lodève et Barcelone on les signale très souvent en Languedoc, Provence et Comtat jusqu'en 1485 pendant tout le temps des guerres et des troubles. On ne les aime pas, car «ils font du mal». La réaction des villages à leur égard est toujours la même les faire partir, à prix d'argent ou contre un repas, «e per amor de Dieu que non intresson à la villa !». Après 1485, le silence se fait sur les Roumes de la France du Sud : pendant le XVIe siècle, le beau XVIe siècle, c'est à peine si l'on entend parler d'eux ; quelques troubles pourtant, lors de la grande crise de 1529-1533, qui les jette sur les routes, avec quantité d'autres clochards et vagabonds : de Nîmes à Orange, le pays en est momentanément infesté. Et puis derechef, la grande nuit des textes tombe sur eux, comme une chape. Deviennent-ils momentanément sédentaires ? Filent-ils vers l'Espagne, après leur expulsion de 1533, décrétée par Montmorency, Oiseau de malheur, le Bohémien, «l'Égyptien», revient en force avec les guerres religieuses, surtout à partir de 1590. C'est la seconde vague, celle des migrations armées, caractéristique des gitans du XVIIe siècle. Des troupes de Roumes ou Bohémiens (peut-être chassés d'Espagne, à la suite de tracasseries de Philippe II) infestent les cols de la Montagne Noire, pendant les guerres de la Ligue leurs capitaines se font prier par les paysans, et ne délogent qu'à prix d'ors. D'autres bandes surgissent en 1612. Pendant la crise de 1627-1632, pendant la Fronde, elles courent le pays par grandes troupes, que suivent des femmes mal vivantes. De bons capitaines, illettrés, Christophe, Laplace, Barrière, Lacoste, Alméras, les dirigent. On signale même, parmi eux, des prêtres gitans. Les paysans leur courent sus au son du tocsin; on fait tondre et déshabiller les filles qui les suivent; on envoie les hommes aux galères; on interdit l'hôpital à ces gueux, pires que les autres gueux; rien n'y fait, et les Rousses n'en ont cure; rebelles au travail, ils continuent à piller les récoltes; ils brûlent les ponts derrière eux, tirent sur les troupes du Roi. Après 1700 pourtant, c'est le reflux les Bohèmes commencent d'abandonner le mode de vie guerrier; ils deviennent même sédentaires; dors ils mendient, vendent des ânons, portent aux pelletiers les peaux des chiens et des chats qu'ils ont chapardés et mangés. Ils enlèvent (dit-on) les petits enfants et les jeunes filles. Ils parlent un baragouin catalan, mêlé de provençal, génois, piémontais. Une chose est certaine : ces nouveaux venus de 1419, en cinq cents ans d'histoire, ne se sont pas mêlés à la masse rurale (près de laquelle ils vivent encore aujourd'hui, sales et fiers, dans leurs bidonvilles des gros bourgs viticoles et des faubourgs urbains). Certes leurs liens spéciaux avec le monde surnaturel leur valent auprès des femmes un certain prestige, sévèrement censuré par les consistoires cévenols, dès 1598. Mais leur commerce demeure honteux, interdit même aux filles perdues. Jouer aux cartes, boire ou coucher avec un Roume, au XVIIe siècle, c'est bon pour un cagot (un paria, descendant de lépreux). D'où leur «pureté» raciale tels ils arrivèrent en 1419, tels ils sont encore, à peu près, en 1800 ou en 1962, exempts de mélange, ethniquement préservés : teint basané, petite stature, cheveux d'un noir d'ébène, dents de loup, yeux vifs et sombres (Emmanuel Le Roy Ladurie, Les paysans de Languedoc. Tome I, 2017 - books.google.fr).

 

On rapporte généralement à l'année 1417 la première apparition des Tsiganes en Occident. M. Bataillard reconnaît en effet que de 1417 à 1438 des bandes nomades visitèrent successivement tous les pays d'Occident, et qu'à partir de 1438 commença une période de migration plus générale. Mais il prouve par des citations nombreuses qu'antérieurement à 1417 les Bohémiens existaient déjà dans l'Allemagne occidentale, notamment dans l'évêché de Wurtzbourg, dans la Westphalie, dans la Hesse, dans la Misnie et probablement dans la Basse-Alsace. On les retrouve plus anciennement encore dans le sud-est de l'Europe. [...] L'immigration et l'établissement des bohémiens dans l'Europe occidentale au xvo siècle, est un fait historique. Mais cela ne prouve pas qu'ils n'y soient pas venus antérieurement. Après une longue interruption et depuis dix ans seulement, n'avons-nous pas vu se renouveler parmi nous la circulation de Tsiganes chaudronniers, venus de Hongrie et retournant en Hongrie après une tournée de deux ou trois ans? Il existe pour l'antiquité un document sur la valeur duquel M. Bataillard appelle avec raison l'attention. «C'est, dit-il, un passage d'Hérodote ou d'un de ses plus anciens scholiastes où, à la suite du paragraphe déjà cité, relatif aux Sigynnes, qui sont répandus dans un grand pays désert, au nord du Danube et qui s'étendent aussi jusqu'au pays des Vénètes sur l'Adriatique, se trouvent ces simples mots : Les Ligures qui demeurent près de Massalie appellent Sigynnes les marchands; tandis que les Cypriotes nomment ainsi les lances et les javelots. Les marchands que les Ligures des environs de Marseille appelaient Sigynnes étaient évidemment des Sigynnes, c'est-à-dire, je n'en doute pas, des Tsiganes. Que vendaient-ils? Voilà ce qu'on voudrait bien savoir et qu'on ne sait pas. Mais ce petit fait certain est un point de départ précieux et qui ouvre le champ à bien des conjectures que je n'aborde pas.» (Revue des questions scientifiques, Volumes 3 à 4, 1878 - books.google.fr, Paul Bataillard, De l'apparition et de la dispersion des Bohémiens en Europe, 1844 - books.google.fr).

 

En 1438, un «duc de la Petite-Égypte» se fit donner par la ville d'Arles une somme de dix florins pour l'aider à poursuivre son voyage avec sa troupe. Mais cela ne prouve pas que les Tsiganes allaient aux Notres-Dames-de-la-Mer ni qu'ils aient déjà vénéré la servante des saintes Maries, que plus tard ils annexeront comme leur compatriote et leur patronne. S'ils y venaient, leurs petits groupes ne forçaient pas l'attention. Et cependant, dès leur arrivée en Europe occidentale, les Tsiganes se posaient en pèlerins. Ce qui leur permettait de circuler à leur guise, d'obtenir aux étapes des facilités de stationnement, le ravitaillement et les subsides. En se mêlant aux dévots voyageurs, certains faisaient véritablement acte de religion ; d'autres, au milieu de foules rassemblées à l'occasion d'une grande fête religieuse, trouvaient des moyens de gagner leur vie. Du XVe au XVIIIe siècle, des Tsiganes déclaraient se rendre à bien des pèlerinages : Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle, le Mont-Saint-Michel, Maillezais en bas Poitou (le jour de Saint-Rigomer ou de «la Saint-Rigoumé»), Notre-Dame-des-Ardilliers à Saumur (où la guérison miraculeuse d'une petite Bohémienne fut rapportée), Sainte-Reine (à Alise-Sainte-Reine en Bourgogne), Notre-Dame d'Esclaux en Gascogne [Saint-Gratien-de-Tours, Saint-Nicolas-de-Port en Lorraine]. Des légendes de récente fabrication proposent à la présence tsigane en Camargue une ancienneté bien supérieure encore à celle de la découverte des reliques au temps du roi René, bien antérieure même à l'époque de l'arrivée des nomades d'origine indienne en Europe. Les saintes Maries, en débarquant dans le delta du Rhône, auraient été accueillies par une tribu tsigane, avec sa reine. Et la reine se serait convertie au christianisme, avec tous ses sujets. D'où seraient venus ces Tsiganes (qui auraient  précédé d'une quinzaine de siècles ceux dont nous connaissons l'histoire authentique) ? Tout simplement de l'Atlantide ! Le marquis de Baroncelli, félibre et grand seigneur de Camargue, se plaisait à conter une fable poétique. Il était un grand ami des Tsiganes et comptait aussi des amis parmi les Indiens des États-Unis dont un petit groupe, conduit par son chef, vint lui rendre visite. Lors de l'effondrement de l'Atlantide, les survivants du cataclysme se seraient dirigés dans leurs bateaux, les uns vers l'ouest, et seraient devenus les ancêtres des Peaux-Rouges, les autres vers l'est et, arrivés en Camargue, seraient devenus les ancêtres des Gitans. Récemment, un roman d'Henriette Dibon, Ratis, a amplifié et popularisé cette légende. En outre, pour corser le tout, se superposent à l'envi mythes antiques et mystères chrétiens. Au culte solaire égyptien du dieu Râ se superpose le sanctuaire de Sancta Maria de Ratis, et aux cérémonies taurines de la religion de Mithra celui de l'élevage des hardes de taureaux surveillées par les gardians de Camargue et les spectacles des arènes des Saintes-Maries (François de Vaux de Foletier, Les Bohémiens en France au 19e siècle, 1981 - books.google.fr).

 

Marginaux

 

L'abbé Baurein, dans ses Variétés bordeloises, n'est pas moins affirmatif que son confrère en ce qui concerne l'origine des Gahets; mais déjà de son temps (1786) ils avaient disparu de Bordeaux. Les lignes qu'il leur consacre au chapitre où il traite de « St-Nicholas des Gahets » ne sont dénuées ni d'intérêt ni d'importance. «Cette église, écrit-il, était dans le principe destinée pour des hommes qu'on prétendait être atteints de ladrerie. Ces gens étaient séparés de la conversation d'autre hommes et rassemblés dans un faubourg qui leur était affecté où ils formaient une espèce de communauté. On les appelait anciennement Mézeaux et leurs habitations Mézelleries, et c'est ce qui est justifié par les registres des comtes de Toulouse de l'an 1245 cités par Dom Vaissette dans son histoire de Languedoc. Ce genre d'hommes qui étaient assez communs dans les provinces méridionales de la France étaient appelés en gascon Cagots, Capots et Chrestiens et dans le pays bordelais Gaffels ou Gahets du verbe gasyon Gahar. On se rappelle d'avoir vu l'acte de fondation de leur hospice par le chapitre de St-André. Plusieurs seigneurs et autres fidèles touchés de la misère de leur état leur laissaient quelques legs-pies par testament. Mais il y a longtemps qu'il n'est plus question de gahets ni dans le faubourg qui en a retenu le nom ni dans le pays bordelais; la race en est éteinte et la maladie dont ils étaient ou dont on les croyait atteints y a entièrement disparu».

 

Le Languedoc a compté ces parias, non-seulement dans sa région pyrénéenne, mais jusque dans le Rouergue et dans le Quercy (Aveyron, Tarn-et-Garonne, Lot) dans le Lauraguais et l’Albigeois (Aude et Tarn). Nous en avons pour garants les rôles de contribution de Gaston Phoebus (en 1390) où ils figurent sous le nom de Chrestiaas, et des ordonnances des rois de France, comme celle-ci :

 

«Charles (VI) etc., aux séneschaulx de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire, Rouergue, Bigorre et Quercy et au gouverneur de Montpellier ; Nos bien-aimés les Capitoliers de Toulouse et les consuls, manants et habitants de plusieurs bonnes villes et lieux desdites sénéchaussées et duchié de Guyenne nous ont fait exposer que plusieurs personnes malades d'une maladie laquelle est une espèce de lèpre ou mesellerie et les entachiés d'icelle sont appelés en aucune contrée Capots et en autres contrées Cagots, et ont accoustumé de toute ancienneté et doivent porter certaine enseigne pour estre cognues des saines personnes, et aussi doivent demourer et vievre séparément des saines personnes; néantmoins, vont, viennent et répairent entre les saines personnes, sans porter aucune enseigne, et par ce défaut boivent et mangent bien souvent avec les sains, dont grant dommage et inconvénient s'en pourraient ensuir, si briesvement n'y était pourveu. Mandons et estroitement enjoignons que dorénavant lesdits Capots et Cassots ou malades de ladite maladie ne soyent si osés ni si hardis qu'ils aillent, viennent ni repairent aucunement entre les personnes saines sans porter la dicte enseigne d'ancienneté accoustumée, apparemment, et en manière que chascun la puisse voir. Donné à Paris, le septième jour de mars de l'an de grâce 1407.»

 

Le 10 juillet 1439, le Dauphin Louis, fils du roi Charles VII, se trouvant à Toulouse, donna diverses lettres et nomma des commissaires pour visiter plusieurs personnes, hommes, femmes, enfants, qui s'étaient répandus par la ville et sénéchaussée de Toulouse, et qui «étaient malades ou entichés d'une très horrible et griève maladie appelée la maladie de lèpre et capoterie», pour empêcher qu'ils ne se meslassent avec les habitants du pays et les tenir séparés. Cependant deux siècles environ après ces ordonnances, c'est-à-dire à la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, les Capots du Languedoc, comme ceux de Gascogne et ceux de Béarn, cessent d'être considérés comme ladres, du moins par les gens éclairés. Ceci résulte d'une enquête médicale faite par ordre du parlement de Toulouse, le 15 juin 1600 (Victor de Rochas, Les Parias de France et d'Espagne (Cagots et Bohémiens), 1876 - books.google.fr).

 

Beaucoup d'explications de ce terme – crestiaas – ont été proposées. Il semble qu'ils soient des descendants d'ariens comme les Wisigoths du Sud de la France et de l'Espagne.  [...] Certains auteurs ont dit que les Cagots descendaient des Albigeois. Au début du XVIe siècle, c'était une opinion répandue et il n'y a pas de raison pour que nous la disions complètement gratuite ou légendaire. Après la chute de Monségur, les survivants du «Camp dous Cremats» fugitifs et pourchassés  pour échapper à l'extermination, se réfugièrent dans les vallées des Pyrénées alors très désertes, très boisées, d'accès très difficile (Osmin Ricau, Histoire des Cagots (1969), 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

En 1514, les agots de Navarre, excédés par les mesures d'exclusion dont ils sont toujours victimes, adressent au nouveau pape Léon X une supplique, en se plaignant de leur condition. Cette supplique est signée non seulement par les agots du diocèse de Pampelune, mais aussi par ceux de Bayonne et une partie de ceux du diocèse de Dax, au nord des Pyrénées, par ceux des diocèses de Jaca et Huesca en Haut-Aragon (Gilbert Loubès, L'énigme des cagots, 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

La confusion entre les Cagots et les Bohémiens ou Gésitains est aussi assez ancienne. Des actes notariés, faits à Pardies en 1488 et en 1520, mentionnent un personnage appelé tantôt Cagot, tantôt Gésitain (Congrès scientifique de France, 39e session tenue a Pau le 31 mars 1873, 1873 - books.google.fr).

 

Acrostiche : LPAP ou à l'envers PAPL, "papel"

 

En espagnol (castillan) "papel" c'est le papier ou le rôle.

 

Maint papyrologue s'interroge sur l'origine du mot qui a fourni un nom à sa discipline. La question est en outre intéressante du fait que "papuros" a revêtu diverses formes dans les langues européennes pour désigner notre matière à écrire : Papier en français, allemand et néerlandais ; paper en anglais et papel en espagnol. Les dictionnaires étymologiques respectifs se contentent de renvoyer au mot grec ou s'avouent incapables d'expliquer sa structure : cf. A. Dauzat et W. Meyer-Lübke, J. Franck- N. van Wijk, W. W. Skeat. Dans les Mélanges Henri Grégoire, t. III, parus en 1951, j'ai examiné les quatre solutions qui avaient été proposées pour ce problème et je me suis rallié à celle de E. Mayser, qui fut avancée pour la première fois en 1842 par G. Seyffarth et nouvellement défendue par H. G. Christensen. Selon les deux premiers auteurs "papuros", comme ses derives "papurikos", "papurinos", "papureidès" désigne la plante. Le support d'écriture s'appelle "chartès" et c'est donc à tort que Christensen lui assigne aussi le nom de "papuros". Son opinion est fondée sur le prototype égyptien qui signifie «celui du roi», indiquant selon lui que la fabrication du papyrus dépendait d'un monopole royal et se rapportant par conséquent au produit des manufactures royales. Mais ceci simplifie trop les données du problème. Il existe, certes, à l'époque ptolémaïque, un monopole par lequel le souverain se réserve la vente du meilleur papyrus, appelé "chartès basilikos", le «papier royal». Puisque ce papyrus porte aussi l'épithète "ieratikos", il est possible qu'il continue, comme avant les Lagides, à être  fabriqué dans les temples et que le roi se le fait livrer à titre de contribution ou vendre sur réquisition. Il se peut d'autre part qu'il soit produit dans des manufactures contrôlées par l'État  Cependant il y a aussi un commerce privé qui peut fournir au roi du papier par vente libre ou par vente forcée à un prix imposé ou débattu. Ce commerce, qui a en outre pour objet les papiers autres que le «papier royal», était libre à  certains égards, mais limité, surveillé et taxé par le roi. Même si aucun document n'en apporte la preuve, il est permis de supposer, avec Claire  Préaux , que le souverain contrôlait de la même manière la culture de la plante ou qu'à tout le moins il la frappait de taxes. Cette intervention royale (Chronique d'Égypte: bulletin périodique de la Fondation égyptologique reine Élisabeth, Numéros 119 à 120, 1985 - books.google.fr).

 

Villandrando

 

Rodrigue de Villandrando (Rodrigo de Villandrando en espagnol, également écrit Villa-Andrando dans les textes anciens et dans sa signature), comte de Ribedieux et de Valladolid, seigneur d'Ussel, est un guerrier espagnol noble du Moyen Âge avec des origines françaises par sa grand-mère Thérèse de Villaines. Il fut un cruel chef de bande de mercenaires pendant la guerre de Cent Ans, célèbre tant en Espagne qu'en France où il commit de nombreuses exactions.

 

Le 24 mai 1433, il épouse en premières noces Marguerite de Bourbon, demi-sœur du duc Charles Ier de Bourbon et fille illégitime du duc Jean Ier de Bourbon. Il épouse en secondes noces Beatriz de Zuniga (ou Beatriz de Estuñiga5) dont il aura un fils, Pedro.

 

Grâce à sa grand-mère française, il aurait d’abord servi comme page puis dans une compagnie de Jean de Villiers de L'Isle-Adam pendant la guerre entre Armagnacs et Bourguignons et notamment le 29 mai 1418 lors de la prise de Paris (fr.wikipedia.org - Rodrigue de Villandrando).

 

Cf. quatrain VIII, 54.

 

Entre 1431 et 1437 en effet, les «écorcheurs» du Capitaine espagnol Villandrando, surnommé l'«Empereur des Pillards» au service de Charles III de Bourbon, ravagent le Livradois, la Montagne et la Limagne durant huit années. Le tableau qu'on peut alors brosser de la région est des plus sinistres : villages pillés et incendiés ; la plupart des monastères détruits ainsi que les églises ; paysans (et même bourgeois et nobles) , décimés par la faim , la maladie dépossédés tant par la guerre que par les exactions du duc de Berry. D'où, durant ces années de misère et de ruine, des émigrations en masse, surtout vers le Bourbonnais pour ce qui est de la Basse-Auvergne. Comment une industrie, même florissante et solidement implantée, aurait-elle pu résister à de  pareils assauts ? D'autant que pour toute l'Auvergne, la seconde moitié du XIVe siècle et la première moitié du XVe connaissent toute une série de calamités (pestes, «routiers», famines, etc...) qui entraînent un gros recul de la population (sans doute divisée en deux) et la ruine complète de l'économie. Les relèvements, commencés en 1450, se succèderont régulièrement à partir de 1470.

 

Pour ce qui est de la région d'Ambert proprement dite, on a pensé pendant longtemps que le premier acte écrit la concernant était un acte de vente de Guillaume Buisson de Meytz à un certain Mayet, imprimeur à Toulouse, en l'année 1493. Il a fallu la découverte d'un terrier de rente de la seigneurie d'Ambert, daté du 7 juin 1482, pour apprendre l'existence à cette époque de plusieurs moulins à papier dans la région, notamment au Cros de Dore, à Layre, à Lagat, à la Vernadelle et à Richard-de-Bas, document qui reculait de neuf années la date certaine de fabrication du papier en Livradois. Se référant aux filigranes relevés sur des pièces datées, Henri Alibaux et Alexandre Nicolaï donnent pour le moulin de la Terrasse au Petit-Vimal la date de 1416, pour celui des Crottes celle de 1437, pour celui des Begon de Laga, 1442. Un terrier de cens de Jacques d'Allégre, établi en 1462, signale de façon indubitable parmi les nombreux moulins fariniers et à foulons de la seigneurie d'Ambert, plusieurs moulins à papier dans les environs immédiats de la ville» (M. Boy. «Ambert et son passé», p. 110). Enfin, vers 1500, le Grand Terrier d'Ambert cite la plupart des hameaux papetiers et notamment «le molin de La Gas (f. 366), le rif de Noira (f. 183, 201), Richard (f. 187), Molin de Tranchecot (f. 65), le Molin de la Vernadelle (f. 187, 293)

 

La ville de Thiers quant à elle dut posséder ses premières papeteries au début du siècle (avant 1437). En effet, un titre de 1444 parle de Nicolas Bonney, papetier au terroir de Chante-Sarpt, autrement appelé des Planchers, dont la fabrique passera plus tard à des Malmenaide originaires d'Ambert. En 1570, les papetiers de cette industrieuse cité étaient organisés en jurande, et leurs premiers statuts soumis à la vérification du Conseil d'État qui les autorisa par un arrêt de 1584 à Saint-Maur-les-Fossés. Sauf une seule, située sur le territoire de Saint-Rémy, toutes les autres papeteries de Thiers étaient groupées dans les paroisses de cette ville (Jean-Louis Boithias, Corinne Mondin, Les moulins à papier et les anciens papetiers d'Auvergne, 1981 - books.google.fr).

 

Pendant une vingtaine d'années règne encore l'insécurité : menaces des Anglais, du comte d'Armagnac, des Grandes Compagnies. Elles se manifestent en 1421, en 1426, année où André de Ribes ravage le pays, en 1436, 1438, 1439. Rodrigue de Villandrando s'installe alors dans le Toulousain, à Cintegabelle puis à Baziège (Marie-Claude Marandet, Les campagnes du Lauragais à la fin du Moyen Âge: 1380 - début du XVIe siècle, 2014 - books.google.fr).

 

Charles VII fit son entrée à Toulouse le 25 mai 1439 et logea à la sénéchaussée. Les Etats qu'il réunit lui firent présent de 2.000 écus d'or. Il put traiter avec Rodrigue de Villandrando et avec Gui, bâtard de Bourbon, dont il acheta le départ, et il débloqua ainsi Toulouse. Rodrigue revint d'Espagne en 1443 ; le dauphin procéda à des opérations de police vigoureuses. Mais le mal fait par ces bandes était immense, partout apparaissaient la ruine et la désolation. En 1442, personne, à Montauban, ne voulut remplir les fonctions consulaires. Toulouse avait perdu la moitié de ses habitants. En 1434, Charles VII avait abaissé de 10.000 écus à 6.000 une amende encourue par la ville, «à cause des dommages soufferts par la guerre». En 1443 l'amende n'était pas encore payée  et le roi remit en entier aux Toulousains, en considération de leurs pertes et de l'incendie de février 1443. Ces faits peuvent faire juger le degré d'épuisement du pays (Henri Ramet, Histoire de Toulouse (Tome Ier : des origines au XVIe siècle), 2014 - books.google.fr).

 

Le Parlement de Toulouse, créé en 1420, supprimé, puis rétabli en 1443, s'imposa vite comme une des institutions les plus importantes de la ville. Son ressort était très vaste puisqu'il comprenait outre le Languedoc, le Rouergue, le Quercy et une partie de la Gascogne. Il s'agissait d'une cour judiciaire qui en principe n'était pas directement concernée par les problèmes municipaux. Très vite cependant les magistrats intervinrent, n'hésitant pas à casser l'élection des capitouls en 1462 et les conflits ressurgirent périodiquement (Yves bruand, Institutions, urbanisme et architecture, Toulouse: les délices de l'imitation, 1986 - books.google.fr).

 

Cf. le « grand bastard » du quatrain IX, 18 – La Roche du Maine, enfant illégitime et format de papier pour les imprimeurs (Christophe Plantin à Anvers).

 

Vengeance contre Toulouse

 

1442-1443. C'est surtout dans le Midi que cet hiver fut remarquable. "Les rivières du pays de Gascogne, du Languedoc et du Quercy gelèrent si fort que nul ne pouvait y aller ni à pied ni à cheval par suite des neiges qui étaient chutes sur la terre." Les chroniques de l'époque relatent qu'en cette année 1442 " la reine de France, Marie d'Anjou, épouse du roi Charles VII, étant en la ville de Carcassonne, y fut assiégée par les neiges hautes de plus de 6 pieds par les rues et fallut qu'elle s'y tint l'espace de trois mois, jusqu'à ce que M. le Dauphin, son fils, vint la quérir et la conduisit à Montauban où était le roi son père." De son côté, en effet, Charles VII avait été contraint à passer l'hiver à Montauban, depuis Noël 1442 jusqu'à la fin de février 1443, sans pouvoir, en raison des rigueurs de la saison, sortir de la ville (cassagnevillage.free.fr).

 

Le corondage avait le gros inconvénient de favoriser le déclanchement et la propagation des incendies. Le XVe siècle en connut de terribles : celui de février 1443 et surtout celui qui, commencé le 7 mai 1463, dura une douzaine de jours et détruisit, à en croire les sources du temps, 7.964 maisons de la place des Carmes au Bazacle. Il y en aura encore en 1478, en 1528 (80 maisons brûlées rue Saint-Rome), en 1539 (30 maisons détruites rue des Filatiers), en 1550 (200 maisons rues des Tourneurs et avoisinantes), enfin en 1562, incendie d'ailleurs volontaire, allumé par les catholiques pour chasser les huguenots de l'Hôtel de Ville, qui détruisit 200 à 300 maisons entre la place Saint-Georges et le Capitole. Pour prévenir ces catastrophes, les Capitouls prirent toute une série de mesures : interdiction des toits en auvent et des étages en encorbellement, et surtout interdiction pure et simple de l'emploi du corondage (Jean Coppolani, Toulouse: étude de géographie urbaine, 1954 - books.google.fr).

 

Vers le commencement de l'année 1443 (n. s.), Toulouse éprouva un horrible incendie. Le 27 Février, à l'entrée de la nuit, le feu prit à une Hôtelerie, nominée la Couronne. Elle étoit voisine de l'Eglise de Sainte Claire. Toutes les maisons des rues de la Dalbade & des Couteliers, furent réduites en cendres, de l'un & de l'autre côté, jusqu'à l'Eglise de la Daurade (Barnabé Farmain de Rosoi, Annales de la ville de Toulouse, Tome 2, 1772 - books.google.fr).

 

Le roi fait son entrée dans Toulouse en mars, il y reçoit l'hommage de Gaston pour ses comtés de Foix, de Bigorre, les vicomtés de Nébouzan,, Villemur et Lautrec ; et en repart le 8 avril (Claude Devic, Histoire générale de Languedoc avec notes et pièces justificatives, Tome 10, 1885 - books.google.fr).

 

Le grand incendie de 1463 a été vu comme une punition divine contre les pécheurs toulousains (Nicolas Bertrand, Guillaume de La Perrière, Les gestes des tholosains et daultres nations de lenuiron, Translates en francoy. Item Les ordonnances Royaulx du pays de languedoc semblablement en langaige francoys, 1555 - www.google.fr/books/edition).

 

Le juste Philippe Guerbaud

 

- Acte de foi, à Toulouse. Quatre condamnations à la prison perpétuelle, et deux au bûcher, en 1402

 

- Le roi Charles VI suspend le paiement des gages d'Hugues de Verdun, inquisiteur à Toulouse, à cause des friponneries de ce misérable, en L'inquisiteur de Carcassonne fait brûler plusieurs condamnés, en 1412

 

- Guerbaud, blasphémateur, est brûlé vif à Toulouse, en 1421

 

- L'inquisition de Toulouse veut empiéter sur la justice civile, en 1424

 

- Plusieurs actes de foi non sanglans, à Toulouse, de 1430 à 1432

 

- Charles VII accorde à l'inquisiteur de Toulouse le titre de conseiller du roi, en 1442

 

- Cet inquisiteur veut s'immiscer dans la nomination des conseillers au parlement, en 1443

 

- Actes de foi non sanglans, à Toulouse et à Carcassonne, de 1440 a 1470 (Etienne Leon de Lamothe-Langon, Histoire de l'Inquisition en France, Tome 3, 1829 - books.google.fr).

 

Un particulier, Philippe Guerbaud, proféra d'effroyables blasphèmes en présence du nommé Bardou, et dans l'enceinte intérieure de la basilique de Saint Saturnin. D'autres individus les ayant entendus tous les deux, les arrêtèrent sur l'heure. On leur fit le procès devant le parlement nouvellement rétabli: Guerbaud fut condamné à avoir la langue coupée et la tête tranchée, attendu qu'il était gentilhomme ; Bardou, qui n'avait pour tout crime que d'avoir écoulé ces blasphèmes en silence, et sans donner aucune marque d'improbation, 1421. fut renvoyé par devant l'inquisiteur de la foi, Hugues de Verdun. Ce dernier lui donna pour pénitence de jeûner au pain et à l'eau pendant deux mois, qu'il passerait en prison. L'arrêt concernant Guerbaud fut prononcé par Dominique de Florence (Flourens), en sa qualité de premier président, bien que ce prélat n'eût assisté ni au jugement ni à la sentence de mort intervenue. Dès que l'on eut connaissance de ce fait, les moines, ceux des ordres mineurs, et particulièrement les dominicains, à cause de la jalousie que l'inquisition portait à cette nouvelle Cour souveraine, déclarèrent que l'archevêque s'était rendu irrégulier, et qu'il avait perdu sa juridiction spirituelle, en vertu du fameux principe Ecclesia abhorret sanguine. On prêcha contre lui; on écrivit des libelles, qui furent répandus avec profusion (Etienne Leon Baron de Lamothe-Langon, Histoire de l'Inquisition en France, Tome 3, 1829 - books.google.fr).

 

Raimond Sebond et le quatrain précédent VIII, 39

 

La tradition manuscrite et imprimée n'a pas conservé moins de treize variantes du nom de Raimon Sebond, dont les plus fréquentes sont Sabundus, Sebond ou Sebon et Sabund. Le nom catalan, si l'on en croit le manuscrit de Toulouse, est Sibuida. L'homme est originaire de cette province, plus précisément, croit-on, de Gérona. De même lui prête-t-on la triple qualification de maître ès Arts, en Théologie et en Médecine. Il est avéré qu'il enseigna à l'université de Toulouse, où il occupe les fonctions annuelles de recteur en 1428 et 1435. Il rédige entre 1434 et 1436, année où il meurt le 29 avril, un ouvrage que la postérité a connu tantôt sous le titre de Liber creaturarum, tantôt sous celui de Theologia naturalis, avant qu'il ne soit établi que l'intitulé primitif était Scientia libri creaturarum seu naturae et de homine. Le livre semble avoir été achevé le 11 février 1436 (Claude Blum, Montaigne, Apologie de Raimond Sebond: de la Theologia à la Théologie : études, 1990 - books.google.fr).

 

Ces Orientaux basanés, et dont le christianisme paraissait récent, on les appelait parfois Sarrasins, plus souvent Egyptiens en France, Gitans en Espagne, Gypsies en Angleterre, ou bien encore Bohémiens, Bohêmes ou Boumians. Nous en avons de nombreux témoignages aussi bien dans l'art que dans la littérature. Poètes et prosateurs français de la Renaissance sont attirés par cette race étrange et y font maintes allusions : Ronsard, Clément Marot, le gascon Pierre de Garros, Rabelais, Montaigne (F. de Vaux de Foletier, Tsiganes, voleurs d'enfants ?, La Revue de Paris, Numéros 7 à 12, 1966 - books.google.fr).

 

Montaigne note dans ses Essais : "Et ces Égyptiennes contre-faictes, ramassées d'entre nous, vont, elles mesmes, laver les leurs, qui viennent de naistre, et prennent leur baing en la plus prochaine riviere. Outre tant de garces qui desrobent tous les jours leurs enfans tant lors de la génération que de la conception, cette belle et noble femme de Sabinus, un patricien romain, dans l'intérêt d'autrui, supporta seule et sans secours et sans cris ni gémissements l'enfantement de deux jumeaux. Un simple garçonnet de Lacédémone, qui avait dérobé un renard, car ils craignaient encore plus la honte de manquer leur larcin que nous ne craignons la peine de notre malice, et qui l'avait mis sous sa cape, endura qu'il lui eût rongé le ventre plutôt que de se découvrir" (François de Vaux de Foletier, Le monde des Tsiganes, 1983 - books.google.fr).

 

Cf. le renard du quatrain suivant VIII, 41.

 

Typologie

 

Le report de 2060 sur la date pivot 1443 donne 827, celle de 1438, 816.

 

Le mot papyrus n'a-t-il pas été appliqué en latin au papier, comme au vrai papyrus ? Les termes papier, paper, papel ne dérivent-ils pas directement de papyrus ? Nasiri Khosrau nous a appris que les bandelettes de lin arrachées aux momies servaient en 1200 à faire du papier d'emballage ; mais l'Égypte produisait de nombreux papiers de qualité bien supérieure : papier de chancellerie mesurant 0m,733 sur 1m,099 ; papier de format minime, 0m,061 sur 0m,091, appelé papier d'oiseau, sur lequel on écrivait les dépêches confiées aux pigeons voyageurs ; papier très mince comme l'un des échantillons de la collection du Grand-Duc Rénier, pesant 50 grammes au mètre carré (Augustin Blanchet, Essai sur l'histoire du papier et de sa fabrication, Tome 1, 1900 - books.google.fr).

 

On pense aux Gitans/Egyptiens.

 

La Mappae clavicula «Petite clef de la peinture», est une compilation de recettes artisanales concernant le travail des métaux, du verre, des mosaïques, et des teintures. Le texte, en latin médiéval, nous est parvenu par des manuscrits des IXe – XIIe siècles. Son noyau remonterait à des traductions en latin des papyrus gréco-égyptiens sur le savoir-faire des artisans et des alchimistes. Elle a été signalée une première fois en 821-822, huitièmeannée de l'empereur Louis le Débonnaire, fils de Chralemagne, dans un catalogue préparé à l’abbaye bénédictine de Reichenau en Allemagne (R. Halleux, 2002) où il était enregistré sous le nom de Mappae clavicula de efficio auro. Ce manuscrit est maintenant en grande partie perdu puisque ne subsiste qu'un fragment au Klosterneuburg en Autriche (datant donc du IXe siècle). Les deux versions principales sont celles du IXe siècle (Sélestat 17) et du XIIe siècle (Phillipps 3715) (fr.wikipedia.org - Mappae Clavicula).

 

L’Abbaye de Reichenau est un monastère d’Allemagne, dans le Land du Bade-Wurtemberg, se trouvant sur l’île homonyme, située sur l'Untersee, partie inférieure du lac de Constance (fr.wikipedia.org - Abbaye de Reichenau).

 

Une bande importante de nomades traversa rapidement la Hongrie, pénétra en Allemagne, et réussit à se faire remettre par l'empereur Sigismond, roi de Bohême et roi de Hongrie, des lettres de protection auprès des ducs et princes, des cités, des villes fortifiées, des évêques et prélats. Des chroniqueurs contemporains en font mention, sans en préciser la date. Un bon siècle plus tard, le géographe Münster vit à Heidelberg, aux mains d'un chef tsigane, à Lindau, sur la rive allemande du lac de Constance : peut-être en 1417, à l'époque du concile de Constance. Ces lettres furent d'une grande utilité aux Tsiganes, lorsque, au cours d'une marche rapide vers la fin de 1417, ils traversèrent l'Allemagne. D'abord du sud au nord. Ils s'arrêtèrent à Soest, en Westphalie, et à Lunebourg, puis l'Elbe, visitèrent Hambourg, et, en suivant les côtes de la Baltique, les villes libres de Lübeck, Wismar, Rostock, Stralsund et Greifswald. Environ trois cents personnes, hommes et femmes, sans compter les enfants, sous l'autorité d'un duc et d'un comte. Ils expliquaient déjà leur errance comme un pèlerinage de sept ans, imposé par les évêques en expiation d'une apostasie. Malgré la protection impériale, ils n'étaient pas toujours autorisés à entrer dans les villes, ou n'osaient s'y montrer. Une partie au moins de cette grande bande descendit vers le sud, se fit voir, dans les premiers mois de 1418 à Leipzig à Meissen, à Francfort-sur-le-Main, et en novembre à Augsbourg (François de Vaux de Foletier, Mille ans d'histoire des tsiganes, 1970 - books.google.fr).

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