Jean de Chalon-Arlay et Etienne de Vesc

Jean de Chalon-Arlay et Etienne de Vesc

 

VIII, 36

 

2056-2057

 

Sera commis conte oindre aduché

De Saulne & sainct Aulbin & bel l'oeure

Pauer de marbre de tours loings espluché

Non Bleteran resister & chef d'oeuure..

 

Entre Bourgogne et Franche-Comté

 

La Guide des Chemins d'Estienne trace la route de Dijon à Saint Claude, de Bourgogne en Franche-Comté, par :

 

- Rouvres-en-Plaine (C.-d'Or, arr. Dijon, c. Genlis).

- Saint-Jean-de-Losne (C.-d'Or, arr. Beaune, ch.-l. de c.) sur la Saône.

- Saint-Aubin-du-Jura (Jura, arr. Dôle, c. Chemin) à deux lieues de là, on franchit le Doubs.

- Bellevesvre (S.-et-L., arr. Louhans, c. Pierre) sur la Brenne.

- Bletterans (Jura, arr. Lons-le-Saunier, ch.-l. de c.).

- Lons-le-Saunier (Jura, ch.-l. de dép.).

- Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saunier, ch.-l. de c.) on franchit à mi-chemin le Dain, rivière, par un bac entre le Bourget et Briac. Ou bien on suit la route et on franchit le Dain, à une lieue et quart d'Orgelet, vers l'Est à Pont de Pile Ruiné et de là on descend.

- Moirans (Jura, arr. Saint-Claude, ch.-l. de c).

- Saint-Claude-sur-Bienne (Jura, ch.-l. d'arr.) (275) sur la Bienne (Jean Bonnerot, La Guide Des Chemins De France de Charles Estienne (1553), 1936 - books.google.fr).

 

Pour éviter les péages échelonnés de Dole à Pontarlier, des négociants ingénieux s'étaient, en effet, avisés d'aborder la montagne par Lons et la reculée de Conliège, puis de gagner par là Orgelet, Moirans et Saint-Claude. [...] C'est ce dernier itinéraire que suit, en 1598, le voyageur allemand Hentzner (Gauthier, 15, p. 47). Il passe par Louhans, Lons, Orgelet, Moirans et Saint-Claude. Turquet de Mayerne mentionne (21, p. 263), entre Saint-Jean-de-Losne et Genève, l'autre itinéraire : Saint-Aubin, Bellevesvre, Bletterans, Lons, Orgelet, etc. [...] Dès le début du XVe siècle, ce chemin neuf était en usage ; les Chalon, maîtres des péages, dénonçaient dans leurs chartes l'artifice des marchands. Au milieu du XVIe siècle, la voie continuait à être fréquentée ; la tête en était double partant soit de Saint-Jean-de-Losne par Bellevesvre, soit de Tournus par Louhans. Une fois à Saint-Claude, restait à traverser la plus haute chaîne du Jura . De la vallée basse de la Bienne, on devait se hisser à dos de mulet sur la pente des monts, traverser les plateaux de Septmoncel, redescendre au fond de la Valserine, suivre la Combe et l'Étroit de Mijoux, monter au Poyet où aboutissait également le sentier de Morbier. De là, par Saint-Cergues, on atteignait doucement la plaine vaudoise, et par Nyon le Léman. Saint-Claude, Saint-Oyand de Joux comme on disait encore, était la capitale de tout ce haut Jura. But d'un pèlerinage fréquenté, la petite ville voyait affluer les croyants de l'Europe entière, guettés sur le pas des portes par les hôteliers les guides, les marchands de souvenirs et de ces mille objets de buis ou de bois tourné qui, déjà  faisaient son renom (Lucien Febvre, Philippe II et la Franche-Comté: étude d'histoire politique, religieuse et sociale, 1912 - books.google.fr).

 

Bletterans

 

On ne sait absolument rien de l’origine ni des commencements de Bletterans, désigné dans les chartes sous les noms de Castrum Bliterium, Bliterum, Blecterens, Blettran, Blaterans ; les divers auteurs qui ont fait mention de cette ville ne sont pas même d’accord sur l’étymologie de son nom. Selon Bullet, Bletterans dériverait de Bleit ran, qui, en langue celtique, signifierait lieu partagé par une rivière. Gollut traduit ce mot par terrain à blé. Son territoire était sillonné de voies romaines, dont les traces sont encore reconnaissables sur plusieurs points. L’une communiquait de Lons-le-Saunier à Chalon-sur-Saône ; elle est désignée sur d’anciens plans sous le nom de Vie Renaud, Voie de Lyon, grand chemin de Lons-le-Saunier à l'Etalet ou grande Charrière. On trouva en 1843, à peu de distance de cette route, huit pièces de monnaies romaines en bronze, au type de l’empereur Philippe. Un rameau se détachait de ce chemin et se dirigeait sur Lovincum, Louhans. I1 s’appelle Chemin du Monceau. Ce chemin passait au pied d’une éminence nommée la Grande-butte-des-Bois. On ne saurait préciser quelle a été la destination primitive de cette colline. Elle est couverte de débris antiques. On y a trouvé des fers de chevaux fort petits, un anneau en or ayant pour chaton un onyx sur lequel était gravé un soldat romain, des médailles, une foule de tuileaux à rebords. Un village, bâti peu de distance, s’appelle Charnay, dénomination qui rappelle des souvenirs druidiques. D’autres branches communiquaient avec Arlay, Dole, Poligny et Verdun. M. D. Monnier a donné dans l’Annuaire du Jura de 1810, le dessin de deux buttes qui existaient dans l’ancien parc du château, qu’il considère comme des restes de tumuli. Ces tombeaux ouverts sous nos yeux, ne renfermaient aucun vestige d’ossements, ni d’armes, ni de vases. Les eaux ont pu, par leurs infiltrations, détruire tout ce qu’on y avait religieusement déposé. Malgré toutes ces découvertes, nous pensons que Bletterans doit son existence aux invasions des Bourguignons. Son nom figure pour la première fois dans une légende de la vie de saint Hugues, abbé de Cluny, de 1049 à 1109. «Ce pieux abbé traversant le bourg de Bletterans, Castrum Bliterium, dit l’auteur de cette légende, fut accablé d’injures par quelques hommes méchants. Dieu ne voulut point laisser un tel crime impuni. Un feu vengeur réduisit en un instant le bourg en cendres. Plusieurs habitants, sortis pour leurs affaires, rentraient dans leurs logis lorsque tout à coup deux soldats, morts depuis peu de temps, apparurent à leurs yeux et leur fermèrent le chemin : retournez-vous au plus vite, dirent ces spectres, Bletterans n’est plus. Terrifiés par cette nouvelle, ces malheureux ne tardèrent pas à reconnaître que le fait n’était que trop vrai.» (A. Rousset, Extrait du Dictionnaire des communes de la Franche-Comté, Tome I, 1854  - www.cegfc.net).

 

Tours

 

Jean de Chalon-Arlay Ier, fit fortifier le bourg de Bletterans ainsi qu’il l’avait promis (1285). Le plan de la nouvelle enceinte était un parallélogramme. Les murailles construites en briques, étaient hautes de 20 pieds et épaisses de 6. Elles étaient couronnées de créneaux et flanquées de distance en distance de tours à trois étages carrées ou cylindriques, couvertes en laves. Quelques tours portaient les noms des seigneurs auxquels elles étaient inféodées ; telles étaient la tour de Vauldrey, la tour de Reculot, la tour de Laubespin et la tour de Jousseaux. Il y avait encore la tour du loup, la tour des granges, la tour des chiens, la tour du curé, la tour du four banal et la tour des archives. La tour du loup surpassait les autres en élévation. C’est du haut de ce monument que la garnison de Bletterans donnait à la ville de Dole des signaux, comme Dole les lui donnait du haut de son clocher. Ces signaux consistaient en un feu que l’on allumait la nuit et en une épaisse fumée que l’on faisait paraître le jour. La tour des granges renfermait l’artillerie et les munitions de guerre ; celle des chiens, le magasin de farines ; celle des archives contenait les titres de la commune avant qu’ils ne fussent transférés dans un coffre scellé dans le mur à l’entrée du sanctuaire de l’église (A. Rousset, Extrait du Dictionnaire des communes de la Franche-Comté, Tome I, 1854  - www.cegfc.net).

 

Jean de Chalon-Arlay IV

 

Philiberte de Luxembourg, veuve en 1502 de Jean de Chalon-Arlay IV, avait obtenu le château de Bletterans pour son douaire ; elle en fit son séjour habituel. En 1516, elle chargea les familiers de dire une messe chaque dimanche dans sa chapelle, moyennant un somme de 100 sols qu’elle leur donna pour acheter un fonds. En 1521, effrayée des suites de la déclaration de guerre faite à la France par le Pape et l’empereur Charles-Quint, elle se fit amener des canons, de la poudre, du salpêtre et des flambeaux. Elle avait, en 1532, Pierre Baudin pour intendant. Claude Baudin, frère de ce dernier, s’introduisit nuitamment dans le château, insulta et frappa même quelques mortes-paies qui voulaient l'arrêter, et après ces excès se permit de pêcher dans les fossés. Poursuivi pour ce fait, il subit une très forte punition. Depuis la mort de l’illustre Philibert de Chalon, son fils chéri, tué au siège de Florence en 1530, Philiberte de Luxembourg cachait sa douleur au fond de son manoir, partageant son temps entre la prière et les œuvres de charité (A. Rousset, Extrait du Dictionnaire des communes de la Franche-Comté, Tome I, 1854  - www.cegfc.net).

 

Veuf en 1483, Jean de Chalon épouse en secondes noces Philiberte de Luxembourg (fille d'Antoine de Luxembourg, comte de Brienne, de Ligny et de Roucy). En 1477, à la suite de la mort de son puissant allié le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, son ennemi le roi Louis XI passe en position de force et confisque la totalité des biens de la maison de Chalon-Arlay, forçant le prince d'Orange à composer et à entrer au service du roi. Il reviendra cependant auprès de la duchesse Marie de Bourgogne pour défendre son projet de mariage avec l'Archiduc de Habsbourg et futur empereur germanique Maximilien d’Autriche. En 1477, Louis XI le fera bannir du royaume et pendre en effigie.

 

Neveu du duc François II de Bretagne, il est envoyé au duché de Bretagne par Maximilien en 1481. Il y participera à la conjuration manquée contre le trésorier général Landais le 7 avril 1484, à la suite de quoi, en rupture de ban comme les autres conjurés, il signera le traité de Montargis avec la régente de France Anne de Beaujeu. Cette nouvelle trahison lui vaudra la confiscation de ses biens en Bretagne, qui lui seront rendus après la deuxième conjuration contre Pierre Landais et son exécution, par un François II affaibli. Il prend alors la direction effective des affaires du duché avec le maréchal de Rieux et le comte de Comminges. La main de la princesse Anne étant alors le principal argument politique en Bretagne, chacun a son candidat. Orange milite logiquement pour une union avec Maximilien d'Autriche. (Son nom Orange est donné à l'un des gros canons de Rennes, 5899 livres). En détresse militaire et politique, François II lui offre, afin de garantir sa fidélité, les châtellenies de Lamballe, Moncontour, Rhuys et Lespine-Gaudin. À la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier le 28 juillet 1488, après avoir combattu avec acharnement, il tente de se faire passer pour mort mais est fait prisonnier avec le duc d'Orléans par les Français vainqueurs. Il restera en résidence surveillée à Riom jusqu'en février 1489. Il rentre à cette date à Rennes, envoyé par Charles VIII de France pour empêcher le mariage d'Anne avec Alain d'Albret et négocier avec elle de la situation des troupes françaises dans le duché.

 

À l'avènement de la duchesse Anne de Bretagne en 1488, il devient l'héritier présomptif de sa cousine, en concurrence avec le vicomte Jean II de Rohan, jusqu'à la naissance des dauphins Charles-Orland,

Charles, puis de Claude de France. Comme tel, il participe au conseil ducal et intervient dans les choix politiques et matrimoniaux de la duchesse. Elle le nomme capitaine de Rennes et lieutenant général. Principal ministre avec le chancelier Montauban et Dunois entre 1490 et 1491, il lui conseille le mariage avec le roi des Romains Maximilien d’Autriche. Piégé par le siège de Rennes par les troupes françaises, il négocie dès septembre 1491 une union avec le roi Charles VIII de France. Témoin de la duchesse Anne à son mariage le 6 décembre 1491, il renonce par ce contrat de mariage à ses droits sur la Bretagne pour la somme de 100000 livres et la lieutenance générale de Bretagne, qui lui sera confirmée par Anne, veuve en 1499 et qu'il conservera jusqu'à sa mort en 1502. Il négocie avec quelques autres les termes de troisième contrat de mariage de la reine Anne, cette fois avec Louis XII.

 

Jean IV de Chalon-Arlay décède le 8 avril 1502 à l'âge de 59 ans. Son fils Philibert de Châlon lui succède (fr.wikipedia.org - Jean IV de Chalon-Arlay).

 

"espluche"

 

Le mode de prononciation populaire qui consiste à retrancher la voyelle e au milieu des mots, a aussi influé sur l'orthographe du verbe éplucher (formé du préfixe es et de peluche. Le simple existe dans le provençal pelucar et dans l'italien piluccare). En effet, ce mot que l'on trouve sous la forme espelucher a perdu l'e muet médial qu'il possédait dans l'ancienne langue.

 

Selonc la lettre des escriz

Vus mustrerai d'une suriz

Ki par purchaz è par engin

Aveit manaige en un mulin.

Par essemple cunter vus vueil,

C'un jur s'asist desor le sueil,

Ses grenones (moustaches) apareilla

Et de ses piez s'espelucha (Marie de France, Poésies, fable 3. t. II, p. 68.)

 

La forme contracte et populaire esplucher se rencontre dès le XIVe siècle :

 

"Jasoit ce qu'ils sont aucunes femmes qui pardessus la raison et sens de leurs maris veulent gloser et esplucher, et encores pour faire les sages et les maistresses, font-elles plus devant les gens que autrement, qui est le pis." (Le Menagier de Paris, t. I, p. 131.)

 

«Esplucher chaque lettre d'une loy, litteras legis perscrutari» (Robert Estienne, Dic. franç.-latin, 1539).

 

«Tous ne peuvent esplucher du safran, il faut que les aulcuns espluchent des poys» (Palsgrave, l'Eclaircissement de la langue françoise, p. 657).

 

Quelques savants ont essayé, au XVIIe siècle, de restituer au mot éplucher son e médial. Ainsi, par exemple, le père Philippe Labbe dans ses Étymologies françaises (Paris, 1661, p. 382) écrit épelucher. Mais ces tentatives ont été sans succès et ce mot a conservé sa forme contracte et populaire. Il importe de remarquer que si, à l'égard des mots composés éplucher, éplucheur, épluchure, que nous écrivons sans e médial, la forme populaire a obtenu l'avantage sur la forme grammaticale, celle-ci s'est maintenue et a conservé cet e dans les mots simples peluche, pelucher, pelucheux. Telle est la cause des différences de formes qui existent entre ces mots appartenant à la même famille (Emile Agnel, De l'influence du langage populaire, 1870 - books.google.fr).

 

Etienne de Vesc

 

Espeluche, proche d'"espluche", est une commune du Dauphiné (Drôme) dont les seigneurs était de la famille De Vesc.

 

Toutes les branches de la famille de Vesc, dont le chef se qualifiait premier baron du Diois, descendaient d'Hugues ou Hugonin, chevalier, seigneur de Vesc, Béconne et Montjoux, qui l'an 1170 épousa Douceline Alleman, dame de la Bâtie-de-Blacons. Celle de Béconne avait pour auteur Pierre de Vesc, maitre d'hôtel du roi Charles VIII, gouverneur de Dun-le-Roi, puis de Crest le 10 avril 1485, grand maître des eaux et forêts de Dauphiné et capitaine de 500 hommes de pied. Celle de Comps, plus ancienne, remontait à Dalmas de Vesc, seigneur de Comps, Blacons et Dieulefit, fils puiné d'Hugonin et d’Aigline de Laire, dame de Bourdeaux, vivant en 1370. Quant à la branche d'Espeluche ou de Lalo, son auteur était Guillaume de Vesc, fils puiné d'Alméric III, seigneur de Montjoux, qui, ayant eu pour sa part la terre d'Espeluche, en rendit hommage à Giraud Adhémar, seigneur de Monteil, l'an 1352 (Etienne-Jean Bouchu, Le Dauphiné en 1698, suivant le mémoire de l'intendant Bouchu sur la généralité de Grenoble, 1874 - books.google.fr, André Lacroix, L'arrondissement de Montélimar: géographie, histoire & statistique, Tomes 3 à 4, 1873 - books.google.fr).

 

Le dauphin Louis, plus tard Louis XI, pendant le long séjour qu'il fit en Dauphiné, étant venu à Dieulefit, où il accorda aux habitants de nouveaux privilèges, s'attacha le jeune Etienne de Vesc, l'emmena avec lui dans la capitale, après la mort de Charles VII, son père, et le nomma ensuite valet de chambre du dauphin Charles. Ce qui semble prouver la noblesse d'Etienne de Vesc, c'est que, outre cette première charge, il fut revêtu de celle de sénéchal de Beaucaire et de Nîmes, pour laquelle il fallait être de race militaire et même chevalier. C'est sous ce titre de sénéchal de Beaucaire et de chambellan du roi qu'il prit la part la plus active au gouvernement du royaume, à la réunion de la Provence à la couronne et principalement à l'expédition d'Italie, dont il fut le premier instigateur avec le général des finances, Guillaume Briçonnet, tous deux poussés, du reste, par les mouvements et les intrigues des grands seigneurs d'Italie et du cardinal Julien de la Rovère, évêque de Carpentras, leur ami. En récompense de ses services, Charles VIII lui donna les duchés de Nola et d'Avelino, les comtés d'Ascoli et de Trilpada, au royaume de Naples.

 

Laissé au gouvernement de Gaëte par le roi, Etienne ne rentra en France qu'après la défaite des derniers défenseurs de cette éphémère conquête. Il se retira à Caromb, près de Carpentras, où il avait fait construire un magnifique château et une église dans laquelle il fit élever pour lui et pour sa femme un superbe tombeau en marbre blanc.

 

Outre les titres déjà cités, Etienne de Vesc fut encore premier président de la chambre des comptes, baron de Grimaud et de Châteaurenard en Provence, de Châteauneuf-de-Mazenc en Dauphiné, de Caromb et de Saint-Hippolyle au Comtat-Venaissin, et seigneur de Suzette et de Châteaunenf dans la principauté d'Orange. Il possédait, de plus, de grandes propriétés dans les environs de Paris. Etienne ne laissa qu'un seul fils, à qui il donna le nom de Charles, en souvenir de Charles VIII, son bienfaiteur (L. Robin, Etienne de Vesc, Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme, Volume 2, 1867 - books.google.fr).

 

Les origines d’Etienne sont mal connues car aucun document ne précise sa filiation, mais son testament, découvert aux Archives, semble confirmer qu’il est le fils de Pierre de Vesc, seigneur de Caderousse et de Dame Isnarde de Saint-Pol, et petit-fils de Jean de Vesc, seigneur de Comps et Dieulefit. Il est né vers  1445 et a deux sœurs, Philippe (une femme) et Miracle.

 

Agé de 35 ans environ, ayant suivi le dauphin depuis son plus jeune âge, ayant assuré sa garde et son éducation, lorsque celui-ci devient roi, sous le nom de Charles VIII, il est naturel qu'il fasse partie du conseil de régence et du Conseil étroit (jean.gallian.free.fr).

 

Cf. quatrain VIII, 23 - Les Etats généraux de 1484 - 2046-2047.

 

Le conseil de régence lui a donné comme mission de se rendre à Avignon où le cardinal légat Julien de Rovère, neveu du pape Sixte IV, conseiller d’Innocent VIII, et futur pape Jules II, cherche à consolider le pouvoir de l’Eglise dans le Comtat et utilise des armes plus temporelles que spirituelles pour parvenir à ses fins. Il s’agit de le ramener à la raison et de calmer ses ardeurs.

 

Il ne fait pas de doute qu’Etienne de Vesc a connu Jean II de Châlons, prince d’Orange, seigneur de Caromb, dans l’entourage du roi Charles VIII. Etienne a participé aux négociations pour le mariage du roi avec Anne de Bretagne, cousine du prince d’Orange. Peut-être se sont-ils connu à cette occasion. La proximité de leurs lieux d’origine - Orange pour l’un, les seigneuries du Bas Dauphiné pour l’autre - a sûrement été une autre bonne raison de faire connaissance, dans l’environnement lointain des rois de France.

 

Il traite avec Jean II de Châlons, conclut l’achat le 11 décembre 1484 moyennant la somme de 10.000 livres et devient donc seigneur de Caromb et de Saint-Hippolyte. L’acte est passé en l’étude de Jean Cujalon, notaire d’Orange. D’autres auteurs penchent pour une vente dès 1481. Hilaire Bonnaventure précise "que la baronnie de Caromb tenait du bâtard d’Orange", d'Etienne, fils bâtard de Jean II, dont nous avons déjà parlé. Pour Saint-Hippolyte, selon un répertoire conservé à la bibliothèque d'Aix, le château inhabité de cette localité a été vendu plus tard à Etienne de Vesc, le 17 octobre 1488, par nobles Jacques Candolle et Paulette Vincent.Caromb est en terres d'Eglise, mais devant un personnage d’État aussi important, une bulle du pape Innocent VIII accorde les droits régaliens au nouveau seigneur, en mai 1489, dans sa seigneurie de Caromb, c'est à dire qu'il l'investit des droits réguliers et du pouvoir d'y faire juger toutes les affaires par ses propres officiers. Il reçoit l'investiture de la seigneurie de Caromb le 25 mai 1488 et fait rendre hommage à la chambre apostolique l'année suivante. Cette même année, Jean II de Châlons, prince d’Orange lui donne en fief la seigneurie de Suzette en retour de services rendus à la bataille de Saint-Aubin du Cormier, et, en 1490, celle de Châteauneuf-Redortier (un hameau de Suzette). Pour ces fiefs, Etienne est vassal du prince d’Orange. Ainsi Etienne se constitue un domaine important autour de Caromb, en Comtat Venaissin et en principauté d’Orange.

 

Etienne de Vesc est atteint par le fléau épidémique en plein travail et est emporté par les fièvres à l’âge de cinquante-six ans. Il meurt le 6 octobre 1501 dans le palais du chambellan et ses obsèques ont lieu, en grande pompe, le 8 octobre vers la quinzième heure, à Naples, en l'église Santa-Maria-della-Nova. De style Renaissance, son tombeau est proche de celui des tombeaux des ducs de Bourgogne à Dijon et de celui du tombeau de Louis XI. Pourtant, H. Bonnaventure nous indique que ce tombeau est ramené sculpté de Naples. Les funérailles ont lieu dans notre église de Caromb, en grande pompe, après celles de Naples, mais cette fois en présence de la famille du défunt (jean.gallian.free.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2057 sur la date pivot 1501 donne 945.

 

En 942 apparut sur les bords de la Saône un étranger dont la race allait glorieusement s'implanter au sein du comté de Bourgogne. Il se nommait Albéric, et Narbonne était sa patrie. Fils puîné de famille, Albéric de Narbonne ne pouvait pas espérer une position brillante dans son pays : jeune encore, brave, aventureux, il résolut d'aller chercher fortune ailleurs. En 942 il arrivait à Mâcon; quelque temps après, il épousait la fille de Raculphe, comte de cette ville, et l'heureux Albéric devenait bientôt comte de Mâcon, par la mort de son beau-père. Une élévation si rapide était de nature à satisfaire l'âme la plus ambitieuse; Albéric ne s'en contenta point. Des rives de la Saône il s'avança vers les montagnes du Jura : par acquisitions, par échanges, peut-être par quelques usurpations, comme dit M. Édouard Clerc, il étendit ses domaines dans le Varasque et le Scodingue; il fit même tourner au profit de ses vues d'agrandissement personnel ce qui avait causé la ruine d'autrui. A cette époque, l'abbaye d’Agaune et ses dépendances, telles que Salins et les salines, se trouvaient réduites à l'état le plus déplorable : les terribles Hongrois avaient passé par là, et ils s'en étaient éloignés en y laissant le ravage et la flamme. Albéric de Narbonne vit dans ce désastre un coup de fortune : il s'offrit au roi Conrad comme l'homme qui pouvait relever les salines, demandant pour cela que l'abbaye d'Agaune et ses possessions lui fussent inféodées jusqu'après sa mort et celle de ses enfants; et le roi Conrad, moins séduit par les propositions d'Albéric que par l'espoir de s'attacher en lui un vassal déjà puissant, donna l'ordre à l'abbaye d'Agaune d'inféoder. L'acte fut passé l'an 943 : il confirmait au comte Albéric la possession de l'abbaye avec la plus grande partie de ses dépendances, moyennant un cens annuel de 41 sous et un autre cens de 15 sous par chaque église, c'est-à-dire pour moins de 100 sous par an! L'inféodation stipulait, il est vrai, que les terres concédées ne pourraient jamais être aliénées, et qu'elles rentreraient à l'abbaye après la mort d'Albéric et de ses deux fils; mais il arriva qu'une fois tombés aux mains d’Albéric, ces domaines ne sortirent plus de sa famille. Tout réussissait à l'heureux aventurier de Narbonne; on pouvait l'appeler l'enfant chéri de la fortune. Il n'était rien en 942 : moins de deux ans après, il était comte de Mâcon, baron du Scodingue et du Varasque, maître de vastes et riches possessions en deçà comme au delà du Jura; et son ambition, surexcitée par l'audacieuse confiance que donne la prospérité, l'eût poussé sans doute à désirer davantage, si la mort ne fût venue l'arrêter en 945. Mais il n'emportait pas sa fortune avec lui; elle allait au contraire grandir dans sa race. Albéric laissait deux fils, qui se partagèrent son héritage : l’un, Humbert, eut la moitié de Salins, c'est-à-dire la partie qu'on appela Bourg-Dessus ou Bourg-le-Sire, avec la grande saline, le château de Bracon, les seigneuries d'Ornans, de Vuillafans, et d'autres fiefs. Cet Humbert devint la tige des illustres sires de Salins, dont la maison a duré trois cents ans. Létalde, le fils aîné d'Albéric, eut, avec le comté de Mâcon, l'autre moitié de Salins, qu'on appela par opposition Bourg-Dessous ou Bourg-le-Comte, la petite saline, le château d'Ornans, et d'autres domaines. Il fut la tige des comtes héréditaires de Bourgogne. La famille d'Albéric allait ainsi prendre la première place dans l'histoire de la Franche-Comté (Eugène Rougebief, Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne: précédée d'une description de cette province, 1851 - books.google.fr).

 

Une branche du cycle d'Amaury de Narbonne a pour titre : Ci commence le département des enfants Aymery de Narbonne. Fidèles aux traditions de leur famille, les fils d'Aymeri vont chercher fortune, et Charlemagne, qui est doué d'une longévité sans bornes, voit arriver à la cour la troisième génération des enfants de Monglaive. Pendant ce temps, Thiébaut, roi des Arabes, assiège Narbonne. Il a demandé la main de la belle Orable, fille de Quarriau, seigneur d'Orange. Or elle aime Guillaume, second fils d’Aymery : néanmoins on la force à donner sa main à Thiébaut. A l'aide d'un philtre puissant, elle le change en bijoux et l'oblige à passer la première nuit des noces sous l'oreiller du lit nuptial. Le lendemain matin, Thiébaut reprend sa forme naturelle et part pour le siège de Narbonne, en emportant les illusions les plus trompeuses sur ses exploits amoureux. Charlemagne, Aymery et ses fils viennent délivrer la ville. Guillaume, armé chevalier par l'empereur, épouse Orable et devient seigneur d'Orange. C'est lui, que trouvères et troubadours ont chanté sous le nom de Guillaume au court nez, suivant les uns, au cornet, suivant les autres. L'illustre famille d'Orange, en se donnant pour chef ce Guillaume, contemporain de Charlemagne, comte de Toulouse et d'Orange, s'est de tout temps prononcé pour le second de ces surnoms en plaçant un cor dans ses armes. Les comtes de Bourgogne et de Vienne proclament: aussi comme père de Bueves ce même Guillaume. Ce roman, comme le précédent, se rattache donc aux prétentions généalogiques de la famille de Vienne (Les chansonniers de Champagne aux douzième et treizième siècles, Tome 9, 1850 - books.google.fr).

 

Chef d'oeuvre

 

René de Nassau, neveu de Philibert - fils de Jean IV de Chalon-Arlay et de Philiberte de Luxembourg -, par sa mère Claude de Châlon, femme de Henri de Nassau, succéda à son oncle dans la Principauté d’Orange et dans ses autres biens en vertu de son testament. Il étoit encore très jeune à la mort de Philibert : il fut attaché comme lui au parti de l'Empereur. Le Roi François Ier, pour le punir de sa félonie, fit réunir au Domaine de Provence la Principauté d’Orange par Arrêt du Parlement d'Aix, rendu le 30 Juin 1543. René mourut le 15 Juillet 1544, d’une blessure qu’il avoit reçue, trois jours auparavant (le P. Daniel dit la veille), au siége de S. Dizier. N’ayant point d’enfans d’ANNE, fille d’Antoine, Duc de Lorraine, qu’il avoit épousée en 1540, il institua son héritier, par son testament du 20 Juin 1544, Guillaume de Nassau, son cousin, sans égard pour la substitution faite en 1416 par Marie de Baux, et confirmée par Jean de Châlon, son époux. Le cœur de René fut transporté à Bar-le-Duc, dans l’Eglise de S. Maxe, où il est enfermé dans une boîte rouge en forme de cœur, qu’un squelette de marbre blanc tient de la main gauche. C’est un chef-d’œuvre de sculpture, fait par Ligier Richier (L'art de verifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monumens, depuis la naissance de notre-seigneur (etc.), Tome 2, 1784 - books.google.fr).

 

La succession de Philibert de Chalon donna lieu à de longs procès entre sa mère et René de Nassau.

 

En 1533, au cours d'un voyage en Franche-Comté, en France et en Espagne, commencé le 8 août et qui se termina le 9 janvier suivant, Henri et René vinrent visiter une partie des domaines dont celui-ci avait hérité. Leurs premières étapes au comté de Bourgogne furent Gray, Dole et Arbois. Le 2 septembre, ils arrivèrent à Nozeroy, «ou etoit madame la princesse, grand'mere de mondit seigneur le prince, devers laquelle ils alloient faire les devoirs que humbles fils doivent envers leur dame et mere.» Ils y furent reçus par 5 ou 600 de leurs sujets, habillés «quasi tout en blanc» et en drap de soie, armés d'arquebuses, les uns à cheval, sous la conduite de capitaines, avec des étendards aux armes de l'Empire, des princes ou de la ville ; par une députation d'habitants, par le chapitre et les Cordeliers, qui chantaient le Te Deum, pendant que l'artillerie du château tonnait et que les cloches des églises sonnaient à toute volée. Les clefs de la ville leur furent présentées et des compliments de bienvenue leur furent adressés par des jeunes filles. Leur séjour à Nozeroy, coupé par une excursion à leur château d'Arguel et à Besançon, dura six semaines, jusque vers le milieu d'octobre. Les discussions entre la princesse et Henri de Nassau durent être longues et vives, si on en juge par un passage de la relation du voyage. Le 9 «pour resoudre et donner l'ordre plus que necessaire, furent faittes remontrances a ladite dame princesse par un chevalier, bon personnage, des plus estimé en la profession qui soit es pays d'en bas...» ; le 13, moyennant «une grosse et enorme pension», elle renonçait aux droits d'usufruit qui lui avaient eté reconnus et à l'administration des biens de la maison de Chalon. Dans ses seigneuries de Vers et de Bletterans, à Lons-le-Saunier, René fut accueilli en souverain. Après les ovations dont il fut l'objet, ainsi que son père, ils descendirent devant l'église des Cordeliers, où ils allèrent prier sur la tombe de Philibert, et le lendemain, 22 octobre, avant la réunion des États, qu'ils avaient convoqués, ils assistèrent à «un très devot et somptueux service des trepassés pour le salut de l'ame dudit seigneur prince» (Ulysse Robert, Philibert de Châlon: Prince d'Orange vice-roi de Naples, Tome 1 : 18 mars 1502 - 3 août 1530, 1902 - books.google.fr).

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