André Thévet, le cardinal et l’Amérique

André Thévet, le cardinal et l’Amérique

Chillon et Ripaille

 

VIII, 19

 

2044

 

A soustenir la grande cappe troublée,

Pour l'éclaircir les rouges marcheront ;

De mort famille sera presque accablée,

Les rouges rouge le rouge assommeront.

 

"rouges" : peaux rouges

 

Au sujet de la nudité des Indiens du Brésil, André Thévet écrit :

 

Il eust fallu envoyer parmy ces Sauvages les Adamites, qui imitoient leur premier pere, allans nuds en Boesme, sortis toutefois de l'eschole de Wiclef, et Jean Hus, le seul ornement de l'antiquité des heretiques de nostre temps.

 

Les jésuites eux-mêmes y virent la marque de l'innocence, bien que, refusant d'admettre les Indiens nus dans leurs villages et leurs églises, ils aient réussi à les contraindre au vêtement est une parure, réservée aux cérémonies et autres rites sociaux. Cette conception strictement esthétique était pratiquement inintelligible pour les voyageurs (Jean-Claude Laborie, Frank Lestringant, Histoire d'André Thevet Angoumoisin, cosmographe du roy, de deux voyages par luy faits aux Indes australes, et occidentales, 2006 - books.google.fr).

 

Je sais bien que quelques h√©r√©tiques appel√©s Adamians, maintenant faussement cette nudit√©, et les sectateurs vivaient tout nus, ainsi que nos Am√©riques dont nous parlons, et assistaient aux synagogues pour prier √† leurs temples tout nus. Et par ce l'on peut conna√ģtre leur opinion √©videmment fausse ; car avant le p√©ch√© d'Adam et √ąve, l'√Čcriture sainte nous t√©moigne qu'ils √©taient nus, et apr√®s se couvraient de peaux, comme pourriez estimer de pr√©sent en Canada (Andr√© Thevet, Les singularit√©s de la France antarctique: le Br√©zil de cannibales au XVIe si√®cle, 1983 - books.google.fr).

 

Les Adamites ne partageaient nullement les principes des Ab√©liens; ils se proposaient √©galement l'exemple d'un patriarche, mais ce qu'ils voulaient imiter dans Adam, c'√©tait l'absence de costume dans lequel se trouvait le premier homme avant son p√©ch√©. Ils pr√©tendaient qu'√©tant rentr√©s dans l'√©tat d'iunocence, ils √©taient aussi simples et aussi pars que nos premiers parents dans le paradis terrestre. Il parait qu'ils commenc√®rent √† dogmatiser d√®s le troisi√®me si√®cle. Saint Epiphane, √©v√™que de Salamine, qui vivait au quatri√®me si√®cle, pous apprend qu'avant d'entrer dans leurs temples, ils quittaient tous leurs v√™tements, et allaient, comme l'enfant qui vient de na√ģtre; hommes et femmes, p√™le-m√™le, prendre leur place pour entendre la lecture ou le sermon. Au rapport de saint Augustin, ils abhorraient le mariage, parce qu'Adam n'avait connu √ąve qu'apr√®s son p√©ch√©, mais ils se permettaient l'usage des femmes en commun. Ils avaient, pour cet effet, un lieu particulier o√Ļ tous se rendaient √† certains jours. L√†, nus et en silence, ils attendaient que le chef de l'assembl√©e e√Ľt prononc√© ces paroles de la Gen√®se : ¬ę Croissez et multipliez, ¬Ľ et ils mettaient en pratique leur audacieuse doctrine, sans respect m√™me pour les liens du sang les plus sacr√©s. Ils chassaient d'ailleurs leur secte, tout comme Adam et √ąve furent expuls√©s de l'Eden, ceux qui auraient, en dehors de leurs assembl√©es, commis quelque action immorale, et ils pr√©tendaient donner √† leurs r√©unions un caract√®re sacr√© et religieux. Ces doctrines √©tranges flattaient les passions; aussi, malgr√© leur singularit√©, se sont-elles reproduites √† diverses reprises. Quelques sectes du moyen √Ęge pratiqu√®rent, dit-on, l'adamisme; on le reprocha aux Pauvres Fr√®res du quatorzi√®me si√®cle, aux Picards du quinzi√®me ; on donna ce nom √† des h√©r√©tiques √©tablis en Boh√®me du temps des Hussites, et on pr√©tend qu'il en subsiste encore dans quelques localit√©s recul√©es de cette province. On a dit aussi que les Adamites s'√©taient √©tablis en Angleterre √† l'√©poque de Cromwell, qu'ils ont compt√© des congr√©gations en Hollande, et, d'apr√®s les Nouvelles Annales des Voyages, t. XX, on en aurait, vers l'ann√©e 1822, d√©couvert dans le canton de Berne. Une belle gravure de Bernard Picard repr√©sente une assembl√©e d'Adamites, et fait partie d'un recueil intitul√© : C√©r√©monies et coutumes religieuses de tous les peuples, 11 vol. in-folio. (Amsterdam, 1723.) (Hippolyte Rodrigues, Curiosit√©s th√©ologiques, 1861 - books.google.fr).

 

Les Adamians ou Adamites étaient des hérétiques tchèques du début du XVe siècle. Ils niaient la présence réelle dans l'Eucharistie et, estimant être audessus du péché originel, ils pratiquaient le nudisme dans la liturgie. Entrés en conflit avec les Hussites, ils furent exterminés.

 

Vespucci, dans sa premi√®re lettre, d√©crivait les indig√®nes du Nouveau Monde comme des hommes de couleur rouge comme le poil du lion. Vespucci ajoutait que ¬ęs'ils allaient v√™tus, ils seraient [...] aussi blancs que nous¬Ľ (Voir Vespucci, Les quatre voyages - Quatuor Navigationes) (Franck Lestringant, Le Br√©sil d'Andr√© Th√©vet, 1997 - books.google.fr).

 

Cariath-Arb√•a ou ville des Quatre, fut le nom primitif d'Hebron, parce que, dit saint J√©r√īme, les quatre grands patriarches, Adam, Abraham, Isaac et Jacob l'habit√®rent et y furent ensevelis. Les gens du pays montrent encore le fameux Champ Damasc√®ne, dont la terre rouge est en grande v√©n√©ration chez les Orientaux, parce qu'ils croient que Dieu s'en servit pour cr√©er le corps d'Adam, nom qui signifie : rouge. Non loin de l√†, ils montrent aussi le lieu o√Ļ Adam et Eve, chass√©s de l'Eden, firent p√©nitence et termin√®rent leur p√®lerinage terrestre (Victor-Antoine Mourot, La Terre-Sainte et le p√®lerinage de p√©nitence en 1882, impressions et souvenirs, Tome 2, 1882 - books.google.fr).

 

D√®s l'√©poque o√Ļ Giordano Bruno est r√©fugi√© √† Londres, et o√Ļ le P. Acosta r√©side encore au P√©rou, il y a au moins un esprit fort qui, sous le couvert d'une fiction mythologique (un dialogue des dieux √† la mani√®re de Lucien), ironise sur la croyance que les hommes du Nouveau Monde sont issus d'Adam. C'est Giordano Bruno lui-m√™me qui, dans le Spaccio della Bestia trionfante imprim√© √† Londres en 1584 (chez J. Charlewood, avec la fausse indication ¬ęParigi¬Ľ) imagine Momus, l'amuseur des dieux, proposant d'envoyer Aquarius sur la terre pour enseigner aux hommes l'histoire du d√©luge universel, bien que les eaux, dit-il, n'aient pu couvrir les deux h√©misph√®res, ni peut-√™tre m√™me un seul¬† Se moquant de sp√©culations analogues √† celles du P. Acosta (lequel n'avait encore rien publi√©) l'ironiste ajoute : ¬ęOn enseignera aussi aux hommes que s'il existe des races d'hommes dans plusieurs continents, ce n'est pas de la m√™me mani√®re que tant d'autres esp√®ces d'animaux n√©es du sein maternel de la nature, mais par un pouvoir de franchir les d√©troits et en vertu de la navigation¬Ľ. On dira par exemple qu'ils se sont transport√©s en bateau avant que le premier bateau ne f√Ľt invent√©. Momus √©voque ces hommes du Nouveau Monde qui poss√®dent des annales remontant √† 10.000 ans et plus, et des ann√©es solaires compl√®tes (donc une chronologie remontant √† bien des mill√©naires en de√ß√† de la date assign√©e par les interpr√®tes de la Bible √† la cr√©ation du monde). Mais apr√®s tout, dit le satirique de l'Olympe, il y aurait aussi la solution de dire que ¬ęces habitants du Nouveau Monde ne sont pas des hommes, encore que, par les membres, la figure et le cerveau, ils leur ressemblent beaucoup, et qu'en bien des circonstances ils montrent plus de sagesse et moins d'ignorance dans leurs attitudes envers les dieux¬Ľ. M. Jean Jacquot, qui a √©tudi√© des √©chos de cette impi√©t√© d√©nonc√©s dans l'Angleterre √©lisab√©thaine, a fort bien montr√© son agressif contraste avec l'apolog√©tique chr√©tienne du temps, protestante aussi bien que catholique. L'ironie r√©volutionnaire de Giordano Bruno vise sans doute directement la V√©rit√© de la religion chr√©tienne de Philippe du Plessis Mornay, parue en 1581 ; le huguenot y expliquait laborieusement le peuplement de l'Am√©rique par des peuples qui avaient franchi les √©troits bras de mer s√©parant "l'Inde" et la Chine du nouveau Monde. Il trouvait risible, lui, qu'on p√Ľt consid√©rer que des hommes ¬ęsont n√©s dans un pays comme blettes et navets¬Ľ. Cette moquerie riposte par avance √† celle de Giordano Bruno, et si l'on veut, √† celle de Voltaire qui entama le premier des chapitres am√©ricains (ch. CXLVI) de son Essai sur les moeurs (1765 ) par un d√©veloppement c√©l√®bre sur la f√©condit√© et la vari√©t√© de la flore et de la faune des divers climats, entrant en mati√®re par cette formule agressive :

 

Si ce fut un effort de philosophie qui fit découvrir l'Amérique, ce n'en est pas un de demander tous les jours comment il se fait qu'on ait trouvé des hommes dans ce continent et qui les y a menés. Si on ne s'étonne pas qu'il y ait des mouches en Amérique, c'est une stupidité de s'étonner qu'il y ait des hommes.

 

Je ne sais sur quelle base l'Encyclop√©die de la Pl√©iade, Histoire de la Science, Paris 1957, p. 1.353, s'appuie pour attribuer √† Paracelse, d√®s 1520, l'id√©e d'une humanit√© non adamite √† laquelle appartiendraient les indiens d'Am√©rique. Dans ses √©crits de cette √©poque, que mon ami R. Klein a bien voulu consulter pour moi, on trouve bien un Liber de generatione hominis (S√§miliche Werke, √©d. Sudhoff, t. I, Munich - Berlin 1929, p. 257) o√Ļ il suppose ¬ęqu'il y a eu plus d'un p√®re dans la premi√®re cr√©ation des hommes (menschen)¬Ľ. Mais les exemples qu'il all√®gue pour illustrer cette id√©e, celui des cyclopes et celui des gnomes, n'orientent l'esprit que vers des lign√©es para-humaines, non vers les races d'hommes d'autres continents

 

On voit que, de Giordano Bruno à Voltaire, le parti des incrédules dressait contre la croyance orthodoxe une thèse radicalement différente qui dut se propager de façon surtout clandestine à cause de sa hardiesse hérétique (Marcel Bataillon, L'Unité du genre humain, du Père Acosta au Père Clavigero, Mélanges à la mémoire de Jean Sarrailh, Volume 1, 1966 - books.google.fr).

 

Pré-Adamites

 

Isaac La Peyr√®re (1596 - 1676), d'une famille protestante pyuis pass√© au cacatholicisme en 1656, connut la c√©l√©brit√© √† l'occasion du scandale caus√© par son ouvrage sur les Pr√©-Adamites (Prae-Adamitae, 1655) : il y est pr√©tendu en substance que, avant m√™me Adam et Eve, le monde √©tait habit√© par une humanit√© vivant √† l'√©tat de nature, priv√©e des lois divines et de la connaissance. La Bible s'ouvre sur la mission que confie Dieu aux juifs de construire Son monde sur la terre : ce n'est donc pas l'histoire de l'humanit√© tout enti√®re mais des seuls juifs. Adam n'est pas le premier homme mais le premier juif - et, comme le note Popkin, Eve se trouve corollairement √™tre ¬ęla premi√®re m√®re juive¬Ľ. Pour pouvoir soutenir de telles h√©r√©sies, La Peyr√®re s'√©tait lanc√© dans une longue et difficile entreprise de critique biblique ainsi que dans des √©tudes anthropologiques de vaste envergure qui en firent l'un des meilleurs sp√©cialistes de la culture eskimo et du Groenland. Il avait √©galement commenc√© √† appliquer des techniques d'ex√©g√®se biblique proches de celles que Spinoza devait plus tard fonder et d√©velopper : entre autres choses, La Peyr√®re soutenait que la Bible que nous connaissons n'en est qu'une version incorrecte et que le Pentateuque n'a pas √©t√© √©crit par Mo√Įse (une position que l'on retrouve chez Da Costa). Il n'√©tait pas rare, en ces temps complexes, en ce si√®cle de changement et de transition entre deux √®res culturelles, de rencontrer des hommes qui joignaient l'action √† l'imagination, l'attachement terrestre √† l'illusion, la th√©ologie messianique √† la science rationnelle. La Peyr√®re √©tait l'un d'eux : ses √©tudes anthropologiques et son ouvrage sur les Pr√©-Adamites ne se voulaient pas scientifiques mais th√©ologiques ; ils entraient en coh√©rence avec un livre ant√©rieur au contenu bizarre et portant un titre extraordinaire - Du Rappel des juifs, pr√©sentant le tableau grandiose d'une imminente r√©demption. L'histoire post-adamite y √©tait divis√©e en trois √®res : Dieu, tout d'abord, √©lut les juifs ; puis, sous J√©sus, il les r√©pudia et tourna son choix vers les chr√©tiens qui devinrent d√®s lors les porteurs de son message dans l'histoire ; quant √† la p√©riode finale, cette √®re messianique qui s'annon√ßait pour bient√īt, elle verrait Dieu rappeler les juifs vers la Terre Promise sous la conduite de J√©sus, le vrai Messie, et du roi de France, √† qui le livre √©tait d'ailleurs d√©di√©. Et, de J√©rusalem, ils gouverneraient tous les deux ensemble le monde d√©sormais r√©dim√©. Voil√† une mixture d'h√©t√©rodoxies juive et chr√©tienne, assaisonn√©e d'un soup√ßon tardif d'esprit des croisades, d'oecum√©nisme pr√©coce et de sionisme pr√©matur√©, le tout brass√© dans un liant de sauce marrane. Les juifs rappel√©s pour assumer cette r√©demption seront auparavant devenus chr√©tiens et auront reconnu l'incarnation et la divinit√© de J√©sus (dans quoi La Peyr√®re, √† la grande consternation des juifs et chr√©tiens ensemble, voit la seule diff√©rence essentielle entre le juda√Įsme et le christianisme). Mais La Peyr√®re reconnaissait √©galement l'existence d'une secte √©sot√©rique secr√®te dont les membres, connus de Dieu seul, ont re√ßu la gr√Ęce de porter l'esprit vrai du christianisme m√™me s'ils ne reconnaissent pas consciemment le principe de l'incarnation. Fid√®le √† son syst√®me, La Peyr√®re pr√™chait contre le retour des marranes au juda√Įsme, en m√™me temps qu'il exhortait les chr√©tiens √† renoncer √† leur antis√©mitisme et √† traiter les juifs avec tol√©rance et respect jusqu'au jour o√Ļ ils seraient tous r√©unis sous la banni√®re d'une chr√©tient√© nouvelle. Dans l'esprit de La Peyr√®re, et c'est l√† une chose remarquable, ces principes devaient servir √† l'action politique imm√©diate, et non √† visualiser un quelconque futur lointain (Yirmiyahu Yovel, Spinoza et autres h√©r√©tiques, traduit par Eric Beaumatin, Jacqueline Lagr√©e, 1991 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Isaac La Peyr√®re).

 

André Thevet

 

Andr√© Thevet ou Theuvet est un explorateur et √©crivain-g√©ographe fran√ßais, n√© en 1516 √† Angoul√™me et mort le 23 novembre 1590 √† Paris. Linn√© lui a d√©di√© le genre Thevetia de la famille des Apocynaceae. Cadet d'une famille de chirurgiens-barbiers, √† l‚Äô√Ęge de dix ans, il est plac√© contre son gr√© au couvent des Franciscains (ou Cordeliers) d'Angoul√™me. Peu port√© sur la religion, il pr√©f√®re d√©vorer les livres et voyager. Prot√©g√© par Fran√ßois Ier, ainsi que par les La Rochefoucauld et les Guise, il commen√ßa par voyager en Italie, charg√© de diverses missions par ses protecteurs. √Ä Plaisance, il se lie avec le cardinal Jean de Lorraine.

 

En 1549, gr√Ęce √† l'argent du Cardinal Jean de Lorraine, il embarque pour le Levant. Il visite la Cr√®te et les √ģles de la Mer √Čg√©e1. Il s√©journe pr√®s de deux ans √† Constantinople, peut-√™tre comme informateur pour la France. En 1552, il quitte Constantinople et part pour l'√Čgypte et le mont Sina√Į puis la Palestine et la Syrie.

 

De retour en France, il fait para√ģtre le r√©cit de ce voyage, en 1554, sous le titre de Cosmographie de Levant, r√©dig√© par un tiers, peut-√™tre Fran√ßois de Belleforest.

 

Il repart presque aussit√īt comme aum√īnier de l'exp√©dition du vice-amiral Villegagnon pour √©tablir une colonie fran√ßaise au Br√©sil destin√©e √† prot√©ger les marins normands qui venaient sur le littoral se procurer le bois rouge, pernambouc (pau brasil en portugais), dont est tir√© une teinture rouge. Andr√© Thevet s√©journe de la mi-novembre 1555 √† la fin janvier 1556, sur un √ģlot √† l'entr√©e de la baie de Rio de Janeiro, l√† o√Ļ se trouve la forteresse des Fran√ßais, le Fort Coligny. Il est le premier √† mentionner l‚Äôexistence de l'Ilha de Paquet√°. Malade, il devra cependant rentrer en France apr√®s seulement 10 semaines pass√©es sur place. √Ä son retour il publie, d√®s la fin 1557, sous forme d'un nouveau livre Les Singularitez de la France antarctique, le compte rendu des observations qu'il a pu faire des pays et peuples vus durant son voyage au Nouveau Monde. L'ultime version augment√©e de son voyage au Br√©sil s'intitule Histoire d'Andr√© Thevet Angoumoisin, cosmographe du Roy, de deux voyages faits par luy aux Indes Australes, et Occidentales (fr.wikipedia.org - Andr√© Thevet).

 

"troublee"

 

Jusqu'en janvier 1559, date de sa s√©cularisation, il est religieux de saint Frangois. C'est √† cet ordre mendiant que cet esprit avide de voir et savoir doit une attitude intellectuelle tourn√©e vers les aspects les plus divers de la vie concr√®te et aussi un solide d√©dain pour la poussi√©re des vieux livres. La protection de grandes familles nobiliaires li√©es √† la monarchie relaie bient√īt celle de l‚ÄôEglise et confirme le d√©but de notori√©t√© qui lui vient de ses longs voyages. Les La Rochefoucauld et les Guises, lors des guerres de Religion, se trouveront engag√©s dans les deux camps oppos√©s, mais en attendant, ils font b√©n√©ficier le cordelier gyrovague de leur soutien altern√©. C‚Äôest au cardinal de Lorraine, un Guise rencontr√© a Plaisance au printemps 1549, qu‚Äôil est redevable de son p√©riple oriental - iles grecques, Turquie, Egypte, Palestine et Syrie - accompli entre le 23 juin 1549 et la fin de l'ann√©e 1552. Mais la Cosmographie de Levant, publi√©e √† Lyon en 1554 et qui relate cet itin√©raire de Venise √† J√©rusalem, est d√©di√©e √† Fran√ßois de La Rochefoucauld, qui passera plus tard √† la R√©forme et sera tu√© lors de la Saint-Barth√©lemy. Une telle rencontre n‚Äôest pas fortuite : au point de convergence de deux syst√®mes d‚Äôalliances et, plus tard, de deux partis ennemis et de deux religions, le franciscain d‚ÄôAngoul√™me occupe d√©s le d√©part une position-cl√©, dont il a su tirer profit pour sa carri√®re future d‚Äôaum√īnier de Villegagnon dans la France Antarctique et de cosmographe a la cour des Valois. Il est par trop simple de d√©finir Thevet comme un ¬ęcatholique fervent¬Ľ, par opposition au calviniste militant qu‚Äôest Jean de L√©ry. Ce dernier, du reste, n‚Äôengagera la pol√©mique que bien plus tard, en 1578. Au milieu du si√®cle, les jeux sont loin d‚Äô√™tre faits, et Thevet h√©site encore, a ce moment de sa carri√®re, entre la stricte fid√©lit√© & son Eglise et l‚Äôattirance pour des ¬ęnouvellet√©s¬Ľ qui ne paraissent pas incompatibles avec une conception assez flottante de l‚Äôorthodoxie. Plusieurs de ses fr√©quentations sont √† tout le moins suspectes. Par exemple, il entretient un commerce √©pistolaire avec le r√©formateur Melanchthon, l‚Äôh√©ritier spirituel de Luther, et ce n‚Äôest peut-√™tre pas seulement pour conf√©rer avec lui de cosmographie et de botanique. Il le rangera du reste, au m√™me titre qu'Erasme, au nombre des Hommes illustres et qui consacrera dans sa prosopographie de 1584 un portrait des plus flatteurs. Avant son d√©part pour |‚ÄôOrient, Thevet a rencontr√© Cl√©ment Marot, le traducteur des Psaumes, dans son exil de Turin quelques mois avant sa mort (1544). En Espagne, passant par S√©ville, il aurait eu maille a partir avec l‚ÄôInquisition qui le destinait √† ¬ęla prison obscure¬Ľ. La raison de cette m√©saventure peut paraitre pu√©rile : le globe-trotter fourbu avait fait la grasse matin√©e le jour de la Saint Thomas, patron des incr√©dules, au lieu d‚Äôou√Įr la messe! L'anecdote trahit quelque d√©sinvolture a l‚Äô√©gard des choses de la religion et surtout elle r√©v√®le une certaine d√©fiance pour un dogmatisme pouss√© jusqu‚Äôa l‚Äôintol√©rance. Fait plus troublant et mieux av√©r√© : cet ami du math√©maticien Oronce Fin√© et du m√©decin Antoine Mizauld, eux-m√©mes proches de la R√©forme, aurait d√©clar√© en leur pr√©sence - sans doute au d√©but de l'ann√©e 1553 - la sup√©riorit√© des m√©rites du jeune Edouard VI, roi d‚ÄôAngleterre, sur les princes fran√ßais, coupables d‚Äôingratitude envers les ¬ębons esprits¬Ľ. Le roi enfant, auquel Thevet d√©diait une miraculeuse ¬ępierre de lune¬Ľ rapport√©e des contr√©es orientales, √©tait connu, depuis son accession au tr√īne en 1547 √† l‚Äô√Ęge de dix ans, comme le champion du protestantisme en Europe. Il est peu vraisemblable que Thevet, tout en manifestant ainsi bruyamment son d√©pit de courtisan √©conduit, n'ait pas nourri dans le m√™me temps quelque arri√®re-pens√©e politique ou, ce qui revient au m√™me, religieuse (Franck Lestringant, Le Br√©sil d'Andr√© Th√©vet, 1997 - books.google.fr).

 

"grande cappe"

 

Jean de Lorraine (n√© √† Bar-le-Duc le 9 avril 1498 et mort semble-t-il √† Nogent-sur-Vernisson, le 18 mai 1550) est un cardinal fran√ßais et l'un des favoris les plus intimes du roi Fran√ßois Ier. De 1536 √† 1540, lui et Anne de Montmorency furent les deux hommes les plus puissants du royaume. Il est connu sous le nom de cardinal de Lorraine. En novembre 1549, il est candidat √† l'√©lection du tr√īne de Saint-Pierre, mais √©choue de quatre voix face au futur Jules III (fr.wikipedia.org - Jean III de Lorraine).

 

Aussi sont-elles rouges encore cette soutane et cette cappa magna que le Pape Paul II réserve au XVe siècle aux seuls cardinaux pour les distinguer encore davantage. Rouges aussi cette barrette et cette calotte, qu'à la différence du chapeau remis presqu'obligatoirement par le pape lui-même, les cardinaux reçoivent de leurs rois ou des envoyés du souverain pontife, enfin cet anneau de rubis qui brille à leur main droite. Du reste, le rouge n'est-il pas la couleur du commandement ? (Louis Dollot, Les cardinaux-ministres sous la monarchie française, 1952 - books.google.fr).

 

Pietro Barbo (n√© le 23 f√©vrier 1417 √† Venise ‚Äď mort le 26 juillet 1471) √©tait un religieux italien du XVe si√®cle, neveu par sa m√®re d'Eug√®ne IV, qui fut abb√©, √©v√™que, cardinal, et fut √©lu pape le 30 ao√Ľt 1464, pour succ√©der √† Pie II. Il devint le 211e pape de l'√Čglise catholique et prit le nom de Paul II. C'est √† ce pape que les cardinaux doivent la couleur pourpre de leur v√™tement, jusque-l√† l'apanage du pontife romain. D'apr√®s une autre source, ce serait le pape Innocent IV, au concile Ňďcum√©nique de Lyon, en 1245, qui aurait d√©cr√©t√© que ses cardinaux, pour marquer leur disposition perp√©tuelle √† d√©fendre la foi catholique jusqu'√† verser leur sang pour elle (¬ęusque ad effusionem sanguinis¬Ľ), seraient habill√©s de pourpre (fr.wikipedia.org - Paul II).

 

"famille" : assassinat des Guise à Blois en 1588

 

Si l‚Äôon en croit une lettre adress√©e apr√®s 1585 √† Abraham Ortelius, le Grand Insulaire et Pilotage de Thevet aurait d√Ľ compter parmi les monuments cartographiques les plus consid√©rables de la fin du XVIe si√®cle. I] devait comprendre quelque 350 cartes des iles du monde entier. Dans I‚Äô Histoire d'Andr√© Thevet, de deux voyages par luy faits aux Indes Australes et Occidentales, de r√©daction ant√©rieure √† cette lettre, Thevet, dans l‚Äôeuphorie des commencements, n‚Äôh√©site pas √† parler de ¬ęcing cens Isles par moy recouvertes en divers endroits des quatre [sic] parties de l'univers¬Ľ. Or le manuscrit qui nous est parvenu, aujourd‚Äôhui conserv√© √† la Biblioth√®que nationale de France, ne comporte que 263 t√©tes de chapitre, ce qui am√®ne 4 conclure a un √©tat tr√®s inachev√© de l‚ÄôŇďuvre. Pour ces 263 chapitres, seules 131 cartes grav√©es ont √©t√© retrouv√©es a ce jour, dont 84 contre-coll√©es dans les deux volumes du manuscrit [III 45 et 46]. [...]

 

Plusieurs raisons expliquent l‚Äô√©chec de ce qui fut sans doute l‚Äôentreprise la plus ambiticuse du cosmographe de Henri III. En premier lieu, la conjoncture politique √©tait d√©favorable. En mai 1588, le roi √©tait chass√© de Paris √† la suite de la journ√©e des Barricades. Henri de Guise, chef de la Ligue, prenait le pouvoir. Depuis longtemps, Andr√© Thevet s‚Äô√©tait ralli√© √† sa personne et √† son parti. En cons√©quence, au lieu de suivre Henri III √† Tours, il resta dans la capitale. Apr√®s l'assassinat du duc de Guise l‚Äôavant-veille de No√©l 1588, Thevet recevra encore des b√©n√©fices de son fr√®re le duc de Mayenne. Mais la protection du vainqueur du jour ne suffisait pas √† garantir l‚Äôaboutissement d‚Äôune entreprise √©ditoriale de cette envergure. Certains libraires avaient accompagn√©e le roi a Tours. Ceux qui restaient avaient leurs presses mobilis√©es par la propagande courante et l'apolog√©tique religieuse. De toute √©vidence, il √©tait exclu qu‚Äôun ouvrage scientifique de la taille de l'Insulaire par √™tre mis en chantier. De plus Thevet, d√©ja ¬ęfort viel¬Ľ, √©tait p√©riodiquement malade, incapable de surcroit de travailler seul, sans l'aide de ¬ęn√®gres¬Ľ qu‚Äôil r√©mun√©rait tant bien que mal et que la crise de 1588 dut disperser. [...]

 

De 1588 date la mise au propre partielle qui nous est parvenue sous le titre de Description de plusieurs Isles et dont les 51 chapitres ont trait aux √ģles des mers du Nord, de la Manche et de |‚ÄôAtlantique. Dans le riche corpus de manuscrits que Thevet nous a laiss√©, aucune indication de date n‚Äôest post√©rieure √† 1588. Cette ann√©e-l√†, Thevet se dit √Ęg√© de ¬ęsoixante et douze ans¬Ľ. Ii mourra quatre ans plus tard, le 23 novembre 1592, alors que Henri IV s‚Äôappr√™te a abjurer et a rentrer dans sa capitale (Frank Lestringant, Sous la le√ßon des vents: le monde d'Andr√© Thevet, cosmographe de la Renaissance, 2003 - books.google.fr).

 

"rouge assommeront"

 

L'intol√©rance de l'√Čglise anglicane donna lieu √† l'√©migration d'un grand nombre de non-conformistes dans l'Am√©rique septentrionale. Arriv√©s en terre de libert√©, les proscrits n'en conserv√®rent pas moins le fanatisme de la m√®re-patrie. Voici quelques-unes des lois qu'ils √©tablirent dans le Connecticut: ¬ęNul ne pourra tenir aucun office, s'il n'est orthodoxe dans sa foi et fid√®le √† cet √©tat; quiconque donnera sa voix √† une telle personne paiera une amende d'une livre. A la seconde fois, il perdra sa qualit√© de citoyen. Aucun quaker, aucun homme s√©par√© du culte √©tabli... ne pourra voter pour l'√©lection des magistrats ou des officiers quelconques. Ni nourriture ni logement ne seront donn√©s √† un adamite, √† un quaker ou √† quelque autre h√©r√©tique. Si quelqu'un se fait quaker, il sera banni; et, s'il revient, il sera puni de mort.¬Ľ C'est ainsi qu'on agit d'abord dans cette Am√©rique, le premier pays cependant o√Ļ la libert√© religieuse fut depuis mise en pratique, celui o√Ļ celle libert√© est maintenant le mieux reconnue (Emmanuel Orentin Douen, De la v√©rit√© chr√©tienne et de la libert√© en mati√®re de foi. Deux √©tudes, 1857 - books.google.fr).

 

Enfin libres, les anciens "hérétiques" purent s'adonner au massacre du "rouge" (du peau-rouge).

 

Le z√®le immod√©r√© de la religion, co√Ľta presque autant de sang & de larmes aux Indiens que les cha√ģnes du despotisme & la tyrannie des loix. On √©value √† douze millions d'hommes le nombre des Indiens massacr√©s dans le vaste continent du Nouveau Monde. Cette proscription, dit M. de Voltaire, est √† l'√©gard de toutes les autres ce que feroit l'incendie de la moiti√© de la terre √† ce lui de quelques villages (Joseph Mandrillon, Recherches philosophiques sur la d√©couverte de l'Am√©rique, 1784 - books.google.fr).

 

La race europ√©enne avait alors remplac√© la population indig√®ne, d√©truite ou mise en fuite par les effroyables exc√®s des premiers conqu√©rants. Les Indiens, massacr√©s ou condamn√©s √† des travaux au-dessus de leurs forces, avaient disparu avec une rapidit√© incroyable. Hispaniola avait, en vingt ans, va sa population tomber d'un million d'individus √† dix mille environ; en vain, plusieurs voix √©loquentes, et surtout celle du c√©l√®bre Barth√©lemy de Las Casas, s'√©lev√®rent en faveur des malheureux indig√®nes. ¬ę Il y avait, dit-il, un officier du roi qui re√ßut trois cents Indiens ; au bout de trois mois, il lui en restait trente. On lui en rendit trois cents; il les fit p√©rir. On lui en donna encore, jusqu'√† ce qu'il mour√Ľt, et que le diable l'emport√Ęt. ¬Ľ (Las Casas, cit√© par M. Michelet.) Les efforts du dominicain apport√®rent peu d'adoucissement au sort des Am√©ricains, et, chose √©trange, ils amen√®rent l'atroce institution de la traite des n√®gres, Las Casas, dans son z√®le aveugle, avait propos√© de les substituer aux indig√®nes de l'Am√©rique, comme plus capables de r√©sister √† de rudes travaux. Depuis cette √©poque, les vaisseaux europ√©ens all√®rent acheter aux tribus africaines des prisonniers, des esclaves, des enfants, pour les vendre aux conqu√©rants des riches contr√©es de l'Am√©rique (Cours complet d'histoire et de g√©ographie d'apr√®s les nouveaux programmes arret√©s les 24 et 25 mars 1865 en conformit√© du d√©cret, 1870 - books.google.fr).

 

Acrostiche : APDL

 

‚Äúapadelon‚ÄĚ : ferula ou asphodelus (Studies in Philology, Volume 44, 1947 - books.google.fr).

 

En rapport avec le quatrain pr√©c√©dent VIII, 18, parlons de lis-asphod√®le (Joseph Pitton de Tournefort, √Čl√©mens de botanique, [par Pitton de Tournefort], Tome 2, 1694 - books.google.fr).

 

La premi√®re mention d‚Äôh√©m√©rocalle a √©t√© faite vers 656 apr√®s J.C., dans un livre chinois ¬ęMateria Medica¬Ľ et en 1554, en Europe, dans ¬ęCruydeboeck¬Ľ du botaniste flamand Dodoens sous le nom de ¬ęlilium jaune¬Ľ avec la mention du nom possible d‚ÄôHemerocallis ; puis en 1570 et 1576 par Pena et De Lobel. En 1753, Linn√© publie ¬ęSpecies plantarum¬Ľ dans lequel il cite sous le nom d‚Äôhemerocallis, Lilio asphodelus flavus (Hemerocallis flava maintenant connue comme Hemerocallis lilioasphodelus), Lilio asphodelus fulvus (Hemerocallis fulva) et Lilastrum (qui n‚Äôest pas une h√©m√©rocalle mais Paradisea liliastrum). Dans l‚Äô√©dition suivante, en 1762, il change les noms qui deviennent Hemerocallis flava et Hemerocallis fulva (www.iris-bulbeuses.org).

 

Les hémérocalles sont de populaires plantes de jardins au Québec. Il en existe plusieurs cultivars qui ont tous la même origine : l'hémérocalle fauve. Originaire d'Asie, il a été importé en Amérique au XVIe siècle. Depuis, il s'est échappé des jardins et s'est largement répandu, c’est pourquoi on le considère comme naturalisé. On le retrouve maintenant dans nos champs et nos fossés. La fleur d'hémérocalle ne dure qu'une journée c'est pourquoi on l'appelle souvent lys d'un jour (www.fleursduquebec.com).

 

Nous citerons encore de Thevet plusieurs cartes dont la plus curieuse est l'Univers réduit en fleur de lys, 1583  (Revue de geographie, Volume 3, 1878 - www.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2044 sur la fourchette pivot 1516 - 1592 donne 988 - 1140.

 

Mr. Liliestrale prétend que déjà en 1001 les deux Suédois Biæern Herjulffon & Leif Erichson firent le voyage d'Amérique qu'ils nommèrent Winland, & s'établirent dans la partie méridionale (Almanach de Gotha, 1782 - books.google.fr).

 

L'histoire du Groenland est remarquable. Les premiers Norwegiens qui y abord√®rent, virent d'abord des sauvages qui vraisemblablement y avoient pass√© de l'Am√©rique: mais √† l'√©gard desquels nous n'avons presque aucune connoissance. Le premier qui donna occasion √† la d√©couverte de ce pays, fut un nomin√© Gunbi√∂rn, qui, apr√®s celle de l'Island, navigua plus avant, et rencontra une Isle, qu'il appella Gunbiarnarsker du rocher de Gunbi√∂rn. Il vit aussi, vers le septentrion, une terre plus √©loign√©e, mais √† laquelle il n'arriva point. Cette d√©couverte ayant √©t√© connue, Eric surnomm√© la t√™te rouge, fils de Torwald, qui avoit √©t√© oblig√© de fuir de la Norw√®ge et de se retirer en Island pour meurtre commis, con√ßut le dessein de marcher sur les traces de Gunbj√∂rn, et de trouver le pays que celui-ci n'avoit qu'entrevu. Il √©toit d'autant plus dispos√© √† entreprendre ce voyage que des querelles qu'il avoit eues en Islande, lui avoient attir√© un bannissement de trois ans. Il sortit en 981 ou 982 du port de Sn√§felsnes, situ√© √† la c√īte occidentale de l'Island, et en navigant tout droit il arriva √† une montagne du Groenland, appell√©e aujourd'hui Blaserk. De l√† il tira vers le sud, et passa le premier hiver dans une Isle, √† laquelle il donna son nom. Il nomma l'ann√©e suivante plusieurs autres endroits, et retourna en Island durant le troisi√®me √©t√© de son voyage. L'ann√©e d'apr√®s il fit un second voyage dans cette contr√©e; l'appella Groenland, c'est-√†-dire, Pays verd, √† cause des beaux p√Ęturages et des arbres verds qui s'offrirent √† sa vue; √©tablit au bord du Golfe d'Eriksfiord le village de Brattalid; y fixa sa demeure, et persuada peu √† peu beaucoup d‚ÄôIslandois √† suivre son exemple. Leif, fils d'Eric, partit pour la Norwege, quatorze ou quinze ans apr√®s que son p√®re se fut √©tabli en Groenland, et fit part au Roi Oluf Truggefen des d√©couvertes d'Eric. Le Roi ayant fait instruire et batiser Leif, le renvoya en Groenland avec quelques eccl√©siastiques; il y aborda en l'ann√©e 1000, et convertit son p√®re √† la religion chr√©tienne; ce qui d√©termina tous les autres Groenlandois √† en faire de m√™me (Anton Friedrich Buesching, Geographie universelle, Tome 11, 1768 - books.google.fr).

 

Autrement

 

Félix V

 

En 1416, √† Lausanne, le comte Am√©d√©e fut √©lev√© par l'empereur Sigismond √† la dignit√© ducale. Mais, accabl√© par de nombreux deuils, le duc de Savoie d√©cida de se retirer dans son ch√Ęteau de Ripaille, o√Ļ il fonda l'Ordre des chevaliers de Saint-Maurice. De sa retraite, il continuait √† suivre les affaires de son Etat lorsqu'il re√ßut l'appel d'un concile, r√©uni √† Bale en pleine crise de l'Eglise. Ce concile l'√©lut pape ; Am√©d√©e VIII prit le nom de F√©lix V. Mais, consid√©r√© comme un antipape en dehors de ses propres Etats et des Cantons suisses, il abdiqua en 1449. Les armes de Savoie, surmont√©es de la tiare pontificale et des cl√©s de saint Pierre, figurent sur cette catelle d'un po√™le de l'ancien ch√Ęteau de Mont-le-Vieux (Mus√©e de Nyon) (Encyclop√©die illustr√©e du pays de Vaud: L'Histoire vaudoise, 1973 - www.google.fr/books/edition).

 

Sous le nom de F√©lix V, Am√©d√©e VIII de Savoie fut antipape au temps du concile de B√Ęle. Sa mitre est expos√©e dans le tr√©sor de l'Abbaye de Saint-Maurice d‚ÄôAgaune. L'√©lection de F√©lix V r√©sulte d'une lutte d‚Äôinfluence entre le pape Eug√®ne IV et les membres du concile de B√Ęle. Apr√®s une s√©rie de conflits, Eug√®ne IV d√©cide de transf√©rer le concile de B√Ęle √† Ferrare en 1438. Seule une minorit√© accepte d‚Äôabord cette d√©cision et le concile d√©cide de continuer √† si√©ger √† B√Ęle. Le 30 octobre 1439, s‚Äôappuyant de sur le d√©cret Haec sancta du concile de Constance, le "concile" rest√© √† B√Ęle pr√©tend d√©poser Eug√®ne IV et √©lit √† sa place Am√©d√©e VIII de Savoie, alors √Ęg√© de 56 ans, sous le nom de F√©lix V. L'antipape F√©lix V est intronis√© le 23 juillet 1440 dans la cath√©drale de Lausanne. Il prend comme secr√©taire Enea Silvio Piccolomini, futur pape Pie II, et qui prit rapidement ses distances avec B√Ęle. F√©lix V se soumet en 1449 au successeur d‚ÄôEug√®ne IV, le pape Nicolas V. Son renoncement √† la tiare est n√©goci√© √† Lyon, par les ambassadeurs du roi de France Charles VII, du duc de Savoie Louis Ier, de Ren√© d'Anjou, roi titulaire de Sicile, du roi d'Angleterre Henri VI, de l'archev√™que de Tr√™ves Jacques de Sierck, de l'archev√™que de Cologne Dietrich II von Moers (de) et de l'√©lecteur de Saxe Fr√©d√©ric II.

 

Félix V met quatre conditions à son abdication :

 

Qu'elle doit avoir lieu dans le cadre d'un concile qu'il convoque. Qu'il puisse rétablir dans leur dignité, par une bulle, tous les ecclésiastiques qui avaient été punis par Eugène IV et Nicolas V parce qu'ils l'avaient soutenu. Qu'il puisse lever, par une bulle, les excommunications qu'il avait fulminées contre des personnes ou des lieux parce qu'elles avaient soutenu Eugène IV et Nicolas V. Qu'il puisse confirmer, par une bulle, tout ce qu'il avait décrété pendant la durée de son pontificat discuté.

 

Apr√®s que ces conditions aient √©t√© accept√©es et que Nicolas V et le dauphin de Viennois Louis II se soient port√©s garants de leur ex√©cution, F√©lix V transf√®re √† Lausanne, le 5 avril 1449, le Concile de B√Ęle o√Ļ il publie les bulles auxquelles il s'√©tait engag√©. Il renonce √† la tiare le 7 avril 1449. Les p√®res du concile y √©lisent pape Nicolas V, le 19 avril 1449. Il est le dernier antipape officiellement reconnu comme tel par l‚Äô√Čglise catholique (fr.wikipedia.org - Am√©d√©e VIII).

 

Le pape Nicolas V, successeur d'Eug√®ne IV, ayant accept√© ses conditions, il d√©posa la tiare √† Lausanne, o√Ļ il venait de transf√©rer le concile de B√Ęle. En √©change de son abdication, qui eut lieu le 15 avril 1449, on lui accorda une position exceptionnelle. Cr√©√© cardinal et √©v√®que de Sabine, il conserva sous le titre de l√©gat et vicaire perp√©tuel du saint-si√©ge la majeure partie de son autorit√© pontificale dans les √©tats de Savoie, la Suisse et le Lyonnais et fut reconnu pour le second personnage de l'√©glise. Il fut aussi confirm√© dans la dignit√© d'√©v√™que de Gen√®ve, qu'il avait d√®s 1444. La plupart des historiens le font ensuite rentrer √† Ripaille, mais cette assertion est d√©mentie par les indications du ¬ęRegistrum epistolarum¬Ľ de l'√©v√®que de Sabine, d√©pos√© √† la biblioth√®que de Gen√®ve. On voit dans ce recueil d'ordonnances, dict√© par Am√©d√©e lui-m√™me, qu'apr√®s avoir s√©journ√© √† Lausanne jusqu'au 18 juin 1449 il partit pour le Pi√©mont o√Ļ il habita successivement Turin, Moncalier et Suze. De l√† il revint √† Lausanne le 12 f√©vrier 1450, passa quelques jours du printemps √† Ripaille, puis une partie de l'√©t√© √† Evian et fixa ensuite sa r√©sidence √† Gen√®ve, o√Ļ il mourut le 7 janvier 1451 (Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Tome 2, 1878 - books.google.fr).

 

"troublée"

 

L'h√©sitation montr√©e par Am√©d√©e VIII ce jour-l√† n'√©tait pas seulement le geste traditionnel d'humilit√©, de circonstance pour un √©v√™que √©lu, mais elle refl√©tait aussi sa conscience des risques politiques et financiers et des charges qu'on lui¬† demandait d'assumer. Avec son acceptation de la tiare, Am√©d√©e VIII abandonna irr√©vocablement la politique de neutralit√© qu'il avait adopt√©e depuis plusieurs ann√©es dans le conflit entre le pape Eug√®ne IV et le concile et qu'il avait encore affirm√©e en juillet 1439. Bien qu'il n'ait jamais d√©montr√© publiquement un quelconque int√©r√™t pour le pontificat, avant d'accepter son √©lection en d√©cembre 1439, et que les p√®res du concile qui ont favoris√© son √©lection aient montr√© la m√™me discr√©tion jusqu'√† la fin du conclave, il est possible de reconstruire les motifs et les √©tapes qui ont conduit √† l'√©lection du duc de Savoie. Dans son r√©cit, le t√©moin oculaire Jean de S√©govie raconte que l'ambassade du concile demanda humblement au duc de Savoie d'accepter son √©lection. Le comportement des envoy√©s conciliaires refl√©tait non seulement la d√©f√©rence d'usage due √† un pape √©lu, mais aussi le fait que le concile avait besoin du support politique et financier de la Maison de Savoie, alors que le duc, selon toute apparence, √©tait motiv√© par des consid√©rations telles que l'honneur et le prestige de la dignit√© papale. Malgr√© le besoin urgent d'appui qu'√©prouvaient les p√®res du concile, Am√©d√©e VIII-F√©lix V d√©couvrit bient√īt que ceux qui lui avaient demand√© si humblement de devenir pape avaient n√©anmoins des vues tr√®s pr√©cises sur la port√©e et les limites de la dignit√© qu'il Puisque, par la suite, F√©lix V n'a √©t√© reconnu pape que dans ses propres Etats, dans les cantons suisses et dans quelques r√©gions de l'Empire, et qu'il n'a jamais pu asseoir son pouvoir dans les Etats pontificaux, la conception qu'avait le concile d'une papaut√© r√©form√©e ne pouvait donc √™tre mise en pratique que sous une forme modifi√©e. Malgr√© cela, les p√®res du concile se montr√®rent intransigeants dans la volont√©

d'imposer √† F√©lix V leur conception de la dignit√© papale envisag√©e comme une ¬ęmonarchie mixte¬Ľ constitutionnelle. L'initiative de la promotion d'Am√©d√©e VIII au¬† pontificat √©tait venue des pr√©lats influents du concile de B√Ęle, sp√©cialement du cardinal Louis Aleman qui en √©tait devenu le pr√©sident le 14 f√©vrier 1438. Connu sous le nom de ¬ęcardinal d'Arles¬Ľ, puisqu'il √©tait aussi l'archev√™que de la ville et de la province eccl√©siastique d'Arles, Louis Aleman √©tait originaire des Etats savoyards, o√Ļ sa famille, membre de la petite noblesse du Bugey et vassale de la Maison de Savoie, poss√©dait un ch√Ęteau et des terres. Bien qu'Eug√®ne IV et les membres de la Curie romaine accus√®rent plus tard Am√©d√©e VIII - F√©lix V d'avoir pr√©par√© secr√®tement son √©lection √† la papaut√© depuis longtemps, cette accusation n'est pas soutenue par la documentation disponibles. Cette conclusion, √† laquelle √©taient parvenus, il y a bien des ann√©es, Gabriel P√©rouse, Max Bruchet et No√ęl Valois, reste toujours valable. Le d√©bat a √©t√© r√©cemment raviv√© par Heribert M√ľller qui a attir√© l'attention sur des documents qui semblent indiquer qu'Am√©d√©e VIII ait pu promouvoir sa candidature √† la papaut√©, avant m√™me la d√©position d'Eug√®ne IV √† B√Ęle le 25 juin 1439. M√ľller a not√© l'augmentation importante du nombre d'eccl√©siastiques venant de Savoie qui ont √©t√© incorpor√©s au concile dans le mois qui pr√©c√©dait la d√©position d'Eug√®ne IV, alors que la peste s√©vissait √† B√Ęle. M√ľller cite aussi une lettre de Konrad von Weinsberg , le protecteur imp√©rial du concile , qui √©crivit au d√©but d'ao√Ľt 1439 de Nuremberg que, quand il avait √©t√© √† B√Ęle en mai 1439, on avait beaucoup parl√© d'un futur pape, quelques-uns pr√©f√©rant le duc de Savoie d'autres le cardinal d'Arles, d'autres encore l'archev√™que de Br√™me, mais que la plupart √©taient en faveur du duc de Savoie. Il ne semble faire aucun doute qu'au concile de B√Ęle, le nombre d'eccl√©siastiques provenant de Savoie ait augment√© de fa√ßon inhabituelle en mai-juin 1439 ; cependant il n'y a pas de preuves sp√©cifiques qui indiqueraient que cet afflux √©tait d√Ľ √† l'initiative personnelle d'Am√©d√©e VIII. L'initiative pourrait √™tre attribu√©e au cardinal d'Arles qui recherchait √† cette √©poque √† inciter le concile √† publier de mani√®re formelle les Trois V√©rit√©s de la Foi, qui √©taient li√©es au proc√®s et √† la d√©position d'Eug√®ne IV. Alors qu'il est probable que le cardinal Aleman esp√©rait, d√©j√† en mai 1439 et m√™me plus t√īt , pouvoir persuader Am√©d√©e VIII d'accepter la tiare offerte par le concile de B√Ęle apr√®s la d√©position d'Eug√®ne IV, il nous manque les documents qui nous permettraient d'affirmer que le duc de Savoie ait consenti √† un tel projet avant la d√©position d'Eug√®ne IV (Joachim W. Stieber, Am√©d√©e VIII et le concile de B√Ęle, Am√©d√©e VIII-F√©lix V, premier duc de Savoie et pape (1383-1451), 1992 - www.google.fr/books/edition).

 

"grande cappe"

 

La cappa peut être celle de saint Martin conservée à Aix la Chapelle. Le vicaire de la cappe peut être un duc de Savoie, vicaire impérial.

 

Gr√Ęce √† l'empereur Wenceslas, Am√©d√©e VII, p√®re d'Am√©d√©e VIII, retrouve d√®s son av√®nement le vicariat imp√©rial dont il peut se pr√©valoir pour acqu√©rir en 1388 Nice et la ¬ęTerre Neuve de Provence¬Ľ. Dans l'ensemble, hormis Rodolphe de Habsbourg √† la fin de son r√®gne, l'empereur n'a donc jamais g√™n√© l'expansion savoyarde (Lettre √† Henry - Mont Jovis - nostradamus-centuries.com).

 

Aussi sont-elles rouges encore cette soutane et cette cappa magna que le Pape Paul II réserve au XVe siècle aux seuls cardinaux pour les distinguer encore davantage. Rouges aussi cette barrette et cette calotte, qu'à la différence du chapeau remis presqu'obligatoirement par le pape lui-même, les cardinaux reçoivent de leurs rois ou des envoyés du souverain pontife, enfin cet anneau de rubis qui brille à leur main droite. Du reste, le rouge n'est-il pas la couleur du commandement ? (Louis Dollot, Les cardinaux-ministres sous la monarchie française, 1952 - books.google.fr).

 

Pietro Barbo (n√© le 23 f√©vrier 1417 √† Venise ‚Äď mort le 26 juillet 1471) √©tait un religieux italien du XVe si√®cle, neveu par sa m√®re d'Eug√®ne IV, qui fut abb√©, √©v√™que, cardinal, et fut √©lu pape le 30 ao√Ľt 1464, pour succ√©der √† Pie II. Il devint le 211e pape de l'√Čglise catholique et prit le nom de Paul II. C'est √† ce pape que les cardinaux doivent la couleur pourpre de leur v√™tement, jusque-l√† l'apanage du pontife romain. D'apr√®s une autre source, ce serait le pape Innocent IV, au concile Ňďcum√©nique de Lyon, en 1245, qui aurait d√©cr√©t√© que ses cardinaux, pour marquer leur disposition perp√©tuelle √† d√©fendre la foi catholique jusqu'√† verser leur sang pour elle (¬ęusque ad effusionem sanguinis¬Ľ), seraient habill√©s de pourpre (fr.wikipedia.org - Paul II).

 

Ainsi cette "grande cappe" désigne à la fois un Savoyard et, par anticipation, un cardinal, puisque l'accessoire cardinalice n'aurait été instituté que par Paul II, pape en 1464, et qu'Amédée VIII ne sera cardinal qu'après son élection comme antipape et sa renonciation (cardinal-évêque de Genève en 1449, de Sainte Sabine).

 

"marcheront"

 

Un des plus illustres auteurs de son temps, Olivier de la Marche, a fait, d'Am√©d√©e VIII, un grand √©loge. ¬ęCestuy Felix, dit-il, vescut avec Francois et Bourgongnons, et si sagement se gouverna au temps des divisions de France, que son pa√Įs de Savoye estoit le plus-riche, le plus-seur et le plus plantureux de tous ses voisins. Trois filles de roy furent pour un jour seans √† sa table: dont il avoit ali√© ses enfants par mariage.¬Ľ √Čloge d'autant plus significatif qu'Olivier de la Marche √©tait attach√© √† la Cour de Bourgogne, laquelle tenait au pape Eug√®ne et n'avait jamais voulu reconna√ģtre F√©lix V ? (Jules Vuy, Jugement rendu par Am√©d√©e VIII, 1862 - books.google.fr).

 

Comme une d√©putation du concile de B√Ęle se rendit √† Ripaille aupr√®s d'Am√©d√©e VIII, au moins les "rouges" se d√©placeront.

 

L'√©lection √©tant faite il fallait aller en aviser Am√©d√©e VIII. En d√©cembre 1439 Aeneas a fait partie de la d√©l√©gation envoy√©e pour ce faire √† Ripaille. Max Bruchet signale un passage du compte du tr√©sorier g√©n√©ral de Savoie, que je traduis : "Et d'abord il (= le tr√©sorier en question) pesa audit Griffon, aubergiste √† Thonon, pour les d√©penses faites dans son auberge par ma√ģtre Jean Duval (= le cur√© de Plon√©our, au dioc√®se de Saint-Pol-de-L√©on) et Aeneas avec cinq personnes et autant de chevaux pendant cinq jours entiers et un soir, jusqu'au 19 d√©cembre 1439 inclus, en ayant compt√© pour chaque cheval et personne par jour 5 deniers gros, la somme de 11 florins, 10 deniers gros petit poids‚ÄĚ. Am√©d√©e VIII accepte d'√™tre le pape choisi par le Concile, face au pape Eug√®ne IV que bien des gens consid√©raient encore comme le seul et vrai pape de l'Eglise catholique. A Thonon il renonce - avec beaucoup de r√©ticence - √† sa barbe, et va ensuite se faire couronner √† B√Ęle, apr√®s avoir choisi de s'appeler F√©lix V. Dans une lettre √† Jean de S√©govie, dans laquelle il raconte ce couronnement de F√©lix V, apr√®s avoir peint l'imp√©trant et relat√© la c√©r√©monie, Aeneas d√©crit le d√©part en procession des participants (G. Chevalier, Un humaniste secr√©taire de F√©lix V : Aeneas Sylvius Piccolomini, Revue savoisienne, Volume 135, 1995 - www.google.fr/books/edition).

 

Le 15 d√©cembre, apr√®s douze jours de p√©r√©grinations, la d√©l√©gation arriva √† Thonon. Les populations regardaient avec √©merveillement cet imposant cort√®ge de pr√®s de quatre cents cavaliers, qui s'avan√ßait avec , en t√™te , un cardinal v√™tu de pourpre suivi d'√©v√™ques et de pr√©lats aux robes chamarr√©es qui se m√™laient aux armures √©tincelantes des chevaliers. La petite ville de Thonon pouvait √† peine loger tout ce monde, et l'¬ęauberge du L√©vrier¬Ľ fit le bonheur du Cracovien qui put enfin manger √† sa faim , d'autant plus que le majordome du ch√Ęteau ducal avait aid√© les aubergistes de Thonon en envoyant poulets, perdrix, gibiers de toutes esp√®ces, fromages et fruits confits. Le 15, les ambassadeurs du concile, parmi lesquels on pouvait distinguer de hauts dignitaires eccl√©siastiques de plusieurs pays, accompagn√©s de toute la noblesse de Savoie, all√®rent √† Ripaille rendre un premier hommage. En froc d'ermite, avec sa belle barbe et ses cheveux blancs, appuy√© sur son b√Ęton, Am√©d√©e respectable patriarche de cinquante-six ans, entour√© de ses chevaliers v√™tus comme lui, re√ßut ses h√ītes sur le parvis de l'√©glise. Les d√©l√©gu√©s descendirent de cheval et s'agenouill√®rent devant Am√©d√©e, mais le duc les releva aussit√īt et les entra√ģna vers le r√©fectoire du prieur√©. Il prit place dans une chaire, Aleman dans une autre, et pour la premi√®re fois les deux hommes se tutoy√®rent. Le cardinal exposa la mission qui attendait le nouveau pape, l'√©v√™que de Vich compl√©ta les paroles d'Aleman par l'√©loge de sa personne , exprimant l'espoir que l'on mettait en lui, quant √† la d√©fense de la foi conciliaire, ¬ęafin que tu puisses subvenir avec beaucoup de pi√©t√© √† l'√Čglise, √©pouse du Christ, en ce temps de n√©cessit√© , et que tu puisses consoler par ta charit√© l'√Čglise universelle, afflig√©e de douleurs vari√©es, ainsi que par ta mansu√©tude, ta sagesse et les autres vertus que t'a conc√©d√©es le ciel...¬Ľ. Am√©d√©e, tr√®s √©mu, r√©pondit par quelques mots en latin, puis passa rapidement la parole √† son chancelier qui, apr√®s quelques g√©n√©ralit√©s, convoqua la d√©l√©gation pour le 17 d√©cembre suivant. Entre-temps, Am√©d√©e r√©fl√©chit et discuta avec le cardinal, avant de donner enti√®rement son adh√©sion. Trois points ne le satisfaisaient pas. Tout d'abord, la formule du serment : ¬ęJe jure Je jure de procurer la c√©l√©bration des conciles et la confirmation des √©lections conform√©ment aux d√©crets du saint Concile de B√Ęle.¬Ľ La seconde partie de ce serment lui convenait moins encore, car il pensait, comme premier acte, r√©compenser par des dignit√©s √©lectives ceux qui lui avaient rendu le plus de services et qui √©taient capables de lui en rendre encore. D'autre part, c'√©tait un moyen d'obtenir une importante rentr√©e de fonds. Le second point √©tait sa barbe, qu'il aurait d√©sir√© conserver, mais il se heurta √† un refus impitoyable ; la mode du jour, pour les papes, √©tait d'√™tre imberbes. Le troisi√®me point √©tait son nom qu'Am√©d√©e e√Ľt voulu garder, mais cela aussi, la tradition apostolique ne le permettait pas. Le duc fut certainement surpris de voir avec quelle intransigeance l'autorit√© conciliaire s'opposait d√©j√† √† ses d√©sirs. Le 17 d√©cembre, √† une heure de l'apr√®s-midi, les P√®res du concile revinrent pour obtenir son adh√©sion. L'assembl√©e se retrouva dans le r√©fectoire o√Ļ Am√©d√©e VIII l'attendait, entour√© de ses deux fils. Les l√©gats pr√©sent√®rent leur lettre de cr√©ance et lurent √† haute voix le d√©cret qui confirmait l'√©lection . L'√©v√™que de Vich adressa la demande √† laquelle devait r√©pondre le duc. Voyant que ce dernier h√©sitait, le cardinal et ses coll√®gues se jet√®rent √† ses pieds et le suppli√®rent d'accepter, mais Am√©d√©e r√©pondit qu'il devait encore r√©fl√©chir. Le cardinal insistant, le duc s'entretint avec quelques membres de son entourage. Enfin, √† la troisi√®me supplication d'Aleman, il s'agenouilla, le visage baign√© de larmes, joignit les mains apr√®s s'√™tre sign√©, et donna son consentement en demandant toutefois que l'on √©cout√Ęt les arguments de son vice-chancelier, Pierre Marchand. Celui-ci exposa alors les raisons qui retenaient son ma√ģtre dans toute cette √©trange aventure. Le cardinal trancha la question par une de ces envol√©es oratoires dont il avait le secret, loua le prince et ses anc√™tres et, parlant du nom, il affirma que ses successeurs pourraient le conserver s'ils √©taient appel√©s au tr√īne pontifical. Il choisit pour le duc le nom de F√©lix, - se trouvant √™tre le patron du jour de l'√©lection, et parce que trois papes de ce nom √©taient morts martyrs pour la foi. Le duc accepta, enfin. Aussit√īt fut apport√© un autel devant lequel F√©lix s'agenouilla et pronon√ßa la formule du serment impos√©e par le concile, se gardant toutefois de la lire tout enti√®re. Puis il se retira, pour r√©appara√ģtre rev√™tu des ornements pontificaux et prendre place sur un tr√īne. Le cardinal, suivi des P√®res, lui baisa le pied, la main et la joue, apr√®s lui avoir pass√© au doigt l'anneau du p√™cheur, puis on lui mit les mules et la mitre. Pr√©c√©d√© de la croix pontificale, il fut intronis√©, au chant du Te Deum, sur l'autel de saint Maurice. Am√©d√©e, devenu le pape F√©lix V, donna sa b√©n√©diction √† l'assistance. Ainsi se r√©alisait en partie la proph√©tie : ¬ęle buveur de cervoise (allusion √† Eug√®ne qui s'abstenait de vin) sera d√©pos√© et son successeur s'alliera au serpent et √† l'aigle¬Ľ. Allusion aux Visconti et √† l'empereur. La journ√©e termin√©e, les d√©l√©gu√©s regagn√®rent Thonon (Marie Jos√© de Savoie, La maison de Savoie: Am√©d√©e VIII, le duc qui devint pape, 1956 - www.google.fr/books/edition).

 

Apr√®s avoir abdiqu√© la dignit√© ducale en faveur de son fils, 6 janvier 1440, il se fit couronner √† B√Ęle le 24 juillet sous le nom de F√©lix V, et fut reconnu pape par la France, l'Angleterre, l'Espagne, le duc de Milan, les Suisses, l'Autriche, la Hongrie, la Boh√®me, la Bavi√®re, le grand ma√ģtre de Prusse, la Savoie et le Pi√©mont. Le reste de l'Europe par contre tint le parti d'Eug√®ne IV. D√©sireux de faire cesser le schisme, les rois de France, d'Angleterre et de Sicile firent plusieurs fois des d√©marches pour engager F√©lix V √† renoncer au pontificat (Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Tome 2, 1878 - books.google.fr).

 

Une procession eut lieu lors du voyage de F√©lix V √† B√Ęle, o√Ļ il fit une entr√©e solennelle.

 

Puis venaient les huit cents musiciens du comte Philippe de Gen√®ve, trois cents cavaliers, deux cents mercenaires en armures dor√©es, quatre-vingt-quatre arbal√©triers et douze pages suivis du comte Philippe de Gen√®ve, celui des fils d'Am√©d√©e qui ressemblait le plus √† son p√®re. Un homme venait ensuite, avec une ombrelle rouge, et suivi d'une voiture qui repr√©sentait l'√Čglise, puis, enfin, des hommes √† cheval portant le bagage du pape, dans de riches coffrets Un second cort√®ge suivait ; des hommes v√™tus de rouge menaient douze haquen√©es blanches, repr√©sentant les douze ap√ītres. Une treizi√®me haquen√©e, tachet√©e de roux, figurait le tra√ģtre Judas. Mille deux cents enfants, rev√™tus de la robe b√©n√©dictine, suivaient en poussant des cris de ¬ęVive F√©lix¬Ľ, et en agitant des drapeaux aux armes du pape. Puis c'√©tait le clerg√© de B√Ęle, six cents pr√™tres charg√©s de reliques et mille deux cents fr√®res la√Įcs, tenant des torches aussi hautes qu'une lance, des gar√ßons d'honneur qui portaient des chapeaux de cardinaux, trois ermites de Ripaille pr√©c√©dant une grande croix de procession et suivis du Saint Sacrement, port√© par un mulet qui avait une cloche d'or au cou, agit√©e tour √† tour par un pr√™tre s√©culier et un pr√™tre r√©gulier. Venaient ensuite le cardinal de La Palud, le marquis de Saluces, et, imm√©diatement apr√®s le cardinal Aleman arrivait F√©lix V, mont√© sur une mule blanche orn√©e de velours rouge, que conduisait le bourgmestre de B√Ęle. Le pape √©tait coiff√© d'une mitre scintillante de joyaux, et six patriciens de la cit√© √©tendaient au-dessus de lui le ciel dor√© d'un dais, tandis que six seigneurs soutenaient la ¬ęcappa magna¬Ľ. Six gardes nobles portant le glaive suivaient √† pied ainsi que deux cents √©v√™ques et abb√©s, prieurs, pr√™tres, et, fermant le cort√®ge, venait l'aum√īnier (Marie Jos√© de Savoie, La maison de Savoie: Am√©d√©e VIII, le duc qui devint pape, 1956 - www.google.fr/books/edition).

 

"Les rouges" : vins et "faire ripaille" ?

 

Amédée VII, père, était surnommé le Comte rouge. On supposa qu'il fut empoisonné par Othon de Grandson.

 

En pensant √† l'altitude et au climat plut√īt rude du pays, on peut s'√©tonner de ce que la Savoie soit un pays vinicole. [...] Les vins rouges de Savoie √©taient d√©j√† connus des Romains qui les appr√©ciaient, para√ģt-il. La mondeuse, r√©colt√©e surtout dans la Combe de Savoie (Arbin, Cruet, Saint-Jean-de-la-Porte, Montm√©lian, Chignin) et en Chautagne, est le c√©page savoisien par excellence (on l'appelait aussi savoyen ou savoyan) et il est √† peu pr√®s s√Ľr que c'est en Savoie qu'il a √©t√© s√©lectionn√©. C'est un vin rouge, fruit√© (go√Ľt de fraise, de framboise, de m√Ľre et m√™me, violette et truffe). C'est un plan rustique, vivace, r√©sistant, accommodant, et se taillant √† volont√©. Le persan ou princens, ou vin des princes est pratiquement disparu depuis la derni√®re guerre (Marie-Th√©r√®se Hermann, La Cuisine paysanne de Savoie, La Vie des fermes et des chalets racont√©s par une enfant du pays, 2004 - www.google.fr/books/edition).

 

Un t√©moignage qui n'est nullement favorable √† notre solitaire de Ripaille, et que l'on ne saurait supprimer, c'est celui de Monstrelet, qui √©tait au service des ducs de Bourgogne; il √©tait son contemporain, et, par cons√©quent, il doit √™tre √©cout√© pr√©f√©rablement aux historiens modernes. Voici donc comme il en parle : ¬ęQuant au gouvernement de sa personne, il retint encore vingt de ses serviteurs, pour lui servir, et les autres qui se mirent prestement avec lui en firent depuis pareillement, chacun selon son √©tat. Et se faisoient, lui et ses gens, servir en lieu de racines et d'eaux de fontaine, du meilleur vin et des meilleures viandes qu'on pouvait rencontrer.¬Ľ (Chronique d'Enguerrant de Monstrelet, tome II, page 100). Voil√† l'historien qui a fait le plus de tort √† Am√©d√©e; il d√©ment formellement les √©loges qu'on lui avait donn√©s sur son genre de vie mortifi√©. Comme on a plus de penchant √† croire le mal que le bien , Monstrelet semble avoir donn√© le ton √† la plupart des auteurs qui, dans la suite, ont eu occasion de parler de la retraite de ce prince (Ňíuvres historiques et litt√©raires de L√©onard Baulacre : Dissertations sur l'histoire des contr√©es voisines de Gen√®ve. Dissertations sur l'histoire eccl√©siastique. Dissertations sur l'histoire litt√©raire, Tome 2 , 1857 - books.google.fr).

 

On a donn√© comme origine de l'expression "faire ripaille" le pr√©tendu art de vivre d'Am√©d√©e VIII au ch√Ęteau-prieur√© de Ripaille. Le pape Pie II la colporte apr√®s Monstrelet, puis Voltaire. "ripaille" viendrait de "riper", gratter et appara√ģtrait en 1579 au sujet du logement des soldats chez les particuliers, puis en 1585 "faire ripaille" avec le sens de "faire grande ch√®re" (G√©rard Letexier, Nouvelles historiques exemplaires, Madame de Villedieu romanci√®re, 2004 - www.google.fr/books/edition).

 

Les chanoines du prieur√© de Ripaille favoris√®rent la vigne autour du ch√Ęteau en blanc et rouge. La premi√®re femme d'Am√©d√©e VIII, Marie de Bourgogne, fit la promotion du vin de Bourgogne en offrant quelques plants de servagnin (pinot noir) aux habitants de Morges qui accueillirent la famille princi√®re pendant la peste de 1420 ; tandis que la deuxi√®me, Anne de Lusignan, aurait rapport√© un c√©page de l'√ģle de Chypre, l'altesse, en Savoie (Bernard Sache, Le si√®cle de Ripaille, 1350-1450: quand le duc de Savoie r√™vait d'√™tre roi, 2007 - books.google.fr).

 

Holophernes assommé de vin s'endort (Le liure de Judith, Jean de Tournes, 1553 - books.google.fr).

 

Acrostiche : APDL

 

AP : antipape (Francesco Brancaccio di Carpino, I papi e i diciannove secoli del papato, Tome 2, 1899 - www.google.fr/books/edition).

 

DL : 550 en numération romaine.

 

Il existe un saint Félix, natif du Berry, évêque de Nantes, depuis 550 jusqu'à sa mort en 584 ou 583.

                                                 

La division √©tait grande √† Nantes et en Bretagne √† l'occasion du concile de Basle, transf√©r√© et dissous par Eug√®ne IV et continu√© √† Basle malgr√© ses anath√®mes. Le duc tenait pour Eug√®ne IV, mais le plus grand nombre du clerg√© tenait pour le concile de B√Ęle et pour Am√©d√©e de Savoie dit F√©lix V, que le concile de B√•le avait √©lu apr√®s avoir d√©pos√© Eug√®ne IV. Le concile de B√Ęle eut pour l√©gats en Bretagne, depuis l'an 1439 jusqu'√† 1443, avec exercice de leur l√©gation, Louis, √©v√™que de Bazas, et, depuis le quatre des non√©s de Juillet 1443, Barth√©lemi, √©v√™que de Corneto, et Nicolas L'Ami, conseiller du duc de Bourgogne, et d√©put√© de l'Universit√© de Paris au concile de Basle (Titres de Redon, de Pri√®res et de P√©glise de Nantes).

 

Eug√®ne IV, de son c√īt√©, ne s'oubliait pas : il envoya l'an 1440 deux nonces en Bretagne avec pouvoir d'absoudre ceux de Bretagne qui, depuis la dissolution qu'il avait faite du concile de Basle, y √©taient rest√©s et s'y √©taient rendus de nouveau ; il leur donnait en m√™me temps le pouvoir de faire en Bretagne tout ce qu'il conviendrait de faire pour √©teindre le schisme, et assurer dans la possession de leurs b√©n√©fices ceux qui avaient √©t√© pourvus par l'obedience contraire (MARTEN. Ampl. Collect. T. VIII, p. 972 ; Ch√Ęt. de Nantes, arm. B, cass. H et cass. E). Il y avait beaucoup de b√©n√©ficiers de cette sorte dans l'√©glise de Nantes, dans la coll√©giale et dans le reste du dioc√®se, et il ne se pouvait pas qu'il n'y en eut beaucoup par l'attachement de l'√©v√™que Jean de Malestroit √† Am√©d√©e de Savoie, dit F√©lix V, qui, pour s'attacher davantage l'√©v√™que de Nantes, le cr√©a cardinal du titre de Saint-Onufre, le 12 Novembre 1440 (D'ARGENT√Č, Hist. de Bretagne, √©dition de 1588, pag. 74). On ne vit point de troubles √† Nantes ni ailleurs √† cette occasion, de refus de sacrements, de refus de s√©pulture eccl√©siastique, et un parti ne dominait point l'autre, quoi qu'on suivit diff√©rentes ob√©diences. Tout y fut tranquille et chacun laiss√© √† sa bonne foi).

 

Gilles de Rais, mar√©chal de France, un des plus riches seigneurs de son temps et aussi un des plus grands dissipateurs, fut arr√™t√© √† Nantes par ordre du duc; on l'accusait de quantit√© de crimes horribles (Ch√°t. de Nantes., arm. L, cass. E; arm. M, cass. E; arm. H, cass. E). L'√©v√™que de Nantes et maitre Jean Blouin, vicaire de Guillaume Meri, inquisiteur de la Foi en France, et par cons√©quent attach√© √† Am√©d√©e de Savoie, dit F√©lix V, dont la France suivait l'ob√©dience, instruisirent son proc√®s avec Pierre de l'H√īpital, s√©n√©chal de Rennes et de Nantes, et juge g√©n√©ral en Bretagne. Les juges d'√©glise, apr√®s un examen juridique, d√©clar√®rent, par sentence du 25 Octobre 1440, Gilles de Rais, atteint et convaincu de sodomie, sacril√©ge, homicide, invocation du diable et de violement de l'immunit√© eccl√©siastique, pour lesquels crimes ils le d√©clar√®rent excommuni√©. Cette sentence lui fut prononc√©e dans la grande salle du ch√Ęteau (D'ARGENTR√Č, Hist. de Bret., liv. X, ch. 47) (Nicolas Travers, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comt√© de Nantes, Volume 1, 1836¬† - books.google.fr).

 

D√®s son av√®nement (21 oct. 1422), Charles VII essaya surtout de se r√©concilier avec le duc de Bourgogne, dont l'alliance faisait la principale force des Anglais. Yolande d'Aragon', belle-m√®re du roi, ne n√©gligea rien pour r√©ussir dans cette t√Ęche difficile. Elle fit intervenir le duc de Savoie, Am√©d√©e VIII, oncle de Philip le Bon, le duc de Bretagne, Jean V, puis son fr√®re Artur, comte de Richemont.D√®s la fin de 1422, il y e√Ľt √† Bourg, en Bresse, des conf√©rences o√Ļ furent pos√©es les premi√®res bases des n√©gociations ult√©rieures qui devaient se poursuivre entre le roi et le duc de Bourgogne (d√©cembre 1422-f√©vrier 1423). La reine Yolande alla ensuite √† Nantes, o√Ļ elle conclut, dans le m√™me but, un autre trait√© avec Jean V, le 18 mai 1424. Les pourparlers continu√®rent √† Chamb√©ry, o√Ļ une tr√™ve fut sign√©e le 28 sept., puis √† Macon (d√©cembre 1424) et √† Montluel (janvier 1425). Peu apr√®s Yolande faisait donner l'√©p√©e de conn√©table au comte de Richemont, pour avoir aussi l'appui de son fr√®re, Jean V (7 mars 1425). De nouvelles tentatives furent faites aupr√®s de Philippe le Bon et m√™me aupr√®s du gouvernement anglais, mais elles n'aboutirent qu'au renouvellement des tr√™ves conclues avec le duc de Bourgogne. Devenu ma√ģtre du pouvoir, La Tr√©moille suivit la m√™me politique. Apr√®s les succ√®s de Jeanne d'Arc, les n√©gociations avec le duc de Bourgogne furent reprises aux conf√©rences d'Arras et de Compi√®gne (ao√Ľt 1429), sous la m√©diation d'Am√©d√©e VIII. Les ambassadeurs du roi y firent des propositions de paix qui n'aboutirent pas, mais qui pr√©par√®rent une solution trop longtemps retard√©e (E. Cosneau, Trait√© d'Arras (1435), Collection de textes pour servir √† l'√©tude et √† l'enseignement de l'histoire, Tome 7, 1889 - books.google.fr).

 

Un essai de r√©conciliation avec Philippe le Bon, appuy√© par le rapprochement d√©j√† op√©r√© avec le duc de Bretagne Jean V, devenait d√®s lors possible et sortait des r√©gions de la chim√®re. Or, dans ce printemps de 1424, la convention pr√©paratoire adopt√©e √† Nantes, le 18 mai, sous les auspices du duc Jean V, en a esquiss√© les premiers traits. L'intervention r√©it√©r√©e du duc de Savoie Am√©d√©e VIII, le grand ap√ītre de la paix", les accentue bient√īt et renouvelle les n√©gociations engag√©es nagu√®res. [...]

 

Le duc r√©gnant de Savoie, Am√©d√©e VIII, a pour m√®re Bonne de Berry, fille de Jean, duc de Berry, fr√®re de Charles V, et sŇďur de la duchesse Marie de Bourbon : Bonne de Berry, veuve d'Am√©d√©e VII, avait √©pous√©, depuis, Bernard VII, comte d'Armagnac, le c√©l√®bre conn√©table, chef du parti baptis√© de son nom. Rattach√© ainsi au parti fran√ßais, Am√©d√©e VIII avait √©pous√© Marie de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, fr√®re de Charles V, et se trouvait ainsi l'oncle par alliance de Philippe le Bon. Sa fille Bonne (1415-1430), morte √† l'√Ęge de 15 ans, fut fianc√©e, √† l'√Ęge de 10 ans (janvier 1426), √† Fran√ßois de Bretagne, fils de Jean V, devenu comte de Montfort l'ann√©e suivante (Germain Lef√®vre-Pontalis, La guerre de partisans dans la Haute-Normandie, Biblioth√®que de l'Ecole des Chartes, Volume 62, 1895 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2044 sur la date pivot 1440 donne 836.

 

L'Abb√© Walla, parent de l'Empereur Louis le Debonnaire fut fait Abb√© de Corbie par ce prince qui l'attacha, comme principal conseiller, √† l'empereur Lothaire I son fils. Walla suivit, en 822, le jeune prince en Italie (Pertz, Monumenta Germanica, Tome II, page 626) et fut accus√© d‚Äôetre l'instigateur de sa r√©volte contre l'Empereur son p√®re. Dans une di√®te solennelle, tenue √† Nim√®gue en 830, tous les fauteurs de celle r√©volte furent condamn√©s √† mort. Louis commua leur peine en un emprisonnement perp√©tuel (Ibidem, page 633). Walla fut priv√© de sa dignit√© et rel√©gu√© dans un souterrain entour√© d'eau (arctissim√Ę specu) et inaccessible (Ibidem, page 556) o√Ļ le moine Pascase Radbert le visita. Voici en quels termes ce dernier d√©crit la prison de Walla."Fateor plan√®, quod aromata solent, quod in pr√¶dicta specu, nisi quod c√¶lum, et penninas Alpes nec non Limanium lacum cernebat ; solum modo mare cernebat" (Ibidem ¬ß 12, page 559). Il est vraisemblable que l'Empereur Louis choisit Chillon pour la d√©tention de l'Abb√© Walla, parce que Arnoul , fils naturel de ce monarque, √©tait , vers ce temps-l√†, Comte ou Gouverneur du Valais. La d√©tention de Walla √† Chillon ne fut pas de longue dur√©e. L'Empereur l‚Äôen retira pour le rel√©guer dans une √ģle de l'Oc√©an : "quam cito deponetur de specu.... et transportatur... infra oceanam insulam, omnium terrarum ultimam" (Idem, ¬ß 11, page 558) Enfin, en 836, l'Empereur le re√ßut en gr√Ęce, le fit venir √† Aix-la-Chapelle, et l'envoya de nouveau en Italie o√Ļ il mourut, la m√™me ann√©e, dans l'Abbaye de Bobbio (Idem, page 642) (Extrait de la vie de Walla, Abb√© de Corbie, √©crite par le moine Pascase Radbert, son contemporain). [...]

 

On ignore en quelle ann√©e furent jet√©s les fondemens de Chillon. Deux auteurs disent qu'il fut b√Ęti en 1238, par un prince de la maison de Savoie. Guichenon l'attribue, ainsi que celui de Martigny et plusieurs autres, au Comte Pierre. ‚Äď Ces assertions sont erron√©es. Si l'on en croit un √©crivain du IX√®me si√®cle, l'Abb√© Pascase Radbert, Chillon peut revendiquer quatre si√®cles de plus d'existence. Cet auteur nous apprend que Louis le pieux y fit enfermer Walla, Abb√© de Corbie, son parent. Il ne donne pas, √† la v√©rit√©, le nom de la prison du pr√©lat disgraci√©, mais il la d√©signe de mani√®re √† ne pouvoir s'y m√©prendre, en la pla√ßant dans un souterrain entour√© d'eau, d'o√Ļ l'on ne pouvait apercevoir que le ciel, le L√©man et les Alpes pennines. Ce fait est de l'an 830 (M. de Bons, Chillon, Memoires et Documents, 1849 - books.google.fr).

 

Louis le Pieux envoie Lothaire gouverner l'Italie; & lui donc pour principaux Ministres, le Comte Walla, qui s'étoit fait Moine à Corbie après la mort de Charlemagne, & le Comte Gérung, Capitaine des Gardes de la porte du Palais. Cette année fournit en Italie une troisième époque du règne de Lothaire. En plusieurs endroits on data par les années, d'après son entrée en Italie. [...]

 

Le Moine Paschase Ratbert dit, avec un peu de déguisement, que Walla ne fit Eugène Pape, que pour essaier si, par son moien, on pouroit dans la suite réformer ce qui s'étoit corrompu par la trop grande négligence de plusieurs (M. de Saint Marc, Abrege chronologique de l'histoire generale d'Italie, depuis la chute de l'empire romain en Occident, jusqu'au traite d'Aix-la-Chapelle en 1748, Tome premier, partie premiere, 1761 - books.google.fr).

 

Le comte Rouge (Amédée VII) succéda au comte Vert ; pendant son règne (1383-1391), il ne fit que de courts séjours à Chillon. Amédée VIII délaissa aussi Chillon pour Ripaille (Gustave Bettex, Montreux, 1913 - books.google.fr).

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