André Thévet, le cardinal et l’Amérique

André Thévet, le cardinal et l’Amérique

Chillon et Ripaille

 

VIII, 19

 

2044

 

A soustenir la grande cappe troublée,

Pour l'éclaircir les rouges marcheront ;

De mort famille sera presque accablée,

Les rouges rouge le rouge assommeront.

 

"rouges" : peaux rouges

 

Au sujet de la nudité des Indiens du Brésil, André Thévet écrit :

 

Il eust fallu envoyer parmy ces Sauvages les Adamites, qui imitoient leur premier pere, allans nuds en Boesme, sortis toutefois de l'eschole de Wiclef, et Jean Hus, le seul ornement de l'antiquité des heretiques de nostre temps.

 

Les jésuites eux-mêmes y virent la marque de l'innocence, bien que, refusant d'admettre les Indiens nus dans leurs villages et leurs églises, ils aient réussi à les contraindre au vêtement est une parure, réservée aux cérémonies et autres rites sociaux. Cette conception strictement esthétique était pratiquement inintelligible pour les voyageurs (Jean-Claude Laborie, Frank Lestringant, Histoire d'André Thevet Angoumoisin, cosmographe du roy, de deux voyages par luy faits aux Indes australes, et occidentales, 2006 - books.google.fr).

 

Je sais bien que quelques hérétiques appelés Adamians, maintenant faussement cette nudité, et les sectateurs vivaient tout nus, ainsi que nos Amériques dont nous parlons, et assistaient aux synagogues pour prier à leurs temples tout nus. Et par ce l'on peut connaître leur opinion évidemment fausse ; car avant le péché d'Adam et Ève, l'Écriture sainte nous témoigne qu'ils étaient nus, et après se couvraient de peaux, comme pourriez estimer de présent en Canada (André Thevet, Les singularités de la France antarctique: le Brézil de cannibales au XVIe siècle, 1983 - books.google.fr).

 

Les Adamites ne partageaient nullement les principes des Abéliens; ils se proposaient également l'exemple d'un patriarche, mais ce qu'ils voulaient imiter dans Adam, c'était l'absence de costume dans lequel se trouvait le premier homme avant son péché. Ils prétendaient qu'étant rentrés dans l'état d'iunocence, ils étaient aussi simples et aussi pars que nos premiers parents dans le paradis terrestre. Il parait qu'ils commencèrent à dogmatiser dès le troisième siècle. Saint Epiphane, évêque de Salamine, qui vivait au quatrième siècle, pous apprend qu'avant d'entrer dans leurs temples, ils quittaient tous leurs vêtements, et allaient, comme l'enfant qui vient de naître; hommes et femmes, pêle-mêle, prendre leur place pour entendre la lecture ou le sermon. Au rapport de saint Augustin, ils abhorraient le mariage, parce qu'Adam n'avait connu Ève qu'après son péché, mais ils se permettaient l'usage des femmes en commun. Ils avaient, pour cet effet, un lieu particulier où tous se rendaient à certains jours. Là, nus et en silence, ils attendaient que le chef de l'assemblée eût prononcé ces paroles de la Genèse : « Croissez et multipliez, » et ils mettaient en pratique leur audacieuse doctrine, sans respect même pour les liens du sang les plus sacrés. Ils chassaient d'ailleurs leur secte, tout comme Adam et Ève furent expulsés de l'Eden, ceux qui auraient, en dehors de leurs assemblées, commis quelque action immorale, et ils prétendaient donner à leurs réunions un caractère sacré et religieux. Ces doctrines étranges flattaient les passions; aussi, malgré leur singularité, se sont-elles reproduites à diverses reprises. Quelques sectes du moyen âge pratiquèrent, dit-on, l'adamisme; on le reprocha aux Pauvres Frères du quatorzième siècle, aux Picards du quinzième ; on donna ce nom à des hérétiques établis en Bohème du temps des Hussites, et on prétend qu'il en subsiste encore dans quelques localités reculées de cette province. On a dit aussi que les Adamites s'étaient établis en Angleterre à l'époque de Cromwell, qu'ils ont compté des congrégations en Hollande, et, d'après les Nouvelles Annales des Voyages, t. XX, on en aurait, vers l'année 1822, découvert dans le canton de Berne. Une belle gravure de Bernard Picard représente une assemblée d'Adamites, et fait partie d'un recueil intitulé : Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples, 11 vol. in-folio. (Amsterdam, 1723.) (Hippolyte Rodrigues, Curiosités théologiques, 1861 - books.google.fr).

 

Les Adamians ou Adamites étaient des hérétiques tchèques du début du XVe siècle. Ils niaient la présence réelle dans l'Eucharistie et, estimant être audessus du péché originel, ils pratiquaient le nudisme dans la liturgie. Entrés en conflit avec les Hussites, ils furent exterminés.

 

Vespucci, dans sa première lettre, décrivait les indigènes du Nouveau Monde comme des hommes de couleur rouge comme le poil du lion. Vespucci ajoutait que «s'ils allaient vêtus, ils seraient [...] aussi blancs que nous» (Voir Vespucci, Les quatre voyages - Quatuor Navigationes) (Franck Lestringant, Le Brésil d'André Thévet, 1997 - books.google.fr).

 

Cariath-Arbåa ou ville des Quatre, fut le nom primitif d'Hebron, parce que, dit saint Jérôme, les quatre grands patriarches, Adam, Abraham, Isaac et Jacob l'habitèrent et y furent ensevelis. Les gens du pays montrent encore le fameux Champ Damascène, dont la terre rouge est en grande vénération chez les Orientaux, parce qu'ils croient que Dieu s'en servit pour créer le corps d'Adam, nom qui signifie : rouge. Non loin de là, ils montrent aussi le lieu où Adam et Eve, chassés de l'Eden, firent pénitence et terminèrent leur pèlerinage terrestre (Victor-Antoine Mourot, La Terre-Sainte et le pèlerinage de pénitence en 1882, impressions et souvenirs, Tome 2, 1882 - books.google.fr).

 

Dès l'époque où Giordano Bruno est réfugié à Londres, et où le P. Acosta réside encore au Pérou, il y a au moins un esprit fort qui, sous le couvert d'une fiction mythologique (un dialogue des dieux à la manière de Lucien), ironise sur la croyance que les hommes du Nouveau Monde sont issus d'Adam. C'est Giordano Bruno lui-même qui, dans le Spaccio della Bestia trionfante imprimé à Londres en 1584 (chez J. Charlewood, avec la fausse indication «Parigi») imagine Momus, l'amuseur des dieux, proposant d'envoyer Aquarius sur la terre pour enseigner aux hommes l'histoire du déluge universel, bien que les eaux, dit-il, n'aient pu couvrir les deux hémisphères, ni peut-être même un seul  Se moquant de spéculations analogues à celles du P. Acosta (lequel n'avait encore rien publié) l'ironiste ajoute : «On enseignera aussi aux hommes que s'il existe des races d'hommes dans plusieurs continents, ce n'est pas de la même manière que tant d'autres espèces d'animaux nées du sein maternel de la nature, mais par un pouvoir de franchir les détroits et en vertu de la navigation». On dira par exemple qu'ils se sont transportés en bateau avant que le premier bateau ne fût inventé. Momus évoque ces hommes du Nouveau Monde qui possèdent des annales remontant à 10.000 ans et plus, et des années solaires complètes (donc une chronologie remontant à bien des millénaires en deçà de la date assignée par les interprètes de la Bible à la création du monde). Mais après tout, dit le satirique de l'Olympe, il y aurait aussi la solution de dire que «ces habitants du Nouveau Monde ne sont pas des hommes, encore que, par les membres, la figure et le cerveau, ils leur ressemblent beaucoup, et qu'en bien des circonstances ils montrent plus de sagesse et moins d'ignorance dans leurs attitudes envers les dieux». M. Jean Jacquot, qui a étudié des échos de cette impiété dénoncés dans l'Angleterre élisabéthaine, a fort bien montré son agressif contraste avec l'apologétique chrétienne du temps, protestante aussi bien que catholique. L'ironie révolutionnaire de Giordano Bruno vise sans doute directement la Vérité de la religion chrétienne de Philippe du Plessis Mornay, parue en 1581 ; le huguenot y expliquait laborieusement le peuplement de l'Amérique par des peuples qui avaient franchi les étroits bras de mer séparant "l'Inde" et la Chine du nouveau Monde. Il trouvait risible, lui, qu'on pût considérer que des hommes «sont nés dans un pays comme blettes et navets». Cette moquerie riposte par avance à celle de Giordano Bruno, et si l'on veut, à celle de Voltaire qui entama le premier des chapitres américains (ch. CXLVI) de son Essai sur les moeurs (1765 ) par un développement célèbre sur la fécondité et la variété de la flore et de la faune des divers climats, entrant en matière par cette formule agressive :

 

Si ce fut un effort de philosophie qui fit découvrir l'Amérique, ce n'en est pas un de demander tous les jours comment il se fait qu'on ait trouvé des hommes dans ce continent et qui les y a menés. Si on ne s'étonne pas qu'il y ait des mouches en Amérique, c'est une stupidité de s'étonner qu'il y ait des hommes.

 

Je ne sais sur quelle base l'Encyclopédie de la Pléiade, Histoire de la Science, Paris 1957, p. 1.353, s'appuie pour attribuer à Paracelse, dès 1520, l'idée d'une humanité non adamite à laquelle appartiendraient les indiens d'Amérique. Dans ses écrits de cette époque, que mon ami R. Klein a bien voulu consulter pour moi, on trouve bien un Liber de generatione hominis (Sämiliche Werke, éd. Sudhoff, t. I, Munich - Berlin 1929, p. 257) où il suppose «qu'il y a eu plus d'un père dans la première création des hommes (menschen)». Mais les exemples qu'il allègue pour illustrer cette idée, celui des cyclopes et celui des gnomes, n'orientent l'esprit que vers des lignées para-humaines, non vers les races d'hommes d'autres continents

 

On voit que, de Giordano Bruno à Voltaire, le parti des incrédules dressait contre la croyance orthodoxe une thèse radicalement différente qui dut se propager de façon surtout clandestine à cause de sa hardiesse hérétique (Marcel Bataillon, L'Unité du genre humain, du Père Acosta au Père Clavigero, Mélanges à la mémoire de Jean Sarrailh, Volume 1, 1966 - books.google.fr).

 

Pré-Adamites

 

Isaac La Peyrère (1596 - 1676), d'une famille protestante pyuis passé au cacatholicisme en 1656, connut la célébrité à l'occasion du scandale causé par son ouvrage sur les Pré-Adamites (Prae-Adamitae, 1655) : il y est prétendu en substance que, avant même Adam et Eve, le monde était habité par une humanité vivant à l'état de nature, privée des lois divines et de la connaissance. La Bible s'ouvre sur la mission que confie Dieu aux juifs de construire Son monde sur la terre : ce n'est donc pas l'histoire de l'humanité tout entière mais des seuls juifs. Adam n'est pas le premier homme mais le premier juif - et, comme le note Popkin, Eve se trouve corollairement être «la première mère juive». Pour pouvoir soutenir de telles hérésies, La Peyrère s'était lancé dans une longue et difficile entreprise de critique biblique ainsi que dans des études anthropologiques de vaste envergure qui en firent l'un des meilleurs spécialistes de la culture eskimo et du Groenland. Il avait également commencé à appliquer des techniques d'exégèse biblique proches de celles que Spinoza devait plus tard fonder et développer : entre autres choses, La Peyrère soutenait que la Bible que nous connaissons n'en est qu'une version incorrecte et que le Pentateuque n'a pas été écrit par Moïse (une position que l'on retrouve chez Da Costa). Il n'était pas rare, en ces temps complexes, en ce siècle de changement et de transition entre deux ères culturelles, de rencontrer des hommes qui joignaient l'action à l'imagination, l'attachement terrestre à l'illusion, la théologie messianique à la science rationnelle. La Peyrère était l'un d'eux : ses études anthropologiques et son ouvrage sur les Pré-Adamites ne se voulaient pas scientifiques mais théologiques ; ils entraient en cohérence avec un livre antérieur au contenu bizarre et portant un titre extraordinaire - Du Rappel des juifs, présentant le tableau grandiose d'une imminente rédemption. L'histoire post-adamite y était divisée en trois ères : Dieu, tout d'abord, élut les juifs ; puis, sous Jésus, il les répudia et tourna son choix vers les chrétiens qui devinrent dès lors les porteurs de son message dans l'histoire ; quant à la période finale, cette ère messianique qui s'annonçait pour bientôt, elle verrait Dieu rappeler les juifs vers la Terre Promise sous la conduite de Jésus, le vrai Messie, et du roi de France, à qui le livre était d'ailleurs dédié. Et, de Jérusalem, ils gouverneraient tous les deux ensemble le monde désormais rédimé. Voilà une mixture d'hétérodoxies juive et chrétienne, assaisonnée d'un soupçon tardif d'esprit des croisades, d'oecuménisme précoce et de sionisme prématuré, le tout brassé dans un liant de sauce marrane. Les juifs rappelés pour assumer cette rédemption seront auparavant devenus chrétiens et auront reconnu l'incarnation et la divinité de Jésus (dans quoi La Peyrère, à la grande consternation des juifs et chrétiens ensemble, voit la seule différence essentielle entre le judaïsme et le christianisme). Mais La Peyrère reconnaissait également l'existence d'une secte ésotérique secrète dont les membres, connus de Dieu seul, ont reçu la grâce de porter l'esprit vrai du christianisme même s'ils ne reconnaissent pas consciemment le principe de l'incarnation. Fidèle à son système, La Peyrère prêchait contre le retour des marranes au judaïsme, en même temps qu'il exhortait les chrétiens à renoncer à leur antisémitisme et à traiter les juifs avec tolérance et respect jusqu'au jour où ils seraient tous réunis sous la bannière d'une chrétienté nouvelle. Dans l'esprit de La Peyrère, et c'est là une chose remarquable, ces principes devaient servir à l'action politique immédiate, et non à visualiser un quelconque futur lointain (Yirmiyahu Yovel, Spinoza et autres hérétiques, traduit par Eric Beaumatin, Jacqueline Lagrée, 1991 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Isaac La Peyrère).

 

André Thevet

 

André Thevet ou Theuvet est un explorateur et écrivain-géographe français, né en 1516 à Angoulême et mort le 23 novembre 1590 à Paris. Linné lui a dédié le genre Thevetia de la famille des Apocynaceae. Cadet d'une famille de chirurgiens-barbiers, à l’âge de dix ans, il est placé contre son gré au couvent des Franciscains (ou Cordeliers) d'Angoulême. Peu porté sur la religion, il préfère dévorer les livres et voyager. Protégé par François Ier, ainsi que par les La Rochefoucauld et les Guise, il commença par voyager en Italie, chargé de diverses missions par ses protecteurs. À Plaisance, il se lie avec le cardinal Jean de Lorraine.

 

En 1549, grâce à l'argent du Cardinal Jean de Lorraine, il embarque pour le Levant. Il visite la Crète et les îles de la Mer Égée1. Il séjourne près de deux ans à Constantinople, peut-être comme informateur pour la France. En 1552, il quitte Constantinople et part pour l'Égypte et le mont Sinaï puis la Palestine et la Syrie.

 

De retour en France, il fait paraître le récit de ce voyage, en 1554, sous le titre de Cosmographie de Levant, rédigé par un tiers, peut-être François de Belleforest.

 

Il repart presque aussitôt comme aumônier de l'expédition du vice-amiral Villegagnon pour établir une colonie française au Brésil destinée à protéger les marins normands qui venaient sur le littoral se procurer le bois rouge, pernambouc (pau brasil en portugais), dont est tiré une teinture rouge. André Thevet séjourne de la mi-novembre 1555 à la fin janvier 1556, sur un îlot à l'entrée de la baie de Rio de Janeiro, là où se trouve la forteresse des Français, le Fort Coligny. Il est le premier à mentionner l’existence de l'Ilha de Paquetá. Malade, il devra cependant rentrer en France après seulement 10 semaines passées sur place. À son retour il publie, dès la fin 1557, sous forme d'un nouveau livre Les Singularitez de la France antarctique, le compte rendu des observations qu'il a pu faire des pays et peuples vus durant son voyage au Nouveau Monde. L'ultime version augmentée de son voyage au Brésil s'intitule Histoire d'André Thevet Angoumoisin, cosmographe du Roy, de deux voyages faits par luy aux Indes Australes, et Occidentales (fr.wikipedia.org - André Thevet).

 

"troublee"

 

Jusqu'en janvier 1559, date de sa sécularisation, il est religieux de saint Frangois. C'est à cet ordre mendiant que cet esprit avide de voir et savoir doit une attitude intellectuelle tournée vers les aspects les plus divers de la vie concrète et aussi un solide dédain pour la poussiére des vieux livres. La protection de grandes familles nobiliaires liées à la monarchie relaie bientôt celle de l’Eglise et confirme le début de notoriété qui lui vient de ses longs voyages. Les La Rochefoucauld et les Guises, lors des guerres de Religion, se trouveront engagés dans les deux camps opposés, mais en attendant, ils font bénéficier le cordelier gyrovague de leur soutien alterné. C’est au cardinal de Lorraine, un Guise rencontré a Plaisance au printemps 1549, qu’il est redevable de son périple oriental - iles grecques, Turquie, Egypte, Palestine et Syrie - accompli entre le 23 juin 1549 et la fin de l'année 1552. Mais la Cosmographie de Levant, publiée à Lyon en 1554 et qui relate cet itinéraire de Venise à Jérusalem, est dédiée à François de La Rochefoucauld, qui passera plus tard à la Réforme et sera tué lors de la Saint-Barthélemy. Une telle rencontre n’est pas fortuite : au point de convergence de deux systèmes d’alliances et, plus tard, de deux partis ennemis et de deux religions, le franciscain d’Angoulême occupe dés le départ une position-clé, dont il a su tirer profit pour sa carrière future d’aumônier de Villegagnon dans la France Antarctique et de cosmographe a la cour des Valois. Il est par trop simple de définir Thevet comme un «catholique fervent», par opposition au calviniste militant qu’est Jean de Léry. Ce dernier, du reste, n’engagera la polémique que bien plus tard, en 1578. Au milieu du siècle, les jeux sont loin d’être faits, et Thevet hésite encore, a ce moment de sa carrière, entre la stricte fidélité & son Eglise et l’attirance pour des «nouvelletés» qui ne paraissent pas incompatibles avec une conception assez flottante de l’orthodoxie. Plusieurs de ses fréquentations sont à tout le moins suspectes. Par exemple, il entretient un commerce épistolaire avec le réformateur Melanchthon, l’héritier spirituel de Luther, et ce n’est peut-être pas seulement pour conférer avec lui de cosmographie et de botanique. Il le rangera du reste, au même titre qu'Erasme, au nombre des Hommes illustres et qui consacrera dans sa prosopographie de 1584 un portrait des plus flatteurs. Avant son départ pour |’Orient, Thevet a rencontré Clément Marot, le traducteur des Psaumes, dans son exil de Turin quelques mois avant sa mort (1544). En Espagne, passant par Séville, il aurait eu maille a partir avec l’Inquisition qui le destinait à «la prison obscure». La raison de cette mésaventure peut paraitre puérile : le globe-trotter fourbu avait fait la grasse matinée le jour de la Saint Thomas, patron des incrédules, au lieu d’ouïr la messe! L'anecdote trahit quelque désinvolture a l’égard des choses de la religion et surtout elle révèle une certaine défiance pour un dogmatisme poussé jusqu’a l’intolérance. Fait plus troublant et mieux avéré : cet ami du mathématicien Oronce Finé et du médecin Antoine Mizauld, eux-mémes proches de la Réforme, aurait déclaré en leur présence - sans doute au début de l'année 1553 - la supériorité des mérites du jeune Edouard VI, roi d’Angleterre, sur les princes français, coupables d’ingratitude envers les «bons esprits». Le roi enfant, auquel Thevet dédiait une miraculeuse «pierre de lune» rapportée des contrées orientales, était connu, depuis son accession au trône en 1547 à l’âge de dix ans, comme le champion du protestantisme en Europe. Il est peu vraisemblable que Thevet, tout en manifestant ainsi bruyamment son dépit de courtisan éconduit, n'ait pas nourri dans le même temps quelque arrière-pensée politique ou, ce qui revient au même, religieuse (Franck Lestringant, Le Brésil d'André Thévet, 1997 - books.google.fr).

 

"grande cappe"

 

Jean de Lorraine (né à Bar-le-Duc le 9 avril 1498 et mort semble-t-il à Nogent-sur-Vernisson, le 18 mai 1550) est un cardinal français et l'un des favoris les plus intimes du roi François Ier. De 1536 à 1540, lui et Anne de Montmorency furent les deux hommes les plus puissants du royaume. Il est connu sous le nom de cardinal de Lorraine. En novembre 1549, il est candidat à l'élection du trône de Saint-Pierre, mais échoue de quatre voix face au futur Jules III (fr.wikipedia.org - Jean III de Lorraine).

 

Aussi sont-elles rouges encore cette soutane et cette cappa magna que le Pape Paul II réserve au XVe siècle aux seuls cardinaux pour les distinguer encore davantage. Rouges aussi cette barrette et cette calotte, qu'à la différence du chapeau remis presqu'obligatoirement par le pape lui-même, les cardinaux reçoivent de leurs rois ou des envoyés du souverain pontife, enfin cet anneau de rubis qui brille à leur main droite. Du reste, le rouge n'est-il pas la couleur du commandement ? (Louis Dollot, Les cardinaux-ministres sous la monarchie française, 1952 - books.google.fr).

 

Pietro Barbo (né le 23 février 1417 à Venise – mort le 26 juillet 1471) était un religieux italien du XVe siècle, neveu par sa mère d'Eugène IV, qui fut abbé, évêque, cardinal, et fut élu pape le 30 août 1464, pour succéder à Pie II. Il devint le 211e pape de l'Église catholique et prit le nom de Paul II. C'est à ce pape que les cardinaux doivent la couleur pourpre de leur vêtement, jusque-là l'apanage du pontife romain. D'après une autre source, ce serait le pape Innocent IV, au concile œcuménique de Lyon, en 1245, qui aurait décrété que ses cardinaux, pour marquer leur disposition perpétuelle à défendre la foi catholique jusqu'à verser leur sang pour elle («usque ad effusionem sanguinis»), seraient habillés de pourpre (fr.wikipedia.org - Paul II).

 

"famille" : assassinat des Guise à Blois en 1588

 

Si l’on en croit une lettre adressée après 1585 à Abraham Ortelius, le Grand Insulaire et Pilotage de Thevet aurait dû compter parmi les monuments cartographiques les plus considérables de la fin du XVIe siècle. I] devait comprendre quelque 350 cartes des iles du monde entier. Dans I’ Histoire d'André Thevet, de deux voyages par luy faits aux Indes Australes et Occidentales, de rédaction antérieure à cette lettre, Thevet, dans l’euphorie des commencements, n’hésite pas à parler de «cing cens Isles par moy recouvertes en divers endroits des quatre [sic] parties de l'univers». Or le manuscrit qui nous est parvenu, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France, ne comporte que 263 tétes de chapitre, ce qui amène 4 conclure a un état très inachevé de l’œuvre. Pour ces 263 chapitres, seules 131 cartes gravées ont été retrouvées a ce jour, dont 84 contre-collées dans les deux volumes du manuscrit [III 45 et 46]. [...]

 

Plusieurs raisons expliquent l’échec de ce qui fut sans doute l’entreprise la plus ambiticuse du cosmographe de Henri III. En premier lieu, la conjoncture politique était défavorable. En mai 1588, le roi était chassé de Paris à la suite de la journée des Barricades. Henri de Guise, chef de la Ligue, prenait le pouvoir. Depuis longtemps, André Thevet s’était rallié à sa personne et à son parti. En conséquence, au lieu de suivre Henri III à Tours, il resta dans la capitale. Après l'assassinat du duc de Guise l’avant-veille de Noél 1588, Thevet recevra encore des bénéfices de son frère le duc de Mayenne. Mais la protection du vainqueur du jour ne suffisait pas à garantir l’aboutissement d’une entreprise éditoriale de cette envergure. Certains libraires avaient accompagnée le roi a Tours. Ceux qui restaient avaient leurs presses mobilisées par la propagande courante et l'apologétique religieuse. De toute évidence, il était exclu qu’un ouvrage scientifique de la taille de l'Insulaire par être mis en chantier. De plus Thevet, déja «fort viel», était périodiquement malade, incapable de surcroit de travailler seul, sans l'aide de «nègres» qu’il rémunérait tant bien que mal et que la crise de 1588 dut disperser. [...]

 

De 1588 date la mise au propre partielle qui nous est parvenue sous le titre de Description de plusieurs Isles et dont les 51 chapitres ont trait aux îles des mers du Nord, de la Manche et de |’Atlantique. Dans le riche corpus de manuscrits que Thevet nous a laissé, aucune indication de date n’est postérieure à 1588. Cette année-là, Thevet se dit âgé de «soixante et douze ans». Ii mourra quatre ans plus tard, le 23 novembre 1592, alors que Henri IV s’apprête a abjurer et a rentrer dans sa capitale (Frank Lestringant, Sous la leçon des vents: le monde d'André Thevet, cosmographe de la Renaissance, 2003 - books.google.fr).

 

"rouge assommeront"

 

L'intolérance de l'Église anglicane donna lieu à l'émigration d'un grand nombre de non-conformistes dans l'Amérique septentrionale. Arrivés en terre de liberté, les proscrits n'en conservèrent pas moins le fanatisme de la mère-patrie. Voici quelques-unes des lois qu'ils établirent dans le Connecticut: «Nul ne pourra tenir aucun office, s'il n'est orthodoxe dans sa foi et fidèle à cet état; quiconque donnera sa voix à une telle personne paiera une amende d'une livre. A la seconde fois, il perdra sa qualité de citoyen. Aucun quaker, aucun homme séparé du culte établi... ne pourra voter pour l'élection des magistrats ou des officiers quelconques. Ni nourriture ni logement ne seront donnés à un adamite, à un quaker ou à quelque autre hérétique. Si quelqu'un se fait quaker, il sera banni; et, s'il revient, il sera puni de mort.» C'est ainsi qu'on agit d'abord dans cette Amérique, le premier pays cependant où la liberté religieuse fut depuis mise en pratique, celui où celle liberté est maintenant le mieux reconnue (Emmanuel Orentin Douen, De la vérité chrétienne et de la liberté en matière de foi. Deux études, 1857 - books.google.fr).

 

Enfin libres, les anciens "hérétiques" purent s'adonner au massacre du "rouge" (du peau-rouge).

 

Le zèle immodéré de la religion, coûta presque autant de sang & de larmes aux Indiens que les chaînes du despotisme & la tyrannie des loix. On évalue à douze millions d'hommes le nombre des Indiens massacrés dans le vaste continent du Nouveau Monde. Cette proscription, dit M. de Voltaire, est à l'égard de toutes les autres ce que feroit l'incendie de la moitié de la terre à ce lui de quelques villages (Joseph Mandrillon, Recherches philosophiques sur la découverte de l'Amérique, 1784 - books.google.fr).

 

La race européenne avait alors remplacé la population indigène, détruite ou mise en fuite par les effroyables excès des premiers conquérants. Les Indiens, massacrés ou condamnés à des travaux au-dessus de leurs forces, avaient disparu avec une rapidité incroyable. Hispaniola avait, en vingt ans, va sa population tomber d'un million d'individus à dix mille environ; en vain, plusieurs voix éloquentes, et surtout celle du célèbre Barthélemy de Las Casas, s'élevèrent en faveur des malheureux indigènes. « Il y avait, dit-il, un officier du roi qui reçut trois cents Indiens ; au bout de trois mois, il lui en restait trente. On lui en rendit trois cents; il les fit périr. On lui en donna encore, jusqu'à ce qu'il mourût, et que le diable l'emportât. » (Las Casas, cité par M. Michelet.) Les efforts du dominicain apportèrent peu d'adoucissement au sort des Américains, et, chose étrange, ils amenèrent l'atroce institution de la traite des nègres, Las Casas, dans son zèle aveugle, avait proposé de les substituer aux indigènes de l'Amérique, comme plus capables de résister à de rudes travaux. Depuis cette époque, les vaisseaux européens allèrent acheter aux tribus africaines des prisonniers, des esclaves, des enfants, pour les vendre aux conquérants des riches contrées de l'Amérique (Cours complet d'histoire et de géographie d'après les nouveaux programmes arretés les 24 et 25 mars 1865 en conformité du décret, 1870 - books.google.fr).

 

Acrostiche : APDL

 

apadelon” : ferula ou asphodelus (Studies in Philology, Volume 44, 1947 - books.google.fr).

 

En rapport avec le quatrain précédent VIII, 18, parlons de lis-asphodèle (Joseph Pitton de Tournefort, Élémens de botanique, [par Pitton de Tournefort], Tome 2, 1694 - books.google.fr).

 

La première mention d’hémérocalle a été faite vers 656 après J.C., dans un livre chinois «Materia Medica» et en 1554, en Europe, dans «Cruydeboeck» du botaniste flamand Dodoens sous le nom de «lilium jaune» avec la mention du nom possible d’Hemerocallis ; puis en 1570 et 1576 par Pena et De Lobel. En 1753, Linné publie «Species plantarum» dans lequel il cite sous le nom d’hemerocallis, Lilio asphodelus flavus (Hemerocallis flava maintenant connue comme Hemerocallis lilioasphodelus), Lilio asphodelus fulvus (Hemerocallis fulva) et Lilastrum (qui n’est pas une hémérocalle mais Paradisea liliastrum). Dans l’édition suivante, en 1762, il change les noms qui deviennent Hemerocallis flava et Hemerocallis fulva (www.iris-bulbeuses.org).

 

Les hémérocalles sont de populaires plantes de jardins au Québec. Il en existe plusieurs cultivars qui ont tous la même origine : l'hémérocalle fauve. Originaire d'Asie, il a été importé en Amérique au XVIe siècle. Depuis, il s'est échappé des jardins et s'est largement répandu, c’est pourquoi on le considère comme naturalisé. On le retrouve maintenant dans nos champs et nos fossés. La fleur d'hémérocalle ne dure qu'une journée c'est pourquoi on l'appelle souvent lys d'un jour (www.fleursduquebec.com).

 

Nous citerons encore de Thevet plusieurs cartes dont la plus curieuse est l'Univers réduit en fleur de lys, 1583  (Revue de geographie, Volume 3, 1878 - www.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2044 sur la fourchette pivot 1516 - 1592 donne 988 - 1140.

 

Mr. Liliestrale prétend que déjà en 1001 les deux Suédois Biæern Herjulffon & Leif Erichson firent le voyage d'Amérique qu'ils nommèrent Winland, & s'établirent dans la partie méridionale (Almanach de Gotha, 1782 - books.google.fr).

 

L'histoire du Groenland est remarquable. Les premiers Norwegiens qui y abordèrent, virent d'abord des sauvages qui vraisemblablement y avoient passé de l'Amérique: mais à l'égard desquels nous n'avons presque aucune connoissance. Le premier qui donna occasion à la découverte de ce pays, fut un nominé Gunbiörn, qui, après celle de l'Island, navigua plus avant, et rencontra une Isle, qu'il appella Gunbiarnarsker du rocher de Gunbiörn. Il vit aussi, vers le septentrion, une terre plus éloignée, mais à laquelle il n'arriva point. Cette découverte ayant été connue, Eric surnommé la tête rouge, fils de Torwald, qui avoit été obligé de fuir de la Norwège et de se retirer en Island pour meurtre commis, conçut le dessein de marcher sur les traces de Gunbjörn, et de trouver le pays que celui-ci n'avoit qu'entrevu. Il étoit d'autant plus disposé à entreprendre ce voyage que des querelles qu'il avoit eues en Islande, lui avoient attiré un bannissement de trois ans. Il sortit en 981 ou 982 du port de Snäfelsnes, situé à la côte occidentale de l'Island, et en navigant tout droit il arriva à une montagne du Groenland, appellée aujourd'hui Blaserk. De là il tira vers le sud, et passa le premier hiver dans une Isle, à laquelle il donna son nom. Il nomma l'année suivante plusieurs autres endroits, et retourna en Island durant le troisième été de son voyage. L'année d'après il fit un second voyage dans cette contrée; l'appella Groenland, c'est-à-dire, Pays verd, à cause des beaux pâturages et des arbres verds qui s'offrirent à sa vue; établit au bord du Golfe d'Eriksfiord le village de Brattalid; y fixa sa demeure, et persuada peu à peu beaucoup d’Islandois à suivre son exemple. Leif, fils d'Eric, partit pour la Norwege, quatorze ou quinze ans après que son père se fut établi en Groenland, et fit part au Roi Oluf Truggefen des découvertes d'Eric. Le Roi ayant fait instruire et batiser Leif, le renvoya en Groenland avec quelques ecclésiastiques; il y aborda en l'année 1000, et convertit son père à la religion chrétienne; ce qui détermina tous les autres Groenlandois à en faire de même (Anton Friedrich Buesching, Geographie universelle, Tome 11, 1768 - books.google.fr).

 

Autrement

 

Félix V

 

En 1416, à Lausanne, le comte Amédée fut élevé par l'empereur Sigismond à la dignité ducale. Mais, accablé par de nombreux deuils, le duc de Savoie décida de se retirer dans son château de Ripaille, où il fonda l'Ordre des chevaliers de Saint-Maurice. De sa retraite, il continuait à suivre les affaires de son Etat lorsqu'il reçut l'appel d'un concile, réuni à Bale en pleine crise de l'Eglise. Ce concile l'élut pape ; Amédée VIII prit le nom de Félix V. Mais, considéré comme un antipape en dehors de ses propres Etats et des Cantons suisses, il abdiqua en 1449. Les armes de Savoie, surmontées de la tiare pontificale et des clés de saint Pierre, figurent sur cette catelle d'un poêle de l'ancien château de Mont-le-Vieux (Musée de Nyon) (Encyclopédie illustrée du pays de Vaud: L'Histoire vaudoise, 1973 - www.google.fr/books/edition).

 

Sous le nom de Félix V, Amédée VIII de Savoie fut antipape au temps du concile de Bâle. Sa mitre est exposée dans le trésor de l'Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. L'élection de Félix V résulte d'une lutte d’influence entre le pape Eugène IV et les membres du concile de Bâle. Après une série de conflits, Eugène IV décide de transférer le concile de Bâle à Ferrare en 1438. Seule une minorité accepte d’abord cette décision et le concile décide de continuer à siéger à Bâle. Le 30 octobre 1439, s’appuyant de sur le décret Haec sancta du concile de Constance, le "concile" resté à Bâle prétend déposer Eugène IV et élit à sa place Amédée VIII de Savoie, alors âgé de 56 ans, sous le nom de Félix V. L'antipape Félix V est intronisé le 23 juillet 1440 dans la cathédrale de Lausanne. Il prend comme secrétaire Enea Silvio Piccolomini, futur pape Pie II, et qui prit rapidement ses distances avec Bâle. Félix V se soumet en 1449 au successeur d’Eugène IV, le pape Nicolas V. Son renoncement à la tiare est négocié à Lyon, par les ambassadeurs du roi de France Charles VII, du duc de Savoie Louis Ier, de René d'Anjou, roi titulaire de Sicile, du roi d'Angleterre Henri VI, de l'archevêque de Trêves Jacques de Sierck, de l'archevêque de Cologne Dietrich II von Moers (de) et de l'électeur de Saxe Frédéric II.

 

Félix V met quatre conditions à son abdication :

 

Qu'elle doit avoir lieu dans le cadre d'un concile qu'il convoque. Qu'il puisse rétablir dans leur dignité, par une bulle, tous les ecclésiastiques qui avaient été punis par Eugène IV et Nicolas V parce qu'ils l'avaient soutenu. Qu'il puisse lever, par une bulle, les excommunications qu'il avait fulminées contre des personnes ou des lieux parce qu'elles avaient soutenu Eugène IV et Nicolas V. Qu'il puisse confirmer, par une bulle, tout ce qu'il avait décrété pendant la durée de son pontificat discuté.

 

Après que ces conditions aient été acceptées et que Nicolas V et le dauphin de Viennois Louis II se soient portés garants de leur exécution, Félix V transfère à Lausanne, le 5 avril 1449, le Concile de Bâle où il publie les bulles auxquelles il s'était engagé. Il renonce à la tiare le 7 avril 1449. Les pères du concile y élisent pape Nicolas V, le 19 avril 1449. Il est le dernier antipape officiellement reconnu comme tel par l’Église catholique (fr.wikipedia.org - Amédée VIII).

 

Le pape Nicolas V, successeur d'Eugène IV, ayant accepté ses conditions, il déposa la tiare à Lausanne, où il venait de transférer le concile de Bâle. En échange de son abdication, qui eut lieu le 15 avril 1449, on lui accorda une position exceptionnelle. Créé cardinal et évèque de Sabine, il conserva sous le titre de légat et vicaire perpétuel du saint-siége la majeure partie de son autorité pontificale dans les états de Savoie, la Suisse et le Lyonnais et fut reconnu pour le second personnage de l'église. Il fut aussi confirmé dans la dignité d'évêque de Genève, qu'il avait dès 1444. La plupart des historiens le font ensuite rentrer à Ripaille, mais cette assertion est démentie par les indications du «Registrum epistolarum» de l'évèque de Sabine, déposé à la bibliothèque de Genève. On voit dans ce recueil d'ordonnances, dicté par Amédée lui-même, qu'après avoir séjourné à Lausanne jusqu'au 18 juin 1449 il partit pour le Piémont où il habita successivement Turin, Moncalier et Suze. De là il revint à Lausanne le 12 février 1450, passa quelques jours du printemps à Ripaille, puis une partie de l'été à Evian et fixa ensuite sa résidence à Genève, où il mourut le 7 janvier 1451 (Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Tome 2, 1878 - books.google.fr).

 

"troublée"

 

L'hésitation montrée par Amédée VIII ce jour-là n'était pas seulement le geste traditionnel d'humilité, de circonstance pour un évêque élu, mais elle reflétait aussi sa conscience des risques politiques et financiers et des charges qu'on lui  demandait d'assumer. Avec son acceptation de la tiare, Amédée VIII abandonna irrévocablement la politique de neutralité qu'il avait adoptée depuis plusieurs années dans le conflit entre le pape Eugène IV et le concile et qu'il avait encore affirmée en juillet 1439. Bien qu'il n'ait jamais démontré publiquement un quelconque intérêt pour le pontificat, avant d'accepter son élection en décembre 1439, et que les pères du concile qui ont favorisé son élection aient montré la même discrétion jusqu'à la fin du conclave, il est possible de reconstruire les motifs et les étapes qui ont conduit à l'élection du duc de Savoie. Dans son récit, le témoin oculaire Jean de Ségovie raconte que l'ambassade du concile demanda humblement au duc de Savoie d'accepter son élection. Le comportement des envoyés conciliaires reflétait non seulement la déférence d'usage due à un pape élu, mais aussi le fait que le concile avait besoin du support politique et financier de la Maison de Savoie, alors que le duc, selon toute apparence, était motivé par des considérations telles que l'honneur et le prestige de la dignité papale. Malgré le besoin urgent d'appui qu'éprouvaient les pères du concile, Amédée VIII-Félix V découvrit bientôt que ceux qui lui avaient demandé si humblement de devenir pape avaient néanmoins des vues très précises sur la portée et les limites de la dignité qu'il Puisque, par la suite, Félix V n'a été reconnu pape que dans ses propres Etats, dans les cantons suisses et dans quelques régions de l'Empire, et qu'il n'a jamais pu asseoir son pouvoir dans les Etats pontificaux, la conception qu'avait le concile d'une papauté réformée ne pouvait donc être mise en pratique que sous une forme modifiée. Malgré cela, les pères du concile se montrèrent intransigeants dans la volonté

d'imposer à Félix V leur conception de la dignité papale envisagée comme une «monarchie mixte» constitutionnelle. L'initiative de la promotion d'Amédée VIII au  pontificat était venue des prélats influents du concile de Bâle, spécialement du cardinal Louis Aleman qui en était devenu le président le 14 février 1438. Connu sous le nom de «cardinal d'Arles», puisqu'il était aussi l'archevêque de la ville et de la province ecclésiastique d'Arles, Louis Aleman était originaire des Etats savoyards, où sa famille, membre de la petite noblesse du Bugey et vassale de la Maison de Savoie, possédait un château et des terres. Bien qu'Eugène IV et les membres de la Curie romaine accusèrent plus tard Amédée VIII - Félix V d'avoir préparé secrètement son élection à la papauté depuis longtemps, cette accusation n'est pas soutenue par la documentation disponibles. Cette conclusion, à laquelle étaient parvenus, il y a bien des années, Gabriel Pérouse, Max Bruchet et Noël Valois, reste toujours valable. Le débat a été récemment ravivé par Heribert Müller qui a attiré l'attention sur des documents qui semblent indiquer qu'Amédée VIII ait pu promouvoir sa candidature à la papauté, avant même la déposition d'Eugène IV à Bâle le 25 juin 1439. Müller a noté l'augmentation importante du nombre d'ecclésiastiques venant de Savoie qui ont été incorporés au concile dans le mois qui précédait la déposition d'Eugène IV, alors que la peste sévissait à Bâle. Müller cite aussi une lettre de Konrad von Weinsberg , le protecteur impérial du concile , qui écrivit au début d'août 1439 de Nuremberg que, quand il avait été à Bâle en mai 1439, on avait beaucoup parlé d'un futur pape, quelques-uns préférant le duc de Savoie d'autres le cardinal d'Arles, d'autres encore l'archevêque de Brême, mais que la plupart étaient en faveur du duc de Savoie. Il ne semble faire aucun doute qu'au concile de Bâle, le nombre d'ecclésiastiques provenant de Savoie ait augmenté de façon inhabituelle en mai-juin 1439 ; cependant il n'y a pas de preuves spécifiques qui indiqueraient que cet afflux était dû à l'initiative personnelle d'Amédée VIII. L'initiative pourrait être attribuée au cardinal d'Arles qui recherchait à cette époque à inciter le concile à publier de manière formelle les Trois Vérités de la Foi, qui étaient liées au procès et à la déposition d'Eugène IV. Alors qu'il est probable que le cardinal Aleman espérait, déjà en mai 1439 et même plus tôt , pouvoir persuader Amédée VIII d'accepter la tiare offerte par le concile de Bâle après la déposition d'Eugène IV, il nous manque les documents qui nous permettraient d'affirmer que le duc de Savoie ait consenti à un tel projet avant la déposition d'Eugène IV (Joachim W. Stieber, Amédée VIII et le concile de Bâle, Amédée VIII-Félix V, premier duc de Savoie et pape (1383-1451), 1992 - www.google.fr/books/edition).

 

"grande cappe"

 

La cappa peut être celle de saint Martin conservée à Aix la Chapelle. Le vicaire de la cappe peut être un duc de Savoie, vicaire impérial.

 

Grâce à l'empereur Wenceslas, Amédée VII, père d'Amédée VIII, retrouve dès son avènement le vicariat impérial dont il peut se prévaloir pour acquérir en 1388 Nice et la «Terre Neuve de Provence». Dans l'ensemble, hormis Rodolphe de Habsbourg à la fin de son règne, l'empereur n'a donc jamais gêné l'expansion savoyarde (Lettre à Henry - Mont Jovis - www.nostradamus-centuries.com).

 

Aussi sont-elles rouges encore cette soutane et cette cappa magna que le Pape Paul II réserve au XVe siècle aux seuls cardinaux pour les distinguer encore davantage. Rouges aussi cette barrette et cette calotte, qu'à la différence du chapeau remis presqu'obligatoirement par le pape lui-même, les cardinaux reçoivent de leurs rois ou des envoyés du souverain pontife, enfin cet anneau de rubis qui brille à leur main droite. Du reste, le rouge n'est-il pas la couleur du commandement ? (Louis Dollot, Les cardinaux-ministres sous la monarchie française, 1952 - books.google.fr).

 

Pietro Barbo (né le 23 février 1417 à Venise – mort le 26 juillet 1471) était un religieux italien du XVe siècle, neveu par sa mère d'Eugène IV, qui fut abbé, évêque, cardinal, et fut élu pape le 30 août 1464, pour succéder à Pie II. Il devint le 211e pape de l'Église catholique et prit le nom de Paul II. C'est à ce pape que les cardinaux doivent la couleur pourpre de leur vêtement, jusque-là l'apanage du pontife romain. D'après une autre source, ce serait le pape Innocent IV, au concile œcuménique de Lyon, en 1245, qui aurait décrété que ses cardinaux, pour marquer leur disposition perpétuelle à défendre la foi catholique jusqu'à verser leur sang pour elle («usque ad effusionem sanguinis»), seraient habillés de pourpre (fr.wikipedia.org - Paul II).

 

Ainsi cette "grande cappe" désigne à la fois un Savoyard et, par anticipation, un cardinal, puisque l'accessoire cardinalice n'aurait été instituté que par Paul II, pape en 1464, et qu'Amédée VIII ne sera cardinal qu'après son élection comme antipape et sa renonciation (cardinal-évêque de Genève en 1449, de Sainte Sabine).

 

"marcheront"

 

Un des plus illustres auteurs de son temps, Olivier de la Marche, a fait, d'Amédée VIII, un grand éloge. «Cestuy Felix, dit-il, vescut avec Francois et Bourgongnons, et si sagement se gouverna au temps des divisions de France, que son païs de Savoye estoit le plus-riche, le plus-seur et le plus plantureux de tous ses voisins. Trois filles de roy furent pour un jour seans à sa table: dont il avoit alié ses enfants par mariage.» Éloge d'autant plus significatif qu'Olivier de la Marche était attaché à la Cour de Bourgogne, laquelle tenait au pape Eugène et n'avait jamais voulu reconnaître Félix V ? (Jules Vuy, Jugement rendu par Amédée VIII, 1862 - books.google.fr).

 

Comme une députation du concile de Bâle se rendit à Ripaille auprès d'Amédée VIII, au moins les "rouges" se déplaceront.

 

L'élection étant faite il fallait aller en aviser Amédée VIII. En décembre 1439 Aeneas a fait partie de la délégation envoyée pour ce faire à Ripaille. Max Bruchet signale un passage du compte du trésorier général de Savoie, que je traduis : "Et d'abord il (= le trésorier en question) pesa audit Griffon, aubergiste à Thonon, pour les dépenses faites dans son auberge par maître Jean Duval (= le curé de Plonéour, au diocèse de Saint-Pol-de-Léon) et Aeneas avec cinq personnes et autant de chevaux pendant cinq jours entiers et un soir, jusqu'au 19 décembre 1439 inclus, en ayant compté pour chaque cheval et personne par jour 5 deniers gros, la somme de 11 florins, 10 deniers gros petit poids”. Amédée VIII accepte d'être le pape choisi par le Concile, face au pape Eugène IV que bien des gens considéraient encore comme le seul et vrai pape de l'Eglise catholique. A Thonon il renonce - avec beaucoup de réticence - à sa barbe, et va ensuite se faire couronner à Bâle, après avoir choisi de s'appeler Félix V. Dans une lettre à Jean de Ségovie, dans laquelle il raconte ce couronnement de Félix V, après avoir peint l'impétrant et relaté la cérémonie, Aeneas décrit le départ en procession des participants (G. Chevalier, Un humaniste secrétaire de Félix V : Aeneas Sylvius Piccolomini, Revue savoisienne, Volume 135, 1995 - www.google.fr/books/edition).

 

Le 15 décembre, après douze jours de pérégrinations, la délégation arriva à Thonon. Les populations regardaient avec émerveillement cet imposant cortège de près de quatre cents cavaliers, qui s'avançait avec , en tête , un cardinal vêtu de pourpre suivi d'évêques et de prélats aux robes chamarrées qui se mêlaient aux armures étincelantes des chevaliers. La petite ville de Thonon pouvait à peine loger tout ce monde, et l'«auberge du Lévrier» fit le bonheur du Cracovien qui put enfin manger à sa faim , d'autant plus que le majordome du château ducal avait aidé les aubergistes de Thonon en envoyant poulets, perdrix, gibiers de toutes espèces, fromages et fruits confits. Le 15, les ambassadeurs du concile, parmi lesquels on pouvait distinguer de hauts dignitaires ecclésiastiques de plusieurs pays, accompagnés de toute la noblesse de Savoie, allèrent à Ripaille rendre un premier hommage. En froc d'ermite, avec sa belle barbe et ses cheveux blancs, appuyé sur son bâton, Amédée respectable patriarche de cinquante-six ans, entouré de ses chevaliers vêtus comme lui, reçut ses hôtes sur le parvis de l'église. Les délégués descendirent de cheval et s'agenouillèrent devant Amédée, mais le duc les releva aussitôt et les entraîna vers le réfectoire du prieuré. Il prit place dans une chaire, Aleman dans une autre, et pour la première fois les deux hommes se tutoyèrent. Le cardinal exposa la mission qui attendait le nouveau pape, l'évêque de Vich compléta les paroles d'Aleman par l'éloge de sa personne , exprimant l'espoir que l'on mettait en lui, quant à la défense de la foi conciliaire, «afin que tu puisses subvenir avec beaucoup de piété à l'Église, épouse du Christ, en ce temps de nécessité , et que tu puisses consoler par ta charité l'Église universelle, affligée de douleurs variées, ainsi que par ta mansuétude, ta sagesse et les autres vertus que t'a concédées le ciel...». Amédée, très ému, répondit par quelques mots en latin, puis passa rapidement la parole à son chancelier qui, après quelques généralités, convoqua la délégation pour le 17 décembre suivant. Entre-temps, Amédée réfléchit et discuta avec le cardinal, avant de donner entièrement son adhésion. Trois points ne le satisfaisaient pas. Tout d'abord, la formule du serment : «Je jure Je jure de procurer la célébration des conciles et la confirmation des élections conformément aux décrets du saint Concile de Bâle.» La seconde partie de ce serment lui convenait moins encore, car il pensait, comme premier acte, récompenser par des dignités électives ceux qui lui avaient rendu le plus de services et qui étaient capables de lui en rendre encore. D'autre part, c'était un moyen d'obtenir une importante rentrée de fonds. Le second point était sa barbe, qu'il aurait désiré conserver, mais il se heurta à un refus impitoyable ; la mode du jour, pour les papes, était d'être imberbes. Le troisième point était son nom qu'Amédée eût voulu garder, mais cela aussi, la tradition apostolique ne le permettait pas. Le duc fut certainement surpris de voir avec quelle intransigeance l'autorité conciliaire s'opposait déjà à ses désirs. Le 17 décembre, à une heure de l'après-midi, les Pères du concile revinrent pour obtenir son adhésion. L'assemblée se retrouva dans le réfectoire où Amédée VIII l'attendait, entouré de ses deux fils. Les légats présentèrent leur lettre de créance et lurent à haute voix le décret qui confirmait l'élection . L'évêque de Vich adressa la demande à laquelle devait répondre le duc. Voyant que ce dernier hésitait, le cardinal et ses collègues se jetèrent à ses pieds et le supplièrent d'accepter, mais Amédée répondit qu'il devait encore réfléchir. Le cardinal insistant, le duc s'entretint avec quelques membres de son entourage. Enfin, à la troisième supplication d'Aleman, il s'agenouilla, le visage baigné de larmes, joignit les mains après s'être signé, et donna son consentement en demandant toutefois que l'on écoutât les arguments de son vice-chancelier, Pierre Marchand. Celui-ci exposa alors les raisons qui retenaient son maître dans toute cette étrange aventure. Le cardinal trancha la question par une de ces envolées oratoires dont il avait le secret, loua le prince et ses ancêtres et, parlant du nom, il affirma que ses successeurs pourraient le conserver s'ils étaient appelés au trône pontifical. Il choisit pour le duc le nom de Félix, - se trouvant être le patron du jour de l'élection, et parce que trois papes de ce nom étaient morts martyrs pour la foi. Le duc accepta, enfin. Aussitôt fut apporté un autel devant lequel Félix s'agenouilla et prononça la formule du serment imposée par le concile, se gardant toutefois de la lire tout entière. Puis il se retira, pour réapparaître revêtu des ornements pontificaux et prendre place sur un trône. Le cardinal, suivi des Pères, lui baisa le pied, la main et la joue, après lui avoir passé au doigt l'anneau du pêcheur, puis on lui mit les mules et la mitre. Précédé de la croix pontificale, il fut intronisé, au chant du Te Deum, sur l'autel de saint Maurice. Amédée, devenu le pape Félix V, donna sa bénédiction à l'assistance. Ainsi se réalisait en partie la prophétie : «le buveur de cervoise (allusion à Eugène qui s'abstenait de vin) sera déposé et son successeur s'alliera au serpent et à l'aigle». Allusion aux Visconti et à l'empereur. La journée terminée, les délégués regagnèrent Thonon (Marie José de Savoie, La maison de Savoie: Amédée VIII, le duc qui devint pape, 1956 - www.google.fr/books/edition).

 

Après avoir abdiqué la dignité ducale en faveur de son fils, 6 janvier 1440, il se fit couronner à Bâle le 24 juillet sous le nom de Félix V, et fut reconnu pape par la France, l'Angleterre, l'Espagne, le duc de Milan, les Suisses, l'Autriche, la Hongrie, la Bohème, la Bavière, le grand maître de Prusse, la Savoie et le Piémont. Le reste de l'Europe par contre tint le parti d'Eugène IV. Désireux de faire cesser le schisme, les rois de France, d'Angleterre et de Sicile firent plusieurs fois des démarches pour engager Félix V à renoncer au pontificat (Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Tome 2, 1878 - books.google.fr).

 

Une procession eut lieu lors du voyage de Félix V à Bâle, où il fit une entrée solennelle.

 

Puis venaient les huit cents musiciens du comte Philippe de Genève, trois cents cavaliers, deux cents mercenaires en armures dorées, quatre-vingt-quatre arbalétriers et douze pages suivis du comte Philippe de Genève, celui des fils d'Amédée qui ressemblait le plus à son père. Un homme venait ensuite, avec une ombrelle rouge, et suivi d'une voiture qui représentait l'Église, puis, enfin, des hommes à cheval portant le bagage du pape, dans de riches coffrets Un second cortège suivait ; des hommes vêtus de rouge menaient douze haquenées blanches, représentant les douze apôtres. Une treizième haquenée, tachetée de roux, figurait le traître Judas. Mille deux cents enfants, revêtus de la robe bénédictine, suivaient en poussant des cris de «Vive Félix», et en agitant des drapeaux aux armes du pape. Puis c'était le clergé de Bâle, six cents prêtres chargés de reliques et mille deux cents frères laïcs, tenant des torches aussi hautes qu'une lance, des garçons d'honneur qui portaient des chapeaux de cardinaux, trois ermites de Ripaille précédant une grande croix de procession et suivis du Saint Sacrement, porté par un mulet qui avait une cloche d'or au cou, agitée tour à tour par un prêtre séculier et un prêtre régulier. Venaient ensuite le cardinal de La Palud, le marquis de Saluces, et, immédiatement après le cardinal Aleman arrivait Félix V, monté sur une mule blanche ornée de velours rouge, que conduisait le bourgmestre de Bâle. Le pape était coiffé d'une mitre scintillante de joyaux, et six patriciens de la cité étendaient au-dessus de lui le ciel doré d'un dais, tandis que six seigneurs soutenaient la «cappa magna». Six gardes nobles portant le glaive suivaient à pied ainsi que deux cents évêques et abbés, prieurs, prêtres, et, fermant le cortège, venait l'aumônier (Marie José de Savoie, La maison de Savoie: Amédée VIII, le duc qui devint pape, 1956 - www.google.fr/books/edition).

 

"Les rouges" : vins et "faire ripaille" ?

 

Amédée VII, père, était surnommé le Comte rouge. On supposa qu'il fut empoisonné par Othon de Grandson.

 

En pensant à l'altitude et au climat plutôt rude du pays, on peut s'étonner de ce que la Savoie soit un pays vinicole. [...] Les vins rouges de Savoie étaient déjà connus des Romains qui les appréciaient, paraît-il. La mondeuse, récoltée surtout dans la Combe de Savoie (Arbin, Cruet, Saint-Jean-de-la-Porte, Montmélian, Chignin) et en Chautagne, est le cépage savoisien par excellence (on l'appelait aussi savoyen ou savoyan) et il est à peu près sûr que c'est en Savoie qu'il a été sélectionné. C'est un vin rouge, fruité (goût de fraise, de framboise, de mûre et même, violette et truffe). C'est un plan rustique, vivace, résistant, accommodant, et se taillant à volonté. Le persan ou princens, ou vin des princes est pratiquement disparu depuis la dernière guerre (Marie-Thérèse Hermann, La Cuisine paysanne de Savoie, La Vie des fermes et des chalets racontés par une enfant du pays, 2004 - www.google.fr/books/edition).

 

Un témoignage qui n'est nullement favorable à notre solitaire de Ripaille, et que l'on ne saurait supprimer, c'est celui de Monstrelet, qui était au service des ducs de Bourgogne; il était son contemporain, et, par conséquent, il doit être écouté préférablement aux historiens modernes. Voici donc comme il en parle : «Quant au gouvernement de sa personne, il retint encore vingt de ses serviteurs, pour lui servir, et les autres qui se mirent prestement avec lui en firent depuis pareillement, chacun selon son état. Et se faisoient, lui et ses gens, servir en lieu de racines et d'eaux de fontaine, du meilleur vin et des meilleures viandes qu'on pouvait rencontrer.» (Chronique d'Enguerrant de Monstrelet, tome II, page 100). Voilà l'historien qui a fait le plus de tort à Amédée; il dément formellement les éloges qu'on lui avait donnés sur son genre de vie mortifié. Comme on a plus de penchant à croire le mal que le bien , Monstrelet semble avoir donné le ton à la plupart des auteurs qui, dans la suite, ont eu occasion de parler de la retraite de ce prince (Œuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre : Dissertations sur l'histoire des contrées voisines de Genève. Dissertations sur l'histoire ecclésiastique. Dissertations sur l'histoire littéraire, Tome 2 , 1857 - books.google.fr).

 

On a donné comme origine de l'expression "faire ripaille" le prétendu art de vivre d'Amédée VIII au château-prieuré de Ripaille. Le pape Pie II la colporte après Monstrelet, puis Voltaire. "ripaille" viendrait de "riper", gratter et apparaîtrait en 1579 au sujet du logement des soldats chez les particuliers, puis en 1585 "faire ripaille" avec le sens de "faire grande chère" (Gérard Letexier, Nouvelles historiques exemplaires, Madame de Villedieu romancière, 2004 - www.google.fr/books/edition).

 

Les chanoines du prieuré de Ripaille favorisèrent la vigne autour du château en blanc et rouge. La première femme d'Amédée VIII, Marie de Bourgogne, fit la promotion du vin de Bourgogne en offrant quelques plants de servagnin (pinot noir) aux habitants de Morges qui accueillirent la famille princière pendant la peste de 1420 ; tandis que la deuxième, Anne de Lusignan, aurait rapporté un cépage de l'île de Chypre, l'altesse, en Savoie (Bernard Sache, Le siècle de Ripaille, 1350-1450: quand le duc de Savoie rêvait d'être roi, 2007 - books.google.fr).

 

Holophernes assommé de vin s'endort (Le liure de Judith, Jean de Tournes, 1553 - books.google.fr).

 

Acrostiche : APDL

 

AP : antipape (Francesco Brancaccio di Carpino, I papi e i diciannove secoli del papato, Tome 2, 1899 - www.google.fr/books/edition).

 

DL : 550 en numération romaine.

 

Il existe un saint Félix, natif du Berry, évêque de Nantes, depuis 550 jusqu'à sa mort en 584 ou 583.

                                                 

La division était grande à Nantes et en Bretagne à l'occasion du concile de Basle, transféré et dissous par Eugène IV et continué à Basle malgré ses anathèmes. Le duc tenait pour Eugène IV, mais le plus grand nombre du clergé tenait pour le concile de Bâle et pour Amédée de Savoie dit Félix V, que le concile de Båle avait élu après avoir déposé Eugène IV. Le concile de Bâle eut pour légats en Bretagne, depuis l'an 1439 jusqu'à 1443, avec exercice de leur légation, Louis, évêque de Bazas, et, depuis le quatre des nonés de Juillet 1443, Barthélemi, évêque de Corneto, et Nicolas L'Ami, conseiller du duc de Bourgogne, et député de l'Université de Paris au concile de Basle (Titres de Redon, de Prières et de Péglise de Nantes).

 

Eugène IV, de son côté, ne s'oubliait pas : il envoya l'an 1440 deux nonces en Bretagne avec pouvoir d'absoudre ceux de Bretagne qui, depuis la dissolution qu'il avait faite du concile de Basle, y étaient restés et s'y étaient rendus de nouveau ; il leur donnait en même temps le pouvoir de faire en Bretagne tout ce qu'il conviendrait de faire pour éteindre le schisme, et assurer dans la possession de leurs bénéfices ceux qui avaient été pourvus par l'obedience contraire (MARTEN. Ampl. Collect. T. VIII, p. 972 ; Chât. de Nantes, arm. B, cass. H et cass. E). Il y avait beaucoup de bénéficiers de cette sorte dans l'église de Nantes, dans la collégiale et dans le reste du diocèse, et il ne se pouvait pas qu'il n'y en eut beaucoup par l'attachement de l'évêque Jean de Malestroit à Amédée de Savoie, dit Félix V, qui, pour s'attacher davantage l'évêque de Nantes, le créa cardinal du titre de Saint-Onufre, le 12 Novembre 1440 (D'ARGENTÉ, Hist. de Bretagne, édition de 1588, pag. 74). On ne vit point de troubles à Nantes ni ailleurs à cette occasion, de refus de sacrements, de refus de sépulture ecclésiastique, et un parti ne dominait point l'autre, quoi qu'on suivit différentes obédiences. Tout y fut tranquille et chacun laissé à sa bonne foi).

 

Gilles de Rais, maréchal de France, un des plus riches seigneurs de son temps et aussi un des plus grands dissipateurs, fut arrêté à Nantes par ordre du duc; on l'accusait de quantité de crimes horribles (Chát. de Nantes., arm. L, cass. E; arm. M, cass. E; arm. H, cass. E). L'évêque de Nantes et maitre Jean Blouin, vicaire de Guillaume Meri, inquisiteur de la Foi en France, et par conséquent attaché à Amédée de Savoie, dit Félix V, dont la France suivait l'obédience, instruisirent son procès avec Pierre de l'Hôpital, sénéchal de Rennes et de Nantes, et juge général en Bretagne. Les juges d'église, après un examen juridique, déclarèrent, par sentence du 25 Octobre 1440, Gilles de Rais, atteint et convaincu de sodomie, sacrilége, homicide, invocation du diable et de violement de l'immunité ecclésiastique, pour lesquels crimes ils le déclarèrent excommunié. Cette sentence lui fut prononcée dans la grande salle du château (D'ARGENTRÉ, Hist. de Bret., liv. X, ch. 47) (Nicolas Travers, Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, Volume 1, 1836  - books.google.fr).

 

Dès son avènement (21 oct. 1422), Charles VII essaya surtout de se réconcilier avec le duc de Bourgogne, dont l'alliance faisait la principale force des Anglais. Yolande d'Aragon', belle-mère du roi, ne négligea rien pour réussir dans cette tâche difficile. Elle fit intervenir le duc de Savoie, Amédée VIII, oncle de Philip le Bon, le duc de Bretagne, Jean V, puis son frère Artur, comte de Richemont.Dès la fin de 1422, il y eût à Bourg, en Bresse, des conférences où furent posées les premières bases des négociations ultérieures qui devaient se poursuivre entre le roi et le duc de Bourgogne (décembre 1422-février 1423). La reine Yolande alla ensuite à Nantes, où elle conclut, dans le même but, un autre traité avec Jean V, le 18 mai 1424. Les pourparlers continuèrent à Chambéry, où une trêve fut signée le 28 sept., puis à Macon (décembre 1424) et à Montluel (janvier 1425). Peu après Yolande faisait donner l'épée de connétable au comte de Richemont, pour avoir aussi l'appui de son frère, Jean V (7 mars 1425). De nouvelles tentatives furent faites auprès de Philippe le Bon et même auprès du gouvernement anglais, mais elles n'aboutirent qu'au renouvellement des trêves conclues avec le duc de Bourgogne. Devenu maître du pouvoir, La Trémoille suivit la même politique. Après les succès de Jeanne d'Arc, les négociations avec le duc de Bourgogne furent reprises aux conférences d'Arras et de Compiègne (août 1429), sous la médiation d'Amédée VIII. Les ambassadeurs du roi y firent des propositions de paix qui n'aboutirent pas, mais qui préparèrent une solution trop longtemps retardée (E. Cosneau, Traité d'Arras (1435), Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire, Tome 7, 1889 - books.google.fr).

 

Un essai de réconciliation avec Philippe le Bon, appuyé par le rapprochement déjà opéré avec le duc de Bretagne Jean V, devenait dès lors possible et sortait des régions de la chimère. Or, dans ce printemps de 1424, la convention préparatoire adoptée à Nantes, le 18 mai, sous les auspices du duc Jean V, en a esquissé les premiers traits. L'intervention réitérée du duc de Savoie Amédée VIII, le grand apôtre de la paix", les accentue bientôt et renouvelle les négociations engagées naguères. [...]

 

Le duc régnant de Savoie, Amédée VIII, a pour mère Bonne de Berry, fille de Jean, duc de Berry, frère de Charles V, et sœur de la duchesse Marie de Bourbon : Bonne de Berry, veuve d'Amédée VII, avait épousé, depuis, Bernard VII, comte d'Armagnac, le célèbre connétable, chef du parti baptisé de son nom. Rattaché ainsi au parti français, Amédée VIII avait épousé Marie de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère de Charles V, et se trouvait ainsi l'oncle par alliance de Philippe le Bon. Sa fille Bonne (1415-1430), morte à l'âge de 15 ans, fut fiancée, à l'âge de 10 ans (janvier 1426), à François de Bretagne, fils de Jean V, devenu comte de Montfort l'année suivante (Germain Lefèvre-Pontalis, La guerre de partisans dans la Haute-Normandie, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, Volume 62, 1895 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2044 sur la date pivot 1440 donne 836.

 

L'Abbé Walla, parent de l'Empereur Louis le Debonnaire fut fait Abbé de Corbie par ce prince qui l'attacha, comme principal conseiller, à l'empereur Lothaire I son fils. Walla suivit, en 822, le jeune prince en Italie (Pertz, Monumenta Germanica, Tome II, page 626) et fut accusé d’etre l'instigateur de sa révolte contre l'Empereur son père. Dans une diète solennelle, tenue à Nimègue en 830, tous les fauteurs de celle révolte furent condamnés à mort. Louis commua leur peine en un emprisonnement perpétuel (Ibidem, page 633). Walla fut privé de sa dignité et relégué dans un souterrain entouré d'eau (arctissimâ specu) et inaccessible (Ibidem, page 556) où le moine Pascase Radbert le visita. Voici en quels termes ce dernier décrit la prison de Walla."Fateor planè, quod aromata solent, quod in prædicta specu, nisi quod cælum, et penninas Alpes nec non Limanium lacum cernebat ; solum modo mare cernebat" (Ibidem § 12, page 559). Il est vraisemblable que l'Empereur Louis choisit Chillon pour la détention de l'Abbé Walla, parce que Arnoul , fils naturel de ce monarque, était , vers ce temps-là, Comte ou Gouverneur du Valais. La détention de Walla à Chillon ne fut pas de longue durée. L'Empereur l’en retira pour le reléguer dans une île de l'Océan : "quam cito deponetur de specu.... et transportatur... infra oceanam insulam, omnium terrarum ultimam" (Idem, § 11, page 558) Enfin, en 836, l'Empereur le reçut en grâce, le fit venir à Aix-la-Chapelle, et l'envoya de nouveau en Italie où il mourut, la même année, dans l'Abbaye de Bobbio (Idem, page 642) (Extrait de la vie de Walla, Abbé de Corbie, écrite par le moine Pascase Radbert, son contemporain). [...]

 

On ignore en quelle année furent jetés les fondemens de Chillon. Deux auteurs disent qu'il fut bâti en 1238, par un prince de la maison de Savoie. Guichenon l'attribue, ainsi que celui de Martigny et plusieurs autres, au Comte Pierre. – Ces assertions sont erronées. Si l'on en croit un écrivain du IXème siècle, l'Abbé Pascase Radbert, Chillon peut revendiquer quatre siècles de plus d'existence. Cet auteur nous apprend que Louis le pieux y fit enfermer Walla, Abbé de Corbie, son parent. Il ne donne pas, à la vérité, le nom de la prison du prélat disgracié, mais il la désigne de manière à ne pouvoir s'y méprendre, en la plaçant dans un souterrain entouré d'eau, d'où l'on ne pouvait apercevoir que le ciel, le Léman et les Alpes pennines. Ce fait est de l'an 830 (M. de Bons, Chillon, Memoires et Documents, 1849 - books.google.fr).

 

Louis le Pieux envoie Lothaire gouverner l'Italie; & lui donc pour principaux Ministres, le Comte Walla, qui s'étoit fait Moine à Corbie après la mort de Charlemagne, & le Comte Gérung, Capitaine des Gardes de la porte du Palais. Cette année fournit en Italie une troisième époque du règne de Lothaire. En plusieurs endroits on data par les années, d'après son entrée en Italie. [...]

 

Le Moine Paschase Ratbert dit, avec un peu de déguisement, que Walla ne fit Eugène Pape, que pour essaier si, par son moien, on pouroit dans la suite réformer ce qui s'étoit corrompu par la trop grande négligence de plusieurs (M. de Saint Marc, Abrege chronologique de l'histoire generale d'Italie, depuis la chute de l'empire romain en Occident, jusqu'au traite d'Aix-la-Chapelle en 1748, Tome premier, partie premiere, 1761 - books.google.fr).

 

Le comte Rouge (Amédée VII) succéda au comte Vert ; pendant son règne (1383-1391), il ne fit que de courts séjours à Chillon. Amédée VIII délaissa aussi Chillon pour Ripaille (Gustave Bettex, Montreux, 1913 - books.google.fr).

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