Le grand Interrègne

Le grand Interrègne

 

VIII, 20

 

2044-2045

 

Le faux message par election feinte,

Courir par urben rompue pache arresté :

Voix acheptée, de sang chappelle teinte,

Et à un autre l'empire contraicté.

 

En septembre 1590 meurt, au bout de quelques jours de règne, le pape Urbain VII. II faudra deux mois pour élire son successeur, sur une liste imposée par l'Espagne. Or, il apparait que cet événement ait été signalé tant dans les prophéties ligueuses que dans les prophéties posthumes sensiblement remaniées à cette même époque. Or, si nous considérons l'enchainement des éditions parues sous la Ligue, nous observons que la centurie VI parue en 1588, à Paris, chez Pierre Mesnier ne dispose que de 74 quatrains, les suivants n'étant pas retenus dans le canon. Si l'on examine les 26 derniers quatrains qui ne sont apparus qu'en 1590, il apparaît que le quatrain VI, 85 - donc dans le contingent "manquant" de quatrains au sein de la dite centurie - comporte une référence au pape élu et très vite décédé en 1590, à savoir Urbain VII. La grand'cité de Tharse par Gaulois / Sera destruite, captifs tous à Turban / Secours par mer du grand Portugalois / Premier d'esté le jour du sacre Urban. Nous avons également trouvé un passage portant sur un Urben à la centurie VIII, verset 20, qui appartient au groupe des centuries posthumes. [...]

 

Mais ce verset est déjà attesté dès 1572 par Crespin, dans ses Prophéties dédiées à la Puissance Divine : A M. Jean Genevois à Lyon "Le faux message par élection feinte / par urben rompue pasche arrêtée / point ne admet les grands à délivrance, les ennemis seront remis à propos" Il s'agirait donc bien ici, cette fois, d'Urbain VI dont l'élection à Rome, en 1378, marqua le début du Grand Schisme. Plus de deux siècles séparent ces deux papes que ne distingue qu'un point. Quelle différence entre ces deux mentions ? Dans le premier cas, Urban apparaît dans une brève série de quatrains apparus lors même de l'élection du pape. Dans le second, avec urben, il s'agit d'un ensemble de 300 quatrains dont la date d'apparition n'est nullement circonscrite à la période 1588 - 1590 (Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France: formation et fortune, Tome 3, 1999 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VI, 85 – Actualité de Séville - 1987 qui pourrait porter sur le pape Urbain IV qui institue la fête du Saint Sacrement (appelée "sacre" en Anjou par exemple), à l'époque de la prise de la ville de Séville (Tarsis antique). Le 21 juin premier jour de la saison de l’été tombe le jour de la fête dieu en 1987 et en 1992 (année de l’Exposition universelle de Séville).

 

Les auteurs des Centuries ont pu aussi s'inspirer de Crespin.

 

La succession de Frédéric II

 

À dater de ce moment, don Alphonse de Castille sera le candidat des gibelins toscans pour porter la Couronne de Fer du Saint Empire romain germanique. Le roi de Castille se voit pris dans la politique européenne, qui lui réclame d'importantes quantités d'argent pour acheter les voix des électeurs, sans toutefois obtenir de récompense en échange. Un peu plus d'un an après la proposition de Pise, en avril 1257, ont lieu les élections de Francfort : les électeurs sont au nombre de sept et tant Richard de Cornouaille que le roi castillan obtiennent chacun quatre voix , car le roi de Bohême appuie simultanément les deux candidats. L'archevêque de Cologne s'empresse de couronner Richard, tandis qu'Alphonse - qui se tient également pour élu - promet à ses partisans de se rendre en Allemagne dans les plus brefs délais, mais ce ne furent que des promesses. En Italie, on se préoccupait de la situation, car après la mort de Manfred et de Corradino, les plus grands chefs gibelins, le Hohenstaufen le plus direct était le roi de Castille, et c'est sur lui que se fondaient tous les espoirs. En outre, les  guelfes florentins, qui se trouvent dans une situation délicate et ont besoin d'aide extérieure, s'empressent de reconnaître Alphonse X comme le roi des Romains ; pour cette raison, ils envoient une commission en Castille présidée par Brunetto Latini, comme lui-même le rappelle dans son Tesoretto. Au retour, avant d'arriver dans sa ville, il apprend la défaite de Montaperti (1260) et les mesures d'exil prises contre lui. C'est le pontife qui devait résoudre la question de l'égalité des deux candidats : pendant les vingt années que dura la question impériale, quatre papes se succédèrent qui ne réussirent à aucun moment à défendre ouvertement les droits alphonsins : Alexandre IV favorisa Richard de Cornouaille ; Urbain IV n'appuya aucun des deux candidats, en laissant par contre traîner le problème en longueur ; Clément IV, pape français comme le précédent qui avait le soutien de Charles d'Anjou et des guelfes, se déclara, peut-être même pour cette raison, contre Alphonse X. Enfin, Grégoire X «ordonna l'élection de Rodolphe d'Habsbourg» (1273) (Mercè Boixareu, L'histoire de l'Espagne dans la littérature française, 2003 - books.google.fr).

 

"l'autre" du vers 4 serait Rodolphe de Habsbourg.

 

Fausse nouvelle

 

L'empereur Conrad IV, fils de Yolande de Brienne, seconde femme de Frédéric II, descendit en Italie aussitôt après la mort de son père. Son règne fut en quelque sorte une sinécure; car Manfred, son frère illégitime, gouvernait de fait l'État tout entier. Conrad mourut, dit-on, empoisonné de la main de ce frère dénaturé (1254). Ce Manfred qui portait le nom de prince de Tarente, fut le dernier roi effectif de la maison de Souabe. Regardé comme usurpateur, il fut excommunié par le pape Alexandre IV. Régent du royaume après la mort de Conrad, il se fit proclamer roi sur une fausse nouvelle de la mort de Conradin, son neveu, fils de Conrad. C'est alors que le pape Urbain IV, toujours menacé par les armes de Manfred, appela en Italie Charles d'Anjou, comte de Provence, et frère de saint Louis (1264) (P. Mabille, Les Angevins à Naples au XIVe siècle, Annales de la Société linnéenne de Main et Loire, Volumes 16 à 17, 1875 - books.google.fr).

 

Conradin

 

Aussi à peine Conrad IV expirait que les craintes des Guelfes se tournaient du côté de Rodolphe de Habsburg et du royal enfant de Landshut. Innocent IV rappelait à l'évêque de Bâle que Rodolphe était excommunié, comme partisan des Hohenstaufen , et lui enjoignait de faire exécuter la sentence avec plus de rigueur. Dans une autre lettre à la pieuse veuve du duc de Bavière, le même pape défendait de faire jamais de l'orphelin un prétendant à l'empire ou à la royauté napolitaine. Cependant Élisabeth et Louis de Bavière pourvurent aux affaires de Naples, en conférant, au nom de Conradin, la lieutenance du royaume à son oncle Mainfroy; et l'empire étant devenu vacant, par la mort de Guillaume de Hollande, en 1256, la candidature de Conradin se produisit comme d'elle-même. Mais, par une bulle foudroyante, le pape interdit l'élection du petit-fils de Frédéric II, et avec une vivacité d'expression qui détermina les amis de la maison de Souabe à sacrifier leur affection, pour conserver, s'il était possible, la paix publique de l'Allemagne, Toutefois la noblesse allemande mit sa résignation et ses suffrages au prix de la réintégration de Conradin dans ses domaines héréditaires d'Alsace et de Souabe; et comme l'Allemagne ne prit point au sérieux l'empire de Richard de Cornouailles, tous les regards restèrent tournés vers Conradin, comme vers le salut de l'avenir au milieu de l'anarchie toujours croissante du grand interrègne. [...] Élu roi de Naples par Urbain IV, malgré l'avis de saint Louis, Charles gagna la bataille de Bénévent, où périt Mainfroy (1266), et demeura maître du royaume, Conradin avait alors quatorze ans. [...] Charles d'Anjou faisait le siège du château gibelin de Poggiboni, près de Sienne , lorsqu'il apprit l'arrivée de Conradin à Vérone. Il en manda sur le champ la nouvelle au pape, dont la colère surpassa l'étonnement. Il paraît que Clément IV n'avait jamais cru sérieusement que Conradin osât paraître en Italie à la tête d'une armée. [...] Clément IV défendait de prêter aucun secours à ces êtres maudits, traîtres envers l'Église , traîtres envers l’empire, traîtres envers l'illustre comte d'Anjou, roi de Sicile. [...] Au milieu de janvier 1268, l'armée de Conradin, retenue jusqu'alors à Vérone, traversa le territoire lombard, sans rencontrer d'opposition, à la grande surprise de Charles d'Anjou, et se porta sur Pavie, où elle fut reçue à bras ouverts; cette défection tacite de la Lombardie déconcerta Charles d'Anjou. [...] Conradin vit se renouveler à Pavie, les difficultés qui l'avaient arrêté à Vérone. Gênes résistait à ses propositions ; privé de communications avec Pise, sa situation pouvait devenir critique; déjà Clément IV annonçait à ses légats, la ruine du jeune Souabe. [...] Plein de confiance, Conradin sortit de Pise le 15 juin 1268; un de ses lieutenants battit à plate couture, à Ponte-Valle, le corps de troupes françaises laissé en Toscane par le comte d'Anjou, et l'armée allemande , après avoir gagné Sienne sans obstacles, put marcher librement sur Rome. Conradin parut devant Viterbe au milieu de juillet. [...] Lorsqu'on apprit à Rome que le petit-fils des Frédéric approchait, on lui prépara une réception éclatante. Les démonstrations les plus vives furent prodiguées par le peuple; la joie se peignait sur tous les visages; le cortège de Conradin traversa des rues jonchées de fleurs, et Henri de Castille, qui avait engagé le jeune prince à ceindre le diadème, lui rendit des honneurs réservés à la dignité impériale. Des arcs de triomphe étaient dressés depuis la porte du Peuple jusqu'au Capitole (Charles Giraud, Fragments de l'histoire de Rodolphe de Habsbourg, Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, compte rendu, 1858 - books.google.fr).

 

Tagliacozzo, près des sources du Salto, et sur la route de Rome au plateau des Abruzzes, est célèbre par la défaite de Conradin (Victor-Adolphe Malte-Brun, Géographie universelle de Malte-Brun, Tome 3, 1862 - books.google.fr).

 

Charles laissa donc les bandes dispersées de l'armée de Conradin faire vers les Alpes une retraite favorisée par les populations, et se hâta de conduire ses captifs à Naples, où ils furent enfermés au château de San Salvador. Conradin, en voyant les fers dont on le chargeait, pressentit son destin et ne put maîtriser son émotion. Des larmes mouillèrent ses yeux et il s'écria : «Oh! ma mère, quel chagrin mon triste sort va te donner !» Une légende qui paraît authentique porte que le pape lui envoya un religieux pour le réconcilier avec l'Église, et que Conradin l'écouta avec consolation. Mais là paraît s'être bornée l'intervention et la pitié de Clément IV, atteint peut-être déjà du mal qui l'emporta un mois après. D'affreuses paroles ont été prêtées à ce pontife; rien n'autorise à y croire. C'est assez qu'il n'ait pas agi plus vivement pour empêcher une odieuse immolation. Quoi qu'il en soit, Charles d'Anjou appela les formes de la justice à l'aide de sa cruelle politique; il fit juger Conradin et Frédéric de Bade comme de simples révoltés et présida lui-même au délibéré ; les accusés furent condamnés à mort. Ils étaient douze, Conradin et Frédéric en tête; cette sentence abominable fut prononcée le 28 octobre, et dut recevoir une publique exécution le lendemain même (Charles Giraud, Fragments de l'histoire de Rodolphe de Habsbourg, Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, compte rendu, 1858 - books.google.fr).

 

"sang chapelle tainte" : le miracle de Bolsène

 

Le miracle de Bolsène, célèbre par le tableau de Raphaël au Vatican, eut lieu en 1263. Un prêtre bohémien, qui avait des doutes au sujet de la transsubstantiation, se vit convaincu par les gouttes de sang qui se montrèrent sur l'hostie qu'il venait de consacrer. Le pape Urbain IV, qui était alors à Orvieto, fonda en mémoire de ce miracle la fête du Corpus Domini ou Fête-Dieu, et c'est alors que fut commencée la construction de la magnifique cathédrale d'Orvieto (Karl Baedeker, Italie centrale, y compris Rome et ses environs, Tome 2, 1880 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2045 sur la fourchette pivot 1258 - 1273 donne 471 - 501.

 

La menace que les Alamans constituaient pour l'Italie motiva l'installation des Burgondes en Sapaudia en 443 en tant que fédérés militaires par le généralissime Aetius. C'est en partie leur perception par les Romains en tant que peuple qui donna aux Alamans une identité ethnique. Entre 470 et 500, ils étendirent leur influence à l'est de Passau et à l'ouest de Troyes. La force de l'armée qu'ils opposèrent à Clovis, en 497, montre qu'ils n'étaient plus à cette date une bande de guerriers indifférenciés mais un peuple uni sous l'autorité d'un grand roi, peut-être sous l'influence de contingents suèves fortement organisés qui les avaient rejoints. Les Alamans et les Suèves, qui avaient des traditions différentes, se sont acculturés pour créer un nouveau peuple alaman (Noëlle Deflou-Leca, Alain Dubreucq, Sociétés en Europe: mi VIe-fin IXe siècle, 2003 - books.google.fr).

 

L'Empire d'Occident n'a pas disparu en 476, à la chute de Romulus Augustule, mais il s'est effacé progressivement dans les esprits entre 470 et 500. Un beau jour, Rome et Byzance sont devenues des villes étrangères à la Gaule. C'était la condition pour que l'Europe passe de l'Antiquité au Moyen Age (Justin Favrod, Les Burgondes: un royaume oublié au coeur de l'Europe, 2002 - books.google.fr).

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