Les Mages et la Voie lactée

Les Mages et la Voie lactée

 

VIII, 99

 

2102-2103

 

Par la puissance de trois Roys temporels :

En autre lieu sera mis le Saint Siege,

Ou la substance de l'esprit corporel,

Sera remis et reçu pour vray siège.

 

Les trois rois font bien sûr penser aux trois rois mages de la nativité du Christ.

 

Pour rĂ©sumer cette trop longue interprĂ©tation, le quatrain procĂ©dĂ©rait Ă  un retour Ă  une ancienne conception de l'Ă©pilepsie : le siège de la maladie sacrĂ©e Ă©pileptique sera placĂ©e dans un autre lieu que la tĂŞte, soit la lune oĂą l'esprit vital Ă  son vrai siège.

 

"rois temporels"

 

Que signifierait alors que des rois viennent se prosterner devant le Christ ? Sans doute que le pouvoir temporel doit se considĂ©rer comme second par rapport au pouvoir spirituel. [...] Les cadeaux ont Ă©tĂ© vus très vite comme symboliques. Traditionnellement, les pères de l’Eglise ont dit qu’il s’agissait des trois pouvoirs : le pouvoir royal (l’or), le pouvoir sacerdotal (l’encens qui sert aux rites), et le pouvoir spirituel de donner la vie Ă©ternelle (la myrrhe qui servait Ă  embaumer les corps) (Louis Pernot, Le sens des fausses idĂ©es reçues sur les Mages, 2013 - etoile.pro).

 

Otton de Friesing voit dans l'histoire du prĂŞtre Jean une occasion d'illustrer la figure du souverain chrĂ©tien idĂ©al. On liera l'Ă©mergence de cette lĂ©gende avec celle des rois mages, dont le prĂŞtre Jean serait un descendant, toujours selon le texte transmis par Otton de Freising. L'Évangile du pseudo- Matthieu, qui a connu au moins quatre versions diffĂ©rentes entre le VIe et le Ve siècle et a Ă©tĂ© largement diffusĂ©, dĂ©veloppe l'histoire des Rois mages, dont les reliques sont d'ailleurs translatĂ©es Ă  Cologne en 1164. Leur culte dĂ©marre alors lentement en Occident. Il est associĂ© au pouvoir royal, distinguant une hiĂ©rarchie entre le pouvoir christique et le pouvoir des Rois mages. L'empereur a-t-il le pouvoir christique (ou est-ce le pape, in fine ?) et le prĂŞtre Jean, comme descendant des Rois mages, lui serait-il soumis ? La lettre du prĂŞtre Jean 1164, le transfert des reliques des Rois mages Ă  Cologne a lieu au moment oĂą, comme l'a notĂ© Camille Rouxpetel, est rĂ©digĂ©e (entre 1165 et 1170) la lettre du prĂŞtre Jean. Ce texte, qui connaĂ®t aussitĂ´t un succès foudroyant, change le faciès de ce qui Ă©tait jusque-lĂ  une rumeur, une simple histoire (Mathieu Beaud, Ces Rois mages venus d’Occident: L’Offrande des Mages dans les arts monumentaux de l’espace fĂ©odal, 2024 - books.google.fr).

 

Erythrée est belle, sa terre rouge, ses montagnes découpées, grandioses. C'est un pays où la nature déferle, terre, roche. Il ne manque que de l'eau, que la pluie. Erythrée, le pays rouge des Grecs qui entraient en Barbarie par la mer Rouge (Jean-Pierre Campagne, Indiennes: récits, 1996 - books.google.fr).

 

Une rencontre entre Diogo Lopes, envoyé par le roi Manuel de Portugal qui avait reçu Mateus l'ambassadeur abyssin à Lisbonne, et le barnagais (bahr nagas, «roi de la mer») qui gouvernait l'Erythrée au nom du Prêtre Jean eut lieu en 1520 (La Découverte, le Portugal et l'Europe, 1990 - books.google.fr).

 

QUESTION LXIII. — Comment les Mages de la ChaldĂ©e ont-ils pu apprendre la naissance du Christ, roi des Juifs, sur l'apparition d'une Ă©toile qui est plus ordinairement le signe qui annonce un roi de la terre ("cum stella indice temporalis rex soleat designari") ? (Matth. II, 2.) Ces Mages de la ChaldĂ©e Ă©tudiaient le cours des astres non pour une fin mauvaise, mais par simple curiositĂ©. Comme le rĂ©cit de l'EvangĂ©liste le laisse conjecturer, ils suivaient la tradition de Balaam que Balach avait fait venir pour maudire le peuple de Dieu et qu'une impulsion divine força de le bĂ©nir (Nomb. XXVI, 20.) Ils savaient donc par ce fait historique que la providence de Dieu devait faire sortir un roi de Jacob; Balaam avait en effet prĂ©dit clairement "qu'une Ă©toile se lĂ©verait de Jacob" (Nomb. XXIV, 17.) Les Mages, fidèles Ă  cette tradition, voyant briller au ciel une Ă©toile en dehors du cours ordinaire des astres, comprirent qu'elle Ă©tait celle que Balaam avait prĂ©dite comme le signe futur de la naissance du roi des Juifs. Ce fait va directement contre les ennemis de la religion. Elle reçoit ici un tĂ©moignage de ceux-lĂ  mĂŞmes qui ont coutume de l'attaquer, car les astrologues sont ennemis de la vĂ©ritĂ© (Questions sur le nouveau testament) (Oeuvres complètes d'Augustin, Tome XI, 1871 - books.google.fr).

 

Ils croient venir adorer un roi de la terre, qui devait opĂ©rer de grandes et de merveilleuses actions ; ils venaient l'adorer, et les fils d'Abraham sentent, reconnaissent et avouent que c'est Ă  BethlĂ©em que doit naĂ®tre ce roi des Juifs ; car les Mages, ayant perdu de vue l'Ă©toile miraculeuse qui les conduisait depuis les confins les plus reculĂ©s de l'Orient jusqu'en JudĂ©e, se rendent Ă  JĂ©rusalem pour s'informer du lieu de la naissance du nouveau roi. Quelle dĂ»t ĂŞtre leur surprise ; ils s'attendaient Ă  voir toute la ville de JĂ©rusalem, capitale de ce royaume fortunĂ©, oĂą venait de s'opĂ©rer une merveille si ineffable; ils s'attendaient, dis-je, Ă  la trouver au milieu des rĂ©jouissances et des fĂŞtes solennelles : qu'y trouvent-ils ? Pas un seul homme qui leur parle de la naissance du roi qu'ils viennent adorer. C'Ă©tait donc dans leurs livres mĂŞme qu'ils avaient lu cette prĂ©diction qui mettait leur foi Ă  une si rude Ă©preuve. Le temps marquĂ© par ces mĂŞmes livres Ă©tait arrivĂ©, et la première parole qui sort de leur bouche sur ce roi des Juifs, est une nouvelle qui met dans la plus grande surprise tous ceux qui l'entendent. O mon Dieu, quel aveuglement ! qui ne reconnaĂ®t ici votre vengeance ? une indiffĂ©rence, un Ă©tonnement si inouĂŻ et si dĂ©plorable, ne sont-ils pas Ă©videmment un miracle de votre justice. Il est vrai, Seigneur, pour leur attirer une dernière ressource et faire un dernier effort de votre grâce, vous faites disparaĂ®tre tout Ă  coup cette Ă©toile miraculeuse, qui dirige la marche de ces Mages heureux et fidèles ; vous dirigiez leurs pas dans JĂ©rusalem, l'infortunĂ©e JĂ©rusalem, pour lui apprendre, Ă´ mon Dieu, par la bouche de ces hommes venus de si loin, une nouvelle qui devait, depuis plus d'une semaine, ĂŞtre le sujet de leur joie, de leur allĂ©gresse et de leurs actions de grâces ; mais, mon Dieu, n'aviez-vous pas dit : Ils auront des yeux, et ne verront point ; ils auront des oreilles, et n'entendront point. ArrivĂ©s Ă  la cour du roi de JĂ©rusalem, ils s'informent ; les prophĂ©ties sont examinĂ©es ; et on convient que c'est Ă  BethlĂ©em qu'ils doivent se rendre. Leurs yeux s'ouvrent et se referment aussitĂ´t : cette nouvelle est bientĂ´t rĂ©pandue dans toute la ville, toute JĂ©rusalem est troublĂ©e ; et, parmi tant de Juifs qui attendent le Messie, il n'en est point qui soient plus Ă©mus que le tyran Ă©tranger : il frĂ©mit, il croit sentir son trĂ´ne Ă©branlĂ© sous ses pieds ; et tandis que tous, intĂ©ressĂ©s si fort Ă  cet Ă©vĂ©nement, demeurent renfermĂ©s dans leurs villes, sans songer Ă  aller voir le nouveau roi, et lui rendre leurs hommages, lui seul agit, mais de quelle manière ? O HĂ©rode ! roi barbare, entends-tu le sang de ces enfans qui crie vengeance contre toi ? (Nicolas LĂ©vĂŞque, Erreurs des Juifs en matière de religion, 1828 - books.google.fr).

 

Dans une Saison en Enfer, faisant retour sur sa faiblesse, comme l'indique la rĂ©pĂ©tition de l'indĂ©fini («mĂŞme») et de l'adverbe temporel («toujours») pour qualifier, en termes quasi mystiques, la morne expansion du «dĂ©sert» et de la «nuit» intĂ©rieurs, le sujet se livre Ă  une rĂ©interprĂ©tation psychique de la fable chrĂ©tienne des «Rois mages» : «les Rois de la vie, les trois mages, le cĹ“ur, l'âme, l'esprit» (Patrick Labarthe, La poĂ©sie entre verbe et matière : Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Rimbaud et les sauts d'harmonie inouĂŻs: Actes du colloque international de Zurich, 24-26 fĂ©vrier 2005, 2007 - books.google.fr).

 

Cf. III, 2 où le terme substance est mentionné ainsi que "Corps, ame, esprit ayant toute puissance," (vers 3).

 

A la recherche de l'"esprit corporel"

 

Chez Clément d'Alexandrie, le nous correspond à la partie supérieure de l'âme, analogue à la dixième partie de la structure du créé et coïncide avec la connaissance de Dieu. En définitive la structure de la psychê humaine est tripartite et non simplement bipartite, comme on pourrait le croire hâtivement. Et cela, même si le troisième élément appartient à l'ordre surnaturel et donc devrait être exclu de droit de la nature humaine. En réalité, dans la dialectique que Clément établit entre la possession de l'image de Dieu (eikôn) et l'acquisition de la ressemblance (exhomoiôsis) pour la réalisation parfaite de l'humanité, on voit très bien le rôle fondamental joué par cette partie surnaturelle précisément dans la démarche qui conduit à l'accomplissement naturel de l'homme. Les deux passages qui suivent éclairent et précisent mieux les fonctions de ces trois parties.

 

Nous y apprenons que le pneuma somatikon ou, comme on le dĂ©finit aussi, le sarkikon, prĂ©side Ă  toutes les fonctions vitales et Ă  la facultĂ© sensitive, posant ainsi les bases du dĂ©veloppement de la pensĂ©e et de l'intelligence. ExtrĂŞmement subtil en effet, il est en mesure de pĂ©nĂ©trer toutes les parties du corps. ClĂ©ment dit ailleurs qu'il s'agit d'un esprit innĂ©. Le pneuma hĂŞgemonikon est par contre la facultĂ© est par contre la facultĂ© qui a des fonctions de guide : elle possède la capacitĂ© dĂ©libĂ©rative (prohairetikĂŞ dynamis), par laquelle elle prĂ©side aux activitĂ©s de recherche, d'apprentissage et de connaissance (gnosis), c'est-Ă -dire les trois caractĂ©ristiques indispensables Ă  la plus grande perfection : la ressemblance avec Dieu. Enfin cette partie de l'âme est aussi liĂ©e au logos, c'est-Ă -dire Ă  cet Ă©lĂ©ment par lequel l'homme est Ă  l'image de Dieu. C'est seulement lorsque le logos règne que l'hĂ©gemonikon s'acquitte effectivement de ses fonctions et surtout de celle de reconstruire l'unitĂ© et la relation harmonieuse entre toutes les facultĂ©s de l'âme en vue d'arriver au bien suprĂŞme, dont la vertu reprĂ©sente un premier degrĂ©. Dans cette tentative, selon qu'elle est plus ou moins rĂ©ussie, rĂ©side l'Ă©tat de vie de chaque homme et sa caractĂ©ristique personnelle. Mais la prĂ©cision la plus intĂ©ressante pour notre recherche est contenue dans le § 135, 1-2, oĂą ClĂ©ment explique la manière dont se rĂ©alise l'articulation des pneumata. Il est clairement affirmĂ© que la transmission de l'hegemonikon ne se rĂ©alise pas par Ă©jaculation sĂ©minale et donc n'est pas un fait physiologique ni davantage hĂ©rĂ©ditaire. La partie de l'âme avec laquelle nous raisonnons et qui nous est donnĂ©e par la nature, celle mĂŞme qui active et dirige toutes les autres facultĂ©s et qui, seule, peut mettre en branle le mĂ©canisme de la reproduction en actualisant la dynamis du sperme masculin, est introduite de l'extĂ©rieur par un acte qui n'appartient pas au dynamisme de la physiologie humaine. La terminologie du passage, de mĂŞme que son contenu, rappellent fortement Eclog. Proph. 50, 138. Une fois les deux contextes expliquĂ©s dans leur Ă©clairage mutuel, nous pouvons affirmer en suffisante connaissance de cause que, dans le cas de ClĂ©ment d'Alexandrie, nous nous trouvons en prĂ©sence d'une doctrine crĂ©ationniste de chaque âme individuelle. L'affirmation qui suit spĂ©cifie ultĂ©rieurement la portĂ©e de cette conception et met en lumière l'originalitĂ© avec laquelle notre auteur formule sa pensĂ©e concernant l'articulation des parties de l'âme. [...]

 

Très significatif est le lien, placĂ© si naturellement par ClĂ©ment, entre l'ordre anthropologique et l'ordre cosmologique, qui n'est nullement dĂ» au hasard, mais, comme nous l'indiquons dans la note prĂ©cĂ©dente, correspond Ă  l'analogie de structure que l'on rencontre entre les divers ordres de la rĂ©alitĂ©. En ce qui concerne l'identification du nous avec la partie supĂ©rieure de l'âme, cf. aussi Str. IV, 155, 2. A cela se rattache le problème de l'acquisition du telos de la vie humaine. ClĂ©ment y consacre des parties entières de son Ĺ“uvre, comme par exemple l'exposĂ© Peri psychès un un vĂ©ritable traitĂ© contenu dans le Livre II des Stromata (cf. Str. II, 97, 1-136, 6). Quand il traite le thème, associĂ© en dernière analyse avec le dĂ©veloppement et la conquĂŞte de la gnose, ClĂ©ment utilise en les transformant toutes les thèses le plus communes dans les Ă©coles de philosophie de l'Ă©poque : l'idĂ©e platonicienne de l'homoiĂ´sis theĂ´i kata to dunaton et celle du akolouthĂ´s phusei zĂŞn d'origine stoĂŻcienne. Pour le chrĂ©tien ClĂ©ment cependant, l'achèvement de l'humanitĂ© coĂŻncide avec le dĂ©passement de la nature elle-mĂŞme grâce Ă  l'intervention directe de Dieu. [...]

 

L'idĂ©e que le pneuma hĂŞgemonikon est diffus dans tout le corps est très ancienne dans la pensĂ©e grecque. DĂ©jĂ  les Ă©coles mĂ©dicales prĂ©socratiques avaient formulĂ© la thĂ©orie de la circulation du pneuma et du sang le long de tout le corps. Cette idĂ©e avait Ă©tĂ© reprise par les stoĂŻciens, lesquels avaient conçu le pneuma comme la substance de notre principe vital, le fondement de l'unitĂ© du cosmos et la cause de la cohĂ©sion de chaque ĂŞtre humain. ClĂ©ment semble faire dĂ©river cette notion plutĂ´t de Galène et des penseurs qui se rattachent au platonisme et Ă  l'aristotĂ©lisme que des philosophes du Portique. Galène admettait la prĂ©sence dans l'homme de deux pneumata : l'un prĂ©posĂ© aux fonctions physiologiques de l'organisme (zĂ´otikon), l'autre, localisĂ© dans le cerveau, associĂ© aux activitĂ©s psychologiques (psychikon), mais il n'identifiait aucun des deux avec l'âme, qu'il estimait ĂŞtre d'une autre nature que le souffle vital. L'âme, d'autre part, prĂ©posĂ©e aux activitĂ©s noĂ©tiques, se sert des pneumata comme organes de mĂ©diation entre l'Ă©lĂ©ment matĂ©riel et l'Ă©lĂ©ment spirituel. G. VERBEKE, L'Ă©volution..., citĂ© n. 6, p. 207-219, dĂ©crivant la doctrine pneumatique et psychologique de Galène, fait remarquer Ă  quel point le mĂ©decin d'Alexandrie a matĂ©rialisĂ© ultĂ©rieurement le pneuma, par rapport Ă  la pneumatologie du Portique. Son mĂ©rite aurait Ă©tĂ© cependant celui d'avoir repĂ©rĂ© la nĂ©cessitĂ© de la prĂ©sence, dans l'esprit humain, d'un Ă©lĂ©ment non matĂ©riel, comme principe de l'activitĂ© spirituelle. De ce dernier nous savons seulement qu'il comprenait l'hĂ©gemonikon comme siège de la synaisthĂ©sis, et donc de la connaissance intellectuelle. Si nous considĂ©rons l'ensemble des deux pneumata de Galène et les comparons au pneuma sĂłmatikon du passage des Stromates que nous examinons, nous voyons qu'il y a une profonde ressemblance, surtout dans l'idĂ©e que le souffle vital reçoit son activation de la partie supĂ©rieure et spirituelle de l'âme. Cependant beaucoup de diffĂ©rences existent. ClĂ©ment en effet utilise aussi la notion de pneuma pour indiquer les parties de l'âme qui prĂ©sident aux fonctions les plus nobles de l'esprit humain, y compris celle qui est capable de recevoir le don surnaturel de la grâce. Comme l'a bien montrĂ© G. VERBEKE, L'Ă©volution..., p. 510-543; 429-439, cette spiritualisation de la notion de pneuma est l'Ĺ“uvre de la religion judĂ©o-chrĂ©tienne. LiĂ© Ă  la tradition grecque, ClĂ©ment en est donc en mĂŞme temps un innovateur (L. Rizzerio, L'animation chez ClĂ©ment d'Alexandrie, Nouvelle revue thĂ©ologique, Volume 111, 1989 - books.google.fr, Lucien De Luca, EurĂŞka Nostradamus: Scholia Nostradamica Libri V - Puzzles, Charades, RĂ©bus, Calembours, 2025 - books.google.fr).

 

On a parlé de Clément d'Alexandrie au quatrain IX, 62 - Succession de Pertinax, empereur - 2149.

 

Le pneuma somatikon ou, comme on le définit aussi, le sarkikon, préside à toutes les fonctions vitales et à la faculté sensitive, posant ainsi les bases du développement de la pensée et de l'intelligence.

 

Chez Clément d'Alexandrie, l'âme végétative ou sensitive correspond à son «pneuma corporel» ou «pneuma charnel» (Jean-Claude Larchet, Pour une éthique de la procréation: éléments d'anthropologie patristique, 1998 - books.google.fr).

 

Et l'âme sensitive serait lmiée à la Lune.

 

Saint Thomas distingue les facultĂ©s de l'âme raisonnable des propriĂ©tĂ©s de l'âme sensitive et nutritive. (Thom., 1a, 77, 8.) Il est Ă©vident que le principe vital ignore sa vie, comme ses fonctions : vivit et est vite nescius ipse suæ. Le moi et la pensĂ©e sont rĂ©servĂ©s Ă  l'âme intellectuelle. ClĂ©ment d'Alexandrie caractĂ©rise ainsi cette partie irrationnelle de l'âme: zotike dunamis ou pneuma somatikon. C'est le principium directivum operationum vitalium des scolastiques. (Thom., 1a 18, 2, 1m) (Paul GuĂ©rin, Dictionnaire des dictionnaires: lettres, sciences, arts, Tome 6, 1890 - books.google.fr).

 

Hugues de Saint-Victor a traité pour ainsi dire ex professo la question qui nous occupe.

 

Le court traitĂ© sur L'union de l'âme et du corps d'Hugues de Saint Victor a pour objet de maintenir une distinction rigoureuse entre l'âme et le corps tout en cherchant un terme mĂ©diateur entre l'une et l'autre ; ce terme est l'imagination qui est «une similitude du sens au sommet de l'esprit corporel et Ă  l'infime de l'esprit rationnel» (p. 220). Les derniers paragraphes de ce texte prĂ©sentent l'imagination comme un «vĂŞtement» de l'âme, vĂŞtement qui adhère Ă  elle comme une «peau» si l'âme y trouve sa dĂ©lectation. Cette conception est vraisemblablement d'origine porphyrienne (Compte rendu de "Ugo di S. Vittore, I tre giorni dell'invisibile luce, L'unione del corpo e dello spirito" par Vincenzo Liccaro) (Archives de philosophie, Volume 39, 1976 - books.google.fr).

 

L'imagination est donc une ressemblance du corps, se formant extérieurement, par les sens corporels, au contact des corps; puis elle rentre à l'intérieur par les mêmes sens, vers la partie plus pure de l'esprit corporel ("corporalis spiritus"), y met son empreinte, et forme le point culminent de la partie corporelle, en touchant la partie raisonnable par son point inférieur. J'appelle esprit corporel, l'air ou plutôt le feu, qui, à cause de sa subtilité, est invisible, [et qui vivifie les corps par une énergie intérieure. Il donne la vie seulement à certains êtres, comme aux arbres, aux plantes et à toutes les productions de la terre, mais ils ne sentent pas. Il donne la vie et le sens à d'autres êtres, comme aux animaux brutes. Certains animaux sentent, sans avoir l'imagination; d'autres ont le sens et l'imagination. Vivre avec la faculté de sentir, c'est plus que vivre, sans l'avoir, et par conséquent, cette faculté est une force plus subtile, et plus elle est subtile, plus elle est esprit. Elle se rapproche plus de la nature incorporelle avec l'imagination, qu'avec le sens tout seul. Rien n'est plus élevé dans le corps, ou plus voisin de la nature spirituelle, que cette force qui vient après le sens et qui lui est supérieure et qu'on appelle l'imagination; elle est d'autant plus sublime, qu'il n'y a que la raison qui soit au-dessus d'elle (Hugues de Saint Victor) (Saint Augustin, Le livre de l'esprit et de l'âme, Œuvres complètes, Volume 22, 1870 - books.google.fr).

 

Dans un commentaire sur le cantique Magnificat, à l'occasion des versets: «Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est dans le ravissement», il explique d'abord, comme il a été vu plus haut, que l'âme et l'esprit ne sont qu'une même substance; puis il entreprend de réfuter «l'erreur de ceux qui soutiennent qu'il y a deux âmes dans chaque homme, l'une raisonnable, l'autre sensitive et privée de raison, semblable aux âmes des brutes; erreur partagée, dit-il, même par quelques-uns des saints Pères.»

 

Ceux qui la défendent sont si peu nombreux, au moins parmi les auteurs ecclésiastiques dignes de quelque estime, que l'on peut considérer comme une rareté l'exposition que j'en vais citer.

 

Elle est tirée des Dialogues de Pierre Alfonse, juif portugais sincèrement converti en 1106, et par conséquent contemporain de Hugues de Saint-Victor.

 

Moyse. Je comprends, d'après vos paroles, que l'esprit corporel et l'âme raisonnable sont deux choses diffĂ©rentes; mais, s'il en est ainsi, leurs opĂ©rations aussi doivent ĂŞtre diffĂ©rentes ?

 

Pierre. C'est, en effet, ce dont ne doute aucune personne de bon sens... L'esprit corporel est un corps très-léger et très-subtil, qui se produit dans le corps humain par la combinaison des quatre éléments, se répand dans toutes les veines, donne au corps la vie, la respiration, le battement continu des artères et le mouvement naturel de l'homme. Il se détruit et se corrompt avec le corps qu'il vivifie. L'âme raisonnable, au contraire, est une substance simple incorporelle, donnant au corps le mouvement volontaire, quoique restant elle-même toujours immobile, qui, après la corruption du corps auquel elle est attachée, demeure incorruptible, et qui, en s'ajoutant au genre animal, détermine l'espèce humaine.

 

Moyse. Je vois clairement en quoi l'esprit corporel diffère de l'âme raisonnable. Mais puisque les philosophes disent qu'il y a trois âmes, je vous prie de me dire quelles sont ces âmes ?

 

Pierre. Ces trois âmes sont : l'âme vĂ©gĂ©tative, l'âme bestiale et l'âme raisonnable. L'âme vĂ©gĂ©tative a deux fonctions: elle produit l'accroissement des choses et donne aux corps la nourriture. Ces deux fonctions, elle ne les accomplit pas autrement que par les quatre forces de la nature, qui sont : l'appĂ©titive, la rĂ©tentive, la digestive et l'expulsive. Cette âme se trouve dans toutes les plantes qui naissent de la terre et dans toutes les espèces d'animaux. Les vraies fonctions de l'âme bestiale sont : le sentiment et la locomotion. Cette âme ne se trouve que dans les animaux, et elle est unie comme par certains liens Ă  l'esprit corporel. Les fonctions de l'âme raisonnable sont de penser, de se rappeler ses pensĂ©es, de dĂ©montrer ce qui est fixe et certain, de possĂ©der la mĂ©moire, de vouloir dĂ©couvrir les causes et par leur dĂ©couverte arriver Ă  la vĂ©ritĂ©; elle ne se trouve dans aucune espèce d'animal, si ce n'est dans l'homme seul.

 

Moyse. Mais comment ces trois âmes peuvent-elles se trouver rĂ©unies dans un seul homme, comment y en a-t-il deux dans les animaux sans raison et une seule dans toutes les productions de la terre ? C'est ce que j'ignore et qui me confond.

 

Pierre. L'âme vĂ©gĂ©tative s'est attachĂ©e Ă  tous les corps produits par le mĂ©lange des quatre Ă©lĂ©ments, et a exercĂ© en eux ses fonctions, qui sont : l'accroissement, la nutrition et la gĂ©nĂ©ration. A ceux de ces corps qui se sont trouvĂ©s plus subtils a Ă©tĂ© jointe une âme bestiale, pour qu'elle pĂ»t y exercer ses fonctions, en leur donnant le sentiment et la locomotion. Quant au corps, qui s'est trouvĂ© le plus subtil de tous, le plus lĂ©ger, le mieux organisĂ© et le plus apte Ă  recevoir la raison, l'âme raisonnable s'y est associĂ©e et elle y a exercĂ© ses fonctions que nous avons nommĂ©es. C'est ainsi que, conformĂ©ment Ă  la volontĂ© et Ă  l'ordre de Dieu, ces âmes se sont rĂ©unies toutes les trois dans l'homme, deux seulement dans les animaux sans raison, et la troisième se trouve seule dans les arbres et les herbes qui naissent de la terre.» (L.C. Jeannel, Existe-t-il un principe de vie distinct de l'âme, MĂ©moires de la Section des lettres, Volume 3, 1859 - books.google.fr).

 

Alain de Lille se réfère au concept d'«esprit» ou pneuma. La notion d'esprit corporel provient de la théorie de l'âme et de la physiologie humaine courante au XIIe siècle issue des nouveaux textes scientifiques que découvre l'Occident à cette époque.

 

Alain adopte la conception traditionnelle en se rĂ©clamant de Platon, des textes hermĂ©tiques et du De Causis. Il tente pourtant de dĂ©passer quelque peu l'opposition radicale du corps mortel et de l'âme immortelle. Avec Boèce, GrĂ©goire le Grand et Hugues de St-Victor, il tente de montrer qu'il y a une double cause d'animation dont l'âme rationnelle est l'unique principe : un esprit corporel qui anime le corps et un esprit incorporel propre Ă  l'âme rationnelle. Cinq puissances Ă©manent de l'esprit incorporel qu'est l'âme. Ce sont, comme chez Hugues, la connaissance sensible (sensus), la connaissance par mode de construction imaginante (imaginatio), la connaissance de mode rationnel discursif (ratio), la connaissance proprement intellective (intellectus) et la connaissance intuitive (intelligentia). Les deux premières de ces puissances sont celles de la brute et relèvent de l'esprit (au sens stoĂŻcien d'esprit animal) qui est corporel, mortel et rĂ©fĂ©rĂ© aux choses physiques. C'est donc au point prĂ©cis de la jonction de l'esprit corporel avec l'âme esprit incorporel et incorruptible qu'Alain situerait son esquisse d'une certaine unitĂ© opĂ©rative constituant l'homme (Edouard-Henri WĂ©ber, La personne humaine au XIIIe siècle: l'avènement chez les maĂ®tres parisiens de l'acception moderne de l'homme, 1991 - books.google.fr).

 

Le terme "spiritus corporalis" proprement traduit en français "esprit coporel" se trouve chez le cardinal Nicolas de Cuse.

 

Quel est le lien de cette union intime de l'âme et du corps ? D'après le De Conjecturis, il y a entre eux deux intermĂ©diaires, l'un plus spirituel, l'autre plus corporel, qu'on peut appeler, l'un, esprit-corporel, et l'autre, corps-spirituel ; en sorte que la descente de l'esprit dans le corps et l'ascension du corps dans l'esprit s'opèrent par trois degrĂ©s. «Ainsi, l'expĂ©rience prouve qu'il y a dans les animaux une âme, qui est une nature spirituelle; un esprit corporel (corporalis spiritus), contenu dans les artères, vĂ©hicule de la connexion de l'âme ; et une lumière, ou esprit corporel (spiritus corporalis), par lequel l'âme opère dans le corps et dans le sensible» (1, II, X). Pour exercer ses opĂ©rations, l'âme est donc unie au corps par l'esprit artĂ©riel qui la vĂ©hicule et par la «lumière», qui paraĂ®t bien ĂŞtre, dans la pensĂ©e de Cusa, analogue au sens commun des scolastiques (Edmond Vansteenberghe, Le cardinal Nicolas de Cues: (1401 - 1464) ; l'action - la pensĂ©e, 1974 - books.google.fr).

 

Cela rejoint la composition tripartite de l'âme définie par Platon.

 

Platon tâche d'expliquer comment la première Cause a formĂ© le Monde, & en particulier, comment elle a formĂ© l'Ame. Ecoutons-le parler de cet admirable PhĂ©nomène. "Dieu commença, dit-il, par produire l'Ame, qui a l'avantage d'ĂŞtre plus ancienne, aussi-bien que plus excellente que le Corps. Elle est faite pour lui commander, comme il est fait pour lui obĂ©ir. Il prit donc de la Substance indivisible, qui est toujours la mĂŞme, toujours semblable Ă  elle-mĂŞme; & de celle qui est divisible & partagĂ©e entre les Corps. De ces deux Substances, il en composa une, qui est d'une troisième espèce, & qui tient le milieu entre les deux autres. Il la plaça au milieu de la Substance indivisible, & de la Substance divisible. De ces trois substances rĂ©unies, il en fit l'Ame humaine qui est composĂ©e du MĂŞme, du Divers, & de l'Essence. Platon dĂ©crit ensuite les proportions GĂ©omĂ©triques, ou Harmoniques, avec lesquelles le mĂ©lange a Ă©tĂ© fait. On convient que Platon est obscur dans cet endroit-lĂ , comme il l'est en gĂ©nĂ©ral dans le TimĂ©e. Laissant aux autres leurs explications, je vai hazarder la mienne. Il concevoit donc, ce me semble, dans l'Ame Humaine 1° L'Entendement pur, "Nous", mens ; C’est lui qui prĂ©side, qui s'Ă©lève par la Contemplation Ă  la connoissance des Etres immatĂ©riels. Il tient le premier rang dans l'Ame; Il est appellĂ© LE MEME, parce qu'il n'est point sujet aux altĂ©rations, & l'HEGEMONIKON, parce qu'il tient les rĂŞnes: c'est Ă  lui qu'il appartient de gouverner & de commander. Au-dessous de cet Esprit est la Substance mixte, qui n'est pas Entendement pur, mais qui tient quelque chose de l'Entendement : Elle est mĂŞlĂ©e & incorporĂ©e avec la fleur de la Substance matĂ©rielle: Elle rĂ©unit d'un cĂ´tĂ© la Raison, & de l'autre les Affections, mais il me semble que ce sont les affections honnĂŞtes & douces, qui peuvent se concilier avec la Raison. Celle-ci tire ses connoissances des Sens, qui agissent sur elle par le moyen de la Substance matĂ©rielle, dont elle est composĂ©e. C'est cette partie de l'Ame, qui est nommĂ©e le "logikon", ou l'Essence. Il y a enfin dans l'Ame Humaine une Substance purement matĂ©rielle, qui n'est autre chose, qu’une certaine vertu inhĂ©rente dans la Matière, & qui en est insĂ©parable. Celle-ci est le Siège & la source des Affections charnelles, violentes, auxquelles les Hommes sont sujets aussi-bien que les BĂŞtes. Elle est appellĂ©e l’AUTRE ou le DIVERS, & l'ANIMAL ou le PSUCHIKON. Ainsi l'Ame Humaine a trois parties, selon Platon, l'Entendement pur, l'Esprit mĂ©lĂ©, la Matière pure. L'Esprit mĂ©lĂ© avec la fleur de la Matière tient le milieu. C'est le noeud qui lie les deux extrĂŞmes. L'Entendement pur agit sur l’Esprit mĂ©lĂ©; & l'Esprit mĂŞlĂ© sur la partie matĂ©rielle. Sans cela il n'y auroit point de communication. Il y a trop de disproportion entre l'Entendement pur & la Matière. Du cĂ´tĂ© de l'Entendement pur, l'Homme se trouve alliĂ© avec les Substances cĂ©lestes: Du cĂ´tĂ© de l'Ame matĂ©rielle avec les Plantes qui vĂ©gètent, & avec les BĂŞtes, qui n'ont que la perception & le sentiment, Ce qui lui est propre, c’est cette partie composĂ©e de la Substance simple, & des parties les plus pures, & les plus spiritueuses de la Matière, de celles qui ont servi d'ElĂ©ment Ă  l'Air le plus pur, & Ă  la Lumière. C'est-lĂ , si je ne me trompe, ce que Platon nous a enseignĂ©. On trouve les mĂŞmes IdĂ©es dans la ThĂ©ologie des valentiniens. Ils distinguoient trois Hommes, dans l'Homme, sans ; y comprendre le Corps. Ces trois Hommes sont le Spirituel, l'Animal & le Terrestre. Le Spirituel est l'Entendement pur. C'est une Ă©tincelle sortie du PlĂ©rome, un rayon de la Lumière cĂ©leste. Il ne pĂ©rit jamais. L'Animal peut ĂŞtre sauvĂ©, & peut pĂ©rir : Cela dĂ©pend de l'usage qu'il fait de fa LibertĂ©. S’il se soumet Ă  l'Homme spirituel, il sera sauvĂ©. Mais s'il se rĂ©volte contre lui, il pĂ©rira. A l’égard de l'Homme Terrestre, de cette partie de l'Ame, qui est sortie de la Matière, elle rentre dans la poussière, dont elle a Ă©tĂ© prise (Isaac de Beausobre, Histoire De ManichĂ©e Et Du Manicheisme, Tome 2, 1739 - books.google.fr).

 

Platon dit dans son Timée, que pour former l'ame humaine, Dieu commença par produire la substance indivisible; (peut-être entendoit-il par-là la seconde émanation). Il prit de cette substance, qu'il mêla avec la substance divisible, ou ce qu'il y a de plus pur dans la matière. De-là vient le mélange des passions avec la raison; il arrangeoit par ce système l'inhérence de l'ame au corps. L'esprit pur, qui est la raison, agit sur l'esprit mêlé, & l'esprit mêle agit sur la matière. Cela est expliqué par Macrobe, à la différence que dans le Timée, c'est Dieu lui-même qui forme l'esprit mêlé; & chez Macrobe, c'est l'ame (animus) que Dieu a créée, qui crée à son tour, l'esprit mêlé (anima) (Commentaire sur le songe de Scipion, de Cicéron, ch. 14) (Variétés sérieuses et amusantes, 1769 - books.google.fr).

 

Comparant la doctrine de Platon et celle de CicĂ©ron, Macrobe loue les deux auteurs d'avoir conclu chacun leur ouvrage par un traitĂ© sur la destinĂ©e de l'âme. «En effet, après avoir donnĂ© la première place Ă  la justice, (Platon) a enseignĂ© que l'âme ne disparaĂ®t pas après la fin de l'ĂŞtre animĂ©, et par un «mythe» - comme disent certains - il a expliquĂ©, Ă  la fin de son ouvrage, oĂą l'âme s'Ă©vade au sortir du corps et d'oĂą elle vient avant son entrĂ©e dans le corps, montrant ainsi qu'une rĂ©compense, quand elles ont cultivĂ© la justice, ou un châtiment, quand elles l'ont mĂ©prisĂ©e, est rĂ©servĂ© aux âmes immortelles et destinĂ©es Ă  subir un jugement. Cette disposition, Tullius se trouve l'avoir conservĂ©e avec autant de discernement que de talent : après avoir donnĂ© la palme Ă  la justice dans toutes les activitĂ©s publiques intĂ©rieures et extĂ©rieures, il a localisĂ© le siège sacrĂ© des âmes immortelles et la demeure cachĂ©e des crĂ©atures cĂ©lestes Ă  l'extrĂŞme fin de son ouvrage, indiquant oĂą doivent parvenir, ou plutĂ´t retourner ceux qui ont servi la rĂ©publique avec prudence, justice, force et tempĂ©rance».

 

La doctrine de Cicéron a une saveur essentiellement platonicienne et pythagoricienne (les deux aspects se complètent d'ailleurs plus qu'ils ne s'opposent). Le dualisme de l'âme et du corps, l'immortalité des âmes et leur migration après la mort sur la Voie Lactée, tout cela prend sa source chez les plus anciens Pythagoriciens (Jacques Flamant, Macrobe et le néo-platonisme latin: à la fin du IVe siècle, 1977 - books.google.fr).

 

"substance"

 

Galien approuve Platon, qui s'inspire d'Hippocrate, d'avoir reconnu que les trois puissances en question sont des parties de l'âme ou des espèces d'âmes distinctes. Au contraire, Aristote, et avec lui Posidonius, voient en elles trois facultés différentes d'une seule et même substance, ce qui, aux yeux de Galien, constitue une erreur.

 

Galien ne fait guère de diffĂ©rence entre les conclusions auxquelles il est arrivĂ© personnellement et la thĂ©orie platonicienne des trois parties de l'âme : le cerveau est le lieu du "logizomenon", le cĹ“ur celui du "thumoieidès", et le foie celui du l'"epithumètikon".

 

Le cerveau, d'où partent la moelle épinière et les nerfs, est le centre des sensations et des fonctions psychiques supérieures; il commande en même temps les mouvements volontaires, tant délibérés qu'impulsifs. Le cœur, d'où partent les artères auxquelles il transmet ses battements, est à l'origine des mouvements involontaires; il assure, grâce aux artères, la sauvegarde de la chaleur innée et l'alimentation du pneuma psychique; enfin, il est le siège des émotions et des passions. Le foie est le centre où, à partir des aliments déjà élaborés, se fabrique le sang; les veines, qui ont leur origine dans le foie, transportent le sang dans les diverses parties du corps (P. Moraux, Galien et Aristote, Images of Man in Ancient and Medieval Thought: Studia G. Verbeke, 2025 - books.google.fr).

 

"remis"

 

"remis" du latin "remitto", relâcher entre autres (Gaffiot).

 

Pour Thémison et les médecins qui embrassèrent son système, l'organisme, dans l'état de santé ou de maladie, est soumis à deux influences opposées: celle du resserrement ou strictum, et celle du relâchement ou laxum. L'équilibre entre ces deux influences constitue la santé (Édouard Monneret, Traité élémentaire de pathologie interne, Volume 3, 1866 - books.google.fr).

 

Thémison de Laodicée est un médecin grec du Ier siècle av. J.-C., venu à Rome, mentionné par Celse dans son De medicina, il est l'un des fondateurs de l'école méthodique (fr.wikipedia.org - Thémison de Laodicée).

 

Lucius Caelius Aurelianus est un médecin de l'école méthodiste fondée par Thésimon qui a vécu avant Gallien (Nouveau dictionnaire historique, Tome 3, 1804 - books.google.fr).

 

Le méthodisme médical antique aurait pu être influencé par le scepticisme et le stoïcisme, mais cela est discuté. Le méthodisme est plutôt influencé par le système naturel d'Asclépiade de Bythinie qui conçoit le corps humain comme composé de corpuscules visibles à la seule raison, circulant dans des canaux théoriques ou «pores».

 

Contrairement aux empiriques, il ne croit pas que l'on puisse observer sans théorie. Il refuse les explications téléologiques, préférant des explications mécanistes où les fonctions organiques sont des évolutions corpusculaires de variations d'état (densité, chaleur, vitesse...). Sa pensée doit beaucoup à Érasistrate et Héraclide du Pont. On peut l'inclure parmi les partisans d'Épicure et les atomistes (fr.wikipedia.org - Asclépiade de Bithynie).

 

Héraclide reprenait les théories des pythagoriciens, qui pensaient que les âmes dépouillées de leur corps suivaient la voie lactée, car les âmes sont composées de lumière astrale.

 

Plutarque parle d'un livre intitulé Zoroastre écrit par Héraclide (Thomas S. Schmidt, Plutarque et les barbares: la rhétorique d'une image, 1999 - books.google.fr).

 

Les voyages légendaires d'Orphée et de Pythagore, de Platon, d'Aristote, Héraclide du Pont avaient depuis longtemps accrédité le prestige des Mages et des prêtres égyptiens. L'extraordinaire vitalité des cultes orientaux justifiait cette renommée séculaire (Histoire des religions, Tome 2, 1970 - books.google.fr).

 

Après avoir donc évoqué très rapidement la doctrine d'Asclépiade, Pline s'étend beaucoup plus longuement sur sa pratique. En s'acharnant longuement, sur Asclépiade, il montre qu'en réalité la médecine d'Asclépiade a été efficace et a paru satisfaisante aux Romains.

 

Mais ce qui plus que tout contribua Ă  son succès, ce furent les impostures de Ia magie, poussĂ©es Ă  un tel point qu'elles auraient pu dĂ©truire Ia confiance qu'on avait en toutes les plantes... (26, 13-18). On s'Ă©tonnerait sans doute que Ia crĂ©dulitĂ© des Anciens, nĂ©e Ă  l'origine d'intentions très salutaires, eĂ»t Ă©tĂ© poussĂ©e jusque lĂ , si en toute chose l'esprit humain eĂ»t connu Ia mesure, et si Ia mĂ©decine mĂŞme qu'inventa AsclĂ©piade n'Ă©tait pas allĂ©e plus loin que ce que disent les Mages, comme nous allons le prouver le moment venu (26, 20) (Danielle Gourevitch, AsclĂ©piade de Bithynie dans Pline : problèmes de chronologie, p. 78).

 

Les jouissances vénériennes exerceraient une influence fâcheuse, en général, sur l'épilepsie. Sous ce rapport, nous ne saurions approuver la pratique d'Asclepiade et de quelques auteurs, qui n'ont pas craint de conseiller le mariage aux malheureux atteints de cette infirmité (Louis Jean François Delasiauve, Traité de l'épilepsie: histoire, traitement, médecine légale, 1854 - books.google.fr).

 

Asclépiade réaffirme que le siège de l'épilepsie est bien dans le cerveau mais que la maladie est occasionnée par l'arrêt des atomes dans les pores des membranes du cerveau. Des errements de cette pratique médicale, selon l'expression de Beauchesne, va naître une nouvelle secte, le Méthodisme, qui repose à la fois sur l'empirisme, en rejetant tout ce qui peut être obscur, et sur le Dogmatisme, en admettant néanmoins le raisonnement. (André Polard, L'épilepsie du sujet, 2004 - books.google.fr).

 

On faisait porter la responsabilité de sa maladie au malade lui-même, ayant offenser une divinité en particulier Artémis, déesse lunaire, vindicative et provocant les morts subites.

 

Quand l'auteur de Maladie sacrée évoque les mages qui prétendent guérir l'épilepsie par des incantations et des sacrifices, il souligne à plusieurs reprises que ces charlatans sont initiés à des Mystères (Littré, 1849), c'est-à-dire qu'ils sont associés - ou prétendent l'être - à des rituels religieux ésotériques. Leur cure se veut efficace grâce aux liens privilégiés qu'ils entretiennent avec les dieux (Jean-Paul Amann, Épilepsie, connaissance du cerveau et société, 2006 - books.google.fr, Jules Christian, Epilepsie, 1892 - books.google.fr).

 

L’histoire de l’hystĂ©rie est Ă©troitement liĂ©e Ă  celle de l’épilepsie. L’épilepsie est masculine. L’hystĂ©rie est fĂ©minine. A l’opposition des deux sexes rĂ©pond l’opposition des sièges situĂ©s aux deux extrĂ©mitĂ©s du corps. Pour Galien, l’épilepsie est due Ă  la rĂ©tention du «pneuma psychique» (vestige de vieilles thĂ©ories pneumatistes) dans un encĂ©phale encombrĂ© par les humeurs. De sorte qu’apparaĂ®t, lĂ  encore, une nouvelle symĂ©trie : rĂ©tention du «pneuma vital» en haut; rĂ©tention de la semence fĂ©minine en bas, qui dĂ©signe en fait l’abstinence sexuelle (Matthieu Beaumont, Approche phĂ©nomĂ©nologique de l’hystĂ©rie, 2017 - dumas.ccsd.cnrs.fr, Jules Soury, Le système nerveux central: structure et fonctions : histoire critique des thĂ©ories et des doctrines, Tome 1, 1899 - books.google.fr).

 

hinc syncopes epilepsia, aut apoplexia eveniunt, dixit Galenus ; in hac spiritus vitalis ad cerebrum transitus denegatur, quo sit ut etiam otientur animales potentiæ, dum illis alimentum, animalibus nempe spiritibus quod ex vitalibus comparatur, non suggeritur; & aphoni redduntur, & concidunt, veluti syderati : sensu & motu penitus abolitis, si venæ jugulares penitus obserantur (Gaspar Caldera de Heredia, Tribunal medicum, magicum et politicum, Tome 1, 1658 - books.google.fr).

 

Les affectyons hystĂ©riques & l'Ă©pilepsie sont prĂ©cedĂ©es d'une constriction du cĹ“ur : il semble que cet organe soit pressĂ© par la main; alors il n'y a presque plus de vestige de pouls. Après les paroxysmes, les malades se plaignent d'une oppression, & d'une grande pesanteur qui presse la poitrine, le sang accable le cĹ“ur, & se condense en grumeaux; si les accès de ces maladies font trop longs, il peut se coaguler (Jean-Baptiste SĂ©nac, Traite de la structure du coeur, de son action, et de ses maladies, Tome 1, 1749 - books.google.fr).

 

La suggestion se retrouve encore dans la foi que de pauvres malades ont en certaines formules pendues à leur cou. Pour guérir l'épilepsie il suffit, dans certaines contrées, de porter sur la poitrine le nom des trois mages Gaspard, Balthazar et Melchior (A. Bordier, Superstitions médicales, Revue anthropologique, Volume 3, 1893 - books.google.fr).

 

Le quatrain se pencherait sur un retour à une conception astrologique et divine de l'épilepsie. Le siège de la maladie sacrée épileptique sera placée dans un autre lieu que la tête, soit la lune où l'esprit vital (âme sensitive) à son vrai siège.

 

"receu"

 

Selon Aristote, l'examen du cerveau le montre comme un simple réservoir liquidien, une sorte d'éponge qui s'aplatit à l'ouverture de la boîte crânienne, avec des excroissances dites d'ailleurs entéroïdes (analogues aux anses de l'intestin), tout un ensemble de tuyaux et de filtres sans doute destinés à tamiser, à épurer ou à répartir ce qu'il reçoit du cœur (le pneuma vital) (François Dagognet, Le corps multiple et un, 1992 - books.google.fr).

 

Macrocosme

 

Quelle est la voie de circulation des âmes ? Est-ce comme l'affirme l'auteur, les portes du soleil, c'est-Ă -dire les signes solsticiaux du Cancer au Nord par oĂą descendent les hommes ou du Capricorne au Sud par oĂą montent les Dieux ? On voit que Porphyre ne tient compte que de la phase finale du voyage des mânes comme s'il avait dit : «ceux qui montent au Sud connaĂ®tront la vie divine, ceux qui descendent au Nord, se rĂ©incarneront comme humains». On est plus surpris de voir les neo-Pythagoriciens comme NumĂ©nus et ses continuateurs jusqu'Ă  Macrobe dans le «Commentaire du songe de Scipion» estimer que la Galaxie (peuple des songes et sperme des Dieux) coupe l'Ă©cliptique au niveau des mĂŞmes portes du Cancer et du Capricorne. Car le moindre coup d'oeil sur un ciel Ă©toilĂ© montre qu'il n'en est rien et que les GĂ©meaux et le Sagittaire baignent largement dans le suc lumineux de la Voie LactĂ©e (Pline, moins obsĂ©dĂ© d'astrologie et de solstice, situe plus justement le Grand Chien Sirius - et l'Aigle aux deux points oĂą la Galaxie fait toujours sentir son influence), provoquant le gonflement lactĂ© des graines, des seins, des phallus. Mais il situe l'Aigle, proche du Capricorne, au Nord, Sirius, proche du Cancer, au Sud. L'affirmation que les dĂ©guisements et les rites du mois de fĂ©vrier et du Carnaval sont essentiellement psychopompes est depuis Ovide, Macrobe et Frazer d'une telle banalitĂ© que surprend la dĂ©couverte de quelques modernes proposant cette thèse comme une extraordinaire nouveautĂ©. Il faudrait, non se contenter d'affirmations vagues, mais analyser prĂ©cisĂ©ment les lieux, les temps, les modes de la circulation des mânes dans le microcosme et la macrocosme, fonder une pneumatologie aussi prĂ©cise et «scientifique» que celle des alchimistes qui «poursuivent les secrets de nature». Le temps de l'envol ou de la chute, les constellations et les plantes qui participent Ă  la formation de l'âme , les phases lunaires qui y prĂ©sident, mĂ©riteraient d'ĂŞtre dĂ©crites avec l'exactitude d'Ă©phĂ©mĂ©rides. Si d'autres que nous pouvaient Ă  la vue de la claire flambĂ©e d'un bĂ»cher de Carnaval, apercevoir dans les flammèches ou fanfreluches qui s'en Ă©chappent, les âmes qui s'envolent et, signant la scène, le mince croissant de la dernière nouvelle lune d'hiver; s'ils pouvaient reconnaĂ®tre Ă  la belle devise du Duc de Berry «Or Cine (Ors signe) le Tems Venra», que le temps est venu pour les âmes, libĂ©rĂ©es des liens du chanvre, de s'Ă©lever vers leur cĂ©leste sĂ©jour... Nous n'aurions peu perdu de temps (Claude Gaignebet, L'origine indo-europĂ©enne du carnaval, Le Carnaval, la fĂŞte et la communication: actes des premières rencontres internationales, Nice, 8 au 10 mars 1984, 1985 - books.google.fr).

 

C'est par le zodiaque avec ses douze signes que passaient les âmes, soit pour descendre, comme le disent Clément d'Alexandrie et Macrobe, soit pour remonter à leur principe, comme l'assure Clément au même endroit où il explique les travaux d'Hercule (Charles François Dupuis, Origine de tous les cultes, ou, Religion universelle, Tome 8, 1835 - books.google.fr).

 

"saint siège" et Voie lactée

 

Platon commence par dĂ©clarer que l'âme du monde est un mĂ©lange de la substance indivisible et de la substance divisible. Ce qui veut dire que l'âme est une synthèse de l'un et du multiple, de l'indivisible et du divisible et, par consĂ©quent, du mĂŞme et de l'autre. Et nous retrouvons les «genres» de l'ĂŞtre exposĂ©s dans Le Sophiste. En dĂ©finitive, l'âme du monde est un mĂ©lange harmonieux de quatre grands contraires : unitĂ© et multiplicitĂ©, identitĂ© et altĂ©ritĂ©. En rĂ©fĂ©rence au caractère mobile et fluent du cosmos, l'identitĂ© devient le permanent et l'altĂ©ritĂ© le fluent. Il y a contrariĂ©tĂ© quantitative entre unitĂ© et multiplicitĂ©, contrariĂ©tĂ© qualitative entre identitĂ© et altĂ©ritĂ©. L'âme du monde est la synthèse des contraires quantitatifs et qualitatifs. Telle est la pensĂ©e de Platon rĂ©duite Ă  son schĂ©ma abstrait (Abel Jeannière, Platon, 1994 - books.google.fr).

 

On n'Ă©tait cependant pas d'accord, quand il s'agissait de dĂ©terminer la patrie de l'âme avant son sĂ©jour sur la terre : d'après HĂ©raclide du Pont, elle serait originaire de la Voie LactĂ©e, alors que d'autres optaient pour l'ensemble des sphères cĂ©lestes ou la rĂ©gion de la lune. Quant Ă  cette dernière opinion, elle se trouve Ă©galement dans le mythe final du De fade de Plutarque, oĂą la rĂ©gion lunaire est considĂ©rĂ©e comme le sĂ©jour de l'âme : c'est lĂ  que le "nous" se joint Ă  la "psuchĂ©" avant de descendre vers la terre et c'est et c'est dans cette mĂŞme rĂ©gion que les deux se sĂ©parent par une purification lente après la première mort. La seconde opinion paraĂ®t avoir Ă©tĂ© la plus rĂ©pandue, en ce sens du moins que toutes les sphères planĂ©taires contribuent pour une part Ă  la constitution de l'homme: nous l'avons dĂ©jĂ  rencontrĂ©e dans le Poimandrès, oĂą l'Anthropos, avant de s'unir Ă  la Nature, reçoit de chaque planète une parcelle de sa substance : c'est par lĂ  sans doute qu'on expliquait l'influence des planètes sur le cours de la vie humaine (GĂ©rard Verbeke, L'Ă©volution de la doctrine du pneuma du stoĂŻcisme Ă  S. Augustin: Ă©tude philosophique, 1945 - books.google.fr).

 

S'inspirant ici encore de croyances orientales, Héraclide faisait «descendre», au sens propre du mot, les âmes ici-bas de la voie lactée.

 

Nous apprenons par le De natura deorum qu'HĂ©raclide divinisait tour Ă  tour le "kosmos" (mundus), le "nous" (mens), les planètes, la terre et le ciel. Qu'entendait-il par "kosmos" ? La sphère des fixes ? ou l'univers ? Ce qu'il y a de sĂ»r, c'est qu'en divinisant Ă  la fois les corps cĂ©lestes et le nous, il se rapproche des StoĂŻciens. D'autre part, parmi les astres, il choisissait surtout les planètes, et en cela il paraĂ®t montrer des tendances astrologiques. Nous savons par ailleurs qu'il a subi, plus qu'aucun autre parmi les Platoniciens (peut-ĂŞtre en raison de ses origines), l'influence de l'Orient. Un de ses traitĂ©s, probablement celui sur les choses cĂ©lestes, portait le titre significatif de Zoroastre. On sait aussi qu'il voyait dans l'âme un principe lumineux. Cette thèse est bizarre; mais on se l'explique si elle est d'origine iranienne, comme le veut Reitzenstein. Enfin, on n'ignore pas que c'est lui qui a placĂ© dans la voie lactĂ©e l'origine des âmes. Nous n'avons pas de tĂ©moignage direct qu'il ait  cru Ă  l'astrologie, mais nous en avons qu'il a cru Ă  ce que Pfeiffer appelle l'astromĂ©tĂ©orologie, c'est-Ă -dire Ă  l'influence des astres sur le temps. C'est ce qu'atteste un passage du De divinatione. Mais si nous prenons garde Ă  la manière dont ce texte est utilisĂ© par CicĂ©ron, il nous apprend probablement plus encore (Pierre Boyance, Sur l'"Abaris" d'HĂ©raclide le Pontique, Revue des etudes anciennes, Volume 36, 1967 - books.google.fr).

 

L'ame, parfaitement incorporelle, ne se revĂŞt pas tout de suite du limon grossier du corps; mais peu Ă  peu, par des altĂ©rations successives et insensibles, Ă  mesure qu'elle s'Ă©loigne de plus en plus de la substance simple et parfaite qu'elle habitait, pour s'entourer d'un certain corps sidĂ©ral, ou de la substance des astres dont elle se grossit. Car, dans chacune des sphères placĂ©es au-dessous du ciel des fixes, elle se revĂŞt de plusieurs couches de matière Ă©thĂ©rĂ©e, qui insensiblement forment le lien intermĂ©diaire par lequel elle s'unit au corps terrestre ; en sorte qu'elle Ă©prouve autant de dĂ©gradations ou de morts qu'elle traverse de sphères. Voici quel est l'ordre de sa marche. La voie lactĂ©e, dit Macrobe, embrasse tellement le zodiaque, dans la route oblique qu'elle a dans les cieux, qu'elle le coupe en deux points opposĂ©s, au cancer et au capricorne, oĂą sont les deux termes de la route du soleil, appelĂ©s tropiques, et que les physiciens ont appelĂ©s les portes du soleil. Il est certain que du temps de Macrobe les deux tropiques, qui autrefois rĂ©pondaient aux Ă©toiles du cancer et du capricorne, conservaient, comme aujourd'hui, ces noms; quoique les tropiques correspondissent alors aux constellations des gĂ©meaux et du sagittaire, par l'extrĂ©mitĂ© desquelles la voie de lait coupe le zodiaque. Ainsi on pouvait dire qu'elles passaient par les signes du cancer et du capricorne, mais non pas par les constellations; ce qu'il ne faut pas confondre Ă  cause du dĂ©placement produit par la prĂ©cession des Ă©quinoxes. C'est par ces portes, comme nous l'avons dĂ©jĂ  vu plus haut, que les ames Ă©taient censĂ©es descendre vers la terre, et remonter de la terre aux cieux. C'est pourquoi, continue Macrobe, on appelle l'une, la porte des hommes, et l'autre, la porte des Dieux. Le cancer Ă©tait celle des hommes, parce que les ames Ă©taient censĂ©es descendre par-lĂ  vers la terre; le capricorne, celle des Dieux, parce que c'Ă©tait par le capricorne qu'elles remontaient vers le siège de leur propre immortalitĂ©, et qu'elles allaient se placer au nombre des Dieux; et c'est ce qu'Homère a voulu figurer dans la description de l'antre d'Ithaque. C'est pourquoi Pythagore pense que c'est de la voie lactĂ©e que part la descente vers l'empire de Pluton, parce que les ames, en tombant de lĂ , paraissent dĂ©jĂ  dĂ©chues et rabaissĂ©es au-dessous de leur habitation supĂ©rieure. C'est de la voie lactĂ©e qu'elles reçoivent la première impulsion, qui les pousse vers les corps terrestres. VoilĂ  ce qui fait que Scipion l'ancien dit au jeune Scipion, au sujet des ames des bienheureux, en lui montrant la voie de lait : «Ces ames sont parties d'ici, et c'est ici qu'elles retournent.» Ainsi les ames qui doivent descendre, tant qu'elles sont au cancer, comme elles n'ont point encore quittĂ© la voie de lait, sont toujours censĂ©es ĂŞtre au nombre des Dieux. Mais lorsqu'elles sont descendues jusqu'au lion, lĂ  elles commencent l'apprentissage de leur condition future. Par la raison contraire, lorsqu'elles sont dans le verseau, qui est le signe opposĂ©e au lion, elles sont dans l'Ă©tat de la plus grande opposition Ă  la vie humaine. Aussi est-ce sous ce signe, et dans le mois oĂą le soleil le parcourt, que l'on fait des sacrifices aux mânes. Ainsi l'ame, descendant des limites cĂ©lestes, oĂą le zodiaque et la voie lactĂ©e se touchent, quitte aussitĂ´t sa forme sphĂ©rique, qui est celle de la Nature divine, pour s'alonger et s'Ă©vaser en cĂ´ne. C'est ainsi que du point naĂ®t la ligne, qui d'un point individuel s'Ă©tend en longueur; et sortant de la sphĂ©ricitĂ© de son point, qui est sa monade, elle se partage et s'avance jusque dans la dyade, qui est son premier prolongement. C'est lĂ  cette essence Ă  qui Platon, dans le TimĂ©e, donne les noms d'indivisible et de divisible, lorsqu'il parle de la formation de l'ame du monde. Car les ames, tant celle du monde que celle de l'homme, se trouvent n'ĂŞtre point susceptibles de division, quand on n'envisage que la simplicitĂ© de leur nature divine; mais aussi quelquefois elles en paraissent susceptibles, lorsqu'elles s'Ă©tendent et se partagent, l'une dans le corps du monde, l'autre dans celui de l'homme. Lors donc que l'ame est entraĂ®nĂ©e vers le corps, dès le premier instant oĂą elle se prolonge hors sa sphère originelle, elle commence Ă  Ă©prouver le dĂ©sordre qui règne dans la matière qui s'unit Ă  sa substance; et c'est ce qu'a insinuĂ© Platon dans son PhĂ©don, lorsqu'il nous peint l'ame chancelante et prise d'une nouvelle ivresse qui la fait tomber vers le corps : il a dĂ©signĂ© par-lĂ  un nouveau breuvage de matière plus grossière dont elle se charge, et qui l'appesantissant, l'entraĂ®ne vers le corps. [...] La partie la plus Ă©levĂ©e et la plus pure de cette matière, qui alimente et constitue les ĂŞtres divins, est ce qu'on appelle nectar; c'est le breuvage des Dieux. La partie infĂ©rieure, plus trouble et plus grossière; c'est le breuvage des ames : et c'est ce que les anciens ont dĂ©signĂ© sous le nom de fleuve LĂ©thĂ©. EntraĂ®nĂ©e par le poids de cette liqueur enivrante, l'ame coule le long du zodiaque et de la voie lactĂ©e, jusqu'aux sphères infĂ©rieures; et dans sa descente, non-seulement elle prend, dans chacune de ces sphères, une nouvelle enyeloppe de la matière du corps lumineux, mais elIe reçoit les diffĂ©rentes facultĂ©s qu'elle doit exercer durant son sĂ©jour dans le corps (Charles François Dupuis, Origine de tous les cultes, ou Religion universelle, Tome V, 1835 - books.google.fr).

 

Ce qui fait penser que le "fait mystique" du quatrain III, 2 pourrait un lait mystique et astrologique.

 

"vray siège" peut se référer à "lieu vrai" astronomique d'un astre.

 

Le lieu optique, ou simplement le lieu d'une Ă©toile ou d'une planète, est un plan dans la surface de la sphère du monde, auquel un spectateur placĂ© rapporte le centre de l'Ă©toile ou de la planète. Ce lieu se divise en vrai ou apparent. Le lieu vrai est le point de la surface de la sphère, ou un spectateur placĂ© au centre de la terre voit le centre de l'Ă©toile; ce point se dĂ©termine par une ligne droite tirĂ©e du centre de la terre par le centre de l'Ă©toile, & terminĂ©e Ă  la sphère du monde. Le lieu apparent est le point de la surface de la sphère, oĂą un spectateur placĂ© sur la surface de la terre voit le centre de l'Ă©toile ; ce point se trouve par le moyen d'une ligne qui va de l'Ĺ“il du spectateur Ă  l'Ă©toile, & se termine dans la sphère des Ă©toiles. La distance entre ces deux lieux optiques, savoir le vrai & l'apparent, fait ce qu'on appelle la parallaxe. Le lieu astronomique du soleil, d'une Ă©toile ou d'une planète signifie simplement le signe & le degrĂ© du zodiaque, oĂą se trouve un de ces astres ; ou bien, c'est le degrĂ© de l'Ă©cliptique, Ă  compter du commencement d'ariès, qui est rencontrĂ© par le cercle de longitude, de la planète ou de l'Ă©toile, & qui par consĂ©quent indique la longitude du soleil, de la planète ou de l'Ă©toile, & qui par consĂ©quent indique la longitude du soleil, de la planète ou de l'Ă©toile. Le lieu de la lune est le point de son orbite oĂą elle se trouve en un tems quelconque. Le lieu est assez long Ă  calculer, Ă  cause des grandes inĂ©galitĂ©s qui se rencontrent dans les mouvemens de la lune, ce qui exige un grand nombre d'Ă©quations & de rĂ©ductions avant de trouver le lieu vrai. Le lieu excentrique d'une planète dans son orbite est le lieu de l'orbite oĂą paroitroit cette planète, si on la voyoit du soleil (Julien Taitbout, AbrĂ©gĂ© Ă©lĂ©mentaire d'astronomie, de physique, d'histoire naturelle, de chymie, d'anatomie, de gĂ©omĂ©trie et de mĂ©chanique, 1777 - books.google.fr).

 

Lune et âme

 

L'astrologue français de la fin du XVe siècle Simon Belle ("in Castroluccio") : "Selon Ptolemee la lune sinifie la partie sensitive et Mercure la partie raisonnable et la lune est plus forte que Mercure il s'ensuit que la partie sensitive en ce ney ne obeira pas volentiers" (Helena Avelar de Carvalho, An Astrologer at Work in Late Medieval France: The Notebooks of S. Belle, 2021 - books.google.fr).

 

C'est l'auteur du seul horoscope de la naissance de Charles VIII (vers 1483 - 1491) (Jean-Patrice Boudet, Le Recueil des plus cĂ©lèbres astrologues de Simon de Phares, Tome 2 : PrĂ©sentation et commentaire, 1999 - books.google.fr).

 

Partageant la doctrine paracelsienne de l'Astrum, l'auteur Lohenstein fait Ă©galement sienne la conception de l'âme humaine qui en dĂ©coule. Paracelse, et Ă  sa suite les occultistes germaniques de la Renaissance, Agrippa de Nettesheim notamment, distinguaient entre le corps physique, l'esprit corporel - dit aussi «corps subtil» - et le corps astral de l'âme. Alexandre KoyrĂ© Ă©voquait ces entitĂ©s en ces termes : «Le corps physique se dissout dans la tombe, mais mĂŞme pour le corps physique, il faut encore du temps avant que ses Ă©lĂ©ments retournent dans le chaos; de mĂŞme, l'esprit corporel subsiste pendant un certain temps après la mort, et il est tout Ă  fait naturel que cet esprit, qui Ă©tait en quelque sorte le moteur (subordonnĂ© Ă  l'âme) du corps, continue de «marcher» quelque temps encore (par inertie, par habitude, pour ainsi dire), et que, par consĂ©quent, il hante les lieux oĂą son corps avait habitĂ©, exĂ©cute les simulacres de gestes qu'il avait exĂ©cutĂ©s pendant sa vie, revient vers le trĂ©sor qu'il avait cachĂ©. Il ne faut pas croire cependant que cette ombre ( Schatten ) possède autre chose que l'ombre de la vie. Les larvae ne sont que simulacres; ils ne sont qu'image flottante de la vie passĂ©e, habitude qui a pris corps. L'âme n'y est plus et, par consĂ©quent, ils n'ont ni force, ni volontĂ©, ni conscience. Tout autre chose, par contre, est l'evestrum, le corps astral de l'âme, ou l'âme munie de son corps astral. Cet ĂŞtre-lĂ , Ă©tant une force et un centre d'action et de pensĂ©e, peut agir, peut dĂ©terminer des actions physiques, peut traverser avec une vitesse extrĂŞme les rĂ©gions les plus Ă©loignĂ©es de l'espace, peut aussi agir directement - c'est-Ă -dire sans passer par le physique - sur les âmes. Et c'est l'evestrum qui vous apporte des nouvelles et permet aux vrais mages de communiquer entre eux ( on sait qu'Agrippa de Nettesheim enseignait quelque chose d'analogue ).» (Mystiques, Spirituels, Alchimistes du XVIe siècle allemand, Paris, 1971, p. 93). Ainsi c'est bien l'esprit corporel de Didon qui est Ă©voquĂ© au der- nier acte de Sophonisbe. Didon prĂ©cise que son ombre ne cesse d'errer autour de sa tombe (Pierre BĂ©har, Silesia tragica: Ă©panouissement et fin de l'Ă©cole dramatique silĂ©sienne dans l'Ĺ“uvre tragique de Daniel Casper von Lohenstein (1635-1683), 1988 - books.google.fr).

 

Selon une conception astrale rapportée par Macrobe, l'ombre ou le fantôme des pieux défunts remonte au ciel et stationne sur la Lune.

 

Dans le système des premiers spiritualistes, l'âme n'Ă©tait point crĂ©Ă©e avec le corps, ou en mĂŞme temps que lui, pour y ĂŞtre insĂ©rĂ©e ; elle existait antĂ©rieurement et de toute Ă©ternitĂ©. Voici, en peu de mots, la doctrine qu'expose Macrobe Ă  cet Ă©gard. Som. Scip. passim. «Il existe un fluide lumineux, ignĂ©, très-subtil, qui, sous le nom d'ether et de spiritus, remplit l'univers ; il compose la substance du soleil et des astres; il est le principe et l'agent essentiel de tout mouvement, de toute vie; il est la DivinitĂ©. Quand un corps doit ĂŞtre animĂ© sur la terre, une molĂ©cule ronde de ce fluide gravite par la voie lactĂ©e vers la sphère lunaire ; et, parvenue lĂ , elle se combine avec un air plus grossier, et devient propre Ă  s'associer Ă  la matière : alors elle entre dans le corps qui se forme, le remplit tout entier, l'anime, croĂ®t, souffre, grandit et diminue avec lui : lorsqu'ensuite il pĂ©rit et que ses Ă©lĂ©mens grossiers se dissolvent, cette molĂ©cule incorruptible s'en sĂ©pare, et elle se rĂ©unirait de suite au grand ocĂ©an de l'Ă©ther, si sa combinaison avec l'air lunaire ne la retenait : c'est cet air (ou gaz) qui, conservant les formes du corps, reste dans l'Ă©tat d'ombre ou de fantĂ´me, image parfaite du dĂ©funt. Les Grecs appelaient cette ombre l'image ou l'idole de l'âme ; les pythagoriciens la nommaient son char, son enveloppe, et l'Ă©cole rabbinique son vaisseau, sa nacelle. Lorsque l'homme avait bien vĂ©cu, cette âme entière, c'est-Ă -dire son char et son Ă©ther, remontaient Ă  la lune, oĂą il s'en faisait une sĂ©paration ; le char vivait dans l'Ă©lysĂ©e lunaire, et l'Ă©ther retournait aux fixes, c'est-Ă -dire Ă  Dieu, car, dit Macrobe, plusieurs appelent Dieu le ciel des fixes (c. 14)» (Note de La Loi naturelle) (Oeuvres complètes de C.-F. Volney, comte et pair de France, Tome 1, 1821 - books.google.fr).

 

Origène, dans son Commentaire de Matthieu (ca. 245), traduit en latin dès le VIe siècle, analyse le cas du lunatique (lunaticus) que Jésus guérit après l'avoir exorcisé (Matthieu 17, 14-18). Il condamne le discours des médecins qui affirment que le lunatique souffre non d'un esprit impur, mais d'une «maladie du corps» (corporalis passio), due à l'influence néfaste de l'astre humide, la lune, sur la tête du patient. On y reconnaît évidemment le discours médical sur l'épilepsie, maladie humide, liée au flegme. Origène n'élimine cependant pas la lune. Le démon se sert des phases de la lune pour posséder tel ou tel individu et ainsi faire croire que la lune, créature de Dieu, est un astre funeste (Jean-Marie Fritz, Le Discours du fou au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècles), 1992 - books.google.fr).

 

Selon Hippocrate, le flegme associé à l'eau froide et humide siège dans le cerveau (Marc Carnel, Le sang embaumé des roses: sang et passion dans la poésie amoureuse de Pierre de Ronsard, 2004 - books.google.fr).

 

Il y a dans Plutarque (TraitĂ© de la face qui paraĂ®t sur la lune) des dĂ©tails curieux, mais qu'il faut se garder d'accepter sans rĂ©serve, sur la psychologie druidique. Un des interlocuteurs du traitĂ©, le philosophe Sylla, expose les doctrines d'un prĂŞtre de l'Ă®le de Bretagne qu'il a connu Ă  Carthage. Les druides auraient cru que l'homme Ă©tait composĂ© de trois parties: le corps, fourni par la terre; l'âme (sensitive), descendue de la lune; l'intelligence (âme raisonnable), Ă©manĂ©e du soleil. La raison rĂ©sultait de l'union de l'âme avec l'intelligence; la passion procĂ©dait de l'attachement de l'âme pour le corps. L'intelligence rĂ©sidait dans le cerveau, l'âme dans le cĹ“ur; l'âme Ă©tait dans le sang, croyance commune aux Égyptiens et aux Juifs. Les ĂŞtres infĂ©rieurs avaient l'âme sensitive et non l'âme intellectuelle, et la femme aurait Ă©tĂ© assimilĂ©e aux ĂŞtres infĂ©rieurs ! Ceci est mĂŞlĂ© de donnĂ©es sur la vie future Ă©videmment altĂ©rĂ©es et tronquĂ©es, et le système des deux âmes sensitive et raisonnable, très en vogue dans l'antiquitĂ© et le moyen âge, est très peu en rapport avec l'esprit gĂ©nĂ©ral du druidisme. Peut-ĂŞtre le prĂŞtre breton n'est-il lĂ  qu'un prĂŞte-nom; nĂ©anmoins, la prĂ©dominance exclusive du principe intellectuel est bien druidique (Henri Martin, Histoire de France: depuis les temps les plus reculĂ©s jusqu'en 1789, Tome 3, 1855 - books.google.fr).

 

Microcosme

 

Pour Aristote l'âme vient de l'âme, la permanence des espèces n'est pas assurĂ©e par la matière mais par l'âme; c'est une rĂ©alitĂ© sĂ©parĂ©e du corps. Mais vient-elle des parents ou est-ce le CrĂ©ateur qui l'introduit dans le corps ? Pour Aristote l'âme est apportĂ©e par le père : «Le corps, Ă©crit-il, est formĂ© par la femelle et l'âme par le mâle.» C'est le sperme qui contient l'âme, le pneuma, qui anime le sang des menstrues, lui-mĂŞme Ă  l'origine de la matière. Pour Aristote la semence contient une âme en puissance que la conception transformera en acte; autrement dit, selon Épicure, «la semence mâle est un abrĂ©gĂ© de notre âme». Cette opinion sera entretenue pendant des siècles chez la majoritĂ© des philosophes et naturalistes; tous les arguments sont bons, mĂŞme les plus insolites, puisque certains voient dans la ressemblance entre le sperme et la matière cĂ©rĂ©brale la preuve qu'il contient l'âme. Van Helmont au XVIIe siècle attribue mĂŞme Ă  l'âme le pouvoir fĂ©condant du sperme : «L'âme du gĂ©niteur, Ă©crit-il, dans la dĂ©lectation du coĂŻt se jette et se rĂ©pand en quelque façon vers le corps de la semence, et en l'entourant dessine et imprime sa figure sigillaire en une certaine matière spirituelle qui est la cause de la fĂ©conditĂ© de la dite semence.» Pour Sennert les semences sont dĂ©jĂ  animĂ©es par une âme, qu'elles reçoivent, selon Mondinius, dans les testicules; c'est une âme vĂ©gĂ©tative qui vient de l'âme vĂ©gĂ©tative du père. Pour Harvey un Ĺ“uf non fĂ©condĂ©, «subventané», a une âme vĂ©gĂ©tative, car il ne fait que vĂ©gĂ©ter, et c'est Ă  la fĂ©condation qu'il reçoit l'âme rationnelle. La tradition chrĂ©tienne n'abandonnera pas complètement cette idĂ©e en prĂ©cisant toutefois que l'âme ne peut venir que de Dieu. Pour saint Thomas, «il est impossible que la vertu qui est dans la semence soit capable de produire le principe intellectif, et Ă©tant une substance immatĂ©rielle, elle ne peut ĂŞtre produite par la gĂ©nĂ©ration, mais seulement par la puissance crĂ©atrice de Dieu». Quoi qu'il en soit, il convient de s'interroger sur le moment oĂą l'âme est infusĂ©e dans le corps ? Ce qui revient Ă  poser la question fondamentale du dĂ©but de la vie, de ce mystère incomprĂ©hensible qui fait que deux semences inertes s'animent pour faire un ĂŞtre vivant. On voit d'emblĂ©e que se crĂ©e une confusion sĂ©mantique, dont on ne sortira plus, entre les notions de vie, d'ĂŞtre humain, de personne, d'esprit et d'âme (Claude Humeau, ProcrĂ©er : histoire et reprĂ©sentations, 1999 - books.google.fr).

 

L'analogie de la substance cérébrale et du fromage mou figure ainsi chez le grand chirurgien du début du XIVe siècle Henri de Mondeville; l'un et l'autre sont en effet de complexion humide et froide.

 

Thomas d'Aquin met en parallèle la formation de l'embryon et la casĂ©ification : semence masculine/prĂ©sure; semence fĂ©minine/lait; et embryon/fromage (Jean-Marie Fritz, Le Discours du fou au Moyen Ă‚ge (XIIe-XIIIe siècles), 1992 - books.google.fr).

 

Comme le faisait ClĂ©ment d'Alexandrie suivant une longue tradition (Paedagogia I, 48, 1) :

 

La formation de l'embryon a lieu lorsque le sperme s'unit au résidu pur laissé par l'écoulement menstruel. La puissance qui est dans le sperme, en coagulant la nature du sang, comme la présure fait prendre le lait, élabore la substance de l'objet formé (J. P. Broudéhoux, Mariage et famille chez Clément d'Alexandrie, 1970 - books.google.fr, Chirurgie de maitre Henri de Mondeville, traduit par E. Nicaise, 1893 - books.google.fr).

 

Rabelais compare son cerveau Ă  un fromage, quand il parle de son cerveau «caseiforme» (Gargantua, Prologue, p. 8) (Bruno Pinchard, La transmission et ses masques, La transmission des savoirs au Moyen Age et Ă  la Renaissance, Tome 2 : Au XVIe siècle, 2005 - books.google.fr).

 

Epilepsie, Lune et Rois mages

 

L'architecture du corps renvoie Ă  celle du cosmos. La folie est ainsi liĂ©e, et de plus en plus, Ă  partir du XIIIe siècle, aux astres. La connivence entre la folie et la lune, hĂ©ritĂ©e de l'antiquitĂ© aussi bien paĂŻenne (Ă©pileptique/lunatique) que chrĂ©tienne (stultus sicut luna mutatur, selon EcclĂ©siastique 27, 11), s'enrichit de rapports plus complexes Ă  travers une nouvelle science : l'astrologia medica.

 

Le rapport du dĂ©mon et de l'Ă©pilepsie passe souvent par le relais de la lune. Lunatique est ainsi un autre nom, «vulgaire» de l'Ă©pilepsie. MĂŞme le mĂ©decin Jean Sauvage, dans son RĂ©ceptaire, parle de fol lunage et fol demoniacle. Ce dernier ne se contente pas de cette simple dĂ©nomination; les recettes qu'il nous donne contre l'epilensie sont assez surprenantes : Item : le pere ou la mere ou le plus prochain des amis doit mener le malade par VIII. jours au moustier, et chascun jour face dire une messe, et en la fin de celle messe face dire sus le chef du malade une euvangile en laquelle il a vers la fin : «Hoc genus demonii non eicitur nisi cum jejunio et oracione» [Matthieu, 17, 20] et le malade garira (...). Item l'en dit pour certain que Dieu donna aux .III. royz qui l'alerent adorer que quicomquez leurs noms sur soy porteroit, ja d'epilensie ne cherroit, et ce nous est donnĂ© a entendre par ces vers : «Tres regez regi regum tria munera donnant : Balthazar mirram, thus Jaspar, Melchion aurum. Et quicumque secum portabit nomina regum solvitur a morbo caduco.» Ces deux remèdes font Ă  chaque fois appel Ă  l'efficacitĂ© d'un texte, texte oral tirĂ© de l'Evangile et prononcĂ© par un prĂŞtre sur la tĂŞte du malade dans le premier cas , texte Ă©crit et portĂ© sous forme d'amulette par le patient dans le second cas. Jean Sauvage n'est certes qu'un vulgarisateur, mais Constantin l'Africain ou Bernard de Gordon ne refusent pas non plus ce genre de considĂ©rations (Constantin l'Africain, Pantegni, Practica, V, 17, Ă©d. in Opera omnia Ysaac, Lyon, 1515, II, fo 99 r°. Bernard de Gordon, Lilium medicinae, II, 25, Ă©d. 1550, p. 226. Chez ce dernier, les vers des rois mages doivent ĂŞtre prononcĂ©s dans l'oreille du patient) (Jean-Marie Fritz, Le discours du fou au Moyen Age: XIIe-XIIIe siècles : Ă©tude comparĂ©e des discours littĂ©raire, mĂ©dical, juridique et thĂ©ologique de la folie, 1992 - books.google.fr).

 

Pierre Franchon de Zélande complète le récit de Pietro d'Abano dans le Conciliator en explicitant le contenu de l'incantation des rois Mages que prescrit Constantin l'Africain. Il précise aussi de quelle manière la formule doit être prononcée, «en secret et avec empathie». On retrouve le secret et le désir, deux éléments chers à notre commentateur. L'autre groupe d'exemples comprend tout ce qui ne relève pas du champ de la médecine. Sont ainsi réunis, pêle-mêle, des formules liturgiques, des pratiques magiques, judiciaires, vétérinaires, certains charmes de protection.

 

Le paroxysme de la crise Ă©pileptique, ou son mal, est calmĂ© par une incantation, par exemple par cette phrase [prononcĂ©e] dans les oreilles de l' l'Ă©pileptique, c'est-Ă -dire appliquĂ©e en secret et avec empathie : «Gaspard portait la myrrhe, Melchior l'encens, Balthasar l'or. Celui qui porte sur lui ces trois noms de rois est dĂ©livrĂ© du mal caduc par sa foi dans le Seigneur». Cinquièmement, on montre que la guĂ©rison de l'Ă©pilepsie est rĂ©alisĂ©e par une incantation selon l'autoritĂ© de Constantin, qui a dit : lorsque le père ou la mère de l'Ă©pileptique le conduit Ă  l'Ă©glise le quatrième jour de la fĂŞte des Quatre Temps, et le sixième jour, et le jour de Saturne ou samedi, et qu'on psalmodie sur lui ou devant lui une phrase de l'Évangile, par exemple : «ce genre de dĂ©mons ne sera chassĂ© de celle-ci que par des prières et des jeĂ»nes», et que l'on suspende cet euangelium ad collum (BĂ©atrice Delaurenti, Variations sur le pouvoir des incantations, Archives d'histoire doctrinale et litteraire du moyen âge, Volumes 73 Ă  74, 2006 - books.google.fr).

 

Au XVIIe siècle l'Eglise catholique condamnait cette pratique (Robert BenoĂ®t, Pavot ou pivoine ? Les traitements de l'Ă©pilepsie Ă  l'Ă©poque moderne, Pouvoirs, contestations et comportements dans l'Europe moderne, 2005 - books.google.fr).

 

Si chez Pline Drusu fut guéri par le lait de chèvre, l'auteur de la Maladie sacrée, du corpus hippocratique, consommer de la viande de chèvre favorise l'épilepsie, maladie dont sont atteints les petits de l'animal. La maladie est due à une abondance de flegme dans le cerveau qui devient trop humide, comme le dira Galien, produite par l'obturation des veines (Pierre Brulé, La Grèce d'à côté: Réel et imaginaire en miroir en Grèce antique, 2015 - books.google.fr).

 

Cet avertissement est repris par ClĂ©ment d'Alexandrie :

 

...ceux-là s'en (porc) abstiennent parce que c'est un animal ardent en amour. Telle est aussi la raison pour laquelle la loi ne sacrifie pas de bouc, excepté dans le cas unique du bouc émissaire pour l'éloignement des péchés, parce que la volupté est la mère de tous les maux. On assure d'ailleurs que l'usage de la chair du bouc dispose à l'épilepsie, et que celle du pourceau amène l'obésité (Clément d'Alexandrie, Stromates, Livre VII, Chapitre VI) - remacle.org).

 

Pour Paracelse (1493 - 1541) (De morbis amentium lib. I. p, 487 - De caducis p. 596), l'épilepsie, par exemple, est le tremblement de terre du microcosme, révolution qui résulte de l'effervescence de l'esprit vital (Kurt Polycarp Joachim Sprengel, Histoire de la médecine: depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècle, Tome 3, traduit par Antoine Jacques Louis Jourdan, 1815 - books.google.fr).

 

Hercule et JĂ©sus

 

Il est important de s'intĂ©resser aux appellations de la maladie, d'abord parce qu'elles permettent de vĂ©rifier qu'elles correspondent Ă  un dĂ©coupage de la rĂ©alitĂ© nosologique diffĂ©rent du nĂ´tre (Pigeaud, 1987, p. 47), ensuite comme indices des reprĂ©sentations de la maladie. L'expression «maladie sacrĂ©e» Ă©tait très rĂ©pandue. Elle est attestĂ©e, depuis HĂ©raclite, chez HĂ©rodote, mais aussi chez les mĂ©decins. Cela dit, dans le corpus hippocratique comme chez HĂ©rodote, l'expression est mise Ă  distance des formules comme «la maladie dite sacrĂ©e». Le sens exact de l'adjectif sacrĂ©, par ailleurs, n'Ă©tait pas parfaitement clair, mĂŞme pour les Grecs. Platon, dans le TimĂ©e, l'explique par le fait que la maladie perturbe les «rĂ©volutions très divines» du cerveau (Platon, 1925). ApulĂ©e propose une explication voisine : «Cette maladie est appelĂ©e chez nous non seulement haut mal ou mal comitial, mais aussi mal divin (divinum morbum) comme chez les Grecs hiĂ©ra nosos, et c'est Ă  juste titre, puisqu'elle profane la partie raisonnable, donc la plus sainte, de l'âme» (ApulĂ©e, 1998). Caelius AurĂ©lien, mĂ©decin latin du Ve siècle ap. J.-C., mais dont l'Ĺ“uvre est en grande partie l'adaptation des travaux de Soranos d'Éphèse, mĂ©decin grec du Ier siècle ap. J.-C., propose plusieurs explications :

 

L'on appelle cette maladie aussi sacrée, soit parce qu'on pense que c'est un pouvoir divin qui l'a envoyée, soit parce qu'elle corrompt l'âme qui est sacrée, soit parce qu'elle a son siège dans la tête qui au dire de nombreux philosophes est le sanctuaire sacré de la partie de l'âme qui naît avec le corps [Nous retrouvons ici l'explication du Timée 85 A - B], soit en raison de l'importance de la maladie. Car la foule appelle sacré ce qui est grand (Caelius Aurelianus, 1950, I, 4, 60).

 

Cette grandeur de la maladie et son caractère impressionnant transparaissent aussi dans l'appellation «Mal d'HĂ©raclès», attestĂ©e dans beaucoup de textes, notamment les Problèmes d'Aristote (Aristote, 1994). Car la formule est tantĂ´t expliquĂ©e, je l'ai dit, par le fait que le hĂ©ros HĂ©raclès lui-mĂŞme en souffrait, tantĂ´t par le fait que la maladie est aussi puissante, irrĂ©sistible que l'Ă©tait HĂ©raclès (Staden, 1992, p. 134). Une autre interprĂ©tation fait du mot sacrĂ© un euphĂ©misme, destinĂ© Ă  calmer par un mot flatteur les puissances qui causent la maladie, de la mĂŞme manière qu'on appelait «bienveillantes» les Érinyes, dĂ©esses chargĂ©es de venger les crimes. Quant au mot Ă©pilepsie, il est anciennement attestĂ© dans les textes grecs. Il dĂ©signe une saisie brutale, une surprise (epilambanein : prendre sur). MalgrĂ© son caractère descriptif ou Ă  cause de lui, ce mot est assez peu spĂ©cifique car il y a d'autres accidents qui se signalent par la brusquerie de leur survenue. Comme l'explique M. Grmek, le noyau est l'Ă©pilepsie gĂ©nĂ©ralisĂ©e, plus prĂ©cisĂ©ment la crise de grand mal. Il ajoute : «Toutefois, le contour de ce tableau est suffisamment imprĂ©cis pour permettre d'y inclure Ă©galement quelques autres Ă©tats pathologiques, par exemple certaines autres formes d'Ă©pilepsie, des convulsions dues Ă  l'encĂ©phalite, des spasmophilies graves, l'Ă©clampsie et, bien entendu, l'hystĂ©rie» (Grmek, 1983, p. 70). Dans l'expression latine «mal caduc» (morbus caducus), on trouve le mĂŞme caractère descriptif et finalement flou : c'est la maladie qui fait tomber. Mais l'expression la plus anciennement et la plus communĂ©ment usitĂ©e chez les Latins est la formule «mal comitial» (morbus comiti). Cette formule s'explique par le fait que les comices, c'est-Ă -dire les rĂ©unions du peuple chez les Romains, Ă©taient immĂ©diatement dissoutes en cas de crise d'Ă©pilepsie (Orlandini, 1998, p. 83). Une autre expression intĂ©ressante est morbus maior, expression populaire qui constitue une sorte de trait d'union entre l'expression grecque «maladie sacrĂ©e» et l'expression romane «haut mal» qui est restĂ©e en usage très longtemps. Dans un article assez rĂ©cent, Anna Orlandini (Orlandini, 1998) a montrĂ© que le comparatif maior n'avait pas de valeur comparative, mais une valeur absolue et que la formule signifiait «maladie suprĂŞme», attestant une fois de plus le caractère exceptionnel que l'Ă©pilepsie revĂŞtait aux yeux des Anciens. Mais il ne faudrait pas conclure trop vite Ă  la rĂ©duction de l'Ă©pilepsie Ă  ses formes spectaculaires. Les mĂ©decins grecs et latins se sont efforcĂ©s d'affiner l'analyse et y sont parvenus.

 

Maladie sainte, maladie sacrĂ©e, mal de Saint-Jean, maladie d'Hercule. D'après cette respectable nomenclature, ne dirait-on pas que cette maladie est le partage de ceux que le Ciel favorise ? (J.L. Fabre-Terreneuve, La nouvelle agnodice, ou prĂ©cis de mĂ©decine comparative, 1841 - books.google.fr).

 

Les esprits du XVIe siècle, avides de syncrétisme, aimaient à établir entre mythologie païenne et christianisme. Jan Kott (Manger les dieux, 1975, p. 76), note les différentes faces que l'on redécouvrit à Hercule à partir de la fin du Moyen-Age et jusqu'à la Renaissance on l'assimila à Saint Michel, à Saint Georges, aux archanges qui enlèvent les portes de l'Enfer, à Christophe. Il personnifiait, ajoute-t-il, «le pouvoir de l'esprit qui conquiert la bestialité de la nature et soumet les passions». Et Laumonier rappelle (Hymnes de Rosnard, p. 11) que «Michel Ange, en son jugement dernier, avait représenté Jésus comme une sorte d'Hercule, qu'en 1515 Guillaume Budé dans son De assi avait comparé le Christ à Hercule et rapproché la massue de la Croix, qu'en 1533 l'évêque de Limoges, Jean de Langeac, avait fait ériger dans sa cathédrale un jubé dont le principal ornement était la série des travaux d'Hercule préfigurant ceux du Christ». Ronsard ira plus loin encore, dans son Hercule chrétien (Eustathius von Knobelsdorf, Lutetiae descriptio, traduit par Odette Sauvage, 1978 - books.google.fr, Œuvres complètes de Ronsard: texte de 1578, Volume 6, 1578 - books.google.fr).

 

La maladie d'Hercule serait l'Ă©pilepsie, au tĂ©moignage des Anciens : la description de la maladie dans la tragĂ©die coĂŻncide avec celles des traitĂ©s mĂ©dicaux antiques (cf. J. PIGEAUD, La maladie de l'âme, Paris, 1981, p. 407 et suiv.) (Mireille Armisen-Marchetti, Sapientiae facies: Étude sur les images de SĂ©nèque, 2021 - books.google.fr).

 

Héraclès se fait un nom d'Héra, femme de Zeus, alors qu'il est l'enfant d'une autre, avec le même Zeus. Héra lui donne le sein, il la mord, et de la morsure s'échappe la voie lactée. Trace céleste de l'agression. La colère d'Héra engendre l'épilepsie d'Héraclès. Echange de traces. Mais aussi capture d'une maladie dans la réalité pour constituer le mythe. Echange de signes. Mais transformation dans l'Histoire (Patrick Lacoste, Se souvenir... aimer, Revue française de psychanalyse, Volume 43, 1979 - books.google.fr).

 

Cette traĂ®nĂ©e de lait tĂ©moigne que la tĂ©tĂ©e a eu lieu et voilĂ  HĂ©raclès nanti de deux mères : Alcmène et HĂ©ra. Son nom d'HĂ©raclès est tirĂ© de celui d'HĂ©ra, il marque que son destin et ses travaux doivent servir Ă  la gloire d'HĂ©ra. Du mĂŞme coup, il est nanti de deux noms : son nom d'Alcide le rattache Ă  sa mère rĂ©elle et par elle Ă  son grand-père AlcĂ©e. Le second rĂ©sultant de ce baptĂŞme lactĂ© le lie Ă  HĂ©ra. Ses deux noms le rattachent aux femmes dans une dĂ©signation strictement matrilinĂ©aire. Rien ne le rattache Ă  ses pères sans doute parce que l'un ne l'est pas et que le second ne peut pas ĂŞtre nommĂ© bien que tout le monde sache qui il est : Secret de polichinelle. Double père, double double et double mère, voilĂ  une position bien embrouillĂ©e d'autant plus confuse que ce système de duplication ne laisse Ă  Alcide que les places qui ne sont pas les siennes : Le père qu'on lui attribue n'est pas le vrai. La mère dont il porte le nom n'est pas la sienne. La place qu'il occupera n'est pas celle qui lui Ă©tait rĂ©servĂ©e, elle a Ă©tĂ© prise par EurysthĂ©e son contraire exact, aussi peureux qu'HĂ©raclès est tĂ©mĂ©raire, aussi installĂ© qu'HĂ©raclès est errant, aussi retors qu'HĂ©raclès est naĂŻf. Il sera le commanditaire pervers d'actes commis par un HĂ©raclès agissant. De l'image structurante au double Ă©trangement inquiĂ©tant : La dĂ©couverte de soi-mĂŞme dans le miroir est pour l'enfant un moment des plus structurants. Devenu capable d'une distinction : moi/non-moi, il apprĂ©hende dans la glace un double incomplet, une image orthopĂ©dique de l'aspect extĂ©rieur, de son corps.

 

L'Ă©pilepsie rĂ©active les terreurs primitives. Les crises sont spectaculaires, mais elles sont encore plus porteuses de la menace permanente d'une spectacularisation critique de quelque chose d'incomprĂ©hensible. Elle est surprenante, un saisissement imprĂ©visible comme la survenue brutale du non-familier (unheimlich). Et comme si les trois thèmes principaux du non-familier, du double et de la mort n'Ă©taient pas suffisants, l'analyse affinĂ©e montre que chaque registre de l'Ă©pilepsie revĂŞt un caractère Ă©trangement inquiĂ©tant : le dĂ©roulement mĂ©canique des crises fait du sujet une poupĂ©e vivante, la coupure de la fonctionnalitĂ© des organes de perception (HervĂ© Beauchesne, L'Ă©pileptique et la problĂ©matique du double, Le double, la gĂ©mellitĂ© psychique, 1984 - books.google.fr).

 

Hercule est un Soleil, comme JĂ©sus Soleil de justice, qui parcourt le zodiaque en ses douze travaux comme les douze signes, HĂ©ra Ă©tant de la mĂŞme racine que Jahr ou year (annĂ©e et ses douze mois) (Philippe Walter, ChrĂ©tien de Troyes et Macrobe, Transports : MĂ©langes offerts Ă  JoĂ«l Thomas, 2020 - books.google.fr).

 

Le messianisme sĂ©vissait alors en Palestine comme une Ă©pidĂ©mie. JĂ©sus fut atteint de cette maladie mentale; il en mourut : voilĂ  tout. Était-il ce qu'on appelle prĂ©disposĂ© ? C'est probable. Ce qu'on sait positivement de son frère Jacques ne permet guère d'en douter. Calmeil admet. l'hĂ©rĂ©ditĂ© pour le tiers des cas de paralysie gĂ©nĂ©rale. On doit donc supposer que, parmi ses ascendants ou ses collatĂ©raux, JĂ©sus avait des parents atteints de quelques affections du système nerveux central ou pĂ©riphĂ©rique, des maniaques, des Ă©pileptiques, des suicidĂ©s ou des ivrognes (Jules Soury, JĂ©sus et les Ă©vangiles, 1878 - books.google.fr, F. Moigno, Boutade, Le moniteur scientifique de Quesneville: journal des sciences pures et appliquĂ©es spĂ©cialement consacrĂ© aux chimistes et aux manufacturiers, Volume 20, 1878 - books.google.fr).

 

Si Christ est un homme, la date de sa nativité au Capricorne contredit les conceptions platoniciennes de la descente des âmes par la porte des Hommes au Cancer, leur incarnation considérée comme une mise au tombeau. Alors que le Christ, allégorie de l'âme, naîtrait au ciel par la porte des Dieux où les âmes rejoignent le séjour des immortels. Platoniquement la véritable libération de l'âme, sa naissance, a lieu à la mort du corps qui lui est un tombeau.

 

La dĂ©termination de la date de noĂ«l au 25 dĂ©cembre est accidentelle et historique : dĂ©pouilles du mithraĂŻsme et sa fĂŞte de Sol invictus, le «soleil invaincu», cĂ©lĂ©brĂ©e le huitième jour des calendes de janvier, soit justement le 25 dĂ©cembre, date du solstice d'hiver et de l'allongement des jours.

 

Nous trouvons la naissance du Christ mentionnée pour la première fois à Rome le 25 décembre dans le calendrier Philocalien de 354. Furius Philocàlus est le nom du calligraphe et enlumineur que l'on suppose avoir édité ce calendrier. D'après celui-ci, en l'an 336, l'usage était déjà passé à Rome de considérer le 25 décembre comme l'anniversaire de la naissance de Jésus. Mais ce n'est qu'en 353, sous le pape Libérius, que la fête de Noël fut instituée à Rome. Quant à l'Epiphanie, anniversaire du baptême de Jésus, elle n'est pas mentionnée sur le calendrier philocalien de 354, donc elle n'était pas fêtée à Cette date à Rome, mais elle l'était certainement en l'an 400, car Arcadius et Honorius interdirent ce jour-là les jeux de cirque. Un peu plus tard, Justinien suspend les séances judiciaires le même jour, comme pour les jours fériés (Auguste Hollard, Les origines de la fête de Noël. In: Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 11e année n°3, Mai-juin 1931 - www.persee.fr).

 

Cf. quatrain VI, 54 et son "an mil six nets sept de liturgie" pour le chronographe de 354.

 

Mages

 

La plupart de ceux qui ont Ă©crit touchant Pythagore veulent qu'il ait Ă©tĂ© disciple de Zoroastre Ă  Babylone, & qu'il ait tirĂ© de lui toutes ces grandes connoissances, qui l'ont rendu depuis si fameux dans tout l'Occident. C'est ce qu'en disent ApulĂ©e (Florid. 2), Jamblique (vita Pythagor. c. 4) Porphyre (vita Pythagor.), & ClĂ©ment d'Alexandrie (Alex. strom. I) : Le Zabratus, ou Zaratus de Porphyre, & le Nazaratus de ClĂ©ment d'Alexandrie ne sont autres que Zoroastre. Cambyse ayant conquis l'Egypte, y trouva Pythagore qui y voyageoit, le prit prisonnier, & l'envoya avec les autres captifs Ă  Babylone; Il y fit connoissance avec Zoroastre ou Zabratus, qui y Ă©toit alors (Porphyre vita Pythagor.); Zabratus le purifia des soĂĽillures de sa vie prĂ©cĂ©dente, l'instruisit des choses dont un homme vertueux doit ĂŞtre affranchi, lui apprit ce qui concerne la nature, & quels sont les principes de l'Univers (Augustin Calmet, Dictionarium historicum, criticum, chronologicum geographicum, et literale Sacræ Scripturæ, cum figuris antiquitates judaicas repræsentantibus, traduit par Joan. Dominico Mansi, Tome 4, 1730 - books.google.fr).

 

Dans Mathieu 2,23 il est question de l'oracle faisant appelĂ© le messie "nazorĂ©en" dont on ne trouve pas l'origine dans les Ecritures. Y aurait-il un rapport entre "nazorĂ©en" et Nazaratus ? D'autant que les Mages sont passĂ©s par lĂ .

 

Nazaratus, Assyrien : ce surnom peut convenir Ă  Zoroastre, qui Ă©toit natif d'Urmi, ville de l'Aderbedjan, province limitrophe de l'Assyrie. S. ClĂ©ment d'Alexandrie soutient avec raison que Nazaratus ne peut ĂŞtre pris pour Ezechiel, & le synchronisme de Pythagore & de Zoroastre s'accorde avec l'Ă©poque que Dodwel (de ætat. Pythag. p. 93, & dans son TraitĂ© sur Sanchoniaton, p. 55), assigne au philosophe Grec (M. Anquetil du Perron, Recherches sur le temps auquel vĂ©cut Zoroastre, Histoire de l'AcadĂ©mie Royale des Inscriptions et Belles Lettres, depuis son Etablissement jusqu'Ă  prĂ©sent, Tome 37, 1774 - books.google.fr).

 

De quelle contrĂ©e de l'Orient Ă©taient partis ces rois Mages ? Nul ne saurait le dire. Saint Jean Chrysostome, saint Cyrille et ClĂ©ment d'Alexandrie (Stromata I, 15, 71 - M. Caster, SC 30, p. 102), les font venir de la Perse. Saint Ephrem, diacre de l'Église d'Édesse, prĂ©tend que partis de l'Assyrie, ils y revinrent porter des nouvelles de l'Enfant de BethlĂ©em (Annales franciscaines, Volume 2, 1865 - books.google.fr, Marlène Kanaan, Les rois mages et l’étoile de BethlĂ©em, d’après un manuscrit arabe inĂ©dit, l’Aksimaros et sa Caverne des trĂ©sors du Pseudo-Épiphane de Salamine, Du JĂ©sus des Écritures au Christ des thĂ©ologiens, Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de JĂ©sus, 2023 - www.brepolsonline.net).

 

Abulfarage rapporte que Zoroastre avait appris aux mages que la naissance de Christ leur serait annoncée par une étoile qui leur présenterait l'image d'une jeune vierge. «Cùmque nasceretur, stellam apparituram, in cujus medio conspiceretur figura puellæ virginis.» Cette prophétie de Zoroastre a été citée par plusieurs anciens, et insérée dans l'Évangile de l'enfance, traduit de l'arabe par Henri Sikes (Evangel. inf. c. 8) (Dupuis, Origine de tous les cultes: ou, Religion universelle, Tome 5, 1822 - books.google.fr).

 

Généalogie médicale

 

Le motif du premier voyage de Platon en Sicile avait été la science, celui du second l'espoir d'être utile aux hommes; celui du troisième ne fut pas moins noble: selon Olympiodore, ce fut l'amitié. Platon retourna en Sicile pour délivrer Dion, que Denys avait dépouillé de ses biens et mis en prison, et qu'il ne voulait délivrer qu'à condition que Platon reviendrait en Sicile. Pour sauver son ami, Platon n'hésita pas à entreprendre ce troisième voyage. Olympiodore fait aussi mention, comme Diogène de Laërte, d'un voyage de Platon en Égypte, où il s'instruisit auprès des prêtres et apprit la science hiératique de l'Égypte. Il voulait aller jusqu'en Perse pour visiter les mages; mais la guerre des Grecs et des Perses ne lui ayant pas permis d'accomplir son dessein, il alla en Phénicie, où il rencontra des mages qui lui enseignèrent tout ce qu'ils savaient; et voilà pourquoi, dans le Timée, il paraît si fort au fait de tout ce qui concerne l'art de faire des sacrifices, d'adorer et de consulter les dieux. Olympiodore ajoute que ces excursions de Platon en Égypte et en Phénicie eurent lieu avant ses voyages en Sicile, et il avoue avec candeur que dans sa relation il aurait dû les placer auparavant (M. Cousin, Fragments historiques, extraits du commentaire d'Olympiodore sur le Premier Alcibiade) (Oeuvres complètes de Platon: Dialogues socratiques, Tome 1, traduit par Dacier, Grou, 1869 - books.google.fr).

 

Ce que sans doute on doit aux Pythagoriciens, ce sont les justifications par l'astronomie, c'est l'appareil savant sous lequel la doctrine du séjour des âmes dans les astres, et notamment dans la lune, se présentera à Platon et, par lui, se transmettra, sans cesse enrichie jusqu'à la fin de l'Antiquité. Les Stoïciens l'étayeront de vraisemblances rationnelles tirées de la physique ainsi que de l'astronomie et l'astrologie enfin lui donnera une nouvelle armature. Voici quelques maillons de cette longue chaîne. Dans le Timée 42 D, le démiurge de Platon répartit les âmes puis leur dicte les conditions de la métempsychose. Ensuite «il sema les uns sur la terre, d'autres sur la lune, d'autres encore sur les instruments du temps», c'est-à-dire les astres. (Platon emploie ici le masculin en pensant aux hommes en qui s'incarneront les âmes.) Selon Proclus, Commentaire sur Timée, III, 307, 12-26, il entend «les âmes dans leur véhicule». Et ce véhicule, c'est l'homme qui, étant corporel, est nécessairement destiné aux corps célestes les plus bas. Avec Platon, la croyance qui installe des âmes dans la lune, peut-être stimulée par une influence orientale, s'est insérée dans le paysage plus vaste que suggéraient les progrès de l'astronomie. C'est le ciel tout entier, avec le mouvement divin de ses astres, qui est offert aux voyages des âmes, dans le mythe d'Er (République 614 A - 621 B), le ciel des astronomes. qui est leur patrie originelle et les accueille entre mort et réincarnation. Les justifications de l'eschatologie astrale se précisent chez les Stoïciens, et ce dès l'Ancien Portique, par des raisons tirées de la physique ou plus spécialement de la pesanteur et de la chaleur, qui sont causes de mouvements. Malheureusement, comme leur pensée ne nous est parvenue qu'à travers des résumés ou des allusions doxographiques, nous n'en saisissons que le schéma, qu'il s'agisse du Portique Ancien ou du Portique Moyen (et ici la perte de Posidonios est déplorable) et il nous faut attendre Cicéron, avec le Songe de Scipion, et Sénèque pour retrouver une pensée moins désincarnée (Claire Préaux, La lune dans la pensée grecque, Mémoires de la Classe des lettres, 1972 - books.google.fr).

 

La conception que Platon se faisait de l'âme est pourtant clairement perceptible dans son œuvre, dans le Timée en particulier. Elle n'est pas différente du système qui dominait les mystères d'Eleusis. Elle procède des deux attributs de Dieu la Pensée et le Mouvement ou manifestation. L'âme humaine, née de Dieu, est triple dans sa nature. La partie supérieure, l'Esprit tient à la Pensée. Douée de libre arbitre, elle a d'abord habité, parfaite, dans le Monde Intelligible, attachée à l'Intelligence éternelle et en faisant partie. Elle est venue dans la partie supérieure du Monde visible, où elle est descendue en traversant plusieurs cercles lumineux - ceux des astres -, puis celui de la Lune, et elle est enfin arrivée sur la Terre. Pendant cette descente, elle s'est adjointe l'Ame sensitive et l'Ame végétative en s'intégrant dans le corps. Dans la région éthérée, elle a reçu le souffle de pensée, c'est-à-dire la force qui transmettra à travers le corps les ordres de la pensée. Dans le cercle de la Lune, elle a reçu le souffle de vie. Dans le monde sublunaire, le véhicule qui la transportait, fait de lumière, est devenu matériel et a pris la forme et la nature du corps. Cette théorie traditionnelle de la nature et de l'origine de l'âme, née des mystères antiques et dont l'exposé, volontairement complexe et imagé, paraît parfois confus chez Platon, sera précisée chez les néo-platoniciens et sera reprise chez les Pères de l'Eglise chrétienne et par la scolastique du Moyen Age, notamment par saint Thomas et saint Bonaventure. Elle leur servira à prouver, tout comme Platon l'avait fait, l'immortalité de l'âme, en ce qui concerne sa partie spirituelle, l'âme intellective (mens) reflet de l'Esprit divin (Paul Naudon, La tradition et la connaissance primordiale dans la spiritualité de l'Occident: les silènes de Rabelais, 1973 - books.google.fr).

 

Jusqu'au XVIIe siècle, la tradition d'Aristote, d'Hippocrate et de Galien transmise par les médecins et les philosophes arabes fait autorité. L'essentiel du savoir des biologistes vient toujours d'Aristote pour les animaux et de Galien pour l'homme. L'influence de cette physiologie-aristotélo-galéniste va progressivement s'estomper au cours du XVIIIe siècle (Jean Noël Missa, Introduction historique, Matière pensante: études historiques sur les conceptions matérialistes en philosophie de l'esprit, 1999 - books.google.fr).

 

"saint" : sacrĂ©

 

Le sacré rejoint le saint ("sacras immortalium animarum sedes" dans le texte de Macrobe).

 

Le sacrĂ© s'oppose au profane, comme espace rĂ©servĂ© aux dieux, Ă  leurs temples et Ă  leurs prĂŞtres. Le mot «saint» vient du latin sanctus (lui-mĂŞme apparentĂ© Ă  sacer) et dĂ©signant soit quelque chose de sacrĂ© et d'invisible, soit un homme pur, vertueux, intègre, irrĂ©prochable. Il n'est donc pas facile de distinguer les deux mots et leurs nombreux dĂ©rivĂ©s : «sacristie», «sacrifice», «sacerdoce», «sacrement», «sacrilège», «serment», «sanction» (Ă  l'origine, une dĂ©cision de justice inviolable), «Toussaint», etc. Parfois on confond mĂŞme les deux termes comme dans l'expression «sacro-saint». On parle d'un texte sacrĂ© comme d'un livre saint mĂŞme si la notion de sacrĂ© Ă©voque plus l'intouchable et celle de saint le vĂ©nĂ©rable. Enfin, le vocabulaire de l'anatomie nomme tantĂ´t sacrĂ©es tantĂ´t honteuses les zones du corps humain proches des organes de la gĂ©nĂ©ration et de l'excrĂ©tion : plexus sacrĂ©, plexus honteux, vertèbres sacrĂ©es, ligaments utĂ©ro-sacrĂ©s, grand nerf honteux, etc. Comme le disait le philosophe nĂ©oplatonicien Porphyre, repris par saint Augustin, nous sommes nĂ©s entre excrĂ©ments et urine (Odon Vallet, Dieu et les religions: En 101 questions-rĂ©ponses, 2012 - books.google.fr).

 

On appelle l'épilepsie maladie aussi sacrée, soit parce qu'on pense que c'est un pouvoir divin qui l'a envoyée, soit parce qu'elle corrompt l'âme qui est sacrée, soit parce qu'elle a son siège dans la tête qui au dire de nombreux philosophes est le sanctuaire sacré de la partie de l'âme qui naît avec le corps [Nous retrouvons ici l'explication du Timée 85 A - B], soit en raison de l'importance de la maladie. Car la foule appelle sacré ce qui est grand (Caelius Aurelianus, 1950, I, 4, 60).

 

"vray siège"

 

Si l'esprit corporel est mortel quel est son vrai lieu ?

 

C'est d'une crise des fondements qu'il s'agit, Ă  savoir du modèle aristotĂ©licien de la nature et du modèle galĂ©nique de l'homme. C'est pourquoi Paracelse rĂ©pudie le latin, scolastiquement connotĂ©, pour forger en allemand un vocabulaire neuf, adaptĂ© aux concepts nouveaux qu'il circonscrit par des approximations successives de l'indicible. Car si les mĂ©decins errent dans le labyrinthe d'ignorance, c'est qu'ils c'est qu'ils n'ont pas de base philosophique et doivent se fonder sur des livres. [...] La seule base possible pour une nouvelle mĂ©decine, c'est une apprĂ©hension novatrice des rapports entre Dieu, l'homme et la nature. La nature est vie, peut tout. Elle est extĂ©riorisation de forces invisibles. L'homme est microcosme de la nature. Il est aussi crĂ©Ă© Ă  l'image et Ă  la ressemblance de Dieu, et se trouve ainsi entre Dieu et la nature. Ainsi, l'homme est triple, corps, âme et esprit, correspondant aux trois Ă©tages de l'univers, la matière, les astres et Dieu. Mais l'univers lui-mĂŞme est le corps visible de l'esprit invisible, l'expression tangible de forces immatĂ©rielles. Ainsi, corps âme et esprit se trouvent dĂ©doublĂ©s. Le corps physique de l'homme s'accompagne d'esprit corporel qui survit quelque temps après la mort sous forme de spectres ; l'âme s'accompagne d'un corps astral qui avec elle constitue l’evestrum, un ĂŞtre puissant dans la magie ; l'esprit, qui est Ă©ternel, s'accompagne d'un corps spirituel (Michel Blay, Robert Halleux, La Science classique XVIe-XVIIIe siècle: dictionnaire critique, 1998 - books.google.fr).

 

Le corps physique se dissout dans la tombe, mais, mĂŞme pour le corps physique, il faut encore du temps avant que ses Ă©lĂ©ments retournent dans le chaos ; de mĂŞme, l'esprit corporel subsiste pendant un certain temps après la mort, et il est tout Ă  fait naturel que cet esprit, qui Ă©tait en quelque sorte le moteur (subordonnĂ© Ă  l'âme) du corps, continue Ă  "marcher" quelque temps encore (par inertie, par habitude, pour ainsi dire) et que, par consĂ©quent, il hante les lieux oĂą son corps avait habitĂ©, exĂ©cute les simulacres de gestes qu'il avait exĂ©cutĂ©s pendant sa vie, revient vers le trĂ©sor qu'il avait cachĂ©. Il ne faut pas croire, cependant, que cette ombre (Schatten) possède autre chose que l'ombre de la vie. Les larvae ne sont que simulacres ; ils ne sont qu'image flottante de la vie passĂ©e, habitude qui a pris corps, ou pour ĂŞtre plus exact, qui a conservĂ© un simulacre de corps. L'âme n'y est plus et, par consĂ©quent, ils n'ont ni force, ni volontĂ©, ni conscience. Tout autre chose, par contre, est l'evestrum, le corps astral de l'âme, ou l'âme munie de son corps astral. Cet ĂŞtre-lĂ , Ă©tant une force et un centre d'action et de pensĂ©e, peut agir, peut dĂ©terminer des actions physiques peut traverser avec une vitesse extrĂŞme les rĂ©gions les plus Ă©loignĂ©es de l'espace, peut aussi agir directement - c'est-Ă -dire sans passer par le physique - sur les âmes. Et c'est l'evestrum qui vous apporte des nouvelles et permet aux vrais mages de communiquer entre eux (on sait qu'Agrippa de Nettesheim enseignait quelque chose d'analogue) (Alexandre KoyrĂ©, Paracelse : (1493-1541), 1997 - books.google.fr).

 

"vray siège" : lieu vrai astronomique d'un astre.

 

Le lieu optique, ou simplement le lieu d'une Ă©toile ou d'une planète, est un plan dans la surface de la sphère du monde, auquel un spectateur placĂ© rapporte le centre de l'Ă©toile ou de la planète. Ce lieu se divise en vrai ou apparent. Le lieu vrai est le point de la surface de la sphère, ou un spectateur placĂ© au centre de la terre voit le centre de l'Ă©toile; ce point se dĂ©termine par une ligne droite tirĂ©e du centre de la terre par le centre de l'Ă©toile, & terminĂ©e Ă  la sphère du monde. Le lieu apparent est le point de la surface de la sphère, oĂą un spectateur placĂ© sur la surface de la terre voit le centre de l'Ă©toile ; ce point se trouve par le moyen d'une ligne qui va de l'Ĺ“il du spectateur Ă  l'Ă©toile, & se termine dans la sphère des Ă©toiles. La distance entre ces deux lieux optiques, savoir le vrai & l'apparent, fait ce qu'on appelle la parallaxe. Le lieu astronomique du soleil, d'une Ă©toile ou d'une planète signifie simplement le signe & le degrĂ© du zodiaque, oĂą se trouve un de ces astres ; ou bien, c'est le degrĂ© de l'Ă©cliptique, Ă  compter du commencement d'ariès, qui est rencontrĂ© par le cercle de longitude, de la planète ou de l'Ă©toile, & qui par consĂ©quent indique la longitude du soleil, de la planète ou de l'Ă©toile, & qui par consĂ©quent indique la longitude du soleil, de la planète ou de l'Ă©toile. Le lieu de la lune est le point de son orbite oĂą elle se trouve en un tems quelconque. Le lieu est assez long Ă  Ă  calculer, Ă  cause des grandes inĂ©galitĂ©s qui se rencontrent dans les mouvemens de la lune, ce qui exige un grand nombre d'Ă©quations & de rĂ©ductions avant de trouver le lieu vrai. Le lieu excentrique d'une planète dans son orbite est le lieu de l'orbite oĂą paroitroit cette planète, si on la voyoit du soleil (Julien Taitbout, AbrĂ©gĂ© Ă©lĂ©mentaire d'astronomie, de physique, d'histoire naturelle, de chymie, d'anatomie, de gĂ©omĂ©trie et de mĂ©chanique, 1777 - books.google.fr).

 

Les Trois Rois du Baudrier d'Orion

 

L'ouverture et la fermeture de la chasse coïncident avec l'apparition et la disparition d'Orion dans notre ciel étoilé. Cette magnifique constellation d'hiver, dont la mythologie grecque a fait son Grand Chasseur, apparaît au firmament entourée de Sirius, dans la constellation du Grand Chien et de Procyon, dans celle du Petit Chien. En fait, la constellation d'Orion marque le lieu d'où la Voie Lactée, «chemin des âmes», jaillit, depuis le ciel de l'hémisphère sud, dans le ciel de notre hémisphère nord, pour tout dire depuis l'Autre-Monde dans notre Monde (Jean-Claude Cappelli, Brocéliande Au-delà des apparences Tome II, 2017 - books.google.fr).

 

Dans un passage du de Iside que nous avons dĂ©jĂ  examinĂ© Ă  un autre point de vue, Plutarque nous dit que selon l'enseignement des prĂŞtres Ă©gyptiens, les dieux meurent et leurs corps sont ensevelis dans la terre, mais leurs âmes brillent au ciel. Ils ajoutent que l'âme d'Isis est appelĂ©e par les Grecs l'Étoile du Chien, et par les Égyptiens Sothis ; que celle d'Horus est dĂ©nommĂ©e Orion et que celle de Typhon est la Grande Ourse (de Is., a1, 359 C-D). C'est tout Ă  fait exact. En ce qui concerne Seth, par exemple, les reprĂ©sentations Ă©gyptiennes montrent la constellation de la Grande Ourse tenue enchaĂ®nĂ©e par l'hippopotame et les textes qui les accompagnent expliquent que c'est Isis empĂŞchant Seth d'aller attaquer Osiris-Orion. L'une des lĂ©gendes religieuses du nome Cynopolite raconte ainsi l'origine de la Grande Ourse : au cours du combat qui opposa Seth Ă  Horus, ce dernier dĂ©tacha le khepesh (patte antĂ©rieure) de Seth et le plaça au ciel sous la garde de gĂ©nies oĂą il prit le nom de l'Ours. Dans les documents grecs de Basse-Époque, Typhon continue d'ĂŞtre appelĂ© ainsi Arctos. On peut s'Ă©tonner que Plutarque prĂ©tende qu'Orion est l'âme d'Horus, car c'est uniformĂ©ment Osiris que les documents Ă©gyptiens appellent Orion, et cela jusqu'Ă  l'Ă©poque romaine. «C'est donc simplement une erreur de Plutarque», conclut Bonnet. C'est possible ; en effet, Horus fut identifiĂ©, non Ă  Orion, mais Ă  l'Ă©toile du matin ; toutefois, on peut se demander, Ă©tant donnĂ© que visiblement le rapprochement est dĂ» Ă  l'assonance des deux noms «Ôros-Ă”riĂ´n»,  si l'erreur est imputable Ă  Plutarque ou si, Ă  l'Ă©poque romaine, il n'y a pas eu une tradition Ă  ce sujet. En effet, on a remarquĂ© que sur la Tasse Farnèse Horus, reprĂ©sentĂ© sous les traits de Triptolème entre le Nil, Isis et les Vents (Ă©tĂ©siens), se prĂ©sente dans une attitude qui rappelle Orion. Certains documents Ă©gyptiens tendaient Ă  confirmer la chose et Ă  prouver que l'assimilation d'Orion Ă  Horus n'Ă©tait pas inconnue des Égyptiens, au moins Ă  Basse-Époque. Ainsi sur le Zodiaque d'Athribis, on voit Horus sous la forme d'Orion, armĂ© d'une Ă©pĂ©e, près de la vache d'Isis-Sothis. S'il a existĂ© rĂ©ellement un Horus Orion en Égypte, il faudrait en chercher l'origine Ă  Edfou, oĂą l'on fĂŞtait la Naissance d'Horus le 30 mesorĂ©, veille du 1er Ă©pagomène, le jour de la naissance d'Osiris (= Orion), et dans la croyance qu'Horus Ă©tait la cause de la crue comme Orion, ainsi qu'on va le voir bientĂ´t. Les textes d'Edf ou d'Ă©poque ptolĂ©maĂŻque, sont Ă  cet Ă©gard assez convaincants : «Je te donne l'inondation», affirme Horus Ă  plusieurs reprises. Cela dit, il est certain que c'est normalement Osiris qui est assimilĂ© Ă  Orion. Cette Ă©toile appelĂ©e en Ă©gyptien Sab, la principale du ciel Sud, fut parfois nommĂ©e «père des dieux» et elle fut très anciennement, dans les croyances funĂ©raires, considĂ©rĂ©e comme une divinitĂ© qui procurait au mort une force de rĂ©surrection ou le protĂ©geait contre les puissances mauvaises. L'assimilation Ă  Osiris est très ancienne Ă©galement : puisqu'on croyait qu'habitaient dans les Ă©toiles les âmes des morts, il Ă©tait normal qu'on vĂ®t dans la plus brillante celle du roi des morts. Mais surtout, comme nous le disions au dĂ©but de ce chapitre, Orion Ă©tait le symbole de la rĂ©surrection : «VoilĂ  qu'Osiris est revenu sous les traits d'Orion», dit un Texte des Pyramides (Pyr., 819) (Jean Hani, La religion Ă©gyptienne dans la pensĂ©e de Plutarque, 1976 - books.google.fr).

 

Le grand secteur signal, Taureau-Orion-Sirius-Gémeaux-Voie Lactée, comme on sait, ne reste pas fixe dans la saison. Il obéit au lent pivotement de l'axe terrestre qui cause, en 26.000 ans environ, la «précession des équinoxes». S'il est pour nous maître du ciel d'Hiver (les Trois Étoiles des «Rois Mages» de la constellation d'Orion annoncent le «Natale», le «Noël») comme il avait été, pour les Égyptiens, trois mille ans avant notre ère, maître du plein Été (la «Canicule»), lors des fastueuses célébrations de «l'Ouverture de l'An» qui coïncidaient avec les crues du Nil, il fut, entre temps, maître de l'Automne et des vendanges pour l'Asie Mineure, les Cyclades et la Grèce, mille cinq cents ans avant notre ère, lors des exaltations dionysiaques (Jean-Jacques Wunenburger, La quête: territoires imaginaires de l'aventure, 1998 - books.google.fr, Dictionnaire universel françois et latin, Tome 1, 1771 - books.google.fr).

 

Dans Hermès TrismĂ©giste (traduction de MĂ©nard, 1925, 201), Isis Ă  Horus : «Il y a dans l'Univers quatre rĂ©gions que gouverne une loi fixe et immuable, le ciel, l'Ă©ther, l'air, et la terre très sainte. Dans le ciel habitent les dieux, dans l'Ă©ther, les astres, gouvernĂ©s par le soleil, dans l'air, les âmes des dĂ©mons gouvernĂ©s par la lune, sur la terre, les hommes et les animaux, gouvernĂ©s par le roi» (Waldemar Deonna, La Nike de Paeonios de Mende Et Le Triangle Sacre Des Monuments Figures, Latomus, Revue d'Ă©tudes latines, 1968 - books.google.fr).

 

Vergiliae est le nom latin le plus courant pour dĂ©signer le groupe d'Ă©toiles appelĂ© PlĂ©iades par les Grecs. Les PlĂ©iades, leurs voisines les Hyades et Orion sont unis dans un mythe commun, qui atteste leur proximitĂ© cĂ©leste (Hygin, Astron. II, 21, 1-4). Pourquoi Macrobe prend-il comme exemple ces constellations ? Les PlĂ©iades «jouissent d'un honneur sans Ă©gal», dit Hygin, Astron. II, 21, 4. Et en effet leur rĂ´le dans le calendrier Ă©tait prĂ©pondĂ©rant, leur lever, au dĂ©but de mai, annonçant la belle saison et la reprise de la navigation (cf. A. Le BĹ“uffle, (1987), p. 217). Notons aussi qu’Homère, Il., XVIII, 486 et Od. V, 270, associe pareillement les PlĂ©iades, les Hyades, les Ourses et Orion, comme repères du navigateur ; cf. aussi Virgile, Aen. III, 516 (chez qui manquent nĂ©anmoins les PlĂ©iades). Or les deux poètes sont citĂ©s et commentĂ©s par Macrobe dans les Saturnales V, 11, 10-13. (Macrobe, Commentaire sur le songe de Scipion, Livres I, Les Belles Lettres, 2002 - books.google.fr).

 

L'autruche assimilée à la Synagogue par le pape Grégoire le Grand est liée à la constellation des Pléiades. Comme la Grande Ourse symbolise, selon le même auteur sacré, l'Eglise on peut en déduire que les Pléiades représentent la Synagogue (cf. quatrain VIII, 96 - Polaire, daté de 2100-2101).

 

Les Pléiades étaient sept filles d'Atlas et de Pléioné, l'Océanide fille d'Océan et de Téthys. Elles étaient les compagnes d'Artémis. Un jour, les virginales Pléiades pourchassées ainsi que leur mère pendant sept ans par le chasseur Orion en Boétie, implorèrent les dieux de les sauver. Elles furent changées en colombes puis furent placées dans le ciel comme constellations. En fait on ne voit que six étoiles dans le ciel car l'une d'elles se cache: Méropé, disent certains car c'est la seule qui eut un mortel comme amant et toutes les autres eurent un dieu comme amant. D'autres auteurs prétendent que c'est Électre depuis la mort de Dardanos et la chute de Troie. Pour d'autres, elles se suicidèrent après la mort de leurs sœurs, les Hyades (Les Pléiades - mythologica.fr).

 

Puissance des Mages

 

C'est dans le culte du soleil, des astres et du feu que consistait l'extérieur de la religion chez les Perses et les Chaldéens. Dans leur système, le soleil et les astres étaient les plus pures émanations de la substance divine. Dans le système des mages, ces objets n'étaient pas la simple production du premier être, mais un mélange de sa substance avec la matière qui rendait cette substance divine propre à faire impression sur nos sens. Les mages, comme les chaldéens, reconnaissaient dans chaque astre une âme ou une intelligence qui lui était unie. Les Grecs et les Romains adoptèrent cette doctrine religieuse. C'était le sentiment de tous les Juifs; et cette question n'a pas été décidée par l'antiquité elle-même. De l'opinion que les astres sont animés est née l'astrologie judiciaire (Pierre Nicolas Rolle,, Religions de la Grèce, ou Recherches sur l'origine, les attributs et le culte des principales divinités Helléniques, 1828 - books.google.fr).

 

La puissance des incantations se fonderait en partie sur la signification; un tel point de vue contredirait directement les positions dĂ©fendues au XIIIe siècle par Guillaume d'Auvergne et Thomas d'Aquin Ă  propos du pouvoir de la signification. Mais dans la solution de la differentia, Pietro d'Abano retourne ces arguments, il rĂ©fute fermement l'idĂ©e que l'incantation disposerait d'un pouvoir per se : il refuse d'accorder un pouvoir spĂ©cifique aux mots. De cette discussion dĂ©coulent deux consĂ©quences. Premièrement, le pouvoir de la praecantatio ne peut ĂŞtre liĂ©e Ă  une qualitĂ© propre Ă  la formule, le principe de causalitĂ© ne rĂ©side pas dans la formule elle-mĂŞme. Deuxièmement, la signification des mots ne constitue pas un moteur de l'action. Les arguments de la differentia 156 sur le pouvoir de la signification donnent ainsi un aperçu de l'art de la nuance de Pietro d'Abano, de son sens de l'accommodation, de l'appĂ©tit de conciliation qui anime l'ensemble du Conciliator, motivĂ©e par la volontĂ© de faire se rencontrer mĂ©decine et philosophie de la nature. Sur la question du pouvoir de la signification, Pietro d'Abano laisse en effet au locuteur une marge de manĹ“uvre. Il admet que l'usage des formules correspond, dans certains cas, Ă  une opĂ©ration d'influence. Mais influencer n'est pas contraindre : la notion de persuasion attĂ©nue l'empire de la virtus verborum, elle en limite la portĂ©e. La signification ne donne pas Ă  la formule un vĂ©ritable pouvoir, c'est dans la notion d'accident de la substance que se noue la possibilitĂ© d'une incantation vraiment puissante et contraignante. L'interprĂ©tation de Pietro d'Abano le conduit donc Ă  contourner les dĂ©bats sur la signification. Lorsqu'il conteste Ă  la formule d'incantation une quelconque valeur effective per se, il suppose du mĂŞme coup que son pouvoir est ailleurs. Il s'agit alors de dĂ©terminer quel serait l'agent extĂ©rieur qui permettrait d'expliquer les effets de la praecantatio. Plusieurs interprĂ©tations naturalistes sont proposĂ©es, en particulier celle qui attribue Ă  l'âme un certain pouvoir lors de la mise en Ĺ“uvre d'une incantation.

 

Pietro d'Abano inscrit la question du pouvoir de l'âme au cĹ“ur du dĂ©bat contradictoire de la differentia 156 : l'âme humaine aurait une fonction essentielle dans la mise en Ĺ“uvre d'une formule efficace. Gentile da Foligno reprend la position de Pietro d'Abano sur le rĂ´le de l'âme dans la questio 55, en la complĂ©tant sur certains aspects. Le dĂ©bat sur la praecantatio s'oriente vers le pouvoir de l'âme dans le prolongement des interprĂ©tations naturalistes de Roger Bacon sur la virtus verborum. L'intervention de l'âme remplace celle des dĂ©mons : elle met en Ă©chec l'implication des dĂ©mons dans l'incantation telle que l'entendaient les thĂ©ologiens du XIIIe siècle. Mais le rĂ´le de l'âme humaine est infinimement plus complexe que celui des dĂ©mons. Il peut ĂŞtre analysĂ© du cĂ´tĂ© du locuteur ou du cĂ´tĂ© de l'auditeur. Il concerne Ă  la fois la production humaine et la rĂ©ception humaine de l'incantation. La differentia 156 met en Ă©vidence cette distinction fondamentale. L'âme, dit Pietro d'Abano, peut ĂŞtre la cause de l'efficacitĂ© de l'incantation de deux façons :

 

En ce qui concerne la première cause, cela peut arriver de deux façons. Soit par l'intermédiaire de celui qui prononce les incantations avec empathie, quand son âme aura été si élevée qu'elle peut dominer la matière de ce monde et la transformer par la force de l'intelligence soumise à sa volonté. Soit par l'intermédiaire de celui qui reçoit l'incantation, [qui est] généralement troublé, de telle sorte qu'il se sent très soutenu par la force de la faculté de jugement (Béatrice Delaurenti, La puissance des mots, 2007 - books.google.fr).

 

Pietro d'Abano, nĂ© Ă  Abano Terme près de Padoue, en VĂ©nĂ©tie, en 1250 et mort en 1316, est un mĂ©decin, philosophe et astrologue italien du Moyen Ă‚ge. En latin : Petrus de Abano, en français : Pierre d'Abano ou Pierre de Padoue (fr.wikipedia.org - Pietro d'Abano).

 

En dehors d’une question salernitaine rédigée vers 1200, il faut attendre la seconde moitié du XIIIe siècle et la diffusion de l’oeuvre d’Avicenne pour voir des auteurs comme Albert le Grand, Roger Bacon et Arnaud de Villeneuve prendre en compte le rôle de l’imagination sur la santé du corps humain et considérer l’incantation comme une possible «médecine de l’âme» (Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance, 2006 - books.openedition.org).

 

L'influence d'une planète - ce que Pietro d'Abano appelle «chose mue» (mota) -, constitue un relais propice au pouvoir de l'incantation :

 

Soit en effet [l'incantation] a un effet : la chose mue (mota) est altĂ©rĂ©e par l'incantation de la manière dont il a Ă©tĂ© question, parce qu'elle est orientĂ©e en fonction de notre prĂ©occupation (ordinetur ad nostram sollicitudinem) et qu'elle est une substance intellective (intelligens), de telle sorte que cette substance intellective rend l'action inefficace ou qu'elle s'y oppose par son orbe ou par son astre, selon les diverses modalitĂ©s par lesquelles celle-ci aura Ă©tĂ© enchantĂ©e (incantata).

 

C'est en utilisant le mouvement des sphères cĂ©lestes que l'incantation agirait sur le monde terrestre. Les intelligences motrices des corps cĂ©lestes peuvent ĂŞtre rĂ©ceptives Ă  l'influence d'une formule puisque ce sont des substances intellectives. L'incantation les dispose et les oriente de manière Ă  obtenir des astres un certain effet. Le mouvement dĂ©crit a pour point de dĂ©part la formule incantatoire ; il passe par les substances intellectives qui meuvent les corps cĂ©lestes, puis par les astres eux-mĂŞmes, pour atteindre le monde terrestre. L'exemple des mages (magi), que nous avons dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©, illustre la relation de la praecantatio avec les planètes. Le terme magi dĂ©signe les astrologues qui observent les planètes et dĂ©crivent leur influence sur les hommes. Ils adressent aux astres des requĂŞtes afin de diriger, en quelque sorte, l'influx cĂ©leste (BĂ©atrice Delaurenti, La puissance des mots, 2007 - books.google.fr).

 

Suivant une tradition très ancienne, la plupart des humanistes ont cru que les nombres véhiculent des significations cachées. Alberti l'a justifié parce que la création est organisée d'après des rapports mathématiques, si bien que les nombres livrent les clefs de la structure de chaque être et des relations que les êtres entretiennent entre eux. Ficin a développé la théorie en «démontrant» que toutes les parties de la réalité sont unies entre elles par le même rapport mathématique, preuve que l'univers est une manifestation de l'intelligence divine et que l'homme qui possède la science des nombres peut connaître les réalités purement intelligibles sur lesquelles les sens n'ont pas prise et dominer aussi la nature. Il n'est donc pas étonnant que les mathématiques symboliques aient eu un  grand succès auprès des lettrés et des néoplatoniciens ni qu'elles aient été un des chapitres de la poetica theologia. Le Quattrocento ne s'est pas distingué des siècles précédents en pratiquant la magie, qui est une technique grâce à laquelle la parole ou une autre activité humaine peut transformer un corps en un autre; malgré les condamnations de l'Eglise les pratiques magiques étaient courantes. Par contre, la justification théorique de l'ars magica par Ficin (qui y fut conduit par ses travaux sur les Ennéades de Plotin), qu'il a rangée parmi les arts libéraux, est intéressante, encore que ce soit moins à cause de son originalité que de ce qu'elle révèle de la cosmologie ficinienne. Selon cette conception, la magie n'est ni un don de la grâce ni une activité satanique; c'est un art naturel, dans l'exercice duquel l'âme intellective, qui participe de la nature angélique, peut demander aux «démons» (les anges qui régissent des corps particuliers du monde terrestre parce qu'ils en produisent la forme) d'agir sur les réalités inférieures qui dépendent d'eux et de transformer un corps en un autre par un changement de forme. Ficin explique aussi que dans tout être formé par l'union d'une substance intellectuelle et d'une substance matérielle, comme c'est le cas de l'homme et des astres, l'union de ces substances est réalisée par un troisième terme, le spiritus, qui est un lien mi-corporel et mi-spirituel. C'est par leur spiritus que les astres émettent des influx naturels qui, en vertu de la distribution hiérarchique de l'être, exercent une influence sur les spiritus humains. L'action du mage consiste à aboutir aux transformations de formes auxquelles elle vise en captant, accélérant, retardant empêchant l'activité des daimones associés aux corps célestes qui par les influx de leurs «correspondante» appartenant à un ordre différent de la réalité; enfin les Stoïciens ont vu dans le nombre, qui existe en soi antérieurement à toute activité de la pensée, le modèle, l'idéal et la source de toutes choses (Fernand Roulier, Jean Pic de la Mirandole (1463-1494): humaniste, philosophe et théologien, 1989 - books.google.fr).

 

Nul doute que, parmi toutes les «voies» de libĂ©ration de l'âme Ă©numĂ©rĂ©es par Porphyre, ne figurât la «voie» des Mages : car la plupart des fragments conservĂ©s ont trait Ă  l'emploi des procĂ©dĂ©s thĂ©urgiques. La purification thĂ©urgique, selon Porphyre, concerne l'âme «pneumatique» et elle seule, sans, toutefois, suffire Ă  lui confĂ©rer l'immortalitĂ© et l'Ă©ternitĂ©; cette «voie» permet de se concilier l'amitiĂ© d'un dĂ©mon, en sorte qu'il aide l'âme dĂ©funte Ă  se soulever de terre, loin de chercher Ă  lui nuire. A cette fin, l'on emploie des formules de prière et d'adjuration ; mais ces formules rĂ©ussissent tout aussi bien en sens inverse, si le thĂ©urge est malveillant et contrarie le retour de l'âme en excitant le dĂ©mon au lieu de l'apaiser. En rĂ©alitĂ©, - Augustin ne parvient guère Ă  le cacher, - Porphyre tient en mĂ©diocre estime cette purification thĂ©urgique ; car elle ne permet que le retour au ciel, non le retour au Père. Selon lui, ce qui importe, c'est la purification de l'âme «intellectuelle» ; pour cela, une purification thĂ©urgique prĂ©alable de l'âme «pneumatique» n'est mĂŞme pas requise. La purification de l'âme «pneumatique» peut, en effet, s'obtenir procĂ©dĂ©s thĂ©urgiques, par la seule force de la continence. Le petit nombre de ceux qui, durant le laps de temps qui leur a Ă©tĂ© concĂ©dĂ©, vivent selon l'Intelligence sont capables de parvenir après leur mort, par la seule force de l’Intelligence, Ă  la sagesse parfaite, Ă  la purification parfaite, Ă  Dieu (Pierre Courcelle, Les sages de Porphyre et les "viri novi" d'Arnobe, Revue des Ă©tudes latines, Volumes 31 Ă  32, 1954 - books.google.fr).

 

Acrostiche : PEOS

 

Grec "pĂ©os" : pĂ©nis (Olivier Trost, Pierre Trouilloud, Introduction Ă  l'anatomie, 2020 - books.google.fr).

 

C'est ainsi qu'on trouve dans Du Laurens, la synonymie suivante : Latinis penis, hasta, muto, verpa, mentula, priapus, scapus, veretrum, coles, caulis, virga, fascinus virilis, cauda salax, nervus fistularis, genitale, membrum virile (Journal d'urologie mĂ©dicale et chirurgicale, Volumes 29 Ă  30, 1930 - books.google.fr).

 

Comme ces milliers d'Adorations décryptées par Steinberg nous montrent des Rois Mages en train de vérifier que le petit Jésus, habilement dévêtu par sa maman ou sa mamie, est bien totus, c'est-à-dire porte, bene pendentes, les testicules qui témoignent de son incarnation, un très grand nombre de photographies de Mapplethorpe nous invite à vérifier la formidable puissance ténébreuse qui gonfle les pénis noirs et musculeux érigés en dieux phalliques, universels et jaloux. Et comme ces milliers de Crucifixions, également décryptées par Steinberg, nous donnent à voir un Christ en croix revêtu d'un simple perizonium, agité par de formidables déformations, unheimlich, qui ne laissent aucun doute sur sa prochaine résurrection, un très grand nombre de photographies de Mapplethorpe nous donnent à voir des pénis en érection cloués, crucifiés, transpercés de lames de couteau, ou de fist-fucking, lactations d'urines et autres sodomies, qui mettent en évidence, dans une éblouissante perversion de l'iconologie christique, la puissance érotique du désir homosexuel sadomasochiste comme l'incarnation de ce Vouloir-Vivre absurde qui, selon Schopenhauer, mène le monde... à sa perte (Bernard Lafargue, les toilettes photographiques de l'intime, Traces photographiques, traces autobiographiques, 2004 - books.google.fr).

 

Bien mieux chez Ghirlandaio, Botticelli ou Pieter Bruegel, que viennent adorer les rois mages ? Le vieillard barbu qui s'agenouille devant lui regarde entre les jambes de l'enfant, endroit sacrĂ© entre tous, que sa mère elle-mĂŞme, Ă©cartant le linge qui le recouvre, met sous le nez de l'auguste visiteur. Une telle libertĂ©, de la part des peintres, n'a Ă©tĂ© jugĂ©e choquante qu'après le concile de Trente et la rĂ©action prude de la Contre-RĂ©forme, lorsqu'on eut perdu la justification thĂ©ologique de la nuditĂ© divine. Leo Steinberg, un professeur amĂ©ricain dont l'exposĂ© est aussi magistral que son Ă©criture est laborieuse, Ă©carte les deux explications, par la vogue du naturalisme Ă  l'Ă©poque de la Renaissance, et par l'influence de l'AntiquitĂ© et du nu antique. En opposition avec les peintres byzantinisants du Moyen Ă‚ge, qui cĂ©lĂ©braient la majestĂ© d'un Dieu inaccessible, les artistes des XVe et XVIe siècles tendent Ă  souligner moins la divinitĂ© du Sauveur que l'humanitĂ© du petit garçon, son «humanation», comme dit Steinberg. La conviction que «la divinitĂ© s'est investie dans la faiblesse de la chair, afin de faire accĂ©der celle-ci aux prĂ©rogatives de l'immortalité», les affranchit de toute pudibonderie. Pour exalter le miracle de l'Incarnation, ils insistent sur la partie la plus charnelle du Christ, sur son sexe. Certains tableaux montrent mĂŞme le nouveau-nĂ© avec une verge raidie : sans voile chez Alvise Vivarini, oĂą elle se dresse comme le membre d'un satyre (Vierge Ă  l'Enfant avec saints, Ermitage)… (Dominique Fernandez, Dictionnaire Amoureux de l'Italie, Tome 1 : de A Ă  M, 2010 - books.google.fr).

 

Et l'Adoration des Mages de Botticelli ? Un des rois est prosternĂ© devant le Christ et regarde bien en face le sexe de l'enfant (Dominique Fernandez, L'amour, 2014 - books.google.fr).

 

Si j'ai bien observĂ© les individus atteints d'Ă©pilepsie notamment dans le mode aigu, toutes les fois qu'ils se sont offerts Ă  mon attention j'ai aperçu, surtout dans le jeune âge, la rĂ©traction de la tĂŞte en arrière, la rĂ©tention plus ou moins complète d'urine et l'Ă©rection du pĂ©nis: je pourrais citer plus de vingt exemples de ce genre. L'approche de la pubertĂ©, l'âge critique, le retard et la suppression des menstrues, la masturbation, ne sont-ils pas regardĂ©s comme des prĂ©dispositions Ă  l'Ă©pilepsie ou des causes de cette maladie ? On connaĂ®t les observations d'Ă©pilepsie causĂ©e par la syphilis et guĂ©rie par un traitement syphilitique. Le coĂŻt est regardĂ© par les auteurs et les mĂ©decins les plus rĂ©pandus, comme une cause puissante d'Ă©pilepsie; cet acte lui-mĂŞme est un tableau en raccourci d'un accès d'Ă©pilepsie; on sait le nom d'epilepsia brevis, que lui ont donnĂ© les Anciens (Alphonse MĂ©nard, Pour servir Ă  l'histoire du siège et des causes de l'Ă©pilepsie, Revue mĂ©dicale française et Ă©trangère: journal des progrès de la mĂ©decine hippocratique, Volume 1, 1825 - books.google.fr).

 

C'est, en effet, ce qu'Ă©crivent notamment ClĂ©ment d'Alexandrie et Galien, lorsqu'ils rapportent le propos que nous avons ici en vue : "mikra epilèpsian (petite Ă©pilepsie) einai tèn sunousian", appliquĂ© Ă  DĂ©mocrite par le premier. Comment, dans ces nouvelles conditions, ne point remarquer que le rapprochement serait saisissant, qui tenterait de donner Ă  voir le coĂŻt Ă  travers le tableau clinique de la crise Ă©pileptique ? Constriction vasculaire, rigiditĂ© des membres, spasmes et autres alternances rythmiques de contractions toniques et de relâchements musculaires et, enfin, coma post-critique, lors de la phase rĂ©solutive : tout paraĂ®t, en effet, concorder et se dĂ©rouler ici et lĂ  dans le mĂŞme ordre, au moins en première apparence. De plus, les mictions incontrĂ´lĂ©es et autres Ă©vacuations d'excrĂ©ments (lesquelles sont imputables au relâchement des sphincters), ainsi que l'Ă©cume qui vient aux lèvres du malade durant la crise, ne laissent pas d'Ă©voquer, elles aussi, le dĂ©roulement de l'acte sexuel. Notons mĂŞme, Ă  propos de l'Ă©cume (dont Lucrèce fait, bien sĂ»r, mention dans sa fameuse description du haut mal), que certains auteurs avaient voulu voir dans le sperme une sorte... d'Ă©cume du sang, une Ă©cume ayant, comme de juste, quelque relation avec de l'air en mouvement : ainsi Diogène d'Apollonie avait-il dĂ©fini la semence comme «l'Ă©cume du sang battu par le souffle. Et le traitĂ© hippocratique Des Vents assure, de son cĂ´tĂ©, que si les flots d'Ă©cume ("aphroi") qui remontent Ă  la bouche, dans les crises Ă©pileptiformes, paraissent tout Ă  fait blancs, ceux-ci n'en sont pas moins constituĂ©s par «la partie la plus fine du (Jean Salem, DĂ©mocrite: grains de poussière dans un rayon de soleil, 1996 - books.google.fr, Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, 2014 - books.google.fr).

 

Clément d'Alexandrie ajoute que le plaisir charnel est une maladie incurable selon le même Démocrite (André Paul, La "Famille chrétienne" n'existe pas: L'Eglise au défi de la société réelle, 2015 - books.google.fr).

 

Terre sigillée

 

Cf. le quatrain IV, 77, sa "terre blésique" (la terre de Blois est sigillée) et son acrostiche "SRMA", possible "syrma" synonyme de "cauda" en versification chez Dante. "syrmaticus" peut avoir le sens de boiteux, qualificatif de Charles II d'Anjou roi de Naples, en action dans l'interprétation de IV, 77. Cf. encore le quatrain I, 82 avec sa "rubriche" autre terre sigillée, et l'acrostiche QDTT possible "quedette" autre queue.

 

La terre sigillée de Vétéravie (Wetterau en Hesse) est utilisée contre l'épilepsie, connue depuis la fin du XVIe siècle, sous Guillaume IV de Sage, fondateur de la Hesse Cassel (Nicolas Alexandre, Dictionnaire botanique et pharmaceutique, Tolume 2, 1804 - books.google.fr, Dietrich Christoph Rommel, Neuere Geschichte von Hessen, Tome 1, 1835 - books.google.fr).

 

La complexitĂ© du phĂ©nomène psychique, due au double mouvement du pneuma, oblige le stoĂŻcien Chrysippe Ă  rĂ©amĂ©nager profondĂ©ment la thèse de ZĂ©non concernant l'accueil par l'âme du monde extĂ©rieur, selon le mode, dĂ©jĂ  aristotĂ©licien de l'impression ("tuposis"). [...] Il considère que ce mode d'impression analogue Ă  l'empreinte d'une bague dans la cire, Ă©choue Ă  rendre compte de la complexitĂ© du phĂ©nomène d'apprĂ©hension, le rĂ©duisant au caractère univoque et cumulatif des impressions, alors que la connaissance met en Ĺ“uvre une temporalitĂ© et une variĂ©tĂ© d'impressions. Aussi prĂ©fère-t-il expliquer ce processus par une genèse intrinsèque Ă  l'âme qui suppose une altĂ©ration [qui se rapproche encore de la "tuposis"] et une variation (II 54; 55; 56). [...] L'hĂ©gĂ©monikon apparaĂ®t comme la condition de rassemblement et d'organisation de la variabilitĂ© d'impacts sensitifs que lui assure le double mouvement du pneuma psychique [...] lequel reçoit d'une façon plus adĂ©quate que l'air un nombre inexprimable d'impacts (Lambros Couloubaritsis, La psychologie chez Chrysippe, Aspects de la Philosophie Hellenistique, 1986 - books.google.fr) (nonagones.info - Autour de Rennes - Dalle verticale de Marie de Nègre : un triangle isocèle rectangle - books.google.fr).

 

L'air que nous inspirons contient un principe vital, indispensable pour le maintien de la vie de notre corps l'esprit vital (spiritus vitalis, pneuma zôtikon). L'esprit vital passe des poumons à la chambre gauche du cœur; en s'y mêlant à la partie la plus fine du sang veineux, il forme le sang artériel. Tandis que le sang des veines nourrit les organes, le sang des artères les anime et les chauffe. Après être arrivé au cerveau, le sang artériel est, pour ainsi dire, filtré, et l'esprit vital qu'il contient passe des vaisseaux aux ventricules cérébraux. Perfectionné dans les dernières ramifications et sinuosités des artères et dans les ventricules, ce pneuma représente désormais l'esprit animal, le pneuma psychique; nous savons déjà que Galien le tient respon- sable de l'intelligence. L'esprit animal est l'instrument principal de l'âme. (Plus tard, on parlera volontiers des esprits animaux, au pluriel.) Circulant dans les nerfs, cet esprit transmet au cerveau les impressions sensorielles et permet aux muscles de se contracter. Ce sont donc les ventricules plutôt que la substance propre du cerveau qui, selon Galien, représentent le siège de l'âme (Huldrych M. Koelbing, Remarques à propos de l'évolution des connaissances sur le cerveau, Gesnerus, Volume 42, 1985 - books.google.fr).

 

Rien n'est plus connu, parmi les faits singuliers de l'antiquitĂ©, que l'histoire de l'anneau de Polycrate, tyran de Samos. Il Ă©tait le plus heureux des hommes, et entretenait ses relations d'affection, et vraisemblablement aussi de politique, avec Amasis. On a conservĂ© la copie d'une lettre que le roi d'Égypte Ă©crivit au chef samien, pour l'engager Ă  se dĂ©fier de la fortune et Ă  se prĂ©parer Ă  ses revers, en s'imposant lui-mĂŞme les plus pĂ©nibles privations. Selon ce sage conseil, Polycrate fit jeter dans la mer cet anneau qu'il aimait par-dessus tout, et la fortune le lui rendit : il avait Ă©tĂ© avalĂ© par un magnifique poisson qui fut juge digne de la table de Polycrate, et l'anneau fut retrouvĂ© en le prĂ©parant pour son repas. Le temps des revers arriva cependant pour Polycrate et pour Amasis (M. Champollion-Figeac, Egypte, L'Univers: histoire et description de tous les peuples, 1846 - books.google.fr).

 

Un miracle proprement dit est dans l'Évangile (Matth., 17, 28), oĂą le Christ annonce Ă  Pierre que le premier poisson qu'il pĂ©chera aura dans la bouche un statère, propre Ă  assurer le paiement du tribut pour eux deux (Jules Labarbe, Polycrate Amasis et l'anneau. In: L'antiquitĂ© classique, Tome 53, 1984 - www.persee.fr) (nonagones.info - La Vraie Langue Celtique de l’abbĂ© Henri Boudet - Etudes particulières de psaumes - Psaumes 54, 119 et 129 : Hautpoul et Noli me tangere - books.google.fr).

 

Or dans ce même chapitre 17 de Mathieu, le récit de la guérison du démoniaque-épileptique (14-20) suit encore la Transfiguration (1-13).

 

L'anneau de Polycrate, dont Hérodote a narré la légende, a un rapport avec les anneaux royaux qui servaient à sceller des actes officiels.

 

Polycrate est crucifié à Sardes en Lydie - dont l'Eglise est l'objet d'un avertissement de l'Apocalypse de Jean pour manque de vigilance -, à la suite d'une ruse d'un satrape du nom de Oroete au service du roi de Perse Cambyse qui est lui-même épileptique selon Hérodote. On ne sait pour qui travaille Oroete (Connop Thirlwall, Histoire des origines de la Grèce ancienne, Tome 1, traduit par Adolphe Joanne, 1852 - books.google.fr).

 

Il faudroit examiner la Nature des lieux où se trouve la Terre Sigillée, comment on la tire, &c. on nous parle de plusieurs autres Terres à Vertus comme d'une terre grisatre qui se trouve prés de Bethlehem &c. que l'on apelle terre de Bethlehem (Recueil de voiages au nord: Contenant divers memoires tres utiles au commerce à la navigation, Tome 1, 1715 - books.google.fr).

 

Dans les environs de Bethleem, à une distance d'environ 400 pas, dans la direction du sud-est, on rencontre la grotte connue sous le nom de GROTTE DU Lait; un petit autel a été creusé dans la grotte, et autour brûlent ordinairement plusieurs lampes. De temps en temps on y dit la sainte messe et l'on y chante les litanies. C'est là que, suivant une tradition qui remonte très-haut, Marie et Joseph se seraient cachés avec l'enfant Jésus avant de fuir en Egypte (Matth., II, 13 et suiv.). Les chrétiens et les mahométans attribuent à la couche friable et tendre de calcaire, appelée en minéralogie lait de montagne, une vertu efficace pour rendre sain et plus abondant le lait des mères qui allaitent leurs enfants. Il se trouvait autrefois en cet endroit une église dédiée à saint Nicolas (Lorenz Clemens Gratz, Théâtre des évènements racontés dans les divines Ecritures, ou L'ancien et le nouvel orient, étudié au point de vue de la Bible et de l'Église, Tome 1, traduit par Louis-Philibert Gimarey, 1869 - books.google.fr).

 

Le "lait de Marie" est une sorte de terre sigillée, provenant d'une caverne près de Bethleem où la Vierge couchait avec son enfant. On fabriquait autrefois avec la terre de cette grotte des tablettes, portant la marque du Crucifié, des statuettes de sainte Marie, des croix ou d'autres symboles chrétiens. Elle servait aussi comme galactagogène (J.W.S. Johnsson, Quelques objets de terre sigillée prétendus antitoxiques, Comptes rendus du deuxème Congrès International d'histoire de la Médecine, Paris, Juillet 1921, 1922 - books.google.fr).

 

Un ersatz de la terre de Bethléem est trouvé à Ménilmontant, pour donner du lait aux nourrices; des bols de terre sigillée de Lemnos et d'Arménie, fabriqués avec de la terre de Blois (Victor Fournel, Tableau du vieux Paris: Les spectacles populaires et les artistes de rues, 1863 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2103 sur la date pivot 1596 donne 1089.

 

Le seigle ergoté occasionne des maux bien plus redoutables. L'histoire n'a pas dédaigné de consigner dans ses fastes les ravages qu'il a causés à diverses époques. En 1596, les peuples de la Hesse furent frappés d'épilepsie et de démence pour en avoir fait usage. Ils mouraient stupides; leurs cadavres se corrompaient avec une extrême rapidité, et par une circonstance jusqu'alors inconnue, ce cruel fléau se propagea par la contagion et frappa également les hommes et les animaux. (Mercure de France au dix-neuvième siècle, Volume 49, 1811 - books.google.fr).

 

L'étoile de 1572 brilla de moins en moins jusqu'au mois de mars 1574, qu'elle disparut totalement. D'abord blanche, la lumière de l'étoile nouvelle était passée au jaune, puis au rouge, ressemblant ainsi à l'étoile rouge d'Aldébaran. La couleur blanche revint au mois de mai 1573, et on remarqua que sa scintillation était d'une vivacité extrême. C'est à Tycho-Brahé que nous devons de bien connaître les phases des phénomènes successifs qu'elle présenta. On voulut - opinion que soutinrent Cardan et Théodore de Bèze, - que l'étoile nouvelle ne fût autre que celle qui, au temps d'Hérode, avait annoncé aux rois mages la naissance du Christ et les avait conduits d'Orient à Bethléem. Tycho-Brahé ne partageait pas cette manière de voir; il croyait que les astronomes avaient assisté soit à la constitution, soit à la destruction d'un astre nouveau. Pour lui, qui n'admettait pas la doctrine de l'inaltérabilité des cieux, l'étoile avait dû être un astre se volatilisant dans l'espace. En 1573, Tycho-Brahé fit à l'Université de Copenhague un cours d'astronomie dont le roi prit à sa charge tous les frais, puis il alla à Cassel, resta quelque temps à la cour du Landgrave Guillaume de Hesse, grand amateur d'astronomie, manifesta son intention de se fixer à Bâle, mais finit par retourner en Danemark (La science pour tous: journal illustré, Volume 31, 1886 - books.google.fr, Dietrich Christoph von Rommel, Geschichte von Hessen, Tome 7, 1839 - books.google.fr).

 

Laubach ist eine kleine Siedlung in der Gemarkung von Rhoden, einem Ortsteil von Diemelstadt im nordhessischen Landkreis Waldeck-Frankenberg (de.wikipedia.org - Laubach (Rhoden)).

 

C'est Ă  Laubach (Jo. Geilfusii : De terra sigillata Laubacensi tractatio, latinitate recens donata: 2o de serratis et bigatis nummis dissertatio epistolica, qua antiqua Wetteravia illustratur. Francofurti-ad-M., J.-J. Kessler, 1759, in-4, 2 v., fig. UL.) qu'a Ă©tĂ© trouvĂ©e de la terre sigillĂ©e Ă  la fin du XVIe siècle.

 

Autre Ă©pidĂ©mie d'ergotisme en 1089 dans le Nord de la France :

 

En 1089, un chroniqueur observe que l'on voit «beaucoup d'égrotants, les entrailles dévorées par l'ardeur du feu sacré, avec des membres ravagés noircissant comme des charbons qui, ou bien mouraient misérablement, ou bien conservaient la vie en voyant leurs pieds et leurs mains gangrenés se séparer du reste du corps, mais beaucoup souffraient d'une contraction des membres qui les déformait» (Sigebert de Gembloux, Metz, 1089) (Jacques Boudet, Les Mots de l'histoire : Dictionnaire historique universel des mots, des mœurs et des mentalités, 1990 - books.google.fr).

 

nostradamus-centuries@laposte.net