Les Mages et la Voie lactée VIII, 99 2102-2103 Par la puissance de trois Roys temporels : En autre lieu sera mis le Saint Siege, Ou la substance de l'esprit corporel, Sera remis et reçu pour vray
siège. Les trois rois font bien sûr penser aux trois rois mages
de la nativité du Christ. Pour résumer cette trop longue interprétation, le quatrain procédérait à un retour à une ancienne conception de l'épilepsie : le siège de la maladie sacrée épileptique sera placée dans un autre lieu que la tête, soit la lune où l'esprit vital à son vrai siège. "rois temporels" Que signifierait alors que des rois viennent se prosterner devant le Christ ? Sans doute que le pouvoir temporel doit se considérer comme second par rapport au pouvoir spirituel. [...] Les cadeaux ont été vus très vite comme symboliques. Traditionnellement, les pères de l’Eglise ont dit qu’il s’agissait des trois pouvoirs : le pouvoir royal (l’or), le pouvoir sacerdotal (l’encens qui sert aux rites), et le pouvoir spirituel de donner la vie éternelle (la myrrhe qui servait à embaumer les corps) (Louis Pernot, Le sens des fausses idées reçues sur les Mages, 2013 - etoile.pro). Otton de Friesing voit dans l'histoire du prêtre Jean une occasion d'illustrer la figure du souverain chrétien idéal. On liera l'émergence de cette légende avec celle des rois mages, dont le prêtre Jean serait un descendant, toujours selon le texte transmis par Otton de Freising. L'Évangile du pseudo- Matthieu, qui a connu au moins quatre versions différentes entre le VIe et le Ve siècle et a été largement diffusé, développe l'histoire des Rois mages, dont les reliques sont d'ailleurs translatées à Cologne en 1164. Leur culte démarre alors lentement en Occident. Il est associé au pouvoir royal, distinguant une hiérarchie entre le pouvoir christique et le pouvoir des Rois mages. L'empereur a-t-il le pouvoir christique (ou est-ce le pape, in fine ?) et le prêtre Jean, comme descendant des Rois mages, lui serait-il soumis ? La lettre du prêtre Jean 1164, le transfert des reliques des Rois mages à Cologne a lieu au moment où, comme l'a noté Camille Rouxpetel, est rédigée (entre 1165 et 1170) la lettre du prêtre Jean. Ce texte, qui connaît aussitôt un succès foudroyant, change le faciès de ce qui était jusque-là une rumeur, une simple histoire (Mathieu Beaud, Ces Rois mages venus d’Occident: L’Offrande des Mages dans les arts monumentaux de l’espace féodal, 2024 - books.google.fr). Erythrée est belle, sa terre rouge, ses montagnes découpées, grandioses. C'est un pays où la nature déferle, terre, roche. Il ne manque que de l'eau, que la pluie. Erythrée, le pays rouge des Grecs qui entraient en Barbarie par la mer Rouge (Jean-Pierre Campagne, Indiennes: récits, 1996 - books.google.fr). Une rencontre entre Diogo Lopes, envoyé par le roi Manuel de Portugal qui avait reçu Mateus l'ambassadeur abyssin à Lisbonne, et le barnagais (bahr nagas, «roi de la mer») qui gouvernait l'Erythrée au nom du Prêtre Jean eut lieu en 1520 (La Découverte, le Portugal et l'Europe, 1990 - books.google.fr). QUESTION LXIII. — Comment les Mages de la Chaldée ont-ils
pu apprendre la naissance du Christ, roi des Juifs, sur l'apparition d'une Ă©toile
qui est plus ordinairement le signe qui annonce un roi de la terre ("cum stella indice temporalis rex soleat designari") ? (Matth. II, 2.) Ces Mages de la Chaldée étudiaient le cours
des astres non pour une fin mauvaise, mais par simple curiosité. Comme le récit
de l'Evangéliste le laisse conjecturer, ils suivaient la tradition de Balaam que Balach avait fait
venir pour maudire le peuple de Dieu et qu'une impulsion divine força de le
bénir (Nomb. XXVI, 20.) Ils savaient donc par ce fait
historique que la providence de Dieu devait faire sortir un roi de Jacob; Balaam avait en effet prédit clairement "qu'une étoile
se léverait de Jacob" (Nomb.
XXIV, 17.) Les Mages, fidèles à cette tradition, voyant briller au ciel une
Ă©toile en dehors du cours ordinaire des astres, comprirent qu'elle Ă©tait celle
que Balaam avait prédite comme le signe futur de la
naissance du roi des Juifs. Ce fait va directement contre les ennemis de la
religion. Elle reçoit ici un témoignage de ceux-là mêmes qui ont coutume de
l'attaquer, car les astrologues sont ennemis de la vérité (Questions sur le
nouveau testament) Ils croient venir adorer un roi de la terre, qui devait
opérer de grandes et de merveilleuses actions ; ils venaient l'adorer, et les
fils d'Abraham sentent, reconnaissent et avouent que c'est à Bethléem que doit
naître ce roi des Juifs ; car les Mages, ayant perdu de vue l'étoile
miraculeuse qui les conduisait depuis les confins les plus reculés de l'Orient
jusqu'en Judée, se rendent à Jérusalem pour s'informer du lieu de la naissance
du nouveau roi. Quelle dût être leur surprise ; ils s'attendaient à voir toute
la ville de Jérusalem, capitale de ce royaume fortuné, où venait de s'opérer
une merveille si ineffable; ils s'attendaient, dis-je, Ă la trouver au milieu
des réjouissances et des fêtes solennelles : qu'y trouvent-ils ? Pas un seul
homme qui leur parle de la naissance du roi qu'ils viennent adorer. C'Ă©tait
donc dans leurs livres même qu'ils avaient lu cette prédiction qui mettait leur
foi à une si rude épreuve. Le temps marqué par ces
mêmes livres était arrivé, et la première parole qui sort de leur bouche sur ce
roi des Juifs, est une nouvelle qui met dans la plus grande surprise tous ceux
qui l'entendent. O mon Dieu, quel aveuglement ! qui ne
reconnaît ici votre vengeance ? une indifférence, un
étonnement si inouï et si déplorable, ne sont-ils pas évidemment un miracle de
votre justice. Il est vrai, Seigneur, pour leur attirer une dernière ressource
et faire un dernier effort de votre grâce, vous faites disparaître tout à coup cette
étoile miraculeuse, qui dirige la marche de ces Mages heureux et fidèles ; vous
dirigiez leurs pas dans Jérusalem, l'infortunée Jérusalem, pour lui apprendre,
Ă´ mon Dieu, par la bouche de ces hommes venus de si loin, une nouvelle qui
devait, depuis plus d'une semaine, ĂŞtre le sujet de leur joie, de leur
allégresse et de leurs actions de grâces ; mais, mon Dieu, n'aviez-vous pas dit
: Ils auront des yeux, et ne verront point ; ils auront des oreilles, et
n'entendront point. Arrivés à la cour du roi de Jérusalem, ils s'informent ;
les prophéties sont examinées ; et on convient que c'est à Bethléem qu'ils
doivent se rendre. Leurs yeux s'ouvrent et se referment aussitĂ´t : cette
nouvelle est bientôt répandue dans toute la ville, toute Jérusalem est troublée
; et, parmi tant de Juifs qui attendent le Messie, il n'en est point qui soient
plus émus que le tyran étranger : il frémit, il croit sentir son trône ébranlé
sous ses pieds ; et tandis que tous, intéressés si fort à cet événement,
demeurent renfermés dans leurs villes, sans songer à aller voir le nouveau roi,
et lui rendre leurs hommages, lui seul agit, mais de quelle manière ? O Hérode
! roi barbare, entends-tu le sang de ces enfans qui crie vengeance contre toi ? Dans une Saison en Enfer, faisant retour sur sa
faiblesse, comme l'indique la répétition de l'indéfini («même») et de l'adverbe
temporel («toujours») pour qualifier, en termes quasi mystiques, la morne
expansion du «désert» et de la «nuit» intérieurs, le sujet se livre à une
réinterprétation psychique de la fable chrétienne des «Rois mages» : «les Rois
de la vie, les trois mages, le cœur, l'âme, l'esprit» Cf. III, 2 où le terme substance est mentionné ainsi que
"Corps, ame,
esprit ayant toute puissance," (vers 3). A la recherche de l'"esprit corporel" Chez Clément d'Alexandrie, le nous correspond à la partie supérieure de l'âme, analogue à la dixième partie de la structure du créé et coïncide avec la connaissance de Dieu. En définitive la structure de la psychê humaine est tripartite et non simplement bipartite, comme on pourrait le croire hâtivement. Et cela, même si le troisième élément appartient à l'ordre surnaturel et donc devrait être exclu de droit de la nature humaine. En réalité, dans la dialectique que Clément établit entre la possession de l'image de Dieu (eikôn) et l'acquisition de la ressemblance (exhomoiôsis) pour la réalisation parfaite de l'humanité, on voit très bien le rôle fondamental joué par cette partie surnaturelle précisément dans la démarche qui conduit à l'accomplissement naturel de l'homme. Les deux passages qui suivent éclairent et précisent mieux les fonctions de ces trois parties. Nous y apprenons que le pneuma somatikon ou, comme on le définit aussi, le sarkikon, préside à toutes les fonctions vitales et à la faculté sensitive, posant ainsi les bases du développement de la pensée et de l'intelligence. Extrêmement subtil en effet, il est en mesure de pénétrer toutes les parties du corps. Clément dit ailleurs qu'il s'agit d'un esprit inné. Le pneuma hêgemonikon est par contre la faculté est par contre la faculté qui a des fonctions de guide : elle possède la capacité délibérative (prohairetikê dynamis), par laquelle elle préside aux activités de recherche, d'apprentissage et de connaissance (gnosis), c'est-à -dire les trois caractéristiques indispensables à la plus grande perfection : la ressemblance avec Dieu. Enfin cette partie de l'âme est aussi liée au logos, c'est-à -dire à cet élément par lequel l'homme est à l'image de Dieu. C'est seulement lorsque le logos règne que l'hégemonikon s'acquitte effectivement de ses fonctions et surtout de celle de reconstruire l'unité et la relation harmonieuse entre toutes les facultés de l'âme en vue d'arriver au bien suprême, dont la vertu représente un premier degré. Dans cette tentative, selon qu'elle est plus ou moins réussie, réside l'état de vie de chaque homme et sa caractéristique personnelle. Mais la précision la plus intéressante pour notre recherche est contenue dans le § 135, 1-2, où Clément explique la manière dont se réalise l'articulation des pneumata. Il est clairement affirmé que la transmission de l'hegemonikon ne se réalise pas par éjaculation séminale et donc n'est pas un fait physiologique ni davantage héréditaire. La partie de l'âme avec laquelle nous raisonnons et qui nous est donnée par la nature, celle même qui active et dirige toutes les autres facultés et qui, seule, peut mettre en branle le mécanisme de la reproduction en actualisant la dynamis du sperme masculin, est introduite de l'extérieur par un acte qui n'appartient pas au dynamisme de la physiologie humaine. La terminologie du passage, de même que son contenu, rappellent fortement Eclog. Proph. 50, 138. Une fois les deux contextes expliqués dans leur éclairage mutuel, nous pouvons affirmer en suffisante connaissance de cause que, dans le cas de Clément d'Alexandrie, nous nous trouvons en présence d'une doctrine créationniste de chaque âme individuelle. L'affirmation qui suit spécifie ultérieurement la portée de cette conception et met en lumière l'originalité avec laquelle notre auteur formule sa pensée concernant l'articulation des parties de l'âme. [...] Très significatif est le lien, placé si naturellement par Clément, entre l'ordre anthropologique et l'ordre cosmologique, qui n'est nullement dû au hasard, mais, comme nous l'indiquons dans la note précédente, correspond à l'analogie de structure que l'on rencontre entre les divers ordres de la réalité. En ce qui concerne l'identification du nous avec la partie supérieure de l'âme, cf. aussi Str. IV, 155, 2. A cela se rattache le problème de l'acquisition du telos de la vie humaine. Clément y consacre des parties entières de son œuvre, comme par exemple l'exposé Peri psychès un un véritable traité contenu dans le Livre II des Stromata (cf. Str. II, 97, 1-136, 6). Quand il traite le thème, associé en dernière analyse avec le développement et la conquête de la gnose, Clément utilise en les transformant toutes les thèses le plus communes dans les écoles de philosophie de l'époque : l'idée platonicienne de l'homoiôsis theôi kata to dunaton et celle du akolouthôs phusei zên d'origine stoïcienne. Pour le chrétien Clément cependant, l'achèvement de l'humanité coïncide avec le dépassement de la nature elle-même grâce à l'intervention directe de Dieu. [...] L'idée que le pneuma hêgemonikon est diffus dans tout le corps est très ancienne dans la pensée grecque. Déjà les écoles médicales présocratiques avaient formulé la théorie de la circulation du pneuma et du sang le long de tout le corps. Cette idée avait été reprise par les stoïciens, lesquels avaient conçu le pneuma comme la substance de notre principe vital, le fondement de l'unité du cosmos et la cause de la cohésion de chaque être humain. Clément semble faire dériver cette notion plutôt de Galène et des penseurs qui se rattachent au platonisme et à l'aristotélisme que des philosophes du Portique. Galène admettait la présence dans l'homme de deux pneumata : l'un préposé aux fonctions physiologiques de l'organisme (zôotikon), l'autre, localisé dans le cerveau, associé aux activités psychologiques (psychikon), mais il n'identifiait aucun des deux avec l'âme, qu'il estimait être d'une autre nature que le souffle vital. L'âme, d'autre part, préposée aux activités noétiques, se sert des pneumata comme organes de médiation entre l'élément matériel et l'élément spirituel. G. VERBEKE, L'évolution..., cité n. 6, p. 207-219, décrivant la doctrine pneumatique et psychologique de Galène, fait remarquer à quel point le médecin d'Alexandrie a matérialisé ultérieurement le pneuma, par rapport à la pneumatologie du Portique. Son mérite aurait été cependant celui d'avoir repéré la nécessité de la présence, dans l'esprit humain, d'un élément non matériel, comme principe de l'activité spirituelle. De ce dernier nous savons seulement qu'il comprenait l'hégemonikon comme siège de la synaisthésis, et donc de la connaissance intellectuelle. Si nous considérons l'ensemble des deux pneumata de Galène et les comparons au pneuma sómatikon du passage des Stromates que nous examinons, nous voyons qu'il y a une profonde ressemblance, surtout dans l'idée que le souffle vital reçoit son activation de la partie supérieure et spirituelle de l'âme. Cependant beaucoup de différences existent. Clément en effet utilise aussi la notion de pneuma pour indiquer les parties de l'âme qui président aux fonctions les plus nobles de l'esprit humain, y compris celle qui est capable de recevoir le don surnaturel de la grâce. Comme l'a bien montré G. VERBEKE, L'évolution..., p. 510-543; 429-439, cette spiritualisation de la notion de pneuma est l'œuvre de la religion judéo-chrétienne. Lié à la tradition grecque, Clément en est donc en même temps un innovateur (L. Rizzerio, L'animation chez Clément d'Alexandrie, Nouvelle revue théologique, Volume 111, 1989 - books.google.fr, Lucien De Luca, Eurêka Nostradamus: Scholia Nostradamica Libri V - Puzzles, Charades, Rébus, Calembours, 2025 - books.google.fr). On a parlé de Clément d'Alexandrie au quatrain IX, 62 - Succession de Pertinax, empereur - 2149. Le pneuma somatikon ou, comme on le définit aussi, le sarkikon, préside à toutes les fonctions vitales et à la faculté sensitive, posant ainsi les bases du développement de la pensée et de l'intelligence. Chez Clément d'Alexandrie, l'âme végétative ou sensitive correspond à son «pneuma corporel» ou «pneuma charnel» (Jean-Claude Larchet, Pour une éthique de la procréation: éléments d'anthropologie patristique, 1998 - books.google.fr). Et l'âme sensitive serait lmiée à la Lune. Saint Thomas distingue les facultés de l'âme raisonnable des propriétés de l'âme sensitive et nutritive. (Thom., 1a, 77, 8.) Il est évident que le principe vital ignore sa vie, comme ses fonctions : vivit et est vite nescius ipse suæ. Le moi et la pensée sont réservés à l'âme intellectuelle. Clément d'Alexandrie caractérise ainsi cette partie irrationnelle de l'âme: zotike dunamis ou pneuma somatikon. C'est le principium directivum operationum vitalium des scolastiques. (Thom., 1a 18, 2, 1m) (Paul Guérin, Dictionnaire des dictionnaires: lettres, sciences, arts, Tome 6, 1890 - books.google.fr). Hugues de Saint-Victor a traité pour ainsi dire ex professo la question qui nous occupe. Le court traité sur L'union
de l'âme et du corps d'Hugues de Saint Victor a pour objet de maintenir une
distinction rigoureuse entre l'âme et le corps tout en cherchant un terme
médiateur entre l'une et l'autre ; ce terme est l'imagination qui est «une
similitude du sens au sommet de l'esprit corporel et Ă l'infime de l'esprit
rationnel» (p. 220). Les derniers paragraphes de ce texte présentent l'imagination
comme un «vêtement» de l'âme, vêtement qui adhère à elle comme une «peau»
si l'âme y trouve sa délectation. Cette conception est vraisemblablement d'origine
porphyrienne (Compte rendu de "Ugo di S. Vittore,
I tre giorni dell'invisibile luce, L'unione del corpo e dello spirito" par Vincenzo Liccaro) L'imagination est
donc une ressemblance du corps, se formant extérieurement, par les sens
corporels, au contact des corps; puis elle rentre à l'intérieur par les mêmes
sens, vers la partie plus pure de l'esprit
corporel ("corporalis spiritus"),
y met son empreinte, et forme le point culminent de la partie corporelle, en
touchant la partie raisonnable par son point inférieur. J'appelle esprit
corporel, l'air ou plutôt le feu, qui, à cause de sa subtilité, est invisible,
[et qui vivifie les corps par une énergie intérieure. Il donne la vie seulement
Ă certains ĂŞtres, comme aux arbres, aux plantes et Ă toutes les productions de la
terre, mais ils ne sentent pas. Il donne la vie et le sens Ă d'autres ĂŞtres,
comme aux animaux brutes. Certains animaux sentent,
sans avoir l'imagination; d'autres ont le sens et l'imagination. Vivre avec la
faculté de sentir, c'est plus que vivre, sans l'avoir, et par conséquent, cette
faculté est une force plus subtile, et plus elle est subtile, plus elle est
esprit. Elle se rapproche plus de la nature incorporelle avec l'imagination,
qu'avec le sens tout seul. Rien n'est plus élevé dans le corps, ou plus voisin
de la nature spirituelle, que cette force qui vient après le sens et qui lui
est supérieure et qu'on appelle l'imagination; elle est d'autant plus sublime,
qu'il n'y a que la raison qui soit au-dessus d'elle (Hugues de Saint Victor) Dans un commentaire sur le cantique Magnificat, à l'occasion des versets: «Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est dans le ravissement», il explique d'abord, comme il a été vu plus haut, que l'âme et l'esprit ne sont qu'une même substance; puis il entreprend de réfuter «l'erreur de ceux qui soutiennent qu'il y a deux âmes dans chaque homme, l'une raisonnable, l'autre sensitive et privée de raison, semblable aux âmes des brutes; erreur partagée, dit-il, même par quelques-uns des saints Pères.» Ceux qui la défendent sont si peu nombreux, au moins parmi les auteurs ecclésiastiques dignes de quelque estime, que l'on peut considérer comme une rareté l'exposition que j'en vais citer. Elle est tirée des Dialogues de Pierre Alfonse, juif portugais sincèrement converti en 1106, et par conséquent contemporain de Hugues de Saint-Victor. Moyse. Je comprends, d'après vos paroles, que l'esprit corporel et l'âme raisonnable sont deux choses différentes; mais, s'il en est ainsi, leurs opérations aussi doivent être différentes ? Pierre. C'est, en effet, ce dont ne doute aucune personne de bon sens... L'esprit corporel est un corps très-léger et très-subtil, qui se produit dans le corps humain par la combinaison des quatre éléments, se répand dans toutes les veines, donne au corps la vie, la respiration, le battement continu des artères et le mouvement naturel de l'homme. Il se détruit et se corrompt avec le corps qu'il vivifie. L'âme raisonnable, au contraire, est une substance simple incorporelle, donnant au corps le mouvement volontaire, quoique restant elle-même toujours immobile, qui, après la corruption du corps auquel elle est attachée, demeure incorruptible, et qui, en s'ajoutant au genre animal, détermine l'espèce humaine. Moyse. Je vois clairement en quoi l'esprit corporel diffère de l'âme raisonnable. Mais puisque les philosophes disent qu'il y a trois âmes, je vous prie de me dire quelles sont ces âmes ? Pierre. Ces trois âmes sont : l'âme végétative, l'âme bestiale et l'âme raisonnable. L'âme végétative a deux fonctions: elle produit l'accroissement des choses et donne aux corps la nourriture. Ces deux fonctions, elle ne les accomplit pas autrement que par les quatre forces de la nature, qui sont : l'appétitive, la rétentive, la digestive et l'expulsive. Cette âme se trouve dans toutes les plantes qui naissent de la terre et dans toutes les espèces d'animaux. Les vraies fonctions de l'âme bestiale sont : le sentiment et la locomotion. Cette âme ne se trouve que dans les animaux, et elle est unie comme par certains liens à l'esprit corporel. Les fonctions de l'âme raisonnable sont de penser, de se rappeler ses pensées, de démontrer ce qui est fixe et certain, de posséder la mémoire, de vouloir découvrir les causes et par leur découverte arriver à la vérité; elle ne se trouve dans aucune espèce d'animal, si ce n'est dans l'homme seul. Moyse. Mais comment ces trois âmes peuvent-elles se trouver réunies dans un seul homme, comment y en a-t-il deux dans les animaux sans raison et une seule dans toutes les productions de la terre ? C'est ce que j'ignore et qui me confond. Pierre. L'âme végétative s'est attachée à tous les corps produits par le mélange des quatre éléments, et a exercé en eux ses fonctions, qui sont : l'accroissement, la nutrition et la génération. A ceux de ces corps qui se sont trouvés plus subtils a été jointe une âme bestiale, pour qu'elle pût y exercer ses fonctions, en leur donnant le sentiment et la locomotion. Quant au corps, qui s'est trouvé le plus subtil de tous, le plus léger, le mieux organisé et le plus apte à recevoir la raison, l'âme raisonnable s'y est associée et elle y a exercé ses fonctions que nous avons nommées. C'est ainsi que, conformément à la volonté et à l'ordre de Dieu, ces âmes se sont réunies toutes les trois dans l'homme, deux seulement dans les animaux sans raison, et la troisième se trouve seule dans les arbres et les herbes qui naissent de la terre.» (L.C. Jeannel, Existe-t-il un principe de vie distinct de l'âme, Mémoires de la Section des lettres, Volume 3, 1859 - books.google.fr). Alain de Lille se réfère au concept d'«esprit»
ou pneuma. La notion d'esprit corporel provient de la théorie de l'âme et de la
physiologie humaine courante au XIIe siècle issue des nouveaux textes
scientifiques que découvre l'Occident à cette époque. Alain adopte la conception traditionnelle en se réclamant
de Platon, des textes hermétiques et du De
Causis. Il tente pourtant de dépasser quelque peu
l'opposition radicale du corps mortel et de l'âme immortelle. Avec Boèce,
Grégoire le Grand et Hugues de St-Victor, il tente de montrer qu'il y a une
double cause d'animation dont l'âme rationnelle est l'unique principe : un
esprit corporel qui anime le corps et un esprit incorporel propre à l'âme
rationnelle. Cinq puissances émanent de l'esprit incorporel qu'est l'âme. Ce
sont, comme chez Hugues, la connaissance sensible (sensus),
la connaissance par mode de construction imaginante (imaginatio),
la connaissance de mode rationnel discursif (ratio), la connaissance proprement
intellective (intellectus) et la connaissance
intuitive (intelligentia). Les deux premières de ces
puissances sont celles de la brute et relèvent de l'esprit (au sens stoïcien
d'esprit animal) qui est corporel, mortel et référé aux choses physiques. C'est
donc au point précis de la jonction de l'esprit corporel avec l'âme esprit
incorporel et incorruptible qu'Alain situerait son esquisse d'une certaine
unité opérative constituant l'homme Le terme "spiritus corporalis" proprement traduit en français
"esprit coporel" se trouve chez le cardinal
Nicolas de Cuse. Quel est le lien de cette union intime de l'âme et du
corps ? D'après le De Conjecturis, il y a entre eux
deux intermédiaires, l'un plus spirituel, l'autre plus corporel, qu'on peut
appeler, l'un, esprit-corporel, et l'autre, corps-spirituel ; en sorte que la
descente de l'esprit dans le corps et l'ascension du corps dans l'esprit
s'opèrent par trois degrés. «Ainsi, l'expérience prouve qu'il y a dans les
animaux une âme, qui est une nature spirituelle; un esprit corporel (corporalis spiritus), contenu dans les artères, véhicule de la
connexion de l'âme ; et une lumière, ou esprit corporel (spiritus
corporalis), par lequel l'âme opère dans le corps et
dans le sensible» (1, II, X). Pour exercer ses opérations, l'âme est donc unie
au corps par l'esprit artériel qui la véhicule et par la «lumière», qui paraît
bien être, dans la pensée de Cusa, analogue au sens
commun des scolastiques Cela rejoint la composition tripartite de l'âme définie
par Platon. Platon tâche d'expliquer comment la première Cause a
formé le Monde, & en particulier, comment elle a formé l'Ame. Ecoutons-le
parler de cet admirable Phénomène. "Dieu commença, dit-il, par produire
l'Ame, qui a l'avantage d'ĂŞtre plus ancienne, aussi-bien que plus excellente
que le Corps. Elle est faite pour lui commander, comme il est fait pour lui
obéir. Il prit donc de la Substance indivisible,
qui est toujours la mĂŞme, toujours semblable Ă elle-mĂŞme; & de celle qui
est divisible & partagée entre les Corps. De ces deux Substances, il en
composa une, qui est d'une troisième espèce, & qui tient le milieu entre
les deux autres. Il la plaça au milieu de la Substance indivisible, & de la
Substance divisible. De ces trois substances réunies, il en fit l'Ame humaine
qui est composée du Même, du Divers, & de l'Essence. Platon décrit
ensuite les proportions Géométriques, ou Harmoniques, avec lesquelles le
mélange a été fait. On convient que Platon est obscur dans cet endroit-là ,
comme il l'est en général dans le Timée. Laissant aux autres leurs
explications, je vai hazarder
la mienne. Il concevoit donc, ce me semble, dans
l'Ame Humaine 1° L'Entendement pur, "Nous", mens ; C’est lui qui
préside, qui s'élève par la Contemplation à la connoissance
des Etres immatériels. Il tient le premier rang dans l'Ame; Il est appellé LE MEME, parce qu'il n'est point sujet aux
altérations, & l'HEGEMONIKON, parce qu'il tient les rênes: c'est à lui
qu'il appartient de gouverner & de commander. Au-dessous de cet Esprit est
la Substance mixte, qui n'est pas Entendement pur, mais qui tient quelque chose
de l'Entendement : Elle est mêlée & incorporée avec la fleur de la
Substance matérielle: Elle réunit d'un côté la Raison, & de l'autre les
Affections, mais il me semble que ce sont les affections honnĂŞtes & douces,
qui peuvent se concilier avec la Raison. Celle-ci tire ses connoissances
des Sens, qui agissent sur elle par le moyen de la Substance matérielle, dont
elle est composée. C'est cette partie de l'Ame, qui est nommée le "logikon", ou l'Essence. Il y a enfin dans l'Ame
Humaine une Substance purement matérielle, qui n'est autre chose, qu’une
certaine vertu inhérente dans la Matière, & qui en est inséparable.
Celle-ci est le Siège & la source des Affections charnelles, violentes,
auxquelles les Hommes sont sujets aussi-bien que les Bêtes. Elle est appellée l’AUTRE ou le DIVERS, & l'ANIMAL ou le
PSUCHIKON. Ainsi l'Ame Humaine a trois parties, selon Platon, l'Entendement
pur, l'Esprit mélé, la Matière pure. L'Esprit mélé avec la fleur de la Matière tient le milieu. C'est le noeud qui lie les deux extrêmes. L'Entendement pur agit sur
l’Esprit mélé; & l'Esprit mêlé sur la partie
matérielle. Sans cela il n'y auroit point de
communication. Il y a trop de disproportion entre l'Entendement pur & la Matière.
Du côté de l'Entendement pur, l'Homme se trouve allié avec les Substances
célestes: Du côté de l'Ame matérielle avec les Plantes qui végètent, & avec
les BĂŞtes, qui n'ont que la perception & le sentiment, Ce qui lui est
propre, c’est cette partie composée de la Substance simple, & des parties
les plus pures, & les plus spiritueuses de la Matière, de celles qui ont servi
d'Elément à l'Air le plus pur, & à la Lumière. C'est-là ,
si je ne me trompe, ce que Platon nous a enseigné. On trouve les mêmes Idées
dans la Théologie des valentiniens. Ils distinguoient
trois Hommes, dans l'Homme, sans ; y comprendre le Corps. Ces trois Hommes sont
le Spirituel, l'Animal & le Terrestre. Le Spirituel est l'Entendement pur.
C'est une étincelle sortie du Plérome, un rayon de la Lumière céleste. Il ne
périt jamais. L'Animal peut être sauvé, & peut périr : Cela dépend de
l'usage qu'il fait de fa Liberté. S’il se soumet à l'Homme spirituel, il sera
sauvé. Mais s'il se révolte contre lui, il périra. A l’égard de l'Homme
Terrestre, de cette partie de l'Ame, qui est sortie de la Matière, elle rentre
dans la poussière, dont elle a été prise Platon dit dans son Timée, que pour former l'ame humaine, Dieu commença par produire la substance indivisible;
(peut-ĂŞtre entendoit-il par-lĂ la seconde Ă©manation).
Il prit de cette substance, qu'il mĂŞla avec la substance divisible, ou ce qu'il
y a de plus pur dans la matière. De-là vient le mélange des passions avec la
raison; il arrangeoit par ce système l'inhérence de
l'ame au corps. L'esprit pur, qui est la raison, agit
sur l'esprit mêlé, & l'esprit mêle agit sur la matière. Cela est expliqué
par Macrobe, à la différence que dans le Timée, c'est Dieu lui-même qui forme
l'esprit mêlé; & chez Macrobe, c'est l'ame
(animus) que Dieu a créée, qui crée à son tour, l'esprit mêlé (anima) (Commentaire
sur le songe de Scipion, de Cicéron, ch. 14) Comparant la doctrine de Platon et celle de Cicéron,
Macrobe loue les deux auteurs d'avoir conclu chacun leur ouvrage par un traité
sur la destinée de l'âme. «En effet, après avoir donné la première place à la
justice, (Platon) a enseigné que l'âme ne disparaît pas après la fin de l'être
animé, et par un «mythe» - comme disent certains - il a expliqué, à la fin de
son ouvrage, où l'âme s'évade au sortir du corps et d'où elle vient avant son
entrée dans le corps, montrant ainsi qu'une récompense, quand elles ont cultivé
la justice, ou un châtiment, quand elles l'ont méprisée, est réservé aux âmes
immortelles et destinées à subir un jugement. Cette disposition, Tullius se trouve l'avoir conservée avec autant de
discernement que de talent : après avoir donné la palme à la justice dans
toutes les activités publiques intérieures et extérieures, il a localisé le siège sacré des âmes immortelles et la
demeure cachée des créatures célestes à l'extrême fin de son ouvrage, indiquant
où doivent parvenir, ou plutôt retourner ceux qui ont servi la république avec
prudence, justice, force et tempérance». La doctrine de Cicéron a une saveur essentiellement
platonicienne et pythagoricienne (les deux aspects se complètent d'ailleurs
plus qu'ils ne s'opposent). Le dualisme de l'âme et du corps, l'immortalité des âmes et leur migration
après la mort sur la Voie Lactée, tout cela prend sa source chez les plus anciens Pythagoriciens "substance" Galien approuve Platon, qui s'inspire d'Hippocrate, d'avoir reconnu que les trois puissances en question sont des parties de l'âme ou des espèces d'âmes distinctes. Au contraire, Aristote, et avec lui Posidonius, voient en elles trois facultés différentes d'une seule et même substance, ce qui, aux yeux de Galien, constitue une erreur. Galien ne fait guère de différence entre les conclusions auxquelles il est arrivé personnellement et la théorie platonicienne des trois parties de l'âme : le cerveau est le lieu du "logizomenon", le cœur celui du "thumoieidès", et le foie celui du l'"epithumètikon". Le cerveau, d'où partent la moelle épinière et les nerfs, est le centre des sensations et des fonctions psychiques supérieures; il commande en même temps les mouvements volontaires, tant délibérés qu'impulsifs. Le cœur, d'où partent les artères auxquelles il transmet ses battements, est à l'origine des mouvements involontaires; il assure, grâce aux artères, la sauvegarde de la chaleur innée et l'alimentation du pneuma psychique; enfin, il est le siège des émotions et des passions. Le foie est le centre où, à partir des aliments déjà élaborés, se fabrique le sang; les veines, qui ont leur origine dans le foie, transportent le sang dans les diverses parties du corps (P. Moraux, Galien et Aristote, Images of Man in Ancient and Medieval Thought: Studia G. Verbeke, 2025 - books.google.fr). "remis" "remis" du latin "remitto", relâcher entre autres (Gaffiot). Pour Thémison et les médecins qui embrassèrent son système, l'organisme, dans l'état de santé ou de maladie, est soumis à deux influences opposées: celle du resserrement ou strictum, et celle du relâchement ou laxum. L'équilibre entre ces deux influences constitue la santé (Édouard Monneret, Traité élémentaire de pathologie interne, Volume 3, 1866 - books.google.fr). Thémison de Laodicée est un médecin grec du Ier siècle av. J.-C., venu à Rome, mentionné par Celse dans son De medicina, il est l'un des fondateurs de l'école méthodique (fr.wikipedia.org - Thémison de Laodicée). Lucius Caelius Aurelianus est un médecin de l'école méthodiste fondée par Thésimon qui a vécu avant Gallien (Nouveau dictionnaire historique, Tome 3, 1804 - books.google.fr). Le méthodisme médical antique aurait pu être influencé par le scepticisme et le stoïcisme, mais cela est discuté. Le méthodisme est plutôt influencé par le système naturel d'Asclépiade de Bythinie qui conçoit le corps humain comme composé de corpuscules visibles à la seule raison, circulant dans des canaux théoriques ou «pores». Contrairement aux empiriques, il ne croit pas que l'on puisse observer sans théorie. Il refuse les explications téléologiques, préférant des explications mécanistes où les fonctions organiques sont des évolutions corpusculaires de variations d'état (densité, chaleur, vitesse...). Sa pensée doit beaucoup à Érasistrate et Héraclide du Pont. On peut l'inclure parmi les partisans d'Épicure et les atomistes (fr.wikipedia.org - Asclépiade de Bithynie). Héraclide reprenait les théories des pythagoriciens, qui pensaient que les âmes dépouillées de leur corps suivaient la voie lactée, car les âmes sont composées de lumière astrale. Plutarque parle d'un livre intitulé Zoroastre écrit par Héraclide (Thomas S. Schmidt, Plutarque et les barbares: la rhétorique d'une image, 1999 - books.google.fr). Les voyages légendaires d'Orphée et de Pythagore, de Platon, d'Aristote, Héraclide du Pont avaient depuis longtemps accrédité le prestige des Mages et des prêtres égyptiens. L'extraordinaire vitalité des cultes orientaux justifiait cette renommée séculaire (Histoire des religions, Tome 2, 1970 - books.google.fr). Après avoir donc évoqué très rapidement la doctrine d'Asclépiade, Pline s'étend beaucoup plus longuement sur sa pratique. En s'acharnant longuement, sur Asclépiade, il montre qu'en réalité la médecine d'Asclépiade a été efficace et a paru satisfaisante aux Romains. Mais ce qui plus que tout contribua à son succès, ce furent les impostures de Ia magie, poussées à un tel point qu'elles auraient pu détruire Ia confiance qu'on avait en toutes les plantes... (26, 13-18). On s'étonnerait sans doute que Ia crédulité des Anciens, née à l'origine d'intentions très salutaires, eût été poussée jusque là , si en toute chose l'esprit humain eût connu Ia mesure, et si Ia médecine même qu'inventa Asclépiade n'était pas allée plus loin que ce que disent les Mages, comme nous allons le prouver le moment venu (26, 20) (Danielle Gourevitch, Asclépiade de Bithynie dans Pline : problèmes de chronologie, p. 78). Les jouissances vénériennes exerceraient une influence fâcheuse, en général, sur l'épilepsie. Sous ce rapport, nous ne saurions approuver la pratique d'Asclepiade et de quelques auteurs, qui n'ont pas craint de conseiller le mariage aux malheureux atteints de cette infirmité (Louis Jean François Delasiauve, Traité de l'épilepsie: histoire, traitement, médecine légale, 1854 - books.google.fr). Asclépiade réaffirme que le siège de l'épilepsie est bien dans le cerveau mais que la maladie est occasionnée par l'arrêt des atomes dans les pores des membranes du cerveau. Des errements de cette pratique médicale, selon l'expression de Beauchesne, va naître une nouvelle secte, le Méthodisme, qui repose à la fois sur l'empirisme, en rejetant tout ce qui peut être obscur, et sur le Dogmatisme, en admettant néanmoins le raisonnement. (André Polard, L'épilepsie du sujet, 2004 - books.google.fr). On faisait porter la responsabilité de sa maladie au malade lui-même, ayant offenser une divinité en particulier Artémis, déesse lunaire, vindicative et provocant les morts subites. Quand l'auteur de Maladie sacrée évoque les mages qui prétendent guérir l'épilepsie par des incantations et des sacrifices, il souligne à plusieurs reprises que ces charlatans sont initiés à des Mystères (Littré, 1849), c'est-à -dire qu'ils sont associés - ou prétendent l'être - à des rituels religieux ésotériques. Leur cure se veut efficace grâce aux liens privilégiés qu'ils entretiennent avec les dieux (Jean-Paul Amann, Épilepsie, connaissance du cerveau et société, 2006 - books.google.fr, Jules Christian, Epilepsie, 1892 - books.google.fr). L’histoire de l’hystérie est étroitement liée à celle de l’épilepsie. L’épilepsie est masculine. L’hystérie est féminine. A l’opposition des deux sexes répond l’opposition des sièges situés aux deux extrémités du corps. Pour Galien, l’épilepsie est due à la rétention du «pneuma psychique» (vestige de vieilles théories pneumatistes) dans un encéphale encombré par les humeurs. De sorte qu’apparaît, là encore, une nouvelle symétrie : rétention du «pneuma vital» en haut; rétention de la semence féminine en bas, qui désigne en fait l’abstinence sexuelle (Matthieu Beaumont, Approche phénoménologique de l’hystérie, 2017 - dumas.ccsd.cnrs.fr, Jules Soury, Le système nerveux central: structure et fonctions : histoire critique des théories et des doctrines, Tome 1, 1899 - books.google.fr). hinc syncopes epilepsia, aut apoplexia eveniunt, dixit Galenus ; in hac spiritus vitalis ad cerebrum transitus denegatur, quo sit ut etiam otientur animales potentiæ, dum illis alimentum, animalibus nempe spiritibus quod ex vitalibus comparatur, non suggeritur; & aphoni redduntur, & concidunt, veluti syderati : sensu & motu penitus abolitis, si venæ jugulares penitus obserantur (Gaspar Caldera de Heredia, Tribunal medicum, magicum et politicum, Tome 1, 1658 - books.google.fr). Les affectyons hystériques & l'épilepsie sont précedées d'une constriction du cœur : il semble que cet organe soit pressé par la main; alors il n'y a presque plus de vestige de pouls. Après les paroxysmes, les malades se plaignent d'une oppression, & d'une grande pesanteur qui presse la poitrine, le sang accable le cœur, & se condense en grumeaux; si les accès de ces maladies font trop longs, il peut se coaguler (Jean-Baptiste Sénac, Traite de la structure du coeur, de son action, et de ses maladies, Tome 1, 1749 - books.google.fr). La suggestion se retrouve encore dans la foi que de pauvres malades ont en certaines formules pendues à leur cou. Pour guérir l'épilepsie il suffit, dans certaines contrées, de porter sur la poitrine le nom des trois mages Gaspard, Balthazar et Melchior (A. Bordier, Superstitions médicales, Revue anthropologique, Volume 3, 1893 - books.google.fr). Le quatrain se pencherait sur un retour à une conception astrologique et divine de l'épilepsie. Le siège de la maladie sacrée épileptique sera placée dans un autre lieu que la tête, soit la lune où l'esprit vital (âme sensitive) à son vrai siège. "receu" Selon Aristote, l'examen du cerveau le montre comme un simple réservoir liquidien, une sorte d'éponge qui s'aplatit à l'ouverture de la boîte crânienne, avec des excroissances dites d'ailleurs entéroïdes (analogues aux anses de l'intestin), tout un ensemble de tuyaux et de filtres sans doute destinés à tamiser, à épurer ou à répartir ce qu'il reçoit du cœur (le pneuma vital) (François Dagognet, Le corps multiple et un, 1992 - books.google.fr). Macrocosme Quelle est la voie de circulation des âmes ? Est-ce comme l'affirme l'auteur, les portes du soleil, c'est-à -dire les signes solsticiaux du Cancer au Nord par où descendent les hommes ou du Capricorne au Sud par où montent les Dieux ? On voit que Porphyre ne tient compte que de la phase finale du voyage des mânes comme s'il avait dit : «ceux qui montent au Sud connaîtront la vie divine, ceux qui descendent au Nord, se réincarneront comme humains». On est plus surpris de voir les neo-Pythagoriciens comme Numénus et ses continuateurs jusqu'à Macrobe dans le «Commentaire du songe de Scipion» estimer que la Galaxie (peuple des songes et sperme des Dieux) coupe l'écliptique au niveau des mêmes portes du Cancer et du Capricorne. Car le moindre coup d'oeil sur un ciel étoilé montre qu'il n'en est rien et que les Gémeaux et le Sagittaire baignent largement dans le suc lumineux de la Voie Lactée (Pline, moins obsédé d'astrologie et de solstice, situe plus justement le Grand Chien Sirius - et l'Aigle aux deux points où la Galaxie fait toujours sentir son influence), provoquant le gonflement lacté des graines, des seins, des phallus. Mais il situe l'Aigle, proche du Capricorne, au Nord, Sirius, proche du Cancer, au Sud. L'affirmation que les déguisements et les rites du mois de février et du Carnaval sont essentiellement psychopompes est depuis Ovide, Macrobe et Frazer d'une telle banalité que surprend la découverte de quelques modernes proposant cette thèse comme une extraordinaire nouveauté. Il faudrait, non se contenter d'affirmations vagues, mais analyser précisément les lieux, les temps, les modes de la circulation des mânes dans le microcosme et la macrocosme, fonder une pneumatologie aussi précise et «scientifique» que celle des alchimistes qui «poursuivent les secrets de nature». Le temps de l'envol ou de la chute, les constellations et les plantes qui participent à la formation de l'âme , les phases lunaires qui y président, mériteraient d'être décrites avec l'exactitude d'éphémérides. Si d'autres que nous pouvaient à la vue de la claire flambée d'un bûcher de Carnaval, apercevoir dans les flammèches ou fanfreluches qui s'en échappent, les âmes qui s'envolent et, signant la scène, le mince croissant de la dernière nouvelle lune d'hiver; s'ils pouvaient reconnaître à la belle devise du Duc de Berry «Or Cine (Ors signe) le Tems Venra», que le temps est venu pour les âmes, libérées des liens du chanvre, de s'élever vers leur céleste séjour... Nous n'aurions peu perdu de temps (Claude Gaignebet, L'origine indo-européenne du carnaval, Le Carnaval, la fête et la communication: actes des premières rencontres internationales, Nice, 8 au 10 mars 1984, 1985 - books.google.fr). C'est par le zodiaque avec ses douze signes que passaient les âmes, soit pour descendre, comme le disent Clément d'Alexandrie et Macrobe, soit pour remonter à leur principe, comme l'assure Clément au même endroit où il explique les travaux d'Hercule (Charles François Dupuis, Origine de tous les cultes, ou, Religion universelle, Tome 8, 1835 - books.google.fr). "saint siège" et Voie lactée Platon commence par déclarer que l'âme du monde est un
mélange de la substance indivisible et de la substance divisible. Ce qui veut
dire que l'âme est une synthèse de l'un et du multiple, de l'indivisible et du
divisible et, par conséquent, du même et de l'autre. Et nous retrouvons les «genres»
de l'être exposés dans Le Sophiste. En définitive, l'âme du monde est un
mélange harmonieux de quatre grands contraires : unité et multiplicité,
identité et altérité. En référence au caractère mobile et fluent du cosmos, l'identité devient le permanent et
l'altérité le fluent. Il y a contrariété quantitative entre unité et
multiplicité, contrariété qualitative entre identité et altérité. L'âme du
monde est la synthèse des contraires quantitatifs et qualitatifs. Telle est la
pensée de Platon réduite à son schéma abstrait On n'était cependant pas d'accord, quand il s'agissait de déterminer la patrie de l'âme avant son séjour sur la terre : d'après Héraclide du Pont, elle serait originaire de la Voie Lactée, alors que d'autres optaient pour l'ensemble des sphères célestes ou la région de la lune. Quant à cette dernière opinion, elle se trouve également dans le mythe final du De fade de Plutarque, où la région lunaire est considérée comme le séjour de l'âme : c'est là que le "nous" se joint à la "psuché" avant de descendre vers la terre et c'est et c'est dans cette même région que les deux se séparent par une purification lente après la première mort. La seconde opinion paraît avoir été la plus répandue, en ce sens du moins que toutes les sphères planétaires contribuent pour une part à la constitution de l'homme: nous l'avons déjà rencontrée dans le Poimandrès, où l'Anthropos, avant de s'unir à la Nature, reçoit de chaque planète une parcelle de sa substance : c'est par là sans doute qu'on expliquait l'influence des planètes sur le cours de la vie humaine (Gérard Verbeke, L'évolution de la doctrine du pneuma du stoïcisme à S. Augustin: étude philosophique, 1945 - books.google.fr). S'inspirant ici encore de croyances orientales, Héraclide faisait «descendre», au
sens propre du mot, les âmes ici-bas de la voie lactée. Nous apprenons par le De natura
deorum qu'HĂ©raclide divinisait tour Ă tour le "kosmos" (mundus), le
"nous" (mens), les planètes, la terre et le ciel. Qu'entendait-il par
"kosmos" ? La sphère des fixes ? ou l'univers ? Ce qu'il y a de sĂ»r, c'est qu'en divinisant Ă
la fois les corps célestes et le nous, il se rapproche des Stoïciens. D'autre
part, parmi les astres, il choisissait surtout les planètes, et en cela il
paraît montrer des tendances astrologiques. Nous savons par ailleurs qu'il a
subi, plus qu'aucun autre parmi les Platoniciens (peut-ĂŞtre en raison de ses
origines), l'influence de l'Orient. Un
de ses traités, probablement celui sur les choses célestes, portait le titre
significatif de Zoroastre. On sait aussi qu'il voyait dans l'âme un principe lumineux.
Cette thèse est bizarre; mais on se l'explique si elle est d'origine iranienne,
comme le veut Reitzenstein. Enfin, on n'ignore pas
que c'est lui qui a placé dans la voie lactée l'origine des âmes. Nous
n'avons pas de tĂ©moignage direct qu'il aitÂ
cru Ă l'astrologie, mais nous en avons qu'il a cru Ă ce que Pfeiffer
appelle l'astromĂ©tĂ©orologie, c'est-Ă -dire Ă
l'influence des astres sur le temps. C'est ce qu'atteste un passage du De divinatione. Mais si nous prenons garde à la manière dont
ce texte est utilisé par Cicéron, il nous apprend probablement plus encore L'ame, parfaitement
incorporelle, ne se revĂŞt pas tout de suite du limon grossier du corps; mais
peu à peu, par des altérations successives et insensibles, à mesure qu'elle
s'Ă©loigne de plus en plus de la substance simple et parfaite qu'elle habitait,
pour s'entourer d'un certain corps sidéral, ou de la substance des astres dont
elle se grossit. Car, dans chacune des sphères placées au-dessous du ciel des
fixes, elle se revêt de plusieurs couches de matière éthérée, qui
insensiblement forment le lien intermédiaire par lequel elle s'unit au corps
terrestre ; en sorte qu'elle éprouve autant de dégradations ou de morts qu'elle
traverse de sphères. Voici quel est l'ordre de sa marche. La voie lactée, dit
Macrobe, embrasse tellement le zodiaque, dans la route oblique qu'elle a dans les
cieux, qu'elle le coupe en deux points opposés, au cancer et au capricorne, où
sont les deux termes de la route du soleil, appelés tropiques, et que les
physiciens ont appelés les portes du soleil. Il est certain que du temps de
Macrobe les deux tropiques, qui autrefois répondaient aux étoiles du cancer et
du capricorne, conservaient, comme aujourd'hui, ces noms; quoique les tropiques
correspondissent alors aux constellations des gémeaux et du sagittaire, par
l'extrémité desquelles la voie de lait coupe le zodiaque. Ainsi on pouvait dire
qu'elles passaient par les signes du cancer et du capricorne, mais non pas par
les constellations; ce qu'il ne faut pas confondre à cause du déplacement
produit par la précession des équinoxes. C'est par ces portes, comme nous
l'avons déjà vu plus haut, que les ames étaient
censées descendre vers la terre, et remonter de la terre aux cieux. C'est
pourquoi, continue Macrobe, on appelle l'une, la porte des hommes, et l'autre,
la porte des Dieux. Le cancer était celle des hommes, parce que les ames étaient censées descendre par-là vers la terre; le
capricorne, celle des Dieux, parce que c'Ă©tait par le capricorne qu'elles
remontaient vers le siège de leur propre immortalité, et qu'elles allaient se
placer au nombre des Dieux; et c'est ce qu'Homère a voulu figurer dans la
description de l'antre d'Ithaque. C'est pourquoi Pythagore pense que c'est de
la voie lactée que part la descente vers l'empire de Pluton, parce que les ames, en tombant de là , paraissent déjà déchues et
rabaissées au-dessous de leur habitation supérieure. C'est de la voie lactée
qu'elles reçoivent la première impulsion, qui les pousse vers les corps
terrestres. VoilĂ ce qui fait que Scipion l'ancien dit au jeune Scipion, au
sujet des ames des bienheureux, en lui montrant la
voie de lait : «Ces ames sont parties d'ici, et
c'est ici qu'elles retournent.» Ainsi les ames qui
doivent descendre, tant qu'elles sont au cancer, comme elles n'ont point encore
quitté la voie de lait, sont toujours censées être au nombre des Dieux. Mais
lorsqu'elles sont descendues jusqu'au lion, lĂ elles commencent l'apprentissage
de leur condition future. Par la raison contraire, lorsqu'elles sont dans le
verseau, qui est le signe opposée au lion, elles sont dans l'état de la plus
grande opposition Ă la vie humaine. Aussi est-ce sous ce signe, et dans le mois
où le soleil le parcourt, que l'on fait des sacrifices aux mânes. Ainsi l'ame, descendant des limites célestes, où le zodiaque et la
voie lactée se touchent, quitte aussitôt sa forme sphérique, qui est celle de
la Nature divine, pour s'alonger et s'Ă©vaser en cĂ´ne.
C'est ainsi que du point naît la ligne, qui d'un point individuel s'étend en
longueur; et sortant de la sphéricité de son point, qui est sa monade, elle se
partage et s'avance jusque dans la dyade, qui est son premier prolongement.
C'est là cette essence à qui Platon, dans le Timée, donne les noms
d'indivisible et de divisible, lorsqu'il parle de la formation de l'ame du monde. Car les ames, tant
celle du monde que celle de l'homme, se trouvent n'ĂŞtre point susceptibles de
division, quand on n'envisage que la simplicité de leur nature divine; mais
aussi quelquefois elles en paraissent susceptibles, lorsqu'elles s'Ă©tendent et
se partagent, l'une dans le corps du monde, l'autre dans celui de l'homme. Lors
donc que l'ame est entraînée vers le corps, dès le
premier instant oĂą elle se prolonge hors sa sphère originelle, elle commence Ă
éprouver le désordre qui règne dans la matière qui s'unit à sa substance; et
c'est ce qu'a insinué Platon dans son Phédon, lorsqu'il nous peint l'ame chancelante et prise d'une nouvelle ivresse qui la fait
tomber vers le corps : il a désigné par-là un nouveau breuvage de matière plus
grossière dont elle se charge, et qui l'appesantissant, l'entraîne vers le
corps. [...] La partie la plus élevée et la plus pure de cette matière, qui
alimente et constitue les ĂŞtres divins, est ce qu'on appelle nectar; c'est le
breuvage des Dieux. La partie inférieure, plus trouble et plus grossière; c'est
le breuvage des ames : et c'est ce que les anciens
ont désigné sous le nom de fleuve Léthé. Entraînée par le poids de cette
liqueur enivrante, l'ame coule le long du zodiaque et
de la voie lactée, jusqu'aux sphères inférieures; et dans sa descente,
non-seulement elle prend, dans chacune de ces sphères, une nouvelle enyeloppe de la matière du corps lumineux, mais elIe reçoit les différentes facultés qu'elle doit exercer
durant son séjour dans le corps Ce qui fait penser que le "fait mystique" du
quatrain III, 2 pourrait un lait mystique et astrologique. "vray
siège" peut se référer à "lieu vrai" astronomique d'un astre. Le lieu optique, ou simplement le lieu d'une étoile ou
d'une planète, est un plan dans la surface de la sphère du monde, auquel un
spectateur placé rapporte le centre de l'étoile ou de la planète. Ce lieu se
divise en vrai ou apparent. Le lieu vrai
est le point de la surface de la sphère, ou un spectateur placé au centre de la
terre voit le centre de l'étoile; ce point se détermine par une ligne droite
tirée du centre de la terre par le centre de l'étoile, & terminée à la sphère
du monde. Le lieu apparent est le point de la surface de la sphère, où un
spectateur placé sur la surface de la terre voit le centre de l'étoile ; ce
point se trouve par le moyen d'une ligne qui va de l'Ĺ“il du spectateur Ă
l'étoile, & se termine dans la sphère des étoiles. La distance entre ces
deux lieux optiques, savoir le vrai & l'apparent, fait ce qu'on appelle la
parallaxe. Le lieu astronomique du soleil, d'une étoile ou d'une planète
signifie simplement le signe & le degré du zodiaque, où se trouve un de ces
astres ; ou bien, c'est le degré de l'écliptique, à compter du commencement d'ariès, qui est rencontré par le cercle de longitude, de
la planète ou de l'étoile, & qui par conséquent indique la longitude du
soleil, de la planète ou de l'étoile, & qui par conséquent indique la
longitude du soleil, de la planète ou de l'étoile. Le lieu de la lune est le
point de son orbite oĂą elle se trouve en un tems quelconque. Le lieu est assez
long à calculer, à cause des grandes inégalités qui
se rencontrent dans les mouvemens de la lune, ce qui
exige un grand nombre d'équations & de réductions avant de trouver le lieu
vrai. Le lieu excentrique d'une planète dans son orbite est le lieu de l'orbite
où paroitroit cette planète, si on la voyoit du soleil Lune et âme L'astrologue français de la fin du XVe siècle Simon Belle ("in Castroluccio") : "Selon Ptolemee la lune sinifie la partie sensitive et Mercure la partie raisonnable et la lune est plus forte que Mercure il s'ensuit que la partie sensitive en ce ney ne obeira pas volentiers" (Helena Avelar de Carvalho, An Astrologer at Work in Late Medieval France: The Notebooks of S. Belle, 2021 - books.google.fr). C'est l'auteur du seul horoscope de la naissance de Charles VIII (vers 1483 - 1491) (Jean-Patrice Boudet, Le Recueil des plus célèbres astrologues de Simon de Phares, Tome 2 : Présentation et commentaire, 1999 - books.google.fr). Partageant la doctrine paracelsienne de l'Astrum, l'auteur Lohenstein fait également sienne la conception de l'âme humaine qui en découle. Paracelse, et à sa suite les occultistes germaniques de la Renaissance, Agrippa de Nettesheim notamment, distinguaient entre le corps physique, l'esprit corporel - dit aussi «corps subtil» - et le corps astral de l'âme. Alexandre Koyré évoquait ces entités en ces termes : «Le corps physique se dissout dans la tombe, mais même pour le corps physique, il faut encore du temps avant que ses éléments retournent dans le chaos; de même, l'esprit corporel subsiste pendant un certain temps après la mort, et il est tout à fait naturel que cet esprit, qui était en quelque sorte le moteur (subordonné à l'âme) du corps, continue de «marcher» quelque temps encore (par inertie, par habitude, pour ainsi dire), et que, par conséquent, il hante les lieux où son corps avait habité, exécute les simulacres de gestes qu'il avait exécutés pendant sa vie, revient vers le trésor qu'il avait caché. Il ne faut pas croire cependant que cette ombre ( Schatten ) possède autre chose que l'ombre de la vie. Les larvae ne sont que simulacres; ils ne sont qu'image flottante de la vie passée, habitude qui a pris corps. L'âme n'y est plus et, par conséquent, ils n'ont ni force, ni volonté, ni conscience. Tout autre chose, par contre, est l'evestrum, le corps astral de l'âme, ou l'âme munie de son corps astral. Cet être-là , étant une force et un centre d'action et de pensée, peut agir, peut déterminer des actions physiques, peut traverser avec une vitesse extrême les régions les plus éloignées de l'espace, peut aussi agir directement - c'est-à -dire sans passer par le physique - sur les âmes. Et c'est l'evestrum qui vous apporte des nouvelles et permet aux vrais mages de communiquer entre eux ( on sait qu'Agrippa de Nettesheim enseignait quelque chose d'analogue ).» (Mystiques, Spirituels, Alchimistes du XVIe siècle allemand, Paris, 1971, p. 93). Ainsi c'est bien l'esprit corporel de Didon qui est évoqué au der- nier acte de Sophonisbe. Didon précise que son ombre ne cesse d'errer autour de sa tombe (Pierre Béhar, Silesia tragica: épanouissement et fin de l'école dramatique silésienne dans l'œuvre tragique de Daniel Casper von Lohenstein (1635-1683), 1988 - books.google.fr). Selon une conception astrale rapportée par Macrobe, l'ombre ou le fantôme des pieux défunts remonte au ciel et stationne sur la Lune. Dans le système des premiers spiritualistes, l'âme
n'était point créée avec le corps, ou en même temps que lui, pour y être insérée ;
elle existait antérieurement et de toute éternité. Voici, en peu de mots, la
doctrine qu'expose Macrobe à cet égard. Som. Scip. passim. «Il existe un fluide
lumineux, igné, très-subtil, qui, sous le nom d'ether
et de spiritus, remplit l'univers ; il compose la
substance du soleil et des astres; il est le principe et l'agent essentiel de
tout mouvement, de toute vie; il est la Divinité. Quand un corps doit être
animé sur la terre, une molécule ronde de ce fluide gravite par la voie lactée
vers la sphère lunaire ; et, parvenue là , elle se combine avec un air plus
grossier, et devient propre à s'associer à la matière : alors elle entre dans
le corps qui se forme, le remplit tout entier, l'anime, croît, souffre, grandit
et diminue avec lui : lorsqu'ensuite il périt et que ses élémens
grossiers se dissolvent, cette molécule incorruptible s'en sépare, et elle se
réunirait de suite au grand océan de l'éther, si sa combinaison avec l'air lunaire
ne la retenait : c'est cet air (ou gaz)
qui, conservant les formes du corps, reste dans l'Ă©tat d'ombre ou de fantĂ´me,
image parfaite du défunt. Les Grecs appelaient cette ombre l'image ou
l'idole de l'âme ; les pythagoriciens la
nommaient son char, son enveloppe, et l'Ă©cole rabbinique son vaisseau, sa
nacelle. Lorsque l'homme avait bien vécu, cette âme entière, c'est-à -dire son
char et son éther, remontaient à la lune, où il s'en faisait une séparation ;
le char vivait dans l'élysée
lunaire, et l'Ă©ther retournait aux fixes, c'est-Ă -dire Ă Dieu, car, dit
Macrobe, plusieurs appelent Dieu le ciel des fixes
(c. 14)» (Note de La Loi naturelle) Origène, dans son Commentaire de Matthieu (ca. 245), traduit en latin dès le VIe siècle, analyse le cas du lunatique (lunaticus) que Jésus guérit après l'avoir exorcisé (Matthieu 17, 14-18). Il condamne le discours des médecins qui affirment que le lunatique souffre non d'un esprit impur, mais d'une «maladie du corps» (corporalis passio), due à l'influence néfaste de l'astre humide, la lune, sur la tête du patient. On y reconnaît évidemment le discours médical sur l'épilepsie, maladie humide, liée au flegme. Origène n'élimine cependant pas la lune. Le démon se sert des phases de la lune pour posséder tel ou tel individu et ainsi faire croire que la lune, créature de Dieu, est un astre funeste (Jean-Marie Fritz, Le Discours du fou au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècles), 1992 - books.google.fr). Selon Hippocrate, le flegme associé à l'eau froide et humide siège dans le cerveau (Marc Carnel, Le sang embaumé des roses: sang et passion dans la poésie amoureuse de Pierre de Ronsard, 2004 - books.google.fr). Il y a dans Plutarque (Traité de la face qui paraît sur la lune) des détails curieux, mais qu'il faut se garder d'accepter sans réserve, sur la psychologie druidique. Un des interlocuteurs du traité, le philosophe Sylla, expose les doctrines d'un prêtre de l'île de Bretagne qu'il a connu à Carthage. Les druides auraient cru que l'homme était composé de trois parties: le corps, fourni par la terre; l'âme (sensitive), descendue de la lune; l'intelligence (âme raisonnable), émanée du soleil. La raison résultait de l'union de l'âme avec l'intelligence; la passion procédait de l'attachement de l'âme pour le corps. L'intelligence résidait dans le cerveau, l'âme dans le cœur; l'âme était dans le sang, croyance commune aux Égyptiens et aux Juifs. Les êtres inférieurs avaient l'âme sensitive et non l'âme intellectuelle, et la femme aurait été assimilée aux êtres inférieurs ! Ceci est mêlé de données sur la vie future évidemment altérées et tronquées, et le système des deux âmes sensitive et raisonnable, très en vogue dans l'antiquité et le moyen âge, est très peu en rapport avec l'esprit général du druidisme. Peut-être le prêtre breton n'est-il là qu'un prête-nom; néanmoins, la prédominance exclusive du principe intellectuel est bien druidique (Henri Martin, Histoire de France: depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789, Tome 3, 1855 - books.google.fr). Microcosme Pour Aristote l'âme vient de l'âme, la permanence des espèces n'est pas assurée par la matière mais par l'âme; c'est une réalité séparée du corps. Mais vient-elle des parents ou est-ce le Créateur qui l'introduit dans le corps ? Pour Aristote l'âme est apportée par le père : «Le corps, écrit-il, est formé par la femelle et l'âme par le mâle.» C'est le sperme qui contient l'âme, le pneuma, qui anime le sang des menstrues, lui-même à l'origine de la matière. Pour Aristote la semence contient une âme en puissance que la conception transformera en acte; autrement dit, selon Épicure, «la semence mâle est un abrégé de notre âme». Cette opinion sera entretenue pendant des siècles chez la majorité des philosophes et naturalistes; tous les arguments sont bons, même les plus insolites, puisque certains voient dans la ressemblance entre le sperme et la matière cérébrale la preuve qu'il contient l'âme. Van Helmont au XVIIe siècle attribue même à l'âme le pouvoir fécondant du sperme : «L'âme du géniteur, écrit-il, dans la délectation du coït se jette et se répand en quelque façon vers le corps de la semence, et en l'entourant dessine et imprime sa figure sigillaire en une certaine matière spirituelle qui est la cause de la fécondité de la dite semence.» Pour Sennert les semences sont déjà animées par une âme, qu'elles reçoivent, selon Mondinius, dans les testicules; c'est une âme végétative qui vient de l'âme végétative du père. Pour Harvey un œuf non fécondé, «subventané», a une âme végétative, car il ne fait que végéter, et c'est à la fécondation qu'il reçoit l'âme rationnelle. La tradition chrétienne n'abandonnera pas complètement cette idée en précisant toutefois que l'âme ne peut venir que de Dieu. Pour saint Thomas, «il est impossible que la vertu qui est dans la semence soit capable de produire le principe intellectif, et étant une substance immatérielle, elle ne peut être produite par la génération, mais seulement par la puissance créatrice de Dieu». Quoi qu'il en soit, il convient de s'interroger sur le moment où l'âme est infusée dans le corps ? Ce qui revient à poser la question fondamentale du début de la vie, de ce mystère incompréhensible qui fait que deux semences inertes s'animent pour faire un être vivant. On voit d'emblée que se crée une confusion sémantique, dont on ne sortira plus, entre les notions de vie, d'être humain, de personne, d'esprit et d'âme (Claude Humeau, Procréer : histoire et représentations, 1999 - books.google.fr). L'analogie de la substance cérébrale et du fromage mou figure ainsi chez le grand chirurgien du début du XIVe siècle Henri de Mondeville; l'un et l'autre sont en effet de complexion humide et froide. Thomas d'Aquin met en parallèle la formation de l'embryon et la caséification : semence masculine/présure; semence féminine/lait; et embryon/fromage (Jean-Marie Fritz, Le Discours du fou au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècles), 1992 - books.google.fr). Comme le faisait Clément d'Alexandrie suivant une longue tradition (Paedagogia I, 48, 1) : La formation de l'embryon a lieu lorsque le sperme s'unit au résidu pur laissé par l'écoulement menstruel. La puissance qui est dans le sperme, en coagulant la nature du sang, comme la présure fait prendre le lait, élabore la substance de l'objet formé (J. P. Broudéhoux, Mariage et famille chez Clément d'Alexandrie, 1970 - books.google.fr, Chirurgie de maitre Henri de Mondeville, traduit par E. Nicaise, 1893 - books.google.fr). Rabelais compare son cerveau à un fromage, quand il parle de son cerveau «caseiforme» (Gargantua, Prologue, p. 8) (Bruno Pinchard, La transmission et ses masques, La transmission des savoirs au Moyen Age et à la Renaissance, Tome 2 : Au XVIe siècle, 2005 - books.google.fr). Epilepsie, Lune et Rois mages L'architecture du corps renvoie à celle du cosmos. La folie est ainsi liée, et de plus en plus, à partir du XIIIe siècle, aux astres. La connivence entre la folie et la lune, héritée de l'antiquité aussi bien païenne (épileptique/lunatique) que chrétienne (stultus sicut luna mutatur, selon Ecclésiastique 27, 11), s'enrichit de rapports plus complexes à travers une nouvelle science : l'astrologia medica. Le rapport du démon et de l'épilepsie passe souvent par le relais de la lune. Lunatique est ainsi un autre nom, «vulgaire» de l'épilepsie. Même le médecin Jean Sauvage, dans son Réceptaire, parle de fol lunage et fol demoniacle. Ce dernier ne se contente pas de cette simple dénomination; les recettes qu'il nous donne contre l'epilensie sont assez surprenantes : Item : le pere ou la mere ou le plus prochain des amis doit mener le malade par VIII. jours au moustier, et chascun jour face dire une messe, et en la fin de celle messe face dire sus le chef du malade une euvangile en laquelle il a vers la fin : «Hoc genus demonii non eicitur nisi cum jejunio et oracione» [Matthieu, 17, 20] et le malade garira (...). Item l'en dit pour certain que Dieu donna aux .III. royz qui l'alerent adorer que quicomquez leurs noms sur soy porteroit, ja d'epilensie ne cherroit, et ce nous est donné a entendre par ces vers : «Tres regez regi regum tria munera donnant : Balthazar mirram, thus Jaspar, Melchion aurum. Et quicumque secum portabit nomina regum solvitur a morbo caduco.» Ces deux remèdes font à chaque fois appel à l'efficacité d'un texte, texte oral tiré de l'Evangile et prononcé par un prêtre sur la tête du malade dans le premier cas , texte écrit et porté sous forme d'amulette par le patient dans le second cas. Jean Sauvage n'est certes qu'un vulgarisateur, mais Constantin l'Africain ou Bernard de Gordon ne refusent pas non plus ce genre de considérations (Constantin l'Africain, Pantegni, Practica, V, 17, éd. in Opera omnia Ysaac, Lyon, 1515, II, fo 99 r°. Bernard de Gordon, Lilium medicinae, II, 25, éd. 1550, p. 226. Chez ce dernier, les vers des rois mages doivent être prononcés dans l'oreille du patient) (Jean-Marie Fritz, Le discours du fou au Moyen Age: XIIe-XIIIe siècles : étude comparée des discours littéraire, médical, juridique et théologique de la folie, 1992 - books.google.fr). Pierre Franchon de Zélande complète le récit de Pietro d'Abano dans le Conciliator en explicitant le contenu de l'incantation des rois Mages que prescrit Constantin l'Africain. Il précise aussi de quelle manière la formule doit être prononcée, «en secret et avec empathie». On retrouve le secret et le désir, deux éléments chers à notre commentateur. L'autre groupe d'exemples comprend tout ce qui ne relève pas du champ de la médecine. Sont ainsi réunis, pêle-mêle, des formules liturgiques, des pratiques magiques, judiciaires, vétérinaires, certains charmes de protection. Le paroxysme de la crise épileptique, ou son mal, est calmé par une incantation, par exemple par cette phrase [prononcée] dans les oreilles de l' l'épileptique, c'est-à -dire appliquée en secret et avec empathie : «Gaspard portait la myrrhe, Melchior l'encens, Balthasar l'or. Celui qui porte sur lui ces trois noms de rois est délivré du mal caduc par sa foi dans le Seigneur». Cinquièmement, on montre que la guérison de l'épilepsie est réalisée par une incantation selon l'autorité de Constantin, qui a dit : lorsque le père ou la mère de l'épileptique le conduit à l'église le quatrième jour de la fête des Quatre Temps, et le sixième jour, et le jour de Saturne ou samedi, et qu'on psalmodie sur lui ou devant lui une phrase de l'Évangile, par exemple : «ce genre de démons ne sera chassé de celle-ci que par des prières et des jeûnes», et que l'on suspende cet euangelium ad collum (Béatrice Delaurenti, Variations sur le pouvoir des incantations, Archives d'histoire doctrinale et litteraire du moyen âge, Volumes 73 à 74, 2006 - books.google.fr). Au XVIIe siècle l'Eglise catholique condamnait cette pratique (Robert Benoît, Pavot ou pivoine ? Les traitements de l'épilepsie à l'époque moderne, Pouvoirs, contestations et comportements dans l'Europe moderne, 2005 - books.google.fr). Si chez Pline Drusu fut guéri par le lait de chèvre, l'auteur de la Maladie sacrée, du corpus hippocratique, consommer de la viande de chèvre favorise l'épilepsie, maladie dont sont atteints les petits de l'animal. La maladie est due à une abondance de flegme dans le cerveau qui devient trop humide, comme le dira Galien, produite par l'obturation des veines (Pierre Brulé, La Grèce d'à côté: Réel et imaginaire en miroir en Grèce antique, 2015 - books.google.fr). Cet avertissement est repris par Clément d'Alexandrie : ...ceux-là s'en (porc) abstiennent parce que c'est un animal ardent en amour. Telle est aussi la raison pour laquelle la loi ne sacrifie pas de bouc, excepté dans le cas unique du bouc émissaire pour l'éloignement des péchés, parce que la volupté est la mère de tous les maux. On assure d'ailleurs que l'usage de la chair du bouc dispose à l'épilepsie, et que celle du pourceau amène l'obésité (Clément d'Alexandrie, Stromates, Livre VII, Chapitre VI) - remacle.org). Pour Paracelse (1493 - 1541) (De morbis amentium lib. I. p, 487 - De caducis p. 596), l'épilepsie, par exemple, est le tremblement de terre du microcosme, révolution qui résulte de l'effervescence de l'esprit vital (Kurt Polycarp Joachim Sprengel, Histoire de la médecine: depuis son origine jusqu'au dix-neuvième siècle, Tome 3, traduit par Antoine Jacques Louis Jourdan, 1815 - books.google.fr). Hercule et Jésus Il est important de s'intéresser aux appellations de la maladie, d'abord parce qu'elles permettent de vérifier qu'elles correspondent à un découpage de la réalité nosologique différent du nôtre (Pigeaud, 1987, p. 47), ensuite comme indices des représentations de la maladie. L'expression «maladie sacrée» était très répandue. Elle est attestée, depuis Héraclite, chez Hérodote, mais aussi chez les médecins. Cela dit, dans le corpus hippocratique comme chez Hérodote, l'expression est mise à distance des formules comme «la maladie dite sacrée». Le sens exact de l'adjectif sacré, par ailleurs, n'était pas parfaitement clair, même pour les Grecs. Platon, dans le Timée, l'explique par le fait que la maladie perturbe les «révolutions très divines» du cerveau (Platon, 1925). Apulée propose une explication voisine : «Cette maladie est appelée chez nous non seulement haut mal ou mal comitial, mais aussi mal divin (divinum morbum) comme chez les Grecs hiéra nosos, et c'est à juste titre, puisqu'elle profane la partie raisonnable, donc la plus sainte, de l'âme» (Apulée, 1998). Caelius Aurélien, médecin latin du Ve siècle ap. J.-C., mais dont l'œuvre est en grande partie l'adaptation des travaux de Soranos d'Éphèse, médecin grec du Ier siècle ap. J.-C., propose plusieurs explications : L'on appelle cette maladie aussi sacrée, soit parce qu'on pense que c'est un pouvoir divin qui l'a envoyée, soit parce qu'elle corrompt l'âme qui est sacrée, soit parce qu'elle a son siège dans la tête qui au dire de nombreux philosophes est le sanctuaire sacré de la partie de l'âme qui naît avec le corps [Nous retrouvons ici l'explication du Timée 85 A - B], soit en raison de l'importance de la maladie. Car la foule appelle sacré ce qui est grand (Caelius Aurelianus, 1950, I, 4, 60). Cette grandeur de la maladie et son caractère impressionnant transparaissent aussi dans l'appellation «Mal d'Héraclès», attestée dans beaucoup de textes, notamment les Problèmes d'Aristote (Aristote, 1994). Car la formule est tantôt expliquée, je l'ai dit, par le fait que le héros Héraclès lui-même en souffrait, tantôt par le fait que la maladie est aussi puissante, irrésistible que l'était Héraclès (Staden, 1992, p. 134). Une autre interprétation fait du mot sacré un euphémisme, destiné à calmer par un mot flatteur les puissances qui causent la maladie, de la même manière qu'on appelait «bienveillantes» les Érinyes, déesses chargées de venger les crimes. Quant au mot épilepsie, il est anciennement attesté dans les textes grecs. Il désigne une saisie brutale, une surprise (epilambanein : prendre sur). Malgré son caractère descriptif ou à cause de lui, ce mot est assez peu spécifique car il y a d'autres accidents qui se signalent par la brusquerie de leur survenue. Comme l'explique M. Grmek, le noyau est l'épilepsie généralisée, plus précisément la crise de grand mal. Il ajoute : «Toutefois, le contour de ce tableau est suffisamment imprécis pour permettre d'y inclure également quelques autres états pathologiques, par exemple certaines autres formes d'épilepsie, des convulsions dues à l'encéphalite, des spasmophilies graves, l'éclampsie et, bien entendu, l'hystérie» (Grmek, 1983, p. 70). Dans l'expression latine «mal caduc» (morbus caducus), on trouve le même caractère descriptif et finalement flou : c'est la maladie qui fait tomber. Mais l'expression la plus anciennement et la plus communément usitée chez les Latins est la formule «mal comitial» (morbus comiti). Cette formule s'explique par le fait que les comices, c'est-à -dire les réunions du peuple chez les Romains, étaient immédiatement dissoutes en cas de crise d'épilepsie (Orlandini, 1998, p. 83). Une autre expression intéressante est morbus maior, expression populaire qui constitue une sorte de trait d'union entre l'expression grecque «maladie sacrée» et l'expression romane «haut mal» qui est restée en usage très longtemps. Dans un article assez récent, Anna Orlandini (Orlandini, 1998) a montré que le comparatif maior n'avait pas de valeur comparative, mais une valeur absolue et que la formule signifiait «maladie suprême», attestant une fois de plus le caractère exceptionnel que l'épilepsie revêtait aux yeux des Anciens. Mais il ne faudrait pas conclure trop vite à la réduction de l'épilepsie à ses formes spectaculaires. Les médecins grecs et latins se sont efforcés d'affiner l'analyse et y sont parvenus. Maladie sainte, maladie sacrée, mal de Saint-Jean, maladie d'Hercule. D'après cette respectable nomenclature, ne dirait-on pas que cette maladie est le partage de ceux que le Ciel favorise ? (J.L. Fabre-Terreneuve, La nouvelle agnodice, ou précis de médecine comparative, 1841 - books.google.fr). Les esprits du XVIe siècle, avides de syncrétisme, aimaient à établir entre mythologie païenne et christianisme. Jan Kott (Manger les dieux, 1975, p. 76), note les différentes faces que l'on redécouvrit à Hercule à partir de la fin du Moyen-Age et jusqu'à la Renaissance on l'assimila à Saint Michel, à Saint Georges, aux archanges qui enlèvent les portes de l'Enfer, à Christophe. Il personnifiait, ajoute-t-il, «le pouvoir de l'esprit qui conquiert la bestialité de la nature et soumet les passions». Et Laumonier rappelle (Hymnes de Rosnard, p. 11) que «Michel Ange, en son jugement dernier, avait représenté Jésus comme une sorte d'Hercule, qu'en 1515 Guillaume Budé dans son De assi avait comparé le Christ à Hercule et rapproché la massue de la Croix, qu'en 1533 l'évêque de Limoges, Jean de Langeac, avait fait ériger dans sa cathédrale un jubé dont le principal ornement était la série des travaux d'Hercule préfigurant ceux du Christ». Ronsard ira plus loin encore, dans son Hercule chrétien (Eustathius von Knobelsdorf, Lutetiae descriptio, traduit par Odette Sauvage, 1978 - books.google.fr, Œuvres complètes de Ronsard: texte de 1578, Volume 6, 1578 - books.google.fr). La maladie d'Hercule serait l'épilepsie, au témoignage des Anciens : la description de la maladie dans la tragédie coïncide avec celles des traités médicaux antiques (cf. J. PIGEAUD, La maladie de l'âme, Paris, 1981, p. 407 et suiv.) (Mireille Armisen-Marchetti, Sapientiae facies: Étude sur les images de Sénèque, 2021 - books.google.fr). Héraclès se fait un nom d'Héra, femme de Zeus, alors qu'il est l'enfant d'une autre, avec le même Zeus. Héra lui donne le sein, il la mord, et de la morsure s'échappe la voie lactée. Trace céleste de l'agression. La colère d'Héra engendre l'épilepsie d'Héraclès. Echange de traces. Mais aussi capture d'une maladie dans la réalité pour constituer le mythe. Echange de signes. Mais transformation dans l'Histoire (Patrick Lacoste, Se souvenir... aimer, Revue française de psychanalyse, Volume 43, 1979 - books.google.fr). Cette traînée de lait témoigne que la tétée a eu lieu et voilà Héraclès nanti de deux mères : Alcmène et Héra. Son nom d'Héraclès est tiré de celui d'Héra, il marque que son destin et ses travaux doivent servir à la gloire d'Héra. Du même coup, il est nanti de deux noms : son nom d'Alcide le rattache à sa mère réelle et par elle à son grand-père Alcée. Le second résultant de ce baptême lacté le lie à Héra. Ses deux noms le rattachent aux femmes dans une désignation strictement matrilinéaire. Rien ne le rattache à ses pères sans doute parce que l'un ne l'est pas et que le second ne peut pas être nommé bien que tout le monde sache qui il est : Secret de polichinelle. Double père, double double et double mère, voilà une position bien embrouillée d'autant plus confuse que ce système de duplication ne laisse à Alcide que les places qui ne sont pas les siennes : Le père qu'on lui attribue n'est pas le vrai. La mère dont il porte le nom n'est pas la sienne. La place qu'il occupera n'est pas celle qui lui était réservée, elle a été prise par Eurysthée son contraire exact, aussi peureux qu'Héraclès est téméraire, aussi installé qu'Héraclès est errant, aussi retors qu'Héraclès est naïf. Il sera le commanditaire pervers d'actes commis par un Héraclès agissant. De l'image structurante au double étrangement inquiétant : La découverte de soi-même dans le miroir est pour l'enfant un moment des plus structurants. Devenu capable d'une distinction : moi/non-moi, il appréhende dans la glace un double incomplet, une image orthopédique de l'aspect extérieur, de son corps. L'épilepsie réactive les terreurs primitives. Les crises sont spectaculaires, mais elles sont encore plus porteuses de la menace permanente d'une spectacularisation critique de quelque chose d'incompréhensible. Elle est surprenante, un saisissement imprévisible comme la survenue brutale du non-familier (unheimlich). Et comme si les trois thèmes principaux du non-familier, du double et de la mort n'étaient pas suffisants, l'analyse affinée montre que chaque registre de l'épilepsie revêt un caractère étrangement inquiétant : le déroulement mécanique des crises fait du sujet une poupée vivante, la coupure de la fonctionnalité des organes de perception (Hervé Beauchesne, L'épileptique et la problématique du double, Le double, la gémellité psychique, 1984 - books.google.fr). Hercule est un Soleil, comme Jésus Soleil de justice, qui parcourt le zodiaque en ses douze travaux comme les douze signes, Héra étant de la même racine que Jahr ou year (année et ses douze mois) (Philippe Walter, Chrétien de Troyes et Macrobe, Transports : Mélanges offerts à Joël Thomas, 2020 - books.google.fr). Le messianisme sévissait alors en Palestine comme une épidémie. Jésus fut atteint de cette maladie mentale; il en mourut : voilà tout. Était-il ce qu'on appelle prédisposé ? C'est probable. Ce qu'on sait positivement de son frère Jacques ne permet guère d'en douter. Calmeil admet. l'hérédité pour le tiers des cas de paralysie générale. On doit donc supposer que, parmi ses ascendants ou ses collatéraux, Jésus avait des parents atteints de quelques affections du système nerveux central ou périphérique, des maniaques, des épileptiques, des suicidés ou des ivrognes (Jules Soury, Jésus et les évangiles, 1878 - books.google.fr, F. Moigno, Boutade, Le moniteur scientifique de Quesneville: journal des sciences pures et appliquées spécialement consacré aux chimistes et aux manufacturiers, Volume 20, 1878 - books.google.fr). Si Christ est un homme, la date de sa nativité au Capricorne contredit les conceptions platoniciennes de la descente des âmes par la porte des Hommes au Cancer, leur incarnation considérée comme une mise au tombeau. Alors que le Christ, allégorie de l'âme, naîtrait au ciel par la porte des Dieux où les âmes rejoignent le séjour des immortels. Platoniquement la véritable libération de l'âme, sa naissance, a lieu à la mort du corps qui lui est un tombeau. La détermination de la date de noël au 25 décembre est accidentelle et historique : dépouilles du mithraïsme et sa fête de Sol invictus, le «soleil invaincu», célébrée le huitième jour des calendes de janvier, soit justement le 25 décembre, date du solstice d'hiver et de l'allongement des jours. Nous trouvons la naissance du Christ mentionnée pour la première fois à Rome le 25 décembre dans le calendrier Philocalien de 354. Furius Philocà lus est le nom du calligraphe et enlumineur que l'on suppose avoir édité ce calendrier. D'après celui-ci, en l'an 336, l'usage était déjà passé à Rome de considérer le 25 décembre comme l'anniversaire de la naissance de Jésus. Mais ce n'est qu'en 353, sous le pape Libérius, que la fête de Noël fut instituée à Rome. Quant à l'Epiphanie, anniversaire du baptême de Jésus, elle n'est pas mentionnée sur le calendrier philocalien de 354, donc elle n'était pas fêtée à Cette date à Rome, mais elle l'était certainement en l'an 400, car Arcadius et Honorius interdirent ce jour-là les jeux de cirque. Un peu plus tard, Justinien suspend les séances judiciaires le même jour, comme pour les jours fériés (Auguste Hollard, Les origines de la fête de Noël. In: Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 11e année n°3, Mai-juin 1931 - www.persee.fr). Cf. quatrain VI, 54 et son "an mil six nets sept de liturgie" pour le chronographe de 354. Mages La plupart de ceux qui ont écrit touchant Pythagore veulent qu'il ait été disciple de Zoroastre à Babylone, & qu'il ait tiré de lui toutes ces grandes connoissances, qui l'ont rendu depuis si fameux dans tout l'Occident. C'est ce qu'en disent Apulée (Florid. 2), Jamblique (vita Pythagor. c. 4) Porphyre (vita Pythagor.), & Clément d'Alexandrie (Alex. strom. I) : Le Zabratus, ou Zaratus de Porphyre, & le Nazaratus de Clément d'Alexandrie ne sont autres que Zoroastre. Cambyse ayant conquis l'Egypte, y trouva Pythagore qui y voyageoit, le prit prisonnier, & l'envoya avec les autres captifs à Babylone; Il y fit connoissance avec Zoroastre ou Zabratus, qui y étoit alors (Porphyre vita Pythagor.); Zabratus le purifia des soüillures de sa vie précédente, l'instruisit des choses dont un homme vertueux doit être affranchi, lui apprit ce qui concerne la nature, & quels sont les principes de l'Univers (Augustin Calmet, Dictionarium historicum, criticum, chronologicum geographicum, et literale Sacræ Scripturæ, cum figuris antiquitates judaicas repræsentantibus, traduit par Joan. Dominico Mansi, Tome 4, 1730 - books.google.fr). Dans Mathieu 2,23 il est question de l'oracle faisant appelé le messie "nazoréen" dont on ne trouve pas l'origine dans les Ecritures. Y aurait-il un rapport entre "nazoréen" et Nazaratus ? D'autant que les Mages sont passés par là . Nazaratus, Assyrien : ce surnom peut convenir à Zoroastre, qui étoit natif d'Urmi, ville de l'Aderbedjan, province limitrophe de l'Assyrie. S. Clément d'Alexandrie soutient avec raison que Nazaratus ne peut être pris pour Ezechiel, & le synchronisme de Pythagore & de Zoroastre s'accorde avec l'époque que Dodwel (de ætat. Pythag. p. 93, & dans son Traité sur Sanchoniaton, p. 55), assigne au philosophe Grec (M. Anquetil du Perron, Recherches sur le temps auquel vécut Zoroastre, Histoire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres, depuis son Etablissement jusqu'à présent, Tome 37, 1774 - books.google.fr). De quelle contrée de l'Orient étaient partis ces rois Mages ? Nul ne saurait le dire. Saint Jean Chrysostome, saint Cyrille et Clément d'Alexandrie (Stromata I, 15, 71 - M. Caster, SC 30, p. 102), les font venir de la Perse. Saint Ephrem, diacre de l'Église d'Édesse, prétend que partis de l'Assyrie, ils y revinrent porter des nouvelles de l'Enfant de Bethléem (Annales franciscaines, Volume 2, 1865 - books.google.fr, Marlène Kanaan, Les rois mages et l’étoile de Bethléem, d’après un manuscrit arabe inédit, l’Aksimaros et sa Caverne des trésors du Pseudo-Épiphane de Salamine, Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens, Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de Jésus, 2023 - www.brepolsonline.net). Abulfarage rapporte que Zoroastre avait appris aux mages que la naissance de Christ leur serait annoncée par une étoile qui leur présenterait l'image d'une jeune vierge. «Cùmque nasceretur, stellam apparituram, in cujus medio conspiceretur figura puellæ virginis.» Cette prophétie de Zoroastre a été citée par plusieurs anciens, et insérée dans l'Évangile de l'enfance, traduit de l'arabe par Henri Sikes (Evangel. inf. c. 8) (Dupuis, Origine de tous les cultes: ou, Religion universelle, Tome 5, 1822 - books.google.fr). Généalogie médicale Le motif du premier voyage de Platon en Sicile avait été la science, celui du second l'espoir d'être utile aux hommes; celui du troisième ne fut pas moins noble: selon Olympiodore, ce fut l'amitié. Platon retourna en Sicile pour délivrer Dion, que Denys avait dépouillé de ses biens et mis en prison, et qu'il ne voulait délivrer qu'à condition que Platon reviendrait en Sicile. Pour sauver son ami, Platon n'hésita pas à entreprendre ce troisième voyage. Olympiodore fait aussi mention, comme Diogène de Laërte, d'un voyage de Platon en Égypte, où il s'instruisit auprès des prêtres et apprit la science hiératique de l'Égypte. Il voulait aller jusqu'en Perse pour visiter les mages; mais la guerre des Grecs et des Perses ne lui ayant pas permis d'accomplir son dessein, il alla en Phénicie, où il rencontra des mages qui lui enseignèrent tout ce qu'ils savaient; et voilà pourquoi, dans le Timée, il paraît si fort au fait de tout ce qui concerne l'art de faire des sacrifices, d'adorer et de consulter les dieux. Olympiodore ajoute que ces excursions de Platon en Égypte et en Phénicie eurent lieu avant ses voyages en Sicile, et il avoue avec candeur que dans sa relation il aurait dû les placer auparavant (M. Cousin, Fragments historiques, extraits du commentaire d'Olympiodore sur le Premier Alcibiade) (Oeuvres complètes de Platon: Dialogues socratiques, Tome 1, traduit par Dacier, Grou, 1869 - books.google.fr). Ce que sans doute on doit aux Pythagoriciens, ce sont les justifications par l'astronomie, c'est l'appareil savant sous lequel la doctrine du séjour des âmes dans les astres, et notamment dans la lune, se présentera à Platon et, par lui, se transmettra, sans cesse enrichie jusqu'à la fin de l'Antiquité. Les Stoïciens l'étayeront de vraisemblances rationnelles tirées de la physique ainsi que de l'astronomie et l'astrologie enfin lui donnera une nouvelle armature. Voici quelques maillons de cette longue chaîne. Dans le Timée 42 D, le démiurge de Platon répartit les âmes puis leur dicte les conditions de la métempsychose. Ensuite «il sema les uns sur la terre, d'autres sur la lune, d'autres encore sur les instruments du temps», c'est-à -dire les astres. (Platon emploie ici le masculin en pensant aux hommes en qui s'incarneront les âmes.) Selon Proclus, Commentaire sur Timée, III, 307, 12-26, il entend «les âmes dans leur véhicule». Et ce véhicule, c'est l'homme qui, étant corporel, est nécessairement destiné aux corps célestes les plus bas. Avec Platon, la croyance qui installe des âmes dans la lune, peut-être stimulée par une influence orientale, s'est insérée dans le paysage plus vaste que suggéraient les progrès de l'astronomie. C'est le ciel tout entier, avec le mouvement divin de ses astres, qui est offert aux voyages des âmes, dans le mythe d'Er (République 614 A - 621 B), le ciel des astronomes. qui est leur patrie originelle et les accueille entre mort et réincarnation. Les justifications de l'eschatologie astrale se précisent chez les Stoïciens, et ce dès l'Ancien Portique, par des raisons tirées de la physique ou plus spécialement de la pesanteur et de la chaleur, qui sont causes de mouvements. Malheureusement, comme leur pensée ne nous est parvenue qu'à travers des résumés ou des allusions doxographiques, nous n'en saisissons que le schéma, qu'il s'agisse du Portique Ancien ou du Portique Moyen (et ici la perte de Posidonios est déplorable) et il nous faut attendre Cicéron, avec le Songe de Scipion, et Sénèque pour retrouver une pensée moins désincarnée (Claire Préaux, La lune dans la pensée grecque, Mémoires de la Classe des lettres, 1972 - books.google.fr). La conception que Platon se faisait de l'âme est pourtant clairement perceptible dans son œuvre, dans le Timée en particulier. Elle n'est pas différente du système qui dominait les mystères d'Eleusis. Elle procède des deux attributs de Dieu la Pensée et le Mouvement ou manifestation. L'âme humaine, née de Dieu, est triple dans sa nature. La partie supérieure, l'Esprit tient à la Pensée. Douée de libre arbitre, elle a d'abord habité, parfaite, dans le Monde Intelligible, attachée à l'Intelligence éternelle et en faisant partie. Elle est venue dans la partie supérieure du Monde visible, où elle est descendue en traversant plusieurs cercles lumineux - ceux des astres -, puis celui de la Lune, et elle est enfin arrivée sur la Terre. Pendant cette descente, elle s'est adjointe l'Ame sensitive et l'Ame végétative en s'intégrant dans le corps. Dans la région éthérée, elle a reçu le souffle de pensée, c'est-à -dire la force qui transmettra à travers le corps les ordres de la pensée. Dans le cercle de la Lune, elle a reçu le souffle de vie. Dans le monde sublunaire, le véhicule qui la transportait, fait de lumière, est devenu matériel et a pris la forme et la nature du corps. Cette théorie traditionnelle de la nature et de l'origine de l'âme, née des mystères antiques et dont l'exposé, volontairement complexe et imagé, paraît parfois confus chez Platon, sera précisée chez les néo-platoniciens et sera reprise chez les Pères de l'Eglise chrétienne et par la scolastique du Moyen Age, notamment par saint Thomas et saint Bonaventure. Elle leur servira à prouver, tout comme Platon l'avait fait, l'immortalité de l'âme, en ce qui concerne sa partie spirituelle, l'âme intellective (mens) reflet de l'Esprit divin (Paul Naudon, La tradition et la connaissance primordiale dans la spiritualité de l'Occident: les silènes de Rabelais, 1973 - books.google.fr). Jusqu'au XVIIe siècle, la tradition d'Aristote, d'Hippocrate et de Galien transmise par les médecins et les philosophes arabes fait autorité. L'essentiel du savoir des biologistes vient toujours d'Aristote pour les animaux et de Galien pour l'homme. L'influence de cette physiologie-aristotélo-galéniste va progressivement s'estomper au cours du XVIIIe siècle (Jean Noël Missa, Introduction historique, Matière pensante: études historiques sur les conceptions matérialistes en philosophie de l'esprit, 1999 - books.google.fr). "saint" : sacré Le sacré rejoint le saint ("sacras immortalium animarum sedes" dans le texte de Macrobe). Le sacré s'oppose au profane, comme espace réservé aux
dieux, à leurs temples et à leurs prêtres. Le mot «saint» vient du latin
sanctus (lui-même apparenté à sacer) et désignant
soit quelque chose de sacré et d'invisible, soit un homme pur, vertueux,
intègre, irréprochable. Il n'est donc pas facile de distinguer les deux mots et
leurs nombreux dérivés : «sacristie», «sacrifice», «sacerdoce», «sacrement»,
«sacrilège», «serment», «sanction» (à l'origine, une décision de justice
inviolable), «Toussaint», etc. Parfois on confond même les deux termes comme
dans l'expression «sacro-saint». On parle d'un texte sacré comme d'un livre
saint même si la notion de sacré évoque plus l'intouchable et celle de saint le
vénérable. Enfin, le vocabulaire de l'anatomie nomme tantôt sacrées tantôt
honteuses les zones du corps humain proches des organes de la génération et de
l'excrétion : plexus sacré, plexus honteux, vertèbres sacrées, ligaments utéro-sacrés, grand nerf honteux, etc. Comme le disait le
philosophe néoplatonicien Porphyre, repris par saint Augustin, nous sommes nés
entre excréments et urine On appelle l'épilepsie maladie aussi sacrée, soit parce qu'on pense que c'est un pouvoir divin qui l'a envoyée, soit parce qu'elle corrompt l'âme qui est sacrée, soit parce qu'elle a son siège dans la tête qui au dire de nombreux philosophes est le sanctuaire sacré de la partie de l'âme qui naît avec le corps [Nous retrouvons ici l'explication du Timée 85 A - B], soit en raison de l'importance de la maladie. Car la foule appelle sacré ce qui est grand (Caelius Aurelianus, 1950, I, 4, 60). "vray siège" Si l'esprit corporel est mortel quel est son vrai lieu ? C'est d'une crise des fondements qu'il s'agit, à savoir
du modèle aristotélicien de la nature et du modèle galénique de l'homme. C'est
pourquoi Paracelse répudie le latin, scolastiquement connoté, pour forger en
allemand un vocabulaire neuf, adapté aux concepts nouveaux qu'il circonscrit
par des approximations successives de l'indicible. Car si les médecins errent
dans le labyrinthe d'ignorance, c'est qu'ils c'est qu'ils n'ont pas de base
philosophique et doivent se fonder sur des livres. [...] La seule base possible
pour une nouvelle médecine, c'est une appréhension novatrice des rapports entre
Dieu, l'homme et la nature. La nature est vie, peut tout. Elle est
extériorisation de forces invisibles. L'homme est microcosme de la nature. Il
est aussi créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, et se trouve ainsi entre
Dieu et la nature. Ainsi, l'homme est triple, corps, âme et esprit,
correspondant aux trois étages de l'univers, la matière, les astres et Dieu.
Mais l'univers lui-mĂŞme est le corps visible de l'esprit invisible,
l'expression tangible de forces immatérielles. Ainsi, corps âme et esprit se trouvent dédoublés. Le corps physique
de l'homme s'accompagne d'esprit corporel qui survit quelque temps après la
mort sous forme de spectres ; l'âme s'accompagne d'un corps astral qui avec
elle constitue l’evestrum, un être puissant dans la
magie ; l'esprit, qui est Ă©ternel, s'accompagne d'un corps spirituel Le corps physique se dissout dans la tombe, mais, mĂŞme
pour le corps physique, il faut encore du temps avant que ses éléments
retournent dans le chaos ; de mĂŞme, l'esprit
corporel subsiste pendant un certain temps après la mort, et il est tout Ă
fait naturel que cet esprit, qui Ă©tait en quelque sorte le moteur (subordonnĂ© Ă
l'âme) du corps, continue à "marcher" quelque temps encore (par
inertie, par habitude, pour ainsi dire) et que, par conséquent, il hante les
lieux où son corps avait habité, exécute les simulacres de gestes qu'il avait
exécutés pendant sa vie, revient vers le trésor qu'il avait caché. Il ne faut
pas croire, cependant, que cette ombre (Schatten)
possède autre chose que l'ombre de la vie. Les larvae
ne sont que simulacres ; ils ne sont qu'image flottante de la vie passée, habitude
qui a pris corps, ou pour être plus exact, qui a conservé un simulacre de
corps. L'âme n'y est plus et, par conséquent, ils n'ont ni force, ni volonté,
ni conscience. Tout autre chose, par
contre, est l'evestrum, le corps astral de l'âme, ou
l'âme munie de son corps astral. Cet être-là , étant une force et un centre
d'action et de pensée, peut agir, peut déterminer des actions physiques peut
traverser avec une vitesse extrême les régions les plus éloignées de l'espace,
peut aussi agir directement - c'est-Ă -dire sans passer par le physique - sur
les âmes. Et c'est l'evestrum
qui vous apporte des nouvelles et permet aux vrais mages de communiquer entre
eux (on sait qu'Agrippa de Nettesheim enseignait
quelque chose d'analogue) "vray siège" : lieu vrai astronomique d'un astre. Le lieu optique, ou simplement le lieu d'une étoile ou
d'une planète, est un plan dans la surface de la sphère du monde, auquel un
spectateur placé rapporte le centre de l'étoile ou de la planète. Ce lieu se
divise en vrai ou apparent. Le lieu vrai
est le point de la surface de la sphère, ou un spectateur placé au centre de la
terre voit le centre de l'étoile; ce point se détermine par une ligne droite
tirée du centre de la terre par le centre de l'étoile, & terminée à la sphère
du monde. Le lieu apparent est le point de la surface de la sphère, où un
spectateur placé sur la surface de la terre voit le centre de l'étoile ; ce
point se trouve par le moyen d'une ligne qui va de l'Ĺ“il du spectateur Ă
l'étoile, & se termine dans la sphère des étoiles. La distance entre ces
deux lieux optiques, savoir le vrai & l'apparent, fait ce qu'on appelle la
parallaxe. Le lieu astronomique du soleil, d'une étoile ou d'une planète
signifie simplement le signe & le degré du zodiaque, où se trouve un de ces
astres ; ou bien, c'est le degré de l'écliptique, à compter du commencement d'ariès, qui est rencontré par le cercle de longitude, de
la planète ou de l'étoile, & qui par conséquent indique la longitude du
soleil, de la planète ou de l'étoile, & qui par conséquent indique la
longitude du soleil, de la planète ou de l'étoile. Le lieu de la lune est le
point de son orbite oĂą elle se trouve en un tems quelconque. Le lieu est assez
long à à calculer, à cause des grandes inégalités qui
se rencontrent dans les mouvemens de la lune, ce qui
exige un grand nombre d'équations & de réductions avant de trouver le lieu
vrai. Le lieu excentrique d'une planète dans son orbite est le lieu de l'orbite
où paroitroit cette planète, si on la voyoit du soleil Les Trois Rois du
Baudrier d'Orion L'ouverture et la fermeture de la chasse coĂŻncident avec
l'apparition et la disparition d'Orion dans notre ciel étoilé. Cette magnifique
constellation d'hiver, dont la mythologie grecque a fait son Grand Chasseur,
apparaît au firmament entourée de Sirius, dans la constellation du Grand Chien
et de Procyon, dans celle du Petit Chien. En fait, la
constellation d'Orion marque le lieu d'où la Voie Lactée, «chemin des âmes»,
jaillit, depuis le ciel de l'hémisphère sud, dans le ciel de notre hémisphère
nord, pour tout dire depuis l'Autre-Monde dans notre Monde Dans un passage du de Iside que
nous avons déjà examiné à un autre point de vue, Plutarque nous dit que selon l'enseignement
des prĂŞtres Ă©gyptiens, les dieux meurent et leurs corps sont ensevelis dans la
terre, mais leurs âmes brillent au ciel. Ils ajoutent que l'âme d'Isis est
appelée par les Grecs l'Étoile du Chien, et par les Égyptiens Sothis ; que celle d'Horus est dénommée Orion et que celle
de Typhon est la Grande Ourse (de Is., a1, 359 C-D). C'est tout Ă fait exact.
En ce qui concerne Seth, par exemple, les représentations égyptiennes montrent
la constellation de la Grande Ourse tenue enchaînée par l'hippopotame et les
textes qui les accompagnent expliquent que c'est Isis empĂŞchant Seth d'aller
attaquer Osiris-Orion. L'une des légendes religieuses du nome Cynopolite raconte ainsi l'origine de la Grande Ourse : au
cours du combat qui opposa Seth à Horus, ce dernier détacha le khepesh (patte antérieure) de Seth et le plaça au ciel sous
la garde de génies où il prit le nom de l'Ours. Dans les documents grecs de
Basse-Époque, Typhon continue d'être appelé ainsi Arctos.
On peut s'étonner que Plutarque prétende qu'Orion est l'âme d'Horus, car c'est
uniformément Osiris que les documents égyptiens appellent Orion, et cela
jusqu'à l'époque romaine. «C'est donc simplement une erreur de Plutarque»,
conclut Bonnet. C'est possible ; en effet, Horus fut identifié, non à Orion,
mais à l'étoile du matin ; toutefois, on peut se demander, étant donné que
visiblement le rapprochement est dû à l'assonance des deux noms «Ôros-Ôriôn», si
l'erreur est imputable Ă Plutarque ou si, Ă l'Ă©poque romaine, il n'y a pas eu
une tradition à ce sujet. En effet, on a remarqué que sur la Tasse Farnèse
Horus, représenté sous les traits de Triptolème entre le Nil, Isis et les Vents
(étésiens), se présente dans une attitude qui rappelle Orion. Certains
documents Ă©gyptiens tendaient Ă confirmer la chose et Ă prouver que
l'assimilation d'Orion Ă Horus n'Ă©tait pas inconnue des Égyptiens, au moins Ă
Basse-Époque. Ainsi sur le Zodiaque d'Athribis, on voit Horus sous la forme
d'Orion, armé d'une épée, près de la vache d'Isis-Sothis.
S'il a existé réellement un Horus Orion en Égypte, il faudrait en chercher
l'origine à Edfou, où l'on fêtait la Naissance d'Horus le 30 mesoré, veille du 1er épagomène, le jour de la naissance
d'Osiris (= Orion), et dans la croyance qu'Horus Ă©tait la cause de la crue
comme Orion, ainsi qu'on va le voir bientôt. Les textes d'Edf ou d'époque ptolémaïque,
sont à cet égard assez convaincants : «Je te donne l'inondation», affirme Horus
Ă plusieurs reprises. Cela dit, il est certain que c'est normalement Osiris qui
est assimilé à Orion. Cette étoile appelée en égyptien Sab,
la principale du ciel Sud, fut parfois nommée «père des dieux» et elle fut
très anciennement, dans les croyances funéraires, considérée comme une divinité
qui procurait au mort une force de résurrection ou le protégeait contre les
puissances mauvaises. L'assimilation à Osiris est très ancienne également :
puisqu'on croyait qu'habitaient dans les étoiles les âmes des morts, il était
normal qu'on vît dans la plus brillante celle du roi des morts. Mais surtout,
comme nous le disions au début de ce chapitre, Orion était le symbole de la
résurrection : «Voilà qu'Osiris est revenu sous les traits d'Orion», dit un
Texte des Pyramides (Pyr., 819) Le grand secteur signal,
Taureau-Orion-Sirius-Gémeaux-Voie Lactée, comme on sait, ne reste pas fixe dans
la saison. Il obéit au lent pivotement de l'axe terrestre qui cause, en 26.000
ans environ, la «précession des équinoxes». S'il est pour nous maître du ciel
d'Hiver (les Trois Étoiles des «Rois Mages» de la constellation d'Orion annoncent
le «Natale», le «Noël») comme il avait été, pour les Égyptiens, trois mille ans
avant notre ère, maître du plein Été (la «Canicule»), lors des fastueuses célébrations
de «l'Ouverture de l'An» qui coïncidaient avec les crues du Nil, il fut, entre
temps, maître de l'Automne et des vendanges pour l'Asie Mineure, les Cyclades
et la Grèce, mille cinq cents ans avant notre ère, lors des exaltations
dionysiaques Dans Hermès Trismégiste (traduction de Ménard, 1925,
201), Isis à Horus : «Il y a dans
l'Univers quatre régions que gouverne une loi fixe et immuable, le ciel,
l'éther, l'air, et la terre très sainte. Dans le ciel habitent les dieux, dans
l'éther, les astres, gouvernés par le soleil, dans l'air, les âmes des démons
gouvernés par la lune, sur la terre, les hommes et les animaux, gouvernés par
le roi» Vergiliae est le nom latin le
plus courant pour désigner le groupe d'étoiles appelé Pléiades par les Grecs. Les
Pléiades, leurs voisines les Hyades et Orion sont unis dans un mythe commun,
qui atteste leur proximité céleste (Hygin, Astron. II, 21, 1-4). Pourquoi Macrobe prend-il comme
exemple ces constellations ? Les Pléiades «jouissent d'un honneur sans égal»,
dit Hygin, Astron. II, 21,
4. Et en effet leur rôle dans le calendrier était prépondérant, leur lever, au
début de mai, annonçant la belle saison et la reprise de la navigation (cf. A.
Le Bœuffle, (1987), p. 217). Notons aussi qu’Homère,
Il., XVIII, 486 et Od. V, 270, associe pareillement
les Pléiades, les Hyades, les Ourses et Orion, comme repères du navigateur ;
cf. aussi Virgile, Aen. III, 516 (chez qui manquent
néanmoins les Pléiades). Or les deux poètes sont cités et commentés par Macrobe
dans les Saturnales V, 11, 10-13. L'autruche assimilée à la Synagogue par le pape Grégoire
le Grand est liée à la constellation des Pléiades. Comme la Grande Ourse
symbolise, selon le même auteur sacré, l'Eglise on peut en déduire que les
Pléiades représentent la Synagogue (cf. quatrain VIII, 96 - Polaire, daté de
2100-2101). Les Pléiades étaient sept filles d'Atlas et de Pléioné, l'Océanide fille d'Océan et de Téthys. Elles
étaient les compagnes d'Artémis. Un jour, les virginales Pléiades pourchassées
ainsi que leur mère pendant sept ans par le chasseur Orion en Boétie,
implorèrent les dieux de les sauver. Elles furent changées en colombes puis
furent placées dans le ciel comme constellations. En fait on ne voit que six
étoiles dans le ciel car l'une d'elles se cache: Méropé,
disent certains car c'est la seule qui eut un mortel comme amant et toutes les
autres eurent un dieu comme amant. D'autres auteurs prétendent que c'est
Électre depuis la mort de Dardanos et la chute de Troie. Pour d'autres, elles
se suicidèrent après la mort de leurs sœurs, les Hyades Puissance des Mages C'est dans le culte du soleil, des astres et du feu que
consistait l'extérieur de la religion chez les Perses et les Chaldéens. Dans
leur système, le soleil et les astres étaient les plus pures émanations de la
substance divine. Dans le système des mages, ces objets n'étaient pas la simple
production du premier être, mais un mélange de sa substance avec la matière qui
rendait cette substance divine propre Ă faire impression sur nos sens. Les
mages, comme les chaldéens, reconnaissaient dans chaque astre une âme ou une
intelligence qui lui était unie. Les Grecs et les Romains adoptèrent cette
doctrine religieuse. C'Ă©tait le sentiment de tous les Juifs; et cette question
n'a pas été décidée par l'antiquité elle-même. De l'opinion que les astres sont
animés est née l'astrologie judiciaire La puissance des incantations se fonderait en partie sur la signification; un tel point de vue contredirait directement les positions défendues au XIIIe siècle par Guillaume d'Auvergne et Thomas d'Aquin à propos du pouvoir de la signification. Mais dans la solution de la differentia, Pietro d'Abano retourne ces arguments, il réfute fermement l'idée que l'incantation disposerait d'un pouvoir per se : il refuse d'accorder un pouvoir spécifique aux mots. De cette discussion découlent deux conséquences. Premièrement, le pouvoir de la praecantatio ne peut être liée à une qualité propre à la formule, le principe de causalité ne réside pas dans la formule elle-même. Deuxièmement, la signification des mots ne constitue pas un moteur de l'action. Les arguments de la differentia 156 sur le pouvoir de la signification donnent ainsi un aperçu de l'art de la nuance de Pietro d'Abano, de son sens de l'accommodation, de l'appétit de conciliation qui anime l'ensemble du Conciliator, motivée par la volonté de faire se rencontrer médecine et philosophie de la nature. Sur la question du pouvoir de la signification, Pietro d'Abano laisse en effet au locuteur une marge de manœuvre. Il admet que l'usage des formules correspond, dans certains cas, à une opération d'influence. Mais influencer n'est pas contraindre : la notion de persuasion atténue l'empire de la virtus verborum, elle en limite la portée. La signification ne donne pas à la formule un véritable pouvoir, c'est dans la notion d'accident de la substance que se noue la possibilité d'une incantation vraiment puissante et contraignante. L'interprétation de Pietro d'Abano le conduit donc à contourner les débats sur la signification. Lorsqu'il conteste à la formule d'incantation une quelconque valeur effective per se, il suppose du même coup que son pouvoir est ailleurs. Il s'agit alors de déterminer quel serait l'agent extérieur qui permettrait d'expliquer les effets de la praecantatio. Plusieurs interprétations naturalistes sont proposées, en particulier celle qui attribue à l'âme un certain pouvoir lors de la mise en œuvre d'une incantation. Pietro d'Abano inscrit la question du pouvoir de l'âme au cœur du débat contradictoire de la differentia 156 : l'âme humaine aurait une fonction essentielle dans la mise en œuvre d'une formule efficace. Gentile da Foligno reprend la position de Pietro d'Abano sur le rôle de l'âme dans la questio 55, en la complétant sur certains aspects. Le débat sur la praecantatio s'oriente vers le pouvoir de l'âme dans le prolongement des interprétations naturalistes de Roger Bacon sur la virtus verborum. L'intervention de l'âme remplace celle des démons : elle met en échec l'implication des démons dans l'incantation telle que l'entendaient les théologiens du XIIIe siècle. Mais le rôle de l'âme humaine est infinimement plus complexe que celui des démons. Il peut être analysé du côté du locuteur ou du côté de l'auditeur. Il concerne à la fois la production humaine et la réception humaine de l'incantation. La differentia 156 met en évidence cette distinction fondamentale. L'âme, dit Pietro d'Abano, peut être la cause de l'efficacité de l'incantation de deux façons : En ce qui concerne la première cause, cela peut arriver de deux façons. Soit par l'intermédiaire de celui qui prononce les incantations avec empathie, quand son âme aura été si élevée qu'elle peut dominer la matière de ce monde et la transformer par la force de l'intelligence soumise à sa volonté. Soit par l'intermédiaire de celui qui reçoit l'incantation, [qui est] généralement troublé, de telle sorte qu'il se sent très soutenu par la force de la faculté de jugement (Béatrice Delaurenti, La puissance des mots, 2007 - books.google.fr). Pietro d'Abano, né à Abano Terme près de Padoue, en Vénétie, en 1250 et mort en 1316, est un médecin, philosophe et astrologue italien du Moyen Âge. En latin : Petrus de Abano, en français : Pierre d'Abano ou Pierre de Padoue (fr.wikipedia.org - Pietro d'Abano). En dehors d’une question salernitaine rédigée vers 1200, il faut attendre la seconde moitié du XIIIe siècle et la diffusion de l’oeuvre d’Avicenne pour voir des auteurs comme Albert le Grand, Roger Bacon et Arnaud de Villeneuve prendre en compte le rôle de l’imagination sur la santé du corps humain et considérer l’incantation comme une possible «médecine de l’âme» (Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance, 2006 - books.openedition.org). L'influence d'une planète - ce que Pietro d'Abano appelle «chose mue» (mota)
-, constitue un relais propice au pouvoir de l'incantation : Soit en effet [l'incantation] a un effet : la chose mue (mota) est altérée par l'incantation de la manière dont il a
été question, parce qu'elle est orientée en fonction de notre préoccupation (ordinetur ad nostram sollicitudinem) et qu'elle est une substance intellective (intelligens), de telle sorte que cette substance
intellective rend l'action inefficace ou qu'elle s'y oppose par son orbe ou par
son astre, selon les diverses modalités par lesquelles celle-ci aura été
enchantée (incantata). C'est en utilisant le mouvement des sphères célestes que
l'incantation agirait sur le monde terrestre. Les intelligences motrices des
corps célestes peuvent être réceptives à l'influence d'une formule puisque ce
sont des substances intellectives. L'incantation les dispose et les oriente de
manière à obtenir des astres un certain effet. Le mouvement décrit a pour point
de départ la formule incantatoire ; il passe par les substances intellectives
qui meuvent les corps célestes, puis par les astres eux-mêmes, pour atteindre le
monde terrestre. L'exemple des mages (magi), que nous
avons déjà évoqué, illustre la relation de la praecantatio
avec les planètes. Le terme magi désigne les astrologues qui observent les planètes et décrivent
leur influence sur les hommes. Ils adressent aux astres des requĂŞtes afin de
diriger, en quelque sorte, l'influx céleste Suivant une tradition très ancienne, la plupart des
humanistes ont cru que les nombres véhiculent des significations cachées. Alberti
l'a justifié parce que la création est organisée d'après des rapports
mathématiques, si bien que les nombres livrent les clefs de la structure de
chaque ĂŞtre et des relations que les ĂŞtres entretiennent entre eux. Ficin a
développé la théorie en «démontrant» que toutes les parties de la réalité sont
unies entre elles par le même rapport mathématique, preuve que l'univers est
une manifestation de l'intelligence divine et que l'homme qui possède la
science des nombres peut connaître les réalités purement intelligibles sur
lesquelles les sens n'ont pas prise et dominer aussi la nature. Il n'est donc
pas étonnant que les mathématiques symboliques aient eu un grand succès auprès des lettrés et des
néoplatoniciens ni qu'elles aient été un des chapitres de la poetica theologia. Le
Quattrocento ne s'est pas distingué des siècles précédents en pratiquant la
magie, qui est une technique grâce à laquelle la parole ou une autre activité
humaine peut transformer un corps en un autre; malgré les condamnations de
l'Eglise les pratiques magiques Ă©taient courantes. Par contre, la justification
théorique de l'ars magica par Ficin (qui y fut
conduit par ses travaux sur les Ennéades de Plotin), qu'il a rangée parmi les arts libéraux, est intéressante, encore
que ce soit moins à cause de son originalité que de ce qu'elle révèle de la
cosmologie ficinienne. Selon cette conception, la
magie n'est ni un don de la grâce ni une activité satanique; c'est un art
naturel, dans l'exercice duquel l'âme intellective, qui participe de la nature
angélique, peut demander aux «démons» (les anges qui régissent des corps
particuliers du monde terrestre parce qu'ils en produisent la forme) d'agir sur
les réalités inférieures qui dépendent d'eux et de transformer un corps en un
autre par un changement de forme. Ficin explique aussi que dans tout être formé
par l'union d'une substance intellectuelle et d'une substance matérielle, comme
c'est le cas de l'homme et des astres, l'union de ces substances est réalisée
par un troisième terme, le spiritus, qui est un lien mi-corporel et mi-spirituel.
C'est par leur spiritus que les astres Ă©mettent des
influx naturels qui, en vertu de la distribution hiérarchique de l'être,
exercent une influence sur les spiritus humains. L'action du mage consiste Ă aboutir aux
transformations de formes auxquelles elle vise en captant, accélérant,
retardant empêchant l'activité des daimones associés
aux corps cĂ©lestes qui par les influx de leurs «correspondante» appartenant Ă
un ordre différent de la réalité; enfin les Stoïciens ont vu dans le
nombre, qui existe en soi antérieurement à toute activité de la pensée, le
modèle, l'idéal et la source de toutes choses Nul doute que, parmi toutes les
«voies» de libération de l'âme énumérées par Porphyre, ne figurât la «voie» des Mages : car la plupart des
fragments conservés ont trait à l'emploi des procédés théurgiques. La purification théurgique, selon Porphyre,
concerne l'âme «pneumatique» et elle seule, sans, toutefois, suffire à lui
conférer l'immortalité et l'éternité; cette «voie» permet de se concilier
l'amitié d'un démon, en sorte qu'il aide l'âme défunte à se soulever de terre,
loin de chercher Ă lui nuire. A cette fin, l'on emploie des formules de
prière et d'adjuration ; mais ces formules réussissent tout aussi bien en sens
inverse, si le théurge est malveillant et contrarie le retour de l'âme en
excitant le démon au lieu de l'apaiser. En réalité, - Augustin ne parvient
guère à le cacher, - Porphyre tient en médiocre estime cette purification
théurgique ; car elle ne permet que le retour au ciel, non le retour au Père. Selon
lui, ce qui importe, c'est la purification de l'âme «intellectuelle» ; pour cela, une
purification théurgique préalable de l'âme «pneumatique» n'est même pas
requise. La purification de l'âme «pneumatique» peut, en effet, s'obtenir
procédés théurgiques, par la seule force de la continence. Le petit nombre de
ceux qui, durant le laps de temps qui leur a été concédé, vivent selon l'Intelligence
sont capables de parvenir après leur mort, par la seule force de l’Intelligence,
à la sagesse parfaite, à la purification parfaite, à Dieu Acrostiche : PEOS Grec "péos" : pénis (Olivier Trost, Pierre Trouilloud, Introduction à l'anatomie, 2020 - books.google.fr). C'est ainsi qu'on trouve dans Du Laurens, la synonymie suivante : Latinis penis, hasta, muto, verpa, mentula, priapus, scapus, veretrum, coles, caulis, virga, fascinus virilis, cauda salax, nervus fistularis, genitale, membrum virile (Journal d'urologie médicale et chirurgicale, Volumes 29 à 30, 1930 - books.google.fr). Comme ces milliers d'Adorations décryptées par Steinberg nous montrent des Rois Mages en train de vérifier que le petit Jésus, habilement dévêtu par sa maman ou sa mamie, est bien totus, c'est-à -dire porte, bene pendentes, les testicules qui témoignent de son incarnation, un très grand nombre de photographies de Mapplethorpe nous invite à vérifier la formidable puissance ténébreuse qui gonfle les pénis noirs et musculeux érigés en dieux phalliques, universels et jaloux. Et comme ces milliers de Crucifixions, également décryptées par Steinberg, nous donnent à voir un Christ en croix revêtu d'un simple perizonium, agité par de formidables déformations, unheimlich, qui ne laissent aucun doute sur sa prochaine résurrection, un très grand nombre de photographies de Mapplethorpe nous donnent à voir des pénis en érection cloués, crucifiés, transpercés de lames de couteau, ou de fist-fucking, lactations d'urines et autres sodomies, qui mettent en évidence, dans une éblouissante perversion de l'iconologie christique, la puissance érotique du désir homosexuel sadomasochiste comme l'incarnation de ce Vouloir-Vivre absurde qui, selon Schopenhauer, mène le monde... à sa perte (Bernard Lafargue, les toilettes photographiques de l'intime, Traces photographiques, traces autobiographiques, 2004 - books.google.fr). Bien mieux chez Ghirlandaio, Botticelli ou Pieter Bruegel, que viennent adorer les rois mages ? Le vieillard barbu qui s'agenouille devant lui regarde entre les jambes de l'enfant, endroit sacré entre tous, que sa mère elle-même, écartant le linge qui le recouvre, met sous le nez de l'auguste visiteur. Une telle liberté, de la part des peintres, n'a été jugée choquante qu'après le concile de Trente et la réaction prude de la Contre-Réforme, lorsqu'on eut perdu la justification théologique de la nudité divine. Leo Steinberg, un professeur américain dont l'exposé est aussi magistral que son écriture est laborieuse, écarte les deux explications, par la vogue du naturalisme à l'époque de la Renaissance, et par l'influence de l'Antiquité et du nu antique. En opposition avec les peintres byzantinisants du Moyen Âge, qui célébraient la majesté d'un Dieu inaccessible, les artistes des XVe et XVIe siècles tendent à souligner moins la divinité du Sauveur que l'humanité du petit garçon, son «humanation», comme dit Steinberg. La conviction que «la divinité s'est investie dans la faiblesse de la chair, afin de faire accéder celle-ci aux prérogatives de l'immortalité», les affranchit de toute pudibonderie. Pour exalter le miracle de l'Incarnation, ils insistent sur la partie la plus charnelle du Christ, sur son sexe. Certains tableaux montrent même le nouveau-né avec une verge raidie : sans voile chez Alvise Vivarini, où elle se dresse comme le membre d'un satyre (Vierge à l'Enfant avec saints, Ermitage)… (Dominique Fernandez, Dictionnaire Amoureux de l'Italie, Tome 1 : de A à M, 2010 - books.google.fr). Et l'Adoration des Mages de Botticelli ? Un des rois est prosterné devant le Christ et regarde bien en face le sexe de l'enfant (Dominique Fernandez, L'amour, 2014 - books.google.fr). Si j'ai bien observé les individus atteints d'épilepsie notamment dans le mode aigu, toutes les fois qu'ils se sont offerts à mon attention j'ai aperçu, surtout dans le jeune âge, la rétraction de la tête en arrière, la rétention plus ou moins complète d'urine et l'érection du pénis: je pourrais citer plus de vingt exemples de ce genre. L'approche de la puberté, l'âge critique, le retard et la suppression des menstrues, la masturbation, ne sont-ils pas regardés comme des prédispositions à l'épilepsie ou des causes de cette maladie ? On connaît les observations d'épilepsie causée par la syphilis et guérie par un traitement syphilitique. Le coït est regardé par les auteurs et les médecins les plus répandus, comme une cause puissante d'épilepsie; cet acte lui-même est un tableau en raccourci d'un accès d'épilepsie; on sait le nom d'epilepsia brevis, que lui ont donné les Anciens (Alphonse Ménard, Pour servir à l'histoire du siège et des causes de l'épilepsie, Revue médicale française et étrangère: journal des progrès de la médecine hippocratique, Volume 1, 1825 - books.google.fr). C'est, en effet, ce qu'écrivent notamment Clément d'Alexandrie et Galien, lorsqu'ils rapportent le propos que nous avons ici en vue : "mikra epilèpsian (petite épilepsie) einai tèn sunousian", appliqué à Démocrite par le premier. Comment, dans ces nouvelles conditions, ne point remarquer que le rapprochement serait saisissant, qui tenterait de donner à voir le coït à travers le tableau clinique de la crise épileptique ? Constriction vasculaire, rigidité des membres, spasmes et autres alternances rythmiques de contractions toniques et de relâchements musculaires et, enfin, coma post-critique, lors de la phase résolutive : tout paraît, en effet, concorder et se dérouler ici et là dans le même ordre, au moins en première apparence. De plus, les mictions incontrôlées et autres évacuations d'excréments (lesquelles sont imputables au relâchement des sphincters), ainsi que l'écume qui vient aux lèvres du malade durant la crise, ne laissent pas d'évoquer, elles aussi, le déroulement de l'acte sexuel. Notons même, à propos de l'écume (dont Lucrèce fait, bien sûr, mention dans sa fameuse description du haut mal), que certains auteurs avaient voulu voir dans le sperme une sorte... d'écume du sang, une écume ayant, comme de juste, quelque relation avec de l'air en mouvement : ainsi Diogène d'Apollonie avait-il défini la semence comme «l'écume du sang battu par le souffle. Et le traité hippocratique Des Vents assure, de son côté, que si les flots d'écume ("aphroi") qui remontent à la bouche, dans les crises épileptiformes, paraissent tout à fait blancs, ceux-ci n'en sont pas moins constitués par «la partie la plus fine du (Jean Salem, Démocrite: grains de poussière dans un rayon de soleil, 1996 - books.google.fr, Pierre Hadot, Exercices spirituels et philosophie antique, 2014 - books.google.fr). Clément d'Alexandrie ajoute que le plaisir charnel est une maladie incurable selon le même Démocrite (André Paul, La "Famille chrétienne" n'existe pas: L'Eglise au défi de la société réelle, 2015 - books.google.fr). Terre sigillée Cf. le quatrain IV, 77, sa "terre blésique" (la terre de Blois est sigillée) et son acrostiche "SRMA", possible "syrma" synonyme de "cauda" en versification chez Dante. "syrmaticus" peut avoir le sens de boiteux, qualificatif de Charles II d'Anjou roi de Naples, en action dans l'interprétation de IV, 77. Cf. encore le quatrain I, 82 avec sa "rubriche" autre terre sigillée, et l'acrostiche QDTT possible "quedette" autre queue. La terre sigillée de Vétéravie (Wetterau en Hesse) est utilisée contre l'épilepsie, connue depuis la fin du XVIe siècle, sous Guillaume IV de Sage, fondateur de la Hesse Cassel (Nicolas Alexandre, Dictionnaire botanique et pharmaceutique, Tolume 2, 1804 - books.google.fr, Dietrich Christoph Rommel, Neuere Geschichte von Hessen, Tome 1, 1835 - books.google.fr). La complexité du phénomène psychique, due au double mouvement du pneuma, oblige le stoïcien Chrysippe à réaménager profondément la thèse de Zénon concernant l'accueil par l'âme du monde extérieur, selon le mode, déjà aristotélicien de l'impression ("tuposis"). [...] Il considère que ce mode d'impression analogue à l'empreinte d'une bague dans la cire, échoue à rendre compte de la complexité du phénomène d'appréhension, le réduisant au caractère univoque et cumulatif des impressions, alors que la connaissance met en œuvre une temporalité et une variété d'impressions. Aussi préfère-t-il expliquer ce processus par une genèse intrinsèque à l'âme qui suppose une altération [qui se rapproche encore de la "tuposis"] et une variation (II 54; 55; 56). [...] L'hégémonikon apparaît comme la condition de rassemblement et d'organisation de la variabilité d'impacts sensitifs que lui assure le double mouvement du pneuma psychique [...] lequel reçoit d'une façon plus adéquate que l'air un nombre inexprimable d'impacts (Lambros Couloubaritsis, La psychologie chez Chrysippe, Aspects de la Philosophie Hellenistique, 1986 - books.google.fr) (nonagones.info - Autour de Rennes - Dalle verticale de Marie de Nègre : un triangle isocèle rectangle - books.google.fr). L'air que nous inspirons contient un principe vital, indispensable pour le maintien de la vie de notre corps l'esprit vital (spiritus vitalis, pneuma zôtikon). L'esprit vital passe des poumons à la chambre gauche du cœur; en s'y mêlant à la partie la plus fine du sang veineux, il forme le sang artériel. Tandis que le sang des veines nourrit les organes, le sang des artères les anime et les chauffe. Après être arrivé au cerveau, le sang artériel est, pour ainsi dire, filtré, et l'esprit vital qu'il contient passe des vaisseaux aux ventricules cérébraux. Perfectionné dans les dernières ramifications et sinuosités des artères et dans les ventricules, ce pneuma représente désormais l'esprit animal, le pneuma psychique; nous savons déjà que Galien le tient respon- sable de l'intelligence. L'esprit animal est l'instrument principal de l'âme. (Plus tard, on parlera volontiers des esprits animaux, au pluriel.) Circulant dans les nerfs, cet esprit transmet au cerveau les impressions sensorielles et permet aux muscles de se contracter. Ce sont donc les ventricules plutôt que la substance propre du cerveau qui, selon Galien, représentent le siège de l'âme (Huldrych M. Koelbing, Remarques à propos de l'évolution des connaissances sur le cerveau, Gesnerus, Volume 42, 1985 - books.google.fr). Rien n'est plus connu, parmi les faits singuliers de l'antiquité, que l'histoire de l'anneau de Polycrate, tyran de Samos. Il était le plus heureux des hommes, et entretenait ses relations d'affection, et vraisemblablement aussi de politique, avec Amasis. On a conservé la copie d'une lettre que le roi d'Égypte écrivit au chef samien, pour l'engager à se défier de la fortune et à se préparer à ses revers, en s'imposant lui-même les plus pénibles privations. Selon ce sage conseil, Polycrate fit jeter dans la mer cet anneau qu'il aimait par-dessus tout, et la fortune le lui rendit : il avait été avalé par un magnifique poisson qui fut juge digne de la table de Polycrate, et l'anneau fut retrouvé en le préparant pour son repas. Le temps des revers arriva cependant pour Polycrate et pour Amasis (M. Champollion-Figeac, Egypte, L'Univers: histoire et description de tous les peuples, 1846 - books.google.fr). Un miracle proprement dit est dans l'Évangile (Matth., 17, 28), où le Christ annonce à Pierre que le premier poisson qu'il péchera aura dans la bouche un statère, propre à assurer le paiement du tribut pour eux deux (Jules Labarbe, Polycrate Amasis et l'anneau. In: L'antiquité classique, Tome 53, 1984 - www.persee.fr) (nonagones.info - La Vraie Langue Celtique de l’abbé Henri Boudet - Etudes particulières de psaumes - Psaumes 54, 119 et 129 : Hautpoul et Noli me tangere - books.google.fr). Or dans ce même chapitre 17 de Mathieu, le récit de la guérison du démoniaque-épileptique (14-20) suit encore la Transfiguration (1-13). L'anneau de Polycrate, dont Hérodote a narré la légende, a un rapport avec les anneaux royaux qui servaient à sceller des actes officiels. Polycrate est crucifié à Sardes en Lydie - dont l'Eglise est l'objet d'un avertissement de l'Apocalypse de Jean pour manque de vigilance -, à la suite d'une ruse d'un satrape du nom de Oroete au service du roi de Perse Cambyse qui est lui-même épileptique selon Hérodote. On ne sait pour qui travaille Oroete (Connop Thirlwall, Histoire des origines de la Grèce ancienne, Tome 1, traduit par Adolphe Joanne, 1852 - books.google.fr). Il faudroit examiner la Nature des lieux où se trouve la Terre Sigillée, comment on la tire, &c. on nous parle de plusieurs autres Terres à Vertus comme d'une terre grisatre qui se trouve prés de Bethlehem &c. que l'on apelle terre de Bethlehem (Recueil de voiages au nord: Contenant divers memoires tres utiles au commerce à la navigation, Tome 1, 1715 - books.google.fr). Dans les environs de Bethleem, à une distance d'environ 400 pas, dans la direction du sud-est, on rencontre la grotte connue sous le nom de GROTTE DU Lait; un petit autel a été creusé dans la grotte, et autour brûlent ordinairement plusieurs lampes. De temps en temps on y dit la sainte messe et l'on y chante les litanies. C'est là que, suivant une tradition qui remonte très-haut, Marie et Joseph se seraient cachés avec l'enfant Jésus avant de fuir en Egypte (Matth., II, 13 et suiv.). Les chrétiens et les mahométans attribuent à la couche friable et tendre de calcaire, appelée en minéralogie lait de montagne, une vertu efficace pour rendre sain et plus abondant le lait des mères qui allaitent leurs enfants. Il se trouvait autrefois en cet endroit une église dédiée à saint Nicolas (Lorenz Clemens Gratz, Théâtre des évènements racontés dans les divines Ecritures, ou L'ancien et le nouvel orient, étudié au point de vue de la Bible et de l'Église, Tome 1, traduit par Louis-Philibert Gimarey, 1869 - books.google.fr). Le "lait de Marie" est une sorte de terre sigillée, provenant d'une caverne près de Bethleem où la Vierge couchait avec son enfant. On fabriquait autrefois avec la terre de cette grotte des tablettes, portant la marque du Crucifié, des statuettes de sainte Marie, des croix ou d'autres symboles chrétiens. Elle servait aussi comme galactagogène (J.W.S. Johnsson, Quelques objets de terre sigillée prétendus antitoxiques, Comptes rendus du deuxème Congrès International d'histoire de la Médecine, Paris, Juillet 1921, 1922 - books.google.fr). Un ersatz de la terre de Bethléem est trouvé à Ménilmontant, pour donner du lait aux nourrices; des bols de terre sigillée de Lemnos et d'Arménie, fabriqués avec de la terre de Blois (Victor Fournel, Tableau du vieux Paris: Les spectacles populaires et les artistes de rues, 1863 - books.google.fr). Typologie Le report de 2103 sur la date pivot 1596 donne 1089. Le seigle ergoté occasionne des maux bien plus redoutables. L'histoire n'a pas dédaigné de consigner dans ses fastes les ravages qu'il a causés à diverses époques. En 1596, les peuples de la Hesse furent frappés d'épilepsie et de démence pour en avoir fait usage. Ils mouraient stupides; leurs cadavres se corrompaient avec une extrême rapidité, et par une circonstance jusqu'alors inconnue, ce cruel fléau se propagea par la contagion et frappa également les hommes et les animaux. (Mercure de France au dix-neuvième siècle, Volume 49, 1811 - books.google.fr). L'étoile de 1572 brilla de moins en moins jusqu'au mois de mars 1574, qu'elle disparut totalement. D'abord blanche, la lumière de l'étoile nouvelle était passée au jaune, puis au rouge, ressemblant ainsi à l'étoile rouge d'Aldébaran. La couleur blanche revint au mois de mai 1573, et on remarqua que sa scintillation était d'une vivacité extrême. C'est à Tycho-Brahé que nous devons de bien connaître les phases des phénomènes successifs qu'elle présenta. On voulut - opinion que soutinrent Cardan et Théodore de Bèze, - que l'étoile nouvelle ne fût autre que celle qui, au temps d'Hérode, avait annoncé aux rois mages la naissance du Christ et les avait conduits d'Orient à Bethléem. Tycho-Brahé ne partageait pas cette manière de voir; il croyait que les astronomes avaient assisté soit à la constitution, soit à la destruction d'un astre nouveau. Pour lui, qui n'admettait pas la doctrine de l'inaltérabilité des cieux, l'étoile avait dû être un astre se volatilisant dans l'espace. En 1573, Tycho-Brahé fit à l'Université de Copenhague un cours d'astronomie dont le roi prit à sa charge tous les frais, puis il alla à Cassel, resta quelque temps à la cour du Landgrave Guillaume de Hesse, grand amateur d'astronomie, manifesta son intention de se fixer à Bâle, mais finit par retourner en Danemark (La science pour tous: journal illustré, Volume 31, 1886 - books.google.fr, Dietrich Christoph von Rommel, Geschichte von Hessen, Tome 7, 1839 - books.google.fr). Laubach ist eine kleine Siedlung in der Gemarkung von Rhoden, einem Ortsteil von Diemelstadt im nordhessischen Landkreis Waldeck-Frankenberg (de.wikipedia.org - Laubach (Rhoden)). C'est à Laubach (Jo. Geilfusii : De terra sigillata Laubacensi tractatio, latinitate recens donata: 2o de serratis et bigatis nummis dissertatio epistolica, qua antiqua Wetteravia illustratur. Francofurti-ad-M., J.-J. Kessler, 1759, in-4, 2 v., fig. UL.) qu'a été trouvée de la terre sigillée à la fin du XVIe siècle. Autre épidémie d'ergotisme en 1089 dans le Nord de la France : En 1089, un chroniqueur observe que l'on voit «beaucoup d'égrotants, les entrailles dévorées par l'ardeur du feu sacré, avec des membres ravagés noircissant comme des charbons qui, ou bien mouraient misérablement, ou bien conservaient la vie en voyant leurs pieds et leurs mains gangrenés se séparer du reste du corps, mais beaucoup souffraient d'une contraction des membres qui les déformait» (Sigebert de Gembloux, Metz, 1089) (Jacques Boudet, Les Mots de l'histoire : Dictionnaire historique universel des mots, des mœurs et des mentalités, 1990 - books.google.fr). |