La mort de Ferdinand le Cacatholique

La mort de Ferdinand le Cacatholique

 

VIII, 27

 

2049-2050

 

La voye auxelle l'une sur l'autre fornix

Du mui deser hors mis brave & genest,

L'escript d'Empereur le fenix

Veu en celui ce qu'à nul autre n'est..

 

Fernando

 

Ferdinand, roi de Castille, d'Aragon, de Sicile et de Naples, est né à Soz (frontières de la Navarre) en 1452, mort à Madrigalejo en 1516. Fils de Juan II, roi de Navarre et d'Aragon, il fut, en l468, déclaré roi de Sicile et associé à  la couronne d'Aragon, et devint roi de Castille (1474) par son mariage avec Isabelle. La mort de son père (l479) lui permit de réunir ces divers royaumes. Assuré ainsi d'une source abondante de revenus, Ferdinand se prépara à la guerre contre les Maures, qui possédaient encore en Espagne le royaume de Grenade, et, après dix ans d'une lutte obstinée (1482-1492), pendant laquelle il avait habilement mêlé la ruse à la force ouverte, il eut la gloire de délivrer entièrement la Péninsule d'une domination qui durait depuis près de huit siècles. Si Charles VIII lui restitue la Catalogne en 1495, il conquiert le royaume de Naples sur Louis XII. Aidé de son ministre Cisneros, il annexe une partie de la Navarre sur Jean d'Albret (Grand dictionnaire universel Larousse du XIXe siècle, Tome 8 : F - Gyz, 1872 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VIII, 26 – Incunables espagnols et politique – 2049. On reste dans la période  des quatrains précédents.

 

Phénix

 

On considère "L’escript d’Empereur" comme un écrit concernant un empereur et non écrit par un empereur selon le « de » latin « au sujet de » (Gaffiot).

 

Les premières lignes du Politique de Baltasar Gracian (El político don Fernando el Católico, 1640) constituent un véritable éloge politique de Ferdinand qui a «fondé la plus grande monarchie qu'il y eut jusqu'à aujourd'hui, à la fois en matière de religion, de gouvernement, de valeur, d'États et de richesse. Il fut donc, jusqu'à présent, le «plus grand roi». C'est la raison pour laquelle Graciàn l'oppose à tous les rois «passés» et le «propose» à «tous ceux qui viendront». La figure de Ferdinand est celle d'une rupture : celle de la fondation de la monarchie espagnole, c'est-à-dire de l'instauration de l'État. En ce sens, cette figure concentre en elle à la fois l'idée du prince-fondateur et celle de l'État-fondé. Ferdinand est la figure de l'origine de l'État : aussi bien fondement que légitimité du pouvoir. Cette confusion de l'État, du prince et de la souveraineté forme le noyau de cette "puissance publique" analysée comme une autorité en expansion qui s'incarne dans la raison d'État». A cet égard, la comparaison, explicite ou implicite, des figures de princes en général et de celle de Ferdinand en particulier, à l'image mythique du phénix, est significative : «prince enfant», Ferdinand «s'est vu enfermer (...) avec la reine Jeanne, sa mère», dans le château en flammes de Gérone, et «il sortit triomphant de cet incendie», «comme le Phénix». Plus loin, Graciàn qualifie Ferdinand de «phénix du commandement». Enfin, déplorant le déclin de la monarchie française, Graciàn vante les mérites de Charles Martel grâce à qui, de «ses cendres mortes», la «valeur» des «illustres rois francs» «renaquit» ; de Hugues Capet, à qui la «divine Providence» a permis de «restaure[r] la monarchie pour de nombreux siècles» ; et de Louis XIII, «restaurateur invaincu des Gaules». Autant de figures de princes, donc, dont la valeur proprement politique réside, à l'image du phénix, dans la capacité de fonder ou de restaurer l'État en s'engendrant eux-mêmes en tant que princes. Cette idée d'une double et simultanée fondation est en effet clairement affirmée par Graciân «Le fondateur d'un empire est fils de sa propre valeur», et Ferdinand «se fit roi, car il put transformer la couronne de ses mérites en couronnes de diamants». Ainsi s'établit une distinction entre ceux qui «naissent rois ou sont faits rois» le et ceux qui sont «rois» par leurs «propres qualités». De même que le phénix est à lui-même sa propre origine, de même la figure de Ferdinand révèle que la double légitimité du prince et de l'État qu'il fonde ne relève pas d'une extériorité, d'une transcendance, mais qu'elle réside dans l'acte même de s'auto-engendrer. La comparaison avec l'image du phénix confirme donc la rupture signifiée, dès le début du Politique, par la figure de Ferdinand. Mais, dans la mesure où la fondation de l'État ne relève d'aucun ordre naturel ni transcendant, cette comparaison signifie aussi le caractère artificiel de l'État et de son instauration (Stéphan Vaquero, Le Politique. Ferdinand le Catholique de Baltasar Gracián, 2015 - books.google.fr).

 

Baltasar Gracián y Morales, né à Belmonte del Río Perejil (aujourd'hui Belmonte de Gracián), près de Calatayud en Espagne le 8 janvier 1601 et mort à Tarazona, près de Saragosse, le 6 décembre 1658, est un écrivain et essayiste jésuite du Siècle d'or espagnol (fr.wikipedia.org - Baltasar Gracian).

 

"genest"

 

Depuis le Ve siècle, l'équitation des Arabes, via leurs invasions de l'Italie du Sud et de l'Espagne, a marqué de son empreinte l'équitation occidentale. Les Arabes, en s'appropriant

ce qu'ils observaient dans les pays conquis, ont aussi permis de répandre leurs découvertes, en particulier la selle, le mors à la mauresque et, surtout, l'étrier. Si les Espagnols s'en imprègnent largement (ils restent longtemps sous domination arabe), les Français ont à la fin du XVe siècle une équitation encore rudimentaire dans laquelle le cheval n'est qu'un instrument à dominer. Deux manières très différentes de monter à cheval s'opposent dès lors en 1494 à Naples, quand le roi Ferdinand II d'Aragon décide de reconquérir son royaume et d'en chasser les Français : l'équitation «à la genette» des Espagnols et celle «à la bride» des Français. L'armée de Ferdinand se compose de fantassins et d'une majeure partie de cavaliers. Cette chevalerie est remontée de chevaux que l'on trouve alors sur la péninsule, notamment des Andalous, aussi nommés «genets d'Espagne». Ces chevaux ont des dispositions naturelles extraordinaires en termes de mobilité et de rapidité. Ces qualités sont soigneusement entretenues et développées depuis des siècles par un élevage, une sélection el un travail rigoureux. Au XVe siècle, à Jerez, il est d'ailleurs interdit d'en vendre un sans l'autorisation de l'alcade (le maire). De fait, le genet d'Espagne est pratiquement inconnu en Italie comme en France (Guillaume Henry, Equitation française. Une histoire qui perdure, 2017 - books.google.fr).

 

L'épée de Boabdil et ses sœurs sont ces épées, dites à la genète, dont la mode arma Musulmans et chrétiens d'Espagne pendant une bonne partie de la Renaissance. Ces belles armes complétaient l'accoutrement léger, où la maille tenait la principale place, du cavalier genétaire. On disait alors un genêt pour un cheval barbe, des étriers, un mors à la genète, pour des étriers et un mors construits dans la tradition arabe ; monter à la genète, s'armer à la genète, étaient des locutions familières aux XVe et XVIe siècles (Maurice Maindron, Les armes anciennes à l'exposition universelle, Revue des deux mondes, 1900 - books.google.fr).

 

Genet : petit cheval d’Espagne, bien proportionné et très résistant, issu du croisement d’Arabes, de Barbes et d’Andalous. Le mot, emprunté, au XIVe siècle, à l’espagnol ginete, de l’arabe zanâtî, dérivé du nom d’une confédération berbère, les Zanâta, célèbre pour sa cavalerie légère.

 

Genète : nom donné à un cavalier chevauchant avec des étriers courts, dans l’expression monter à la genète, attestée au XIVe siècle, à l’espagnol ginete, de l’arabe zanâtî, dérivé du nom de la tribu des Zanâta (www.selefa.asso.fr).

 

"brave"

 

Le provençal, de même que le catalan brau depuis 1284, d'après Alc.-Moll., le portugais bravo (dep. 1124 d'apr. Mach., s.v. barbaro) et l'espagnol bravo (depuis 1030, doc. de León d'après Cor. et Menéndez Pidal, Origenes del español, 1964, p. 325), sont probablement issus du lat. barbarus, d'abord «barbare» puis «fier, sauvage» en parlant des animaux (Pline dans TLL s.v., 1740, 31, d'où esp. bravo appliqué au taureau et prov. brau «taureau»), «sauvage» en parlant des plantes (Id., ibid., 28) et «inculte» en parlant de sols. [...]

 

bravo, très ancien sur le sol ibérique : cf. le toponyme Costa Brava (www.cnrtl.fr).

 

Dans certaines éditions des Centuries on a à la place de "Veu" (vers 4) "Uru" : urus (auroch) (Florent Arnaud, Le Grand Livre de l'Histoire du Monde des Hommes. Tome IV, 2010 - books.google.fr).

 

C'est ainsi que certains auteurs n'hésitent pas à voir dans la mort du toro bravo l'anéantissement de la sexualité qu'il représente. Certains vont même jusqu'à voir dans la corrida une mise en scène du contrôle que la société, présente sur les gradins, exerce sur les pulsions. En effet, le taureau, symbole axiomatique de virilité, est aussi associé, dans bien des discours, à l'instinct sexuel, à la sexualité débridée du jeune homme, et il se présente à bien des égards comme un ennemi de l'ordre sexuel, une menace une menace pour la famille et plus généralement pour la vie collective. Cet aspect du taureau apparaît avec une évidence particulière dans les courses de rues telles que nous les avons observées à Arcos de la Frontera, à Grazalema ou à Siles, et il est particulièrement souligné par le contraste entre le caractère menaçant du toro bravo et la soumission qui caractérise son congénère castré, le boeuf. Dans de nombreux discours, ce dernier sert de métaphore des hommes mariés (Antoinette Molinié, La Passion selon Séville, 2016 - books.google.fr).

 

Les leçons du moine Talavera ont si bien porté leurs fruits et l'affection entre les époux est si profonde qu'Isabelle y accepte d'être «la dépositaire des débilités et des péchés» de son mari Elle y reçoit en effet à charge et s'engage à assurer l'éducation et la dotation des enfants naturels que Ferdinand a eus avant son mariage, comme l'entretien de leurs mères, maîtresses du prince aragonais. Isabelle a dû prendre beaucoup sur elle pour cela (Jean Dumont, L'"incomparable" Isabelle la Catholique, 1992 - books.google.fr).

 

"genest" : du grec "genesthai", infinitif aoriste de "giguomai" (naître) (Jean-Charles de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, Rocher, p. 299).

 

"Du muy deser" : "muy de ser" en espagnol

 

Pour traduire un état permanent en espagnol : "Ella es muy de ser alta y delgada" (Isabel Pérez-Jiménez, Manuel Leonetti, Silvia Gumiel-Molina, New Perspectives on the Study of Ser and Estar, 2015 - books.google.fr).

 

Puisqu'il est question d'Espagne dans cette interprétation.

 

"fornix"

 

Fornication : le Dictionnaire de Trévoux dit que c'est un terme de théologie. Il vient du mot latin fornix, petites chambres voûtées dans lesquelles se tenaient les femmes publiques à Rome. On a employé ce terme pour signifier le commerce des personnes libres. Il n'est point d'usage dans la conversation, et n'est guère reçu aujourd'hui que dans le style marotique. La décence l'a banni de la chaire. Les casuistes en fesaient un grand usage, et le distinguaient en plusieurs espèces. On a traduit par le mot de fornication les infidélités du peuple juif pour des dieux étrangers, parce que chez les prophètes ces infidélités sont appelées impuretés, souillures. C'est par la même extension qu'on a dit que les Juifs avaient rendu aux faux dieux un hommage adultère (Oeuvres de Voltaire, Tome 29, Dictionnaire philosophique, Tome 4, 1829 - books.google.fr).

 

C'est sous Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille que se fit la découverte des Amériques par Christophe Colomb et il est question de Barcelone dans le quatrain précédent VIII, 26.

 

Christophe Colomb, revenant de l'île Espagnole qu'il avait habitée pendant un mois à peine, aborda au port de Palos en Portugal, le 13 janvier 1493, avec quatre-vingt-deux matelots ou soldats et neuf Indiens qu'il ramenait avec lui. La santé de son équipage pouvait être en mauvais état, mais les historiens n'en parlent pas; et l'on sait seulement qu'il se rendit à Barcelone avec quelques-uns de ses compagnons de voyage, pour rendre compte de sa navigation à Ferdinand le Catholique et à Isabelle d'Aragon. «La ville de Barcelone, dit Roderic Diaz dans son traité Contra las bubas, fut bientôt infectée de la vérole, qui y fit des progrès étonnants.» Le 25 septembre de la même année, Christophe Colomb repartait avec quinze vaisseaux chargés de quinze cents soldats et d'un grand nombre de matelots et d'artisans ; quatorze de ces vaisseaux revinrent en Espagne l'année suivante, pendant laquelle Barthélemy Colomb, frère de Christophe, partit avec trois vaisseaux qui ramenèrent en Espagne, vers la fin de 1494, Pierre Margarit, gentilhomme catalan, gravement atteint de la syphilis. Probablement, il n'était pas le seul qui se trouvât malade de la même maladie; mais le journal du bord n'en cite pas d'autre. L'année 1495 multiplia les rapports maritimes entre les Antilles et l’Espagne. Aussi, lorsque Christophe Colomb, accusé de crimes imaginaires, retournait chargé de chaines dans le vieux monde, le navire où il était prisonnier transportait avec lui deux cents soldats attaqués de la vérole américaine. Ces deux cents pestiférés débarquèrent à Cadix, le 10 juin 1496. Neuf mois après, le parlement de Paris publiait déjà une ordonnance relative aux malades de la grosse vérole (Paul Lacroix, Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde, Tome 4, 1861 - books.google.fr).

 

Le Traité des Bubas contagieuses et maudites (bubas ou bouton est le nom populaire dont fut baptisée la vérole à son apparition en Espagne) est le premier ouvrage sur la syphilis qui ait paru dans ce pays, et fut imprimé à Salamanque, en 1498, trente-deux ans avant l'apparition du poème de Fracastor. Ce n'était qu'une partie d'un Abrégé de la médecine publié en vers castillans et renfermant deux cent cinquante strophes composées chacune d'une double stance de cinq vers ; le Traité des Bubas comprend soixante-quatorze de ces strophes. On connait seulement quatre exemplaires de l'édition primitive de 1498 ; trois sont en Espagne, dont un dans une collection particulière ; le quatrième est au British Museum (Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1890 - books.google.fr).

 

On pense aussi à la Californie découverte par Cortès en 1535 : cala y fornix, callida fornax ou l'île de Califerne du roman de Garci Rodriguez Ordonez de Montalvo Las Sergas de Esplandian dans la série des Amadis da Gaula (Les Exploits d'Esplandian), publié à Tolède aux environs de 1510, mais probablement conçue, selon les historiens, avant la découverte de l'Amérique (Kathy Strong, Off the Beaten Path - Southern California : A Guide to Unique Places, 2011 - books.google.fr, Marijke Roux-Westers, Villes fantômes de l'Ouest américain : leur vie, leur mort, leur survie, 2006 - books.google.fr, en.wikipedia.org - Californication (word)).

 

Cf. quatrain VIII, 26 - Incunables espagnols et politique - 2049.

 

Ferdinand n'avait eu de sa seconde femme Germaine de Foix qu'un enfant mort en bas-âge. Celle-ci, désirant avoir un successeur à la couronne d'Arragon et des Deux-Siciles, avait fait prendre au vieux monarque un aphrodisiaque, dont les effets lui devinrent funestes. On assure que depuis cette époque il fut attaqué d'une profonde tristesse, d'évanouissements continuels, jusqu'à ce qu'un jour, se trouvant à la chasse, il fut obligé de s'arrêter à un village nommé Madrigalejo, près de Consuegra, où il mourut, le 25 janvier 1516. Il fit sa fille Jeanne héritière de tous ses états, et après elle le prince don Carlos sou fils (depuis Charles-Quint), qui était toujours resté en Flandre ; il assigna à la reine Germaine 50.000 ducats par an ; nomma régent de la couronne d'Arragon don Alphonse, archevêque de Sarragosse, son fils naturel, et de celle de Castille le cardinal Ximenès. Il eut de son mariage avec Isabelle, le prince don Jean, mort avant lui d'une chute de cheval; l'infante dona Isabelle, mariée en Portugal ; dona Jeanne, surnommée la Folle (Biographie universelle, ancienne et moderne, Tome 14, 1815 - books.google.fr).

 

Gaston de Foix, tué à la bataille de Ravenne en 1512, est le frère de la reine Germaine : cf. quatrain VIII, 31.

 

Saint Ginès

 

The continuous contact and exchange between Muslims and Christians characteristic of places like the Granada-Castile frontier could even occasionally produce saints who were no more constrained by territorial boundaries than the people living there. Such was the case with Saint Ginés de la Jara, whose relics were housed in a church on the Mediterranean coast near Murcia. In the fifteenth century, Muslims from Granada and North Africa often crossed the hongre to visit this shrine, winch perhaps occupied the site of a former Muslim holy place. While Christian pilgrima to this rural church believed that the saint was the pions brother of the epic hero Roland, Muslims may have thought of him as a paladin of their own faith, even Muhammad's blood relative. The emergence of a saint like San Ginés resulted from the slow processes of legend building, religions acculturation, and even, as one historian bas said, religions "confusion among the semi-literate" in the borderlands. No such developments were necessary for Muslims to know they should honor Mary, for the Qu'ran taught them to do so. But the sacred book of Islam hardly urged its audience to venerate her in Christian religions buildings. The apparent ease with which some Muslims did so is a sign of the fluidity of religions cultures in medieval Iberia so dramatically embodied by Saint Ginés, as well as evidence of the more worldly side to the co-existence of the three faiths. In medieval Aragon and Castile jews, Muslims, and Christians visited each other's places of worship for all sorts of mundane reasons, whether to accompany friends, to work, or even just to satisfy their curiosity about what went on there - visits that Christian authorities did not condone but could not always control. For some Muslims, it was not a big step to enter a church to honor Mary, a woman praised in their own scripture (Amy G. Remensnyder, La Conquistadora: The Virgin Mary at War and Peace in the Old and New Worlds, 2014 - books.google.fr).

 

Jean Rotrou tire le sujet de sa pièce de l'hagiographie. Saint Genest est depuis le mue siècle au moins le saint patron des comédiens, fêté le 25 août par l'Église catholique. Très populaire au Moyen Âge, il est représenté nu-tête, habillé d'un vêtement court et d'un manteau ; son attribut symbolique est la rote, instrument de musique à cordes. On conserve le texte d'un mystère du XVe siècle qui lui est consacré, l'Ystoire du glorieux corps saint Genis, à quarante-deux personnages. Avant d'appartenir à la littérature, saint Genest ressortit donc au domaine religieux, en tant que figure marquante parmi les martyrs de l'Église primitive. Son culte s'est d'ailleurs répandu à l'ensemble des Églises d'Orient et d'Occident. Son histoire, telle qu'elle nous est rapportée par les nombreux martyrologes qui la contiennent (Martyrologe romain, hyéronimien, Actes des Martyrs), est à peu près celle que met en scène Rotrou dans sa pièce : l'empereur Dioclétien chargea l'acteur Genest d'observer les moeurs des chrétiens pour les parodier sur scène (mais Rotrou donne un caractère sérieux, avec l'histoire du martyre d'Adrian, au spectacle représenté par Genest). Touché miraculeusement par la grâce, Genest se convertit sur scène. L'Empereur ne le supporta pas et le fit mettre à mort. Genest fut décapité. [...]

 

Il existe un véritable cycle littéraire de Saint Genest. Scudéry mentionne saint Genest dans son Apologie du théâtre (1639). Parlant des comédiens de l'Antiquité qui ont souffert le martyre, il donne comme exemple «Saint Genesius, qui de la scène où il représentait, fit l'échafaud de son supplice et le Théâtre de sa gloire». Dans le Théâtre français, Chappuzeau cite saint Genest comme modèle de comédien vertueux : «Enfin comme dans toutes sortes de professions il y a des gens qui vivent bien, et à qui il peut venir de saintes pensées, il est sorti un martyr d'entre les comédiens, et un saint Genest dont l'Église célébre la fête le 31 d'août [sic], a fini ses jours par une très glorieuse tragédie». Le thème de saint Genest est commun au nord et au sud de l'Europe. À Anvers, les jésuites font représenter en 1641 un Genesius Mimus pro Christo martyr. En Espagne, le thème de San Ginés a été traité par Lope de Vega dans La fingido verdadero, pièce dont s'inspire directement Rotrou, et au moins deux autres fois sur la scène la première fois en 1668, dans une comedia écrite en commun par trois auteurs, Jeronimo de Cancer, Pedro Rosete Nifio et Antonio Martinet : El mejor representante : San Ginés (Le meilleur acteur, Saint Genest), puis en 1741 par Francisco Antonio Ripoll Fernand. de Urefia Ingenio y representante, San Ginés y San Claudia (Bel esprit et acteur, saint Genest et saint Claude). Une église San Ginés, dans le centre de Madrid, a longtemps été le lieu des prédications officielles de la capitale (Emmanuelle Hénin, François Bonfils, Le Véritable Saint Genest de Jean Rotrou, 2019 - books.google.fr).

 

La paroisse de San Ginés est l'une des plus vieilles de Madrid: certains font remonter l'origine de son église à l'époque mozarabe. A la suite d'un effondrement du chœur, en 1642, un nouveau sanctuaire à trois nefs fut construit par Diego de San Juan. L'église fut rendue au culte le 25 juillet 1645. San Ginés est également, parmi les treize paroisses qui se partageaient la ville, l'une des plus peuplées. Sa population s'était si fortement accrue, dès le XVIe siècle, qu'il avait fallu, pour répondre aux charges pastorales, lui confier une nouvelle chapelle, San Luis, qui était installée non loin de la calle de la Montera; cette chapelle devint l'annexe de la paroisse à partir de 1541. Cet accroissement ne se démentit pas pendant tout le XVIIe siècle, comme en témoignent les «relaciones» de l'époque (Claude Larquié, Étude de démographie madrilène : la paroisse de San Ginés de 1650 à 1700. In: Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 2, 1966 - www.persee.fr).

 

Madrid ne devient capitale de l'Espagne qu'en 1561 par la volonté de Philippe II, arrière-petit-fils de Ferdinand, par Charles Quint et Jeanne la Folle.

 

C’est au monastère de San Ginés de la Jara près de Carthagène, qui fut refondé en 1491, que se retira Juan de Cetina, avant que de devenir franciscain comme le cardinal Cisneros, et qui fut martyr à Grenade en 1397 (François de Sessevalle, Histoire générale de l'Ordre de saint François, Tome 1, Partie 2 : Le moyen âge (1209-1517), 1935 - books.google.fr, en.wikipedia.org - Ginès de la Jara).

 

Un autre dans le Haut-Aragon, remontant à l'époque wisigothique, a servi de refuge aux femmes et aux enfants des républicains combattant le franquisme pendant la guerre civile (1936-1939) (Pierre Castillou, Guide de l'Aragon en 54 balades, 2020 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2050 sur la date pivot 1516 (mort de Ferdinand) donne 982.

 

L'histoire du château ne commence qu'avec celle de la dynastie comtale, mais on peut affirmer que ce château fut construit dans le courant du Re siècle, et sans nul doute avant l'an 982. En effet, à cette date le pays de Foix était compris dans les vastes domaines de Roger Ief de Carcassonne, dit Roger le Vieux en raison du grand âge qu'il atteignit. Il était issu de la puissante famille des comtes de Comminges, et il devint possesseur des comtés de Carcassonne et de Rasés, ainsi que du Sabarthas (ou haute vallée de l'Ariège), par son mariage avec l'unique héritière de ces domaines. Dans son testament qu'il fit en 1002, ce Roger Ier de Carcassonne partagea ses possessions entre ses trois fils dont l'un, Roger-Bernard, reçut les pays de la région de Foix, dont le castrum est expressément désigné. Or, on relève dans les annales de Foix que ce même Roger le Vieux fit, en 982, un voyage à Rome, à l'issue duquel il eut un différend avec Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, au sujet de l'érection de la terre de Foix en seigneurie, ce qui laisse supposer que le château devait déjà exister. De plus, les bénédictins auteurs de «L'Histoire du Languedoc», analysant le testament de Roger le Vieux, déclarent que «l'union de ces divers pays (de la contrée de Foix) donna l'origine du comté de Foix, origine qu'il faut prendre, non pas de ce que ce domaine avait le titre de comté lui-même... mais de ce que le château de Foix en était le chef-lieu...» (Adelin Moulis, L'Ariège et ses châteaux féodaux, 1979 - books.google.fr).

 

Acrostiche : LD LU

 

LD : Lugdunum ; LU : ludus, ludi (www.arretetonchar.fr).

 

Ainsi, le pays de Foix, conclut un autre auteur, situé en dehors de la Garonne, était compris, par les anciens et les modernes, dans l'Aquitaine ; il ajoute, avec moins de plausibilité, que César, faisant l'énumération des peuples renfermés dans l'Aquitaine, aurait distingué parmi eux les Flussates. «Quant à ceux-ci, dit Favyn, ce sont ceux de la comté de Foix, jadis de plus grande étendue qu'elle n'est à présent ; car elle comprenait le Comminges, qui a pour ville principale et siège épiscopal Saint-Bertrand, appelé par saint Hierosme civitas Convenarum. Ces Flussates sont autrement nommés Fuzii et Fuxenses (habitants de Foix), comté qui, outre le Comminges comprenait le Conserans» (Henri Duclos, Histoire des Ariégeois (comté de foix et vicomté de couserans): de l'esprit et de la force intellectuelle et morale dans l'ariège et les Pyrénées centrales, Tome 1, 1888 - books.google.fr).

 

Comminges avoit pour capitale l'antique cité des Pompée, des César, l'ancienne Lugdunum Convenarum de Strabon et de Pline, Lyon de Comminges, aujourd'hui Saint-Bertrand, du nom d'un de ses évêques qui la restaura en 1100, du sac qu'elle éprouva en 584 ou 585, par Gontrand, roi de Bourgogne, pour avoir donné asile au faux Gondebaud (Pierre Toussaint de La Boulinière, Itinéraire descriptif et pittoresque des Hautes-Pyrénées françoises: jadis territoires du Béarn, du Bigorre, des Quatre-Vallées, du Comminges, et de la Haute-Garonne, Tome 3, 1825 - books.google.fr).

 

Il y a une église Saint Genest près du château de Ribonnet à Beaumont sur Lèze (Revue de Comminges (Pyrénées Centrales), Volume 114, 1998 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Comminges).

 

Dans la série des scènes sculptées aux stalles de Saint-Bertrand-de-Comminges, il en est une qui passe pour représenter deux moines se disputant le bâton abbatial. À première vue, l'interprétation semble aller de soi : les deux protagonistes assis face à face calant la plante de chaque pied contre celle du pied opposé de l'adversaire, tiennent à deux mains un bâton placé transversalement, sur lequel ils tirent avec vigueur. Un examen plus attentif peut cependant faire naître quelques doutes : les deux lutteurs font les même gestes ; aucune apparence d'un de ces coups sournois que suggèrerait l'ambition et qui permettrait à l'un des adversaires de l'emporter sur l'autre. La scène a l'air presque trop bien réglée, comme s'il s'agissait d'un jeu, et c'est bien cela en effet : jusqu'au grand tournant marqué dans la vie rurale par la guerre de 1914-18, on avait pratiqué, dans le nord du Quercy, un jeu qui correspondait exactement à la scène étudiée, appelé en langue d'oc, lou tiro-carré, le tire-char, chacun des adversaires étant, pour l'autre, comme un char qu'il lui fallait tirer. Ce jeu était, au XVIe siècle, connu jusqu'aux Pyrénées, ainsi que le montre la stalle de Saint-Bertrand de Comminges ; il permettait de déterminer, sans ambiguïté ni brutalité , quel était le plus fort de deux sujets donnés ; ceux-ci s'asseyaient dans la position qui a été décrite et, à un signal convenu, chacun d'eux tirait de toutes ses forces sur le bâton ; on voyait alors le postérieur du plus faible quitter le sol, et son corps pivoter autour de la ligne des orteils sous l'effet de la traction exercée par l'adversaire  Ainsi la rivalité d'ambitions monacales que l'on nous présentait se ramène à un inoffensif jeu populaire : le bâton, au lieu d'être l'enjeu de la lutte, n'est qu'un moyen, et c'est de façon toute gratuite qu'on a voulu y voir le bâton de commandement de l'abbé (Ferdinand Pressouyre, À propos d'une stalle de Saint-Bertrand-de-Comminges. Notre ancien art religieux fut-il anticlérical ?, Revue de Comminges, Volumes 82 à 84, 1969  - books.google.fr).

 

Pour isoler les chanoines de la troupe des pèlerins, Jean de Mauléon fit réaliser vers 1525 les stalles du choeur de la cathédrale à Saint Bertrand de Comminges. On y trouve un certain humanisme du temps de la Renaissance, un coté rabelaisien, un admirable travail de bois sculpté et de marqueterie (Cathédrale Ste Marie. Stalles du chœur à Saint-Bertrand-de-Comminges - www.petit-patrimoine.com).

 

Le thème de la «dispute pour la culotte» permet de poser de façon transdocumentaire des questions qui touchent les sphères domestiques, culturelles et sociales. Se quereller pour savoir qui «portera la culotte» dans le ménage est l'une des formes de la lutte pour le pouvoir dans la société du XVe siècle. Les rapports d'autorité qui se manifestent à travers la lutte pour un vêtement symbolique côtoient dès le XIIIe siècle d'autres rapports de force à caractère ludique prenant place dans un contexte sacré. Ceci soulève le prodigieux paradoxe de la présence de ces scènes profanes, étrangères à la religion - au sens étymologique du terme, profanus, «hors du temple» -, qui s'expriment marginalement en plein cœur de l'église ou dans les marginalia d'un psautier.

 

Les édifices célèbres pour leurs miséricordes de stalles sont en Picardie, Normandie, Flandre et Belgique. Petite console, sculptée le plus fréquemment de scènes profanes et placée en saillie sous le siège abattant d'une stalle d'église, la miséricorde avait pour fonction de soulager la position debout des clercs durant les interminables offices divins en leur permettant de prendre appui sur cette pièce de bois, tout en ayant l'air d'être debout. Les huchiers qui étaient les auteurs de ces sculptures nous ont transmis un ensemble considérable de thèmes propres à la vie quotidienne des laïcs, à leurs croyances, à leurs savoirs et à leurs manières, parfois, de tourner en dérision la religion en se plaçant volontairement, mais paradoxalement, dans le chœur même de l'église. La «dispute pour la culotte» est l'un des thèmes favoris retenu par les huchiers. L'une des plus célèbres de ces représentations est celle qui prend place dans l'ensemble des miséricordes de la cathédrale de Rouen. L'exécution des stalles fut confiée en 1457 à Philippot Viart, maître huchier rouennais, auprès duquel travaillaient 16 compagnons huchiers, dont plusieurs Flamands. Le travail débuta le 30 septembre 1457 et fut achevé en 1469. Le commanditaire principal des stalles était le cardinal-évêque Guillaume d'Estouteville.

 

La stalle de Saint Bertrand se rattache à ce motif comme celle de Villefranche de Rouergue.

 

En Aveyron, c'est d'une toute autre manière que la question des braies disputées a été abordée. La collégiale Notre-Dame de Villefranche-de-Rouergue abrite en son chœur un groupe de stalles réalisées en 1473 sous la direction du maître d'œuvre André Sulpice. Quand on découvre pour la première fois la miséricorde de la «dispute pour la culotte» ce qui frappe, d'emblée, c'est la position des corps : l'homme et la femme sont assis face à face, et non pas debout comme dans les autres cas (Pierre Bureau Pierre, La «dispute pour la culotte». Variations littéraires et iconographiques d'un thème profane (XIIIè-XVIè siècles). In: Médiévales, n°29, 1995. L'étoffe et le vêtement - www.persee.fr).

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