Colonel de Lunebourg

Colonel de Lunebourg

 

VIII, 68

 

2080

 

Vieux Cardinal par le jeune deceu,

Hors de sa charge se verra desarmé:

Arles ne monstres double soit aperceu,

Et liqueduct et le Prince embausmé.

 

Quelques vieux cardinaux

 

Le vieux cardinal «italianisant», François de Tournon, qui avait servi de ses conseils l'expédition de Guise, quittait, à l'automne de 1557, sa retraite de Castel-Durante en Ombrie pour remonter vers le Nord. Il s'arrêta quelque temps à Venise qu'il aimait, puis au cours de l'été 1558, il alla s'établir à Conegliano, pays de bel air, non loin des montagnes du Frioul. Atteint de griève maladie, il redescendit, au printemps 1559, vers l'Italie centrale et et vint prendre «l'eaue des baings» de Lucques, où il arriva le 25 mai. C'est là qu'il apprit la mort de Henri II. Pendant ces deux années, Tournon se mêla fort peu aux négociations ; il ne sortit de sa réserve que pour conseiller au Roi de faire la paix et de châtier sans pitié les hérétiques. Le conclave qui suivit la mort de Paul IV devait ramener le cardinal dans la Ville éternelle. Comme Tournon, mais avec une autorité moindre, Georges d'Armagnac avait participé aux négociations qui entourèrent l'expédition de Guise. Lui aussi malade, il s'éloigna de Rome à la fin de l'été 1557 : le 20 août, il partait pour aller s'établir à Sutri, non loin du lac de Bracciano, dans un climat plus sain. Il était alors à peu près brouillé avec le pape. Henri II lui ayant envoyé son congé, il pensa d'abord à rentrer par la voie de terre, mais en définitive, le 9 octobre, il s'embarquait à Civitavecchia. Le 13, il passait par Avignon, et bientôt après arrivait à la Cour. Seul des cardinaux français, Jean du Bellay restait à Rome. Il y fit fonction de «protecteur de France». Mais le pauvre vieillard avait perdu tout crédit. Depuis l'affaire du décanat, Henri II lui avait retiré son estime, et même, par prudence, Jean ne pouvait songer à rentrer dans le royaume. D'ailleurs, Paul IV, bien que Du Bellay fût de ses plus anciens amis, le traitait avec une familiarité voisine du mépris : loin d'écouter ses remontrances, il ne lui permettait même plus de parler pour approuver les actes du Saint-Siège. Dans un consistoire, le 20 septembre 1557, comme le cardinal répandait en louanges à l'adresse du pontife, celui-ci lui dit qu'il «fatiguait son monde» et le pria brusquement de se taire. Malade, le caractère aigri, l'esprit troublé, l'ancien protecteur de Rabelais passa tristement les dernières années de sa vie. On ne le connaissait plus à Rome que par ses querelles avec les autres membres du Sacré-Collège et par la réputation qu'il avait de consulter trop souvent «l'oracle de la bouteille». Il put cependant éviter les foudres réformatrices de Paul IV. La seule force vive qui restât au service de la France à Rome, était donc celle de l'ambassadeur ordinaire. Mais, après l'échec de la guerre de 1557, Odet de Selve ne se trouvait plus en bonne situation pour représenter son maître. Il demeura quelques mois encore auprès de la Curie. Le dernier acte remarquable de son ambassade fut la fête qu'il organisa le 1er février 1558 pour célébrer la prise de Calais : Rappelé au printemps, il partit le 28 mai. Dix jours auparavant, le 18 mai, était arrivé son successeur, débarqué la veille à Civitavecchia, Philibert Babou de la Bourdaisière, évêque d'Angoulême, ami du cardinal de Tournon (Lucien Romier, Les origines politiques des guerres de religion, Tome 2, 1913 - www.google.fr/books/edition).

 

Le duc François de Guise, dirigeant une expédition contre Naples, était entré dans Rome le 2 mars 1557. Il regagna en hâte la France après la défaite de Saint-Quentin (10 août 1557) (Poësies de Joachim Du Bellay, 1954 - www.google.fr/books/edition).

 

Cardinal de Tournon et son expérience des mercenaires

 

François de Tournon, né à Tournon-sur-Rhône en 1489 et mort à Saint-Germain-en-Laye le 22 avril 1562, est un prélat, un diplomate et un homme d'État français. Il fut archevêque d'Auch de 1538 à 1551, puis archevêque de Lyon de 1551 à sa mort. En 1537, il assure l'intendance pendant la huitième guerre d’Italie en Piémont (fr.wikipedia.org - François de Tournon).

 

Tournon dispose de peu de troupes, composées principalement de mercenaires suisses, de lansquenets allemands et d'une foule de condottieri et d'aventuriers italiens, à la tête de petites bandes. Aucune autorité, ni aucune coordination ne sont possibles. Les chefs se jalousent et sont en perpétuels conflits. Les soldats commettent «larrecins, pilleries, forcements de filles et de femmes, brigandages». Tous cherchent à se battre le moins possible, au plus haut prix possible. Le cardinal suit les opérations de Lyon. Il ravitaille les armées, secourt les places assiégées, envoie des renforts et déplace les unités selon les besoins. Néanmoins le Piémont est perdu, sauf Turin et quelques villes qui résistent aux Espagnols. Mais François Ier arrive à Lyon, fait débloquer les places assiégées et réoccuper le pays ; la trêve de Nice met fin à la guerre. D'autres tâches difficiles accablent Tournon : la police des armées, impossibles à discipliner malgré quelques exécutions pour l'exemple ; la solde des troupes qui s'élève à deux millions de livres, dont il doit trouver sur place les moyens de  paiement l'enrichissement des marchands et banquiers. Il obtient de ceux-ci des sommes très importantes : 200000 livres pour le seul Gadagne. Concernant la Municipalité, il organise un système de rentes sur l'Hôtel de ville. «Il cède à la ville le produit de quatre impositions indirectes pour le prix de 84732 livres. Afin de se procurer ce capital, la ville devra créer des rentes dont le paiement serait assuré par le produit de ces impositions.» Ces rentes étant achetées par les Lyonnais, le roi emprunte ainsi indirectement aux particuliers. La crise terminée, les difficultés financières demeurent car les ressources provenant des impôts ne suffisent pas à combler les énormes  dépenses des guerres ; il faut recourir à l'emprunt et trouver de nouvelles recettes. On fait derechef appel au cardinal de Tournon qui va créer une nouvelle politique fiscale  D'abord il établit un régime de douanes. Toutes les étoffes et les fils de soie, provenant d'Espagne et d'Italie, même en période de foire, doivent passer par Lyon et y payer une taxe de 5 % de leur valeur marchande. C'est une atteinte grave franchises dont bénéficiaient les marchands lors des foires  Ensuite il impose aux villes l'entretien d'une armée de 20000 hommes, pour lequel la part de Lyon est de 28800 livres ; cette somme, levée pour un temps limité au début, devient permanente : c'est «la contribution des gens guerre.» Enfin, plus encore que par le passé, la Municipalité lyonnaise est appelée à verser des contributions, rarement remboursées. Pour trouver l'argent, elle doit faire participer les citadins, soit directement en taxant les habitants selon leur fortune ; c'est le «denier sus,» soit indirectement, en taxant les objets de consommation courante, comme le vin et la viande, ce qui provoque une vive opposition populaire. Tout ceci ne suffit pays ; c'est dans le domaine financier que le cardinal révèle toutes ses capacités. Pour trouver les fonds nécessaires, il s'adresse aux banques et à la Municipalité lyonnaises. Vis-à-vis des banques, la réussite et l'habileté de Tournon reposent sur plusieurs facteurs : d'abord la confiance qu'il inspire par son crédit personnel ; puis l'exactitude dans le remboursement des emprunts, aux dates fixées, avec un intérêt de 12 % qui est celui du marché (Bernard Demotz, Henri Jeanblanc, Claude Sommervogel, Jean-Pierre Chevrier, Les gouverneurs de Lyon, 1310-2010, le gouvernement militaire territorial, 2011 - www.google.fr/books/edition).

 

En 1557, lors de l’expédition de François de Guise en Italie, les mercenaires refusaient d'aller se perdre dans les gorges des Abruzzes avant d'avoir touché la solde des mois passés. Hercule d'Este ne montrait aucun signe de meilleure volonté. La partie devenait dangereuse. Le 26 avril, du camp  près de Civitella, François de Lorraine adressait à son beau-père une lettre émouvante : «Monsieur, je vous supplie en l'honneur de bien voulloir incontinant faire délivrer l'arjant que je vous demande, et considérer que l'avés faict autreffois pour personne quy n'avoit le moyen ny la voulonté de vous faire servisse . Sy ne vous plest m'accorder ma requeste, je suis le plus deshonoré prince de la Crestienté.» A cette supplique le cardinal de Tournon, qui résidait alors à la villa Imperiale près de Pesaro, joignit ses propres instances. Le siège était mis devant Civitella. Guise pensait ne pas user ses forces contre cette rocca sans importance, mais obéissant à l'empire des nécessités, il voulait par là fournir une occupation, un excitant à ses troupes, en attendant l'arrivée des sommes demandées au duc de Ferrare, et attirer le vice-roi de Naples à la lutte rangée. Les jours passèrent en vain. Hercule d'Este, ébranlé autant par les menaces que par les prières des agents royaux, marchandait longuement sur les garanties du prêt qu'il consentait enfin. Un moment, Guise se vit menacé de périr : des mutineries éclataient parmi les  soldats non payés, le désespoir gagnait les gentilshommes, la mauvaise volonté des neveux et des officiers du pape exaspérait l'inquiétude du général, et, pour comble de malchance, on apprit bientôt que les ambassadeurs de Selve et Marillac s'injuriaient mutuellement, à Rome. Guise tendit son énergie pour arrêter la débâcle. A son beau-père il envoya une semonce violente, l'accusant de spéculer sur sa mauvaise situation et de vouloir lui extorquer un contrat usuraire. «Je vous supplie, écrivait-il, considérer que je ne faictz que languir avec les soldatz que j'ay icy, les ayant entretenuz jusques à ceste heure de parolles, de quoy ilz ne se peuvent plus contenter, et commancent, à mon grand regret, à faire beaucoup de désordre, ne vous pouvant celler qu'il me semble, puisque vous estes tant résolu de ne laisser hyverner ceste armée, qu'il n'est poinct à propos pour vostre réputation que faciez tant le long à y pourvoir, et sera donné subject à ceulx qui ne vous ayment poinct dire à Sa Majesté que vous ne faictes rien pour luy que à regrect» (Lucien Romier, La fin de la magnificence extérieure. Le roi contre les Protestants (1555-1559), 1974 - www.google.fr/books/edition).

 

"Prince" : Charles Quint

 

Quand Charles Quint, né le 24 février 1500 à Gand en Flandre, est mort le 21 septembre 1558, il avait abdiqué depuis 1555, il n'était donc plus ni roi ni empereur en exercice.

 

Après que Charles-Quint eut rendu le dernier soupir, le docteur Mathys mit la glace d'un miroir au-dessus de sa bouche, appliqua la main, puis l'oreille sur son cœur, constata enfin le décès selon les usages, et déclara que l'Empereur avait cessé de vivre : «JAM MORTUUS EST.» Le fidèle Quixada s'agenouilla au chevet du lit de son maître, lui ferma les yeux et s'abandonna à sa douleur. Quatre religieux désignés pour veiller auprès du corps jusqu'à ce qu'il fût enseveli, entrèrent dans la chambre et commencèrent leurs prières. Le Moine anonyme, dont nous avons plus d'une fois cité la relation, était un des quatre. Il raconte encore que, pendant que Quixada était sorti pour donner quelques ordres relatifs au service, ses collègues et lui eurent la curiosité de contempler le grand Empereur tel qu'il était dans la première heure de son dernier sommeil. Le majordome avait tiré le rideau du lit; ils l'écartèrent, non sans avoir beaucoup hésité. «Le visage du défunt était plutôt vermeil que pâle,» dit le Moine; «il était revêtu d'une de ses robes de chambre et portait sur la tête un bonnet brodé à l'aiguille. Une étoffe de soie noire couvrait toute sa poitrine jusqu'à la ceinture ; sur le cœur était le crucifix de l'Impératrice, et au-dessus de son chevet l'image de la Vierge...» Mais déjà le bruit des pas du majordome se faisait entendre dans la galerie : les quatre religieux tirèrent le rideau et reprirent leur prière. Avant les vingt-quatre heures écoulées, le corps étant lavé et embaumé, on le coucha dans un cercueil de plomb qui fut mis dans un second cercueil de bois de châtaignier. Il fallut les bras de dix personnes pour le transporter au pied du maître-autel par la porte de l'appartement qui communiquait avec l'église du monastère. L'archevêque de Tolède, le comte d'Oropèse, le grand-commandeur d'Alcantara et Quixada aidèrent les moines dans ce premier acte des obsèques. Le cercueil, décoré d'un poêle de velours noir, resta exposé pendant huit jours sur un catafalque, et, jusqu'au 23 septembre, on s'occupa à tendre toute l'église. Pour cela il fallut envoyer chercher à Plasencia deux cents aunes de drap noir qu’on ajouta aux tentures ordinaires qui faisaient partie de la garde-robe de Charles, et dont il se servait pour les anniversaires mortuaires observés si exactement par lui de son vivant (Amédée Pichot, Charles-Quint: chronique de sa vie intérieure et de sa vie politique, de son abdication et de sa retraite dans le cloître de Yuste, 1854 - books.google.fr).

 

Le Colonel de Lunebourg

 

On ne sait si Lunebourg était baron (selon Brantôme), prince ou de la famille de Brunswick-Lunebourg (Friedrich Wilhelm Barthold, Deutschland und die Hugenotten, Tome 1 : 1531-1598, 1848 - books.google.fr).

 

Le comte d'Egmont ayant remporté, le 13 juillet 1558, l'importante victoire de Gravelines sur le maréchal de Termes, Guise se vit obligé de renoncer à ses grands projets et de se diriger à marches forcées vers la frontière de Picardie. Les régiments allemands l'avaient abandonné pour la plupart, et les troupes qui lui restaient n'étaient pas capables de changer la face des affaires. On songea donc à faire la paix. Les plénipotentiaires se donnèrent rendez-vous à l'abbaye de Cercamp, aux portes de Cambrai. […] Philippe II, furieux de l'assistance décisive que les Allemands ont apportée aux vainqueurs de Thionville, intrigue sourdement pour se venger d'eux (Charles Rahlenbeck, Metz et Thionville sous Charles-Quint, 1880 - www.google.fr/books/edition).

 

On peut interpréter le vers 2 selon que c'est le jeune qui est hors de sa charge et désarmé et non le cardinal.

 

Le seigneur Connestable ayant composé de sa rançon vint faire la reuerence au Roy, & consulter sur les conclusions qu’on devoit prendre pour acheminer ceste paix en vne bonne fin, apres le depart duquel s'en retournant à Cercamp, les deux armées se retirerent, celle du Roy Catholique en Artois, où elle fut rompue, & celle du Roy fut separée en diuers endroits attendant la fin du parlement tenu entre les deputez: & les Allemans estans payez, & congeez furent conduits par le Duc de Neuers iusques hors les frontieres du Royaume : la reuerence duquel ne les empescha qu'ils n'vsassent de mille extorsions & rançonnement & qu'ils ne pillassent le peuple: autrement en vsans les Suisses, lesquels se contenterent des Estapes qu'on leur establit, & se retirans en leurs pays a iournées fort raisonnables. Sur le depart de l'armée s'esmeut quelque debat entre le ieune de Lunebourg, & le Duc de Guise, de sorte que ce folatre fut si audacieux que d'oser mettre la main sur la Pistole contre le Lieutenant general, & estre cause d'un grand tumulte au camp. Ce qui luy causa la honte, car par l'ordonnance de ceux mesmes de la nation il fut constitué prisonnier, & conduit à Paris en la Bastille, d'où il sortit par la courtoise sollicitation de celuy mesme qu'il auoit offensé, qui ne luy eut souffert de le brauer ainsi s'il eut esté hors de sa charge : & estant Lieutenant du Roy, aussi qu’on l'estimast si seuere, que ce ieune Allemant, estant vn peu chastié de la temerite, fut traité plus rigoureusement, bien qu'il meritast la mort, suiuant l'ancienne loy de la guerre. Comme on estoit sur le traité de la paix, mourut en Espaigne ce grand, sage, & puissant Prince Charles cinquiesme du nom, Empereur des Romains & Roy des Espaignes, lequel si ne se fut opiniastré à faire guerre à la France, estoit accabler la puissance du tyran de Turquie (François de Belleforest, Les grandes annales & histoire generale de France: des la venue des Francs en Gaule, jusques au regne du roy Henry III., Tome 2, 1579 - books.google.fr).

 

Cf. pour Belleforest quatrains I, 80 ; IV, 72 ("Artomiques") ; X, 16 (acrostiche "HIPR" pour Ypres) ; etc.

 

Le colonel de Lunebourg, selon Monluc, faisant partie des  mercenaires allemands (reîtres), a participé à la prise de Thionville le 22 juin 1558 (Paul Courteault, Blaise de Monluc Historien, 1940 - books.google.fr).

 

Pour le règne de Henri II de France, nous trouvons un acte intéressant les achats de reitres faits en Allemagne pour le compte du gouvernement français. C'est une capitulation faite, le 6 mars 1557, avec le duc de Lunebourg, «que le Roy a retenu à son service pour l'entretenement de mil chevaux pistoliers.» Ce sont deux autres capitulations, datées du fer mars 1558, conclues, l'une avec Jean-Guillaume, duc de Saxe, l'autre avec Guillaume Gombrach pour des objets analogues. La présence de ces pièces à Pau semble indiquer que le roi de Navarre ne fut pas étranger à ces négociations (H. Hauser, Antoine de Bourbon et l'Allemagne, Revue historique, Volume 46, 1891 - books.google.fr, James B. Wood, The King's Army, Warfare, Soldiers and Society During the Wars of Religion in France, 1562-76, 2002 - www.google.fr/books/edition).

 

"deceu"

 

Peut-être au sujet de démêlés du cardinal de Tournon avec les princes convertis (protestants) dans le financement de la ligue de Smalkalde, quelques années plus tôt (fr.wikipedia.org - Conclave de 1513).

 

Die religionsverwandte, besonders Lüneburg, Pommern, bliben damit zurück ; schicketen keine Hülffe, von Frankreich wollte auch nichts zu hoffen fenn ;zumahl da auch der Cardinal von Tournon das geld unterschlagen Hatte (Johann Andreen Hofmanns, Abhandelung von dem vormaligen und heutigen Krigesstaate, Volume 1, 1769 - books.google.fr).

 

Guise en Italie

 

En 1556-1557, François de Guise prend la tête de l'expédition qui, en Italie, à l'appel du pape Paul IV, essaie vainement de reprendre Naples aux Espagnols. L'expédition de Naples est la dernière guerre d'Italie. À son retour, il est nommé lieutenant général du royaume et reprend Thionville aux Impériaux. En 1558, il reprend Calais aux Anglais à la suite d'une manœuvre audacieuse : les marais autour de la ville étant gelés, il fait passer les canons français sur ceux-ci, et prend ses ennemis par surprise (fr.wikipedia.org - François de Guise).

 

Paul IV demeure presque inexplicable; car tous ses intérêts le conduisaient à l'alliance de l'Espagne, et ses passions l'auraient entraîné du même côté s'il n'eût puisé dans son origine napolitaine (il était de la maison Caraffa), et dans quelques incidents des premiers temps de sa carrière, une de ces haines furieuses qui obscurcissent la raison. Cette haine ne s'arrêtait pas aux souverains de l'Espagne ; elle embrassait toute la race dans laquelle Paul affectait de ne voir que des Marranes et des chrétiens judaïsant. Quant au généreux prétexte dont, au bord du tombeau, il voulut colorer sa conduite, en déclarant «que lui, vieillard italien, accablé d'années, de maladies et de chagrins, avait conçu pourtant la haute pensée d'expulser les barbares de son pays,» cet imposant prétexte, déjà complétement faux quand Jules II l'allégua pour lui-même, n'offrait plus une ombre d'excuse pour l'antagoniste de Philippe. Il ne s'agissait, en effet, l'an 1557, que de transférer d'une maison étrangère à une autre, qui ne l'était pas moins, la possession du royaume de Naples; et certes, l'armée du duc de Guise, avec ses lansquenets, ses reîtres, ses compagnies suisses et ses enseignes gasconnes, n'auraient pas moins justifié l'épithète de barbare que les vieilles bandes espagnoles du duc d'Albe, dont l'armée était d'ailleurs, aux quatre cinquièmes, composée d'Italiens (A. de C., Philippe II, roi d'Espagne, Bibliothèque universelle de Genève, 1857 - books.google.fr).

 

"Liqueduc" : aqueduc

 

Plasencia, petite ville épiscopale, assez bien bâtie, est remarquable par plusieurs antiquités romaines et surtout par son bel aqueduc composé de 80 arcades (Adriano Balbi, Abrégé de Géographie: rédigé sur un nouveau plan d'après les derniers traités de paix et les découvertes les plus récentes, 1833 - books.google.fr).

 

Plasencia n'étant qu'à quelques lieues de Yuste (William Hickling Prescott, Vie de Charles-Quint à Yuste, traduit par G. Renson, 1861 - books.google.fr).

 

Arles

 

Le roi Charles-Quint, bercé de l'espoir d'enlever à François Ier ses provinces méridionales, passa la journée du 9 août 1536 aux Milles. Là, des hauteurs de Cuques, son œil, plongeant dans les vallées voisines, apercevait la capitale de la Provence, et il songeait que ce riche pays, dont il allait se rendre bientôt maître, ne serait que le prélude d'autres victoires et de faciles conquêtes. Ce ne fut heureusement qu'un rêve; Charles-Quint entra bien en effet à Aix, s'y fit nommer roi d'Arles et comte de Provence, et cassa le Parlement, mais ce fut à cela que se bornèrent ses succès (Félix Vérany, Roquefavour, son ermitage et son aqueduc: Ventabren, 1882 - books.google.fr).

 

Ville double, comme l'appelait Ausone au IVe siècle, duplex Arelas "Pande, duplex Arelas tuos blanda hospita portus, / Gallula Roma Arelas, quam Narbo Martius, & quam / Accolit Alpinis opulenta Vienna colonis", Arles s'étendait sur les deux rives du Rhône, la cité sur la rive gauche, le suburbium sur la rive droite, à Trinquetaille, au sommet du delta de la Camargue (Fernand Benoît, Les cimetières suburbains d'Arles dans l'antiquité chrétienne et au moyen âge, 1935 - books.google.fr).

 

Ville double, Arles l'apparaissait aux hagiographes qui rappelaient le souvenir de Genès, martyrisé à Trinquetaille et enterré aux Alyscamps. Deux quartiers, deux ports : cette extension de part et d'autre du Rhône, d'autres villes telles que Vienne et Lyon. A Arles, il est sûr que le faubourg de Trinquetaille était encore au IVe s. très vivant, ce qui n'était plus le cas à Vienne. Des mosaïques ont été retrouvées sur le site et, malgré les conditions déplorables de découvertes, une analyse stylistique apporte quelques précisions. Mademoiselle Maryse Dampeine, dans sa thèse de IIIe cycle en cours, souligne les liens entre la mosaïque de l'Aïon, du quartier de la Pointe, et des pavements du IVe s.; la mosaïque voisine de la Toison d'Or pourrait appartenir aux premières années du IVe s. et contemporaine pourrait être celle d'Orphée (Paul-Albert Vévrier, Arles aux IVe et Ve siècles ville impériale et capitale régionale, Corso di cultura sull'arte ravennate e bizantina, Numéro 25, 1978 - books.google.fr).

 

Jacques du Broullat (c.1515 - 1575, Allemagne), dit aussi de Brourlat, fut abbé et archevêque d'Arles (1551-1560). Il n'est même pas ordonné lorsqu'en 1551 le roi Henri II le fait pourvoir de l'archevêché d'Arles. Pour ces raisons ou plus probablement pour son attachement au parti protestant, en particulier au prince de Condé et à Odet de Coligny, il est privé de tous ses bénéfices par un arrêt du parlement de Paris en 1562 ou, d'après Jean-Pierre Papon, dès le 18 juillet 1559. Il s'exile en Allemagne où il se marie. Il y meurt en 1575 (fr.wikipedia.org - Jacques du Broullat).

 

"Liqueduc" 2

 

Liquette : sorte de petit bateau à pointe carrée ; du roman lique, vase, vaisseau (Aimé-Jean Gaudy, Glossaire genevois, ou Recueil étymologique des termes dont se compose le dialecte de Genève, avec les principales locutions défectueuses en usage dans cette ville, 1820 - www.google.fr/books/edition).

 

"liquis" de "obliquis" : oblique ; et "duct" de ducere : conduire (Gaffiot).

 

C'est l'éducation, dit l'Auteur de Discours sur l'Histoire moderne (1769), qui avoit rendu Charles-Quint, fin, oblique & dissimulé (Le journal des sçavans, pour l'année, 1771 - www.google.fr/books/edition).

 

Arles sur Tech

 

L'avènement [...] d'un puissant courant réformé en France agit néanmoins comme un repoussoir et contribua fortement à l'affirmation d'un sentiment national chez les Espagnols. La domination numérique des Français sur les autres étrangers suffit à l'expliquer. On ne dispose d'aucune donnée précise, mais elle est indiscutable. Ces émigrés s'installent surtout en Aragon et en Catalogne, particulièrement en Roussillon et en Cerdagne. S'ils se rendent peu à l'intérieur de la Péninsule, ils constituent de fortes minorités à Madrid et à Tolède. Enfin, les relations commerciales leur faisaient fréquenter les principaux ports. Ainsi, le Français - et le sujet navarrais de Jeanne d'Albret, qui y était assimilé - incarnait généralement l'étranger par excellence.. Son image se modifia considérablement au milieu du XVIe siècle. Il fut, en effet, la principale victime de la découverte, en 1558, de cénacles luthériens. L'événement provoqua un profond traumatisme. Un mal qui avait paru lointain jusqu'alors révélait sa présence au cœur du peuple élu.. L'Inquisition, avec l'entier soutien du pouvoir royal, se concentra alors sur la répression de l'hérésie protestante. Le phénomène toucha toute la Péninsule. Les tribunaux de Calahorra, pour la Navarre, et ceux de Saragosse et de Barcelone furent les plus actifs. Seule l'Andalousie, excepté le district de Séville, y échappa. Ayant peu à faire avec les Espagnols, on s'attaqua dès l'origine aux étrangers, dont la plupart étaient français (Bertrand Haan, L'affirmation d'unn sentiment national espagnol face à la France au début des guerres de religion, Le sentiment national dans l’Europe méridionale aux XVIe et XVIIe siècles, 2020 - books.google.fr).

 

Perpignan et le Roussillon sont suspectés par l'Inquisition. En 1570, un prévenu, Jean Xiralt, prétend avoir entendu dire à "un homme de Toulouse” que 200 Luthériens vivaient à Perpignan et que le Roussillon comptait plus de 1200 Huguenots. En 1575, le vice-roi demande la nomination d'un inquisiteur en résidence à Perpignan où «les Luthériens se promènent la nuit amb llum (avec de la lumière) - ils ne se cachent donc pas ! - en chantant les prières des Huguenots dans les  rues.» En 1585, les syndics de Perpignan enfoncent le clou. La ville est décrite comme frontera de fransa poblada de molts heretges polluta ab diversitats de heretges, contaminada de varietat de sectes (frontière de France, peuplée par beaucoup d'hérétiques, polluée avec divers hérétiques, contaminée par une variété de sectes) (Raymond Sala, Le regard des roussillonnais sur les protestants, Tolérance et solidarités dans les pays pyrénéens, 2000 - www.google.fr/books/edition).

 

Dans ce cadre géographique caractérisé par son éloignement, les gestes et les pratiques des fêtes de l’Ours se sont essentiellement transmis par la tradition orale. Leur origine, comme leur déroulement ancien, sont incertains même si elles font l’objet dès le XIXe siècle d’études ethnographiques. En 1835, l’historien Dominique Marie Joseph Henry mentionne leur existence dans son Histoire du Roussillon les tenant déjà pour «un usage d’une grande antiquité». De fait, en 1424, une note rapporte la présence, lors de processions religieuses à Barcelone, d’un homme costumé en ours avec des peaux d’agneau noires. Tandis que dès le IXe siècle, l’archevêque de Reims, Hincmar, dénonce les «turpia joca cum ursis», jeux de masque mettant en scène des femmes et des ours qui semblent avoir été autrefois très répandus, surtout dans les zones montagneuses de l’hémisphère nord. Dans les années 1930, les folkloristes anglais Violet Alford et Basil Collier offrent une vision plus détaillée du déroulement des fêtes préfigurant un intérêt croissant de la part des érudits et des chercheurs remarqué depuis les années 1970. Tous s’entendent pour souligner leur ancienneté et leur lien avec de nombreux récits.

 

La date initiale des fêtes, le 2 février, correspond en effet à deux épisodes religieux : celui de la purification de la Vierge et celui de la présentation de Jésus au Temple. Selon certains historiens, l’Église catholique aurait introduit ces fêtes cultuelles, qui ont lieu 40 jours après le solstice d’hiver, pour concurrencer et remplacer un ancien culte païen de l’ours. En témoignerait la croyance répandue en  Europe selon laquelle les ours sortiraient d’hivernation le jour de la Chandeleur ou à une date approchante, encore perceptible dans nombre de dictons météorologiques dont voici une version catalane : El dia de la Mare de Déu Candelera, l’ós sall de la cova ; si plou, si fa dolent temps, s’està de fora perqué l’hivern és acabat. Si veu la seua ombra us del sol, torna dedins perquè durant 40 dies farà dolent, l’hivern és pas acabat. Proche par bien des aspects de l’espèce humaine, l’ours a été l’objet de nombreuses légendes dont la plus connue est celle de Jean de l’Ours, né de l’accouplement d’une femme et d’un ours, qui, au terme de  multiples  aventures,  délivrera  des  princesses prisonnières du monde souterrain. Il existe diverses versions locales de ces récits mettant en scène une bergère enlevée  par un ours qui la garde captive dans une grotte et cherche à s’accoupler avec elle. La jeune fille est sauvée par des chasseurs ou des bûcherons qui éloignent l’ours par la ruse avant de l’abattre.

 

Plus théâtralisée à Arles-sur-Tech, la fête implique tout un jeu d’interactions entre  les trois personnages principaux que sont l’Ours, le Trappeur et sa femme, la Roseta, un garçon déguisé en fille. L’animal, capturé hors du village, est enchaîné et promené par les rues. Tandis que sur chacune des places, le Trappeur récite en catalan une prédica, une harangue, qui narre la capture, l’Ours amoureux qui «sentia flaira a sota del  davantal», s’échappe pour tenter d’enlever la Roseta ou titiller les personnages qui l’accompagnent.

 

À Saint-Laurent-de-Cerdans, la fête vient clore les festivités du Carnaval et en garde l’empreinte et l’inventivité : l’Ours ne cesse d’échapper à son Meneur qui le tient enchaîné et récite la pèrdica de place en place. Mais ces deux individus sont accompagnés de bien d’autres figures en constant renouvellement. Ainsi, le personnage biface de la Monaca qui gravite à proximité de l’Ours est interprété par des membres de la même famille depuis plusieurs générations. L’Escalfador, autrement dit le Vieux et la Vieille, promènent entre les jambes des participantes leur chaufferette remplie de poils de cochon fumants (Focus, Fêtes de l'ours en Haut-Vallespir - www.valleescatalanes.org).

 

La date de la première mention de la fête de l'Ours en Pyrénées, établie d'abord par A. Van Gennep : 1444, a pu être largement repoussée en amont : IXe - Xe siècles, à condition qu'on étende le concept aux rituels ursins ; mais, malgré cette grande différence, le problème de fond ne s'en trouve pas fondamentalement modifié (Pierre Brulé, De Brauron aux Pyrénées et retour : dans les pattes de l'ours, Dialogues d'histoire ancienne 16/2, Numéro 2, 1990 - www.google.fr/books/edition).

 

Cf. quatrain VII, 2.

 

L'interprétation du quatrain IX, 14 aborde le carnaval de Romans qui met en jeu ces éléments.

 

Déjà, en 1579, le carnaval, qui avait commencé le 2 février à la Chandeleur, pour se poursuivre le lendemain, à la Saint-Blaise, avait été très agité, mais non meurtrier. En 1580, les choses vont prendre un tour beaucoup plus tragique. Un leader populaire, du nom de Paumier, qui s'était déjà opposé à un certain Antoine Guérin, juge et défenseur des privilèges de la noblesse de robe, va prendre la tête de la révolte des petits artisans et des villageois. Affublé d'une peau d'ours - d'ours de la Chandeleur -, il commence par se rendre aux délibérations du conseil de ville. Véritable incursion "ursine" interprétée comme une exigence violente de prise de pouvoir. Mais derrière cette peau d'ours, certains estiment qu'une conspiration protestante se dissimule. En fait, les chefs ligueurs (dont Paumier faisait partie) pouvaient bien, pour les besoins de la cause, s'entendre tactiquement et provisoirement avec quelques émissaires protestants. Le 2 février, sortie de l'ours ; le 3, la Saint-Blaise, fête de l'ours, mais aussi des batteurs en grange et des cardeurs. Ils se retrouvent bientôt 600, chiffre énorme et manifestement exagéré par Guérin. Toujours est-il qu'un grand défilé d'hommes armés, marchant derrière l'ours, artisans, ouvriers, travailleurs indépendants et salariés, cardeurs et autres, se fait de plus en plus menaçant. Entreprise de subversion, dont l'intérêt - relevé par Le Roy Ladurie, et essentiel à notre propos - est que cette révolte épouse point par point les traits du programme folklorique traditionnel. C'est ainsi que les hommes du défilé de la draperie "courent le mouton" (Jean-Claude Margolin, Quelques figures de l'ours à la Renaissance, Le Monde animal au temps de la Renaissance, 1990 - books.google.fr).

 

Cardeur qui carde (peigne) avec les cardes (cardus - gond, pointe, pivot - : tête épineuse de la cardère ou chardon à foulon) : cf. cardinal (Adolphe Hatzfeld, Dictionnaire général de la langue française du commencement du XVIIe siècle jusqu'à nos jours, Tome 1, 1890 - books.google.fr).

 

"Liqueduct"et "desarmé"

 

"liquis" de "obliquis" : oblique ; et "duct" de ducere : conduire (Gaffiot).

 

Au savant Palémon, au docte Encéladus,

Pour les pénibles soins qu’exige la grammaire,

Du rhéteur seulement accorde le salaire ?

Et pourtant, sur ce fruit de leur triste labeur,

Il leur faut, sans compter le droit du gouverneur,

Mettre encor de côté la port de l’économe.

Que faire, Palémon ? céder, et sur ta somme

Souffrir, comme un marchand, cet insolent rabais :

Trop heureux si, touchant le reste sans délais,

Tu n’as pas vu périr tout le fruit de ta peine !

Si, quand le forgeron et le cardeur de laine (Qui docet obliquo lanam deducere ferro)

Goûtaient tranquillement un paisible sommeil

Toi, devançant de loin le lever du soleil,

Au milieu des grimauds qui gâtaient, dans ta classe,

Les chefs d’œuvre enfumés de Virgile et d’Horace,

Tu n’as pas, sans profit, en ton grenier obscur,

D’un fétide lambris respiré l’air impur ! (Juvénal, Satire VII) (Oeuvres Complètes d'Horace, de Juvénal, de Perse, de Sulpicia, de Turnus, de Catulle, de Properce, de Gallus et Maximien, de Tibulle, de Phèdre, de Syrus, avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. Nisard, 1843 - www.google.fr/books/edition).

 

Dès la fin du XIIe siècle, on voit des marchands et drapiers languedociens – ceux de Limoux, par exemple – aller acheter directement de la laine dans les hautes vallées, toutes proches, des Pyrénées catalanes ; ils fréquentent à cette époque les foires de Puigcerdà, où ils acquièrent notamment de la laine déjà battue à l'arc ou filée. Deux ordonnances de Toulouse mentionnent d'ailleurs un type de filé de laine «vocatum de Arle», apporté d'Arles-sur-Tech, même si c'est pour l'interdire dans la fabrication des draps de laine et sarges. À la fin du XIVe siècle, le marchand et drapier narbonnais Jacme Olivier importe aussi, à l'occasion, «de la laine d'Aragon moyenne» qui arrive par Perpignan. Sont également importées régulièrement en Languedoc des laines de Barcelone et de Majorque (Dominique Cardon, La draperie au Moyen Age, essor d'une grande industrie européenne, 1999 - www.google.fr/books/edition).

 

A Luz, dans les Pyrénées, lors de la fête de l'ours, l'Ours n'apparaît que le Jeudi Gras ; son conducteur porte un masque peint et un collier de laine rouge et verte (Pierre Brulé, De Brauron aux Pyrénées et retour : dans les pattes de l'ours, Dialogues d'histoire ancienne 16/2, Numéro 2, 1990 - www.google.fr/books/edition).

 

Janvier 1539, prohibition pour les draps du Roussillon, de la Catalogne, de l'Aragon et de la Castille. 1540, les marchandises espagnoles n'obtiennent le transit par la France qu'à la condition de payer les droits de la douane de Lyon (Antoine Élisabeth Cléophas Dareste de La Chavanne, Histoire de l'administration en France et des progrès du pouvoir royal, depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu'à la mort de Louis XIV, etc, Tome 2, 1848 - books.google.fr).

 

La laine est la seconde marchandise après le fer à figurer dans les exportations. Les Comtés, la Cerdagne et le Capcir en particulier, sont d'excellentes terres d'élevage. Les Roussillonnais doivent déclarer la laine qu'ils obtiennent après la tonte auprès des comptoirs fiscaux. Il s'agit d'une mesure pour évaluer les quantités de laine afin de limiter la fraude. Ainsi, dans la visite de 1629, on trouve cette remarque : «les éleveurs et autres gens qui ont des bestiaux de laine dans les 8 lieues autour de la frontière de France, sont tenus et obligés de déclarer intégralement toutes fraudes cessantes dans le comptoir fiscal le plus proche, deux jours après avoir extrait la laine de leurs bestiaux conformément au chapitre 26 des nouvelles ordonnances des députés publiées dans la présente ville le 1er février 1627... » (Gilbert Larguier, Douanes, États et Frontières dans l’Est des Pyrénées de l’Antiquité à nos jours, 2019 - books.google.fr).

 

Compte très largement tenu de la hausse des prix, le rapport entre le règne de Charles Quint et celui de Philippe II se situe bien dans la relation de 1 à 4. En un mot, le miracle de la monnaie dure [qui garde sa valeur] tient de 1520 à 1540 presque exclusivement à la laine, de 1540 à 1560, à la laine et à l'or, de 1560 à 1600, à la laine et à l'or de moins en moins et presque exclusivement, à partir de 1580-1590, à l'argent des mines du Potosi et de la Nouvelle-Espagne (Pierre Chaunu, L'Espagne de Charles Quint, Tomes 1, 1973 - books.google.fr).

 

On a exagéré la volonté protectionniste de Charles Quint. Ainsi le Traité de Madrid du 14 janvier 1526 entre Charles Quint et François Ier stipule que les draps de France pourront entrer librement en Espagne, mais que les draps fabriqués en Roussillon, Cerdane, Catalogne, et autres lieux de la Couronne d'Aragon ne pourront être introduits en France, si ce n'est pour y transiter. En réalité, Charles Quint étant né aux Pays-Bas, y ayant été élevé, a toujours voulu garder des relations privilégiées avec les Pays-Bas, pays pauvre, dépendant de l'étranger, et qui connaissait un régime de liberté commerciale. En outre, son autorité s'exerçait sur des nombreux territoires, et il ne pouvait donc pas leur imposer un régime trop protectionniste, car cela aurait nuit à l'ensemble des relations entre ces pays (Gabriel Poulalion, Histoire de la pensée économique des origines à nos jours, 1994 - www.google.fr/books/edition).

 

On dit armer ou monter un métier, pour indiquer les dispositions des éléments, du nombre de lames nécessaires et de leur mode d'assemblage avec les leviers destinés à les faire mouvoir (M. Alcan, Traité du travail des laines notions historiques, Tome 2, 1866 - books.google.fr).

 

Une valeur technique autonome est, d'après l'armure de la navette et celle des lisses du métier à tisser (où armure équivaut à «structure des pièces de renfort»), le sens de «contexture (d'un tissu)» (1751), d'où «mode d'entrelacement des fils de chaîne (longitudinaux) et des fils de trame (transversaux, perpendiculaires aux lisières) qui constituent la structure d'un tissu.

 

Le mot «armure» vient du verbe «armer», avec le sens «d'équiper» ; s'appliquant au métier à tisser, il évoque la ligature des divers organes de commande (Jean-Pierre Jelmini, Caroline Junier Clerc, Roland Kaehr, La Soie: recueil d'articles sur l'art et l'histoire de la soie, 1986 - books.google.fr).

 

"monstre(s), double"

 

Adam de Craponne avait construit, de 1554 à 1558, le canal d'irrigation qui porte son nom. Parti de Cadenet, il se divisait au Sud en deux branches : l'une rejoignant le Rhône à Arles, l'autre atteignant l'étang de Berre. Cet ouvrage permit d'irriguer une partie de la Crau grâce aux eaux de la Durance (Les Oisivetés de Monsieur de Vauban: Ou ramas de plusieurs mémoires de sa façon sur différents sujets, 2013 - books.google.fr).

 

Or c'est tout près de là qu'en 1598 (?), lors du percement du canal de Craponne, on découvrit, dans les fondations du moulin à eau du canal, l'effigie en marbre d'une curieuse idole : nous n'en connaissons que le torse, marqué des signes du zodiaque et enlacé dans les plis d'un énorme serpent. C'est un Chronos léontocephale décapité, divinité associée au culte de Mithra, culte très répandu parmi les légionnaires romains, et qui comportait l'aspersion des fidèles avec le sang des victimes. Mais ces victimes n'étaient que de jeunes taureaux . Il n'est donc pas absurde d'imaginer que la légende des sacrifices humains a pu naître de la confusion entre les mots juvenes (jeunes gens) et juvenci (jeunes taureaux). Il n'en reste pas moins que la tradition de sacrifices humains est très vivace. Certaines «variantes» la situent d'ailleurs en d'autres endroits : à l'emplacement de la Major et aux pieds des Deux Veuves. On peut donc également penser que cette tradition est antérieure à l'occupation romaine (Guide de la Provence mystérieuse, 1965 - www.google.fr/books/edition).

 

La statue était entreposée dans la cuisine de l'hôtel Delhoste, près de Sainte-Croix. Elle fut vendue par Mme Bougarel, veuve Delhoste, à un tailleur puis à Ignace Amat de Graveson (1653-1714) en 1690 qui fit graver vers 1710, sur le socle, Esculape Egyptien. Il réunit également médailles et objets archéologiques de provenance locale, dont l'urne "Tibi vita", urne de verre avec lettres d'or qui selon lui s'adressait au spectateur par ces mots : "Ta vie est fragile comme moi". Sa collection fut dispersée après son décès des suites de la peste. La ville racheta "l'Esculape" (Le Goût de l'antiguité, quatre siecles d'archeologie arlésienne, 1990 - www.google.fr/books/edition).

 

Typologie

 

Le report de 2080 sur la date pivot 1558 donne 1036.

 

Acquisition du royaume d'Arles (1033). Les troubles de l'Allemagne le rappelèrent dans ses États. Rodolphe III, roi d'Arles, avait renouvelé, en 1026, en faveur de Conrad II l'acte par lequel il avait promis son royaume à Henri II en 1016. Ernest de Souabe, proche parent de Rodolphe, protesta contre cet acte et prit les armes (1027). Conrad triompha de cette révolte et, à la mort de Rodolphe, se mit en possession du royaume d'Arles (1033), dont les nombreux fiefs relevèrent désormais directement des empereurs. Deux ans après cette acquisition, Conrad restitua au roi de Danemark la marche de Sleswig; l'Eyder redevint de ce côté la limite de l'empire.

 

Seconde expédition d'Italie. Édit de Pavie (1037). L'Italie continuait de s'agiter. Conrad II y reparut en 1036. L'autorité impériale étant sans cesse ébranlée dans la péninsule, il chercha à la fortifier en assurant aux vavasseurs, opprimés par leurs suzerains, l'hérédité de leurs fiefs (édit de Pavie, 1037). Cette ordonnance fut fatale à la puissance des grands feudataires; ceux-ci ne purent plus dépouiller la petite noblesse que l'empereur espéra par là s'attacher. C'est dans le même but que les Othons avaient encouragé les villes italiennes à se donner des constitutions municipales et protégé leur indépendance (Félix Oger, Cours d'histoire générale à l'usage des lycées, des candidats à l'école militaire de Saint-Cyr et des aspirants aux baccalauréats ès lettres et ès sciences, 1863 - books.google.fr).

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