Habet Aurum Americanum

Habet Aurum Americanum

 

VIII, 28

 

2050-2051

 

Les simulacres d'or et d'argent enflez,

Qu'apres le rapt au lac furent gettez,

Au descouvert estaincts tous et troublez,

Au marbre escript, prescript intergetez.

 

VIII, 29

 

2051-2052

 

Au quart pillier l'on sacre a Saturne,

Par tremblant terre et deluge fendu.

Soubz l'edifice Saturnin trouuee urne,

D'or Capion ravy et puis rendu.

 

VIII, 30

 

2052

 

Dedans Tholoze non loing de Beluzer,

Faisant un puys loing, palais d'espectacle,

Tresor trouvé un chacun ira vexer,

Et en deux locz et pres de l'vsacle.

 

Après Caton, qui fait une apparition au quatrain VIII, 26 et qui mate une révolte ibère en -196/-195, on redescend le temps avec Quintus Servilius Caepio, proconsul en Gaule en -105.

 

L’or de Toulouse

 

Les Kimro-Teutons résolurent la conquête de la Province. Leurs premiers efforts pour y pénétrer ne furent point heureux. Les Gaulois provinciaux, effrayés des cruautés commises contre les Gaëls indépendants, aidèrent énergiquement les Romains à défendre la ligne du Rhône et des Cévennes (108 av. J.-C.). L'année d'après, les hordes combinèrent mieux leur plan : la tribu helvète des Tigurins, forte d'une vingtaine de mille hommes, se chargea de pénétrer chez les Allobroges par Genève, tandis que la grande armée attaquait par le Rhône inférieur. Le consul L. Cassius et son lieutenant A. Scaurus voulurent faire face aux deux irruptions. Cassius n'arriva point à temps pour fermer les passages du Jura : il fut défait et tué au bord du lac Léman, et les débris de ses légions n'obtinrent la vie qu'en passant sous le joug des Tigurins, honte que Rome n'avait subie que deux ou trois fois à peine dans ses guerres les plus désastreuses, et que rendait plus poignante le petit nombre des vainqueurs. Scaurus, plus malheureux que Cassius, tomba vivant au pouvoir des barbares, après avoir vu son armée mise en pleine déroute (107 av. J.-C.). Les chefs Gallo-teutons agitèrent alors la question de l'entrée en Italie : le prestige du nom de Rome était dissipé; les Romains, déjà quatre fois vaincus, devaient être facilement subjugués ou exterminés. Les chefs interrogèrent leur captif Scaurus sur les forces de son pays : le lieutenant consulaire les menaça de la vengeance de Rome, comme si cent mille légionnaires eussent été là pour soutenir sa harangue de leurs armes. « Ne passez pas les Alpes, s'écria-t-il, ne mettez pas le pied en Italie, car ma patrie est invincible! » Pris d'un de ces accès de colère fréquents chez les héros barbares, Boïo-Righ, brenn des Kimris, abattit Scaurus à ses pieds d'un revers de sabre. Cependant il fut décidé qu'on ne franchirait pas les barrières de l'Italie avant d'avoir expulsé les Romains de la Province, et qu'on tâcherait de tourner les indigènes contre leurs maîtres. Les plus maltraités des sujets provinciaux commencèrent à prêter l'oreille en secret aux émissaires des hordes. Les Volkes Tectosages, irrités de ce que les Romains avaient mis garnison dans leur capitale (Toulouse), surprirent et firent prisonnière cette garnison, et renoncèrent à l'alliance du peuple romain pour celle des Gallo-Teutons. Ils eurent à s'en repentir : le consul Q. Servilius Cépion marcha sur Toulouse, la surprit par la trahison de quelques habitants du parti romain, et la livra au pillage. Toulouse était une des villes saintes de la Gaule; d'immenses trésors étaient accumulés dans ses némèdes et au fond de son étang sacré : lingots arrachés aux entrailles des Pyrénées et des Cévennes, offrandes envoyées de toute la Gaule au sanctuaire révéré du dieu Bélen, dépouilles même du temple de Delphes, devinrent la proie de l'avide consul et de ses légions (106 av. J.-C.). Les historiens anciens font monter le butin à des sommes qui semblent fabuleuses. Cépion s'en appropria frauduleusement la plus grande partie. [...] Strabon, d'après Posidonius (IV, p. 188), parle de 15,000 talents; Justin (XXXI, 3), de 110,000 livres d'or et de 150,000 livres d'argent. Et encore retrouva-t-on de grandes masses métalliques au fond du lac sacré, lorsque, plus tard, on le dessécha, On croit que cet étang était sur l'emplacement de l'église Saint-Cernin. [...] Cépion jouit peu de ces trésors. Les barbares s'apprêtèrent à venger Toulouse : l'année suivante, ils franchirent les Cévennes. Cépion et un nouveau consul, Manlius, se portèrent au devant d'eux avec deux armées. Ils n'eurent affaire qu'à la moitié de la grande horde : les Kimris et les Ambrons n'attendirent pas les Teutons et les Tigurins pour assaillir les deux camps romains. Cette fois, l'impétueux courage des Gaulois triompha de la discipline des légionnaires, mal dirigés par deux généraux médiocres et jaloux l'un de l'autre : quatre-vingt mille soldats romains et auxiliaires et quarante mille esclaves ou valets d'armée jonchèrent de leurs cadavres les rives de ce Rhône qu'avaient déjà rougi tant de scènes de carnage. Tout fut exterminé, jusqu'aux chevaux et aux bêtes de somme. Les Gaulois avaient voué l'armée romaine tout entière au dieu des batailles; il n'y eut ni butin pour le vainqueur, ni miséricorde pour le vaincu : tout ce qui était Romain ou avait appartenu aux Romains fut sabré, pendu ou précipité dans le Rhône; les armes mêmes et les habits des vaincus furent mis en pièces. On n'épargna que dix hommes pour les envoyer porter en Italie la nouvelle de la bataille (6 oct. 105 av. J.-C.). C'était la plus sanglante victoire qu'eût jamais remportée la race gauloise. Cépion, échappé par miracle au massacre, alla mourir dans la misère en Asie : l'or de Toulouse semblait avoir été funeste à ses ravisseurs, et il en resta dans Rome un proverbe fameux (Henri Martin, Histoire de France depuis les temps les plus réculés jusqu'en 1789, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

 

Habet Aurum Tolosanum (il a l'Or de Toulouse) lors qu'on vouloit dire de quelqu'un que toute sorte de malheur l'acompagnoit (Annales de la ville de Toulouse, Tome 1, 1687 - books.google.fr).

 

Quintus Servilius Caepio

 

Il est membre de la famille patricienne des Servilii, qui occupent de hautes magistratures tout au long de la République romaine. Il est le fils de Quintus Servilius Caepio, consul en 140 et le neveu de Cnaeus Servilius Caepio, consul en 141 et censeur en 125 av. J.-C. En 129 et 128, il est tribun militaire. Il sert sous le consul puis proconsul Manius Aquilius en Asie, où celui-ci est chargé d'achever la guerre contre Aristonicos, qui prétend au trône de Pergame. En l'an 1092, il est préteur puis il est propréteur les deux années suivantes en Hispanie ultérieure, à l'instar de son père. Il obtient peut-être le triomphe pour ses opérations en Hispanie à la fin de l'année 107 si l'on en croit Valère Maxime.

 

Les procédures entamées contre Cépion sont mal connues et les dates incertaines. Elles s'inscrivent aussi dans un contexte politique particulièrement agité, opposant l'aristocratie sénatoriale conservatrice menée par les Caecilii Metelli et le princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus, qui soutiennent une politique anti-gracchienne, et un certain nombre de tribuns de la plèbe populares sur lesquels s'appuie Caius Marius.

 

L'imperium proconsulaire de Cépion est abrogée par plébiscite, ce qui est historique, probablement sur proposition du tribun de la plèbe Caius Norbanus nouvellement élu pour l'année à venir. Il est possible que ce soit lors des échauffourées survenues à la mise en accusation que le princeps senatus Marcus Aemilius Scaurus est blessé par des jets de pierre. Une commission d'enquête est mise en place pour savoir ce qu'il est advenu de l'or de Toulouse. Cépion est vraisemblablement condamné, et ses biens confisqués.

 

En 103, Cépion est accusé cette fois-ci de haute trahison pour sa conduite ayant mené au désastre de la bataille d'Orange. L'accusation est probablement menée par un des tribuns de l'année, Lucius Appuleius Saturninus, et Cépion est déchu de sa citoyenneté romaine, il doit payer 15000 talents d'amende, et est condamné à l'exil. Cnaeus Mallius Maximus est condamné pour haute trahison par une accusation menée par Saturninus et doit aussi s'exiler. Saturninus fait aussi passer une loi agraire en faveur des vétérans de Caius Marius, consul de 104 à 101 grâce notamment à Lucius Appuleius Saturninus et Caius Servilius Glaucia. Quintus Caecilius Metellus Numidicus, un des chefs de l'aristocratie sénatoriale conservatrice, notamment allié de Scaurus, tente lors de sa censure de 102 de faire exclure Saturninus et Glaucia du Sénat.

 

Cépion s'exile à Smyrne en Asie mineure, selon Cicéron, contemporain des évènements, où il passe le reste de sa vie (fr.wikipedia.org - Quintus Servilius Caepio (consul en -106)).

 

Typologie

 

Le report de 2052 sur la date pivot -105 donne -2262.

 

Selon le comput samaritain, cette date tombe pendant la vie de Phaleg, où se fit la dispersion de l'humanité sur la terre, et de son frère Jectan (Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'hist. univers., sacrée et proph., ecclésiast. et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1762, 1763 - books.google.fr).

 

Une autre hypothèse, vraiment fantastique, était adoptée, même par de grands esprits comme l'humaniste Benito Arias Montano (1527-1598) : les Indiens descendraient d'Ophir, fils de Jectan, fils lui-même d'Heber (le premier des Hébreux). L'argument invoqué était que le mot "Ophir" est composé des mêmes lettres que Pérou ("Phiru") car le ph en hébreu se prononce p ; et le o avait facilement évolué vers le u - ou ! On disait aussi que le mot de "Jectan" avait une analogie évidente avec le "Yucatan" ! Autre hypothèse encore : les Indiens du Nouveau Monde auraient reçu la prédication de l'apôtre Thomas. Saint Thomas, d'après une très ancienne tradition, avait évangélisé l'Inde et y serait enseveli. Or l'on continua à croire, tout au ong du XVIème siècle , que les Indes occidentales étaient rattachées à l'Asie. Ce furent surtout les jésuites qui cherchèrent à savoir si quelque souvenir de l'Apôtre avait persisté dans le Nouveau Monde. Ainsi le Père Nobrega, installé au Brésil vers 1540, y fit des enquêtes dont le résultat parut positif : "Les naturels du Brésil ont connaissance de saint Thomas qu'ils appellent padre Zume ; c'est pour eux une tradition venue des Anciens que celui-ci parcourut ces régions et que l'on peut apercevoir la trace de ses pas et aussi de ses doigts en un certain lieu où je l'ai constaté moi-même". Certains missionnaires s'avisèrent même d'identifier saint Thomas avec Quetzacoatl ! Le chroniqueur Fernandez de Oviedo est sans doute le premier à avoir suggéré, dans son Historia (1535) que les îles découvertes par Colomb n'étaient autres que les Hespérides des Anciens. Cet archipel aurait tenu son nom d'Hesperus, roi d'Espagne avant la destruction de Troie. La découverte du Génois aurait donc été une redécouverte (John Alexander Dickinson, Marianne Mahn-Lot, 1492-1992: les Européens découvrent l'Amérique, 1991 - books.google.fr).

 

L'or américain

 

Dans la veine espagnole des quatrains précédents.

 

Alors que partout ailleurs en Europe, l'afflux d'or du Nouveau Monde a provoqué des changements radicaux, en Espagne, paradoxalement, il a contribué au maintien d'un système féodal obsolète : en Amérique, occupation des terres, asservissement des population, enlèvement des trésors ; en Espagne même, financement de la politique extérieure par le trésor américain, et mise à l'écart d'une bourgeoisie d'affaires qui aurait pu sortir le pays du féodalisme. Don Quichotte incarne, par son obsession chevaleresque, cet irréalisme espagnol (philo-lettres.fr).

 

Le Siècle d'or espagnol (Siglo de Oro en espagnol) est la période de rayonnement culturel de la monarchie catholique espagnole en Europe du XVIe au XVIIe siècle (1492-1681). Cette période de grande vitalité littéraire et artistique en Espagne et dans les pays hispanophones d'Amérique latine coïncide avec le déclin politique et la fin de la dynastie Habsbourg en Espagne avec Philippe III, Philippe IV et Charles II.

 

Généralement, on ne fait pas commencer le Siècle d'or avant 1492, année marquante pour l'Espagne, qui coïncide avec la fin de la Reconquista, les voyages de Christophe Colomb au Nouveau monde pour le compte de la Couronne de Castille et la publication par Antonio de Nebrija de la première grammaire castillane. Pour ce qui est de la fin du Siècle d'or, la limite adoptée peut être la reconnaissance de l'indépendance des Provinces-Unies par les Habsbourg d'Espagne, survenue en 1648, ou bien la mort du poète et dramaturge Pedro Calderón, en 1681 (fr.wikipedia.org - Siècle d'or espagnol).

 

On peut mettre en équivalence "l'or de Toulouse" et "l'or d'Amérique" qui a maintenu l'Espagne dans une dépendance improductive, origine de son appauvrissement et de sa perte d'influence dans les siècles suivants : "Habet Aurum Americanum".

 

Imprimerie

 

Au XVIe siècle, l'arrivée de l'or d'Amérique bouleversa l'économie européenne, entraînant une très grave crise. On assista alors à des luttes sociales sans précédent. Les ouvriers imprimeurs, pour ne citer que ceux-là, déclenchèrent une grève qui dura trois ans (Jean-Louis Brau, Comment comprendre le syndicalisme, 1978 - books.google.fr).

 

La grande grève qui agita l'imprimerie parisienne et lyonnaise en 1539, semblait devoir être terminée par l'Édit donné à Villers-Cotterets, le 31 août 1539. Il n'en fut rien. A Paris les compagnons imprimeurs présentèrent requête au Conseil du roi, pour s'opposer à l'exécution de l'article 3 de cet édit, qui donnait aux maîtres le droit d'avoir à chaque presse autant d'apprentis qu'il leur conviendrait ; par lettres du 19 novembre 1541, François Ier maintint dans ce droit les maîtres imprimeurs parisiens. L'édit du 28 décembre 1541 déclarait applicables à Lyon les prescriptions promulguées pour Paris. Mais les compagnons lyonnais avaient la tête dure. Ils firent opposition à la publication de cet édit et «voulant continuer leurs monopoles, troubles et discords», ils attaquèrent de nouveau cet article 3. Les consuls de Lyon s'adressèrent au roi pour le prier d'intervenir, ce qu'il fit par «lettres-patentes portant commission au Sénéchal de Lyon, adressées pour l'observation et l'entretènement de l'Édit», datées de Neauphle, le 19 juillet 1542. Le roi, qui était résolu à «régler lesdits imprimeurs de Lyon, comme iceux de Paris, avec ordonnances ou constitutions semblables pour l'exercice de leur art», ne pouvait que donner raison aux consuls et, par là, aux maîtres imprimeurs eux-mêmes. Il se contenta de reproduire les considérants dont il s'était servi pour Paris ; il confirma de nouveau l'article 3, annula toutes les oppositions faites ou à faire par les compagnons contre les maitres ; défense est faite aux compagnons de Lyon comme à ceux de Paris de se cotiser pour plaider contre l'édit. Lues et enregistrées en la sénéchaussée de Lyon, le 12 août 1542, ces lettres-patentes n'eurent, pas plus que les édits antérieurs, pour effet d'imposer définitivement silence aux parties. Les compagnons imprimeurs appelèrent de la publication de ces lettres, et ils eurent l'habileté d'intéresser à leur cause le procureur du roi en la sénéchaussée de Lyon ; celui-ci se porta aussi «appellant de ladite publication et ordonnance faite en son absence et sans qu'il fût ouï». Voilà donc le Parlement de Paris amené à s'occuper de nouveau de cette interminable question. On craignait, sans doute, que la Cour ne se montrât favorable aux compagnons, du moins sur l'article de la limitation du nombre des apprentis : les compagnons ne faisaient que demander l'extension à leur industrie d'une règle qui était en vigueur dans tous les métiers jurés. Toujours, est-il que, le 2 septembre, les consuls de Lyon présentèrent une requête au Conseil privé, pour faire déclarer nuls et de nul effet les appels interjetés en cour de Parlement par le procureur du roi et les compagnons imprimeurs. Le Conseil privé fit comparaître les procureurs des consuls et des compagnons. La ville de Lyon présenta la défense de l'Édit, les compagnons l'attaquèrent, en s'appuyant sur divers arrêts rendus par le Parlement. Une nouvelle enquête eut lieu, à la suite de laquelle, le 7 janvier 1543, le roi évoqua les deux procès pendants, l'un en Parlement, l'autre en Conseil privé, et renvoya les parties devant le Grand-Conseil, pour le 15 février. Ce nouveau procès fut encore fort long. Le Conseil ne retint la connaissance de l'affaire que le 19 mars 1543 . Le procureur des ouvriers était Michel Sosson, nous ignorons qui représentait les consuls ; il paraît que seuls les consuls produisirent leurs dires, les ouvriers s'y refusèrent. Le 13 mars 1544, après plus d'un an d'attente, on donna un dernier délai d'un mois à Sosson. Alors les ouvriers, qui évidemment avaient voulu traîner les choses en longueur, se décidèrent enfin à faire comme leurs adversaires, et la sentence fut prononcée le 11 septembre 1544. Après un long préambule qui résume toute l'histoire de cette querelle, le roi rappelle et maintient tous ses édits antérieurs ; il met à néant les appels des compagnons et de son propre procureur, et les condamne aux dépens. Enfin, il «fait défense, sur peine de cent marcs d'or à nous appliquer et autres amendes arbitraires, de ne contrevenir en aucune matière à iceluy Edict». La défaite des ouvriers imprimeurs était complète cette fois, et paraissait irrémédiable (Aimé Vingtrinier, Les incunables de la ville de Lyon et les premiers débuts de l'imprimerie, 1890 - books.google.fr).

 

Le concile de Trente avait déclaré la Vulgate intangible ; mais il s'ajouta à cela, en Espagne, que l'exégèse hébraïque devint de plus en plus suspecte car elle rappelait un passé de judaïté dont on voulait se défaire. On peut donc s'étonner que Philippe II ait patronné la Bible polyglotte d'Anvers, publiée en 1572 sous la direction d'Arias Montano. C'est que le roi avait conçu l'affaire comme une opération de prestige, dans le prolongement de la Bible polyglotte d'Alcalá (1517). Mais comme cela avait été le cas pour Cisneros avec celle-ci, Philippe II s'opposa tout net à ce qu'Arias Montano et son équipe modifient la Vulgate en fonction des textes hébreu, araméen et grec publiés sur les trois premières colonnes. Malgré cette précaution, la Bible ne fut approuvée par Rome qu'en 1576 et à contrecœur (Histoire du christianisme, Tome 8 : Le temps des confessions (1530-1620), 1992 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VIII, 26.

 

L'entreprise la plus ambitieuse de Plantin a été la production d'une Bible polyglotte destinée à remplacer la Bible d'Alcalá, épuisée et vieillie

 

L'imprimeur Christophe Plantin, d'origine française, est possiblement le "grand bastard du grand du Maine" du quatrain IX, 19 - La Roche du Maine - Saint Quentin - 2117-2118. Une légende en, fait en effet l'enfant naturel de Charles de Tiercelin de La Roche du Maine. Le "grand bâtard" est aussi un type de papier en usage au XVIème siècle par les imprimeurs.

 

La responsabilité scientifique de la Biblia Regia ou Biblia Regia de Arias Montano fut assumée pleinement par l'humaniste d'Estrémadure secondé en son travail par François Raphelengius, beau-fils de Plantin, versé dans les Saintes Ecritures et Guido Fabricus Broderianus (Guy Le Fevre de la Broderie), tous deux spécialisés également dans les langues orientales, avec d'autres théologiens de l'Université de Louvain et des hommes de lettres en relations avec Plantin. Arias Montano arriva à Anvers en mai 1568 ; il avait alors quarante ans. Aussitôt, il se mit à l'oeuvre : le 17 mai on tirait la première épreuve ; le 9 juin 1572 Plantin écrit à Arias Montano à ce moment à Rome “Nos laus Deo, omnia absolvimus quae ad Biblia regia pertinet". On imprima 1213 exemplaires, dont 13 sur vélin, le reste sur papier de qualités variées. Les exemplaires sur vélin furent commandés et distribués directement par Philippe II (Amalia Sarriá Rueda, Claudine Lemaire, Les rois bibliophiles, 1985 - books.google.fr).

 

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