Raymond-Roger comte de Foix

Raymond-Roger comte de Foix

 

VIII, 80

 

2088-2089

 

Des innocens le sang de vefue & vierge,

Tant de maux faits par moyen se grand Roge :

Saints simulachres trempez en ardant cierge,

De frayeur crainte ne verra nul que boge.

 

"Roge" : Roger

 

Raymond-Roger de Foix est soupçonné d'hérésie mais réussit à sortir la tête haute des accusations portées contre lui. Il est vrai que, bien que catholique, il fut très lié au catharisme par sa sœur, Esclarmonde de Foix, et sa femme Philippa qui dirigeait la maison de Dun, dans les Pyrénées, réservée à l'éducation des jeunes filles et à la retraite des ministres chargés de l'enseignement cathare. Il assiste au Colloque de Pamiers, dernier grand débat contradictoire entre Cathares et Catholiques, en 1207.

 

De reste, dès la prise de Carcassonne en 1209 par Simon de Montfort, il se rangera du côté des Comtes de Toulouse et s'opposera aux croisés pendant la croisade des Albigeois. Il commence par reprendre Preixan puis il punit les bourgeois de Pamiers qu'il fait emprisonner dans son donjon de Foix. Deux années plus tard, il sera victorieux à la bataille de Montgey. Toutefois, les croisés ripostent et assiègent à quatre reprises son château. En 1214, Raymond-Roger se soumet et son château est confié en gage au légat du pape qui le remettra à Simon de Montfort.

 

Par la suite, il soutient la rébellion menée par Raymond VII de Toulouse et prend part au siège de Toulouse commencé en septembre 1217 où Simon de Montfort trouvera la mort, le 25 juin 1218. Cette guerre de reconquête lui permet de rentrer à nouveau dans son château en 1218.

 

À son décès en 1223, le comte avait récupéré tous ses domaines à l'exception de Mirepoix où il mourut pendant le siège de la place forte (fr.wikipedia.org - Raymond-Roger de Foix).

 

Droit à la libre recherche, affirmation de l'évolution sans arrêt de l'esprit qui conditionne l'histoire, attitude compréhensive à l'égard du doute, tout cela se retrouve dans la trame spirituelle de la grande fresque historique qu'est le poème des Albigeois en même temps que la haine de Lenau (1802 - 1850), pour le despotisme lui inspire des accents révolutionnaires qui ne devancent que de quelques années l'explosion de 1848. La maîtrise avec laquelle le poète autrichien décrit les scènes d'horreur qui resteront la tache indélébile de la croisade des Albigeois, son évocation de l'assaut manqué de Carcassonne et de l'incendie de Béziers, le relief qu'il sait donner aux figures principales de cette sombre page d'histoire, au fanatique de la profanation qu'est Raymond Roger Comte de Foix, au sanguinaire poliorcète qu'est Simon de Montfort, au grand pape Innocent III, que les exécuteurs de ses volontés entraînent dans la répression au delà de ses propres visées [?], autant de réalisations qui attestent que le grand lyrique que fut Lenau avait l'étoffe d'un poète épique et dramatique de premier plan (Léon van Vassenhove, Essais sur la littérature autrichienne, 1957 - www.google.fr/books/edition, fr.wikipedia.org - Nikolaus Lenau).

 

L'Ă©glise de Valltarga figure en effet sur la liste des sanctuaires cerdans profanĂ©s et saccagĂ©s par les troupes du comte de Foix, Raymond-Roger, dans les dernières annĂ©es du XIIe siècle, vraisemblablement en 1198. Un mĂ©moire adressĂ© Ă  l'archevĂŞque de Tarragone sur les excès commis dans l'Ă©vĂŞchĂ© d'Urgel par les brigands Ă  la solde du comte, nous montre les Ă©glises forcĂ©es, vidĂ©es de leur mobilier, des livres, des ornements et des vases sacrĂ©s, les biens du clergĂ© pillĂ©s, les prĂŞtres frappĂ©s et emmenĂ©s en captivitĂ©, les châsses brisĂ©es, les reliques dispersĂ©es, les hosties jetĂ©es au fumier. Tel devait ĂŞtre vraisemblablement le spectacle de dĂ©solation que prĂ©sentait l'Ă©glise de Valltarga après la tourmente : Item fregerunt ecclesiam de Baltarga et abstrarerunt inde bladum et alia bona ipsius clerici (Marcel Durliat, L'atelier de MaĂ®tre Alexandre en Roussillon et en Cerdagne, Études roussillonnaises, Volume 1, 1951 - www.google.fr/books/edition).

 

C'est le fils de Raymond Roger qui est appelé "Le Grand", Roger Bernard ou Roger IV (Nouvelle encyclopédie théologique, Volume 49, 1854 - www.google.fr/books/edition).

 

"boge"

 

Le Père Bouge, augustin, dans son Histoire civile et ecclésiastique du diocèse de Carcassonne (1741), va jusqu'à 1740 (J. M. S. Daurignac, Histoire de Saint Jean-François de Régis, de la Compagnie de Jésus, apôtre du Velay et du Vivarais, 1862 - www.google.fr/books/edition).

 

Roger II, quatrième comte de Foix. L'historien Bouge rapporte un combat sanglant entre ce Roger et Bernard-Atton, de Carcassonne. Choc d'infanterie et de cavalerie. Mort en 1121. Ayant fait un voyage en Terre-Sainte, à son retour il donna le nom de Pamiers, Apamée, à la bourgade de Frédélas (Henri Louis Duclos, Histoire des Ariégeois, 1882 - www.google.fr/books/edition).

 

"boge" et "Roge" : rimes

 

Dans le Roman de Thèbes, inspirĂ© de la ThĂ©baĂŻde de Stace, la rime boge/roge apparaĂ®t dans la descreiption de la tente de l'Argien Adraste en guerre contre la ville grecque de Thèbes :

 

Colombe ot une en mé la boge,

D'ivuére fu et teinte roge,

Que sostint l'aigle et l'escharboncle (vv. 4053-4055)

 

Si l'on examine de près la religion dans le Roman de Thèbes, on s'aperçoit que les Argiens pratiquent une sorte de christianisme et que les ThĂ©bains adorent des idoles En fait, les choses sont un peu plus complexes : le paganisme est bien la religion des deux camps; l'auteur met seulement moins d'insistance Ă  Ă©voquer l'idolâtrie des «Grecs» et s'acharne Ă  souligner celle des ThĂ©bains. Toutefois, quand il s'agit d'une cĂ©rĂ©monie funèbre honorant un personnage de haut rang (service funĂ©raire d'Athon, vv. 6147 sqq.), ou dès qu'il est question de pĂ©chĂ© et d'expiation, apparaissent des rituels chrĂ©tiens, parce qu'on ne peut, au XIIe siècle, concevoir de repentance autre qu'un repentir pĂ©nitent, et que toute croyance en l'immortalitĂ© prend pour les gens du Moyen Age l'aspect d'une intuition prĂ©-chrĂ©tienne : d'oĂą la prĂ©sence, autour cercueil d'Athon, de prĂŞtres-poètes rĂ©citant la commandatio animae. Apollin est adorĂ© Ă  Thèbes (vv. 1928 et 4033) : avatar significatif d'Apollon, dĂ©sormais confondu avec la troisième divinitĂ© de la trinitĂ© sarrasine. Le dĂ©mon Astarot tente d'interdire aux Argiens l'accès Ă  la ville : dĂ©guisĂ© en vieille femme, il leur impose de rĂ©pondre Ă  une Ă©nigme, celle-lĂ  mĂŞme dont le Pin ou Sphynx exigeait naguère la solution sous menace de mort, lorsqu'un voyageur voulait entrer dans Thèbes. Tout se passe comme si le roman français avait surenchĂ©ri sur la lĂ©gende antique; celle-ci faisait de Thèbes une ville interdite et soumise Ă  la malĂ©diction : le poème mĂ©diĂ©val la transforme en citĂ© de l'autre monde, aussi difficile d'accès que l'Annawn celtique. Thèbes est la citadelle des idoles : ainsi apparaĂ®t-elle dans un Ă©pisode de très haute tenue littĂ©raire. C'est le moment de l'assaut final. Le premier, CapaneĂĽs s'Ă©lance sur les murailles effondrĂ©es, et, dans une puissante invective contre les dieux, le tĂ©mĂ©raire dĂ©fie l'Olympe paĂŻen : «Nous osteron toutes les pierres QuĂ« Amphyon vostre harpierres Assembla (J.C. Payen, Structure et sens du Roman de Thèbes, Le Moyen âge, 1970 - www.google.fr/books/edition).

 

Se li mur de ceste cité

Erent de fer o aceré,

N'en remaindreit uns en estant,

Se ne li renz son covenant. (vv. 1385-8) (Le roman de Thèbes, Volume 50, Léopold Eugène Constans 1890 - www.google.fr/books/edition).

 

Il est curieux de retrouver la même menace, exprimée presque dans les mêmes termes, dans le sermon que le chroniqueur latin de la guerre des Albigeois, Pierre des Vaux de Cernai (vers 1218), met dans la bouche de Bérenger, évêque-seigneur de Carcassonne, s'adressant aux habitants de la ville : «Sachez qu'alors même que vos remparts seraient très hauts et de fer, vous ne pourriez pas vous défendre, car votre incrédulité et votre méchanceté appellent sur vous la vengeance du juste juge.» (Léopold Eugène Constans, Le roman de Thèbes, Volume 31, Partie 2, 1890 - www.google.fr/books/edition).

 

Le nom de Daire le Roux. qui occupe une si grande place dans notre poème, est cité deux fois, à notre connaissance : d'abord, dans le fameux répertoire du jongleur qui fait le fond du sirventes Cabra juglar de Guiraut de Cabreira, composé, selon Milà y Fontanals, en 1170, selon M. G. Paris vers la fin du XIIe siècle, selon M. P. Meyer dans le premier quart du XIIe siècle, et peut-être plus tard : "De Daire [?] Ros, Qe tan son pros, les defendet de traizon" ; puis dans la chanson de la Croisade contre les Albigeois :

 

Dih l'abas de Belloc : «Senher enluminaire,

Lo teus filhs reis Engles e lo teus cars amaire,

Qu'es devengutz tos hom et t'ama ses cor vaire,

T'a trames so sagel e de boca mandaire,

Quet remembre merces el jutjamen de Daire;

E tramet li tal joia don totz sos cors s'esclaire.» (vv. 3574-9) (Léopold Eugène Constans, Le roman de Thèbes, Volume 51, 1890 - www.google.fr/books/edition).

 

Daire est un héros du Roman de Thèbes, qui a trahi son suzerain Etéocle, mais qui obtiendra son pardon à la suite des appels à la clémence de son entourage (Paul Fabre, La Cançon de la crosada de l'Anonyme,Tome 1, 2019 - www.google.fr/books/edition).

 

"Le grand Rouge : le diable

 

Le faubourg de la Ferté, sur la route de Villers-Cotterêts, portait le nom de Charcy et avait une église, Saint-Pierre, qui fut démolie en 1697. Afin de donner plus de facilité aux paroissiens demeurant près de la ville, on construisit, en 1490, pour être terminée l'année suivante, l'église Saint-Nicolas dite de la Chaussée. Cette date, donnée par l'abbé Hasard, est en contradiction avec celle que j'ai relevée dans Houllier. Ce quartier avait eu aussi un prieuré, La Madeleine (ordre de Saint-Benoit), réuni à Saint-Faron, de Meaux, vers la fin du XIe siècle. La chapelle de ce prieuré avait été restaurée avant la Révolution. L'église Saint-Nicolas présente à l'extérieur un aspect peu monumental, avec sa façade irrégulière, sa tour carrée, lourde, écourtée, et sa flèche manquant de grâce et d'élévation. A l'intérieur, dans le choeur, nous mentionnons bien volontiers les deux statues, sculptées en bois, de saint Benoit et de saint Bernard, provenant, il faut le penser, des prieurés que nous avons déjà cités ou de Bourgfontaine. L'expression du visage, l'entente des draperies, le fini de l'exécution, tout nous paraît mériter l'attention des connaisseurs, notamment le saint Benoit. Le vitrail représentant le Jugement dernier a attiré avant nous l'attention de Louis XIV. Ce monarque, raconte l'abbé Poquet, allant se faire sacrer à Reims, s'arrêta quelques instants dans l'église de la Chaussée. Il considéra attentivement le grand diable rouge qui pousse sans pitié les damnés dans l'enfer. Un courtisan lui fit observer avec malice que l'artiste avait voulu représenter le cardinal Mazarin. Quoi qu'il en soit de ce rapprochement, toujours est-il que le diable rouge de la Ferté continue à être l'objet de la curiosité des voyageurs (Moulin, Excursion à la Ferté-Milon, Annales, Société historique et archéologique de Château-Thierry, 1884 - www.google.fr/books/edition).

 

Selon les légendes, le sommet du Cognelot était la résidence du Foulletot, ou Foulleteu en patois, le «grand Diable rouge», qui y «tenait ses assemblées mystérieuses» où «il communi-quait ses recettes à ses suppôts». Au XVIIe siècle encore, des poursuites furent engagées contre des «sorciers» du Pailly et des villages environnants, supposés être des adeptes du Foulleteu du Cognelot. En 1598, Pierre Clerget, réputé sorcier, fut brûlé au Pailly, après avoir fait amende honorable et avoir reconnu être complice du sorcier Rabiet, de Chalindrey (Haute-Marne, Langres) (Yves Chiron, Le père Lamy: Un itinéraire mystique et missionnaire, 2021 - www.google.fr/books/edition).

 

"hosties", "cierge" et profanation

 

Viennent ensuite les envoûtements par les images de cire. Les nigromans du moyen âge, jaloux de plaire par des sacriléges à celui qu'ils regardaient comme leur maître, mêlaient à cette cire de l'huile baptismale et des cendres d'hosties brûlées. Des prêtres apostats se trouvaient toujours pour leur livrer les trésors de l'Église. On formait avec la cire maudite une image aussi ressemblante que possible de celui qu'on voulait envouter; on revétait cette image de vêtements semblables aux siens, on lui donnait les sacrements que lui-même avait reçus, puis on prononçait sur la tête de l'image toutes les malédictions qui exprimaient la haine du sorcier, et on infligeait chaque jour à cette figure maudite des tortures imaginaires, pour atteindre et tourmenter par sympathie celui ou celle que la figure représentait. L'envoutement est plus infaillible si l'on peut se procurer des cheveux, du sang, et surtout une dent de la personne envoûtée. C'est ce qui a donné lieu à cette façon de parler proverbiale : Vous avez une dent contre moi (Eliphas Lévi, Dogme et rituel de la haute magie : Rituel, Tome 2, 1861 - www.google.fr/books/edition).

 

"ne boge" : ne bouge

 

Suivant une croyance constatée dans de nombreuses régions, les sorciers détiennent le pouvoir d'arrêter les attelages et de faire verser les charrettes. A Lavaur (Tarn), un homme avait le pouvoir d'arrêter chevaux ou vaches et bœufs et de les laisser comme pétrifiés jusqu'à ce qu'il les délivre de son sort. Même les chevaux des gendarmes, disait-on, avaient autrefois été immobilisés (Robert Jalby, Sorcellerie, médecine populaire et pratiques médico-magiques en Languedoc, 1974 - www.google.fr/books/edition).

 

Le juriste et légiste Henry Boguet (1550-1619) fut grand juge au comté de Bourgogne, et un des acteurs et idéologues majeurs de la persécution contre les sorcières (Christian Doumergue, Le chat - Légendes, mythes & pouvoirs magiques, 2018 - www.google.fr/books/edition).

 

Acrostiche : DT SD

 

Dans le verset du "cantique de Moïse" (Dt. XXXII 17) "ils sacrifiaient à des Sédîm qui ne sont pas Dieu, à des dieux qu'ils ne connaissaient pas". M. Delcor estime à bon droit que dans ce verset du Deutéronome et en Ps. CVI 37 le nom Sédîm n'a pas encore la connotation défavorable du français "démon", acception qu'il prend à Qoumran et en hébreu mishnique et que suppose déjà la version grecque de Ps. XCI 6 lisant au lieu de yàsûd sohôrayim "(qui) sévit à midi weséd sohôrayim ce qui a donné naissance au fameux "démon de midi".

 

Si Sédîm a pris le sens de démons en hébreu, c'est plutôt sous l'influence du babylonien Sedu qu'en vertu d'une évolution interne dans le sémitique occidental. Même si c'est pour dénoncer l'inanité de la croyance des gentils le verset du Deutéronome en conserve le souvenir sur un point précis: cette croyance reconnaissait deux classes d'êtres divins, les 'èlohîm et les Sédîm, les derniers ainsi nommés parce qu'ils participent à la nature et aux fonctions du dieu Sd. L'hébreu Sédîm est ici soit le pluriel de l'ancien nom divin, soit, comme le pense M. Delcor, la vocalisation tendancieuse d'un nom correspondant aux Sdyn de Deir Alla qu'on aurait voulu à un moment de la transmission transformer en celui de démons (A. Caquot, Le titre divin shadday, Congress Volume Paris 1992, 2014 - www.google.fr/books/edition).

 

Oui, un feu a jailli de ma colère

(...) Je lancerai contre eux mes flèches.

Ils seront rendus faibles par Rahab,

dévorés par Reshep et par Qeteb Meriri (Dt 32, 22-23)

 

Rahab personnifie la Famine. Meriri, dans les formulaires de sorcellerie, apparaït en "démon de mutilation", apposé à Qeteb, le démon de midi, il renforce l'idée d'amertume. Reshep, ancien dieu de Syrie, est devenu un démon que la Vulgate traduit par diabolus. Après les trois visiteurs d'Abraham et la structure ternaire de la théophanie d'Habaquq, le Cantique de Moïse marque un nouveau jalon. Sur une ligne, Reshep et Qeteb Meriri, sont entre Rahab et un assemblage de "la dent des fauves avec le venin des serpents" (Bernard Teyssedre, Anges, astres et cieux, 1986 - www.google.fr/books/edition).

 

Typologie

 

Le report de 2089 sur la date pivot 1198 donne 307.

 

NĂ© Ă  Rome, Marcel eut le bonheur d'ĂŞtre Ă©levĂ© dans le sein du christianisme : saint Marcellin, qui occupait alors le siĂ©ge de saint Pierre, connaissant son mĂ©rite et sa haute vertu, le promut au sacerdoce. La persĂ©cution de DioclĂ©tien ayan? Ă©clatĂ©, Marcellin donna sa vie pour JĂ©sus-Christ; le saint-siĂ©ge demeura vacant pendant trois ans et demi, et Marcel fut Ă©lu pape, en 307. Le nouveau pape s'occupa de rĂ©tablir la discipline, et de rĂ©parer les pertes que l'Eglise avait faites pendant cette horrible persĂ©cution. Maxence s'Ă©tait rendu maĂ®tre de Rome, et il avait feint de favoriser les chrĂ©tiens, pour les attirer Ă  son parti. Marcel profita de cet intervalle de paix pour travailler, avec grand zèle, au bien de l'Eglise; il Ă©tablit 25 paroisses dans la ville de Rome; les prĂŞtres qui furent chargĂ©s de les gouverner , reçurent le nom de cardinaux : telle est l'origine du SacrĂ©-CollĂ©ge. Le zèle ardent du pontift irrita bien des esprits, et lui prĂ©para une croix bien rude. Maxence profita des troubles suscitĂ©s par les mĂ©contents, pour rallumer la persĂ©cution; il cita Marcel Ă  son tribunal, et il voulut le faire sacrifier aux idoles. Le tyran mit tout en æuvre, douceur, sĂ©vĂ©ritĂ©, promesses, menaces, supplices; tout Ă©choua contre la constance de Marcel. Après l'avoir fait cruellement dĂ©chirer Ă  coups de fouets, Maxence le condamna Ă  servir dans les Ă©tables publiques. Le saint pape, devenu, pour l'amour du Sauveur, valet d'Ă©curie, parut dans loute sa grandeur. Plus mal nourri que les bĂŞtes de somme, couvert de vieux haillons, rĂ©duit Ă  coucher sur la terre, il ne cessait de bĂ©nir celui qui pour nous avait voulu naĂ®tre dans une Ă©table. De toutes parts les fidèles affluaient vers lui, pour s'Ă©difier de ses discours et de sa rĂ©signation dans de si humiliantes Ă©preuves. Après neuf mois de souffrances, Marcel fut tirĂ© de ce triste rĂ©duit par les principaux du clergĂ© de Rome, qui l'enlevèrent pendant la nuit. Une sainte veuve, nommĂ©e Lucine, le reçut dans sa maison, qui fut bientĂ´t convertie en Ă©glise. Mais le calme ne fut pas long : Maxence, furieux d'avoir vu fuir sa proie, la retrouvant enfin, changea cette Ă©glise en Ă©table, et condamna le pontife suprĂŞme Ă  y terminer ses jours, dans la misère la plus abjecte, au service des plus vils animaux. La profanation du temple saint fut pour l'auguste pape son plus horrible supplice : toute sa consolation Ă©tait de laver de ses larmes un lieu qu'il aurait voulu purifier de son sang. Le supplice ne fut pas de longue durĂ©e : notre saint, consumĂ© de travaux et de privations, acheva son dur martyre, sur la fin de l'an 309. On lui trouva le corps revĂŞtu d'un cilice. On le fĂŞte le 16 janvier (Charles Chapia, Saints de chaque jour: selon la liturgie romaine, Volumes 27 Ă  139, 1856 - www.google.fr/books/edition).

 

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