Cathares en Italie et en Occitanie

Cathares en Italie et en Occitanie

 

VIII, 11

 

2038

 

Peuple infiny paroistra a Vicence

Sans force, feu brusler la basilique :

Pres de Lunage deffait grand de Valence,

Lors que Venise par more prendra pique.

 

"Vicence"

 

Dès les derniers jours de 1255, le pape Alexandre IV avait annoncé une croisade contre Ezzelino ; Filippo Fontana, archevêque de Ravenne, en prit le commandement. Ezzelino, occupé ailleurs, confia la défense de Padoue à Ansedisio. Celui-ci, ayant vainement, à plusieurs reprises, tenté de tenir tête en rase campagne aux croisés qui approchaient de Venise, se retira dans l'enceinte de la ville, mais se rendant compte de l'impossibilité de la défendre, s'enfuit de nuit à Vicence. Le 20 juin 1256 Padoue fut conquise par les forces armées du légat et – pillée sans merci. [...]

 

La longue guerre contre Ezzelino – dont les épisodes précédents ne constituaient qu'un prélude remplit ces années. L'armée de l'archevêque Filippo, soutenue par des renforts d'Este et de Bologne, était partie à la reconquête de Vicence. Après un engagement réussi de son avant - garde devant Longare, tout près de Costozza (le 22 juillet 1256), le légat en personne quitta Padoue (le 30 juillet) pour se trouver deux jours plus tard à Longare, où le frère d'Ezzelino, Albéric da Romano, passé aux Guelfes depuis 1239, vint se joindre à lui. Cependant, au lieu d'attaquer aussitôt Vicence, les croisés gâchèrent au repos une semaine entière (du 1er au 8 août). Le rôle de Capoue fut joué cette fois par Costozza et sa grotte Covolo (A. Birkenmajer, Witelo et l'Université de Padoue, Études d'histoire des sciences en Pologne, 1972 - books.google.fr).

 

A Vicence, non seulement la division en deux partes avait été portée à l'extrême – et donc les da Romano y avaient de solides assises, contrairement à Padoue, mais l'hérésie prospérait. [...] Dans une ville historiquement connue comme de celles où le catharisme a été le plus fort et à partir desquelles il s'exportait, ainsi qu'un ouvrage de Francesca Lomastro l'a fait apparaître (avec toutes les nuances nécessaires), gibelinisme et hérésie sont allés de pair (ce qui n'excluait pas qu'il y ait eu des hérétiques du côté guelfe); l'époque ezzélinienne fut un «temps de liberté» durant lequel la ville est restée fermée aux Dominicains, et c'est seulement en 1264 que sera organisée la chasse aux hérétiques (Gérard Rippe, Padoue et son contado (Xe-XIIIe siècle), 2003 - books.google.fr).

 

Depuis 1232, les da Romano sont passés dans l'alliance impériale. En 1239, les Este et leurs alliés rejoignent définitivement le parti de l'Église. Et sans doute une crise des fortunes aristocratiques vient-elle encore accroître, pour ces anciennes dynasties seigneuriales, l'âpreté du combat et l'importance des enjeux'. Les villes sont donc déchirées par les antagonismes internes, les cités s'opposent entre elles à mesure que se succèdent les volte-face et les retournements de situations. En 1236, l'empereur Frédéric Il et ses troupes font irruption dans la Marche ; Vicence est prise ; Padoue ouvre ses portes. Le temps de la domination d'Ezzelino commence. Et la seigneurie de l'homme qui, gendre de l'empereur, est investi du titre de vicaire impérial, dure. Elle survit même à la mort de Frédéric II puisque c'est en 1259 seulement qu'une coalition comprenant des seigneurs et des communes guelfes, la ville de Venise et le pape, mène la croisade et triomphe du tyran, du Gibelin, de l'excommunié, de l'hérétique... (Élisabeth Crouzet-Pavan, Enfers et paradis: L'Italie de Dante et Giotto, 2014 - books.google.fr).

 

En 1236, Vicence fut livrée aux flammes par l'empereur Frédéric II, et l'on peut dire que l'existence politique de cette ville s'éteignit avec cet incendie. Depuis lors, elle changea fréquemment de maitre, sans jamais retrouver cette paix dont elle avait joui pendant quelques années, dans les premiers temps de son indépendance (Jules Léonard Belin, Le Simplon et l'Italie septentrionale: promenades et pèlerinages, 1843 - books.google.fr).

 

Frédéric II, arrivant subitement avec ses cavaliers, contre-attaque ; les régiments de Padoue, de Trévise, de Vicence, qui croyaient déjà tenir la victoire, se débandent devant cet assaut furieux. Vicence est pris, pillé et incendié. Après cet échec, les alliés vénètes de la ligue lombarde se tinrent tranquilles pendant quelque temps, et l'empereur s'en alla mettre à la raison le duc d'Autriche (Marcel Brion, Frédéric II de Hohenstaufen, 1978 - books.google.fr).

 

"peuple infini" : « hérétiques »

 

Frédéric professait pour la défense de la foi un zèle chaque jour plus ardent, et promettait de le faire éclater dans ses œuvres aussi bien que dans ses paroles; c'était à la protection du Seigneur qu'il devait la gloire et les prospérités de son règne; il en voulait témoigner sa reconnaissance par sa fidélité à l'Église, dont il avait résolu d'écraser les ennemis. Empereur catholique, n'en devait-il pas être le premier défenseur, le fils le plus obéissant? Il voulait qu'on livrât aux flammes cette multitude d'hérétiques, et il ordonnait aux juges laïques de se joindre aux prêtres pour découvrir les fauteurs cachés de ces doctrines perverses. Bien plus, c'est lui qui, dans la fougue de son orthodoxie, presse le pontife, trop lent à la persécution; plus catholique que le pape, l'empereur veut lui servir d'exemple : c'est sous le règne heureux de Frédéric que s'accomplira le triomphe de la foi, et il somme le saint-père de lui servir de second dans l'exécution de ses pieux dessein. [...]

 

Le pape, qui se défiait de cette ferveur outrée, qui s'étonnait de voir cet empereur de foi suspecte affecter des airs de vengeur de la foi, se placer au premier rang des conservateurs du dogme, et se servir d'inquisiteurs pour préparer la besogne du bourreau, ne tarda pas à découvrir, sous le zèle ardent du catholique fastueusement orthodoxe, la politique vindicative de l'ombrageux souverain, et, dans une lettre du 15 juillet 1233, où il fait entendre qu'il n'est pas disposé à être pris pour dupe, il avertit l'empereur de bien prendre garde à ne pas brûler, sous prétexte d'hérésie et de crimes contre la divine majesté, des hommes qui ne seraient coupables qu'envers Sa Majesté Impériale. [...]

 

La réprimande est peu déguisée et dut vivement atteindre Frédéric, d'autant que le pape ne parlait pas sur de simples conjectures; l'éditeur rappelle que Grégoire IX fait ici allusion au supplice infligé récemment en Sicile à des hommes coupables de rébellion, et qu'on accusa du crime d'hérésie, accusation commode et dont plus d'un prince s'était servi pour punir plus facilement et plus sévèrement des crimes politiques; ce qui fait dire à Godefroy de Cologne : «Miranda res et nimium stupenda quod iis temporibus ignis contra genus mortalium sic invaluit. Nam eodem fere tempore et rebelles imperatori in Sicilia et in Germania infinitus numerus hominum et multa mænia incendio perierunt.» [...]

 

Cependant le pape, pour adoucir, par un acte de bienveillance, la sévérité de l'avertissement qu'il venait de donner à l'empereur, leva, quelques jours après, l’excommunication fulminée contre Eccelino da Romano, l'un de ces tyrans subalternes qui épouvantaient et ensanglantaient alors l'Italie, mais, en même temps, l'un des partisans les plus dévoués de Frédéric et l'instrument le plus utile de ses volontés, quelles qu'elles fussent. Le pape envoya, le 5 août, au frère Vincent, de l'ordre des Prêcheurs, l'autorisation d'absoudre Eccelino, ainsi que les fauteurs de sa tyrannie, qui avaient été excommuniés avec lui. Eccelino n'avait pas encore reçu, quoiqu'il en fût déjà digne, le surnom de Féroce, que lui méritèrent les actes inouïs de cruauté qu'il commit dans le gouvernement de Vicence, de Vérone, de Padoue, surtout lorsqu'après la mort de Frédéric II, libre de tout faire, il put s'abandonner à ses instincts sanguinaires (M. Avenel, Bibliographie : Historia diplomatica, Journal des savants, 1862 - books.google.fr).

 

Cathares en Italie

 

Les manichéens confondus par la persécution avec les pauvres de Lyon, les passagini et les giuseppini, se répandirent dans toute l'Italie : l'an 1230, le podestat de Plaisance en fit brûler plusieurs; et l'empereur Frédéric II, nouvellement d'accord avec le souverain pontife, se hâta de légitimer cette sévérité, en publiant des décrets cruels contre les paterins, nom général sous lequel on confondait tous les sectaires de cette époque. Rome elle-même n'était pas exempte de troubles : Grégoire IX voulut que l'on employât le fer et le feu pour extirper l'hérésie de sa capitale ; il déclara que ceux qui cachaient les paterins, qui les défendaient ou, qui les soutenaient, devaient être punis aussi sévèrement qu'eux. La sentence d'excommunication qu'il lança, renchérissait encore sur celles qu'avait prononcées les papes, ses prédécesseurs, et les conciles qu'ils avaient convoqués contre les hérétiques. [...]

 

Cette sentence devait rendre infâme et frapper de mort civile, ipso facto, quiconque en était atteint, de manière à lui ôter toute faculté de porter témoignage en justice, d'hériter, de faire testament, de siéger dans les tribunaux comme juge, de protéger ses cliens comme avocat, de passer un acte authentique comme notaire. Il fut défendu, sous peine de perdre l'emploi dont on était revêtu, de lui rendre justice ou de le soutenir; les prêtres ne purent, ni lui administrer les sacremens pendant sa maladie, ni l'enterrer après sa mort. On fut obligé en conscience de le dénoncer et de l'accuser, afin qu'il fût incontinent soumis à toutes les peines dont nous venons de faire l'énumération, lui et ses enfans jusqu'à la seconde génération inclusivement. De plus, le sénateur de Rome appuya cette disposition de l'autorité religieuse par les lois les plus dures et les plus sanguinaires, et Frédéric II encore soumis au saint siége, y ajouta qu'il fallait brûler tous les hérétiques sans exception, ou, si l'on avait de fortes raisons pour leur laisser la vie, qu'il fallait au moins leur couper la langue, afin de les empêcher de nuire. [...]

 

En 1233, le fameux frère Jean de Vicence, honoré par le pape, fit brûler soixante paterins, hommes et femmes, en trois jours de temps ; c'étaient, dit la chronique de Vérone, les meilleurs citoyens de la ville. Vers la même époque, le podestat de Milan, le premier qui traîna les hérétiques au supplice, mérita qu'après sa mort, on éternisât dans une inscription placée sous son effigie, le zèle avec lequel il avait fait brûler les cathari (Histoire philosophique, politique et critique du Christianisme et des eglises chretiennes depuis Jesus jusqu'au dix-neuvieme siecle: 6, Volumes 1 à 8, 1836 - books.google.fr).

 

"Lunage" : Lomagne

 

"le seigneur de Lunage filz du comte d'Ermignacq" : le comte de Lomane, filz du comte d'Armagnac, in Monstrelet 6 (William Hardy, Recueil des croniques et anchiennes istories de la Grant Bretaigne, a present nomme Engleterre: From A.D. 1431 to A.D. 1447, Tome 4, 1884 - books.google.fr).

 

Le comté de Lomagne, qui fut ensuite une vicomté, était situé au sud de la Garonne et au nord de l'Armagnac. Le chef-lieu était Lectoure. On cite des comtes de Lectoure au IXe siècle. Ils furent héréditaires en 990. La vicomté de Lomagne, achetée par la couronne en 1301, distraite en 1305, réunie à l'Armagnac en 1325, fut incorporée au domaine royal en 1589, par Henri IV.

 

Arnaud-Odon II, ou Arnaud-Otton, fils d'Odon III eut une fille  Philippine ou Philippa. Elle se trouvait, en 1274, sous la tutelle du comte de Saint-Pol. Mari, en 1280 : Hélie Talleyrand VIII, comte de Périgord, à qui elle apporta les vicomtés de la Lomagne et d'Auvillars. Le c. de Périgord les céda à Philippe le Bel en 1301. 1305. Arnaud Garcie de Goth, frère de Clément V, reçoit du roi la Lomagne et Auvillars. Régine de Goth, nièce du pape, héritière des deux comtés, épousa, en 1311, Jean, comte d'Armagnac, qui les transmit à ses descendants. Confisqués en 1481, sous Charles Ier d'Armagnac, ils passèrent par don du roi dans la famille d'Albret (Louis Mas Latrie, Trésor de chronologie, d'histoire et de géographie pour l'étude et l'emploi des documents du moyen âge, Tome 1, 1889 - books.google.fr).

 

Arnaud Othon vicomte de Lomagne et d'Auvillar, vassal de Raymond, après avoir épousé Marie nièce de ce prince & fille de Pierre Bermond de Sauve, & reçu de lui toute sorte de bienfaits, abandonna ses interêts. Il se joignit en effet à Simon de Montfort comte de Leycestre, gouverneur de Gascogne pour le roi d'Angleterre, qui avoit entrepris la guerre dans le païs contre les sujets ou alliez de Raymond, & fit prisonnier Geraud d’Armagnac vassal de ce prince. Simon, qui étoit fils du fameux Simon de Montfort mort en 1218, vouloit peut-être faire revivre les pretentions de sa maison sur le comté de Toulouse; car on ne marque pas le sujet de cette guerre, & on qualifie Simon comte de Leycestre, émule ou concurrent de Raymond. Quoi qu'il en soit, ce dernier piqué de ce que le vicomte de Lomagne s'étoit uni à les ennemis, le somma à Agen le onze de Juin de l'an 1249 de lui remettre le château d'Auvillar, & tous les autres domaines qu'il tenoit de lui en fief dans l’Agenois, & de donner la liberté à Geraud d'Armagnac. Arnaud Othon refusa d'obéir, & fit signifier à Raymond le premier de Juillet suivant un appel au roi: son principal motif étoit qu'il n'avoit rien fait qui méritât que Raymond le dépouillât de son fief. Quant à Geraud d’Armagnac, le vicomte s'excusa de le délivrer, sur ce qu'il l'avoit pris les armes à la main dans les domaines qu'il tenoit du roi d'Angleterre, & dans lesquels Geraud lui faisoit la guerre; domaines, ajoute-t-il, bien plus étendus que ceux que je possède dans votre mouvance. Nonobstant cet appel Raymond fit condamner le vicomte à sa cour d'Agenois, qui déclara, que le château d'Auvillar & tous les autres domaines qu'il possédoit dans le diocèse d'Agen étoient tombez en commise, & s'en saisit au nom de Raymond (1245). 

 

Ce dernier durant le séjour qu'il fit alors à Agen, y fit brûler vifs, vingts croyans des hérétiques, après qu'ils eurent été convaincus de leurs erreurs en sa présence (Claude de Vic, Joseph Vaissette, Histoire generale de Languedoc, Tome 3, 1737 - books.google.fr).

 

"Valence" : Valence d'Agen

 

Valence se trouve à côté d'Auvillars.

 

En 1150, l'Agenais devint possession anglaise après le mariage d'Alenor d'Aquitaine avec Henri, Duc de Normandie. L'Agenais connut alors des exactions des gens de guerre de tous bords : Anglais, Français et Toulousains. Puis le traité d'Amiens en 1277 en fit définitivement une possession anglaise. Valence était un tout petit village où se tenaient un marché (www.infotourisme.net).

 

A partir de 1279, le roi d'Angleterre reprend possession de l'Agenais et son sénéchal, Jean de Grailly, poursuit la politique d'Alphonse de Poitiers en fondant dès 1283 Valence d'Agen puis Vianne, Fourques, Miramont, Granges, Nicole et en confirmant les coutumes qu'Alphonse de Poitiers avait octroyées. La Guerre de Gascogne bloque le développement sauf pour des créations très spécifiques du roi de France : Aiguillon en 1296, Lamontjoie en 1299, St-Julien-Cap-Orbise en 1300 et après la restitution en 1303, les agents du Roi-Duc créent  encore  quelques bastides (Lévignac, 1305, St-Sauveur de Meilhan, 1318, Durance, 1320). Il ne s'agit plus d'une politique systématique mais d'opportunités. [...] 

 

C'est en Agenais, par l'ordonnance de mars 1253, que les bastides «nouvelles» font leur apparition dans les textes en Aquitaine dans le domaine du comte  de Toulouse. Si les enquêteurs interdisent au sénéchal de créer des bastides sans mandat du comte, ils confirment le droit du comte de créer des bourgs nouveaux et d'accepter des habitants qui viennent d'autres seigneuries, d'ailleurs en reprenant une délibération du «conseil de la cité et du diocèse d'Agen». L'avant-dernier article fait état de la plainte de seigneurs contre la construction des «bastides» de Monclar et de Monflanquin. Il s'agit bien de la manifestation d'une volonté d'Alphonse de Poitiers et d'un écho des réticences des seigneurs. La spécificité de l'Agenais est d'autant plus marquée que la même ordonnance est appliquée au Toulousain et au Quercy mais sans les articles qui concernent les bastides. Des coutumes sont accordées dès 1255 à Montréal-du-Gers qui relève de la sénéchaussée d'Agen puis en 1256 à Sainte-Foy, Monclar et Monflanquin, ces trois dernières écrites en latin sur un modèle très proche. Les choix d'Alphonse de Poitiers sont éclairés par la proportion croissante des bastides dans les chefs-lieux de baylie : 1 sur 9 en 1257, 7 sur 15 en 1271 (bastidesaquitaine.org).

 

Le 12 décembre 1283, les Coutumes sont concédées à la bastide de Valence-d'Agen par Edouard Ier, roi d'Angleterre, publiées dans le Recueil des Acta publica, de Rymer, t. II, p. 260, édition de Londres, 1727, et avec traduction et notes dans le Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, t. XIV, 1886, p. 179, par E. Rébouis (Fernand Pottier, Les chartes de coutumes du Tarn et Garonne, Bulletin archeologique et historique, Volumes 17 à 18, 1889 - books.google.fr).

 

"basilique"

 

Plusieurs auteurs italiens ont employé le mot de Basilique, à l'exemple de Palladio, pour désigner les édifices publics dans lesquels les magistrats d'une ville tiennent leurs assemblées ou rendent la justice. Ils les distinguent des basiliques anciennes, qui avaient en partie la même destination, en ce qu'ordinairement les basiliques modernes n'ont pas de portiques intérieurs, quoiqu'elles en aient quelquefois à l'extérieur, et en ce que la salle principale de ces basiliques est au premier étage de l'édifice qui les renferme, lorsque, au contraire, les nefs des basiliques anciennes étaient au rez-de-chaussée, ou élevées seulement de quelques degrés au-dessus du niveau de la place publique. Les villes de Brescia, de Padoue, de Vicence possèdent de remarquables édifices qu'on peut considérer comme des basiliques modernes. Celle de Vicence, qu'on désigne par le nom de Palazzo della Ragione, palais du droit, doit être placée au premier rang. C'est une grande salle bâtie au moyen age, élevée sur des voûtes, et environnée de trois côtés de deux ordres de portiques l'un au-dessus de l'autre. Cette partie extérieure fut ajoutée par Palladio pour remplacer les façades anciennes qui menaçaient ruine, et s'accorde très-bien avec l'ancien corps de l'édifice. La dénomination de basilique, pour ce genre d'édifices, n'a pas été généralement adoptée par les modernes qui l'ont réservée pour les édifices consacrés au culte, et ont donné les noms d'hôtel de ville, de palais de justice, aux bâtiments publics où sont placés les tribunaux et où résident les magistrats municipaux (Dictionnaire de l'académie des Beaux-Arts, Tome 2, 1868 - books.google.fr).

 

Messer Andrea Palladio était né à Vicence, en 1508, le jour de la Saint-André; il n'avait donc guère que vingt ans de moins que notre Luigi da Porto; mais à cette époque les esprits marchaient vite et les hommes aussi, et tandis que l'auteur de notre nouvelle appartient au XVe siècle, Palladio est bien un homme de la seconde Renaissance et un fils du XVIe siècle. Il mourut dans sa patrie, en 1580, «aimé et révéré de tous, chargé d'honneurs et de gloire» (Jacopo Cabianca e Fedele Lampertico. Vicenza e suo territorio), après avoir peuplé de magnifiques édifices Brescia, Udine, Vérone, Trento, avoir travaillé pour sa part aux constructions du nouveau Saint-Pierre à Rome, et avoir donné leur figure nouvelle à Venise et à Vicence. A Vicence, sans doute, Palladio, plus aveuglément admiré qu'à Venise et plus libre de ses allures, put donner cours à ses idées nouvelles et respecter moins les œuvres du passé. D'ailleurs, il n'est peut-être pas responsable tout à fait de la disparition de l'ancienne Vicence; les chroniqueurs rapportent qu'un violent incendie avait détruit, dans les premières années du XVIe siècle, la plus grande partie de la ville. Nous aimons à croire que c'est à l'incendie et non à la main d'un artiste comme Palladio que nous devons de n'avoir pu connaître le palais où naquit et vécu Luigi da Porto. Nous nous sommes vus contraints, et nous ne doutons pas qu'on nous pardonne ce procédé, de chercher à Vicence même, dans quelque débris du passé, l'image de ce que pouvait être un palazzo à l'époque où naquit notre nouvellier. On pensera sans doute que ce palais, dont on trouvera un croquis dans notre livre, n'offre pas la simplicité absolue de lignes à laquelle nous a habitués l'art du XVe siècle, l'art qu'un critique anglais a appelé, du nom de l'architecte Fra Giocondo, l’art Giocondesque (Ruskin). Le type de cet art est sans doute la Scuola di S. Giovanni Evangelista à Venise, ou le palais municipal de Vérone, œuvre de Fra Giocondo lui-même. Notre casa Pigafetta s'écarte un peu de ces types; c'est que Vicence peut-être, aux temps même de sa simplicité, avait par instinct des goûts de luxe et de relâchement. Toute l'histoire de cette heureuse ville se ressent de son penchant à la mollesse et au repos. Elle n'a jamais joué dans l'Italie du Nord le rôle glorieux ou bruyant qu'y jouèrent Ferrare, Vérone ou Padoue. Elle eut ses jours de liberté, de puissance, mais elle semble toujours être retournée de préférence aux joies qu'il y a à vivre dans un beau site et dans une contrée riante et fertile (Henry Cochin, Giulietta et Romeo: nouvelle de Luigi da Porto, 1879 - books.google.fr).

 

"Venise" : Eubée

 

Jacques d'Avesnes, lieutenant de Boniface de Monferrat, roi de Salonique, s'empara de l'île d'Eubée en 1205, et la divisa en trois fiefs qu'il céda à ses compagnons d'armes Ravano dalle Carceri, Peccoraro dei Peccorari di Mercanovo et Gibert, dont le nom de famille demeure inconnu, mais qui était venu de Vérone avec les deux autres. A Jacques d'Avesnes, mort en 1210, succéda Ravano, qui réunit les trois fiefs. Après la mort de celui-ci, en 1216, par suite de l'intervention de Venise, l'ile fut divisée en trois seigneuries indépendantes. L'une, au midi du pays, où se trouve la ville de Carysto, échut à la veuve de Ravano; la partie septentrionale, avec l'important château d'Oreo, fut donnée à Merino et Ricardo dalle Carceri, fils de Redondello et petits-fils de Ravano. Enfin, le centre où est située la ville de Negrepont ou Egripos appartint à Guillaume et Albert, fils de Gibert mentionné plus haut. Chacun des seigneurs d'un tiers de l'Eubée fut nonmé Tiercier de Negrepont.

 

En 1209, Venise avait établi dans l'Eubée un bail, magistrat qui devait seulement protéger et juger ses nationaux, mais qui ne tarda pas à s'immiscer dans les affaires intérieures de l'île. Cependant, après la mort de Ricardo dalle Carceri (1220), son domaine et le château d'Oreo revinrent à sa fille Carintana, femme de Guillaume de Villehardouin, et celle-ci étant morte sans enfants en 1255, son mari fit valoir ses droits. Mais les deux autres tierciers, Guillaume de Vérone et Narzoto dalle Carceri, excités par le bail vénitien, s'emparèrent d'Oreo, voulant conférer cette troisième seigneurie à un de leurs parents, Grapella dalle Carceri. Villehardouin, irrité, appela près de lui les tierciers et les retint prisonniers. Leurs femmes et un grand nombre de chevaliers de leurs familles accourant vers le bail vénitien, obtinrent sa protection. La République envoya des forces, sous le commandement de Marco Gradenigo, qui entraîna Guy de la Roche, seigneur d'Athènes; après treize mois ils s'emparèrent de l'Euripe, en 1259. Mais Guillaume leur fit la guerre, les défit à Carydi, et envoya Guy de la Roche à la cour de saint Louis. Puis s'étant uni à son beau-père, Michel II, despote d'Épire, pour combattre l'empereur Michel Paléologue, il fut vaincu et fait prisonnier.

 

Guy de la Roche, rappelé de France, reçut le titre de duc et délivra les barons de l'Eubée, Guillaume de Vérone et Narzoto dalle Carceri. La prise de Constantinople par le césar Alexis Stratégopoulo, en 1261, mit fin aux dissensions des Francs de l'Eubée. Villehardouin, après trois ans de captivité, donna pour sa rançon à Michel Paléologue ses meilleures forteresses, et consentit à se réconcilier avec ses barons et les Vénitiens. Il fit donc la paix, le 14 mai 1262, avec Narzoto dalle Carceri, Guillaume de Vérone et Grapella dalle Carceri, à qui il céda les droits de Carintana sur le tiers de l'île. Deux jours après, le bail Andrea Barbadigo confirma cette paix au nom de la République (Bibliographie : Paul Lampros, Monnaie inédite de Guillaume de Villehardouin, Revue numismatique, Volume 5, 1860 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain II, 21 - Perte de la Crète par Venise, comme elle perdit l’Eubée - 1646-1647.

 

Antéchrist

 

Frédéric II serait le deuxième Antéchrist de la Lettre à Henry. Le mot "anréchrist" se retrouve aux quatrains VIII, 77 - François Ier Antéchrist trois et X, 66 - Pocahontas.

 

Typologie

 

Le report de 2038 sur la fourchette pivot 1236 - 1256 donne 434 - 474.

 

Après Augustin d'Hippone, chassés d'Afrique par les Vandales, les manichéens sont passés en Espagne où, en 434, Vincent de Lérins les combat dans son Commonitorium (PL, L, 637-686). En 526, à Lyon une formule d'abjuration montre que leur présence en Gaule inquiète l'Église (PL, LXV, 23-28). À la même époque l'évêque Césaire d'Arles parle des immundissimi manichoei. En Italie, à côté des édits impériaux, il y a une lettre adressée par le pape Léon ler en 444 aux évêques afin de leur signaler le danger de l'infiltration de la secte dans le clergé. Un autre document représente une trace importante il s'agit des Acta Archelai. Somme antimanichéenne rédigée vers 315 par Hegemonius, utilisée par toute la tradition patristique depuis Épiphane jusqu'à Photius, ce document est sans cesse recopié. À partir du IXe siècle les manuscrits des Acta se multiplient en France où ils servent à la lutte contre les hérésies dualistes, jusqu'à la fin du moyen âge. Ajoutons que le dernier traité anti-manichéen date du XVe siècle c'est le Symbolum pro informatione manichœorum du dominicain Jean de Torquemada qui visait le bogomilisme, très tenace en Bosnie, connu aussi sous le nom de Bulgarorum haeresi (Julien Ries, Manichéens, Pauliciens, Bogomiles, Cathares, Tradition und Translation: Zum Problem der interkulturellen Übersetzbarkeit religiöser Phänomene, 2011 - books.google.fr).

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