Apocalypse et Verseau

Apocalypse et Verseau

 

VIII, 61

 

2074-2075

 

Jamais par le decouvrement du jour

Ne parviendra au signe sceptrifere,

Que tous ses sieges ne soient en sejour.

Portant au coq don du TAG armifere.

 

Séjour

 

Jupiter est le porteur de sceptre comme roi des Dieux. Astrologiquement les planètes ont leur "séjour" dans des signes bien définis (Andreas Floccus, Johannes Camers, L. Fenestella de Ro. Magistratibus: nitori tandem nativo restitutus, mille fluentibus ulceribus curatis, 1523 - books.google.fr).

 

Les signes du Zodiaque du Cancer au Capricorne sont disposés dans cet ordre : d'abord le Lion, séjour du Soleil ; puis la Vierge, séjour de Mercure ; la Balance, séjour de Vénus ; le Scorpion, séjour de Mars ; le Sagittaire, séjour de Jupiter ; le Capricorne, séjour de Saturne, et dans l'ordre inverse à partir du Capricorne, le Verseau, séjour de Saturne ; les Poissons, séjour de Jupiter ; le Bélier, séjour de Mars : le Taureau, séjour de Vénus ; les Gémeaux, séjour de Mercure et enfin le Cancer séjour de la lune (Porphyre, L'Antre des nymphes, traduit par Joseph Trabucco, 2016 - books.google.fr).

 

"le signe sceptrifere" peut être un des signes du zodiaque qui sont le séjour de Jupiter : Sagittaire ou Poissons.

 

Mais aussi, le passage du soleil, dans le Verseau, étoit annoncé par l'étoile Canopus, la coupe, la tête de la Vierge & Céphée. On forma un emblème composé de ces quatre Constellations; sur la coupe on mit une tête de femme, & l'on plaça ce symbole dans la case du Verseau, surmonté d’un homme qui porte un sceptre comme Céphée, avec cette inscription : Regnum canopicum (Astronomie, par M. de La Lande, Tome IV, 1781 - books.google.fr).

 

Pour Paul Le Cour, l'entrée dans l'ère du Verseau se ferait vers 2147. Il partait aussi de la date-pivot du règne de Sixte-Quint dont la devise dans la Prophétie de Saint Malachie était "Axis in Medietate Signis" (l'axe au milieu du signe) pour tomber sur 2070, date proche du début de l'ère du Verseau, marquant la fin de l'instituion papale (L'ère du Verseau, Les contrées secrètes, Volume 12 de Politica Hermetica, 1999 - books.google.fr).

 

Astronomiquement parlant, le point vernal est entré dans la constellation des Poissons en 69 avant J.-C. et en sortira en 2604. Mais l'étendue des constellations de l'écliptique ne peut se rapporter à celle des signes, de 30° chacun, sur le zodiaque de la Grande Année. Il faut donc refaire le calcul en observant le décalage subi, de nos jours, par les signes des anciens zodiaques. En se fondant sur le zodiaque d'Hipparque, on trouve la date de 2070, qui coïncide avec celle obtenue par les calculs de l'astrologie hindoue. (Cf. Alfred Fankhauser : Das Wahre Gesicht der Astrologie, Zurich 1943). Cependant Hans Künkel Grosse Jahr, Diederichs, Iéna 1922) fixe en 1950 le début de l'ère du Verseau. Ervin Baktay, dans A Csillagfejtetés kônnyve (« Le livre de l'Astrologie », Budapest, s. d.) propose soit 1793, soit 1950-60. (Nous remercions le Dr. Henri Hunwald qui nous a fourni la plus grande partie de cette documentation.) D'autre part, notre ami l'hermétiste Maurice Baskine nous fait remarquer que la date de 1792 est indiquée par Nostradamus dans sa « Lettre à Henri Second » au début des Centuries. Toutes ces dates qui s'étendent environ sur deux siècles ne sauraient d'ailleurs constituer que des repères, non des déterminantes; elles délimitent assez bien, croyons-nous, la période de transition entre les deux ères (Marcel Jean, Arpad Mezei, Genèse de la pensée moderne dans la littérature française: essai (1949), 2001 - books.google.fr).

 

Découvrement

 

Dans la traduction d'André Chouraqui du Nouveau Testament, les livres sont renommés (cf. les Actes des Apôtres deviennent les « Gestes d'Envoyés », l'Apocalypse, « Découvrement de Iohannân ») et tout au long du texte, les choix en matière de traductions sont le plus souvent motivés par un parti-pris de littéralisme, qui va jusqu'à l'imitation formelle, et donc sont toujours plus ou moins réducteurs, puisqu'il s'agit de choisir et de privilégier parmi l'ensemble des sens un seul d'entre eux : celui de la version hébraïque (Marie-Christine Hazael-Massieux, À propos de la traduction de de la Bible en Créole, Études créoles, Volume 18, 1995 - books.google.fr).

 

L'apocalypse, c'est le découvrement du sexe de l'univers, de la partie la plus secrète de l'univers, le découvrement de la nudité du réel (Retour aux racines: André Chouraqui, Entretiens avec Jacques Deschanel, 1981 - books.google.fr).

 

Apocalypse, c'est l'hébreu gala, acte de découvrir. Dans la Tora, le sexe, les yeux, l'oreille sont ainsi découverts pour que la semence, la vue et la voix s'y déposent. La théologie catholique conserve cette notion d'une nudité ouverte : la gloire des bienheureux, la béatitude, c'est la béance, illapsus divinatis in substantiam animae, irruption du divin dans l'être de l'âme. Eidon, j'ai vu, je vois, répète Jean ensemencé (Textuel, Numéros 34 à 36, 1998 - books.google.fr).

 

André Chouraqui précise dans son introduction de Découvrement de Iohannân : "Dans le Pentateuque, il est souvent employé pour désigner l'acte de découvrir le sexe d'un homme ou d'une femme, ou encore le découvrement de l'oreille ou des yeux devant un secret ou un mystère aussi cachés que le sexe d'une personne" (Psychopolitique: Entretiens avec Trevor Cribben Merrill, 2017 - books.google.fr).

 

L'Histoire commence, et elle aura une fin ; et l'eschatologie chrétienne a son livre comme la cosmogonie a le sien dans la Genèse : c'est l'Apocalypse (en anglais Revelation) ou le découvrement, le dévoilement, la révélation finale, c'est-à-dire la réinstauration du règne unique du Regard divin, la fin des apparences baroques et des jeux de l'ombre et de la lumière, la réalité réofferte à la possession de la lumière pure. Pendant ce temps, notre temps, le temps d'ici-bas, dégradé, le temps humain, c'est la séparation ontologique. Le Regard divin ayant abandonné le monde aux regards humains, c'est le règne anarchique de la séduction des organes par les apparences. De sorte que la téléologie chrétienne renverrait finalement à une étiologie. Tout est peut-être là (Michel Gresset, Faulkner, ou, La fascination: Poétique du regard, Volume 1, 1982 - books.google.fr).

 

Tag armifère

 

Trois familles possédèrent le Comté de Dabo, anciennement appelé Comté de Dagsbourg : la famille de Dagsbourg, issue des ducs d’Alsace et des Carolingiens (IXe-Xe siècle) ; la famille d’Eguisheim jusqu’au début du XIIIe siècle ; la famille de Linange (von Leiningen), dont les descendants Linange-Heydesheim et Linange-Hartenbourg, résidèrent en Allemagne. Le plus illustre représentant de cette branche d'Eguisheim-Dabo fut leur fils Brunon ou Bruno de Dabo, évêque de Toul puis pape, canonisé en 1087 (saint Léon IX).

 

Le nom de Dabo provient d'un nom de personne germanique Dago suivi du germanique -burg «lieu fortifié».

 

Ancien noms : Dasborc/Tasborc (1178), Dasburch (1188), Tagesbuch (1158), Tagesburch (1175), Dasburg (1189), Dasbor (1206), Dagesburg (1227), Tagesburg (1239), Dagespurg (1313), Dachspurg (1576), Dagsburg (1754), Dabo (1793), Dabo ou Dagsbourg (1845). En francique lorrain : Dockschbuerj et Dàgschburri, en vosgien : Dabo, en allemand : Dagsburg (fr.wikipedia.org - Dabo).

 

Une traduction du Livre XXXI de l'Histoire romaine de Tite Live fournit une association de burg (château) et de waffen (armes), les burg germaniques étant des forteresse où logeaient des hommes d'armes : "vnd mehr auff die feste Burg denn auff die Waffen sich verliessen" (prise d'Andros) ; ainsi qu'une traduction du psaume 46 (45 Vulgate) : "Ein feste Burg ist vnser Gott / ein gute Wehr vnd Waffen" (Titus Livius, Florus Von Ankunfft und Ursprung des römischen Reichs, 1568 - books.google.fr, Martin Luther, Bücher: Darin zusamen gebracht sind christliche und tröstliche Erklerung und Auslegung der furnemesten Psalmen, Volume 3, 1550 - books.google.fr).

 

Mais quittons le Donon pour descendre dans le comté de Dagsbourg, contigu à la Lorraine, mais appartenant à l'Alsace. Là se trouve dans la montagne un endroit solitaire que les habitants voisins appellent la Valletie et qui, lorsque la Gaule était libre, fut, selon toute apparence, habité par des druides. J'y ai remarqué un espace inscrit dans un parallélogramme, qui était tout couvert des ruines d'un temple consacré à Mercure et des débris des images de ce dieu. Mais tout était tellement brisé et morcelé qu'il m'a été impossible de rétablir dans son intégrité aucun bas-relief. Cependant j'ai pu conclure de ces fragments que les simulacres qui s'y trouvaient portaient le même caractère et le même type que tous les objets de cette nature rencontrés en Alsace. J'en ai déduit jusqu'ici que quand tes druides eurent été expulsés de la Gaule, le bois sacré qui s'y trouvait avait été converti en un temple consacré à Mercure. Ce troisième temple appartient à l'époque gallo-romaine; il était construit sur les frontières de l'Alsace inférieure et il était très-important. Celui du Staufenberg, dans le margraviat de Baden, ne venait qu'après lui. Ce Staufenberg est très-élevée; il se fait remarquer par l'image de Mercure qui s'y trouve et qui est entièrement semblable aux nôtres, quoique beaucoup plus grande; et ce bas-relief nous prouve que lorsque les Médiomatriciens se transportèrent dans les champs Décumates, ils restèrent fidèles au culte de la mère-patrie. Le Staufenberg n'est pas d'une hauteur moindre que celle du Donon. Chez les Médiomatriciens trans-vosgiens, les Lorrains modernes, il existe aussi une montagne dédiée à Mercure qu'on appelle le Vodanmont, Vaudemont; elle s'élève au milieu de la plaine et est célèbre par le fort qu'on y construisit au moyen âge. Si de l'Alsace inférieure on se transporte dans la Séquanaise, on trouvera aussi chez les Vésontiens une montagne consacrée à Mercure. En Suisse, et dans le canton de Soleure, il est une colline à qui le vulgaire conserve le nom de Mercure ou de Hermès (Johann Daniel Schoepflin, L'Alsace illustrée: ou recherches sur l'Alsace pendant la domination des Celtes, des Romains, des Francs, des Allemands et des Français, 1849 - books.google.fr).

 

Si le coq est un attribut d'Hermès, il l'est aussi des amours homosexuelles.

 

Ganymède, fils de Tros et de Callirhoé, Ganymède, jeune prince troyen, est considéré comme le plus beau garçon de tous les mortels de son temps, ce qui lui vaut d'être désiré par Zeus. Le roi des dieux envoie son aigle pour l'enlever, ou se change luimême en aigle pour ce rapt. En compensation, Zeus envoie Hermès offrir au père du jeune homme deux chevaux divins. Dans l'Olympe, l'amant de Zeus devient l'échanson des dieux. Il reçoit l'immortalité et l'éternelle jeunesse, et trouve place au ciel dans la constellation du Verseau. Ganymède, compagnon de jeu d'Eros, dieu de l'amour, incarne le désir homosexuel. Vêtu en berger, coiffé d'un bonnet phrygien, il tient un coq, don amoureux traditionnel, dans les scènes d'enlèvement (Annie Collognat, Catherine Bouttier-Couqueberg, Dictionnaire de la mythologie gréco-romaine, 2016 - books.google.fr).

 

Ganymède et saint Jean l'Evangéliste

 

Ganymèdes, autre nom du signe du Verseau, est enlevé par Zeus métamorphosé en aigle. Zeus aimait Ganymède comme Jésus aimait Jean, évangéliste dont le symbole tétramorphique est l'aigle (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : L’Arcadie d’Hergé - nonagones.info).

 

Léon IX : coq, crapaud, Apocalypse, Verseau et homosexualité

 

Brunon d'Eguisheim prit le nom de Léon IX, fut consacré le 2 février (1049), et le 12 du même mois intronisé. Ces deux dates se trouvent dans le signe du Verseau (22 janvier - 21 février). Il meurt le 19 avril 1054, date du Bélier (21 mars - 21 avril).

 

C'est ainsi qu'à Bénévent, à en croire des témoins véridiques, un coq ne cessait de répéter son nom et, lorsqu'il s'apprêtait à pousser son cri naturel, à l'étonnement de tous faisait entendre les mots : « Pape Léon ! » (Wibert ou Pseudo-Wibert, La vie du Pape Léon IX (XIème siècle), traduit par Monique Goullet, 1997 - books.google.fr).

 

Bruno d'Eguisheim, futur pape Léon IX, fut confié plus particulièrement aux soins de son jeune parent, Adalbéron, fils du prince Frédéric de Luxembourg, qui achevait alors le cercle de ses études scolastiques. Adalbéron devenu évêque de Metz assistait le futur pape dans la solennité des fêtes de Noël célébrées à Toul en 1048. L'avenir des deux condisciples de l'école épiscopale était placée sous les auspices du vénérable Berthold. Ils les passaient ensemble dans les châteaux de leurs parents communs. Un soir d'été, comme ils étaient à Egisheim, il advint qu'après leurs oraisons accoutumées les deux amis se retirèrent chacun dans l'appartement qui lui était destiné. Bruno ne tarda point à s'endormir. Durant son sommeil, un horrible reptile qu'on supposa depuis être un crapaud s'introduisit dans la chambre, sans doute par une fenêtre laissée entr'ouverte, grimpa jusque sur le visage du jeune homme et cramponnant l'une de ses pattes dans l'oreille, l'autre au menton, la troisième sur la joue, la quatrième sur la lèvre inférieure, glissa la tète sous la langue et se mit à sucer en perçant la chair vive. Eveillé par une douleur atroce, Bruno poussa un cri et s'élança hors de sa couche.Aux rayons de la lune qui l'éclairaient, il reconnut l'ennemi dont il était la proie ; d'un coup vigoureusement asséné, il le fit tomber sur le coussin. L'animal cherchait encore à rebondir, lorsque les serviteurs éveillés au bruit accoururent près de leur jeune maître. On chercha vainement le hideux animal dans le lit, sous les coussins, dans tous les recoins de l'appartement. Il fut impossible de le retrouver, mais les morsures empoisonnées qu'il avait faites n'étaient que trop visibles. Tout le visage, le cou, la poitrine du jeune homme se tuméfièrent au point de lui ôter l'usage de la parole. Il resta deux mois en cet état, deux mois pendant lesquels Adalbéron ne le quitta ni jour ni nuit. L'enflure croissant toujours, Hugues et Helwide, toute la famille en pleurs n'attendaient plus qu'une issue fatale. Adalbéron redoublait de prières; tout à coup, à un moment où il se trouvait seul près du malade, il le vit se dresser sur son séant. Ses lèvres si longtemps fermées s'ouvrirent sans effort : «Je suis guéri, dit-il. Un vieillard à cheveux blancs environné d'une auréole céleste vient de m'apparaître. Il a touché mes lèvres, mes joues, mon oreille à l'endroit des morsures, et le venin a disparu. » (Abbé Darras, Histoire générale de l'Eglise, Tome XXI, 1875) (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : Les 7 boules de cristal - nonagones.info).

 

Comme le constate A. Maury, «le crapaud et la grenouille étaient des animaux consacrés au démon et qui servaient souvent à le personnifier. Saint Jean dit qu'il vit sortir de la gueule du dragon des esprits impurs semblables à des grenouilles ». Plus précisément même, l'Apocalypse (XVI, 13) parle de «trois esprits impurs comme des grenouilles». Cette interprétation est confirmée par la représentation des armoiries du diable dont Michel Pastoureau écrit, en commentant une miniature de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford (ms. Douce 180, fol. 87): «Les armoiries du Diable, figurées ici sur son écu et sur sa bannière, ont jusqu'à la fin du XIVe siècle consisté tantôt en trois croissants, à l'imitation des emblèmes musulmans, tantôt en trois crapauds, comme sur cette miniature tirée d'un manuscrit daté de 1272. Au XVe siècle, les crapauds s'imposent définitivement (Claude Roussel, Conter de geste au XIVe siècle: inspiration folklorique et écriture épique dans La belle Hélène de Constantinople, 1998 - books.google.fr).

 

Des paroles que Christ qui dit à ses apôtres en donnant le pain : "Ceci est mon corps", j'entends et crois être dites par une métonymie, qui est une manière de parler fort commune aux saintes Ecritures. C'est ainsi que les ont entendues, et par leurs écrits déclarées, les saints pères et docteurs de l'Eglise, Irénée, Cyprien, Tertullien, Ambroise, Augustin, Chrysostôme, et autres semblables, qui ont écrit avant et après le conciliabule de Latran, où fut conclue la transsubstantiation du pain au corps de Christ, et du vin au sang, et où elle fut donnée pour article de foi, au grand déshonneur de Dieu et scandale de toute l'Eglise, l'an 1050, par le pape Léon IX, au temps que Satan était déjà délié, comme l'avait prédit l'Apocalypse, et troublait l'Eglise plus qu'auparavant (Jean Crespin, Galerie chrétienne: ou abrégé de l'histoire des vrais témoins de la vérité de l'Evangile (1554), Tome 2, 1837 - books.google.fr).

 

Rentré à Rome au commencement de l'année 1050, Léon IX fut accueilli par le peuple fidèle avec une joie d'autant plus vive que son absence s'était prolongée davantage. Il ramenait avec lui le comte de Lorraine Geoffroi-le-Barbu, son frère Frédéric récemment promu ainsi que le moine Humbert de Moyenmoutier à la dignité cardinalice, les archevêques Halinard de Lyon, Hugues de Besançon et l'évèque Hugues de Nevers. Tous furent témoins d'un miracle que Wibert raconte en ces termes : « Le très bienheureux pape en souvenir du concile de Reims et par dévotion à saint Rémi avait réservé pour son usage quotidien la coupe précieuse qui lui avait été offerte par le vénérable abbé Hérimar. Un jour l'échanson du palais en offrant à boire au pontife laissa par mégarde tomber le vase précieux, qui se brisa en plusieurs morceaux. Léon IX sourit à cet incident; il fit recueillir les fragments et parut prendre plaisir à les rapprocher en les juxtaposant dans leur ancien état, sans attacher aucune importance à ce petit travail de recomposition que les assistants eux-mêmes considéraient comme un jeu. Et pourtant, dit-il, Dieu pourrait d'un acte de sa volonté omnipotente consolider ce fragile édifice. A peine avait-il prononcé cette parole qu'à sa grande surprise le vase recouvra toute sa solidité. Témoins du prodige, les assistants examinèrent de plus près la coupe miraculeuse. On la remplit de nouveau; le liquide ne s'écoulait point, seulement chacune des fissures restait visible; on eut dit un cheveu incrusté dans le vase et contournant chaque éclat. Le témoin dont je tiens le récit, ajoute Wibert, ne saurait être récusé. Il vit encore, c'est le vénérable Hugues métropolitain de Besançon. Il était présent, et quand il raconte ce prodige il ne peut retenir ses larmes. Il usa d'an pieux stratagème près du saint pontife et en obtint le vase miraculeux qui est aujourd'hui en sa possession. » Le pieux stratagème du métropolitain constituait presque un vol, mais ajoute Wibert, « c'est un dévot larcin, devoto furto, dont le vénérable archevêque se fait gloire. » Le moine de Saint-Remi Anselme, qui le premier nous avait parlé de cette précieuse coupe tirée du trésor abbatial où elle était conservée comme une relique du glorieux patron de Reims pour être offerte par Hérimar à Léon IX, n'a garde d'oublier ce récit merveilleux. C'est par là qu'il termine son intéressante chronique. Le vase de saint Rémi devenu doublement une relique attestait la protection surnaturelle de l'apôtre des Francs sur l'homme apostolique qui venait d'inaugurer à Reims la réforme de l'église des Gaules. Anselme insiste donc sur ce projet il ajoute : « Trois témoins oculaires et dignes de foi sont venus nous le raconter : l'évêque Hugues de Nevers, un diacre de église de Reims qui avait accompagné le saint pape à Rome, enfin un prêtre lyonnais Benoît, jadis chapelain du vénérable archevêque Halinard. » Nous ne savons si le rationalisme moderne acceptera de pareils témoignages; tout ce qui est surnaturel dépasse sa portée, il croit s'en débarrasser par an sourire de mépris. Mais qu'importe la reconstruction prodigieuse d'un vase brisé ? Il venait d'accomplir dans l'ordre moral une merveille beaucoup plus surprenante. En quelques mois, il avait réuni et rangé sous la discipline de l'Église les esprits les plus rebelles, recomposé la grande unité catholique, fait disparaître les ravages de la simonie et de l'incontinence cléricale, mille fois plus réfractaires que les morceaux d'un cristal brisé. Sans soldats, sans argent, sans autre puissance que la parole de Jésus-Christ dont il était le vicaire, il avait fait cette grande chose; la France, l'Allemagne, l'Italie étaient les conquêtes de sa foi. Miracle pour miracle, celui-là valait bien la reconstitution du vase de saint Remi et le rationalisme le plus obstinément aveugle en niant l'un ne fait que rendre plus incroyable l'accomplissement historique et avéré de l'autre (Histoire générale de l'Église depuis la Création jusqu'à nos jours, Tome XI, 1875 - books.google.fr).

 

Reims est le lieu du baptême de Clovis, premier roi franc chrétien.

 

Les armes attribuées à Clovis avant sa conversion sont les armes du diable et le flottement qui affecte les unes affecte aussi assez logiquement les autres. Sur un plan symbolique plus général, la grenouille et le crapaud présentent avec le croissant quelques affinités et évoquent, comme celui- ci, la génération, l'enfantement, « le changement et le retour des formes » (Claude Roussel, Conter de geste au XIVe siècle: inspiration folklorique et écriture épique dans La belle Hélène de Constantinople, 1998 - books.google.fr).

 

Le roman La Belle Hélène de Constantinople, dont les manuscrits sont du XVème siècle, mais attestée par l'auteur des Resveries en 1262, raconte :

 

Lui envoya Jhesus qui fist ciel et rousee / Ung ange beneoit de sa gloire loee / Qui luy a prestement sa targe transmuee, / Qui estoit de fin or moult tres bien couloree /, A trois serpenteaux d'or de guise desguisee. / C'estoient trois crapaux portraits d'œuvre doree. / Mais Dieu voult qu'il n'eiist plus telz armes portées. / Avant luy envoya, par miracle ordonné, / Trois flours de lis d'or fin en champaigne asuree. / De par Jhesus luy fut ceste enseigne ordonnee

 

L'auteur se réfère à l'ancienne légende san-dionysienne, comme la première partie du Poème latin sur l'origine des fleurs de lis. On retrouve le conte des crapauds dans le Songe du Verger, vers 1377, c'est-à-dire au moment où, de son côté, Raoul de Presles s'intéresse à la légende des «croissants» de Clovis. Les crapauds sont donc l'équivalent des « croissants » dans des textes exactement contemporains, nés dans l'entourage de Charles V. Confusion iconographique, a-t-on dit, provoquée par des figurations sculptées ou peintes et partiellement effacées. Ce qui est vraisemblable ; mais l'explication est aussi d'ordre philologique. En 1949, Edmond Faral pensait que la confusion venait d'une similitude entre les termes : crescentem et crapeudum, ou même crassantum, craxantum, qui est un des noms du crapaud dans le Midi ; mais aucun texte latin n'emploie ces derniers mots à propos des armes de Clovis. S'il est bien vrai qu'un jeu de mots vint au secours des esprits bien intentionnés dans leurs efforts pour dénaturer l'emblème païen, le calembour porta sur d'autres termes. À l'extrême fin du XVe siècle, Robert Gaguin, qui ne fait, nous dit-il, que consigner «une tradition d'origine inconnue, mais répandue et persistante jusqu'à son époque », assure que les rois francs avaient pour emblème trois crapauds : buffones tres. Il nous le dit en latin et la sonorité du mot buffo, «crapaud», éveille aussitôt pour nous le souvenir de ces bufurdi, «behourdis», «bourdis» (espagnol et portugais boffordo), feux qu'on allumait traditionnellement en mars, lors de la fête équinoxiale. [...] Claude Fauchet qualifie de «ord animal, jadis appelé bote en françois, comme encore il est en langage italien», le crapaud qui figure sur les armes de Clovis, et Ronsard parle des «trois crapaus boufis» (enflés) qui les déshonoraient. Le thème des crapauds plut aux ennemis de la France, qui en firent l'objet de plaisanteries faciles : «Les Flamans et ceux des Pays-Bas par desdain et pour ceste cause nous appellent crapaux franchos », écrit Fauchet. À partir du XVe siècle, on rencontre souvent les «armes aux crapauds» dans l'iconographie de Clovis. Dans le Livre du cuer d'amours espris, le roi René décrit, en 1457, le blason de Paris, chef des Troyens, dont une légende faisait l'ancêtre des Parisiens : les pièces en sont « moult merveilleuses et estranges a veoir, car ledit escu estoit d'asur a trois crapaux rampans d'or fin» (Anne Lombard-Jourdan, Fleur de lis et oriflamme: signes célestes du royaume de France, 1991 - books.google.fr).

 

Un quatrain supplémentaire à la Centurie X, postérieur à l'édition de 1568, dit :

 

Quand le fourcheu sera soustenu de deux paux,

Avec six demy cors, & six sizeaux ouvers :

Le trespuissant Seigneur, heritier des crapaux,

Alors subjuguera, sous soy tout l'univers.

 

Le quatrain annonce pour 1660 (M + CCCCCC + XXXXXX) la suprématie de l'héritier du trône de Clovis.

 

Curieusement, c'est sur la seule figure de ce jeune prince troyen, très vite enlevé par les dieux pour devenir l'échanson de Zeus dans l'Olympe, que s'attardera Euripide dans quatre de ses drames, et trois fois son nom sera associé à celui de Dardanos, comme pour souligner son antique enracinement dans la légende dynastique. Pourtant, alors qu'Homère donnait Ganymède comme le fils d'Ilos (Il, 20, 232-35), Euripide adopte la généalogie de la Petite Iliade (Fr. 28, 4 Bernabé), où il n'était plus que son petit-fils, donc fils de Laomédon et frère de Tithon et de Priam. Euripide s'écarte encore d'Homère en adoptant une tradition venue probablement du Cycle et déjà suivie par Ibycos, Pindare et Sophocle, où un lien érotique unissait Zeus au jeune Ganymède. Il y met une insistance particulière. Dans le Cyclope, Silène, grotesque "mignon" de Polyphème, est comparé à Ganymède (582-586). Le Phrygien de l'Oreste (1391) invoque Ganymède comme le "compagnon du lit de Zeus", et dans Iphigénie à Aulis (1049-1050), il est "les tendres délices de la couche de Zeus". Dans les Troyennes, enfin, il n'est pas nommé, mais l'allusion est accompagnée d'une assez rude condamnation morale, le Chœur déclarant : "De Zeus et de sa honte, je ne veux plus rien dire" (845-46). On peut se demander pourquoi Euripide revient avec tant d'insistance sur un héros aussi peu important dans l'histoire de Troie. C'est sans doute un moyen de souligner combien la dynastie troyenne était liée aux dieux, et au plus grand d'entre eux. D'autant qu'Euripide rapproche son destin de celui de son frère Tithon, lui-même ravi par l'Aurore (François Jouan, Priam, sa cité et sa famille dans l'oeuvre d'Euripide, Troïka : parcours antiques : mélanges offerts à Michel Woronoff, Volume 1, 2007 - books.google.fr).

 

Ganymède est troyen, et comme frère de Priam, il est l'oncle de Pâris ou sa tante comme diront certains.

 

Le document le plus important au sujet des pratiques homosexuelles au Moyen Age reste le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien adressé en 1051 au Pape Léon IX. Dans cet ouvrage, Pierre Damien s'insurge contre la façon dont les pénitentiels distinguent différents types d'actes homosexuels et leur assignent différentes pénitences. Il réclame en particulier la révocation de tout membre du clergé reconnu coupable de tels actes. La réponse de Léon IX, Nos Humanius Agentes, est avant tout remarquable en ce qu'elle souligne la nécessité d'un sens de la mesure et d'une approche plus humaine du problème des pratiques homosexuelles. Il blâme l'âpreté et l'inflexibilité de l'ouvrage, et soutient que ceux qui se sont adonnés à des actes homosexuels, n'étant pas tous également coupables, ne méritent donc pas la même censure ecclésiastique. Il précise en particulier qu'il n'est pas nécessaire d'exclure des ordres un clerc à cause de cela, et conclut : «Si quiconque devait oser critiquer ou gloser celui-ci de nos décrets, qu'il sache que c'est lui-même qui est en danger pour ses ordres» (John J. McNeill, L'Église et l'homosexuel: un plaidoyer, 1982 - books.google.fr).

 

Si la réponse du pape Léon IX peut ressembler à un refus plein d'humanité, récusant l'intransigeance d'un Pierre Damien qui rêve d'énoncer sa propre loi, la suite de l'histoire et les décisions prises par les différents conciles de la fin du XIe siècle et du XIIe siècle tendent à montrer que c'est bien le point de vue défendu par Pierre Damien qui finalement triomphera dans une Église de plus en plus avide de pureté et qui rangera sous le vocable de sodomites tous ceux qu'elle entendra exclure au nom de l'ordre (Jean-François Cottier, Ordo dans le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien, Parva pro magnis munera: études de littérature tardo-antique et médiévale offertes à François Dolbeau par ses élèves, 2009 - books.google.fr).

 

Un autre Tag : toujours le Verseau

 

"Tag" est le nom du roi en Thessalie, selon Xénophon. Deucalion qui a donné son nom au Déluge, fils de Prométhée, était roi de Thessalie (Louis Thomassin, La Methode D'Etudier Et D'Enseigner Chrestiennement & utilement La Grammaire, Ou Les Langues, Tome 2, 1693 - books.google.fr).

 

Vers 590, la guerre de Crise nous présente pour la première fois le spectacle d'une Thessalie fortement organisée. Elle n'aurait pas réussi à l'emporter, si elle n'avait pas déjà commandé aux peuples Périèques, Perrhèbes et Magnètes du Nord et de l'Est, Maliens, Œtéens, iEnianes et Dolopes du Sud, et surtout si aux trois districts éoliens de la plaine centrale, la Thessa- liôtis, l'Hestiaeôtis et la Pélasgiôtis, n'avait pas été déjà rattachée la région plus dorisée de l'Achale Phthiotide. Il existait donc dès cette époque une tétrarchie capable de faire prévaloir une politique impérialiste. Elle avait à sa tête un tage dont les pouvoirs étaient absolus en temps de guerre. Le tage Eurylochos, le vainqueur de Crisa était de Larissa en Pélasgiôtis et appartenait sans doute à l'illustre famille des Aleuades; après lui, un Scopade de Crannon, également en Pélasgiôtis, renforça la constitution fédérale et la domination sur les pays tributaires; enfin, Cléomachos de Pharsale en Thessaliôtis prit une part éclatante à la guerre lélantique et assura le succès de Chalcis. Mais la Thessalie se heurtait maintenant aux Béotiens; elle fut écrasée à Coressos vers 570. L'unité n'avait pas eu le temps de se consolider. Une période nouvelle commence, celle des seigneurs (Revue historique, Volumes 121 à 122, 1965 - books.google.fr).

 

Les Poissons et Aquarius sont des signes zodiacaux qui contiennent tous deux des allusions à l'eau (quoique, selon le classement normal, seuls les Poissons soient un signe d'eau, car l'Aquarius — le Verseau — est un signe d'air), ils semblent utilisés comme l'équivalent des catharactae de Moïse selon Pierre d'Ailly. Aquarius est rattaché soit à Ganymède, échanson des dieux, soit, d'après Hégésianax (reproduit par Hygin, Astron. II, 29), à Deucalion, parce que le Déluge se produisit pendant son règne et qu'il fut le seul homme à lui survivre: cf. l'Aquarius qui déverse les pluies de Deucalion — le Déluge — dans Lucain (Pharsale, I, 651-654). Rappelons surtout que la fameuse conjonction prévue pour février 1524, qui avait alors agité tous les astrologues, situait les planètes dans le signe des Poissons, signe de déluge et de désastre, et fut mise en relation avec la guerre des Paysans (voir, entre autres, malgré son hostilité contre les pronostications, l'accord d'Agostino Nifo avec les astrologues sur ce point dans De falsa diluvii prognosticatione. Que ex conventu omnium planetarum qui in Piscibus continget anno 1524 divulgata est libri tres, Bologne, 1520, I, chap. 3, bv° ; et la figure explicite du frontispice de la Practica de Leonhardt Reynmann, Nuremberg, 1523 — du ventre énorme du Poisson céleste tombe un déluge catastrophique qui noie la terre — ; et, à ce sujet, L. Thorndike, H.M.E.S., V, p. 178 et suiv. ; C. Ginsburg, op. cit., p. 31 et sq.). Le cordelier Jean Thénaud, au service de Louise de Savoie, a également développé cet aspect du déluge à propos de la conjonction de 1524, en utilisant avec un humour certain l'Histoire véritable de Lucien (A. -M. Lecoq, "La grande conjonction de 1524 démythifiée pour Louise de Savoie. Un manuscrit de Jean Thénaud à la Bibliothèque Nationale de Vienne", B.H.R., XLIII (1981), p. 39-60); même chose chez Eustorg de Beaulieu en 1537 sous la forme d'un In manus (Les divers rapports, éd. A.M. Pegg, Droz, 1964, p. 357). Franc-Gal est de toute façon un autre Noé et un autre Deucalion (Marie-Madeleine Fontaine, Notes chap. XIV) (Barthélemy Aneau, Alector, ou, Le coq, Marie-Madeleine Fontaine, 1996 - books.google.fr).

 

Il existe un Alector, descendant de Deucalion par Magnès, Eole, Hellen (Joseph-Jacques Odolant-Desnos, Mythologie pittoresque, ou histoire méthodique des faux Dieux grecs et romains, 1849 - books.google.fr).

 

Alector, coq, de a priv. et lectron parce que son chant nous fait sortir du lit (H. Torné-Chavigny, Lettres du grand prophète d'après l'histoire prédite et jugée par Nostradamus et l'apocalypse interprétée par le même auteur, 1870 - books.google.fr).

 

Reste le "Portant au coq don du..." : un cadeau ou un présent fait à un coq par un Thessalien.

 

Manbij ou Manbidj, est une ville syrienne du gouvernorat d'Alep, chef-lieu du district homonyme. Elle était le lieu d'un important sanctuaire dédié à la déesse syrienne Atargatis, la Dea Syria dont le culte est rapporté par Lucien de Samosate dans son livre De Dea Syria. Durant la guerre civile syrienne, Manbij devient l'un des premiers fiefs de l'État islamique en janvier 2014 (fr.wikipedia.org - Manbij).

 

L'opinion commune attribue à Deucalion le Scythe la fondation du temple de Hiérapolis. Ce Deucalion est celui sous lequel arriva la grande inondation. On m'a parlé de Deucalion chez les Grecs. [...] D'autres croient que Sémiramis, reine de Babylone, de laquelle il y a de nombreux édifices en Asie, a fondé celui-ci et l'a consacré à Dercéto, sa mère. [...] Il y a une autre tradition sacrée, que m'a fait connaître un homme instruit. D'après lui, la déesse est Rhéa, et le temple l'ouvrage d'Attis. [...] Sous ces propylées, sont placés des phallus érigés par Bacchus à une hauteur de trente brasses. Sur l'un de ces phallus, un homme monte deux fois par an, et demeure au haut du phallus pendant sept jours. La raison de cette ascension, la voici : le peuple est persuadé que cet homme, de cet endroit élevé, converse avec les dieux, leur demande la prospérité de toute la Syrie, et que ceux-ci entendent de plus près sa prière. D'autres pensent que cela se pratique en l'honneur de Deucalion, et comme souvenir de ce triste événement, lorsque les hommes fuyaient sur les montagnes et montaient au haut des arbres par crainte de l'inondation. [...] Le temple regarde le soleil levant. Pour la forme et la structure, il ressemble aux temples construits en Ionie. [...] On célèbre encore dans ce temple de grandes solennités. On les appelle descentes au lac, parce qu'en ces fêtes toutes les statues des dieux descendent sur les bords du lac. [...]

 

Les plus grandes de ces solennités sont celles que l'on célèbre sur les bords de la mer. Je n'en puis rien dire de certain, attendu que je n'y suis pas allé moi-même et que je n'ai jamais essayé ce voyage ; mais j'ai vu ce qui se fait au retour, et je vais le rapporter. Chaque personne porte un vase rempli d'eau, scellé avec de la cire. On ne rompt pas soi-même le cachet pour répandre l'eau, mais il y a un coq sacré qui demeure près du lac : il reçoit les vases, examine le cachet, reçoit un salaire, en lève le lien et gratte la cire ; cet office vaut une grande quantité de mines à ce coq. Ensuite on va porter le vase dans le temple où l'on fait la libation. La fête se termine par un sacrifice, après lequel chacun se retire. Passage controversé : Paulmnier de Grentemesnil et Belin de Ballu prétendent qu'il faut substituer "gallos" à "alectruon", qui est l'erreur d'un copiste ignorant. Nous avons suivi la leçon ordinaire, adoptée par Wieland. Cet éminent critique voit dans cet oiseau si bien dressé un instrument de la fourberie des prêtres de Junon (Jean-François Cottier, Ordo dans le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien, Parva pro magnis munera: études de littérature tardo-antique et médiévale offertes à François Dolbeau par ses élèves, 2009 - books.google.fr).

 

Les relations entre la Thessalie et Hiérapolis se manifestent par l'existance d'un astrologue hiérapolitain naturalisé thessalien (Lucien de Samosate (vers 135 - vers 220), De Dea Syria, Oeuvres complètes de Lucien de Samosate, traduit par Eugène Talbot, 1912 - remacle.org).

 

En Thessalie et dans les régions voisines d'Étolie et de Macédoine, la diffusion du culte d'Atargatis s'explique par l'identification de la déesse syrienne à la constellation de la Vierge. Cette identification avait déjà été relevée dans le milieu des légionnaires romains au IIIe siècle ; les documents hellénistiques de Grèce centrale et du Nord la font remonter dans le temps à l'époque des premiers contacts grecs avec les cultes syriens. C'est une interprétation grecque, qui utilise le mythe hésiodique de la métamorphose de Dikè, fille de Zeus et de Thémis, en la constellation de la Vierge: c'est peut-être à ce titre et donc en fonction de sa nature en Grèce que la Vierge préside aux affranchissements ; elle était d'ailleurs considérée comme le signe "des femmes, des esclaves et de ceux qui ont des fers aux pieds". Au contraire la métamorphose sidérale du Poisson est toujours restée circonscrite aux aux mythologies du domaine oriental : c'est un apport étranger dans un milieu déjà tourné, en Thessalie surtout", vers la magie et l'astrologie. Dans ce milieu spécifique, l'interprétation astrologique de la déesse syrienne, qui porte l'empreinte d'Hésiode, reflète aussi les conceptions des Chaldéens qui pratiquaient une mantique astrale, utilisant le zodiaque et l'horoscope. Or nous connaissons la présence et l'action de l'un d'entre eux, originaire de Hiérapolis de Syrie, en Thessalie justement, dans une de ces régions où Atargatis fut identifiée à la constellation de la Vierge. Ce Hiérapolitain formé à l'astronomie chaldéenne, parcourut la Thessalie pour enseigner son savoir. [...]

 

Une inscription découverte en 1980 à Larissa en Thessalie a fait connaître cet Antipatros fils d'Antipatros de Hiérapolis, "astronome chaldéen" qui s'est installé définitivement dans la région (SEG XXXI, 1981, n° 576; voir I. SAVALLI, "Un astrónomo caldeo", ANSP, XV, 1985, p. 539-558 et G.W. BoWERSOCK, "Antipater Chaldaeus", CQ N. S., XXXIII, 1983, p. 491). [...]

 

Au IVe et IIIe siècles, des figures astrales sont apparues sur le monnayage thessalien, en particulier à Phères où est attesté le culte de la Vierge (Marie-Françoise Baslez, Le culte de la déesse syrienne dans le monde hellénistique : Traditions et interprétations, Les Syncrétismes religieux dans le monde méditerranéen antique: actues du colloque international en l'honneur de Franz Cumont, Rome, Academia Belgica, 25-27 septembre 1997, 1999 - books.google.fr).

 

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