Apocalypse et Verseau

Apocalypse et Verseau

 

VIII, 61

 

2074-2075

 

Jamais par le decouvrement du jour

Ne parviendra au signe sceptrifere,

Que tous ses sieges ne soient en sejour.

Portant au coq don du TAG armifere.

 

Séjour

 

Jupiter est le porteur de sceptre comme roi des Dieux. Astrologiquement les planètes ont leur "séjour" dans des signes bien définis (Andreas Floccus, Johannes Camers, L. Fenestella de Ro. Magistratibus: nitori tandem nativo restitutus, mille fluentibus ulceribus curatis, 1523 - books.google.fr).

 

Les signes du Zodiaque du Cancer au Capricorne sont disposés dans cet ordre : d'abord le Lion, séjour du Soleil ; puis la Vierge, séjour de Mercure ; la Balance, séjour de Vénus ; le Scorpion, séjour de Mars ; le Sagittaire, séjour de Jupiter ; le Capricorne, séjour de Saturne, et dans l'ordre inverse à partir du Capricorne, le Verseau, séjour de Saturne ; les Poissons, séjour de Jupiter ; le Bélier, séjour de Mars : le Taureau, séjour de Vénus ; les Gémeaux, séjour de Mercure et enfin le Cancer séjour de la lune (Porphyre, L'Antre des nymphes, traduit par Joseph Trabucco, 2016 - books.google.fr).

 

"le signe sceptrifere" peut être un des signes du zodiaque qui sont le séjour de Jupiter : Sagittaire ou Poissons.

 

Mais aussi, le passage du soleil, dans le Verseau, étoit annoncé par l'étoile Canopus, la coupe, la tête de la Vierge & Céphée. On forma un emblème composé de ces quatre Constellations; sur la coupe on mit une tête de femme, & l'on plaça ce symbole dans la case du Verseau, surmonté d’un homme qui porte un sceptre comme Céphée, avec cette inscription : Regnum canopicum (Astronomie, par M. de La Lande, Tome IV, 1781 - books.google.fr).

 

Pour Paul Le Cour, l'entrée dans l'ère du Verseau se ferait vers 2147. Il partait aussi de la date-pivot du règne de Sixte-Quint dont la devise dans la Prophétie de Saint Malachie était "Axis in Medietate Signis" (l'axe au milieu du signe) pour tomber sur 2070, date proche du début de l'ère du Verseau, marquant la fin de l'instituion papale (L'ère du Verseau, Les contrées secrètes, Volume 12 de Politica Hermetica, 1999 - books.google.fr).

 

Astronomiquement parlant, le point vernal est entré dans la constellation des Poissons en 69 avant J.-C. et en sortira en 2604. Mais l'étendue des constellations de l'écliptique ne peut se rapporter à celle des signes, de 30° chacun, sur le zodiaque de la Grande Année. Il faut donc refaire le calcul en observant le décalage subi, de nos jours, par les signes des anciens zodiaques. En se fondant sur le zodiaque d'Hipparque, on trouve la date de 2070, qui coïncide avec celle obtenue par les calculs de l'astrologie hindoue. (Cf. Alfred Fankhauser : Das Wahre Gesicht der Astrologie, Zurich 1943). Cependant Hans Künkel Grosse Jahr, Diederichs, Iéna 1922) fixe en 1950 le début de l'ère du Verseau. Ervin Baktay, dans A Csillagfejtetés kônnyve (« Le livre de l'Astrologie », Budapest, s. d.) propose soit 1793, soit 1950-60. (Nous remercions le Dr. Henri Hunwald qui nous a fourni la plus grande partie de cette documentation.) D'autre part, notre ami l'hermétiste Maurice Baskine nous fait remarquer que la date de 1792 est indiquée par Nostradamus dans sa « Lettre à Henri Second » au début des Centuries. Toutes ces dates qui s'étendent environ sur deux siècles ne sauraient d'ailleurs constituer que des repères, non des déterminantes; elles délimitent assez bien, croyons-nous, la période de transition entre les deux ères (Marcel Jean, Arpad Mezei, Genèse de la pensée moderne dans la littérature française: essai (1949), 2001 - books.google.fr).

 

Découvrement

 

Dans la traduction d'André Chouraqui du Nouveau Testament, les livres sont renommés (cf. les Actes des Apôtres deviennent les « Gestes d'Envoyés », l'Apocalypse, « Découvrement de Iohannân ») et tout au long du texte, les choix en matière de traductions sont le plus souvent motivés par un parti-pris de littéralisme, qui va jusqu'à l'imitation formelle, et donc sont toujours plus ou moins réducteurs, puisqu'il s'agit de choisir et de privilégier parmi l'ensemble des sens un seul d'entre eux : celui de la version hébraïque (Marie-Christine Hazael-Massieux, À propos de la traduction de de la Bible en Créole, Études créoles, Volume 18, 1995 - books.google.fr).

 

L'apocalypse, c'est le découvrement du sexe de l'univers, de la partie la plus secrète de l'univers, le découvrement de la nudité du réel (Retour aux racines: André Chouraqui, Entretiens avec Jacques Deschanel, 1981 - books.google.fr).

 

Apocalypse, c'est l'hébreu gala, acte de découvrir. Dans la Tora, le sexe, les yeux, l'oreille sont ainsi découverts pour que la semence, la vue et la voix s'y déposent. La théologie catholique conserve cette notion d'une nudité ouverte : la gloire des bienheureux, la béatitude, c'est la béance, illapsus divinatis in substantiam animae, irruption du divin dans l'être de l'âme. Eidon, j'ai vu, je vois, répète Jean ensemencé (Textuel, Numéros 34 à 36, 1998 - books.google.fr).

 

André Chouraqui précise dans son introduction de Découvrement de Iohannân : "Dans le Pentateuque, il est souvent employé pour désigner l'acte de découvrir le sexe d'un homme ou d'une femme, ou encore le découvrement de l'oreille ou des yeux devant un secret ou un mystère aussi cachés que le sexe d'une personne" (Psychopolitique: Entretiens avec Trevor Cribben Merrill, 2017 - books.google.fr).

 

L'Histoire commence, et elle aura une fin ; et l'eschatologie chrétienne a son livre comme la cosmogonie a le sien dans la Genèse : c'est l'Apocalypse (en anglais Revelation) ou le découvrement, le dévoilement, la révélation finale, c'est-à-dire la réinstauration du règne unique du Regard divin, la fin des apparences baroques et des jeux de l'ombre et de la lumière, la réalité réofferte à la possession de la lumière pure. Pendant ce temps, notre temps, le temps d'ici-bas, dégradé, le temps humain, c'est la séparation ontologique. Le Regard divin ayant abandonné le monde aux regards humains, c'est le règne anarchique de la séduction des organes par les apparences. De sorte que la téléologie chrétienne renverrait finalement à une étiologie. Tout est peut-être là (Michel Gresset, Faulkner, ou, La fascination: Poétique du regard, Volume 1, 1982 - books.google.fr).

 

Tag armifère

 

Trois familles possédèrent le Comté de Dabo, anciennement appelé Comté de Dagsbourg : la famille de Dagsbourg, issue des ducs d’Alsace et des Carolingiens (IXe-Xe siècle) ; la famille d’Eguisheim jusqu’au début du XIIIe siècle ; la famille de Linange (von Leiningen), dont les descendants Linange-Heydesheim et Linange-Hartenbourg, résidèrent en Allemagne. Le plus illustre représentant de cette branche d'Eguisheim-Dabo fut leur fils Brunon ou Bruno de Dabo, évêque de Toul puis pape, canonisé en 1087 (saint Léon IX).

 

Le nom de Dabo provient d'un nom de personne germanique Dago suivi du germanique -burg «lieu fortifié».

 

Ancien noms : Dasborc/Tasborc (1178), Dasburch (1188), Tagesbuch (1158), Tagesburch (1175), Dasburg (1189), Dasbor (1206), Dagesburg (1227), Tagesburg (1239), Dagespurg (1313), Dachspurg (1576), Dagsburg (1754), Dabo (1793), Dabo ou Dagsbourg (1845). En francique lorrain : Dockschbuerj et Dàgschburri, en vosgien : Dabo, en allemand : Dagsburg (fr.wikipedia.org - Dabo).

 

Une traduction du Livre XXXI de l'Histoire romaine de Tite Live fournit une association de burg (château) et de waffen (armes), les burg germaniques étant des forteresse où logeaient des hommes d'armes : "vnd mehr auff die feste Burg denn auff die Waffen sich verliessen" (prise d'Andros) ; ainsi qu'une traduction du psaume 46 (45 Vulgate) : "Ein feste Burg ist vnser Gott / ein gute Wehr vnd Waffen" (Titus Livius, Florus Von Ankunfft und Ursprung des römischen Reichs, 1568 - books.google.fr, Martin Luther, Bücher: Darin zusamen gebracht sind christliche und tröstliche Erklerung und Auslegung der furnemesten Psalmen, Volume 3, 1550 - books.google.fr).

 

Mais quittons le Donon pour descendre dans le comté de Dagsbourg, contigu à la Lorraine, mais appartenant à l'Alsace. Là se trouve dans la montagne un endroit solitaire que les habitants voisins appellent la Valletie et qui, lorsque la Gaule était libre, fut, selon toute apparence, habité par des druides. J'y ai remarqué un espace inscrit dans un parallélogramme, qui était tout couvert des ruines d'un temple consacré à Mercure et des débris des images de ce dieu. Mais tout était tellement brisé et morcelé qu'il m'a été impossible de rétablir dans son intégrité aucun bas-relief. Cependant j'ai pu conclure de ces fragments que les simulacres qui s'y trouvaient portaient le même caractère et le même type que tous les objets de cette nature rencontrés en Alsace. J'en ai déduit jusqu'ici que quand tes druides eurent été expulsés de la Gaule, le bois sacré qui s'y trouvait avait été converti en un temple consacré à Mercure. Ce troisième temple appartient à l'époque gallo-romaine; il était construit sur les frontières de l'Alsace inférieure et il était très-important. Celui du Staufenberg, dans le margraviat de Baden, ne venait qu'après lui. Ce Staufenberg est très-élevée; il se fait remarquer par l'image de Mercure qui s'y trouve et qui est entièrement semblable aux nôtres, quoique beaucoup plus grande; et ce bas-relief nous prouve que lorsque les Médiomatriciens se transportèrent dans les champs Décumates, ils restèrent fidèles au culte de la mère-patrie. Le Staufenberg n'est pas d'une hauteur moindre que celle du Donon. Chez les Médiomatriciens trans-vosgiens, les Lorrains modernes, il existe aussi une montagne dédiée à Mercure qu'on appelle le Vodanmont, Vaudemont; elle s'élève au milieu de la plaine et est célèbre par le fort qu'on y construisit au moyen âge. Si de l'Alsace inférieure on se transporte dans la Séquanaise, on trouvera aussi chez les Vésontiens une montagne consacrée à Mercure. En Suisse, et dans le canton de Soleure, il est une colline à qui le vulgaire conserve le nom de Mercure ou de Hermès (Johann Daniel Schoepflin, L'Alsace illustrée: ou recherches sur l'Alsace pendant la domination des Celtes, des Romains, des Francs, des Allemands et des Français, 1849 - books.google.fr).

 

Si le coq est un attribut d'Hermès, il l'est aussi des amours homosexuelles.

 

Ganymède, fils de Tros et de Callirhoé, Ganymède, jeune prince troyen, est considéré comme le plus beau garçon de tous les mortels de son temps, ce qui lui vaut d'être désiré par Zeus. Le roi des dieux envoie son aigle pour l'enlever, ou se change luimême en aigle pour ce rapt. En compensation, Zeus envoie Hermès offrir au père du jeune homme deux chevaux divins. Dans l'Olympe, l'amant de Zeus devient l'échanson des dieux. Il reçoit l'immortalité et l'éternelle jeunesse, et trouve place au ciel dans la constellation du Verseau. Ganymède, compagnon de jeu d'Eros, dieu de l'amour, incarne le désir homosexuel. Vêtu en berger, coiffé d'un bonnet phrygien, il tient un coq, don amoureux traditionnel, dans les scènes d'enlèvement (Annie Collognat, Catherine Bouttier-Couqueberg, Dictionnaire de la mythologie gréco-romaine, 2016 - books.google.fr).

 

Ganymède et saint Jean l'Evangéliste

 

Ganymèdes, autre nom du signe du Verseau, est enlevé par Zeus métamorphosé en aigle. Zeus aimait Ganymède comme Jésus aimait Jean, évangéliste dont le symbole tétramorphique est l'aigle (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : L’Arcadie d’Hergé - nonagones.info).

 

Léon IX : coq, crapaud, Apocalypse, Verseau et homosexualité

 

Brunon d'Eguisheim prit le nom de Léon IX, fut consacré le 2 février (1049), et le 12 du même mois intronisé. Ces deux dates se trouvent dans le signe du Verseau (22 janvier - 21 février). Il meurt le 19 avril 1054, date du Bélier (21 mars - 21 avril).

 

C'est ainsi qu'à Bénévent, à en croire des témoins véridiques, un coq ne cessait de répéter son nom et, lorsqu'il s'apprêtait à pousser son cri naturel, à l'étonnement de tous faisait entendre les mots : « Pape Léon ! » (Wibert ou Pseudo-Wibert, La vie du Pape Léon IX (XIème siècle), traduit par Monique Goullet, 1997 - books.google.fr).

 

Bruno d'Eguisheim, futur pape Léon IX, fut confié plus particulièrement aux soins de son jeune parent, Adalbéron, fils du prince Frédéric de Luxembourg, qui achevait alors le cercle de ses études scolastiques. Adalbéron devenu évêque de Metz assistait le futur pape dans la solennité des fêtes de Noël célébrées à Toul en 1048. L'avenir des deux condisciples de l'école épiscopale était placée sous les auspices du vénérable Berthold. Ils les passaient ensemble dans les châteaux de leurs parents communs. Un soir d'été, comme ils étaient à Egisheim, il advint qu'après leurs oraisons accoutumées les deux amis se retirèrent chacun dans l'appartement qui lui était destiné. Bruno ne tarda point à s'endormir. Durant son sommeil, un horrible reptile qu'on supposa depuis être un crapaud s'introduisit dans la chambre, sans doute par une fenêtre laissée entr'ouverte, grimpa jusque sur le visage du jeune homme et cramponnant l'une de ses pattes dans l'oreille, l'autre au menton, la troisième sur la joue, la quatrième sur la lèvre inférieure, glissa la tète sous la langue et se mit à sucer en perçant la chair vive. Eveillé par une douleur atroce, Bruno poussa un cri et s'élança hors de sa couche.Aux rayons de la lune qui l'éclairaient, il reconnut l'ennemi dont il était la proie ; d'un coup vigoureusement asséné, il le fit tomber sur le coussin. L'animal cherchait encore à rebondir, lorsque les serviteurs éveillés au bruit accoururent près de leur jeune maître. On chercha vainement le hideux animal dans le lit, sous les coussins, dans tous les recoins de l'appartement. Il fut impossible de le retrouver, mais les morsures empoisonnées qu'il avait faites n'étaient que trop visibles. Tout le visage, le cou, la poitrine du jeune homme se tuméfièrent au point de lui ôter l'usage de la parole. Il resta deux mois en cet état, deux mois pendant lesquels Adalbéron ne le quitta ni jour ni nuit. L'enflure croissant toujours, Hugues et Helwide, toute la famille en pleurs n'attendaient plus qu'une issue fatale. Adalbéron redoublait de prières; tout à coup, à un moment où il se trouvait seul près du malade, il le vit se dresser sur son séant. Ses lèvres si longtemps fermées s'ouvrirent sans effort : «Je suis guéri, dit-il. Un vieillard à cheveux blancs environné d'une auréole céleste vient de m'apparaître. Il a touché mes lèvres, mes joues, mon oreille à l'endroit des morsures, et le venin a disparu. » (Abbé Darras, Histoire générale de l'Eglise, Tome XXI, 1875) (Le Serpent rouge : Le voyage de l’âme : Les 7 boules de cristal - nonagones.info).

 

Comme le constate A. Maury, «le crapaud et la grenouille étaient des animaux consacrés au démon et qui servaient souvent à le personnifier. Saint Jean dit qu'il vit sortir de la gueule du dragon des esprits impurs semblables à des grenouilles ». Plus précisément même, l'Apocalypse (XVI, 13) parle de «trois esprits impurs comme des grenouilles». Cette interprétation est confirmée par la représentation des armoiries du diable dont Michel Pastoureau écrit, en commentant une miniature de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford (ms. Douce 180, fol. 87): «Les armoiries du Diable, figurées ici sur son écu et sur sa bannière, ont jusqu'à la fin du XIVe siècle consisté tantôt en trois croissants, à l'imitation des emblèmes musulmans, tantôt en trois crapauds, comme sur cette miniature tirée d'un manuscrit daté de 1272. Au XVe siècle, les crapauds s'imposent définitivement (Claude Roussel, Conter de geste au XIVe siècle: inspiration folklorique et écriture épique dans La belle Hélène de Constantinople, 1998 - books.google.fr).

 

Des paroles que Christ qui dit à ses apôtres en donnant le pain : "Ceci est mon corps", j'entends et crois être dites par une métonymie, qui est une manière de parler fort commune aux saintes Ecritures. C'est ainsi que les ont entendues, et par leurs écrits déclarées, les saints pères et docteurs de l'Eglise, Irénée, Cyprien, Tertullien, Ambroise, Augustin, Chrysostôme, et autres semblables, qui ont écrit avant et après le conciliabule de Latran, où fut conclue la transsubstantiation du pain au corps de Christ, et du vin au sang, et où elle fut donnée pour article de foi, au grand déshonneur de Dieu et scandale de toute l'Eglise, l'an 1050, par le pape Léon IX, au temps que Satan était déjà délié, comme l'avait prédit l'Apocalypse, et troublait l'Eglise plus qu'auparavant (Jean Crespin, Galerie chrétienne: ou abrégé de l'histoire des vrais témoins de la vérité de l'Evangile (1554), Tome 2, 1837 - books.google.fr).

 

Rentré à Rome au commencement de l'année 1050, Léon IX fut accueilli par le peuple fidèle avec une joie d'autant plus vive que son absence s'était prolongée davantage. Il ramenait avec lui le comte de Lorraine Geoffroi-le-Barbu, son frère Frédéric récemment promu ainsi que le moine Humbert de Moyenmoutier à la dignité cardinalice, les archevêques Halinard de Lyon, Hugues de Besançon et l'évèque Hugues de Nevers. Tous furent témoins d'un miracle que Wibert raconte en ces termes : « Le très bienheureux pape en souvenir du concile de Reims et par dévotion à saint Rémi avait réservé pour son usage quotidien la coupe précieuse qui lui avait été offerte par le vénérable abbé Hérimar. Un jour l'échanson du palais en offrant à boire au pontife laissa par mégarde tomber le vase précieux, qui se brisa en plusieurs morceaux. Léon IX sourit à cet incident; il fit recueillir les fragments et parut prendre plaisir à les rapprocher en les juxtaposant dans leur ancien état, sans attacher aucune importance à ce petit travail de recomposition que les assistants eux-mêmes considéraient comme un jeu. Et pourtant, dit-il, Dieu pourrait d'un acte de sa volonté omnipotente consolider ce fragile édifice. A peine avait-il prononcé cette parole qu'à sa grande surprise le vase recouvra toute sa solidité. Témoins du prodige, les assistants examinèrent de plus près la coupe miraculeuse. On la remplit de nouveau; le liquide ne s'écoulait point, seulement chacune des fissures restait visible; on eut dit un cheveu incrusté dans le vase et contournant chaque éclat. Le témoin dont je tiens le récit, ajoute Wibert, ne saurait être récusé. Il vit encore, c'est le vénérable Hugues métropolitain de Besançon. Il était présent, et quand il raconte ce prodige il ne peut retenir ses larmes. Il usa d'an pieux stratagème près du saint pontife et en obtint le vase miraculeux qui est aujourd'hui en sa possession. » Le pieux stratagème du métropolitain constituait presque un vol, mais ajoute Wibert, « c'est un dévot larcin, devoto furto, dont le vénérable archevêque se fait gloire. » Le moine de Saint-Remi Anselme, qui le premier nous avait parlé de cette précieuse coupe tirée du trésor abbatial où elle était conservée comme une relique du glorieux patron de Reims pour être offerte par Hérimar à Léon IX, n'a garde d'oublier ce récit merveilleux. C'est par là qu'il termine son intéressante chronique. Le vase de saint Rémi devenu doublement une relique attestait la protection surnaturelle de l'apôtre des Francs sur l'homme apostolique qui venait d'inaugurer à Reims la réforme de l'église des Gaules. Anselme insiste donc sur ce projet il ajoute : « Trois témoins oculaires et dignes de foi sont venus nous le raconter : l'évêque Hugues de Nevers, un diacre de église de Reims qui avait accompagné le saint pape à Rome, enfin un prêtre lyonnais Benoît, jadis chapelain du vénérable archevêque Halinard. » Nous ne savons si le rationalisme moderne acceptera de pareils témoignages; tout ce qui est surnaturel dépasse sa portée, il croit s'en débarrasser par an sourire de mépris. Mais qu'importe la reconstruction prodigieuse d'un vase brisé ? Il venait d'accomplir dans l'ordre moral une merveille beaucoup plus surprenante. En quelques mois, il avait réuni et rangé sous la discipline de l'Église les esprits les plus rebelles, recomposé la grande unité catholique, fait disparaître les ravages de la simonie et de l'incontinence cléricale, mille fois plus réfractaires que les morceaux d'un cristal brisé. Sans soldats, sans argent, sans autre puissance que la parole de Jésus-Christ dont il était le vicaire, il avait fait cette grande chose; la France, l'Allemagne, l'Italie étaient les conquêtes de sa foi. Miracle pour miracle, celui-là valait bien la reconstitution du vase de saint Remi et le rationalisme le plus obstinément aveugle en niant l'un ne fait que rendre plus incroyable l'accomplissement historique et avéré de l'autre (Histoire générale de l'Église depuis la Création jusqu'à nos jours, Tome XI, 1875 - books.google.fr).

 

Reims est le lieu du baptême de Clovis, premier roi franc chrétien.

 

Les armes attribuées à Clovis avant sa conversion sont les armes du diable et le flottement qui affecte les unes affecte aussi assez logiquement les autres. Sur un plan symbolique plus général, la grenouille et le crapaud présentent avec le croissant quelques affinités et évoquent, comme celui- ci, la génération, l'enfantement, « le changement et le retour des formes » (Claude Roussel, Conter de geste au XIVe siècle: inspiration folklorique et écriture épique dans La belle Hélène de Constantinople, 1998 - books.google.fr).

 

Le roman La Belle Hélène de Constantinople, dont les manuscrits sont du XVème siècle, mais attestée par l'auteur des Resveries en 1262, raconte :

 

Lui envoya Jhesus qui fist ciel et rousee / Ung ange beneoit de sa gloire loee / Qui luy a prestement sa targe transmuee, / Qui estoit de fin or moult tres bien couloree /, A trois serpenteaux d'or de guise desguisee. / C'estoient trois crapaux portraits d'œuvre doree. / Mais Dieu voult qu'il n'eiist plus telz armes portées. / Avant luy envoya, par miracle ordonné, / Trois flours de lis d'or fin en champaigne asuree. / De par Jhesus luy fut ceste enseigne ordonnee

 

L'auteur se réfère à l'ancienne légende san-dionysienne, comme la première partie du Poème latin sur l'origine des fleurs de lis. On retrouve le conte des crapauds dans le Songe du Verger, vers 1377, c'est-à-dire au moment où, de son côté, Raoul de Presles s'intéresse à la légende des «croissants» de Clovis. Les crapauds sont donc l'équivalent des « croissants » dans des textes exactement contemporains, nés dans l'entourage de Charles V. Confusion iconographique, a-t-on dit, provoquée par des figurations sculptées ou peintes et partiellement effacées. Ce qui est vraisemblable ; mais l'explication est aussi d'ordre philologique. En 1949, Edmond Faral pensait que la confusion venait d'une similitude entre les termes : crescentem et crapeudum, ou même crassantum, craxantum, qui est un des noms du crapaud dans le Midi ; mais aucun texte latin n'emploie ces derniers mots à propos des armes de Clovis. S'il est bien vrai qu'un jeu de mots vint au secours des esprits bien intentionnés dans leurs efforts pour dénaturer l'emblème païen, le calembour porta sur d'autres termes. À l'extrême fin du XVe siècle, Robert Gaguin, qui ne fait, nous dit-il, que consigner «une tradition d'origine inconnue, mais répandue et persistante jusqu'à son époque », assure que les rois francs avaient pour emblème trois crapauds : buffones tres. Il nous le dit en latin et la sonorité du mot buffo, «crapaud», éveille aussitôt pour nous le souvenir de ces bufurdi, «behourdis», «bourdis» (espagnol et portugais boffordo), feux qu'on allumait traditionnellement en mars, lors de la fête équinoxiale. [...] Claude Fauchet qualifie de «ord animal, jadis appelé bote en françois, comme encore il est en langage italien», le crapaud qui figure sur les armes de Clovis, et Ronsard parle des «trois crapaus boufis» (enflés) qui les déshonoraient. Le thème des crapauds plut aux ennemis de la France, qui en firent l'objet de plaisanteries faciles : «Les Flamans et ceux des Pays-Bas par desdain et pour ceste cause nous appellent crapaux franchos », écrit Fauchet. À partir du XVe siècle, on rencontre souvent les «armes aux crapauds» dans l'iconographie de Clovis. Dans le Livre du cuer d'amours espris, le roi René décrit, en 1457, le blason de Paris, chef des Troyens, dont une légende faisait l'ancêtre des Parisiens : les pièces en sont « moult merveilleuses et estranges a veoir, car ledit escu estoit d'asur a trois crapaux rampans d'or fin» (Anne Lombard-Jourdan, Fleur de lis et oriflamme: signes célestes du royaume de France, 1991 - books.google.fr).

 

Un quatrain supplémentaire à la Centurie X, postérieur à l'édition de 1568, dit :

 

Quand le fourcheu sera soustenu de deux paux,

Avec six demy cors, & six sizeaux ouvers :

Le trespuissant Seigneur, heritier des crapaux,

Alors subjuguera, sous soy tout l'univers.

 

Le quatrain annonce pour 1660 (M + CCCCCC + XXXXXX) la suprématie de l'héritier du trône de Clovis.

 

Curieusement, c'est sur la seule figure de ce jeune prince troyen, très vite enlevé par les dieux pour devenir l'échanson de Zeus dans l'Olympe, que s'attardera Euripide dans quatre de ses drames, et trois fois son nom sera associé à celui de Dardanos, comme pour souligner son antique enracinement dans la légende dynastique. Pourtant, alors qu'Homère donnait Ganymède comme le fils d'Ilos (Il, 20, 232-35), Euripide adopte la généalogie de la Petite Iliade (Fr. 28, 4 Bernabé), où il n'était plus que son petit-fils, donc fils de Laomédon et frère de Tithon et de Priam. Euripide s'écarte encore d'Homère en adoptant une tradition venue probablement du Cycle et déjà suivie par Ibycos, Pindare et Sophocle, où un lien érotique unissait Zeus au jeune Ganymède. Il y met une insistance particulière. Dans le Cyclope, Silène, grotesque "mignon" de Polyphème, est comparé à Ganymède (582-586). Le Phrygien de l'Oreste (1391) invoque Ganymède comme le "compagnon du lit de Zeus", et dans Iphigénie à Aulis (1049-1050), il est "les tendres délices de la couche de Zeus". Dans les Troyennes, enfin, il n'est pas nommé, mais l'allusion est accompagnée d'une assez rude condamnation morale, le Chœur déclarant : "De Zeus et de sa honte, je ne veux plus rien dire" (845-46). On peut se demander pourquoi Euripide revient avec tant d'insistance sur un héros aussi peu important dans l'histoire de Troie. C'est sans doute un moyen de souligner combien la dynastie troyenne était liée aux dieux, et au plus grand d'entre eux. D'autant qu'Euripide rapproche son destin de celui de son frère Tithon, lui-même ravi par l'Aurore (François Jouan, Priam, sa cité et sa famille dans l'oeuvre d'Euripide, Troïka : parcours antiques : mélanges offerts à Michel Woronoff, Volume 1, 2007 - books.google.fr).

 

Ganymède est troyen, et comme frère de Priam, il est l'oncle de Pâris ou sa tante comme diront certains.

 

Le document le plus important au sujet des pratiques homosexuelles au Moyen Age reste le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien adressé en 1051 au Pape Léon IX. Dans cet ouvrage, Pierre Damien s'insurge contre la façon dont les pénitentiels distinguent différents types d'actes homosexuels et leur assignent différentes pénitences. Il réclame en particulier la révocation de tout membre du clergé reconnu coupable de tels actes. La réponse de Léon IX, Nos Humanius Agentes, est avant tout remarquable en ce qu'elle souligne la nécessité d'un sens de la mesure et d'une approche plus humaine du problème des pratiques homosexuelles. Il blâme l'âpreté et l'inflexibilité de l'ouvrage, et soutient que ceux qui se sont adonnés à des actes homosexuels, n'étant pas tous également coupables, ne méritent donc pas la même censure ecclésiastique. Il précise en particulier qu'il n'est pas nécessaire d'exclure des ordres un clerc à cause de cela, et conclut : «Si quiconque devait oser critiquer ou gloser celui-ci de nos décrets, qu'il sache que c'est lui-même qui est en danger pour ses ordres» (John J. McNeill, L'Église et l'homosexuel: un plaidoyer, 1982 - books.google.fr).

 

Si la réponse du pape Léon IX peut ressembler à un refus plein d'humanité, récusant l'intransigeance d'un Pierre Damien qui rêve d'énoncer sa propre loi, la suite de l'histoire et les décisions prises par les différents conciles de la fin du XIe siècle et du XIIe siècle tendent à montrer que c'est bien le point de vue défendu par Pierre Damien qui finalement triomphera dans une Église de plus en plus avide de pureté et qui rangera sous le vocable de sodomites tous ceux qu'elle entendra exclure au nom de l'ordre (Jean-François Cottier, Ordo dans le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien, Parva pro magnis munera: études de littérature tardo-antique et médiévale offertes à François Dolbeau par ses élèves, 2009 - books.google.fr).

 

Un autre Tag : toujours le Verseau

 

"Tag" est le nom du roi en Thessalie, selon Xénophon. Deucalion qui a donné son nom au Déluge, fils de Prométhée, était roi de Thessalie (Louis Thomassin, La Methode D'Etudier Et D'Enseigner Chrestiennement & utilement La Grammaire, Ou Les Langues, Tome 2, 1693 - books.google.fr).

 

Vers 590, la guerre de Crise nous présente pour la première fois le spectacle d'une Thessalie fortement organisée. Elle n'aurait pas réussi à l'emporter, si elle n'avait pas déjà commandé aux peuples Périèques, Perrhèbes et Magnètes du Nord et de l'Est, Maliens, Œtéens, iEnianes et Dolopes du Sud, et surtout si aux trois districts éoliens de la plaine centrale, la Thessa- liôtis, l'Hestiaeôtis et la Pélasgiôtis, n'avait pas été déjà rattachée la région plus dorisée de l'Achale Phthiotide. Il existait donc dès cette époque une tétrarchie capable de faire prévaloir une politique impérialiste. Elle avait à sa tête un tage dont les pouvoirs étaient absolus en temps de guerre. Le tage Eurylochos, le vainqueur de Crisa était de Larissa en Pélasgiôtis et appartenait sans doute à l'illustre famille des Aleuades; après lui, un Scopade de Crannon, également en Pélasgiôtis, renforça la constitution fédérale et la domination sur les pays tributaires; enfin, Cléomachos de Pharsale en Thessaliôtis prit une part éclatante à la guerre lélantique et assura le succès de Chalcis. Mais la Thessalie se heurtait maintenant aux Béotiens; elle fut écrasée à Coressos vers 570. L'unité n'avait pas eu le temps de se consolider. Une période nouvelle commence, celle des seigneurs (Revue historique, Volumes 121 à 122, 1965 - books.google.fr).

 

Les Poissons et Aquarius sont des signes zodiacaux qui contiennent tous deux des allusions à l'eau (quoique, selon le classement normal, seuls les Poissons soient un signe d'eau, car l'Aquarius — le Verseau — est un signe d'air), ils semblent utilisés comme l'équivalent des catharactae de Moïse selon Pierre d'Ailly. Aquarius est rattaché soit à Ganymède, échanson des dieux, soit, d'après Hégésianax (reproduit par Hygin, Astron. II, 29), à Deucalion, parce que le Déluge se produisit pendant son règne et qu'il fut le seul homme à lui survivre: cf. l'Aquarius qui déverse les pluies de Deucalion — le Déluge — dans Lucain (Pharsale, I, 651-654). Rappelons surtout que la fameuse conjonction prévue pour février 1524, qui avait alors agité tous les astrologues, situait les planètes dans le signe des Poissons, signe de déluge et de désastre, et fut mise en relation avec la guerre des Paysans (voir, entre autres, malgré son hostilité contre les pronostications, l'accord d'Agostino Nifo avec les astrologues sur ce point dans De falsa diluvii prognosticatione. Que ex conventu omnium planetarum qui in Piscibus continget anno 1524 divulgata est libri tres, Bologne, 1520, I, chap. 3, bv° ; et la figure explicite du frontispice de la Practica de Leonhardt Reynmann, Nuremberg, 1523 — du ventre énorme du Poisson céleste tombe un déluge catastrophique qui noie la terre — ; et, à ce sujet, L. Thorndike, H.M.E.S., V, p. 178 et suiv. ; C. Ginsburg, op. cit., p. 31 et sq.). Le cordelier Jean Thénaud, au service de Louise de Savoie, a également développé cet aspect du déluge à propos de la conjonction de 1524, en utilisant avec un humour certain l'Histoire véritable de Lucien (A. -M. Lecoq, "La grande conjonction de 1524 démythifiée pour Louise de Savoie. Un manuscrit de Jean Thénaud à la Bibliothèque Nationale de Vienne", B.H.R., XLIII (1981), p. 39-60); même chose chez Eustorg de Beaulieu en 1537 sous la forme d'un In manus (Les divers rapports, éd. A.M. Pegg, Droz, 1964, p. 357). Franc-Gal est de toute façon un autre Noé et un autre Deucalion (Marie-Madeleine Fontaine, Notes chap. XIV) (Barthélemy Aneau, Alector, ou, Le coq, Marie-Madeleine Fontaine, 1996 - books.google.fr).

 

Il existe un Alector, descendant de Deucalion par Magnès, Eole, Hellen (Joseph-Jacques Odolant-Desnos, Mythologie pittoresque, ou histoire méthodique des faux Dieux grecs et romains, 1849 - books.google.fr).

 

Alector, coq, de a priv. et lectron parce que son chant nous fait sortir du lit (H. Torné-Chavigny, Lettres du grand prophète d'après l'histoire prédite et jugée par Nostradamus et l'apocalypse interprétée par le même auteur, 1870 - books.google.fr).

 

Reste le "Portant au coq don du..." : un cadeau ou un présent fait à un coq par un Thessalien.

 

Manbij ou Manbidj, est une ville syrienne du gouvernorat d'Alep, chef-lieu du district homonyme. Elle était le lieu d'un important sanctuaire dédié à la déesse syrienne Atargatis, la Dea Syria dont le culte est rapporté par Lucien de Samosate dans son livre De Dea Syria. Durant la guerre civile syrienne, Manbij devient l'un des premiers fiefs de l'État islamique en janvier 2014 (fr.wikipedia.org - Manbij).

 

L'opinion commune attribue à Deucalion le Scythe la fondation du temple de Hiérapolis. Ce Deucalion est celui sous lequel arriva la grande inondation. On m'a parlé de Deucalion chez les Grecs. [...] D'autres croient que Sémiramis, reine de Babylone, de laquelle il y a de nombreux édifices en Asie, a fondé celui-ci et l'a consacré à Dercéto, sa mère. [...] Il y a une autre tradition sacrée, que m'a fait connaître un homme instruit. D'après lui, la déesse est Rhéa, et le temple l'ouvrage d'Attis. [...] Sous ces propylées, sont placés des phallus érigés par Bacchus à une hauteur de trente brasses. Sur l'un de ces phallus, un homme monte deux fois par an, et demeure au haut du phallus pendant sept jours. La raison de cette ascension, la voici : le peuple est persuadé que cet homme, de cet endroit élevé, converse avec les dieux, leur demande la prospérité de toute la Syrie, et que ceux-ci entendent de plus près sa prière. D'autres pensent que cela se pratique en l'honneur de Deucalion, et comme souvenir de ce triste événement, lorsque les hommes fuyaient sur les montagnes et montaient au haut des arbres par crainte de l'inondation. [...] Le temple regarde le soleil levant. Pour la forme et la structure, il ressemble aux temples construits en Ionie. [...] On célèbre encore dans ce temple de grandes solennités. On les appelle descentes au lac, parce qu'en ces fêtes toutes les statues des dieux descendent sur les bords du lac. [...]

 

Les plus grandes de ces solennités sont celles que l'on célèbre sur les bords de la mer. Je n'en puis rien dire de certain, attendu que je n'y suis pas allé moi-même et que je n'ai jamais essayé ce voyage ; mais j'ai vu ce qui se fait au retour, et je vais le rapporter. Chaque personne porte un vase rempli d'eau, scellé avec de la cire. On ne rompt pas soi-même le cachet pour répandre l'eau, mais il y a un coq sacré qui demeure près du lac : il reçoit les vases, examine le cachet, reçoit un salaire, en lève le lien et gratte la cire ; cet office vaut une grande quantité de mines à ce coq. Ensuite on va porter le vase dans le temple où l'on fait la libation. La fête se termine par un sacrifice, après lequel chacun se retire. Passage controversé : Paulmnier de Grentemesnil et Belin de Ballu prétendent qu'il faut substituer "gallos" à "alectruon", qui est l'erreur d'un copiste ignorant. Nous avons suivi la leçon ordinaire, adoptée par Wieland. Cet éminent critique voit dans cet oiseau si bien dressé un instrument de la fourberie des prêtres de Junon (Jean-François Cottier, Ordo dans le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien, Parva pro magnis munera: études de littérature tardo-antique et médiévale offertes à François Dolbeau par ses élèves, 2009 - books.google.fr).

 

Les relations entre la Thessalie et Hiérapolis se manifestent par l'existance d'un astrologue hiérapolitain naturalisé thessalien (Lucien de Samosate (vers 135 - vers 220), De Dea Syria, Oeuvres complètes de Lucien de Samosate, traduit par Eugène Talbot, 1912 - remacle.org).

 

En Thessalie et dans les régions voisines d'Étolie et de Macédoine, la diffusion du culte d'Atargatis s'explique par l'identification de la déesse syrienne à la constellation de la Vierge. Cette identification avait déjà été relevée dans le milieu des légionnaires romains au IIIe siècle ; les documents hellénistiques de Grèce centrale et du Nord la font remonter dans le temps à l'époque des premiers contacts grecs avec les cultes syriens. C'est une interprétation grecque, qui utilise le mythe hésiodique de la métamorphose de Dikè, fille de Zeus et de Thémis, en la constellation de la Vierge: c'est peut-être à ce titre et donc en fonction de sa nature en Grèce que la Vierge préside aux affranchissements ; elle était d'ailleurs considérée comme le signe "des femmes, des esclaves et de ceux qui ont des fers aux pieds". Au contraire la métamorphose sidérale du Poisson est toujours restée circonscrite aux aux mythologies du domaine oriental : c'est un apport étranger dans un milieu déjà tourné, en Thessalie surtout", vers la magie et l'astrologie. Dans ce milieu spécifique, l'interprétation astrologique de la déesse syrienne, qui porte l'empreinte d'Hésiode, reflète aussi les conceptions des Chaldéens qui pratiquaient une mantique astrale, utilisant le zodiaque et l'horoscope. Or nous connaissons la présence et l'action de l'un d'entre eux, originaire de Hiérapolis de Syrie, en Thessalie justement, dans une de ces régions où Atargatis fut identifiée à la constellation de la Vierge. Ce Hiérapolitain formé à l'astronomie chaldéenne, parcourut la Thessalie pour enseigner son savoir. [...]

 

Une inscription découverte en 1980 à Larissa en Thessalie a fait connaître cet Antipatros fils d'Antipatros de Hiérapolis, "astronome chaldéen" qui s'est installé définitivement dans la région (SEG XXXI, 1981, n° 576; voir I. SAVALLI, "Un astrónomo caldeo", ANSP, XV, 1985, p. 539-558 et G.W. BoWERSOCK, "Antipater Chaldaeus", CQ N. S., XXXIII, 1983, p. 491). [...]

 

Au IVe et IIIe siècles, des figures astrales sont apparues sur le monnayage thessalien, en particulier à Phères où est attesté le culte de la Vierge (Marie-Françoise Baslez, Le culte de la déesse syrienne dans le monde hellénistique : Traditions et interprétations, Les Syncrétismes religieux dans le monde méditerranéen antique: actues du colloque international en l'honneur de Franz Cumont, Rome, Academia Belgica, 25-27 septembre 1997, 1999 - books.google.fr).

 

Autrement, pas tout à fait

 

Diète, assemblée, du latin diaeta (journée puis assemblée réunie à jour fixe; dérivé de rites, jour). La même métaphore se retrouve dans l'allemand Tag qui a le double sens de journée et de diète (Auguste Brachet, Dictionnaire étymologique de la langue français, 1868 - books.google.fr).

 

D'où la diète armifère ou diète en armes telles celle d'Augsbourg de 1547.

 

La Ligue de Smalkalde (en allemand Schmalkaldischer Bund) est une ligue religieuse et politique conclue pour six ans par des villes et des princes protestants d'Allemagne, en février 1531, et prorogée à dix ans en 1535. L'initiative en revient au landgrave Philippe de Hesse et à l'Électeur Jean-Frédéric de Saxe. La ligue groupe plusieurs villes et princes réformés d'Allemagne, unis pour défendre l'Évangile et pour se prêter assistance mutuelle contre les attaques éventuelles de puissances catholiques. La formation de la ligue est la réponse à l'ultimatum lancé par Charles Quint aux luthériens, à la diète d'Augsbourg (1530 confession d'Augsbourg). Elle dispose des ressources de plusieurs villes libres, dont Brême, Lübeck, Magdeburg, Strasbourg, Ulm. La ligue manifeste surtout l'esprit particulariste des villes et des princes dans son opposition politique aux prétentions impériales (élection de Ferdinand Ier, 1531). Elle obtient l'appui du roi de France (1532), qui gagne celui des banques luthériennes pour sa politique allemande. Elle négocie également avec l'Angleterre et les Turcs. Charles Quint, par la paix de Nuremberg, s'engage au respect du statu quo (ajournement des décisions d'Augsbourg, juin 1532). En 1534, l'armée de la ligue passe à l'offensive, remet Ulrich de Wurtemberg en possession de son duché, qui lui avait été confisqué, et y introduit la Réforme. Charles Quint accepte le fait accompli, et les ligueurs reconnaissent l'élection de Ferdinand Ier. Sans cesse renouvelée et renforcée par de nouvelles adhésions, la ligue de Smalkalde se manifeste encore en souscrivant officiellement à diverses propositions de Luther et en protestant contre le concile convoqué à Mantoue par Paul III (articles de Smalkalde, 1537), puis en tenant ses états à Francfort. Charles Quint s'attache à diviser les princes protestants, gagnant notamment à sa cause Maurice de Saxe. Les catholiques s'étaient groupés en une ligue de Nuremberg (1538). Charles Quint, débarrassé des luttes contre les Turcs et contre la France (paix de Crépy-en-Laonnois, septembre 1544), attaque (guerre de Smalkalde, 1546). La ligue prend les devants en occupant de nombreuses forteresses impériales, et l'empereur doit entreprendre une longue suite d'opérations militaires le long du Danube. Les protestants du Sud s'inclinent très vite. La victoire de Mühlberg (24 avril 1547) et la capitulation de Wittenberg (mai 1547) lui permettent de capturer Philippe et Jean-Frédéric, de confisquer l'électorat de ce dernier au profit de Maurice de Saxe et de dissoudre la ligue (www.larousse.fr - Ligue de Smalkalde).

 

Le 1er septembre 1547 s'était ouverte à Augsbourg une diète d'Empire, à qui le nom est resté de "diète sous le harnois" en raison des forces espagnoles qui s'y déployaient et de la terreur que Charles-Quint y fit régner. Le 15 mai 1548, l'Empereur fit adopter par la diète n 26 articles qui devint loi d'Empire six semaines plus tard. Ce texte, appelé "Intérim d'Augsbourg", devait provisoirement régler le statut religieux de l'Empire jusqu'au jour où un concile général se serait prononcé (Rodolphe Peter, Sermons sur les Livres de Jérémie et des Lamentations de Jean Calvin, 1971 - books.google.fr).

 

Fugger

 

Hans-Jakob Fugger, who abhorred wine and insisted on serving his prestigious guests wine that was heavily watered, was derisively called Wassermann (water man, or Aquarius) by his peers (B. Ann Tlusty, Bacchus and Civic Order: The Culture of Drink in Early Modern Germany, 2001 - books.google.fr).

 

En Allemagne, à Ausbourg, les Fugger n'étaient que de petits paysans tisserands, mais ils vont s'enrichir grâce au commerce jusqu'à devenir les banquiers des Habsbourgs et des Papes. Jacob Fugger le Riche (1511-1525) va financer les guerres de Charles Quint, et son accession à l'empire, il contrôle les productions du plomb, du cuivre, de l'argent et obtient le monopole du commerce du mercure. Antoine Fugger qui lui succède (1525-1560) va installer les comptoirs commerciaux dans le monde entier : Chili, Pérou, Moscou. C'est pourquoi lorsqu'en Henri II voulut créer une banque à Paris, il s'inspira du modèle italien, mais la municipalité de Paris, consultée, dut à son tour s'en remettre au jugement des théologiens car le taux de prêt proposé, 8 %, semblait usuraire et contraire à la morale chrétienne. C'est pourquoi Adam Smith reprochera aux capitalistes de cette époque d'avoir été des tendres proches de l'esprit médiéval, dépensant pour secourir les pauvres et les malades alors que cet argent aurait dû être intégralement réinvesti dans les affaires (Daniel Fondanèche, Paralittératures, 2005 - books.google.fr).

 

Les ténèbres dissipées

 

En l'an 958 des martyrs (1242 J.-C), sous le règne d'Es-Salih Ayoub et le patriarchat d'Anbâ Cyrille (Kirlos) (1235-50), il arriva dans le monde une chose extraordinaire et étrange, qui stupéfia tous ceux qui la virent ou en entendirent parler. Le soleil s'obscurcit progressivement, jusqu'à ce que le monde fût en plein jour couvert par les ténèbres nocturnes, quelques personnes virent les étoiles, quelques-unes allumèrent des lampes. Les gens ressentirent une grande crainte, s'humilièrent devant Dieu de tout leur cœur, implorèrent sa miséricorde et la grâce qu'il leur avait promise. Dieu fut compatissant pour eux : il eut pitié d'eux et fit cesser leur terreur (René Basset, Le Synaxaire arabe jacobite (redaction copte), Tome 1, 1907 - books.google.fr).

 

Le portrait de l'Empereur par Titien (Charles Quint à la bataille de Mühlberg, 1548), en tant que référent d'une théologie symbolique, signifierait que la bataille contre les Confédérés de la ligue de Smalkalde a été une lutte entre l'ignorance et l'erreur, les vaines opinions créatrices de division et la raison appréhendée comme une lumière qui est unité et qui produit l'unité. Dieu étant nommé un, «parce que dans l'excellence de sa singularité absolument indivisible, il comprend toutes choses, et que sans sortir de l'unité, il est le créateur de la multiplicité». Si nous replaçons la composition picturale dans une cosmologie néoplatonicienne et donc dans la chaîne d'une pensée analogique, Charles Quint, chevalier messianique, apparaît comme le double sensible du soleil. Il figure le monde humain dont il a la charge, et qui, grâce à lui, sort des ténèbres. La forêt dont il tend à s'éloigner serait ce monde sombre et caverneux que Platon compare à une prison, et la plaine éclairée par la lumière du sol poniente serait l'allégorie de la lumière du bien assimilée à la puissance du soleil. «La lumière éternelle et invisible du divin soleil» est ainsi «miracle divin par excellence», le Bien, la Vérité, la Beauté... (Denis Crouzet, Charles Quint: Empereur d’une fin des temps, 2016 - books.google.fr).

 

Siéger

 

1611 «[en parlant d'une assemblée, d'une cour] tenir séance» (Cotgr.: Le Parlement siegeoit) [...] 1690 «occuper un siège dans une assemblée délibérante» (Furetière : les juges viennent sieger dans les Juridictions) (www.cnrtl.fr).

 

Le 24 février 1548, jour de la Saint-Mathias, tous les électeurs et les autres princes séculiers et ecclésiastiques et les commissaires des villes impériales siégeant en la diète d'Augsbourg, s'assemblèrent pour reconnaitre le duc Maurice nouvel électeur de Saxe, en remplacement de Jean Frédéric, fait prisonnier, comme nous l'avons dit, à la bataille de Mühlberg. Il y avait au milieu de la principale place de la ville une estrade magnifiquement décorée sur laquelle était un siège recouvert de drap d'or pour l'Empereur et des banes semblablement couverts pour les électeurs et les autres membres de la diète (François Joseph Ferdinand Marchal, Histoire politique du règne de l'Empereur Charles-Quint avec un résumé des événements précurseurs depuis le mariage de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne, 1856 - books.google.fr).

 

Coq français

 

L'Empereur déclarait, à la Diète d'Augsbourg, François Ier ennemi de la chrétienté, et l'accusait d'avoir prêté à Soliman un un serment ridicule, par lequel il s'engageait à nier la divinité du Christ et la virginité de Marie, à tuer un porc sur les fonts de baptême et à paillarder sur l'autel. François Ier de son côté envoyait Langey en Allemagne pour afficher et publier des manifestes contradictoires, rédigés dans les deux langues, française et allemande. Les hostilités reprirent à la fois au Midi et au Nord, sans grand résultat. Charles-Quint était venu mettre le siège devant Landrecies, qu'il lui fallut bientôt abandonner. Un émule de Clément Marot, rimeur et valet de chambre du roi comme lui, mais d'un talent très inférieur, Claude Chappuys, composait pour la circonstance une épître satirique sous ce titre : L'Aigle qui a fait la poule devant le Coq (1543) (Charles Lenient, La poésie patriotique en France dans les temps modernes, XVIIIe et XIXe siècles, 1894 - books.google.fr).

 

Dans le maunuscrit n° 199 (de 1554 ou 1555) de la Bibliothèque de Soissons, on trouve quelques poèmes sont datés de 1544, 1548 et 1552. Un coq-à-l'âne intitulé Le coq aux asnes et aux veaux porte la date de 1547 et fait allusion à la mort de François Ier (Hilary M. Tomlinson, Poésies de Victor Brodeau, 1982 - books.google.fr).

 

Coq strasbourgeois

 

La diète d'Augsbourg de 1547-1548 impose l'Interim aux protestants, leur concédant certains avantages en attendant la décision du concile de Trente. A Strasbourg, les échevins, a près de longues hésitations, votent en faveur de l'Interim et de la paix. L'évêque exige notamment que les chapitres et églises profanées soient à nouveau consacrés. Finalement, un compromis est trouvé : moyennant une redevance annuelle, la Ville accorde sa protection décennale (Schirm) aux chapitres de Saint-Thomas, des deux Saint-Pierre et aux vicaires du Grand Chapitre. Le culte catholique n'est rétabli que dans la cathédrale, les deux Saint-Pierre et à la Toussaint (François Petrazoller, L'urbanisme à Strasbourg au XVIe siècle: la pierre et l'idée, 2002 - books.google.fr).

 

La seconde horloge date de 1547. Le projet eut pour auteurs: le docteur Michel Heer, son ami Nicolas Bruckner, et Chrétien Herlin, professeur à l'université de Strasbourg, et l'un des mathématiciens les plus distingués de son temps. Ces savants s'associèrent plusieurs artistes et ouvriers intelligents; malheureusement, la mort des collègues de Herlin et surtout les graves événements de l'époque arrêtèrent l'exécution des travaux. Cette interruption eut lieu au moment où les mathématiciens venaient de terminer les dessins de l'astrolabe, où les tailleurs de pierres mettaient la dernière main au cabinet qui sert encore à l'horloge actuelle, et lorsque déjà se trouvait achevée la cage en fer, destinée à recevoir le mécanisme de l'horloge. Les travaux restèrent interrompus jusqu'en 1570; dès-lors sur l'invitation des administrateurs de l'Œuvre Notre-Dame, l'ouvrage fut repris par Conrad Dasypodius, disciple d'Herlin et son successeur dans la chaire de mathématiques à l'université de Strasbourg.

 

Conrad Dasypodius, né à Strasbourg, en 1531, était fils de Pierre Rauhfuss, savant helléniste de Frauenfeld, en Suisse, qui, professant la littérature grecque à l'université de Strasbourg, de 1547 à 1559, avait changé son nom allemand pied velu contre le nom grec de Dasypodius, qui a la même signification. Conrad Dasypodius montra de bonne heure pour les mathématiques des dispositions très prononcées, que son père, quoique helléniste, ne chercha qu'à développer; son premier maître en cette science fut le célèbre Herlin, qui le prit en affection, l'engagea à entrer dans les ordres sacrés et lui réserva sa chaire, dans laquelle Dasypodius le remplaça en 1562; en la même année, il fut aussi nommé chanoine du chapitre de St.-Thomas. La réputation de Dasypodius date de 1566; ayant publié à cette époque ses commentaires sur les premiers livres d'Euclide, qui lors de leur apparition causèrent une très-grande sensation. Il donna la description de l'horloge astronomique de la Cathédrale dans son Héron mathematicus, Argent. 1580. Après avoir été fait custos du chapitre de St.-Thomas, par l'évêque Jean de Manderscheid, il fut nommé, en 158l, doyen du même chapitre, par le suffrage de ses collègues. Il se proposait de coordonner et de publier tous les ouvrages des mathématiciens grecs lorsque la mort le surprit dans ses nobles travaux, le 26 avril 1601, âgé de près de 70 ans.

 

Tout en profitant de quelques parties achevées, ce savant ne suivit pas le plan de ses devanciers; il le refit sur des bases plus larges et ne se mit à l'œuvre qu'après avoir reçu pour son projet l'approbation de plusieurs professeurs distingués, au nombre desquels on doit citer le célèbre mathématicien Oswald Schrekenbenfuchs de Fribourg.

 

Les travaux mécaniques furent confiés aux deux frères Isaac et Josias Habrecht, horlogers de Schaffhouse en Suisse, qui s'étaient déjà acquis quelque renom, l'un par la construction d'un astrolabe, l'autre par celle d'une sphère. Tobias Stimuler, un de leurs concitoyens, fut chargé des peintures et des sculptures qui devaient servir à la décoration du monument. A peine cette association fut-elle formée, que Dasypodius, succombant sous le poids de ses pénibles et nombreux travaux, se vit dans la nécessité de s'adjoindre son ami David Volckenstein, astronome de Breslau, qu'il fit venir d'Augsbourg, où il enseignait alors les sciences exactes. Ce fut grâce à la coopération active de ces talents divers que cette œuvre si impatiemment attendue fonctionna pour la première fois le 24 juin 1574, jour de la Saint-Jean-Baptiste. [...]

 

Un astrolabe, construit d'après le système de Ptolémée, occupait la majeure partie de l'étage du milieu, dans l'intérieur duquel étaient renfermés les rouages de l'horloge; six aiguilles, portant les signes d'autant de planètes, indiquaient sur vingt-quatre divisions du jour astronomique les mouvements de ces astres; une aiguille plus grande que les autres et terminée par un soleil, achevait en 24 heures une révolution entière autour d'une petite mappemonde placée à la partie centrale d'un grand cadran, qui était orné à la fois des cercles d'un horoscope et des douze figures du zodiaque. [...]

 

La tourelle placée à la gauche de l'édifice principal, renfermait les poids de l'horloge ainsi que le mécanisme destiné au coq, qui était perché sur le sommet de cette tourelle. Ce coq, la seule pièce qui fût conservée de la première horloge, surnommée l'horloge des trois rois, chantait d'abord tous les jours à midi, en battant des ailes et en ouvrant le bec ; mais ayant été frappé par la foudre en 1640, il ne se fit plus entendre que les dimanches et les jouis de fêtes; il cessa enfin de chanter en 1789, au moment où les préoccupations des grands événements qui s'accomplissaient le firent complètement oublier. Cette horloge, qui représentait l'état des connaissances du 16e siècle, était pour son temps un véritable chef-d'œuvre; aussi fut-elle comptée au nombre des sept merveilles de l'Allemagne, dont Strasbourg faisait alors partie comme ville libre (Charles Schwilgué, Description abrégée de l'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, 1844 - books.google.fr).

 

Pendant l'épiscopat de Manderscheid, la meilleure harmonie me cessa de régner entre le prélat catholique et protestants de Strasbourg (Revue d'Alsace, Volume 2 ; Volume 11, 1860 - books.google.fr).

 

Le rôle de ce personnage appelé Roraffe ("singe du tuyau"), installé sur le grand orgue, était jadis d'une importance plus grande que celui du coq. Tandis que celui-ci chantait à toutes les heures, le Roraffe (dont le nom se traduit à peu près par gueulard), était au centre de l'intérêt général au moins une fois dans l'année. L'activité du Roraffe nous est connue par les plaintes portées contre lui par le fameux prédicateur de la fin du XVe siècle, Jean Geiler de Kaysersberg : «Des coutumes ont été permises et favorisées jusqu'à présent, dit-il dans une missive adressée au Conseil en 1501, non sans honte et détriment du lieu béni et des saints sacrements et de l'autorité impériale et pontificale, consistant dans le chant, voire le hurlement, de chansons impudiques et railleuses par le Roraffe, aux temps de la Pentecôte, dans l'église principale, lorsque les paysans arrivent par grandes foules en procession à leur mère église. C'est alors qu'on se moque d'eux par l'intermédiaire du Roraffe, on les harangue en riant avec des propos et des chansons malhonnêtes, sans respect de la présence du saint sacrement, de la dignité épiscopale et de la parole de Dieu. mais pendant que l'évêque administre la confirmation ou s'adresse au peuple, le Roraffe se met à crier et à chanter. Les gens se tournent vers lui, et cela continue pendant les vêpres et complies» Il s'agissait donc d'un véritable usage carnavalesque : les paysans apportant leur dîme à la Pentecôte furent insultés à la cathédrale par le Roraffe. Mais celui-ci ne restait pas sans réplique : les habitants de Geispolsheim, un village magnifique près de Strasbourg, amenèrent également un masque : la femme sauvage. Malheureusement nous ne savons rien de précis sur son caractère sauf qu'elle se promenait parmi la foule. Et ce qu'il y a de plus curieux, c'est que ces coutumes ne furent pas tolérées à contre-cœur, mais que les deux, Roraffe et femme sauvage, reçurent un pourboire par la fabrique de l'Œuvre Notre-Dame. Dans les comptes de celle-ci, on trouve, dans les années 1417, 1418, 1423 et 1433, toujours après la Pentecôte, la dépense d'un shilling «au valet qui crie dans le roraffe». Aux années 1441, 1459 et 1462 on lit la mention de trois shillings aux porteurs des bannières et à la femme sauvage de Geispolsheim», en 1475 la somme s'élève à 4 shillings, même. Les comptes des autres années ne sont pas conservés ou le poste n'est pas facturé spécialement. Le Roraffe attirait sans doute une foule considérable et la fabrique espérait recueillir ainsi de larges offrandes pour la cathédrale qui contenait de si étranges merveilles. La cachette du valet, qui criait dans le Roraffe, était si bien dissimulée qu'elle ne fut jamais devinée. Derrière la statue, comme l'ont pensé les contemporains, il n'y avait pas de place : elle se dresse au ras du mur. Le valet se trouvait juste à côté, à l'intérieur du grand pendentif. Des étoiles sciées dans les parois de celui-ci lui permettaient d'observer les foules et de faire entendre ses propos. Vers la fin du XVe siècle le valet de l'Œuvre Notre-Dame avait même fait place à un clerc. De ce fait, nouvelles lamentations de Geiler. Mais au moyen âge les prêtres ont souvent participé à des réjouissances masquées (La Cathédrale de Strasbourg, 1439-193, 1939 - books.google.fr).

 

Il y a, perché en haut, à gauche de l'horloge astronomique, un coq qui chante et bat des ailes. Ce coq eut une dispute, restée fameuse, avec le «roraffe» du grand orgue. Il faut dire qu'on appelait «roraffe» ou «brestellemann» (homme à la bretstell) un personnage sculpté, placé dans l'orgue, et tenant à la main un bâton de maître de chapelle. Le roraffe se plaignit au chapitre du coq qui lui faisait de l'ombre (Jean Variot, Chroniques et légendes des villes alsaciennes, 1927 - books.google.fr).

 

La coutume du Roraffe cessa avec l'introduction de la Réforme et ne fut pas reprise après le rétablissement du catholicisme.

 

Typologie

 

Le report de 2075 sur la date pivot 1547 donne 1019.

 

On retrouve la représentation du Verseau aux portes de bronzes de la cathédrale d'Augsbourg. Les motifs cosmologiques se retrouvent sur les ornements impériaux comme ceux du manteau de l'empereur Henri II à Bamberg (Bertrand Jestaz, Les portes de bronze d’Augsbourg. In: Bulletin Monumental, tome 171, n°4, année 2013. Saint-Gilles-du-Gard. Nouvelles recherches sur un monument majeur de l’art roman - www.persee.fr).

 

Des "Henri II Roi" ont été frappés à Strasbourg avant le sacre impérial de Henri II. On peut en rapporter la date soit. à 10043, soit à 1012 ou 1013, années qui furent témoins des deux premiers séjours de saint Henri à Strasbourg. Un "Henri II Empereur", appartient aussi à la monnaie de Strasbourg. Il offre un profil couronné, autour duquel ... ENRI...IMP.; au revers le temple à deux colonnes, entre lesquelles une croisette, et au sommet de l'angle du fronton un globule. Cette pièce doit être de 1019, la quatrième année de la prise de possession du titre d'empereur par Henri II. En 1019, ce monarque se trouvait à Strasbourg auprès de son ami et conseiller l'évêque Wernher, lorsque Raoul ou Rodolphe, roi des deux Bourgognes, vint, à l'instigation de son adultère épouse Ermengarde, traiter de l'abandon de ses États à l'empire (Louis Levrault, Essai sur l'ancienne monnaie de Strasbourg et sur ses rapports avec l'histoire de la Ville et de l'Évêché, 1842 - books.google.fr).

 

Henri II, dit «le Boiteux» ou «le Saint», né en mai 973 (selon le nécrologe de Mersebourg, le 6 mai) et mort en 1024, est le sixième et dernier roi de Germanie ou empereur romain germanique de la dynastie saxonne et ottonienne. Duc de Bavière de 995 à 1004 et de 1009 à 1017, roi de Francie-Orientale (Germanie) en 1002, roi d'Italie en 1004, élu empereur romain germanique en 1002, il est couronné à Rome par le pape Benoît VIII en 1014. Il épouse Cunégonde, qu'il associe à son gouvernement. Menant une vie pieuse, il encourage le développement du monachisme, créé, en 1007, sur des terres qui lui appartenaient en propre depuis 995, l'évêché de Bamberg, et doit combattre Boleslas Ier, duc puis roi de Pologne. Mort en 1024 à Göttingen en Saxe, enseveli à Bamberg, il est canonisé en 1146. L'impératrice connaît cette reconnaissance en 1200. L'Église catholique le célèbre le 13 juillet (anciennement le 15 juillet) (fr.wikipedia.org - Henri II (empereur du Saint-Empire)).

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