La guerre civile savoyarde

La guerre civile savoyarde

 

VIII, 9

 

2035-2036

 

Près de Linterne dans de tonnes fermez,

Chivas fera pour l'Aigle la menée,

L'esleu chassez luy ses gens enfermez,

Dedant Turin rapt espouse emmenée.

 

Prise de Chivasso par le prince Thomas de Savoie (26 mars 1639)

 

Chivas, Chivasso Clavasium, ville forte d'Italie, dans le Piémont, sur le Pô, entre Verceil & Turin. Le prince Thomas de Savoie la surprit en 1639. Les François la reprirent la même année, & en 1705. Les alliés la reprirent en 1706 (Encyclopédie Méthodique. Géographie, Tome 1, 1782 - books.google.fr).

 

Bientôt après, les hostilités recommencèrent par un mouvement des Espagnols en avant d'Alexandrie. Le cardinal de la Valette rassembla toutes ses troupes pour les combattre. Mais à peine les avait il abordés [26 mars), qu'une dépêche de la duchesse le rappela au secours de Turin. Le prince Thomas de Savoie, avec une portion de l'armée espagnole partie de Verceil, avait pris Chivas à trois lieues de la capitale, et on n'y craignait pas moins une sédition des habitants qu'un assaut de l'ennemi. Car il y avait plus de faveur parmi le peuple pour les deux princes de la maison de Savoie, que pour la duchesse, fille de France, qui portait toute la haine de la guerre attirée dans ce pays pår l'intérêt français. Le cardinal de la Valette, qui avait tout juste ce qu'il fallait de troupes pour faire face en une rencontre, mais qui ne pouvait partager son armée, fut obligé de la conduire toute entière à Turin (28 mars]. Sa présence maintint la ville et donna ceur à la garnison ; mais, pendant ce temps, l'armée venue d'Alexandrie menaçait Casal et les autres places du Montserrat. Il fallait y pourvoir, ce qui ne réussit pas partout. Verrue se rendit, Crescentino fut pris, et l'ennemi se présenta avec toutes ses forces devant Turin. Le cardinal de la Valette résolut de s'y enfermer [13 avril] avec ce qui lui restait de troupes, formant tout au plus dix-huit cents hommes. Pourtant, cette fois encore, le siége ne fut pas poussé avec ardeur. Il semble que le prince Thomas de Savoie, assuré d'être tôt ou tard le maitre d'une ville dont la population était à lui, ne voulut pas la ruiner et perdre des hommes dans une attaque. Il s'empara sans coup férir des faubourgs qui lui furent livrés, tira quelques boulets sur la ville dans la direction du palais où logeait sa belle-sæur, puis se retira au bout de dix jours pour aller se faire ouvrir dans le pays d'autres villes toutes prêtes à se rendre ; ce furent d'abord [25 avril] Villeneuve d'Ast et Trino (Anaïs Bazin, Histoire de France sous Louis XIII et sous le ministère du cardinal Mazarin: 1610 - 1661, Tome 2, 1846 - books.google.fr).

 

Le prince Thomas quitta Chivasso le 13 avril

 

En juin, le cardinal de La Valette avait repris Chivasso sur les Espagnols, le duc de Longueville était arrivé avec des troupes nombreuses, le prince Thomas et le cardinal Maurice avaient perdu confiance (Gabriel de Mun, Richelieu et la maison de Savoie: l'ambassade de Paricelli d'Hémery en Piémont, 1907 - books.google.fr).

 

Rapt

 

Quoique Française, on le conçoit, la régente devait garder la couronne ducale à ses enfants ; ce fut donc par une vigilance de tous les instants qu'elle parvint à déjouer les trames ourdies par le cardinal-ministre, et qu'elle se maintint au pouvoir malgré lui et ses créatures. Avertie que l'homme rouge devait faire attaquer Verceil et l'enlever elle-même, afin de s'emparer du Piémont et de la Savoie, elle sut défendre Verceil, se défendre ellemême avec ses enfants, sans avoir l'air de ne rien savoir de toutes ses menées machiavéliques. Fille de France, liée à la France par des traités antérieurs et forcée d'en signer un elle-même, elle promit de soutenir la France d'hommes et de munitions, pendant la guerre que cette puissance soutenait contre l'Espagne. Pourtant, alliée secrète de l'Espagne, la régente faisait tout ce qui dépendait d'elle pour nuire aux armes françaises, pour échapper à la tutelle fort peu paternelle du cardinal (Claude Genoux, Histoire de Savoie depuis la domination romaine jusqu'a nos jours, 1852 - books.google.fr).

 

Richelieu avait déjà tenter d'enlever le mari de Christine, Victor Amédée, et leur fils à Rivoli en 1637. Christine était bien épouse, et veuve en 1639. Le cardinal avait envoyé en Italie l'ambassadeur Emery devant s'entendre avec le maréchal de Créqui qui se refusa à procéder à l'enlèvement. En 1639, Christine qui était à Grenoble avait pris la précaution de faire garder le prince héritier en Savoie pour le soustraire aux manigances de Richelieu. Le père jésuite Monod (Monot) fut envoyé à la cour de France par la régente de Savoie pour arracher le roi Louis XIII à l'influence du cardinal qui fit enlever le religieux, enfermer à Pignerol, puis à Montmélian aux soins de la duchesse (P. Blet, Correspondance du nonce en France Ranuccio Scotti: 1639-1641, 1965 - books.google.fr).

 

Richelieu pensait qu'en agissant en Savoie-Piémont, les portes de l'Italie lui seraient ouvertes jusqu'à Naples tenue par les Espagnols (Encyclopédie moderne, Tome 20, 1824 - www.google.fr, Cristina Trivulzio Belgiojoso, Histoire de la maison de Savoie, 2016 - books.google.fr).

 

Quant au Pere Monot, il faut que Madame soit privée des sens, si elle ne l'envoye en France (Lettre de Richelieu à Emery, 1639) (Antoine Aubery, Memoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, Tome 4, 1667 - books.google.fr).

 

Apparemment les beaux-frères de Christine, le cardinal Maurice et le rpince de Savoie-Carignan Thomas, n'étaient pas en reste s'il on en croit la correspondance des agents de Richelieu.

 

Le cardinal de La Valette écrivait de Turin, le 5 novembre : «Le cardinal de Savoie est auprès de Gênes ; il est parti de Rome vêtu en chevalier de Malte.» Et le 10 : «Madame a eu avis cette nuit que le cardinal de Savoie était allé à Alexandrie se joindre aux Espagnols.» Il annonce enfin, le 17, que le même cardinal de Savoie médite l'enlèvement de Madame et de ses enfants (Gabriel Hanotaux, Histoire du cardinal de Richelieu, Volumes 5 à 6, 1932 - books.google.fr).

 

Laurent d'Allot dut sa renommée à Tallemant des Réaux qui lui a consacré sa 298è historiette (édition de Monmerqué et Paulin - Paris 1856 - Tome V – p. 348). En 1624, pour éviter les peines encourrues par son rapt il se réfugia avec sa fiancée en Savoie où il bénéficia de la protection de la soeur de Louis XIII, la duchesse Christine de France, femme de Victor Amédée. Grâce à son influence, il obtint des lettres d'abolition et fortement recommandé il put aller à Paris pour les faire entériner. Le mariage eut lieu en 1629 et Françoise de Galiné, âgée alors de 27 ans, put percevoir sa dot. Laurent d'Allot entra au service de Victor Amédée. En 1635 il prit le parti de Louis XIII qui lui conféra le titre de colonel (ARCH. DEP. DE LOT-et-GNE - B. 789). Lors du procès qu'il eut avec Saint-Gilis il prétend que Saint-Gilis “a voulu se venger tant de vieux ressentiments que de certains discours faits il y a quelques temps” (ARCH. MUN. D'AGEN - F.F. 212) - Envoyé  par le Prince Thomas en ambassade en Angleterre, il prit le parti contre la France et Christine sa bienfaitrice. Il mourut à Aoste, le 11 novembre 1642. L'une de ses filles eut de nombreux amants dont le Prince de Conti, le poète Sarrazin et le duc de Candalle, fils du duc d'Epernon (André Mateu, Les révoltes populaires de la juridiction d'Agen dans leur contexte socio-économique, 1593-1660, 1980 - books.google.fr, Louis Paris, Ulysse Robert, Le Cabinet historique: moniteur des bibliothèques et des archives, 1872  - archive.org).

 

Année 1636. Le Sieur d'Alot reçoit ordre du Roi de mener son régiment en Piémont (19 Juillet) - 1637. Le colonel Dallot, commandant un des régimens du Roi en Piémont, se jette à la nage avec le sieur de la Garenne son frère dans le Taner à la vue des Elpagnols, qui veulent secourir le château de la Roque assiégé. Il détruit les travaux des ennemis pendant qu'ils faisoieot sur lui un feu continuel (22 août) (Table ou abrégé des cent trente-cinq volumes de la Gazette de France, depuis son commencement en 1631 jusqu'à la fin de l'année 1765, 1766 - archive.org).

 

Les D'Allot sont d'Agen, ville bien connue de Nostradamus où était installé Jules César Scaliger.

 

Lettre de Thomas de Savoie à Laurent d'Allot

 

Dès le premier jour que nous arrivâmes pour le secours, nous les pouvions rompre, mais on se voulu content de soutenir l'escarmouche, et fie se longer à leur veue, quelques jours après nous jettames des gens dans la ville et puis partîmes pour aller attaquer Chivas. Ceste place icy estant aux abois le 15 de may, le comte d'Harcourt, le mesme jour, parut pour le secours avec toutes ses trouppes et comme il nous sembla d'avoir nostre principale intention nous nous retirames. Mais crenant (sic) qu'ils ne retournassent à leur première entreprise, comme on reconnut du despuis qu'ils avoient ceste intention, car ils avoient laissé des bonnes gardes à leur pont sur la Doire, les huttes entières et touttes leurs provisions au camp, et cinq chasteux de deça la Boire avec leurs gardes ordinaires, nous fimes partir mille chevaux qui vindrent à Ivrée à l'advantage et s'_opposarent pendant que notre armée s'avançoit, avec une partie de l'infanterie de la ville, au passage des Français, où ils perdirent quantité de monde, se retirarent, sans retirer chose aucune de leur camp et ainsy Ivré l'eut délivré, confessant les mesmes Français qu'ils ont perdu en ce siège plus de 2.000 hommes, la plupart officiers, et entre ceux la un neveu du comte d'Arcourt Ils se préparent pour quelque autre entreprise si l'on agit de la comme il faut, j'espère que nous entretiendrons ceux cy, du moins si l'on me veut croire. Vous me marqués aussy que vous auriez désiré que je n'eusse pas précipité mes déclarations, je ne pouvois faire autrement et quand je vous en diray les raisons, vous m'en advouerez la vérité. Au reste quant a voz intérests comme vous serez icy je les .adjusteray a vostre entière satisfaction et aurez toutes part a ma fortune“ Je vous en asseure et que je suis véritablement, Monsieur le colonel d'Allot, vostre bien affectionné, Thomas (Revue de l'Agenais, Volume 46, 1919 - books.google.fr).

 

Thomas essaie de reprendre Chivas en 1641, et Scipion Dupliex parle de "ses menées". Le comte d'Harcourt, envoyé par Richelieu en remplacement du Cardinal de La Valette, le force à lever le siège (Scipion Dupleix, Histoire de Louis XIII, 1654 - books.google.fr).

 

C'est Harcourt qui pourrait être cet "Aigle".

 

Les Alérions que les Ducs de la Maison de Lorraine ont porté uniformément depuis Ferri Ier ne sont autre chose que des Aigles, mais plus petits (Augustin Calmet, Histoire de Lorraine, Tome 2, 1748 - books.google.fr).

 

Sur l'inscription de son tombeau qui avait été déplacé de l'église Royaumont détruite en 1790 à Asnières-sur-Oise on pouvait lire "obsessor idem et obsessus" qui forme une circonstance si particulière, qu'elle n'est peut-être arrivée qu'au siége de la ville de Turin en 1640. Les Français étaient dans la citadelle et assiégés par le prince Thomas de Savoie, qui était dans la ville. Celui-ci était assiégé à son tour par le comte d'Harcourt, qui commandait l'armée du Roi ; et ce dernier l'était par le marquis de Liganez, qui commandait les Espagnols. Malgré ces deux armées, le comte d'Harcourt se rendit maître de Turin. Sur le piédestal il y avait un bas-relief de la prise de Turin  (Prosper Morey, Tombeau de Henri de Lorraine comte d'Harcourt a Asnieres-sur-Oise. (Seine-et-Oise.), 1863 - books.google.fr).

 

Thomas François de Savoie, né à Turin le 21 décembre 1596 et mort à Turin le 22 janvier 1656, est prince de Carignan (1620) et comte de Soissons (1641) Il commande en 1635 les Espagnols contre la France, et perd la bataille d'Avein (1635) contre les maréchaux de Châtillon et de Brézé. Mais en 1638, il bat le maréchal de La Force, et lui fait lever le siège de Saint-Omer. Son ambition suscite des troubles en Savoie à la mort de son frère aîné Victor-Amédée Ier, car il revendique avec son autre frère Maurice la régence du duché contre la veuve Christine de France, mais le soutien de la France confirme Christine comme régente. Réconcilié avec celle-ci, il se rapproche de la France, qui lui confie une armée en Italie (1642) et eut Turenne sous ses ordres pendant quelque temps. Il est nommé généralissime des armées de France et de Savoie en Italie, mais se révèle à Orbetello un chef médiocre. Mazarin, qui a cependant besoin de lui, lui donne la charge de grand maître de France, après la disgrâce de Condé (fr.wikipedia.org - Thomas de Savoie-Carignan).

 

"enfermé" : le cardinal de La Valette

 

Le mot est employé au sujet de La Valette par Richelieu dans une lettre à Emery en 1639

 

Faut advertir Madame, du grand secours qu'on luy prepare. Monsieur de Longueville commandera les deux armées, tandis que Monsieur le Cardinal de la Valette sera enfermé; & apres, chacun commandera la sienne (Antoine Aubery, Memoires pour l'histoire du cardinal duc de Richelieu, Tome 4, 1667 - books.google.fr).

 

Le Cardinal de La valette était surnommé le "cardinal valet" par son père le duc d'Epernon. 

 

En 1637, Chapelain songeait à donner un successeur au pape Urbain VIII. La Valette fut élu pour la circonstance. Hélas, c'est Urbain VIII qui survécut à La Valette (1644, 1639)

 

Esclave de la faveur, en 1639, au cours d'un procès obscur, le cardinal abandonna son frère, duc de La Valette, pour plaire à Richelieu. De nombreux historiens fournissent des témoignages accablants contre La Valette (Barbara Krajewska, Mythes et découvertes: le salon littéraire de Madame de Rambouillet dans les lettres des contemporains, 1990 - books.google.fr).

 

Cf. la guirlande de Julie du quatrain X, 47.

 

Il a couru icy un bruit que M. le C [ardinal] de La Valette iroit à Rome pour s'y trouver au Conclave futur et faire un Pape françois avec Mr le Maréchal d'estrées (Lettre à Monsieur de Grasse (Godeau), CXXXII) (Philippe Tamizey de Larroque, Lettres de Jean Chapelain, de l'Académie française, Partie 1, 1880 - books.google.fr).

 

La laideur de Mme Pilou, femme d'un procureur, n'etoit pas moins célèbre que ses bons mots et son excellent esprit. Cerisay ecrivoit, le 28 octobre 1647, à la comtesse de Maure en luy envoyant les lettres de Balzac : «M. de Balzac se fust» bien passé de me prendre pour introducteur, et de vous donner occasion, en vous faisant voir mes ecrits à la teste des siens, de vous imaginer Mme de Longueville presentée par Mme Piloust.» (Recueils manuscrits de Conrart. In-4°, tom. xiv. Biblioth. de l'Arsenal.)

 

Dans un couplet contre le cardinal de la Valette, attribué au chevalier de Riviere :

 

Cardinal de la Valette,

Vous avez la teste faitte,

Et le visage et le cou

Comme madame Pilou (Portefeuille de Tallemant des Réaux) (Paulin Paris, M. de Mommerqué, Les historiettes de Tallemant des Réaux, Tome 4, 1855 - books.google.fr).

 

Louis de Nogaret, cardinal de la Valette, était le troisième fils de Jean-Louis de Nogaret, l'un des mignons d'Henri III, premier duc d'Epernon. Né en 1593, à Angoulême, il entra dans le clergé, comme beaucoup de cadets de grande famille, bien plutôt pour accaparer de nombreux et riches bénéfices que par une vocation véritable. Il devint archevêque de Toulouse par la cession que lui fit le cardinal de Joyeuse, en 1613, et fut en outre abbé de Saint-Sernin, de St-Victor de Marseille, de St-Vincent de Metz, et prieur de St-Martin-des-Champs ; de plus, le pape Paul V le créa cardinal, le 11 janvier 1621. Malgré tant d'honneurs ecclésiastiques, il ne se fit jamais un devoir de recevoir les ordres sacrés 3. Ses goûts et ses instincts le retenaient dans le monde. Devenu, après s'être démis de l'archevêché de Toulouse, lieutenant général des armées du Roi, gouverneur d'Anjou, de Metz et du pays messin, il montra bien qu'il était plutôt fait pour commander des troupes que pour administrer un diocèse. Aussi gouvernait-il l'Eglise de Toulouse par des vicaires généraux. Cependant cette accumulation de bénéfices ecclésiastiques par des personnages qui, sans être précisément des laïques, puisqu'ils avaient au moins reçu la tonsure, vivaient uniquement dans le siècle, provoquait de tous côtés des réclamations aussi légitimes que multipliées. Les poëtes eux-mêmes s'en mêlaient. En 1622, on vit l'un d'entre eux, bien ignoré, du reste, aujourd'hui, Thomas de Courval-Sonnet, gentilhomme et médecin de Vire, en Normandie, attaquer par de virulentes satires, avec les désordres et les mœurs déréglées du clergé, la simonie et toutes les connivences qui livraient d'une façon plus ou moins détournée les biens de l'Eglise à la noblesse laïque. Le cardinal, il est plus que probable, ne s'émut guère de ces réclamations poétiques ; mais, tout occupé d'affaires et d'intrigues de cour, attaché d'ailleurs à la fortune croissante de Richelieu, il songea à se défaire non pas de tous ses bénéfices, mais de celui qui comportait charge d'âmes. Il chercha donc un successeur pour l'archevêché de Toulouse (Ch. Revillout, Bibliographie : Philippe Tamizey de Larroque, Les lettres de Peiresc, Revue des langues romanes, Volume 32, 1888 - books.google.fr).

 

A ces réunions badines Voiture se lie d'amitié avec le cardinal de La Valette «d'une laideur simiesque» qui fait la conquête de «la beauté séraphique» de la Princesse de Condé. Celle-ci répugne d'abord «à laisser polluer par les lèvres lippues de ce prêtre sa chair liliale», mais elle cède bientôt sans mystère, et cette liaison est acceptée avec indulgence à l'hôtel de Rambouillet. Puis le poète quitte Paris. Attaché à  Gaston d'Orléans, il le suit dans son étonnante chevauchée à travers les Flandres et l'Espagne (Bibliographie : Emile Magne, Voiture et les années de gloire de l'Hôtel de Rambouillet, Revue des ëtudes historiques, Volume 78, 1912 - books.google.fr).

 

"cassé" : vanités

 

Le latin "cassus" signifie nul, vain, anéanti.

 

Un autre mot qui a donné cassé "quassus", brisé, fracassé, secoué : "anima quassa malis" chez Sénèque (Hercule), âme brisée par le malheur (Gaffiot).

 

C'est le cas de La Valette en 1639.

 

La fin de l'année précédente avoit apporté de cuisans chagrins à M. le Cardinal de la Valette, à cause de l'infortune de M. de la Valette son frere ; mais le commencement de 1639 le combla de douleur la perte qu'il fit de M. le Duc de Candalle fon frere aîné. Ce Seigneur mourut à Cazal au commencement du mois de Février, en neuf jours, d'une fiévre maligne, accompagnée d'une oppression de poumon. Aux premieres nouvelles de sa maladie, M. le Cardinal de la Valette, qui étoit à Turin, accourut à Cazal ; il assista son frere avec beaucoup de constance & de piété jusqu'à la fin, & fit l'office auprès de lui, non-seulement de bon frere, mais de pere spirituel. Aussi la fin de ce Seigneur fut si chrétienne & si pieuse, que les ames les plus dévotes n'y trouverent rien à desirer. M. le Cardinal de la Valette ne trouva point d'autre consolation qu'en Dieu & au mépris de la vie, & écrivit en ce tems-lå à ses confidens serviteurs, que la perte de ses freres étoit un exemple bien évident de la vanité des choses du monde ; qu'il me tenoit plus compte de sa vie, & qu'il se tiendroit bien heureux de la perdre en servant le Roi & son pays : ensuite il s'appliqua entiérement aux affaires de sa charge, & à donner les meilleurs ordres qu'il pût aux préparatifs de la prochaine campagne (Louis de Nogaret, Mémoires de Louis de Nogaret,Cardinal de La Valette,général des Armées du roi en Allemagne, en Lorraine, en Flandre & en Italie: Années 1635, 1636, 1637, 1771 - books.google.fr).

 

Dans Virgile, "cassus lumine" pour mort, privé de vie (Eugène de Chambure, Glossaire du Morvan, Tome 1, 1878 - books.google.fr).

 

"Linterne" et "tonnes" : le mal de Naples

 

Linterne est une ville antique près de Pouzzoles dans le Royaume de Naples.

 

Linterne se trouve près de Cumes (à deux lieues). Marcel de Cumes est le premier historien de la syphilis, la décrivant en 1495 pendant le siège de Novare (Piémont) qui eut lieu après la bataille de Fornoue (Dr Auzias-Turenne, La syphilisation, 1878 - books.google.fr).

 

L'image de L'Espagnol affligé du mal de Naples, gravure anti-espagnole, aisée à dater, correspond à la très courte période de novembre 1647 où l'on put croire que l'expédition du duc de Guise en Campanie serait victorieuse. Le mal de Naples, c'est, bien sûr, la syphilis. Et c'est à elle qu'est assimilée la  défaite des troupes espagnoles - pardon la «déroute», dit la légende, qui ne craint pas l'hyperbole. Notre Capitan, toujours lui, a troqué son chapeau contre un  turban plus approprié, mais il a gardé sa moustache agressive. Il est installé dans un tonneau en forme de sauna, pour y subir le traitement alors réservé aux victimes de cette maladie (Simone Bertière, Gravures anti-espagnoles, L'Age d'or de l'influence espagnole: la France et l'Espagne à l'époque d'Anne d'Autriche, 1615-1666, 1991 - books.google.fr).

 

La syphilis à laquelle le premier vers ferait allusion renvoie à l'épidémie qui s'était nouvellement déclarée au cours de l'expédition de Charles VIII contre Naples.

 

La première République napolitaine est fondée à Naples en octobre 1647 à la suite de la révolte populaire initiée par Masaniello et Giulio Genoino contre le régime de la Vice-royauté espagnole. Ce bref épisode qui dura moins d'une année s'inscrit dans le cadre européen de la guerre de Trente Ans et de la rivalité franco-espagnole de cette époque (fr.wikipedia.org - République napolitaine (1647) ).

 

Vincent Voiture se fait le témoin de la maladie à l'hôtel de Rambouillet que fréquenta aussi Tallemant des Réaux (1619 - 1692) (Jacques Bonnet, Quelques historiettes: Petit éloge de l'anecdote en littérature, 2010 - books.google.fr).

 

L'esprit de sérieux n'était pas son objet. Il ne lésinait pas sur les moyens. Un jour, il informa Chapelain de son furoncle placé au derrière (8.IX.1639). Nulle peur des mots, aucune honte des maux. À déguster lentement. Ses coliques ou autres douleurs intimes dues à des chevauchées prolongées chagrinaient souvent la compagnie d'Arthénice pendant ses absences. Sans parler des mésaventures honteuses de son corps - la vérole - dues à ses aventures éhontées. En France, à cette époque-là, on appelait cette MST «mal de Naples» et les Italiens, eux, la nommaient mal francese (maladie française) (Barbara Krajewska, Les salons littéraires: De l'hôtel de Rambouillet... sans précaution, 2018 - books.google.fr).

 

Vincent Voiture naquit le 24 février 1597 à Amiens; sa famille s'installa bientôt après à Paris. Condisciple du futur cardinal de la Valette, l'un de ses plus fidèles protecteurs, Voiture était d'abord attaché au service de Monsieur (frère de Louis XIII). Il se rallia de bonne heure à l'Hôtel de Rambouillet, dès 1625, où son esprit fin et délicat brilla entre tant d'autres esprits. Son style raffiné mais naturel s'exprima dans des petits poèmes, des sonnets et des stances; il lança la mode des rondeaux en 1636. Homme d'action et de politique, il connut des périodes d'exil et de grâce, toutes entraînant des pérégrinations. Parmi ses séjours à l'étranger, on le voit tour à tour réfugié à Madrid en 1632; ambassadeur extraordinaire pour annoncer la naissance du dauphin (Louis XIV) à Florence en 1638. Chaque retour à Paris le ramena à la chambre bleue, où, malgré des jaloux, il continua à ravir l'assemblée des fidèles. Quant à sa personne, c'était un homme de petite taille; «el rey chiquito» («le très-petit roi») fut son pseudonyme précieux, et signale sa prédilection pour la littérature espagnole. Quoique chétif, Voiture goûta fort les plaisirs de la vie: le jeu, les femmes, les voyages (Allen Wood et Mona Tobin Houston, Vincent Voiture, La Poésie française du premier 17e siècle: textes et contextes, 2004 - books.google.fr).

 

Pendant que le prince Thomas de Savoie était à Naples, la régente et son fils, sous le prétexte d'une chasse, s'approchèrent d'Ivrée; le gouverneur les laissa entrer par politesse, le 20 juin 1647, et la duchesse s'en mit galamment en possession et renvoya la garnison que le prince Thomas y avait mise. Immédiatement après, Christine de France se démit de la régence, et Charles Emanuel II fut déclaré majeur (Maximilian Samson Friedrich Schöll, Cours d'histoire des états européens depuis le bouleversement de l'Empire romain d'Occident jusqu'en 1789, 1832 - books.google.fr).

 

L'opération du duc de Guise fait suite à l'attaque des Présides de Toscanes par Thomas de Savoie.

 

L'État des Présides ou, en forme longue, l'État des Présides royaux (en espagnol : Estado de los Reales Presidios ; en italien : Stato dei Reali Presidi), créé par le roi d'Espagne Philippe II, constituait un petit territoire italien d'une très grande importance stratégique et militaire pris sur les territoires ayant appartenu à la République de Sienne après l'annexion de celle-ci par le duché de Florence en 1557 (fr.wikipedia.org - Etat des Présides).

 

L'objectif français est de chasser les Espagnols d'Italie. Mazarin, lui-même d'origine italienne, souffre de la domination de l'Espagne sur l'Italie et rêve d'en expulser celle-ci. Après le débarquement sur les Présides, la flotte doit se diriger sur Naples, prendre la ville par surprise et placer sur le trône napolitain le prince Thomas de Savoie, à qui est confié le commandement de l'expédition, mais qui se montre peu expérimenté.

 

La bataille d'Orbetello ou d'Orbitello est une double bataille livrée pendant la guerre de Trente Ans. C'est un affrontement terrestre mené de mai à juillet 1646 à Orbetello, ville forte toscane assiégée par les Français, et une bataille navale donnée le 14 juin entre la flotte française chargée de soutenir le siège et une flotte espagnole de secours. C'est au départ un succès français, avec le débarquement réussi du corps expéditionnaire en Toscane. L'opération s'enlise par la suite à cause de la mort de l'amiral français de Brézé tué dans la bataille navale, avant de tourner à l'échec complet avec la fuite des troupes terrestres (fr.wikipedia.org - Bataille d'Orbetello).

 

"Aigle" : Aglié ?

 

L’aigle est un élément du blason de la Maurienne.

 

Amédée III (v. 1095-30 août 1149), descendant de Humbert dit aux Blanches Mains (v. 980-v. 1042), comte de Maurienne, mort lors de la troisième croisade est le premier à porter le titre de comte de Savoie, à partir de 1143 (fr.wikipedia.org - Comté de Maurienne).

 

Charles-Albert de Savoie-Carignan (1798 - 1849), descendant de Thomas, devient roi de Sardaigne en 1831, lors du décès de Charles-Félix de Savoie, roi de Sardaigne (1765-1831), dernier représentant de la branche aînée de la maison de Savoie, décédé sans postérité mâle (fr.wikipedia.org - Maison de Savoie-Carignan).

 

Aglié est une localité dans la région appelée Canavese, dont font parties aussi Rivarol, Valpergue, Mazin, Lanzo, Brandis, Saint Martin, Castellemont, Cirié, Volpian, Chivas etc., dont la capitale est Ivrée (Samuel Guichenon, Histoire généalogique de la royale maison de Savoie, Tome 1, 1778 - books.google.fr).

 

Le grand animateur du ballet à Turin sera le cardinal Maurice de Savoie, en même temps que le marquis Ludovic d'Aglié, poète et metteur en scène. Son neveu Philippe lui succédera dans le rôle de mécène et de créateur de ballets (Ferdinando Reyna, Des Origines du ballet, 1955 - books.google.fr).

 

Certains croyaient à Turin que Charles-Emmanuel était le fils des amours de la Régente, avec Philippe, le bruit courrait que Francesco-Giacinto avait été empoisonné. Philippe d'Aglié conseillait à la Duchesse Christine, soeur de Louis XIII, de demeurer ferme; et quoi que Richelieu eût pu faire, il ne fut pas possible de tirer autre chose de cette Princesse, sinon qu'elle remettrait encore quelques autres petites Places au Roi de France, et qu'elle gardait Montmélian.

 

Il fallut deux traités signés à Turin, le 2 décembre 1640 et le 14 juin 1642, pour terminer la guerre civile savoyarde. Les princes Thomas et Maurice firent leur soumission, et s'engagèrent au service de la France qui leur accorda d'importantes pensions.

 

Philippe d'Aglié aurait servi fidèlement les intérêts de sa souveraine, n'hésitant pas à braver le ressentiment de Richelieu qui le fit enlever le 30 décembre 1640 et enfermer à Vincennes le 18 ou 19 janvier.

 

Certains reprochent à d'Aglié son dévouement aux Espagnols, et ses intrigues qui auraient rendu sans effet le traité de décembre 1640 et auxquelles s'ajoutait la légèreté de Thomas de Savoie (Robillard d'Avrigny, Mémoires pour servir à l'histoire universelle de l'Europe, depuis 1600 jusqu'en 1716, Tome 2, 1757 - books.google.fr).

 

D'où pour l'"Aigle ses menées".

 

Contexte

 

Durant la guerre de Trente Ans, en Italie, la duchesse de Savoie, à qui les Espagnols avaient pris Verceil, se trouvait dans une situation difficile. L'aîné de ses fils mourut; la couronne passa au second, Charles-Emmanuel II; il fallut constituer une nouvelle régence. Marie-Christine, mal vue en France, où on lui reprochait sa faiblesse et ses incertitudes, était encore plus mal vue par les Piémontais, qui l'accusaient de faire trop de sacrifices à son ancienne patrie et de rendre les Français si puissants dans le pays qu'on ne saurait ensuite les en chasser. Le cardinal de Savoie et le prince Thomas, ses beaux-frères, soutinrent qu'une réunion des états était nécessaire pour établir une nouvelle régence. L'Empereur allégua que la Savoie était fief de l'Empire, et conféra aux deux princes la tutelle de leur neveu. Les princes, assistés par le duc de Modène et le marquis de Leganez, gouverneur de Milan, annoncèrent dans un manifeste qu'ils voulaient protéger les peuples contre les Français et délivrer le jeune duc. Dès le printemps de 1639 le prince Thomas entra dans le Piémont avec une armée espagnole; il fut accueilli favorablement par les petites villes et arriva en vue de Turin.

 

Le désir de Marie-Christine eût été d'obtenir la neutralité pour les Etats de son fils, et d'éloigner à la fois ses beaux-frères, Leganez et les Français. Mais outre que ce vœu était d'une réalisation difficile, elle ajoutait à ces difficultés par les inconséquences de son caractère et de sa conduite; elle manquait d'autorité personnelle et s'entourait de gens médiocres et d'intrigants qui lui nuisaient au lieu de la servir. Menacée par ses beaux-frères, elle se vit réduite à implorer l'appui de la France. Richelieu commença par exiger d'elle l'exil ou l'emprisonnement de plusieurs de ses conseillers. Il voulait aussi qu'elle amenât en France le jeune duc et qu'elle livrât ses places principales, pour assurer aux Français des quartiers d'hiver et une base d'opérations. Elle s'y refusa, comme si on lui eût proposé d'abdiquer. Elle déclara qu'elle ne sacrifierait pas les droits de son fils à la France plus qu'à l'Espagne. Tout ce qu'on put obtenir d'elle fut la remise de trois places d'une importance secondaire. Cependant il était impossible d'abandonner «cette misérable femme» , comme l'appelle Richelieu, irrité de sa résistance. Le cardinal de la Valette reçut l'ordre de la soutenir. Avec six mille hommes de troupes françaises, il défendit contre le prince Thomas la ville de Turin, puis la citadelle, lorsque la ville eut été livrée par ses habitants (le 1er août). Un armistice de deux mois fut conclu le 15 août par la médiation du Pape.

 

Le cardinal de la Valette mourut pendant cet armistice; il succomba, suivant Richelieu, au chagrin que lui causaient la disgrâce de son frère, le mauvais succès de ses dernières campagnes et ses rapports difficiles avec la duchesse de Savoie. Marie-Christine fut alors chassée de Turin par le prince Thomas. Elle se réfugia en France. Elle eut une entrevue à Grenoble, le 24 septembre, avec le roi son frère, et elle le supplia de la sauver. Richelieu, qui avait accompagné Louis XIII, continua de prétendre exiger d'elle qu'elle livrât son fils et les places de Turin et de Montmélian. Elle déclara qu'elle aimerait mieux mourir. Elle savait d'ailleurs que l'intérêt et l'honneur de la France ne permettaient pas qu'on l'abandonnât. Louis XIII envoya en Piémont de nouvelles troupes, dont il donna le commandement au comte d'Harcourt.

 

Harcourt, de la maison de Lorraine, allié à Richelieu par son mariage, et déjà célèbre par ses succès maritimes, fut accueilli avec acclamation par l'armée d'Italie. Il agit avec la promptitude et la décision qui avaient manqué à ses prédécesseurs. Arrivé sur l'arrière-saison, il apprit que les Espagnols, déjà maîtres d'une partie du Montferrat, se préparaient à foire le siége de Casal. Il marcha sans délai vers la place pour la ravitailler, y parvint, et quoique obligé de se replier devant un ennemi très-supérieur en forces, trouva moyen d'accomplir une retraite des plus heureuses, grâce à ses lieutenants Turenne, du Plessis-Praslin et la Mothe-Houdancourt. Il battit Leganez et revint prendre ses quartiers d'hiver à Quiers et à Carignan. On n'avait pas renoncé à entamer l'Espagne du côté des Pyrénées. Condé, qui s'était concilié Richelieu par une soumission absolue à ses volontés, fut encore mis à la tête de l'armée, malgré le peu de talents militaires qu'il avait montré dans la campagne précédente. On lui adjoignit, il est vrai, le maréchal de Schomberg. Il commença par enlever la petite place de Salces, située à l'opposite de Leucate; il entra ensuite dans le Roussillon. Mais les inondations qui couvrirent le pays, et la résistance énergique d'une armée espagnole soutenue par les milices catalanes, l'obligèrent à se retirer au bout de deux mois. Les Espagnols parvinrent à rentrer à Salces le 4 janvier 1640, après quatre mois de siége, en dépit des efforts de Condé et de Schomberg. Richelieu ménagea cette fois des généraux malheureux. Tandis qu'après la défaite de Thionville il avait cassé plusieurs compagnies et envoyé leurs officiers à la Bastille, il se contenta de dire au sujet de l'affaire de Salces: «Ceux qui commandoient, faisant voir qu'ils avoient plus de cœur pour faire des conquêtes que de tête pour les conserver, firent paroitre qu'ils étoient vrais François.» (Antoine Élisabeth Cléophas Dareste de la Chavanne, Histoire de France, Tome 5, 1875 - books.google.fr, Biographie universelle, Sap - Séj, Tome 38, 1864 - books.google.fr).

 

"Elu cassé"

 

Les prélats nommés au début du siècle sont encore de grands seigneurs absentéistes, comme le cardinal de La Valette (1614-1627). Jean-Baptiste-Michel Colbert (1693-1710), résident davantage et s'impliquent activement dans le gouvernement de leur diocèse (Michel Taillefer, Georges Fournier, Nouvelle histoire de Toulouse, 2002 - books.google.fr).

 

Le droit commun reconnaissait une autre espèce de vacance interprétative du siège épiscopal, avoir si l'évêque différait plus de trois mois ou à se faire confirmer après son élection, ou à se faire consacrer après sa confirmation, ou à demander le pallium, au cas que ce fût un archevêque, après sa consécration. Ces trois ou ces neuf mois écoulés, le chapitre prenait l'administration du diocèse, comme le siège étant vacant. Les élections ayant été presque abolies par les concordats que les princes chrétiens ont faits avec le Pape, le concile de Trente a ordonné (sess. 23, c. 2) que si les évêques ne se faisaient sacrer trois mois après leurs provisions, ils seraient obligés à restituer les fruits : s'ils tardaient encore trois mois après cela, ils seraient privés de leurs évêchés. Ecclesiis ipso jure sint privati. L'ordonnance de Blois ne fit qu'une interprétation de ce décret dans son article 8 : "Les évêques seront tenus de se faire sacrer dans trois mois après leurs provisions obtenues: autrement, sans autre déclaration, seront tenus de rendre les fruits. Et si, dans trois autres mois ensuivants, ils ne se sont mis en devoir de ce faire, ils seront entièrement privables du droit desdites églises, sans autre déclaration, suivant les saints décrets." Le terme du concile privati étant expliqué par celui de l'ordonnance privables, il résulte que le chapitre doit user des formalités et des monitions juridiques pour déclarer le prélat élu, premièrement privé des fruits, et ensuite de l'évêché même. Le chapitre de Toulouse n'ayant pas gardé ces formes quand il déclara le siège archiépiscopal vacant et le cardinal dèe la Valette privé de l'archevêché, il eut le déplaisir de voir sa procédure cassée. (Voy. Ciros sur le litre De supplenda neglig. Prœlat.) (Dictionnaire de discipline ecclésiastique, ou Traité du gouvernement de l'Église, Tome 1, 1856 - books.google.fr).

 

C'est cependant la procédure entamée par le chapitre contre La Valette qui est cassée. Mais ce dernier sera brisé moralement en 1639, ce qui entraînera sa mort.

 

Typologie

 

Basculant la date de 2036 par rapport à 1640 (traité de Turin de décembre) on obtient 1244.

 

La Branche des Comtes de Piémont commença en 1244 et finit en 1418. Dans le cours de ces 176 ans , elle nous offre six Princes dont cinq furent effectivement les aînés de la famille régnante. Mais les états Transalpins l'emportant alors sur les Subalpins, les Comtes de Savoie ne cessèrent d'être regardés comme les chefs de la Dynastie. Ajoutons qu'ils méritèrent de l'être et par leurs plus brillans exploits et par leurs plus grandes alliances.

 

Né en 1199 à Montmeillan, Thomas II fut Comte de Flandre et de Hainaut, chef de la Branche de Piémont, second fils de Thomas I. Ce Prince suivit, à Paris, sa nièce Marguerite, Reine de France. Il épouse Jeanne, fille de Baudoin, Empereur d'Orient, héritière des Comtés de Flandre et de Hainaut et régne avec sagesse sur ces Provinces. Il se distinguer à la guerre contre le Duc de Brabant et le Comte de Namur, secourt son frère Guillaume de Savoie, Evêque de Liège et cède à la mort de sa femme ces Comtés à sa belle-sœur Marguerite, Comtesse de Dampierre. Il ne s'en réserve que le titre et 6ooo francs de pension. Il reçoit d'Amédée IV son frère le Comté de Piémont en apanage. Il porte secours à sa belle-sœur en Flandre. Rentré dans la Capitale du Piémont à main armée, il s'empare de quelques autres villes voisines dont l'Evêque de Turin se prétendait le maître. Le Pape Innocent IV fuyait alors devant l'Empereur Frédéric II, Thomas l'accueillit à son passage en Piémont, en reçut l'autorité temporelle que l'Evêque de Turin avait sur les châteaux de Rivoli, d'Aveillane, de Suse, et épousa Béatrix de Fiesque, nièce de ce Pape. Thomas II accompagna Innocent IV au concile de Lyon, fit plusieurs voyages pour le réconcilier avec Frédéric II, reçut de cet Empereur l'autorité souveraine sur Turin, sur les villes et les châteaux de Collegno, de Moncalier, de Cavour, avec le titre de Vicaire de l'Empire. A la mort de Frédéric, Thomas se rendit à Utrecht, auprès de Guillaume de Hollande qui venait d'être revêtu de la pourpre Impériale, et qui lui confirma les cessions précédentes, en y ajoutant la ville d'Ivrée, et le château de Lans. Les Marquis de Montferrat et de Saluces, et les Villes libres du Piémont ne virent pas sans ombrage Thomas II s'établir en deçà des alpes. La Ville de Turin, long-tems gouvernée par son Evêque et par ses magistrats, refusait de reconnaître son souverain dans le Comte de Piémont : de là les malheurs du Comte Thomas II. A l'occasion des guerres dont la mort d'Innocent IV fut le signal, le Comte de Piémont se ligue avec Chiers et Coni pour résister à Guillaume-Longue-épée, Marquis de Montferrat, ligué avec les Astesans. Il perd la bataille de Montbrun et tombe entre les mains des Turinais insurgés. Il achète sa liberté en signant un acte de renonciation à ses droits sur cette ville. Se plaignant à son neveu, l'Empereur Richard, de la violence qu'on lui a faite, il obtient la cassation de ce honteux traité.

Il mourut à Chambéry, dans le tems que son neveu, Charles d'Anjou, Roi des Deux-Siciles (Jean Frézet, Histoire de la maison de Savoie, Tome 1, 1826 - books.google.fr).

 

Le comté de Savoie fut, sous le règne d'Amédée VIII, érigé en duché en 1416 par l'empereur Sigismond. La Savoie lui dut des accroissemens considérables. En 1401, il acquit d'Odon de Villars le comté de Genève, et, en 1418, Louis, dernier prince de la branche d'Achaïe étant mort sans postérité, il réunit le Piémont à la couronne (Recherches sur l'histoire et sur l'ancienne constitution de la monarchie de Savoie ouvrage compose sur des documens pour la plupart inedits par M. A. Boullee, 1833 - books.google.fr).

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