Ambiorix

Ambiorix

 

VIII, 32

 

2053-2054

 

Garde toi Roy Gaulois de ton nepveu,

Qui fera tant que ton unic fils,

Sera meurtry à Vénus faisant veu,

Accompagné de nuict que trois et six.

 

Contexte

 

Rappelons d'abord les faits principaux tels qu'on peut les dégager du texte de César, les autres sources - Plutarque, Appien, Dion Cassius, Suétone - ne nous étant pour ainsi dire d'aucun secours. Cette année-là (54), César s'est attardé longtemps en Illyrie, puis dans le Nord de l'Italie ; ce n'est qu'à la fin d'avril ou au début de mai qu'il regagne la Gaule transalpine. A peine a-t-il rejoint son armée, stationnée en Picardie et à l'embouchure de la Seine, où s'achève la construction des bateaux destinés au débarquement en Bretagne, qu'il prend avec lui quatre légions, sur les sept dont il disposait, et huit cents cavaliers pour aller mettre à la raison les Trévires ; ce peuple, qui occupe un vaste territoire, limité par le Rhin, la Lorraine, la Meuse et le Sud des Ardennes, est tiraillé entre deux hommes, l'un gagné à la cause romaine, Cingétorix, l'autre farouche adversaire des envahisseurs, Indutiomar, celui-ci empêche les Trévires de participer aux assemblées réunies par César, et masse en secret des troupes dans la forêt ardennaise. César parvient à restaurer l'influence de Cingétorix, par une action personnelle sur les notables trévires, et à isoler Indutiomar qui se soumet.

 

Revenu près de sa flotte de débarquement, qui est rassemblée à Portus Itius, le général doit déjouer les manœuvres du chef héduen Dumnorix, qui se trouve au camp avec la plupart des autres chefs de la Gaule : en effet César est décidé à les emmener en Bretagne avec lui parce qu'il craint un soulèvement de la Gaule en son absence, et Dumnorix, qui a déjà manifesté son hostilité aux Romains et son ambition personnelle dès l'arrivée de César en Gaule, cherche à les détourner d'accompagner le corps expéditionnaire. Finalement, au bout d'un mois, le jour de l'embarquement, Dumnorix s'enfuit avec les cavaliers héduens ; César lance à ses trousses un détachement de cavalerie qui le rattrape et le tue.

 

Après son retour de Bretagne, peu avant l'équinoxe d'automne, soit vers le 15-18 septembre, César arrête le dispositif de ses unités pour l'hiver 54-53 : au lieu de les grouper comme les années précédentes, il choisit de les disséminer dans la Gaule Belgique et le Nord de la Celtique, pour faciliter le ravitaillement raréfié par la sécheresse ; on trouve ainsi de l'Ouest à l'Est :

 

- une légion dans l'Orne, chez les Esuviens,

- une chez les Bellovaques dans la région de Beauvais,

- deux autres à proximité d'Amiens,

- la cinquième dans le Boulonnais chez les Morins,

 

et trois légions dispersées au Nord-Est :

 

- une au pays des Nerviens, peut-être à Binche, sous le commandement de Quintus Cicéron,

- une aux confins des Rèmes et des Trévires, près de la Meuse, sans doute à proximité de Luxembourg, aux ordres de Labiénus,

-la dernière, renforcée de cinq cohortes, en flèche chez les redoutables Eburons, à Atuatuca, qu'on identifie d'ordinaire avec Tongres.

 

Mais pendant que les légions faisaient mouvement pour gagner leurs quartiers respectifs (derniers jours de septembre), une révolte éclata chez les Carnutes (région de Chartres), où le roi Tasget, installé par César deux ans plus tôt, fut assassiné par le clan hostile à Rome ; César y détacha aussitôt, pour tout l'hiver, une des deux légions stationnées à Amiens ; dorénavant, la dispersion était totale, bien que, à l'exception des deux légions de l'Ouest, aucune des autres ne fût distante de sa voisine la plus proche de plus de cent milles (= 150 km. environ).

 

Or, la révolte des Carnutes n'était que le prélude des événements beaucoup plus graves qui se déroulèrent entre le milieu d'octobre et le début de novembre. 15 jours après l'arrivée des troupes dans leurs cantonnements respectifs, nous dit César, les Eburons, commandés par un des chefs les plus remarquables de la résistance gauloise, Ambiorix, attaquèrent le camp d'Atuatuca, situé à la pointe Nord-Est du dispositif, et, après avoir amené par la ruse les quinze cohortes qui le défendaient à le quitter, massacrèrent presque tout l'effectif ; Suétone mentionne ce désastre comme un des trois grands revers que César a subis au cours de la guerre des Gaules, avec la destruction de la flotte en 55 et l'échec devant Gergovie en 52. Dans les jours suivants, par une réaction en chaîne, les Nerviens et leurs voisins les Atuatuques vont attaquer le camp de Quintus Cicéron, frère de l'orateur, et lès Trévires celui de Labiénus, c'est-à-dire les deux autres camps du Nord-Est, tandis qu'à l'Ouest des éléments armoricains viennent menacer et immobiliser la légion stationnée dans l'Orne.

 

Les messagers envoyés à César se faisant intercepter et massacrer, le général ne fut informé des événements du Nord-Est qu'au bout d'une dizaine de jours ; aussitôt il vole au secours de Cicéron-le-Jeune, avec deux légions prises l'une à Amiens, l'autre dans le Boulonnais, et arrive à temps (premiers jours de novembre) pour dégager son lieutenant qui n'avait plus qu'un homme valide sur dix, après avoir infligé une défaite cuisante aux Nerviens. A la nouvelle de cette intervention victorieuse, les Trévires lèvent le siège du camp de Labiénus et les Armoricains s'éloignent de la légion stationnée en Normandie. La situation militaire est donc rétablie ; mais l'agitation politique continue : dans presque toute la Gaule se multiplient les réunions et les délibérations clandestines ; César, pour la première fois depuis le début de la guerre, décide de ne pas quitter la Gaule, tant la situation lui paraît inquiétante. De fait, un coup d'état antiromain, semblable à la révolte qui a eu lieu chez les Carnutes, se produit chez les Sénons ; puis Indutiomar, l'indomptable Trévire, qui n'a pas cessé d'agir avec énergie, réunit une assemblée armée, concilium armatum, qui décide de bannir son rival, Cingétorix, l'allié de César, et de déclencher une offensive de grand style, avec l'appui des Eburons et des Nerviens : la première phase des opérations consistera pour eux à traverser le pays des Rèmes, amis des Romains, afin d'unir leurs forces à celles des Sénons (région de Melun et de Sens) et des Carnutes ; heureusement, Labiénus, averti par Cingétorix, attire Indutiomar dans un piège, s'empare de lui par surprise et le tue (fin décembre ?). La Gaule redevient provisoirement «un peu plus calme» (Jean Beaujeu, Les soulèvements des 54 dans le Nord de la Gaule et la véracité de César. In: Revue du Nord, tome 40, n°160, Octobre-décembre 1958 - www.persee.fr).

 

Voeu de César

 

Celui qui fait un voeu ne serait ni le "Roy", ni le "fils", ni le "nepveu" mais César, personnage fantôme du quatrain comme Pompée dans l’interprétation du quatrain III, 47 - Piraterie – 1739.

 

Au moment où la dépêche partit du camp de Cicéron, il y avait plus d'une semaine que le siége était commencé; il y avait au moins douze jours que le corps d’armée de Sabinus et de Cotta avait été détruit ; et cependant César n'avait encore aucune nouvelle ni de l’un ni de l'autre évènement : il ne les apprit que par la lettre de Cicéron. Ce fait, qu'on rejetterait comme incroyable, si César lui-même ne l'attestait, ne peut s'expliquer que par une interruption rigoureuse des communications dans les cités de la Belgique, même dans celles qui restaient encore paisibles ; ce qui dénotait un accord effrayant pour les Romains entre presque toutes les nations du nord. A la lecture de la dépêche, César fut saisi d'une violente douleur; il jura de ne plus couper ni sa barbe ni ses cheveux, que le meurtre de ses deux lieutenans et le désastre de leur armée ne fussent pleinement vengés : "Auditâ clade Titurianå, barbam capillumque summisit, nec antè demsit quàm vindicasset" (Sueton. Jul. Cæs. n. 67) (Amédée Thierry, Histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'entière soumission de la Gaule à la domination Romaine, Tome 3, 1842 - books.google.fr).

 

Ce qui fait dire à certains :

 

Il raconte, dans ses Commentaires, que dans sa douleur d'avoir subi un échec de la part des Gaulois, il avait fait vœu à Vénus de laisser pousser ses cheveux et sa barbe jusqu'à ce qu'il eût rasé les villes des Eburons et des Nerviens. Il nous donne, par cette déclaration, une grande idée de sa force d'âme, et si ce trait n'était au fond qu'une gasconnade sublime, on lui en saurait beaucoup plus de gré. On sait, en effet, que César avait plus de lauriers que de cheveux et qu'il portait à l'ordinaire une couronne triomphale en guise de faux toupet (Hix, Notes sur le deuxième volume de la Vie de Jules César, La vie parisienne: magazine mensuel artistique et littéraire, 2 Juin 1866 - books.google.fr).

 

Vénus à l'Armoricaine

 

La Vénus de Quinipily est une statue antique aux origines païennes incertaines. Elle est située dans les ruines du château de Quinipily, à environ 1,5 km au sud-est de Baud, en direction de Hennebont, dans le Morbihan, en Bretagne. Cette statue en granit haute de 2,15 m, est découverte dans la maison de la Couarde à Castennec, près de Saint-Nicolas-des-Eaux, sur la commune de Bieuzy-les-Eaux. Un manuscrit (Bibliothèque Nationale de Paris) de 1668, écrit par un moine de Saint-Gildas de Rhuys, la mentionne : «Proche du timbre, il y avait, sur une petite butte élevée, une statue de pierre de grain, qui représentait une femme debout, toute nue, haute de sept pieds, qui était certainement l’ydole de la Déesse Vénus. Cette figure était plantée là, de temps immémorial, et la populace l'appelait communément la Vieille de la Couart, ou Couarde, et y avait duré jusqu'en 1660.» En 1661, objet d'un culte païen, elle est jetée dans le Blavet, à la demande de l'évêque de Vannes, Charles de Rosmadec. En 1664, elle est sortie de la rivière, par les gens du pays. En 1670, elle est mutilée, puis jetée à nouveau dans la rivière. En 1695, elle en est retirée par Pierre de Lannion, seigneur de Quinipily, qui entre, d'ailleurs, à ce sujet, en conflit avec le duc de Rohan, et la fait transporter dans son château de Baud (fr.wikipedia.org - Vénus de Quinipily).

 

La statue repose sur un piedestal (qui n'aurait été fait qu'en 1696, probablement quand la statue a été transférée au château de Quinipily) comportant 3 inscriptions latines dont une dit :: “Veneri Victric, C.I.C.” (Caius Julius Cesar en voeu à Vénus Victorieuse), et une autre dit : “Venus armoricorum oraculum duce Julio C...” (Venus, oracle des Armoricains, sous Jules César...). Il est connu que Jules César, descendant de Vénus par Enée, portait (selon Dion) un cachet à Venus Victrix, et que Venus Victrix aurait été son mot d'ordre à la veille de la bataille de Pharsale. Mais la statue est certainement antérieure au piedestal ; celui ci rappelle peut être une légende encore courante au 17 ème siècle ; selon le G.B., elle aurait été connue autrefois sous le nom de Vénus de la Couarde, la Couarde étant aussi le nom d'une presqu'ile formée par la rivière Blavet près de Bieuzy. Dans les ruines du chàteau de Quinipily, on a trouvé, vers 1820, deux autres statues de granit representant des hommes armés de massues (peut être des Hercules gaulois ?), du même travail ancien et grossier que la Vénus. Ce sont probablement les seules statues anciennes en Petite-Bretagne ; le menhir “anthropomorphique" à Kervédal, près de Penmarch, est un menhir tombé dont le bas représenterait le corps d'une femme, et le haut la tête d'un cheval (Pen-march = tête de cheval), mais sans qu'on en soit certain (Max Gilbert, Pierres mégalithiques (menhirs et dolmens) en Normandie, 1956 - books.google.fr).

 

"trois & six"

 

Malgré les pertes énormes qu'ils avaient éprouvées, les Nerviens ne tardent pas à se remettre de ce désastre. Leur cité est réorganisée par les Romains, avec Bavai (Bagacum) pour chef-lieu. Leur territoire est limité d'un côté par l'Escaut, de l'autre par la mer et vers l'est par les Deux-Helpes.

 

Renommés par leur force et leur bravoure, les Nerviens deviennent d'utiles auxiliaires pour l'armée romaine. A la grande journée de Pharsale, ils combattent vaillamment pour Jules-César, qui naguères les avait vaincus (Mémoires de la société d'agriculture, sciences & arts centrale du département du Nord séant a Douai, 1861 - books.google.fr).

 

Toutes les populations du pays qui forme aujourd'hui la Belgique flamingante et wallonne tenaient leur place dans les armées romaines. En voici l'énumération, telle que la donne la Notice de l'empire, rédigée au commencement du Ve siècle. Les Nerviens fournissent une légion (qui finit par passer dans l'empire d'Orient), deux corps d'archers, deux cohortes (portant les numéros trois et six, ce qui suppose qu'il y en avait eu quatre autres), et un corps détaché (Henri Guillaume Moke, La Belgique ancienne et ses origines gauloises, germaniques et franques, Volume 13, 1855 - books.google.fr).

 

Déjà dans le quatrain VI, 82 - Génocides - 1985-1986, il serait question du réemploi des Gaulois dans les armées romaines après la guerre des Gaules.

 

"nuit"

 

La première des questions que l'on peut se poser est celle de l'adhésion de Lucain aux conceptions stoïciennes. La réponse est nuancée. Certes, l'on retrouve dans la Pharsale la présence du pneuma igné dont la circulation anime les différentes parties de l'univers et entretient sa cohésion (ignea uirtus, IX, 7), ainsi que quelques références à un ordre cosmique traditionnel (cf. par ex. I, 89) ; on y rencontre même des allusions assez nettes à la zone éthérée, exempte des orages comme doit l'être l'âme du sage (II, 267), et réservée, du moins dans sa partie inférieure, au séjour des mânes illustres, comme ceux de Pompée (IX, 5-9). Toutefois, la Pharsale est surtout marquée par la prédominance des images du désordre cosmique : déluge (V, 653 sqq. ; IV, 1 10-120) et embrasement (I, 655-657) renvoient au tableau de la fin du monde (II, 289-292; VIII, 134-137), caractérisée par la confusion des Éléments (monts sombrant dans les mers, astres s 'abattant sur le sol, effondrement des hauteurs de l'éther et dislocation de la terre) - sans qu'apparaisse d'ailleurs la moindre perspective de régénération. De ce motif de la ruine cosmique, cet écroulement de l'univers dont s'est rompue l'invisible charpente et qui sombre dans le chaos, nous retiendrons, à titre d'illustration, l'exemple du chant V :

 

Tune superum conuexa tremunt, atque arduus axis

Insonuit motaque poli compage laborat.

Extimiuit natura chaos; rupisse videntur

Concordes elementa moras, rursusque redire

Nox mânes mixtura deis...

 

(Alors les séjours des dieux tremblent, et le pôle élevé retentit et souffre sous l'ébranlement de l'assemblage du ciel. La nature craignit le chaos. On croirait que les éléments ont rompu leurs traités d'alliance et que va revenir la nuit qui mêlera les mânes aux dieux : V, 632-636).

 

Si le cataclysme est ici évoqué à propos de la tempête et revêt donc une valeur hyperbolique, il peut également apparaître dans des circonstances plus significatives : ce peut être l'action maléfique des sorcières (VI, 476 sqq.), mais aussi et surtout, par le jeu du parallélisme institué par les Stoïciens, au premier rang desquels Sénèque, entre ordre social et ordre cosmique, celle de la guerre civile. Ainsi la rupture de la concordia entre les hommes entraîne-t-elle celle des foedera mundi (I, 80) réduisant l'univers à une machina discors (I, 75-80) grinçante et déréglée. L'allusion au recul du soleil, au matin de Pharsale, en est une autre preuve, et confère en outre au combat fratricide une dimension mythique, qui l'assimile au crime des deux frères mycéniens, Atrée et Thyeste. Lucain prend donc appui sur les conceptions de son temps, mais pour en tirer des effets poétiques dans une optique qui lui est propre. De même, la répartition géographique des éléments, quand elle n'est pas une simple référence à valeur métonymique3, fait apparaître des tensions entre eau et feu, éther et terre, terre et mer, ainsi qu'entre nord et sud, chaud et froid; elle révèle aussi l'existence de régions «névralgiques» telles que les Syrtes et la Libye, marquées par la violence excessive des Eléments et l'indétermination fondamentale de leur nature. Ces régions prennent toute leur importance au chant IX, où elles sont le théâtre des exploits de Caton (Annick Loupiac, La poétique des éléments dans la Pharsale. In: Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°3, octobre 1991 - www.persee.fr).

 

Lucain est un poète pour qui Pharsale représente une «heure étoilée» de la romanité

 

Ainsi, quand se brisera le lien du monde ; quand, l’heure suprême venant clore tant de siècles, tout s’en retournera vers l’antique chaos, on verra se heurter les étoiles en guerre, et le feu des astres lutter contre les eaux : la terre, rejetant la mer, lui refusera la ceinture de ses rivages (Chant I) (Revue des études latines, 1993 - books.google.fr, fr.wikisource.org - La Pharsale - Chant I).

 

"Garde toi" : trahison

 

En -58, lors de la migration des Helvètes, Dumnorix agit pour autoriser leur passage sur les terres séquanes. Puis, il usa de son influence sur le peuple pour empêcher la livraison de blé que les Éduens avaient promis à César. Enfin, lors de la bataille des romains contre les Helvètes, il s'enfuit avec sa cavalerie des rangs romains pour ne pas combattre ces derniers. Il fut dénoncé par le vergobret Liscus et son propre frère Diviciacos. César lui pardonna pour ne pas perturber les liens amicaux qu'il entretenait avec Diviciacos, mais le fit surveiller. Il continua cependant à comploter. En -54, il complote contre César qui voulait l'obliger à le suivre dans son invasion de la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) pour le surveiller. Dumnorix s'enfuit avec sa cavalerie. César ordonna qu'on le ramenât et qu'on le tuât s'il résistait. Dumnorix fut ainsi tué et sa cavalerie rejoignit les armées de César (fr.wikipedia.org - Dumnorix).

 

Si César s'est aussi longuement étendu sur l'épisode de la défection de Dumniorix lors de la bataille contre les helvètes, c'est sans doute pour faire comprendre a posteriori à ses lecteurs quels ferments de trahison étaient à l'œuvre chez les Éduens dès les débuts de la guerre, ferments contre lesquels sa conduite généreuse n'avait rien pu. Pour ce faire, il a proposé, de la situation politique, une analyse qui transposait en Gaule des réalités romaines. Vraie ou fausse, peu importe ici : nous aimerions plutôt savoir si le proconsul avait perçu ce type d'oppositions dès 58. A s'en tenir aux seuls faits indiqués par César, on voit celui-ci intervenir de manière sans cesse plus forte dans les affaires intérieures des peuples gaulois - nominations de rois, soutiens apportés à tel chef contre tel autre, convocations régulières d'«assemblées générales» (ne pas y venir est interprété comme un acte d'hostilité). Surtout, à partir de l'année 55, les mesures de contrainte se multiplient. D'abord, César exige des otages de plus en plus nombreux. Lors de la guerre contre les Belges, en 57, il avait sélectionné ces otages parmi les chefs et leurs familles. Ainsi, les Rèmes avaient donné les enfants de leurs principaux citoyens, les Suessions les premiers personnages de leur État et les deux fils du roi Galba lui-même, etc. En 55, il réclame aux Morins un grand nombre d'otages, et il fait de même en Bretagne, doublant leur nombre après la «trahison» des Bretons. L'année suivante, 200 otages trévires dont le fils et tous les proches d'Indutiomaros. Lors de la seconde expédition en Bretagne, César rassemble les chefs de toutes les nations : il avait résolu de n'en laisser en Gaule qu'un tout petit nombre, ceux dont il était sûr, et d'emmener les autres comme otages parce qu'il craignait un soulèvement de la Gaule en son absence.  En 52, la reddition de Vellaunodunum est acceptée contre 600 otages (plus armes et chevaux). De «grands nombres» en furent ultérieurement réclamés aux Arvernes, aux Bellovaques et à leurs alliés, aux Carnutes. Enfin, tous les peuples, en 51, sont contraints d'en livrer comme gages de la paix généralisée. Combien de milliers de ces otages gaulois et bretons, qui suivirent enchaînés les campagnes, furent cantonnés dans les quartiers d'hiver ou regroupés comme à Noviodunum sous la garde d'une garnison ? Les chiffres manquent, mais leur progression semble avérée. De même, les mesures se multiplient pour punir les actes de «trahison». Le thème de la perfidie prend une place croissante au fil de la Guerre des Gaules. Dès le début du livre I, César exprime des doutes sur la fidélité des Éduens ou du moins de certains de leurs chefs, tout en accompagnant ses propres interrogations d'une formule équivalant à «non, ce n'est pas possible : les bienfaits de Rome à leur égard ont été et demeurent trop nombreux» ; la répétition périodique empêche le lecteur d'éprouver une quelconque surprise lorsqu'il  apprend enfin qu'en 52 les «frères de sang du peuple romain» ont rejoint l'insurrection. Les rapports au Sénat n'avaient dû, à aucun moment, laisser supposer une telle trahison. Que César, en dépit de ses soupçons  ait laissé dans une place éduenne ses bagages, son ravitaillement, ses caisses et les otages reçus des cités gauloises s'expliquait : nul homme loyal ne pouvait accepter l'idée d'un tel forfait ! Bien qu'il dût ultérieurement faire acte de clémence, notamment en restituant leurs prisonniers d'Alésia, César décoche aux Éduens des traits féroces , dépeignant leur humiliation lorsque les cités leur refusèrent le commandement suprême ; quant aux trois chefs qui tombèrent entre ses mains lors de la «bataille de cavalerie» avant le siège d'Alésia, leur sort nous est inconnu mais ne peut guère susciter l'envie. C'est par la plume également que César se venge rétrospectivement de la trahison de Teutomatos, roi des Nitiobroges (de la région d'Agen) dont le père, Ollovico, avait reçu du Sénat le titre d'ami et qui avait rejoint Vercingétorix avec une forte troupe de cavaliers de sa nation et des mercenaires qu'il avait recrutés en Aquitaine. Lors de l'assaut contre Gergovie, ce Teutomatos fut surpris dans sa tente, où il faisait la sieste, et échappa à grand-peine aux soldats qui y entraient pour faire du butin ; il s'enfuit à demi nu. Deux hommes furent, eux, poursuivis d'une haine inexpiable Ambiorix , d'abord, le roi éburon qui avait tendu un si «beau» piège en 54 à Sabinus et Cotta. César, l'année suivante, organisa une véritable chasse à l'homme, mettant le pays éburon à feu et à sang, faisant «des efforts infinis» pour capturer le fugitif. En vain : Souvent, avec une cavalerie battant le pays dans tous les sens en si nombreux détachements, il arriva qu'on fît des prisonniers qui venaient de voir passer Ambiorix en fuite et le cherchaient des yeux, assurant qu'il n'était pas encore tout à fait hors de vue : on espérait alors l'atteindre et l'on faisait des efforts infinis ; soutenu par l'idée d'entrer dans les bonnes grâces de César, on dépassait presque la limite des forces humaines et toujours il s'en fallait d'un rien qu'on n'atteignît le but tant désiré : lui, cependant, trouvait des cachettes ou des bois épais qui le dérobaient et à la faveur de la nuit il gagnait d'autres contrées, dans une direction nouvelle, sans autre escorte que quatre cavaliers à qui seuls il osait confier sa vie (Christian Goudineau, César et la Gaule, 2000 - books.google.fr).

 

Cingétorix est un chef gaulois, du pays de Trèves, vivait l'an 60 avant J.-C. Par jalousie et par ambition, il se mit à la tête du parti des Romains, que son beau-père, Indutiomar, combattait avec autant de patriotisme que d'habileté. A l'approche de l'armée de César, il courut, avec la plupart des nobles, se joindre au général romain, et son rival fut contraint de se soumettre. Le proconsul, récompensant la trahison, retint Indutiomar prisonnier, et signifia à sa nation qu'elle eût à reconnaître Cingétorix pour son magistrat suprême. Mais la soumission des Trévires ne fut pas longue. Sollicités par l'infatigable Intudiomar, ils se levèrent en masse, l'an 53, et déclarèrent Cingétorix ennemi de la patrie. Le banni se réfugia aussitôt dans le camp de Labienus, l'un des lieutenants de César, l'informa des résolutions du conseil et des plans d'Indutiomar; et bientôt une sanglante défaite essuyée par ses compatriotes et la mort d'Indutiomar, tombé sur le champ de bataille, le remirent à la tête du gouvernement. Cependant les Trévires secouèrent encore une fois le joug; mais Labienus remporta, en l'an 51, une seconde victoire, qui soumit enfin complétement cette courageuse nation (Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 10, 1854 - books.google.fr).

 

Neveu et fils

 

De bonne heure les Romains avaient distingué Ambiorix, et César fit tout pour se l'attacher à l'issue de cette campagne où les Aduatikes furent si cruellement traités : il rendit à Ambiorix son fils et son neveu, détenus comme otages chez ce  peuple; il lui donna encore d'autres marques de sa faveur. Toutefois, cette amitié intéressée ne séduisit point le chef éburon. Plus que tous les autres chefs patriotes, plus qu'Indutiomar lui-même, au fond il haissait les Romains; mais, habile à dissimuler ses sentiments, il attendit avec patience l'heure favorable. L'absence de César pendant son imprudente excursion en Bretagne, et l'incurie de Labienus, lui permirent de se concerter à son aise avec les mécontents des diverses parties de la Gaule; il le fit malgré l'opposition de son collègue Cativolke, que l'âge et la maladie rendaient timide et incertain. Déjà s'organisait par ses soins une vaste conspiration qui, ayant son foyer en Belgique, s'étendait de là dans les cités du centre et de l'ouest, lorsque le retour de César en arrêta les progrès. Tout fut conduit avec tant de mystère, que non-seulement les Romains, mais encore celles des nations gauloises qu'on savait dévouées aux Romains, n'en conçurent aucun soupçon. Le Trévire Indutiomar, rentré dans ses foyers après l'expédition de Bretagne, mit au service d'Ambiorix son crédit et son infatigable activité; il alla trouver Cativolke, l'aiguillonna, finit par entraîner le vieillard indécis, et obtint de lui qu'il ne s'opposerait pas à l'armement en masse des Éburons, et qu'il aiderait même son collègue dans toutes les occasions importantes. Il fut convenu, entre les conjurés belges et armoricains, qu'on attendrait l'arrivée de César en Italie et la dispersion des troupes romaines dans les quartiers, pour donner le signal de la guerre et attaquer en même temps sur tous les points. Cette vaste conjuration nationale, dont Ambiorix était en droit d'espérer la délivrance de la Gaule, échoua par la précipitation des Carnutes. Leurs mouvements donnèrent l'alarme à César, qui resta dans les Gaules et envoya deux de ses lieutenants, T. Saburius et Q. Cotta, prendre leurs quartiers d'hiver dans le fort d'Aduatuca, sur le territoire même des Éburons (Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours: Alf-Ara, 1859 - books.google.fr).

 

Les bienfaits romains envers certains Gaulois visaient à diviser leurs peuples et à les soumettre à l'envahisseur. Mais rien ne dit que le neveu et le fils d'Ambiorix aient comploté contre lui.

 

Lien avec le quatrain précédent et le suivant

 

Le quatrain VIII, 31 porterait sur la Ligue de Cambrai.

 

Sous Auguste, Bavai devint la cité et la capitale du peuple Nervien. Par suite des distinctions qu'Auguste accorda à cette nation, on peut croire qu'il agrandit aussi son territoire, en y ajoutant Cambrai et une partie du Cambrésis, afin de la rendre par son étendue la première et la plus considérable des provinces Belgiques. C'est ce qui résulte des limites de l'ancien diocèse de Cambrai, dont la juridiction comprenait tout le pays des Nerviens. Cette circonscription des évêchés n'a eu lieu, il est vrai, qu'après la conversion de Clovis, au commencement du sixième siècle ; mais par l'accord unanime de tous les auteurs, tant ecclésiastiques que autres, et par les anciens titres, il conste que la première circonscription des diocèses était parfaitement conforme à la juridiction civile des peuples qui étaient sous leur dépendance. Dans le principe l'évêché de Cambrai releva de celui de Rheims; il confinait à l'orient au diocèse de Tongres, sur lequel même St. Remi revendiqua la suprématie de son évêché de Rheims, en 513; mais bientôt après, vers l'an 600, lorsque St. Géry fut évêque de Cambrai, son diocèse tint le premier rang; celui d'Arras même y fut réuni pendant quelque temps, et il subsista ainsi pendant mille ans, jusqu'au règne de Philippe II, roi d'Espagne (Pierre Jacques Baert, Mémoire sur les campagnes de César dans la Belgique et particulièrement sur la position du Camp de Q. Cicéron chez les Nerviens, 1833 - books.google.fr).

 

On peut donc rapporter au temps d’Agrippa la réunion de Cambrai au territoire des Nerviens, en même temps que cette ville cessait d'appartenir aux Ambiens.

 

Le concile de Sardique de 347 marquait que l'évêque de Cambrai était celui des Nerviens (Société littéraire de Bruxelles. Mémoires couronnés, Volume 1 ;Volumes 1770 à 1772, 1771 - books.google.fr).

 

Le quatrain suivant VIII, 34 - Jules César et la Guerre des Gaules - 2055 porterait sur la bataille contre les Helvètes de -58.

 

On remarque une intercalation de quatrains d'Histoire romaine et de quatrains portant sur le tournant du XVe-XVIe.

 

Typologie

 

Le report de 2054 sur la date pivot -54 donne -2162.

 

Par ordre «chronologique», en remontant jusqu'à la division des langues, «anno mundi 1790, ante Christi nativitatem 2172», Johan Jacob Fries (Frisius), dans Bibliotheca philosophorum classicorum auctorum chronologica, suit la succession de ce qu'il appelle les «philosophes», jusqu'au XVe siècle de notre ère, avec une notice biographique et doctrinale sur chacun d'eux. Le premier philosophe serait donc un Celtibère du nom de Samothès vivant en 2162 av. J.-C. et apparenté à Tubal, fils du Japhet biblique. Les jalons suivants sont de la même veine : les Druides, Prométhée, les Patriarches, Hermès Trismégiste,... Orphée, Homère, les poètes épiques et les Sept Sages. À partir des Milésiens, Frisius s'inspire très étroitement des développements de Morelli. Il suit ainsi la lignée de Phérécyde, Pythagore, Télaugès, Empédocle et Xénophane, Zénon et les Atomistes. Héraclite est traité en solitaire, mais Frisius connaît ses «Lettres» éditées chez Aldus, et son opposition légendaire à Démocrite (qui «s'en moquait, tandis qu'Héraclite pleurait...»). L'A. suit toujours Morelli en résumant la pensée de Parménide, mais il ignore complètement les Sophistes, excepté Thrasymaque, «disciple d'Isocrate et de Platon» (Léonce Paquet, Yvon Lafrance, Hélène Longpré, Les présocratiques: bibliographie analytique, 1450-1879 : III Supplément, 1995 - books.google.fr).

 

La Tenture de l’Histoire des Gaules (ca 1530) est conservée au Musée départemental de l’Oise à Beauvais et fait partie du Trésor de la cathédrale de Beauvais. Ces cinq pièces, réalisées après le traité de Cambrai de 1529, représentent, en neuf tableaux, dix rois gaulois mythiques – de Samothès à Francus – censés avoir régné en Gaule, de l’époque de Noé à la veille de la conquête de Jules César. Bien que François Ier ne reconduise pas Jean Lemaire de Belges à la charge d’historiographe de la cour de France au décès de Louis XII, l’ensemble de la tapisserie est une mise en scène des Illustrations de la Gaule et singularitez de Troye (1509-1512) (Etienne Bourdon, François Ier et les Gaulois, la Tenture de l’Histoire des Gaules (Beauvais, vers 1530), Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2020/2 (N° 32) - www.cairn.info).

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