De Magny

De Magny

 

VIII, 66

 

2078-2079

 

Quand l'escriture D.M. Trouvee,

Et cave antique à lampe descouverte.

Loy, Roi & Prince Ulpian esprouvee,

Pavillon Royne & Duc sous la couverte.

 

L'interprétation de ce quatrain 66 de la Centurie VIII s'inscrit dans le contexte culturel et historique de l'époque de Nostradamus. Culturel par les auteurs contemporains envisagés comme source du quatrain, comme Roger Maisonnier, Gabriel Syméoni, ainsi qu'historique par la présence au troisième vers de ce que l'on considère comme la ville italienne d'Ulpian, rejoignant ainsi l'interprétation d'Etienne Jaubert (Eclaircissement des veritables Quatrains de Maistre Michel. Nostradamus, 1656 - books.google.fr).

 

Les guerres d'Italie font encore rage en cette année 1555, date de la prise d'Ulpian par les Français, et ne prendront fin qu'en 1559 par le traité de Cateau-Cambrésis. 1555 voit s'affronter Henri II, roi de France, et Charles Quint qui abdiquera bientôt. Marie de Hongrie, sa sœur, régente des Pays-bas se retire aussi cette année. Ce quatrain « historique » présente cependant un aspect prophétique par l'intention elle-même prophétique de Syméoni ou Maisonnier, ou par les personnages de l'ébauche de la Franciade, Cassandre et le fantôme d'Hector qui annoncent l'avenir de Francus, ancêtre des Français.

 

Quand l'escriture D.M. Trouvee

 

DM désignerait Olivier de Magny. Né, comme Clément Marot, à Cahors en Quercy, Olivier de Magny fit partie de « cette grande flotte de poètes que produisit le règne du roi Henri II, » suivant l'expression de Pasquier, Recherch. de la France, VII, 6. Il vint au monde en 1520, et fut attaché en qualité de secrétaire à Jean d'Avanson, seigneur de St-Marcel, conseiller du roi, et depuis surintendant des finances, à l'époque où ce magistrat fut envoyé en ambassade à Rome sous le pontificat de Jules III, dans l'intervalle de 1550 à 1555. Il paroît que, dans une course qu'il fit dans le midi de la France, par ordre de son patron, il s'arrêta à Lyon où il vit Louise Labé, qu'il célébra dans la pièce EPITRE A SES AMIS, DES GRACIEUSETEZ DE D. L. L ; et dans l'ode: Muses, filles de lupiter, etc. signé DM (de Magny). Ces deux pièces ont été en effet publiées en 1555 à la suite des oeuvres de Louis Labbé chez Jean de Tournes à Lyon (OEuvres de Louis Labbé, 1824 - books.google.fr).

 

Pour certaines Odes que Magny a écrites, il fait allusion à son séjour à Lyon, à son départ pour Rome en 1555, à sa liaison avec Louis Labbé, à laquelle il doit une grande partie de sa notoriété (Jean Paul Barbier, Ma bibliothèque poétique, Quatrième partie, Tome III, 2002 - books.google.fr).

 

Magny, secrétaire de l'ambassadeur de France à Rome, créature des Guises, publia des Soupirs en 1557, un an avant les Regrets de Joachim du Bellay que Magny fut accusé d'avoir copié. Magny est célèbre pour son CXXVIIème sonnet : le Sonnet à Charon. Dans sa biographie d'Olivier de Magny, Guillaume Colletet nous apprend qu'il fut trouvé si beau, qu'il n'y eut presque point alors de curieux qui n'en chargeât ses tablettes, ou sa mémoire. C'est un Dialogue entre Olivier de Magny & Charon, Nautonnier des Enfers (François Granet, Réflexions sur les ouvrages de littérature, 1739 - books.google.fr).

 

L'aspect macabre du dernier sonnet convient à l'écriture DM qui est, en latin, les initiales de Diis Manibus : Aux Dieux Manes, inscription gravée sur les pierres des tombeaux. Un sonnet d'ailleurs figure en tête des Amours d'Olivier de Magny publiés en 1553, quatorze vers sur le tombeau d'Hugues Salel attribués à Castianire, qui aurait été une Marguerite chantée aussi par le mort, la bien-aimée du poète quercinois.

 

Et cave antique à lampe descouverte

 

Gabriel Siméoni (Syméoni), littérateur florentin, aventurier des lettres au XVIe siècle, habita Lyon de 1555 à 1559, et y a publié plusieurs ouvrages :

- Interprétation grecque, latine, toscane et française du monstre, ou énigme d’Italie, Lyon, 1555, in-8°; ce monstre fantastique, figuré pag. 5, est une représentation allégorique des divers états de l’ltalie, à la conquête desquels l’auteur invite de toutes ses forces Henri II.

- Le Présage du triomphe des Gaulois, fr. et ital., à Lyon chez Gabriel Cotier, 1555, est l'explication bizarre d'un anneau antique trouvé à Lyon.

Comme le Monstro, le deuxième volet du triptyque visionnaire de Syméoni est un péan à une victoire espérée et, encore une fois, jamais réalisée. Si le Monstre de juin 1555 avait été dédié à Paul IV, ce nouveau pronostic du 2 octobre 1555, le présage du triomphe gaulois, s'adresse directement au présumé triomphateur, Henri II. Au lieu d'envelopper sa prédiction dans une métaphore picturale factice, Syméoni interprète la voix du destin cachée dans une pierre gravée antique, découverte à un moment fatidique grâce à la providence dans un tombeau à Lyon en 1555. Ce grenat serti dans un anneau d'or porte une intaille représentant un coq dans un char tiré par deux lions avec la légende tirée du vers 777 du Livre II de l'Enéide de Virgile : NON HAEC SINE NVMINE DIVÛM (non sans la volonté des dieux) (Richard Cooper, Litteræ in tempore belli: études sur les relations littéraires italo-françaises pendant les guerres d'Italie, 1997 - books.google.fr, Gabriele Simeoni, Le présage du triomphe des Gaulois, 1555 - books.google.fr).

 

Syméoni pensa à sauver de l'oubli ce qu'il avait sous les yeux de débris de la domination romaine dans notre province, et rédigea l'Origine e le Antichittà di Lione. M. de Boissieu, qui en a pu consulter une copie, trouve que « nos inscriptions y sont reproduites avec plus de fidélité et d'exactitude que dans la plupart des publications du XVIe siècle, et même du siècle suivant. » (M. A. de Boissieu, Inscriptions antique sde Lyon, Revue du Lyonnais, Volume 26, 1847 - books.google.fr).

 

Loy, Roi & Prince Ulpian esprouvee

 

Les guerres d'Italie sont l'occasion pour les littérateurs de l'époque de faire assaut de chauvinisme, d'encourager les armées qu passent les Alpes, et d'encenser le souverain français comme le fit Gabriel Syméoni.

C'est dans le nationalisme à la fois politique et littéraire qui la sous-tend que l'œuvre de Roger Maisonnier trouve son unité la plus authentique. La Satire, Les Reigles de Droict et les autres poèmes qui les accompagnent constituent un ensemble, s'insérant lui-même dans un inter-texte plus large formé par toutes les publications poitevines de 1555-1560, qui témoigne du même élan de nationalisme linguistique et littéraire. Le thème de la francisation du droit [s'explique le mot « Loy » du vers], qui est implicite dans l'éloge initial de Bétholaud, et que développent explicitement deux passages (v. 331-358 et 551-552) est en effet profondément lié à celui de l'expédition française en Italie (v. 149-156 et 567-580). Si l'on se souvient que la Satire s'achève sur l'image de Henri II couronné roi d'Italie, on voit que l'ensemble de l'œuvre est pour ainsi dire enclos entre les deux aspects complémentaires d'une même conquête : assimilation par le génie français de la totalité de la culture antique, y compris le droit « romain » — c'est l'idéal de de la « Pléiade » qui s'exprime dès les premiers vers — et conquête politique de l'Italie — rêve des rois de France depuis Charles VIII, qui clôt le poème. Ainsi s'expliquent dans les premiers vers de la Satire l'allusion au « labeur si honnête » de celui à qui elle s'adresse, et surtout l'évocation de l'entreprise considérée comme victorieuse :

 

Mais regarde çeus çy, qui encore une fois

Remettent les Romains en la main des Gaulois.

Là Ulpian se rend, & se souvient à peine

D'avoir jamais parlé une langue Romaine :

En François il adjourne, & il juge en François... (v. 331-335).

 

Et çependant Henry lira au joug esclave

Pour la troisième fois l'Italien trop brave (v. 567-568).

 

Le Cam passe les mons (v. 149).

 

Le Roy envoie assés de Seigneurs & gendarmes Qui l'Aigle plumeront, le sage Brissac... (v. 154-155).

 

En François il adjourne, & il juge en François Traînant deçà les mons les pelerines lois (v. 335-336). (Satire de Maisonnier 1557) (Jean Brunel, Contribution à l'histoire d'un genre : la satire de Roger Maisonnier, Mélanges Sur la Littérature de la Renaissance: À la Mémoire de V.-L. Saulnier, Volume 202 de Travaux d'humanisme et Renaissance, 1984 - books.google.fr).

 

Maréchal de France en 1550, Charles Ier de Cossé, dit le Maréchal de Brissac, se rend en Piémont, dont le roi lui donne le gouvernement général ; il y mène campagne. En 1555, il reçoit un renfort de la France. Suivi de plusieurs princes et d'un grand nombre de seigneurs volontaires, il marche au secours de Santhia, assiégée par Ferdinand Alvare de Tolède, troisième duc d'Albe, qui avait remplacé Gonzague, le force de se retirer et de laisser dans son camp 400 malades, ses vivres et une bonne partie de son artillerie. L'armée française forme le siège d'Ulpian ; Brissac est resté malade à Turin ; ses lieutenants ne savent point se faire obéir ; les jeunes volontaires montent témérairement à l'assaut ; le gouverneur déclare qu'il ne capitulerait qu'avec le maréchal ; Brissac se fait porter à l'armée ; la ville se rend ; il en ordonne la démolition (fr.wikipedia.org - Charles Ier de Cossé).

 

Si les rois Valois avaient réussi dans leur entreprise italienne, Lyon, base arrière des guerres d'Italie, où de riches et nombreuses colonies de marchands florentins et vénitiens avaient acclimaté l'humanisme italien, serait devenue capitale de la France. François Ier, partant pour l'Italie, avait installé à Lyon la cour dans tout son éclat.

 

Pavillon Royne & Duc sous la couverte

 

La reine Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint, était férue de chasse et fit construire aux Pays-Bas le pavillon de chasse de Mariemont qui fut détruit en 1554 par les armées françaises. Si l'on traduit « sous la couverte » par « sous la couverture », on peut dire que les gens du duc de Guise racontaient que Jean de Ligne, baron de Barbançon, était l'amant de Marie. Mais il n'était pas duc et cela semble faux.

 

L'origine du titre de duc (du latin dux : général) remonte aux premiers temps de l'empire romain. On voit sous l'empereur Probus, en 276, le titre de dux porté par les généraux d'armée et bientôt après par les proconsuls et les préteurs (Marie Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, Volume 1, 1842 - books.google.fr).

 

Marguerite de la Marck, était née au château de Rechem, le 15 février 1527. A vingt ans, le 18 octobre 1547, elle épousa dans la ville de Grave, en Hollande, le fameux général Jean de Ligne baron de Barbançon, chevalier de la Toison d'Or, pair de Hainaut, gouverneur et capitaine général de Frise, Groningue et Overyssel, né en 1525 (Annales de l'Institut archéologique du Luxembourg, Volume 28, Partie 1, 1893 - books.google.fr).

 

Si Jean de Ligne n'était pas duc il était général d'armée du Saint Empire.

 

Lors du siège de Metz en 1552, "les ennemis camperent cette nuict au pont de Magny, et demoura le seigneur de Brabançon avec trois regiments de haults Alemans, un de bas, et trois mille chevaulx, au lieu de Grimont, en la colline derriere le mont Chastillon, où il a tousjours demeuré durant le temps du siege, que depuis on a tousjours appelé le camp de la royne Marie. [...] Les soldats du duc de Guise prétendoient, ce qui étoit faux, que Brabançon étoit l'amant de Marie, reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, sœur de Charles Quint. Ils en firent des plaisanteries, et donnèrent au poste qui fut occupé par Brabançon le nom de cette reine" (Guillaume de Rochechouart, Collection complète des Mémoires relatifs à l'histoire de France: depuis le règne de Philippe-Auguste, jusqu'au commencement du dix-septième siècle, 1823 - books.google.fr).

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