Louis de la Cerda, roi des Îles

Louis de la Cerda, roi des Îles

 

X, 22

 

2193-2194

 

Pour ne vouloir consentir au divorce,

Qui puis apres sera cognu indigne,

Le roy des Isles sera chassé par force,

Mis à son lieu qui de roy n'aura signe.

 

Divorce

 

En 1281, Marie de Molina contracta un mariage avec le second fils d'Alphonse X de Castille, qui r√©gna √† la mort de son p√®re sous le nom de Sanche IV. Les commencements du mariage avec l'infant furent difficiles, car le mariage n'avait pas re√ßu la dispense pontificale n√©cessaire pour un double motif : d'une part existaient des liens de consanguinit√© de troisi√®me degr√© entre les mari√©s et d'autre part Sanche avait √©t√© fianc√© au pr√©alable avec une riche h√©riti√®re catalane nomm√©e Guillerma de Montcada. Le mariage fut consid√©r√© comme nul et, par cons√©quent, tous les enfants n√©s de celui-ci tenus pour ill√©gitimes (fr.wikipedia.org - Maria de Molina).

 

Sanche IV, roi de Castille, √©pousa l'an 1282 Marie, fille de don Alphonse de Molina, princesse d'une beaut√© parfaite et d'un g√©nie sup√©rieur. Le pape avait mis la Castille en interdit, parce que Sanche s'√©tait mari√© sans dispense avec Marie, sa cousine germaine. La guerre civile et la guerre √©trang√®re accablaient la Castille de leur double fl√©au. Sanche avait usurp√© le tr√īne sur ses neveux, dont Philippe III, roi de France, soutenait les droits. Philippe ne consentait √† mettre bas les armes qu'√† condition que le roi de Castille √©pouserait une de ses soeurs et r√©pudierait Marie. Mais cette princesse exer√ßait tant d'empire sur le coeur de son √©poux, qu'il aima mieux perdre le tr√īne que de se s√©parer d'elle. L'interdit mis sur ses √©tats par le pape, les guerres qu'il lui fallait soutenir, les p√©rils divers qui l'environnaient, tous ces maux lui parurent moins cruels que l'id√©e du divorce ; et d√®s qu'il connut le projet de Philippe, il rompit avec indignation le congr√©s assembl√© √† Bayonne pour traiter de la paix. La couronne avait √©t√© l'objet des voeux de Sanche ; elle ne lui donna que des chagrins. Pendant dix ans que dura son r√®gne, il ne jouit pas d'un seul instant de repos, et mourut √† Tol√®de dans sa trente-sixi√®me ann√©e. A ses derniers momens, il appela tous les grands de son royaume, et leur fit pr√™ter serment √† don Ferdinand, l'ain√© de ses fils, √Ęg√© alors de neuf ans; il d√©clara en m√™me temps r√©gente dona Maria sa femme. Il en avait eu trois fils et deux filles. Les pr√©cautions de Sanche ne calmaient pas l'inqui√©tude qu'il √©prouvait sur le sort de ses enfans. Son mariage n'avait point √©t√© ratifi√© par le pape : les pr√©tentions de don Juan son fr√®re, celles des Lacerda ses neveux, les r√©voltes continuelles dont la Castille √©tait victime, et l'enfance du fils qu'il laissait roi, lui faisaient craindre qu'on ne respect√Ęt pas ses derni√®res volont√©s. Les approches de sa mort furent aussi troubl√©es que sa vie. La fermet√©, la constance et l'habile politique de dona Maria, triomph√®rent d'obstacles qui paraissaient invincibles; et elle eut la gloire d'affermir sur la t√™te de Ferdinand une couronne que voulut en vain lui ravir une multitude d'ennemis publics ou secrets. D√®s que Marie eut √©t√© reconnue en qualit√© de r√©gente, et qu'elle e√Ľt fait proclamer son fils roi √† Tol√®de, elle s'occupa de gagner l'affection du peuple, par la suppression d'imp√īts on√©reux au commerce ainsi qu'√† l'indigent. Les Lacerda, les rois de France, d'Aragon, de Portugal, de Grenade, et l'infant Jean, se d√©clar√®rent contre le nouveau roi (Mme Dufr√©noy, Biographie des jeunes demoiselles, 1820 - books.google.fr).

 

"Roy des isles"

 

Alphonse de La Cerda n'oublia rien pour recouvrer le royaume qui lui appartenoit, et dont il prit le nom de roi de Castille, que Sanche, son oncle, avoit usurp√©. Ses efforts furent inutiles ; il fut r√©duit √† se retirer en France, o√Ļ Charles le Bel le fit son lieutenant g√©n√©ral en Languedoc. Il √©pousa Mahaud, dame de Lunel, dont il eut un seul fils connu sous le nom de prince des iles Fortun√©es, d'o√Ļ sont sortis les Medina-C√©li. Il se remaria √† Isabeau, dame d'Antoing et d'Espinoy, veuve d'Henri de Louvain, seigneur de Ga√ęsbeck, qui √©pousa en troisiemes noces J. Ier de Melun, vicomte de Gand. De son second mariage Alphonse de La Cerda eut Charles, dit de Castille ou d'Espagne, conn√©table de France, qui figura dignement et grandement, et qui fut empoisonn√© √† Laigle en Normandie, o√Ļ il mourut, par ordre de Charles le Mauvais, roi de Navarre. Ce connetable ne laissa point d'enfants de Marguerite de Ch√Ętillon-Blois. Il eut deux fr√®res sans √©tablissements ni alliances, dont un fut archidiacre de Paris, et une sŇďur mari√©e en Espagne, √† Ruys de Villalobos. Ainsi finit promptement cette branche du conn√©table. Revenons maintenant a son fr√®re a√ģn√©, Louis d'Espagne, prince des Iles Fortun√©es, duquel sont sortis les Medina-Coeli (Louis de Rouvroy duc de Saint-Simon, M√©moires complets et authentiques sur le si√®cle de Louis XIV et la r√©gence, Tome 12, 1872 - books.google.fr).

 

L'a√ģn√©, Louis, naquit certainement dans ce pays pendant l'exil de son p√®re √† une date qu'il n'est point possible de fixer m√™me approximativement. Du moins savons-nous que lors de la r√©conciliation des deux branches de la maison royale de Castille et de la .renonciation √† la couronne qui fut impos√©e √† l'infant de La Cerda, Louis √©tait tout pr√®s d'atteindre l'√Ęge de la pubert√©, car on le voit, deux ans apr√®s, en 1306, √©pouser √† S√©ville Da Leonor de Guzman, fille d'Alonso Perez de Guzman ¬ęel Bueno¬Ľ, le glorieux d√©fenseur de Tarifa, et de D" Maria Alonso Coronel. Devenu, du chef de sa femme, seigneur de Deza, Enciso et du Puerto de Santa Maria, il v√©cut quelque temps en Castille, o√Ļ sa pr√©sence est constat√©e en i33a au couronnement d'Alphonse XI qui lui conf√©ra l'ordre de la chevalerie, et l'ann√©e suivante dans les rangs de l'arm√©e qui alla secourir Gibraltar assi√©g√©e par les Maures1. Depuis cette √©poque, il cesse de figurer parmi les grands vassaux appel√©s √† souscrire les privil√®ges royaux, et les annales de Castille ne font plus mention de sa personne. Il est certain qu'il se rendit en France, mais nous ne connaissons point les motifs qui le d√©termin√®rent √† quitter l'Espagne (Georges Daumet, Louis de la Cerda ou d'Espagne. In: Bulletin Hispanique, tome 15, n¬į1, 1913 - www.persee.fr).

 

Ce Louis de La Cerda eut le don du pape des √ģles Fortun√©es, dont il fut couronn√© roi dans Avignon, par le m√™me pape Cl√©ment VI, vers 1344. Ces √ģles sont les Canaries, qu'il se r√©solut d'aller chercher sur l'exemple de ceux de G√™nes et de Venise sur le bruit de leur d√©couverte; mais ce fut un dessein qu'il ne put ex√©cuter. Il fut amiral de France, comte de Clermont et de Talmont (Louis de Rouvroy duc de Saint-Simon, M√©moires complets et authentiques sur le si√®cle de Louis XIV et la r√©gence, Tome 12, 1872 - books.google.fr).

 

Avant l'arriv√©e des Guanches, g√©nocid√©s par les Espagnols cacatholiques, les √éles Canaries √©taient habit√©es par des animaux end√©miques, disparus depuis, tels que les l√©zards g√©ants (Gallotia goliath), les rats g√©ants (Canariomys bravoi et Canariomys tamarani) et les tortues g√©antes (Geochelone burchardi et Geochelone vulcanica). Les sources gr√©co-romaines y situent les limites du monde connu (l'¬ę√Čcoum√®ne¬Ľ). L'imagination des classiques y place les Champs √Člys√©es, le jardin des Hesp√©rides et l'Atlantide de Platon. Les √ģles Canaries sont connues depuis l'Antiquit√© sous le nom d'¬ę√ģles Fortun√©es¬Ľ ou ¬ę√ģles des Bienheureux¬Ľ. Les √ģles Canaries √©taient connues des Ph√©niciens et des Carthaginois (fr.wikipedia.org - √éles Canaries).

 

Pour les Îles Fortunées, cf. quatrains X, 20 et VI, 27.

 

Aux Iles Fortunées, les jours et les nuits sont d'égale longueur ; à midi personne ne projette d'ombre, car le soleil se trouve au zénith. On voit ici des images grecques s'entrecroiser avec d'autres iraniennes. Pindare parlait de la mesure uniforme des temps chez les bienheureux, mais les mages aussi enseignaient que les ressuscités ne projetaient pas d'ombre ; d'après l'Avesta, c'est dépourvus d'ombre que les chevaux brillants de Sraosha et de Mithra parcourent l'espace céleste (Franz Altheim, Alexandre et l'Asie: histoire d'un legs spirituel, 1954 - books.google.fr).

 

"indigne"

 

D√®s le temps o√Ļ les √©tats de Valladolid, assembl√©s par don Sanche, s'√©taient prononc√©s contre la successibilit√© des enfants de Ferdinand de la Cerda, petits-fils de saint Louis, et avaient √©t√© jusqu'√† d√©clarer le roi son p√®re d√©chu de la couronne, Alphonse avait r√©solu de demander les secours d'Abou-Yousouf. Il comptait obtenir le concours du roi de Maroc en raison de l'indigne conduite de son fils et des relations de don Sanche avec le roi de Grenade. Son espoir ne fut pas d√©√ßu. Une alliance se forma promptement entre Yacoub et Alphonse X d'une part, don Sanche et le roi de Grenade d'une autre. Yacoub entra en campagne de suite et marcha vers la Nouvelle-Castille, √† travers l'Andalousie. Le roi d'Aragon Pierre III, engag√© d√©j√† dans la conspiration de Jean de Procida pour enlever la Sicile √† Charles d'Anjou, s'abstint de prendre part √† la guerre, et continua dans ses arsenaux de Barcelone et de Valence les pr√©paratifs consid√©rables dont la destination restait un secret. Le roi de France, malgr√© le vif int√©r√™t qu'il avait √† d√©fendre les droits des infants ses neveux, h√©sitait √† prendre la d√©fense d'Alphonse X. Abou-Yousouf lui √©crivit de son camp de Xativa, au royaume de Valence, le 24 octobre 1282, pour l'engager √† venir venger en Espagne l'honneur paternel et la dignit√© royale outrag√©s par la conduite de don Sanche. Il lui adressait en m√™me temps une d√©claration par laquelle il promettait d'adh√©rer √† toute alliance qui serait contract√©e √† cet effet avec le roi de Castille et son royaume. [...]

 

Yacoub tint en effet parole et aida Alphonse √† reconqu√©rir une partie des villes qui avaient proclam√© son fils ; mais les lenteurs de la guerre et la suite des √©v√©nements le ramen√®rent bient√īt √† tourner ses armes contre le roi de Castille, le naturel ennemi des souverains de Maroc. Si bien que les √©crivains arabes du si√®cle suivant, tromp√©s par cette habituelle hostilit√© des deux pays, n'ont vu dans l'intervention d'Abou-Yousouf en faveur d'Alphonse qu'une ruse et une trahison : ¬ę Heureux de pouvoir entretenir la discorde entre les Chr√©tiens et gratifier en m√™me temps son amour pour la guerre sainte, le sultan consentit volontiers √† secourir son ancien ennemi, et partit sur-le-champ afin d'entrer en Espagne le plus t√īt possible, dans l'espoir de faire tourner √† son propre avantage la d√©sunion qui r√©gnait parmi les Chr√©tiens¬Ľ (Louis de Mas Latrie, Trait√©s de paix et de commerce et documents divers concernant les relations des chr√©tiens avec les arabes de l'Afrique septentrionale au Moyen Age, Tome 1¬† 1866 - books.google.fr).

 

"Signe"

 

Signe de reconnaissance privil√©gi√©, le naevus est fr√©quemment utilis√©, dans la narration litt√©raire et folklorique, comme moyen d'identification, indicateur d'une origine ou d'un destin, support d'une anagnorisis. Cette fonction purement di√©g√©tique de marquage n'√©puise cependant pas toutes les dimensions et virtualit√©s du motif : ses occurrences paraissent en effet parfois sous-tendues par un ensemble plus ou moins coh√©rent de repr√©sentations et de croyances, dont les plus r√©currentes et profond√©ment ancr√©es dans les m√©moires collectives semblent √™tre celles que signale l'association de la marque de naissance avec une proph√©tie. C'est alors que, plus que jamais, la marque devient signe, voire th√©ophanie : manifestation d'un projet occulte et/ou transcendant, preuve d'une vocation secr√®te, justification d'un minist√®re. C'est bien √† un syst√®me imaginaire de ce genre que semble, ironiquement, faire allusion Cervantes lorsque, dans le Quichotte (I, 30) il pr√™te √† Dorotea la pr√©tendue croyance, sur une proph√©tie suppos√©e de son p√®re, √† l'heureux d√©nouement de ses tribulations gr√Ęce √† l'intervention d'un chevalier tout semblable √† Don Quichotte ¬ęalto de cuerpo, seco de rostro¬Ľ, dont l'identification sera en outre et surtout immanquablement authentifi√©e par une marque distinctive parfaitement reconnaissable voulant v√©rifier qu'il est bien le h√©ros annonc√© par la proph√©tie, Don Quichotte s'appr√™te √† se d√©shabiller : connaissant mal son propre corps il veut voir si ce dernier est ou non porteur du naevus attendu. Sancho intervient alors pour √©viter, encore une fois, √† son ma√ģtre l'√©preuve de r√©alit√© et entretenir l'illusion, en confirmant l'ad√©quation au r√™ve d'une pr√©tendue r√©alit√© objective, celle de la signature intime que Don Quichotte pense (esp√®re) porter sur sa peau, sans avoir cependant, de par son emplacement, la possibilit√© de le constater lui-m√™me Poilu ou non, le lunar appara√ģt d'ailleurs √† plusieurs reprises dans les Ňďuvres de Cervantes, notamment dans sa fonction la plus traditionnelle, celle de la reconnaissance et v√©rification d'identit√©. Plus qu'aux romans de chevalerie proprement dits, c'est enfin √† certaines traditions g√©n√©alogiques et h√©ro√Įques que semble reconduire le naevus quichottesque : l'allusion aux ¬ęcabellos a manera de cerdas¬Ľ rappelle bien √©videmment la marque de l'infant Fernando, fils d'Alphonse le Sage, (¬ę... un lunar en la espalda de donde le colgaba un cabello largo y gruesso como cerda¬Ľ) √† qui doit son nom le lignage des La Cerda.

 

Il est en effet temps de revenir √† l'une de ses dimensions fondamentales : son lien √† une proph√©tie. Certes les signes de naissance des chevaliers errants ont valeur proph√©tique dans la mesure o√Ļ ils annoncent une destin√©e sp√©cifique, r√©v√®lent une vocation qui souvent ne s'explicitera que plus tard. Mais ils ne font pas eux-m√™mes l'objet d'une proph√©tie : ils cr√©ent une attente plus qu'ils ne viennent en combler une qui leur serait pr√©existante. Encore moins d√©signent-ils le h√©raut de quelque Bonne Nouvelle, le d√©tenteur d'un minist√®re transcendant : pour √™tre ¬ęcosmique¬Ľ la vocation de leurs porteurs ne d√©passe pas l'ambition d'une souverainet√© toute terrienne (sauf dans le cas des chevaliers ¬ęa lo divino¬Ľ, d√©calque un peu terne de leurs mod√®les mondains).

 

Le seul ant√©c√©dent vraiment pertinent de ceux que la critique a assign√©s au naevus quichottesque est le cas des marques distinctives de Tariq, par qui se fit l'annexion de l'Espagne au monde des croyants. Il faut donc ici abandonner le domaine de la fiction purement litt√©raire. C'est pourtant bien sous un aspect litt√©raire, qui plus est apocryphe et donc √©minemment suspect, que, de prime abord, se pr√©sente √† nous cette pr√©tendue tradition. Quoi de plus fictif, de plus proche des pullulants falsos cronicones qui embarrassaient alors les biblioth√®ques et les esprits, que cette invraisemblable Historia verdadera del rey don Rodrigo de Miguel de Luna ? L'Abulcacim Tarif Abentarique dont le morisque grenadin pr√©tend s'inspirer est tr√®s probablement aussi imaginaire que le Cide Hamete de Cervantes, et c'est certainement dans l'ouvrage de Luna (ou dans un r√©seau de cuentecillos et patra√Īas dont celui-ci devait d√©pendre √©troitement) que Cervantes a trouv√© le mod√®le de la proph√©tie √©voqu√©e par Dorotea (Fran√ßois Delpech, Du h√©ros marqu√© au signe du proph√®te : esquisse pour l'arch√©ologie d'un motif chevaleresque. In: Bulletin Hispanique, tome 92, n¬į1, 1990 - www.persee.fr).

 

"mis à son lieu" : à la place (R. P. Marcellin Fornier, Histoire générale des Alpes maritimes ou Cottiènes, Tome 2, 1891 - books.google.fr).

 

Celui qui sera √† la place de La Cerda sur le tr√īne de Castille ne portera pas de signe ("cerda").

 

Acrostiche : PQ LM

 

PQ : postquam

 

LM : abréviation de Lamentations de Jérémie.

 

Une tradition, dont Jacques d'√Čdesse se fait l'√©cho, raconte comment un certain moine Zozime, d√©sireux de savoir ce qu'√©taient devenus les descendants de R√©chab, se trouva conduit jusqu'√† leur √ģle et y demeura en leur compagnie durant sept jours d√©couvrant un peuple pieux, vivant nu et dans une grande innocence, recevant sa nourriture sans effort de certains arbres, et n'ayant plus eu de contact avec le ¬ęmonde de vanit√©¬Ľ depuis leur arriv√©e sur l'√ģle. Toutefois, √©tant r√©guli√®rement visit√©s par des anges, ils √©taient devenus chr√©tiens. Au XIIIe si√®cle, Bar-Hebraeus, dans son trait√© La forme du Ciel et de la Terre identifie cette √ģle avec les √ģles Fortun√©es (fr.wikipedia.org - R√©chabites).

 

Les √éles Fortun√©es sont au nombre de sept grandes, situ√©es en latitude depuis l'√©quateur jusqu'au troisi√®me climat. On raconte que leurs habitants √©taient plong√©s dans l'idol√†trie, quand un saint vint pr√®s d'eux et leur annon√ßa la parole de l'√Čvangile ; ils crurent et furent baptis√©s. D'autres disent que ce sont les fils de R√©chab dont il est question dans le proph√®te J√©r√©mie et qu'ils suivent la loi de Mo√Įse (Bar Hebraeus, Le livre de l'ascension de l'esprit sur la forme du Ciel et de la Terre: cours d'astronomie, traduit par Fran√ßois Nau, 1899 - books.google.fr, Les fils de Jonadab, fils de R√©chab, et les √ģles fortun√©es (Histoire de Zozime) Texte syriaque de Jacques d'√Čdesse: Publi√© pour la premi√®re fois, avec une traduction fran√ßaise d'apr√®s les manuscrits de Paris et de Londres, 1899 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - R√©chabites).

 

Littérature

 

C'est √† l'extr√™me fin du r√®gne de Sanche IV qu'aurait √©t√© commenc√©e l'Historia del Cauallero de Dios que auia por nombre Cifar, oeuvre, probablement, d'un eccl√©siastique de Tol√®de qui connaissait des mod√®les √©trangers tels que les romans bretons, les lais de Marie de France, et les po√®mes de Chr√©tien de Troyes. Le Cauallero Cifar est, en effet, la premi√®re √©bauche d'un roman de chevalerie, et c'est m√™me quelque chose de plus, car dans les caract√®res de Cifar ou de Roboan et de leur compagnon le ribaldo, on reconna√ģt les types du chevalier errant et du picaro. Ainsi l'auteur devance les deux genres de fiction chevaleresque et picaresque dans lesquels l'Espagne allait se distinguer. Cervantes a-t-il lu les aventures de Roboan et de son √©cuyer si prodigue en proverbes ? Ce n'est pas impossible car le livre s'imprima en 1512 ; si la r√©ponse √† cette question √©tait affirmative, on pourrait consid√©rer ce couple comme la rude esquisse primitive de Don Quichotte et de Sancho Panza et alors, comme l'a remarqu√© M. Wagner, il serait difficile d'exag√©rer l'influence litt√©raire du Cauallero Cifar. Dans tous les cas, une grande importance historique s'y attache, car c'est le premier ouvrage espagnol que l'on puisse appeler un vrai roman (James Fitzmaurice-Kelly, Histoires des litt√©ratures: litt√©rature espagnole, Tome 1, 1913 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2193 sur la date pivot 1304 (reconciliation des La Cerda avec la régente Marie de Molina) donne 415.

 

Le fond, commun √† tous les mss des Fils de Jonadab, ne peut gu√®re, sous sa forme actuelle, √™tre ant√©rieur au Ve si√®cle, car on y parle avec insistance de la Sainte Trinit√©, de la Bienheureuse Vierge Marie, m√®re de Dieu, et surtout des hi√©rarchies d'anges et d'archanges analogues √† celles du pseudo Denys l'Ar√©opagite. Si donc le grec n'avait d√©j√† remani√© l'h√©breu, on peut croire que ce fut Jacques d'√Čdesse qui, au VIIe si√®cle, remania le grec au lieu de se borner √† le traduire. De plus certains mss (add. 12174 ; no 236 ; no 235 et 72) offrent une r√©daction plus simple et moins charg√©e. Les mss 3337, 70 et 71 d√©veloppent et interpolent beaucoup le texte des pr√©c√©dents. Enfin, le ms. n¬į 234. ne donne qu'un r√©sum√© de la l√©gende. On constate que d√©j√† le ms. 235 interpole dans les derni√®res pages le ms. 236. Il allonge les adieux de Zosime aux Bienheureux, ajoute un passage oil il est question de la B. V. M. m√®re de Dieu et avance que ce fut ¬ęun lion, grand et puissant¬Ľ que reporta Zosime dans sa caverne. Dans le ms. 3337, ¬ęla grande mer l‚Äôoc√©an¬Ľ est devenue un grand fleuve ; le pays des bienheureux est a plus de trente milles dans ce fleuve, Zosime est port√© par un lion et par un chameau, etc. (Fran√ßois Nau, La l√©gende in√©dite des fils de Jonadab, fils de R√©chab, et les √éles Fortun√©es, Revue S√©mitique, 1898 - archive.org).

 

Celse a beau consid√©rer comme juive la pratique d'adorer le ciel et les anges qui s'y trouvent, une telle pratique, loin d'√™tre juive, est au contraire une transgression du juda√Įsme, tout comme celle d'adorer le soleil, la terre, les √©toiles et encore les statues. Du moins on trouve en particulier dans J√©r√©mie que le Logos de Dieu, par le proph√®te, reproche au peuple juif d'adorer ces √™tres et de sacrifier ¬ę√† la reine du ciel¬Ľ (7,17) et ¬ę√† toute l'arm√©e du ciel¬Ľ (19,13) (Marcel Borret, Contre Celse d'Orig√®ne, 1969 - books.google.fr).

 

L'organisation cosmique chr√©tienne va reprendre comme naturellement les sp√©culations m√©taphysiques sur les degr√©s hi√©rarchiques de l'√™tre, issues des doctrines n√©o-platoniciennes de l'√©manation. Plotin parlait d√©j√† de l'exode de l'√™tre dans le multiple √† partir de l'un, et il distinguait quatre degr√©s de l'√™tre. Ses disciples et successeurs, Porphyre, Jamblique et surtout Proclus vont mettre au point cette doctrine de l'√©manation. Et Proclus fixera quasi d√©finitivement la doctrine des Intelligences pures, en montrant leur absolue simplicit√©, leur incorpor√©it√© et la nature de leur connaissance, comme connaissance illuminative et non discursive. De ces r√©flexions na√ģt l'id√©e d'une hi√©rarchie des √™tres spirituels entre les hommes et les dieux. Denys l'Ar√©opagite va christianiser ces th√©ories et affiner les degr√©s hi√©rarchiques, √† peine √©bauch√©s dans la pens√©e de Proclus (Yves Cattin, Philippe Faure, Les anges et leur image au Moyen Age, Tome 2, 1999 - books.google.fr).

 

Est √©labor√©e par Proclus la hi√©rarchie des dieux qui comprend neuf degr√©s : l'Un, premier dieu ; les h√©nades ; les dieux intelligibles ; les dieux intelligibles-intellectifs ; les dieux intellectifs ; les dieux hypercosmiques ; les dieux encosmiques ; les √Ęmes universelles ; les anges, d√©mons et h√©ros (Henri Dominique Saffrey, Recherches sur le n√©oplatonisme apr√®s Plotin, 1990 - books.google.fr).

 

Après les Lamentations : après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor.

 

The appointed time for the service of the Rechabites in the second Temple was the 7th of Ab (Ta'an. iv. 5). After the destruction of this Temple, traces of the Rechabites are found in the pedigree of R. Jose b. Halafta, the author of "Seder 'Olam," who claimed to be a direct descendant of Jehonadab ben Rechab (Gen. R. xcviii. 13) (www.jewishencyclopedia.com).

 

Dans l'√Čglise de J√©rusalem d√©pendant de Jacques, on renonce √† ses biens pour tout mettre en commun (petits sommaires de Act. 2, 42-47 ; 4, 32-37) ; Jacques est nazir et pr√™tre, asc√®te interc√©dant pour la communaut√©, dans le temple. Lors de son martyre, il est d√©fendu par un pr√™tre ¬ęfils de Rekab, fils des rekabim¬Ľ, Cf. EUS√ąBE, H.E., 2, 23, 17. Or ces r√©kabites, fils de Jonadab (II Rois 10, 15-17 ; Jer. 35) sont constitu√©s en clan, en mouvement de r√©action contre les infid√©lit√©s d'Isra√ęl ; ils ne boivent pas de vin, ne font ni agriculture ni commerce, et ils vivent en √©trangers. Le tanna R. Jos√© ben Halafta, auteur pr√©sum√© du Seder'Olam Rabba, dont le Talmud rapporte une s√©rie d'enseignements de caract√®re asc√©tique √©tait consid√©r√© comme l'un de leurs descendants. Chez les chr√©tiens, les r√©kabites seront consid√©r√©s plus tard comme les anc√™tres des moines, les bienheureux habitants des √ģles Fortun√©es (Marie-Joseph Pierre, Les expos√©s d'Aphraates, Volumes 1 √† 2, 1988 - books.google.fr).

 

En 411, Augustin, dans ses Confessions, liv. X, ch. XXXX, en un √©lan d'enthousiasme mystique et de confiance absolue en la volont√© de Dieu, s'√©crie : "Da quod jubes, et jube quod vis", Donnez-moi ce que vous voudrez et veuillez ce qu'il vous plaira. Deux moines d'Afrique, C√©leste et P√©lage, os√®rent bl√Ęmer ces expressions passionn√©es, non pas comme contenant une h√©r√©sie, mais comme propres √† favoriser la paresse morale de l'homme. Ce bl√Ęme blessa profond√©ment saint Augustin, qui r√©pliqua avec une vigueur d'abord contenue et enfin avec la derni√®re violence, surtout apr√®s 415, lorsque le concile de Diospolis eut refus√© de s'associer √• ses rancunes. P√©lage affirmait la possibilit√© pour l'homme de faire le bien s'il le voulait, sans nier cependant la n√©cessit√© de l'assistance divine. Pour concilier la libert√© de l'homme avec cette assistance n√©cessaire, Pelage distinguait entre la volont√©, l'action et le pouvoir communiqu√© √† l'homme pour qu'il puisse accomplir le bien. Ce pouvoir est un don gratuit de Dieu ; mais l'action et la volont√© d√©pendent absolument de l'homme, car la gr√Ęce n'agit qu'indirectement sur la volont√© par l'entendement qu'elle √©claire et fortifie. Saint Augustin, au contraire, posant en principe la corruption absolue de la nature humaine, en tira la cons√©quence que l'homme n'a ni la volont√© ni le pouvoir de faire le bien, mais que c'est la gr√Ęce qui lui donne jusqu'√† la volont√© de s'amender et agit en lui, non pas par la persuasion de l'entendement, mais d'une mani√®re int√©rieure et cach√©e. C'est elle seule qui produit les bonnes cuvres; elle agit m√™me contre la volont√© de l'homme; elle est irr√©sistible. Mais, object√®rent les p√©lagiens, pourquoi le Dieu bon n'accorde-t-il pas ce privil√®ge √† tous les hommes ? Objection embarrassante √† laquelle saint Augustin ne r√©pond qu'en exag√©rant encore son syst√®me et en se pronon√ßant pour la pr√©destination absolue. Dieu, enseigna-t-il des lors, a, de toute √©ternit√©, pr√©destin√© les uns au salut, les autres √† la damnation √©ternelle et son d√©cret est bas√©, non pas sur sa prescience et sur les m√©rites des √©lus, mais uniquement sur son bon plaisir. Conform√©ment √† ce d√©cret cach√©, √©ternel et immuable, d√©cret fatal dont nul n'a le droit de se plaindre puisque tout le genre humain appartient √† la masse corrompue et m√©rite la damnation √©ternelle, Dieu a r√©solu de sauver quelques hommes; leur nombre est irr√©vocablement fix√©. Les autres restent dans la masse de perdition, en sorte que, dit saint Augustin, on ne peut pas pr√©tendre qu'ils sont damn√©s par d√©cret de Dieu; ils subissent seulement la damnation que leur a inflig√©e le p√©ch√© d'Adam. Quant aux √©lus, qui ne doivent leur √©lection ni √° leurs m√©rites ni √† leur foi, mais √† la seule mis√©ricorde de Dieu, ils seront bien jug√©s selon leurs Ňďuvres ; mais comme le don de gr√Ęce qu'ils ont re√ßu de toute √©ternit√© ne peut se perdre, Dieu fait tourner leurs p√©ch√©s m√™mes √† leur plus grand bien; ils peuvent donc, en d√©finitive, avoir la certitude d'√™tre sauv√©s.

 

Cette th√©orie de la pr√©destination absolue ne p√©n√©tra jamais dans l'Eglise orientale et rencontra dans l'Eglise latine m√™me de nombreux contradicteurs; mais la contradiction ne fit qu'accroitre la violence de saint Augustin, qui alla jusqu'√† dire dans sa r√©ponse √† Julien d'Eclanum : ¬ęLes r√©prouv√©s ont √©t√© faits des vases de col√®re pour l'utilit√© des √©lus.¬Ľ Les adversaires de la pr√©destination citaient le quatri√®me verset du chapitre XI de la 1re √©pitre de Saint-Paul √† Timoth√©e : Dieu veut que tous les hommes soient sauv√©s. Ce texte para√ģt p√©remptoire, et il est curieux de voir saint Augustin le torturer en tous les sens pour en d√©truire la valeur incontestable. Il affirme que, par tous les hommes, saint Paul entend soit tous les √©lus, soit des gens de tout sexe et de toute race; ailleurs il pr√©tend que, dans ce cas, le mot tous est synonyme de plusieurs. Ces artifices pu√©rils, hasardons le mot, feraient presque douter de la bonne foi de l'illustre √©v√™que d'Hippone. Si l'on veut se rendre compte de l'acharnement que le saint pr√©lat mit dans toute cette querelle, il importe de se rappeler qu'Augustin avait pass√© par le dualisme manich√©en avant d'embrasser le christianisme; on ne hait rien tant que ses anciens amis. En elle-m√™me, la doctrine de la pr√©destination √©tait tr√®s-d√©favorable √† l'id√©e d'Eglise et de hi√©rarchie. En mettant le salut de l'homme entre les mains de Dieu seul, elle rendait inutiles toutes les b√©n√©dictions, tous les sacrements de l'Eglise. Aussi le p√©lagianisme condamn√©, ou tout au moins le semip√©lagianisme, devint-il la doctrine r√©elle de l'Eglise, tandis que l'augustinisme en demeura la doctrine officielle, ce qui n'emp√™cha pas ses d√©fenseurs d'√™tre poursuivis de l'occasion (Grand dictionnaire universel du XIXe si√®cle Larousse, Tome 13, 1875 - books.google.fr).

 

La cerda est un signe que l'on voudrait de prédestination.

 

Quand Augustin parle de l'Eglise, il ne pense presque jamais √Ę l'organisation, √Ę la hi√©rarchie, √Ę la structure verticale. C'est pourquoi sa notion d'Eglise ne se limite pas l'Eglise catholique visible; pour lui, le don de l'Esprit est accord√© √† tout homme dans la mesure o√Ļ il commence √† aimer et refus√© √† ceux qui refusent d'aimer, que ce soit dans l'Eglise visible ou en dehors d'elle (D. J. Macqueen, John Camden on Grace and Free) (Bulletin signal√©tique 527: Sciences religieuses, 1978 - books.google.fr).

 

Ce que l'on peut lire dans Nouthesia (avertissement) d'un vieillard au sujet des saintes images (fait pendant le règne de Léon III l'Isaurien et Constantin V son fils, vers 741) :

 

Va √† Diospolis [Lydie] en Palestine, et vois que les membres de trois religions se sont r√©unis pour choisir la meilleure. En effet, selon leur religion, chacun s'est adonn√© √† des je√Ľnes et √† des veilles et, en se traitant harmonieusement en amis et en fermant l'√©glise, avec beaucoup de soins minutieux, chacun d'eux, de sa propre foi, a demand√© qu'un signe apparaisse. Et au bout du temps, ils ont tous ensemble ouvert l'√©glise pour voir le signe de leur religion, mais cherchant partout, ils n'en ont rien trouv√©. Mais dans la sortie de la porte, ils ont tous ensemble vu la tr√®s pure image en marbre de la toute sainte M√®re de Dieu, qui a √©t√© cr√©√©e sans mains ni mati√®re. Alors les juifs l'ont vue et aussi les Samaritains et saisis de honte, ils sont partis. Et, jusqu'√† nos jours, l'image est l√† et aucun chr√©tien ne l'a appel√©e idole. √Čcoutez les citations de nos p√®res. Je parle de Dionysios, le grand ap√ītre, tr√®s distingu√© en th√©ologie, car il dit :

 

L'institution sacrée et la source de perfection a établi notre hiérarchie très pieuse. Il l'a modelée sur les hiérarchies célestes et a revêtu ces hiérarchies immatérielles de nombreuses formes et figures afin que, d'une manière qui s'accorde avec notre nature, nom puissions monter de ces images très vénérables aux interprétations et aux assimilations qui sont simples et inexprimables.

 

Il est tout à fait impossible que nous, les hommes, puissions, d'une manière immatérielle, monter pour imiter et contempler les hiérarchies célestes sans l'aide de ces moyens matériels qui peuvent nous guider selon les exigences de notre nature (Stéphane Bigham, Les images chrétiennes: textes historiques de Constantin le Grand jusqu'à la période posticonoclaste, 313-900, 2010 - www.academia.edu).

 

Dans la hi√©rarchie eccl√©siastique, le Pseudo-Denys voit surtout un pouvoir de sanctification. De m√™me que la hi√©rarchie ang√©lique, la hi√©rarchie eccl√©siastique est un interm√©diaire entre Dieu et l'homme, destin√© √† rapprocher l'homme de Dieu. Elle comporte, elle aussi, trois degr√©s : le premier, le plus bas, dont la fonction est de purifier l'homme : c'est l'ordre du diaconat; le second, dont la fonction est de l'√©clairer et de l'illuminer : c'est l'ordre des pr√™tres; le plus √©lev√© enfin, dont la fonction est de parfaire le chr√©tien et de l'unir √† Dieu : c'est l'√©piscopat (Joseph Tixeront, Histoire des dogmes, Tome 3, 1912 - books.google.fr).

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