Etampes et accouchement

Etampes et accouchement

 

X, 84

 

2239

 

La naturelle à si hault, hault non bas,

Le tard retour fera marris contents,

Le Recloing ne sera sans débats

En employant et perdant tout son temps.

 

Son élucidation nous mènera à la première conjonction et sublimation, c'est-à-dire à la première des deux noces décrites dans le premier quatrain de ce chapitre. Le mot RECLOING est une anagramme de RECONLIG ou Reconligo - legi - etus - ere, verbe latin qui veut dire unir, assembler, lier ensemble. Il exprime, par conséquent, la même idée de conjunctio ou de noce. Le mot permet aussi les interprétations suivantes : a) RE CONLIGERE (de “res”, chose), (unir) ; b) RE COLO - ERE (chose) (cultiver). La variante “b” nous évoque une définition de l'alchimiste comme “CULTOR ESSENTIAE” (cultivateur des essences). Mais la variante "a" reste conforme au contexte , nous restons donc à l'idée de union ou de noces (Vlaicu Ionescu, Le message de Nostradamus sur l'ère prolétaire, 1976 - books.google.fr).

 

"Recloing" : reclaing, reclain

 

C'est a dire que laissié ay

Ma maniere et mon cuer chanjay,

Et ai pris nouvele maniere

Toute contraire a la premiere:

Amours desprisoie, or le craing,

Amans blasmoie, or les reclaing,

Car nus ne puet en pris venir

S'il ne vieut amour maintenir;

 

Notons que le prés. de l'ind. et du subj. de craindre rime aussi bien en a + m : aimme : craimme * 405, 417, 2881, craing : reclaing (reclamo) 1155, qu'en -ien : mien : crieng 1757, criens : riens 2273 (Arvid Thordstein, Etudes romanes de Lund, Tome 2 : Le bestiaire d'amour rimé: poème inèdit du XIIIe siècle, 1941 - books.google.fr).

 

Ce chapitre XXV des Antiquitez de la Ville et du Duché d’Estampes, Paris, Coignard, 1683, Premiere Partie, traite de La Franchise du marché de Saint Gilles, et par suite de l’histoire des marchés d’Étampes, ainsi que, accessoirement de deux des trois sacs connus par la ville au XIVe siècle. Fleureau donne le texte latin de la charte de 1123 et le texte français de celle de 1378.

 

Les droits de reclin et défaut... de sept sols six deniers... seize deniers. Le montant de ces droits, passant de 90 à 16 deniers, est donc divisé par 5,625. Le reclin (mot inconnu de Littré;

même orthographe que dans le chapitre XXII) est sans doute la même chose que le reclaim (selon Henschel) ou reclain (selon Godefroy), c’est-à-dire toute réclamation en justice, spécialement la réclamation de ce qu’on estime être son bien. Il faut donc payer un droit pour déposer une réclamation auprès du prévôt royal. Quant au droit de défaut, il faut aussi se reporter au chapitre XXII, où Fleureau écrit que «le Prevôt d’Estampes (...) a droit de reclin, qui est de quinze sols parisis, qui luy sont deûs par chacun de ses sujets, qui est exécuté en ses biens, en vertu d’une Sentence, ou contract volontaire, passé pardevant Notaire. Il a aussi droit de deffaut, qui est de cinq sols parisis contre chacun, adjourné pardevant le Bailly, ou Prevost d’Estampes, par faute de presentation, ou comparition.» (Dom Basile Fleureau, De la Franchise du Marché de Saint Gilles d’Estampes, Antiquitez d’Estampes I, 25, 1668 - www.corpusetampois.com).

 

Par tout où le Prevôt d’Estampes a Jurisdiction en premier instance, le Roy, ou celuy qui joüit en son lieu de Duché d’Estampes, y a droit de reclin, qui est de quinze sols parisis, qui luy sont deûs par chacun de ses sujets, qui est exécuté en ses biens, en vertu d’une Sentence, ou contract volontaire, passé pardevant Notaire. Il a aussi droit de deffaut, qui est de cinq sols parisis contre chacun, adjourné pardevant le Bailly, ou Prevost d’Estampes, par faute de presentation, ou comparition. Comme encore, il a droit d’amende ordinaire, qui est de quinze sols parisis, contre les défaillans, au jour assigné par le Juge, aprés qu’ils ont une fois comparu: & de sept sols parisis, contre le litigant, aprés qu’il a nié un fait mis en avant contre luy, & que sa partie adverse a fait preuve au contraire. J’ay fait icy cette remarque contre les plaideurs, à cause des privileges accordez sur ce sujet aux habitans de saint Gilles, & autres, comme je le rapporteray dans la suite (Dom Basile Fleureau, De la Franchise du Marché de Saint Gilles d’Estampes, Antiquitez d’Estampes I, 22, 1668 - www.corpusetampois.com).

 

Selon un document autrefois conservé à Orléans (A 1237, passim) cité par Dupieux (Institutions, p. 85, note 5, qui donne par erreur A. 1236). En voici le résumé par l’Inventaire-Sommaire de 1878, p. 278b: “procès-verbal d’évaluation des domaines de la Ferté-Aleps (Alais) et d’Étampes en 1543. Droits de reclins et amendes. Reclin ou reclaim, de reclamium, action de réclamer son bien.” Il faut faire attention que cette date doit être corrigée, l’évaluation ayant eu lieu en janvier et février 1543 ancien style, c’est-à-dire au début de 1544 (Bernard Gineste, Les procureurs du roi à Étampes au XVIe siècle, Étude prosopographique, 2010 - www.corpusetampois.com).

 

Le bailli d'Etampes était le bailli du comte puis du duc mais non celui du roi.

 

Le roi François Ier pensa bientôt que la dignité de comtesse était insuffisante pour une favorite. En janvier 1537, il érigea le comté d’Étampes en un duché, auquel il incorporait les châtellenies de Dourdan et de La Ferté-Aleps. [...] Le duché d’Étampes paraît, dès cette date de 1547, avoir été ramené aux proportions du comté avant 1537. En tout cas, dès 1549, Henri II engageait la seigneurie de Dourdan à François de Lorraine, duc de Guise. Cependant le règne des favorites n’était pas clos à Étampes. Ce fut, en 1553, le tour de Diane de Poitiers. Mais Jean de Bretagne prétendait encore à la possession du duché. Le 16 septembre 1556, il se faisait proroger ses lettres pour neuf ans : cette nouvelle faveur, qui servait à dissimuler la donation à Diane de Poitiers, ne reçut peut-être pas d’effet immédiat. La favorite d’Henri II profitait des richesses que lui offrait l’Etampois. [...] Tout cela ne pouvait empêcher qu’après la mort de son royal amant et en vertu de l’édit de révocation générale des dons, publié par François II le 18 août 1559, elle ne fût privée du duché et expulsée de la cour avec infâmie, grâce à l’influence des Guise et à Catherine de Médicis. Jean de Brosse, qui avait déjà, semble-t-il, recouvré le duché, se vit renouveler ses lettres de don en 1562. Il mourut en 1564. […]

 

Cf. le quatrain IX, 87 - Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur - 2167-2168.

 

Les droits les plus importants, dont jouissaient les seigneurs, provenaient sans contredit de ce qu’ils étaient des justiciers. Nous avons fait voir comment ce rôle leur était dévolu par le bon plaisir du roi. Toute juridiction venait du roi et retournait au roi, selon l’observation de M. Dupont-Ferrier. Comment elle dérivait de lui, nous l’avons montré. Elle se ramenait toute à lui en  définitive, puisque les appels interjetés des féodaux étaient portés à ses officiers, en dernier ressort au Parlement. Les seigneurs faisaient bien figure de collaborateurs. Ils déchargeaient d’une partie de leur tâche les juges royaux, mais chacun dans une mesure précise, qu’il importe de définir et qui variait selon les lieux et les coutumes. Les bas et moyens justiciers connaissaient des causes, qui entraînaient pour les coupables une amende maximade 60 sols parisis. Le pays d’Étampes suivait en cela la coutume de Paris, comme dans tous les cas où sa propre coutume était muette. Ces seigneurs avaient en outre le droit de prendre les  délinquants, même en flagrant délit, de les emprisonner, non pour les juger, si le crime excédait leur compétence, mais pour les livrer au haut justicier ou les lui dénoncer dans les vingt-quatre heures.

 

Le haut justicier avait un gibet à trois piliers, munis de liens en dehors et en dedans, s’il était châtelain. Sinon, il n’avait droit qu’à deux piliers ou même simplement à un pilori, c’est-à-dire à un poteau garni d’un carcan, que l’on passait au cou du condamné.

 

Il connaissait de tout crime, qui ne constituait pas un cas royal ou privilégié et qui entraînait pour le coupable la perte de la vie naturelle ou civile, le bannissement, les peines infâmantes, la mutilation, le fouet, l'exposition en public, la marque du corps au fer chaud, l'amende honorable. Il confisquait les biens des condamnés à la mort naturelle ou civile. Bref il avait au criminel toute la juridiction en première instance, dans le ressort qui lui était confié. Le prévôt d'Etampes lui disputait avec acharnement un droit qu'il possédait, lui aussi, dans toute  l'étendue de sa juridiction en première instance. C'était le reclaim (de reclamare). Il consistait à réclamer quinze sols parisis à tout sujet, qui était exécuté dans ses biens, en vertu d'une sentence judiciaire ou d'un contrat passé devant notaire. Simon Audren, prévôt d'Etampes assurait que ce droit avait été usurpé par les justiciers et qu'il en résultait une grande diminution des recettes domaniales. Il engagea à ce sujet de nombreux procès au Parlement. Il se plaignit de cette  intrusion féodale, lors de l'évaluation de 1544. On ne lui donna pas toujours raison. En fait, lorsque l'exécution était opérée par des sergents féodaux, le droit revenait au seigneur. Lorsque des sergents royaux y procédaient, en vertu d'une commission décernée par le prévôt d'Etampes, sur des obligations passées dans les justices subalternes, le reclaim demeurait à l'officier royal. Les justiciers, hauts, moyens ou bas, prélevaient encore un droit particulier, dit amende du fol appel, lorsque leur sentence, portée devant le prévôt ou le bailli d'Etampes, se trouvait confirmée. Non seulement Simon Audren, en 1543, leur déniait ce profit, mais il aurait voulu accaparer tous les gains de justice au nom du roi, qui les avait alors cédés à Jean de Brosse, duc d'Etampes, époux d’Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier. Il y avait plus. A cette date, les féodaux du duché d'Etampes étaient empêchés de les percevoir ; et par provision, en attendant une décision du Parlement, le roi en disposait.

 

En 1543, Simon Audren se dira prévôt pour le roi uniquement. Et il agira de plus, d'une manière distincte, comme procureur de Jean de Brosse et d'Anne de Pisseleu. Avant d'obtenir sa charge de prévôt, il cumulait, en 1537, les fonctions d'élu et de maire d'Etampes. Si le prévôt d'Etampes consentait à accepter de petits bailliages féodaux, qui ressortissaient à sa prévôté, il tirait pourtant de ses attaches avec le pouvoir central les meilleurs profits et l’honneur de sa carrière.

 

L'impression qui se dégage de cette étude, aussi complète que les textes ont pu nous la permettre, est celle d'une lutte incessante des officiers royaux contre la féodalité au profit du fisc ou simplement dans le but d'accroître l'autorité monarchique consentait à accepter de petits bailliages féodaux, qui ressortissaient à sa prévôté (Paul Dupieux, Les institutions royales au pays d'Etampes (Comté puis Duché: 1478-1598), 1931 - books.google.fr).

 

Au XVIIe siècle, en certaines régions, l'amende de reclain était appelée amende foraine :

 

Les fermiers du Domaine lèvent un droit de 3 £ 1d, sous le nom d'amende foraine, sur chaque débiteur qui reçoit un commandement de payer en vertu d'une obligation, d'un contrat à bail,

ou d'une location dans les bailliages de Vermandois, Reims et Châlons, en faisant beaucoup de frais de recouvrement (Arthur Andre Gabriel Michel de Boislisle, Correspondance des controleurs generaux des finances avec les intendants des provinces, 1683 a 1699, 1874 - books.google.fr).

 

On peut voir un lien entre forain (extérieur, étranger) et loin/loing terminaison de "recloing".

 

Il a existé un village du nom de Recling en Meurthe, ancien Reclingen et peut-être Racolingias à Guébling (Henri Lepage, Les communes de la Meurthe: journal historique des villes, bourgs, villages, hameaux et censes de ce département, Tome 1, 1853 - books.google.fr).

 

Temps et reclain

 

Le Reclain, comme il se voit par l'usage local de Montereau, à la fin de la Coutume de Meaux, est proprement la plainte qu'un créancier fait en jugement, de ce que celuy qui est son débiteur par contracts faits, & passez sous le séel Royal ou authentique, ne luy a payé au jour préfix & marqué, la somme qu'il s'étoit obligé par serment de luy payer. On tient pour Coutume génerale en ladite & Chatellenie de Montereau ou faut-Yonne, que au Roy nôtre Sire appartient, & a droit de prendre de chacun reclain en toute ladite Chatellenie des lettres & contracts faits & passes sous le séel Royal de ladite Ville, & Chatellenie, la somme de sept sols six deniers tournois pour l'amende de la fraction de la promesse faite par serment par les debteurs, lesquels s'obligent en la main du Tabellion, ou Notaire juré volontaire (François Ragueau, Glossaire du droit françois, Tome 1, 1704 - books.google.fr).

 

Comme il y a échéance, il y a délai.

 

Saint Gilles d'Etampes

 

On pourrait dire 1° qu'il y a de grandes apparences que cette église de Saint-Gilles est de fondation royale et qu'elle a été bâtie par le roi Robert dans le temps qu'il faisait sa demeure au château d'Étampes, en forme de chapelle sous le nom de Saint-Gilles, connu dans un petit désert qui n'était pas éloigné du château, pour satisfaire à sa piété et sa dévotion à l'imitation de ce saint auquel les rois de France ont porté grand honneur; et il y a en France, dans plusieurs bonnes villes, des églises bâties et dédiées sous le nom de ce saint. Cette chapelle-ci était une agréable solitude et retraite dans un lieu de chasses, au milieu des bois et des forêts. Il est vrai qu'il ne l'a pas dotée de revenus et que, dans la suite des temps, ayant été érigée en paroisse, les paroissiens l'ont agrandie et édifiée. [...]

 

3° C'est encore l'unique paroisse indépendante, car on sait que les églises de Saint-Martin et de Saint-Pierre dans les faubourgs n'étaient anciennement que deux couvents de religieux et non des paroisses, et qu'il y a même encore à présent le prieur de Saint-Martin et le prieur de Saint-Pierre, que l'église de Saint-Basile n'est qu'une annexe de Notre-Dame, et que Notre-Dame elle-même n'était autrefois qu'une maison de religion et que ce n'est encore à présent qu'une assemblée de chanoines qui, pour la commodité publique, a été érigée en paroisse avec son annexe. Le curé de Saint-Gilles se peut dire le seul curé d'Étampes, comme un évêque en sa paroisse indépendant, car on sait que le curé de Saint-Martin dépend du prieur de Saint-Pierre; les prieurs ont les principaux droits et fonctions en ces deux églises. Les curés de Notre-Dame et de Saint-Basile ne sont qualifiés que vicaires perpétuels avec de grandes dépendances du chapitre de Notre-Dame (Charles Forteau, La rapsodie de maître Pierre Plisson, avocat du roi au baillage d'Etampes au XVIIe siècle, Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais, Tome 27, 1909 - www.corpusetampois.com).

 

"maris"/marris

 

être marri. Vieux ou littéraire. Être désolé de quelque chose, attristé ou contrarié, fâché (www.larousse.fr).

 

La durée de la grossesse des femmes de cocus est toujours un peu plus longue que neuf mois, car entre le dernier rapport (et le bon) avec l'époux, il aura fallu quelque intervention supplémentaire. En découle la tutelle de saint Gilles du Gard ou saint Jacques de Compostelle sur la fécondité des maris impuissants : au retour de leur long pèlerinage, à peu près un an plus tard, ils retrouvent leurs fidèles épouses enceintes. Leur honneur est irréprochable, car qui douterait de l’efficacité du bon saint Gilles et du lointain Iago ?

 

Actéon meurt dévoré mais on ne dit rien de sa virilité, alors que la virginité d'Artémis est le thème implicite du récit. Artémis jette de l'eau du bain au front d'Actéon, le change en cerf que ses chiens dévorent. Nous retrouverons une partie des motifs dans le lai d'Ignauré, dans la légende de la fée de Carrouge et dans celle de Mélusine, où les signifiés de puissance associés à la fille au bain sont mieux énoncés que dans le mythe gréco-romain. Dans le lai d!Ignauré, les dames s!unissent pour se venger ensemble de leur amant volage. Elles vont le poignarder mais le héros s'en tire. On informe les maris cocus, qui châtrent Ignauré. Ils donnent son c#ur à manger à leurs épouses énamourées. A Carrouge, le chasseur de cerf fait de la fille au bain son amie, mais l!épouse légitime ne l'entend pas ainsi. Elle vient poignarder la fée et tue son mari du même coup. Ses descendants portent au front la même marque rouge que le chef de la lignée. A Lusignan, Raymondin fonde son domaine à partir d!une peau de cerf découpée en un unique lacet. L'indication sexuelle est inversée car c'est l'infirmité de Mélusine qu!on signifie et non celle du mari. Celui-ci ayant bravé l'interdit, sa femme disparaît. Les signifiés de puissance du bain de l’ondine sont la distinction des genres taxonomiques selon l’antinomie humain/animal, la distinction des genres sexués selon l'antinomie masculin/féminin, et les éléments physiques selon l’antinomie eau/air, et enfin, la verticalité selon l'antinomie haut/bas. Ajoutons-y le renouvellement des générations, selon l!antinomie mort du héros/progéniture du héros. L'eau printanière du psaume 42 ou l’eau du bain d!une entité gynémorphe dans le mythe d'Actéon, peuvent signifier la castration du héros masculin, voire sa mort. A l'opposé du calendrier, la flèche du chasseur est une métaphore de la fécondation des biches par les cerfs en rut : le berchaire est au cerf, ce que le cerf est à la biche pendant quelques semaines. La scène apparait à Lillebonne et s'explique par la mention suivante : «Un cerf estelaire est un cerf apprivoisé que l’on envoie dans les bois pour aider à prendre les autres.» Le mot «estélaire», disparu du lexique de la vénerie contemporaine, existe encore dans la taxonomie zoologique sous les formes «éterle» et «éterlou» désignant respectivement les individus encore stériles des ongulés de montagne. Par glissement de sens, ces animaux sont encore trop jeunes pour s’être reproduit : ils ne sont pas chassables, a priori. Dans le langage des veneurs d'autrefois, le «cerf estélaire» est vraisemblablement le cerf châtré dont on se servait pour provoquer le raire des cerfs sauvages sans risquer d’être dagué par l’appelant. En désignant le cerf participant au brame alors qu'il ne peut participer à la procréation, on dissocie des valeurs jusque là associées. «Estélaire» est une corruption du mot latin «stérilis», dont l'effet est loin d!être anodin en mythologie celtique puisqu'il est fréquent de lire l'interprétation de «Stirona» comme une paronomase de «stella», l'étoile, quand il s'agit du mot gaulois équivalent à «stérilis», «la vierge». «Sirona» ou «Stirona», comme Artémis au bain face à Actéon, sont la dame du lai de Guiguemar, quand le chevalier reçoit cette blessure par le truchement d!une biche cornue. Du fait de la dissociation des valeurs saisonnières, les flèches reçues en retour par le chasseur ou par le saint homme protégeant un cerf, peuvent signifier l'inverse de l'automne. Le motif congruent, la flèche qui n’atteint pas sa cible mais frappe le héros à la cuisse, devient la métaphore d'une blessure génitale, de l’impuissance sexuelle ou de l'homosexualité : ainsi Lanval est traité d’inverti pour s’être refusé à la reine. Dans la coutume contemporaine, les valeurs opposées de l!automne et du printemps sont rejouées chaque année, par les danseurs du Horn Dance, en costumes aux couleurs opposées. Leurs ramures sont bigarrées, soit à dominante noire et détails blancs, soit à dominante blanche et détails noirs. La chorégraphie oppose trois cerfs blancs à trois cerfs noirs (Yves Chetcuti, Le cerf, le temps et l’espace mythiques, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

L'invocation à saint Gilles contre la Stérilité conjugale paraît remonter à l'an 1085, époque à laquelle Judith, épouse de Wladislas, roi de Pologne après une longue stérilité, s'adressa à saint Gilles et obtint, le 23 décembre 1085, un fils qui depuis fut Boleslas III. Suivant les conseils de l'évêque Lambert, elle déposa sur le tombeau de saint Gilles un enfant d'or massif (Louis Du Broc de Segange, Les saints patrons des corporations et protecteurs, 1886 - books.google.fr).

 

Philippe Ier, Louis VI

 

Louis VI résidait souvent à Étampes. Les habitants du marché Neuf, dit plus tard marché Saint-Gilles, étaient tenus, quand le roi venait dans cette ville, de le fournir, lui et sa cour, de linge, de vaisselle et d'ustensiles de cuisine. Cette charge semblait si onéreuse que peu de gens s'établissaient dans ce quartier, et qu'il demeurait presque désert. En 1123, Louis voulut y attirer des habitants, et publia dans ce dessein une charte. [...] Les habitants du marché Saint-Gilles formèrent dès lors, au milieu d'Étampes, une corporation distincte, qui eut sa charte et ses franchises particulières (François Guizot, Histoire de la civilisation en France depuis la chute de l'Empire Romain, Tome 4, 1859 - books.google.fr).

 

Force nous est de passer rapidement, faute d'information suffisante, sur les rois de la septième et de la huitième génération, PHILIPPE Ier et Louis VI, dit le Gros. Philippe Ier nous apparaît, d'après les chroniqueurs, paresseux, obèse, glouton, débauché. Il a des somnolences : serait-ce de la narcolepsie ou du diabète ? N'aventurons pas d'hypothèses. 2 Nous savons, en outre, qu'il eut des maladies longues et fréquentes. C'était un «ralenti de la nutrition» : l'attestent des dermatoses et des douleurs de dents si violentes qu'on les attribuait à une vengeance de la Divinité. Dès l'âge de quarante-quatre ans, et ceci prouve son état valétudinaire, il se déchargeait du poids et du souci des affaires sur son fils, Louis le Gros, et succombait à soixante ans, à une affection de cause restée inconnue. Il était «moult affaibli» : c'est tout ce que nous apprennent les historiens, ce qui ne saurait suffire à établir un diagnostic. Philippe Ier avait épousé Berthe, fille de Florent Ier, comte de Hollande et de Gertrude de Saxe. Comme son auguste époux, la reine était d'une corpulence excessive, et pendant près de dix ans, le mariage resta stérile, ce qui n'a pas lieu d'étonner. Les époux durent avoir recours à l'intercession du pieux Armand, abbé de Saint-Médard de Soissons, pour faire cesser leur stérilité. Un enfant leur naquit alors, qui devait occuper le trône de France sous le nom de Louis VI. Philippe est mort le 29 juillet 1108 de cause inconnue (Augustin Cabanès, Les morts mystérieuses de l'histoire, Tome 2 : Souverains et princes français de Charlemagne à Louis XVII,  1901 - books.google.fr).

 

Saint-Gilles est une église paroissiale, qui a été entreprise dans le deuxième quart du XIIe siècle pour desservir un nouveau quartier de la ville alors en expansion. Du moins, ou peut le penser et lier la construction à l'exemption d'impôts accordée par Louis VI, en 1129, aux habitants de ce quartier neuf. De l'église romane subsistent la façade, une partie de la nef et la croisée du transept. Au XIIe siècle, un clocher a été élevé au-dessus de la croisée. Au XVe et au début du XVIe siècle, d'importants travaux ont modifié l'aspect primitif de l'église. Le bas-côté et les chapelles latérales au Sud, ainsi que le double bas-côté au Nord, ont remplacé les premiers bas-côtés vraisemblablement simples Toutes les piles de la nef ont été alors reconstruites en sous-œuvre. Les bras du transept ont été refaits en prolongement des nouveaux bas-côtés et un nouveau chœur, cantonné de bas-côtés, a été édifié. L'église a été endommagée par un bombardement en 1940 et a été restaurée depuis (Anne Prache, Ile-de-France romane: Photographies inédites de Zodiaque, 1983 - books.google.fr).

 

Louis XIII, Louis XIV

 

Vincent de Paul intervient pendant les guerres de la Fronde (1648-1652) à Etampes où étaient stationnées les armées des princes frondeurs (Alphonse Feillet, La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul, 1868 - books.google.fr).

 

Turenne vint assiéger à Etampes l'armée du prince de Condé, que commandait le comte de Tavannes. Louis XIV, encore enfant, amené à ce siège par Mazarin, y eut, dit-on, le courage de passer d'un quartier à l'autre sous le feu d'une canonnade assez vive. Comme il demandait, le soir, à Laporte, son valet de chambre, si le canon lui avait fait peur, celui-ci, qui était ce jour-là créancier du roi et qui aurait bien voulu cesser de l'être, répondit : «Ordinairement on n'a point peur quand on n'a point d'argent.» Laporte ajoute dans ses Mémoires : «Il m'entendit et se prit à sourire ; mais personne n'en devina la cause. Le roi ayant quantité de malades et estropiés qui couraient après lui, demandant de quoi soulager leur misère, sans qu'il eût un seul douzain à leur donner : de quoi tout le monde s'étonnait fort.» En effet, le cardinal Mazarin venait d'enlever au jeune roi les cent louis d'or que lui avait comptés le surintendant des finances pour qu'il en fit une distribution aux soldats blessés. Après deux semaines de bombardements et d'assauts inutiles, qui avaient été très-meurtriers, Turenne dut lever le siège d'Etampes pour aller attaquer l'armée du prince de Lorraine, campée près de Paris. Mais la ville était à moitié détruite, et la peste en décima bientôt les habitants ruinés. Vincent de Paul accourut à leurs secours. Il soigna les malades. enterra les morts, pourvut au sort des orphelins, enfin releva complétement le moral de cette population abattue par tant de fléaux. Mais en 1663, La Fontaine, allant dans le Limousin, faisait encore d'Etampes la description suivante : «Nous regardâmes avec pitié ses faubourgs. Imaginez-vous une suite de maisons sans toits, sans fenêtres, percées de tous côtés : il n'y a rien de plus laid et de plus hideux. Cela me remet en mémoire les ruines de Troie la Grande.» (Les environs de Paris illustrés, Collection des guides-Joanne, 1878 - books.google.fr).

 

Non content d'avoir fait tout ce qu'on a vu pour les Lorrains, Saint Vincent de Paul fit à peu près les mêmes choses pour les pauvres habitans des frontières de Champagne et de Picardie, ruinés par les guerres; et durant l'espace de sept ou huit ans, il leur fit distribuer par ses missionnaires la valeur de six cent mille francs, tant en argent qu'en vivres, vêtemens, médicamens, instrumens de labourage, grains pour ensemencer la terre, etc. Le campement des armées aux environs de Paris ayant causé une désolation générale, la ville d'Étampes fut celle qui en ressentit davantage les funestes effets, ayant été assiégée long-temps et plusieurs fois de suite, ce qui avait réduit les habitans et les villages circonvoisins dans un état pitoyable de langueur et de pauvreté. Pour surcroît de misère, cette malheureuse ville se trouvait infectée par des fumiers pourris, répandus de tous côtés, dans lesquels on avait laissé une quantité de corps morts mêlés avec des charognes de chevaux qui exhalaient une horrible puanteur. Saint-Vincent, ayant appris le misérable état de cette ville et de ses environs, en fit le récit dans une assemblée des dames de la charité, qui le secondèrent dans cette bonne oeuvre avec leur bienfaisance ordinaire. Le saint se rendit sur le champ à Étampes, là, il donna la sépulture aux restes des corps morts trouvés dans les fumiers ; il fit parfumer les rues et toutes les maisons de la ville, et l'on étáblit une distribution de potages qui se fit dans la ville et dans les villages adjacens deux fois par jour. [...]

 

On a admiré et loué avec raison le brillant et beau siècle de Louis XIV; mais, en général, on n'a pas rendu au règne de Louis XIII toute la justice qui lui est due; ce règne ébaucha et même conimença toutes les merveilles du suivant : il donna tous les germes heureux d'une véritable civilisation, car la plus éminente piété en dirigea toutes les actions publiques. On vit alors les dames de la cour et de la ville, les plus distinguées par leur naissance et leur fortune, se réunir à la voix apostolique de Saint-Vincent de Paule, pour se conduire à l'envi les unes des autres de la manière la plus héroïquement charitable. Toutes renonçant au luxe et à la magnificence, vendirent leurs bijoux, leurs diamans, leurs chevaux, et du consentement de leurs maris, pour subvenir aux frais immenses des plus grands établissemens publics qu'on eût encore vus dans ce genre. Quand les monumens immortels de leur bienfaisance et des admirables prédications de Saint-Vincent furent élevés, quand l'hôpital des Enfans-Trouvés et l'Hôtel-Dieu furent en état de servir de refuge aux petits enfans abandonnés et aux pauvres malades, on vit les généreuses fondatrices se réunir pour aller tous les matins visiter ces pieux asiles, se dépouillant avec ravissement de toute parure mondaine pour se revêtir d'une robe de bure et d'un grand tablier de grosse toile; elles allaient porter aux malades des bouillons, des rafraîchissemens, des confitures faites: par elles, des sirops, des fruits, et ce qui vaut infiniment mieux, des consolations de tout genre, des exhortations religieuses, et les exemples de la plus touchante bonté. Ces dames aidaient à panser les plaies des malades; elles menaient avec elles des jeunes filles qui étaient, pour la plupart, des paysanes de leurs terres; elles leur apprenaient à servir les infirmes, à soigner les petits enfans, et ces pieuses instructions formèrent les respectables Soeurs de la Charité que Saint-Vincent de Paule institua peu de temps après (Comtesse de Genlis, De L'Emploi Du Temps, 1826 - books.google.fr).

 

Louis XIII et Anne d’Autriche ordonnèrent, en 1638, des prières solennelles à saint Gilles, lors de la naissance de Louis XIV ; et, pendant neuf jours, le clergé et la noblesse se rendirent à l’église St-Leu-St-Gilles de Paris, pour demander au ciel la con—servation du prince nouveau-né (Pierre-Émile d'Éverlange, Saint-Gilles et son pélerinage, 1879 - books.google.fr).

 

Examinons la légende de saint Gilles (fêté le 30 août). Avant d'être renommé Gilles, le saint homme s'appelait Aegidius, nom formé directement sur celui de la peau de chêvre, aigis. Nous retrouvons l'évocation du costume des masques printaniers dans les théonymes gaulois Stanna et Caprion, sans savoir si ces théonymes désignent des figures printanières, pertinentes aux calendes de mars, ou la figure symétrique, saint Gilles, fêté à celles de septembre. Saint Gilles est une figure majeure du calendrier sanctoral officiel mais pour simplifier l'exposé de la coutume bretonne, nous lui substituerons son homologue local, saint Edern.

 

Saint  Gilles, après avoir vécu deux ans auprès de saint Césaire en Arles, se retire en un désert. Il vit en ermite dans une grotte, à l'endroit qui deviendra Saint-Gilles-du-Gard. Une biche vient chaque jour à heures  fixes lui offrir son lait. Les veneurs du roi Wamba prennent en chasse cette biche. Serrée de près, elle se réfugie aux pieds de saint Gilles. Aucun des chiens ne peut s'approcher de l'ermitage. La meute est figée à un jet de pierre de sa proie. Un chasseur tire sa flèche, laquelle atteint Gilles à la main. L'acte est reconnu comme impie par le roi, qui s'oblige à demander réparation de son crime. Saint Gilles est encore invoqué par les femmes atteintes de stérilité, mais aussi par ceux qui souffrent de maux de ventre. On peut penser que le lait dont fut nourri le saint homme, valait autant sinon plus que celui des animaux domestiques. En témoigne la capacité du saint homme de guérir de sa blessure à la faon dont le cerf survit au venin des serpents et au poison des flèches. Nous retrouverons, dans le lai de Désiré, cette indication d'un pèlerinage à Saint-Gilles-du-Gard dont l'effet fut de  rendre féconde une femme jusque là stérile. Nous avons vu précédemment que saint Césaire condamnait le rite cervulum facere : même si la légende de saint Gilles n'est pas en concordance calendaire avec le rite païen, elle l'est avec les dates de l'Èquinoxe : S'il fait beau à la saint Gilles, cela dure jusqu'à la saint Michel [le 29 septembre] (Yves Chetcuti, Le cerf, le temps et l’espace mythiques, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

Employer son temps

 

employer (v. 1080) son temps (v. 1220) (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr, Robert Estienne, Dictionaire francoislatin, autrement dict les mots francois, avec les manieres d'user diceulx, tournez en latin. Corrige et augmente, 1549 - books.google.fr).

 

Artémis, Diane

 

Après la mort du dauphin François, Diane, aimée du duc d'Orléans, devenu dauphin, se trouva en concurrence avec la duchesse d'Étampes, maîtresse de François Ier. Diane avait bien dix ans de plus que sa rivale, mais elle était encore d'une rare beauté, qu'elle conserva toujours. Brantôme, qui la vit peu de temps avant sa mort, assure qu'elle était encore belle. La duchesse d'Étampes et ses partisans (car Diane et la duchesse d'Étampes divisèrent la cour en deux camps) se riaient vainement de l'âge de la belle veuve, vainement lui prodiguaient le nom de vieille ridée, la passion du dauphin allait toujours croissant : il épousa Catherine de Médicis, mais la princesse fut obligée de ménager la favorite. A la mort de François Ier, Diane gouverne la France sous le nom de Henri II. Elle exile la duchesse d'Étampes, bouleverse le conseil, le ministère et le parlement (Nouveau dictionnaire de la conversation, Tome 9, 1845 - books.google.fr).

 

Les mythes celtiques mettent en évidence trois apparences animales substituables les unes aux autres : une vache ou une biche (Bovinda, Damona), une biche ou une chèvre (Stanna) voire une jument (Epona). Considérons le motif féminin, en relation avec le zoonyme Etagne etles théonymes féminins Dirona, Thirona, Tsironna, Sirona et Stirona. A l'encontre des linguistes qui traduisent l'épiclèse en stellaire (comme Stella, Estelle), nous proposons le signifié stÈrile. Nous nous fondons sur le  zoonyme Eterle, désignant une chèvre sauvage juvénile, et sur l'importance accordée àla virginité dans le mythe du renouvellement féminin. Nous pensons que le changement de nom, passant de Stirona (la fille vierge) à Stanna (la fille farouche, la fille sauvage), relève d'une paronomase. Le glissement de sens existe à l'identique dans le mythe d'Artémis, chasseresse farouche, vierge quoique protectrice des femmes enceintes, des parturientes et des nourrices. Le cycle narratif semble être le suivant : sous l'apparence féminine, la parèdre de l'entité andromorphe à bois de cerf, est Stirona, vierge aux calendes d'août. Durant les neuf mois s'écoulant des calendes d'août à celles de mai, elle est Stanna, enceinte. Entre mai à août, elle est Matrona et allaite. En août, elle se rend aux fontaines tandis que son fils est donné en fosterage, sinon allaité par une biche en forêt (Yves Chetcuti, Le cerf, le temps et l’espace mythiques, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

"haut non bas" style des Blasons

 

On peut retrouver une formule de même construction dans le "non si non là" d'un sonnet de Philibert Bugnyon, disciple de Maurice Scève (Bertrand Guégan, OEuvres poétiques complètes de Maurice Scève, Garnier, 1927, p. 302).

 

M. S. LYONNOIS SONNET

 

La loy premiere imitant la Nature,

Peut raisonnable estre instinct juste et droict.

Mais non point tel, qu'on voit tout legal droict,

Plus equitable a toute creature.

Celuy ne fait, ignorant son injure,

Rendre a chacun, non point ce qu'il voudroit,

Ains l'equité, qui luy appertiendroit,

Ny criminel punir la forfaicture.

Et si cestuy par sa diversité

A loy diverse, ou bien droict usité,

A decider maint contraire passage :

C'est que le Tems a toujours prevalu

Sur toutes meurs, que suyvre il a falu,

Comme tout art se confond par l'usage.

 

NON SI NON LA

 

1563 (Traité des loix abrogées..., de Philibert Bugnyon).

 

Dans ses jeunes années, Scève emploie la devise SOUFFRIR NON SOUFFRIR ; mais plus tard, il choisit une nouvelle devise plus mystérieuse et abstraite dont la forme se complique : NON SI NON LA qui peut se lire NON SI / NON LA ou NON / SI NON / LA. Si chaque unité sémique des deux devises SOUFFRIR et NON SI d'une part et NON SOUFFRIR et NON LA d'autre part se comprend parfaitement quand on la considère séparément, elle perd toute valeur lorsque la juxtaposition s'opère, puisque chaque unité constitue l'exacte contradiction de l'autre. Selon toute logique, chaque unité détruit l'unité opposée et, prises comme déclarations logiques, ces devises sont parfaitement absurdes, dépourvues de sens. Si nous désirons postuler qu'il y a un sens ou une signifiance au message - et respect pour Scève -, il nous faut construire une pyramide sémique qui pourrait expliquer la présence d'un sens, différent de celui des unités premières et cohérent par rapport aux prémisses. [triangles A (NON SI) - B (NON LA) - C (X) ou  A (SOUFFRIR) - B (NON SOUFFRIR) - C (X)] Bien sûr, le sens X reste sans expression linguistique et ne constitue qu'une conjecture dans le chef de l'interlocuteur. Connaissant l'obsession chrétienne du triangle (représentation du Saint Esprit au moyen âge) et son obsession pour le chiffre trois, suggérons que, de même que Scève pensait saisir le monde suivant un schéma mathématique symbolique, de même il cherche à exprimer sa vision chrétienne du monde sous une forme linguistique plus subtile que régit le même type de pensée (A. Goldschläger, Rhétorique et esprit religieux, Ars Semeiotica, Volume 3, 1980 - books.google.fr).

 

La devise qui encadre la Délie (elle est placée entre le huitain liminaire et le premier dizain, et à la fin du dernier dizain) : «Souffrir non souffrir», interprétée généralement comme un jeu d'antithèse pétrarquiste, calque exactement la construction et le sens même des devises des troubadours, et en particulier celle de Bernard de Ventadour : «Mesjau-no-jausitz» (je suis joyeux-non joyeux) : c'est là un type de contradiction différent de la contradiction pétrarquiste, qui est en définitive une fausse contradiction, une contradiction apprivoisée, harmonisée, dissoute (selon les traces du «dolce-amaro» pétrarquien). Chez les troubadours, et chez Scève, ce qui prend la place de l'antithèse, ou qui la sous-tend constamment, c'est la coexistence des contraires, la notion de la «contradiction à l'état pur». [...]

 

Dans le titre, Délie, abject de plus haute vertu, le terme «objet» ne désigne pas, comme il peut sembler, la femme comme «objet du désir» - opacité stable venant en quelque sorte donner au désir une cause et une explication, recouvrant, comblant le vide qu'ouvre le désir. Dans la langue du XVIe siècle, le mot objet (objectum) désigne «tout ce qui est placé devant le regard» (spectacle, paysage). Loin d'être le point concret qui clôt le désir en lui fournissant une cause, Délie est le spectacle qui fait penser au désir, à la fois spectacle et moteur - le mot vertu étant employé dans le sens de son origine latine, «valeur», «force» : Délie est spectacle de force magique (force lunaire, puisque Délie est Diane), et à la fois contemplation infusant plus de force, entraînant l'amélioration (le melhuramen) de qui la regarde. Le livre Délie sera une réflexion sur le pouvoir du désir, aussi bien qu'un moyen de transformation de celui qui l'écrit (Jacqueline Risset, L'Anagramme du désir : sur la «Délie» de Maurice Scève, 1994 - books.google.fr).

 

En 1533, l'épisode de la découverte supposée du tombeau de Laure à Avignon et de sa duplication spectaculaire en présence de François Ier, constitue la première apparition remarquée de M. Scève (v. 1502-v. 1564) sur la scène politico-artistique. Deux ans plus tard, il entame sa carrière d'auteur en publiant La Déplourable Fin de Flamete (Lyon, 1535), la traduction française d'un roman espagnol de J. de Flores. Il participe dans la foulée au «concours» de Ferrare, où son blason du sourcil remporte le premier prix, à la surprise de Marot lui-même, qui ne le connaît pas encore personnellement à cette date. Même si ce dernier ne cite, dans son épître de février 1536, que les blasons du sourcil et de la larme (tous les deux publiés dans l'édition Janot), les trois autres (front, gorge et soupir, publiés en compagnie des deux premiers dans l'édition Harsy) sont contemporains. Si Marot est l'initiateur de la mode des blasons anatomiques, Scève joue incontestablement un rôle central dans son premier développement lyonnais. En composant cinq blasons, il jette en effet les bases d'un recueil que son beau-frère, J. de Vauzelles, va concevoir avec la collaboration de la librairie lyonnaise et peut-être même le parrainage de François Ier. En s'en tenant au canon bref (suivant les recommandations de Marot) et en privilégiant une approche à la fois pudique, sentimentale et spirituelle, Scève donne une inflexion très nette à sa production, qu'il ne réussit pas, cependant, à imposer à un groupe de poètes sans vergogne (Julien Goeury, , Blasons anatomiques du corps féminin, 2016 - books.google.fr).

 

Conçue sur la différence naturelle des sexes (masculin/féminin), l'opposition identique/différent structure toutes les catégories mentales qui nous servent à penser. Il s'agit aussi bien des catégories triviales du langage ordinaire : chaud/froid, lourd/léger, haut/bas, plein/vide, sec/humide, sain/malsain, actif/passif, etc., que des catégories abstraites et savantes : un/multiple, continu/discontinu, contenant/contenu, formel/informel, mobile/immobile, juste/injuste, etc. Aucun des termes de ces catégories dualistes n'est pensable sans l'autre : il n'y a pas de chaleur pensable sans référence au froid, il n'y a pas d'identité pensable sans référence à l'altérité (Françoise Héritier, Vers un nouveau rapport des catégories du masculin et du féminin, Contraception : contrainte ou liberté ?, 1999 - books.google.fr).

 

Si le grand souffle et la vision cosmique des chefs-d'œuvre de l'Antiquité ou du XVIe siècle ne traversent pas les productions qui nous occupent, leurs développements médicaux ne vont pas sans d'amples considérations religieuses (la toute puissance divine sans cesse rappelée, la fonction du médecin ou du pharmacien dans le plan divin, les maladies et misères de l'homme rattachées au péché originel, etc.) ou morales (la «diététique» de Gérard François concerne aussi les «passions de l'âme») ; l'engagement y est souvent vigoureux, la polémique fréquente et vive, jusqu'aux injures les plus ordurières (contre Paracelse par exemple chez Louis de Fontevettes) (Henri Lafay, Poésie et médecine au XVIIe siècle. Des Blasons des Fleurs où sont contenus plusieurs secrets de médecine (1614) au Poème du Quinquina (1682), Colloque de Marseille «Madame de Sévigné, Molière et la médecine de son temps», 1973  - books.google.fr).

 

François Gérard, médecin d'Henri IV, prouve cependant que la poésie scientifique n'a pas perdu ses droits. En 1583, il publie un Traité de Santé fort imprégné des préceptes de l'Ecole de Salerne. Dans ce long poème de 194 pages, sorte de louange à la Santé, très proche du style des "Blasons", l'auteur éprouvé par la maladie dans sa résidence d'Etampes, s'applique à faire bénéficier ses concitoyens de ses réflexions sanitaires. Il démontre en trois livres la nécessité d'une vie saine dans ses qualités naturelles, d'un bon régime alimentaire et d'une vie régulière réparatrice partagée entre le travail, l'exercice, la lecture, le sommeil en respectant les règles de l'hygiène élémentaire. Plus anatomique est l'essai que fit René Bretonnayau, médecin à Loches, originaire de Vermantes publié la même année sur La génération de l'Homme et le Temple de l'Ame, extrait d'un traité de médecine L'Esculape français qu'il avait composé sous forme de sonnets offrant entre autre de singulières recettes aux Dames de la Cour désireuses de conserver leur beauté. Après avoir décrit fort habilement les organes génitaux et l'accouplement  il nous fait une relation assez exacte, pour l'époque, du fœtus, de son anatomie, des vaisseaux, du squelette et des viscères. Il envisage ensuite l'accouchement et traite de la stérilité de l'Homme et de la Femme et des moyens d'y remédier. Le Temple de l'Ame lui fait décrire la dissection du cerveau, les organes des sens et les rêves pour terminer par une apologie de Dieu . Il envisage enfin les différents viscères (Roger Saban, La poésie dans les traités d'anatomie au XVIIe siècle, Actes du Congrès national des sociétés savantes: Section d'histoire des sciences et des techniques, Numéro 112, 1985 - books.google.fr).

 

Gérard François parle "de l'acte vénérien" et de ses conséquences.

 

Il fault à la parfin mourir, qui faict que l'homme cupide & desireux d'immortalité desire se perpetuer sinon en soy, à tout le moins en son espece, & ce par le moyen de la generation qui

se faict en l'acte Venerien : duquel l'vsage temperé proufite aucunement, comme l'excez nuist beaucoup. La consideration des temps y est vtile, celle des complexions raisonnable, mais des aages tres-necessaire pour les inconueniens qui en aduiennent aux corps, aux mesnages, au public. Les affections de l'ame ne se peuuent euiter, dompter trop bien, tout homme s'affectionnant, se passionant le seul fol & desraisonné (Gérard François, Les trois premiers livres de la santé, 1583 - www.corpusetampois.com).

 

Gérard François était médecin du roi Henri IV ; il a laissé divers ouvrages. Il habitait la paroisse de S. Basile à Etampes, où plusieurs de ses enfants furent baptisés ; il y est cité jusqu'en 1598 Marie du Camel était sa femme (Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil, d'Étampes et du Hurepoix, Volume 14, 1908 - books.google.fr).

 

Il a publié deux poèmes remarquables devenus très rares, le premier ayant pour titre : Les trois Premiers livres de la santé, Paris, 1583, in-12 ; le second : De la maladie du grand corps de la France, dédié au roi Henry IV dont il était le médecin, Paris, 1595, in-8. On ne sait rien sur la vie de ce poète qui naquit à Étampes au XVIe siècle. Cependant, sa biographie a été faite par Guillaume Colletet, car elle se trouvait dans son ouvrage, manuscrit des Vies des poètes français, Par ordre chronologique depuis 1209 jusqu'à 1647, qui fut détruit dans l'incendie de la bibliothèque du Louvre allumé par les scélérats de la Commune (L'intermédiaire des chercheurs et curieux: questions et réponses, communications diverses à l'usage de tous, Volume 6, 1898 - books.google.fr).

 

Le médecin Guillaume Mauquest de la Motte raconte un accouchement qui eut lieu en 1692 dans son Traité des accouchements :

 

Je fus surpris qu'à la première violente douleur la femme accoucha d'un enfant qui, en cette posture, vint la face en bas, qui était opposée à la naturelle, parce que si la femme eût été couchée sur le dos, il serait venu le visage en haut, qui était l'obstacle que je n'avais pu prévoir, et qui rendit cet accouchement si long et si difficile. C'était une fille qui s'est bien portée, et la mère aussi dans la suite, quoique très épuisée par les continuelles douleurs qu'elle souffrit, sans parler de l'accoucheur qui en eut sa bonne part (Jacques Gélis, Accoucheur de campagne sous le roi-soleil, 1989 - books.google.fr).

 

Dans le Roman du comte d'Anjou, qui a pour théâtre un cadre extrêmement réduit (Orléans, Lorris, Chartres, Etampes), et qui tire son argument de la Manekine, le merveilleux et la main coupée en moins, "la mairesse" d'Etampes (Maheut) a trouvé en larmes, à un carrefour, une jeune femme qui a tout récemment accouché et son bébé. Elle l'emmène chez elle :

 

Ung baing fet faire isnellement

Car en li n'avoit qu'enseingnier ;

Lui et l'enfant i fet baingnier.

 

texte de classement malaisé. Ce bain, donné à une accouchée au moment de ses relevailles, est certes médical, mais aussi rituel et évidemment de propreté (Le mythe du pissar, Les Soins de beauté: Moyen Age, début des temps modernes : actes du IIIe Colloque international, Grasse (26-28 avril 1985), 1987 - books.google.fr).

 

Cette jeune femme est l'héroïne du roman, échappant à son père, le comte d'Anjou, qui a conçu pour elle un amour incestueux. Elle épousera le comte de Bourges et se retrouve avec son enfant au pied de la croix devant l'église d'Etampes. Le comte de Bourges se fait mendiant pour retrouver sa femme. Il n'est pas question de prouesse chevaleresque (Henri Coulet, Le Roman jusqu'à la Révolution (1967), 2014 - books.google.fr).

 

Reclain et appeau

 

Imiter le cerf pour le faire venir lors du brame, c'est assimiler la proie du chasseur au rival d'un cerf, le cerf étant en l'occurrence celui qui défie l'autre, celui qui a l'initiative de la rencontre. La technique est ancienne. On utilisait autrefois une corne de bœuf pour amplifier les sons émis par l'homme. L'instrument a ensuite été modifié par une embouchure ; on souffle aujourd'hui dans un cor pour sonner et non pour imiter les cerfs (l'appeau  au  cerf) (Yves Chetcuti, Le cerf, le temps et l’espace mythiques, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

Or le reclain, mais dans le domaine aviaire, est un appeau.

 

La forme moderne de ce mot est reclin : elle désigne un appeau spécial pour attirer les cailles. Fig Mostrer loire et reclain, appeler et réclamer : "Or me mostrent loire et reclain Chil de Miaulens et de Biaurain, Qui tuit sont pori o fardel." (Jean Bodel, Les congés) (Edgar Nicolin, Les expressions figurées d'origine cynégétique en français, 1906 - books.google.fr).

 

Chrétien de Troyes ne donne pas la précision calendaire utile, mais une référence explicite est faite, au moment des retrouvailles d'Erec et Enide après la brouille des amants. On comprend que six mois se sont écoulés, du fait de l'allusion au double motif printanier - l'épervier de leur rencontre et le cerf aux fontaines du psaume 42 - alors que l'été est passé : 

 

Cers chaciez qui de soif alainne

Ne desire tant la fontainne,

N'esprevier ne vient au reclain

Si volontiers con il a fain,

Que plus volontiers n'i venissent,

Ainçois que il s'entretenissent.

Cele nuit ont mout restoré

De ce qu'il orent demoré. (Erec et Enide, 1994, v. 27-29, p. 61) (Yves Chetcuti, Le cerf, le temps et l’espace mythiques, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

L'épervier, quant à lui, prolonge directement le motif cynégétique, mais hors de tout renvoi à la Bible ; c'est un oiseau qui ne fait de toute manière pas partie de la faune biblique. L'image évoque l'oiseau qui vient a reclain, à nouveau un terme technique d'une justesse parfaite : on faisait revenir vers le poing tendu, tenant un bout de viande ou «reclaim» en guise d'appât, les autours et les éperviers. Pour leur part, les faucons reviennent au «leurre», sorte de simulacre d'oiseau que le fauconnier fait tournoyer au bout d'une courroie. Le «reclaim» est de temps à autre évoqué dans des comparaisons érotiques chez d'autres romanciers, lorsqu'il est question du désir (Baudouin Van den Abeele, De l’épervier à l’émerillon : images de la chasse au vol dans les romans de Chrétien de Troyes, Pour l’amour des mots: Glanures lexicales, dictionnairiques, grammaticales et syntaxiques, 2019 - books.google.fr).

 

Dans le lai de Désiré, en Ecosse, en Calatir, un vavasseur et son épouse se désolent de rester sans enfant. Ils décident d'un pélerinage auprès de saint Gilles en Provence.

 

Le lai de Désiré est le seul récit médiéval où la différence entre la durée de gestation des biches et celle des femmes, apparaît : il s'écoule huit mois entre l'intercession du saint homme à la biche (au lever d'Arcturus, compte tenu de la dérive julienne du calendrier) et neuf mois entre la date de départ en pélerinage et la naissance désirée. L'auteur du lai évoque implicitement la biche de Saint-Gilles-du-Gard, laquelle n'a pas été atteinte par les flèches des chasseurs, comme modèle de l'épisode où celles de Désiré n'atteignent pas son  "fils" quand celui-ci apparaît sous la forme d'un cerf. Ce lai raconte donc une histoire développée sur trois générations, mêlant les genres humain et animal, et associant les apparences animales au monde surnaturel (le fameux cerf est le fils de la fée) (Yves Chetcuti, Le cerf, le temps et l’espace mythiques, 2012 - tel.archives-ouvertes.fr).

 

Réclainville

 

Cette commune se trouve entre Chartres et Etampes.

 

Les sculptures des bases des voussures du portail droit de l'ensemble du midi de la cathédrale de Chartres racontent la légende de saint Gilles (Jean Villette, Les Portails de la cathédrale de Chartres, 1994 - books.google.fr).

 

François II d'Allonville d'Oysonville (après 1529-1615), sieur d'Oysonville et de Vertron, chevalier de l'ordre du roi, député de la noblesse aux états généraux d'Orléans (1560) et de Blois (1588), gouverneur des villes et duchés d'Étampes, était un capitaine catholique qui joua un grand rôle pendant les guerres de la Ligue.

 

Jean d'Allonville (après 1526-1597), seigneur de Réclainville, d'Archenville, du Grand Coudray, de Bierville et de Maisonneuve, écuyer, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme de la Chambre du roi Henri III, lieutenant à la compagnie de gendarmes de Fontaine-la-Guyon, lieutenant de Chartres et du pays chartrains pour le sieur François-René d'Escoubleau, sieur de Sourdis (mort en 1602). Jean d'Allonville tenait secrètement pour la Ligue après la mort des deux Guise à Blois en 1588 (Xavier Le Person, Histoire de Sebastien Le Pelletier: prêtre ligueur et maître de grammaire des enfants de chœur de la cathedrale de Chartres pendant les guerres de la Ligue (1579-1592) 2006 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Jehan II d'Allonville de Réclainville).

 

Le fief d'Allonville se trouve à Neuvy en Dunois, au sud de Chartres.

 

Le 19 août 1587, les habitants d’Etampes entrèrent dans la Ligue, parti du duc de Guise. Après l’assassinat de ce dernier, ses partisans placèrent une garnison dans Étampes. Elle était commandée par François d’Isy, seigneur de la Montagne, qui fut bientôt remplacé par le seigneur de Pussay. Le plus odieux fanatisme se donna libre cours. Le seigneur de la Montagne fit emprisonner Nicolas Petau, le bailli, et ses enfants, sous le prétexte fallacieux de mauvais catholicisme. Toute la population d’Étampes, indignée, fit entendre la voix de sa réprobation. Les suspects de conciliation avec le parti protestant, de tolérance, dirait-on aujourd’hui, de «politique» disait- on alors, étaient incarcérés sans pitié. Le prévôt, Jean Audren, subit le même sort que Petau. Le Conseil du Roi envoya à Étampes, pour remplacer Audren, Simon Delorme, avocat au Parlement. En cette circonstance l’assemblée de ville manifesta sa pensée avec courage et refusa de reconnaître le nouvel officier. Nous serons bref sur le dénouement. La ville d’Étampes ne pouvait pas opposer de résistance aux attaques d’une armée nombreuse. Les forces réunies du roi de France et du roi de Navarre s’emparèrent d’Étampes le 30 juin 1589 et la saccagèrent de fond en comble. Petau fut tué et, nous déclare sans autre précision la Rapsodie : «M. le prévost Jean Audren fut encore plus maltraité». Remarquons en passant que Nicolas Petau, tiraillé par des factions adverses, victime de son esprit d’apaisement, avait été, en 1587, incarcéré par lesligueurs et fut, en l589 mis à mort par les huguenots. Plus tard, l’armée de la Ligue reprit de nouveau la ville, sous la direction d’Alexandre de Castelnau. Enfin, le 4 novembre 1589, Henri IV revint, fit démolir le château, laissant subsister les ruines actuelles, démantela Étampes et la préserva ainsi pour l’avenir de beaucoup de maux. Nous avons eu l’impression que, de 1562 à 1589, en dépit de quelques accalmies, la petite ville d’Étampes avait subi des violences sans nombre et n’avait plus obéi à ses officiers locaux accoutumés (Paul Dupieux, Les Institutions royales au pays d’Étampes (Comté puis Duché : 1478-1598), Bibliothèque d’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, 1931 - www.corpusetampois.com).

 

C'est la stérilité du mariage d'Henri III qui donne la couronne à Henri IV.

 

Lesdites chartes de Louis le Gros, outre plusieurs privilèges, en donnent un auxdits habitants de Saint-Gilles demeurant ès environs dudit marché, qui est assez remarquable, car lesdits privilèges ont été confirmés de temps en temps par les successeurs, rois et comtes d'Étampes. savoir que pour les amendes qu'ils pourront encourir jusques à 60 sols, ils ne paieront que 5 sols 4 deniers, et pour les droits de reclins, au lieu de 7 sols 1/2 ils ne paieront que 16 deniers. Ce titre est connu, a été ci-devant cotté de l'an 1123 par plusieurs jugements et sentences dudit bailliage d'Étampes, lesdits habitants étant au dedans des limites de la franchise dudit marché, ont été maintenus en leurs privilèges, tant avec les receveurs du domaine que gens du roi, avec défense de troubler et empêcher les dessus dits en la jouissance de leurs dits privilèges cette sentence est du mois d'août 1576. Et par autre sentence du mois de juin 1612, rendue contradictoirement audit bailliage entre les habitants dudit marché à l'encontre de Mathurin Feilleret, fermier des reclins, défauts et amendes et les gens du roi, lesdits habitants de Saint-Gilles sont encore conservés en leurs privilèges et exemptions, tant pour le droit de minage, fors le samedi jour du marché, au lieu du jeudi qui était anciennement, que de reclins, défauts et amendes, que pour les amendes qu'ils pourraient encourir jusques à 60 sols parisis, comme de fol appel, désertion et autres qui ne procéderont de crimes et délits ils en seront tenus seulement de payer 5 sols 4 deniers parisis, et des reclins et défauts, tant de présentation que de jour assigné, 16 deniers parisis seulement, avec défenses audit Feilleret, fermier des reclins, défauts et amendes, et à tous autres receveurs et fermiers du domaine d'Etampes de troubler et empêcher lesdits habitants en la jouissance de leurs dites exemptions, ni les contraindre à payer plus grand droit que ce que dessus, et où ils auraient été ou seraient contraints d'en payer davantage, leur sera rendu et restitué (Charles Forteau, La rapsodie de maître Pierre Plisson, avocat du roi au baillage d'Etampes au XVIIe siècle, Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais, Tome 27, 1909 - www.corpusetampois.com).

 

Acrostiche : LLLE, CLE

 

LLL fait en numération romaine 150 soit CL.

 

Historiquement, «clef» est premier (1080), issu du latin «clavis», «clef, loquet, barre» : le «v» latin devient «f» en français. Le mot latin était à l’origine synonyme de «clavus», qui a donné «clou», base d’une famille nombreuse de mots techniques exprimant l’idée de «fermeture» : «clore, clou ; cheville, clavicule, conclave» («Dictionnaire historique de la langue française»). La graphie «clé», à peine moins ancienne (v. 1121), est la réfection d’un singulier sur l’ancien pluriel «clez, cles», où le «f» final avait disparu devant «z, s» (www.grevisse.fr).

 

M. Louis Guyot, sieur des Pavillons et de Potelet, président en l'Élection, maire perpétuel de ville et paroisse de Dourdan, signe ses actes «de nostre chambre commune de l'hostel de ville». Son père Julien Guyot a, comme lieutenant-général, harangué plus d'une fois, à la porte de la ville, Marie de Médicis ou son fils. Son grand-père a reçu, au même titre, le duc de Guise, aidé aux préparatifs de la guerre d'Auneau, subi le terrible siège de 1591, réparé autant que possible les désastres de la Ligue, facilité les oeuvres charitables de Sully et de sa femme, et fait le voyage d'Étampes pour présenter à Henri IV la clé de la ville sur un plat d'argent (Joseph Guyot, Le poète J. Fr. Regnard en son chasteau de Grillon, 1907 - books.google.fr).

 

Une «clé d'or» était présentée aux souverains qui honoraient Étampes de leur visite (Maxime Legrand, Étampes pittoresque: guide du promeneur dans la ville et l'arrondissement, Tome 1, 1902 - books.google.fr).

 

On pense aussi à Jacques CLE-ment assassin d'Henri III le 1er août 1589 à Saint-Cloud (clou : clavus).

 

Henri III aurait eu à ce moment les clés de la grille de la Sainte Chapelle dans ses poches (Arthur Michel de Boislisle, La Chambre des Comptes de Paris: 1506-1791, 1873 - books.google.fr).

 

Dans un libelle attribué à Charles Pinselet, chefcier de Saint Germain l'Auxerrois, Le Martyr de Jacques Clément, celui-ci, après la prise d'Etampes, le 23 juin, par les royaux qui l'auraient mis à sac, essaie de voir le roi à Pontoise, mais ne le pouvant pas, retourne à Paris. C'est alors qu'il est à Etampes, qu'Henri III apprend la menace d'excommunication proférée par le pape Sixte V contre lui, qui poussait encore plus Clément dans son dessein de tuer le roi (Archives curieuses de l'histoire de France depuis Louis XI jusqu'à Louis XVIII, 1ère série, Tome XII, 1836 - books.google.fr).

 

Etampes a joué un rôle dans la vie de Ravaillac, assassin d'Henri IV.

 

Remonstré qu'il n'a eu de subiect faire yn si meschant et desloïal acte auquel vraisemblablement a esté poussé d'ailleurs :

 

A dict que personne quelconque ne l'a induict à ce faire que le commun bruit des soldats, qui disoient que si le Roy, qui ne disoit son conseil à personne, vouloit faire la guerre contre le Sainct Père, qu'ils luy assisteroient et mourroient pour cela, à laquelle raison s'est laissé persuader à la tentation qui l'a porté de tuer le Roy, parce que faisant la guerre contre le Pape, c'est la faire contre Dieu, d'aultant que le Pape est Dieu et Dieu est le Pape."

 

A dict qu'il fust loger aux Cinq Croissans faulbourg Sainct Iacques et pour estre proche du Louure, se logea aux Trois Pigeons, faulbourg Sainct Honoré, où allant passa pour loger à l'hostellerie proche des Quinze-Vingts à costé, où y auoit trop d'hostes, fust refusé, et sur la table print un cousteau, non à cause du refus, mais pour lui sembler le cousteau propre à exécuter sa volonté; le garda quelques quinze iours ou trois sepmaines, l'aiant en un sac en sa pochette, dict que s'estant désisté de sa volonté, il prist le chemin pour s'en retourner, fust iusques à Estampes, où y allant rompit la pointe du cousteau de la longueur d'environ un poulce à vne charrette deuant le iardin de Chanteloup et estant deuant l'Ecce Homo du faulbourg d'Estampes, lui reuint la volonté d'exécuter son dessein de tuer le Roy et ne résista pas à la tentation comme il auoit faict auparauant; sur ce reuinst en ceste ville auec ceste délibération , parce qu'il ne conuertissoit pas ceulx de la religion prétendue réformée, et qu'il auoit entendu qu'il vouloit faire la guerre au Pape, et transférer le Sainct Siège à Paris.

 

Nous a demandé voir vn papier qu'il auoit lors de sa prinse, où sont peintes les armes de France, à chaque costé deux lyons, l'vn tenant yne clef et l'aultre yne espée, lequel luy auons représenté :

 

Et il a dict qu'il l'auoit apporté d'Angoulesme auec ceste intention de tuer le Roy; sur ce qu'estant à la maison d'un nommé Béliart, il dict auoir entendu que l'ambassadeur du Pape auoit de sa part dict au Roy que s'il faisoit la guerre il l'excommunieroit , dict que Sa Maiesté auoit faict responce que ses prédécesseurs auoient mis les Papes en leur trosne, et que s'il l'excommunioit l'en déposséderoit, ce qu'ayant entendu se résolut du tout de le tuer et à ceste fin meit de sa main au dessus de ces deux lyons :

 

Ne souffre pas qu'on fasse en ta présence

Au nom de Dieu aulcune irréuérence (Pierre Charles E. Deschamps, Proces du tres meschant et detestable parricide François Ravaillac, 1858 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2239 sur la date pivot 1589 donne 939.

 

Les années 939-941, tout comme, un peu plus tard, les années 945-947, correspondent en effet à une époque de crise particulièrement aiguë et profonde de l'institution royale. En 939-940, Hugues, allié au comte Herbert de Vermandois, et surtout au roi Otton de Germanie, est en passe d'éliminer politiquement le jeune roi Louis IV. En 940, Reims est tombée entre les mains du Robertien. Agissant comme duc et prince des Francs, il s'apprête à faire déposer Artaud, l'archevêque royal, par un synode tout à sa dévotion et à le faire remplacer par Hugues, le fils d'Herbert. La situation du roi apparaît alors comme désespérée. Elle ne le restera certes pas puisque, dès 942, Louis IV, soutenu par la papauté et par certains grands du royaume, sera parvenu à rétablir au moins partiellement son autorité en Francia°. Il n'en reste pas moins qu'au lendemain de la prise de Reims, les prérogatives exercées par Hugues en Francia sont plus que jamais celles d'un dux Francor, véritable substitut d'un monarque pour l'heure dépourvu Saisissante et significative est, à cet égard, la composition de cette assemblée qui, le 7 janvier 941, réunit à Paris, autour du prince robertien, cinq évêques, six comtes parmi lesquels figurent les comtes nouvellement promus d'Anjou et de Blois, ainsi qu'un certain nombre de vassaux de blagues le Grand qui portent le titre évocateur de vassi dominici. L'on est ainsi en présence d'une réunion qui, hors la présence du roi, a toutes les caractéristiques et l'ordonnancement d'un plaid royal. Il n'est sans doute pas fortuit que la charte-notice qui nous fait connaître cette réunion évoque tout particulièrement la mémoire des deux premiers rois roberaient : de Robert, quondam piissimi regis, et d'Eudes, aeque glorias! regis ; car, en cette année 941, Hugues le Grand n'a peut-être jamais été aussi proche de la royauté (Yves sassier, Structures du pouvoir, royauté et res publica (France, IX-XIIe), 2004 - books.google.fr).

 

Hugues Capet naquit-il en 939 ou en 941 ? On en discute (Paul André, Hugues Capet, roi de France, 941-996, 1941 - books.google.fr).

 

Hugues le Grand aurait déjà possédé Etampes au Xe siècle (Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil, d'Etampes et du Hurepoix, Volumes 52 à 54, 1946 - books.google.fr).

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