Nilus

Nilus

 

X, 30

 

2199

 

Nepveu & sang du sainct nouveau venu,

Par le surnom soustient arcs & couvert

Seront chassez mis à mort chassez nu,

En rouge & noir convertiront leur vert.

 

Sur le nom Nil

 

Diodore dit, qu'après la mort de Rhemphis, il y eut sept générations de rois entièrement fainéants, qui ne pensèrent qu'à leur repos ou à leurs plaisirs ; c'est pourquoi les livres sacrés n'en rapportoient absolument aucun fait, aucune action digne d'etre écrite, excepté d'un seul nommé Nileus ou Nilée : c'étoit de celui-ci que le fleuve avoit pris le nom de Nil; car il se nommoit auparavant Ægyptos. Le grand nombre de canaux et de fossés très-commodes que ce roi fit creuser, et les autres ouvrages qu'il entreprit pour tirer plus d'avantage de ce fleuve lui valurent l'honneur de lui laisser son nom.

 

Marsham, comme je l'ai observé, trouve lui-même fort douteux ce que marque Diodore, que le roi Nileus donna son nom au Nil. On a déja vu que le nom de ce fleuve est en hebreu Xiêur ou Sihor, qui signifie noirâtre, et que les Grecs l'ont traduit dans leur langue Ægyptos, de couleur de vautour; c'est le nom qu'Homère lui donne.

 

Celui de Nil peut être formé de l'hébreu nel, qui signifie torrent : il convient à ce fleuve, à cause de ses inondations, et il ressemble aussi à l'hébreu nel, qui signifie conduire commodement. Cette signification peut être entrée pour sa part dans les conduits d'eau, ou canaux fort commodes, attribués au roi Nilus, car les noms, en essuyant différentes interprétations, se sont souvent confondus ; mais il s'agit de trouver d'où est formé le roi Nilus lui-même.

 

Il s'éleva, dit l'Ecriture (Exode, ), un nouveau roi en Egypte. Comme le mot hebreu qui signifie nouveau est êdx, qu'on orononce hadasch, les Orientaux en ont fait un roi Adéen, ou de la tribu d'Ad ; c'est ce qu'on trouve dans la plupart des commentateurs de l'Alcoran , car ils disent que le Pharaon du temps de Moïse, étoit de cette tribu. Comme Mlch ou Melech, qui signifie roi, approche du nom d'Amalec, d'autres l'ont fait Amalécite.

 

Nouveau se dit en grec neos d'ou se forment, neios, néalès, et même neêlys, nouveau venu. Pour le rapprocher du nom du Nil, quelques-uns en auront fait Neilus, Neilos.

 

On voit en effet par Horus, auteur égyptien, qu'on a donné au nom du Nil cette signification de nouveau ; on voit donc en meme temps comment le roi Neilus a pu se former du nouveau roi dont l'Ecriture fait mention, et acquérir en grec la gloire de donner son nom au Nil (Pierre Guerin du Rocher, Histoire véritable des temps fabuleux, Tome 2, 1841 - books.google.fr).

 

Nil de Rossano

 

Issu d'une famille grecque de Rossano, dans le thème byzantin de Calabre, Nil fut marié (ou vécut maritalement) et eut une fille, mais la mort de sa femme et de sa fille alors que lui-même n'avait que 30 ans l'amena à se convertir. Il se fit alors moine et répandit la Règle de saint Basile en Italie après avoir quitté la Calabre en 981 pour échapper aux persécutions des Sarrasins.

 

Il mourut au monastère Sainte-Agathe le 26 septembre 1004 et c'est son disciple bien-aimé, Barthélemy le Jeune (it), qui lui succéda comme abbé au monastère de Grottaferrata après l'avoir aidé à le fonder.Sa fête liturgique est le 26 septembre4, aussi bien pour le calendrier liturgique byzantin que pour le Calendrier liturgique romain (fr.wikipedia.org- Nil de Rossano).

 

Il est question d'un autre Nil, Nil d'Ancyre, au quatrain IV, 71 - Reconnaissance de l’église arménienne par Mahmoud II - 1830-1831.

 

Neveu

 

L'hagiographe de Nil de Rossano nous raconte ensuite l'histoire du neveu de Nil, le fils de la soeur qui l'avait élevé. Il était moine dans le monastère de Nil et doué de nombreuses qualités. Ayant un jour bu l'eau d'une fontaine dans un calice du culte, il provoqua la colère de son oncle, qui désormais cessa de lui parler. Le malheureux jeune homme en conçut un très vif chagrin, et finit par contracter une maladie dont il mourut (par. 82). Nous sommes bien loin ici de la pitié chrétienne qui consiste à comprendre et à pardonner ! Nil avait près de 85 ans quand il quitta Valleluce (vers 995) et se retira dans la campagne solitaire de Gaëte, où il fonda le monastère de Serperi. Il aspirait à la solitude, et ce n'est que contraint qu'il consentait à s'entretenir avec ses admirateurs (par. 87). Il continuait à écarter les femmes de ces entretiens, disant qu'il avait connu la vie profane et qu'il craignait qu'une présence féminine ne fasse de nouveau de lui la proie du démon. La femme du prince de Gaëte insista tellement que Nil finit par lui accorder une brève entrevue (par. 88). Le saint reçut aussi la visite de l'empereur Otton III revenant d'un pèlerinage au mont Gargano. Vainement, il essaya d'entraîner Nil à Rome, où le saint était venu quelques mois auparavant, pour essayer de sauver son compatriote, l'antipape Philagathos (par. 89-93) (Germaine da Costa-Louillet, Saints de Sicile et d'Italie méridionale, Byzantion: Revue Internationale Des Études Byzantines, Volumes 29 à 30, 1960 - books.google.fr).

 

Le contexte

 

Les émirs kalbites formaient une petite dynastie d'origine yéménite qui régna sur la Sicile pendant près d'un siècle. À l'origine de celle-ci figure Hasan b.'Alî al Kalbî, désigné en 947 gouverneur de Sicile par le calife fatimide d'Egypte (Philippe Sénac, Patrice Cressier, Histoire du Maghreb médiéval: VIIe-XIe siècle, 2012 - books.google.fr).

 

Les Kalbites assument longtemps les fonctions du djihad contre les Byzantins d'Italie du sud avec une armée régulière, le djund : ils prennent Taormine en 962, résistent à la contre-offensive de Nicéphore Phocas l'année suivante, passent en Calabre et vont ravager la Pouille, infligeant même une sévère défaite à Otton II au Cap Colonne en 982. Régulièrement, avec des pointes en 1002 et en 1016, ils mènent des campagnes de pillage et d'enlèvement d'esclaves le long des côtes italiennes. Mais cette économie de guerre tourne à l'archaïsme vers l'an mil, quand la  Méditerranée se ranime sous l'action conjointe des milieux marchands du Dâr al-Islâm, en particulier des juifs d'Égypte, de Tunisie et de Sicile, et des marchands d'Amalfi, bientôt relayés par les Pisans, les Génois et les Vénitiens. Une aire de prospérité commerciale unit l'Égypte fâtimide, l'axe tuniso-sicilien, Almeria et les duchés d'Amalfi, de Naples et de Gaète, fondée sur l'importation des épices qui transitent par Alexandrie. Les Kalbites renoncent donc à un instrument militaire qui menace de rébellion : en 1015, après une révolte, la garde noire est massacrée et le djund dissous. C'est aller trop vite : en 1035, le conflit successoral entre les princes kalbites conduit l'un d'eux à s'offrir aux Byzantins qui le nomment magistros et envoient une puissante armée. Le général, Georges Maniakès, libère les chrétiens de l'Est de l'île, mais, dévoré d'ambition, tente à son tour de marcher contre Constantinople pour y prendre la couronne impériale, les laissant à leur sort. […]

 

Les relations sont ambiguës, tantôt tendues, tantôt de protection, entre émirs et moines siciliens et calabrais, en particulier entre les Kalbites et saint Nil de Rossano (Henri Bresc, La Sicile, de la précroisade à la monarchie oecuménique (1060-1190), Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, 2004 - books.google.fr).

 

Jean Gualbert quitte Florence pour fonder le monastère de Vallombrosa et le ravennate saint Romuald abandonne de même sa patrie pour rejoindre les ermites de Camaldoli qu'il transformera bientôt en un ordre religieux, les Camaldules. Mais leur renommée pâlit auprès de la gloire de saint Nil : les pays latins, où le chasse l'invasion des Sarrasins, lui témoignent autant de vénération que les populations hellénisées de la Calabre ; le prince de Capoue, Paldolf Tête de Fer lui marque autant de confiance que le gouverneur Eupraxios ou l'émir de Palerme ; l'abbé du Mont-Cassin, Aligerne, le reçoit comme un pontife et lui donne le monastère de Saint-Michel au Valleluce ; il traverse Rome d'où l'éloignent les violences des seigneurs, pour s'établir dans les monts Albains : les disciples qu'il a formés construisent sur le lieu de son ermitage le monastère de Grotta-Ferrata. Et les Paul et les Barthélemy y entretiennent un foyer vivifiant de piété et de foi (Albert Dufourcq, L'avenir du christianisme, 1911 - archive.org).

 

"nus" : ascétisme

 

Nilus mena une vie ascétique : couvert de vermine, il n'avait pour tout vêtement une sorte de sac en poil de chèvre, dont il ne changeait qu'une fois par an. A la différence de la plupart des moines, il s'abstenait complètement de vin (Emile Amann, Auguste Dumas, L'église au pouvoir des laïques (888-1057), Tome 7 de Histoire de l'Église depuis les origines jusqu'à nos jours, 1940 - books.google.fr).

 

Ce retour à l’habitus pauper, sur lequel dom Jean Leclercq avait jadis insisté à bon droit, s’est manifesté de maintes manières dont nous avons tenté de retrouver les logiques mêlées. Sous des formes concrètes qui ont beaucoup varié selon les lieux et les milieux, le retour à l’érémitisme, dans l’Italie des Xe-XIe siècles, a finalement toujours été guidé par le souci de renouer avec les trois valeurs essentielles du monachisme « primitif » pris en modèle : la dignité du travail manuel, la pauvreté volontaire vécue sous la forme de la mendicité et la remise en honneur des pratiques ascétiques portées à l’extrême (jeûnes, veilles prolongées, multiplication des oraisons surérogatoires, flagellation, port de cilices, etc.). Certes, dans tous ces choix héroïques, qu’expriment avec beaucoup de cohérence et parfois même de prolixité les nombreuses pages consacrées par saint Pierre Damien à l’idéal érémitique, le désir est fort - et avoué - de retrouver le modèle idéal de la Chrétienté initiale, la forma Ecclesiae primitivae. De ce point de vue, cependant, à la différence du modèle apostolique, qui sous-tend à la fois l’idéal spirituel « bénédictin » et celui des mouvements canoniaux qui se développent à partir du XIe siècle, le modèle monastique érémitique est héroïque, c’est-à-dire individuel. Il ne s’agit pas pour l’ermite d’appartenir à une communauté inspirée par l’idéal apostolique mais bien, comme l’expriment nombre de sources contemporaines, d’assumer l’expérience personnelle d’une désappropriation totale, nudus nudum Christum sequi, suivant un thème [d’origine hiéronymienne] récurrent dont J. Leclercq a bien analysé les variations (www.encyclopedie-universelle.net).

 

Le Cap Colonne (colonne : "soutien arcs et couverts")

 

Le temple de Junon s'élevait sur le promontoire de Lacinium (Juno Lacinia) à la pointe méridionale du golfe de Tarente, à six milles au sud-est de Crotone, cf. Tite-Live, XXIV, 3, 3. Il reste encore de ce temple une colonne et quelques vestiges, qui ont fait donner au promontoire son nom actuel de Cap de la Colonne, Capo delle Colonne, ou de Cap Nau, Capo Nao, c'est-à-dire Cap du Temple (Maurice Rat, L'Énéide de Virgile, 1965 - books.google.fr).

 

Lacinium viendrait de Lacinius, bandit tué par Hercule.

 

Crotone (Croto) est le théâtre de nouveaux accrochages à l’avantages de l’empereur Otton II, l’émir de Sicile, Aboul-Kâsem tombe, blessé à mort, ses hommes dispersés, se replient encore. Dans l’ivresse de la victoire, Otton II se lance à leur poursuite, et c’est l’erreur fatale, car cette petite partie de l’armée, qui s’est regroupée, l’a attiré au pied des collines d’où "d’autres Arabes cachés arrivent au galop en poussant des cris terribles" et c’est l’hécatombe, d’autant plus que certaines troupes italiennes, du Bénévent abandonnent le terrain. La bataille de Crotone (dite aussi du cap Colonne ou de Stilo), en 982, finit en désastre, parmi les soldat et cavaliers germains ou italiens, on compte de nombreuses victimes comme l’évêque d'Augsbourg, le Margrave de Mersebourg, le comte Udo de Franconie ; chez les Italiens, le duc Landolph IV et ses frères Pandolphe II de Salerne et Atenolphe, etc. sont aussi morts au combat. Un contemporain résumera «la fine fleur de la juste Allemagne fut frappée ce jour-là par l’épée ensanglantée». Le reste n’est semble-t-il pas vérifiable. Otton aurait prit la fuite et du rivage, voyant un bateau grec, il l’atteint à la nage. Le capitaine de celui-ci ne le reconnaissant pas de suite, lui donna protection, espérant une rançon. Des tractations auraient eut lieu ensuite, Théophano, prévenue entretemps, descendait avec l’évêque de Metz, vers une crique accessible aux barques, faisant croire au capitaine qu’elle détenait un trésor, qu’elle était prête à échanger contre son prisonnier. Le bateau, sans méfiance, s’était suffisamment approché du rivage pour permettre à l’empereur de se sauver en sautant à l’eau et s’échapper, bientôt sous la protection de ses soldats arrivés en barque ! La scène fut souvent gravée dans les siècles qui suivirent. Ils revinrent tout aussi rapidement à Rossano, pour regrouper les effectifs restant, pas encore morts de la chaleur et de la soif,  et préparer la retraite, pour ne pas dire la fuite ! (www.theophano.com).

 

Cf. le royaume de Naples du quatrain X, 24 - Alphonse le Magnanime - 2194-2195.

 

Cf. quatrain suivant X, 31 - Germanie et Carmanie - 2199-2200 pour la période (instauration du Saint Empire germanique en 962).

 

"convertir leur vert" : Eustache Deschamps

 

Dans une balade (CCCCXXIII) ou Lamentations sur la perte d'une dame, on retrouve à peu près l'expression :

 

FONTAYNE suy dont le ruissiau de plour

A ma vie Mort dolente arousée ,

Qui tollu m'a la plus belle et meillour

Qui oncques feust et jamais sera née,

Jeune et gentil, la mieulx endoctrinnée

En trestous cas que l'en peust trouver,

Plaisant a tous et de chascun amée :

Pour ce la vueil a tousjours mais plorer.

 

Convertir vueil ma leesce en tristour,

De vert en noir yert ma coulour muée,

Et mes repos seront en grief labour,

Mes souvenirs en vie desperée ! (Oeuvres complètes de Eustache Deschamps: publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, Partie 3, Volume 3, 1882 - books.google.fr).

 

Le 8 mai 1399 meurt, jeune encore, Marguerite de Saint-Dizier, religieuse de Notre-Dame de Soissons, appartenant à une famille champenoise. Deschamps lui rend hommage en plaçant dans la bouche d'une de ses compagnes un éloge funèbre où percent une véritable émotion et un regret sincère (Str. 1337. Trois autres pièces semblent se rapporter au même sujet : Ball. 423; Rond. 571 ; Vir. 726). Peut-être fut-elle une des premières victimes de la terrible épidémie qui sévit avec une telle force «que l'estude de Paris se parti ; et s'en aloient en leur païs ou en lieu ou il n'avoit point de mortalité». Commencée à la fin de juin (à la Saint Jean), la maladie oblige la Cour à quitter Paris au mois d'août, pour s'en aller à Pontoise, puis au mois d'octobre, en Normandie, d'où elle ne revient qu'en décembre. Effrayé de la vitesse du fléau, le duc d'Orléans fait à cette époque un premier testament, inconnu jusqu'à ces derniers temps. On est alors aux approches de l'année 1400, et ce millésime, comme tous ceux qui commencent ou plutôt finissent un siècle, a le don de terrifier les contemporains de Deschamps et lui-même tout particulièrement. Il a du reste fait un calcul peu rassurant : depuis la création du monde (5600 avant J.-C), il s'est écoulé cinq périodes de 1400 ans ou six âges de 1000 ans. Que va-t-il arriver au commencement de 1400 ? Que va devenir cette terre où règne le vice, où l'argent est roi, où Arithmétique est maîtresse des autres arts, où la justice et la foi périclitent ? Les prophéties l'annoncent, la Sibylle, Méthode et Joachîm l'ont prédit : c'est la punition épouvantable, le déchaînement de tous les fléaux et calamités, c'est peut-être la fin du monde !

 

Marguerite de Saint Dizier, religieuse de Notre-Dame de Soissons, amie de Deschamps, morte en 1399, VII, 146-147 (en acrostiche), est fille de Geoffroy de Saint-Dizier, seigneur de la Roche, et se charge quelque temps de l'éducation de sa nièce Jeanne de Saint-Dizier (P. Anselme, t. II, p. 766) (Gaston Raynaud, Eustache Deschamps, sa vie, ses oeuvres, son temps, 1904  - archive.org, John L. Lowes, The Prologue to the Legend of Good Women as Related to the French Marguerite Poems, and the Filostrato, PMLA, Vol. 19, No. 4, 1904 - www.jstor.org).

 

«Deschamps, poète de la fin des temps ?» Le titre de l'article que Micheline de Combarieu a consacré à Eustache Deschamps lors d'un colloque sur le thème de la fin du monde au Moyen Age est en fait bien plus un constat de départ qu'une véritable interrogation. Poète de la fin des temps, Deschamps l'est, assurément, par le contenu et la matière de son discours, hanté d'images apocalyptiques et d'annonces prophétiques, autant que par l'insistance de sa dialectique culpabilisante et moralisatrice. La présence de telles images et de telles idées-forces est en soi une caractéristique imponante de l'oeuvre poétique de Deschamps. Mais, au-delà des thèmes ressassés, la question et la difficulté posée au lecteur du XXe siècle est celle des sources et des influences, des intentions aussi. La question des sources de Deschamps trouve d'emblée sa principale réponse dans le texte lui-même. Le poète cite les «autorités» sur lesquelles il fonde son pronostic catastrophique, et nombre de noms célèbres de la littérature prophétique du temps apparaissent à plusieurs reprises : Merlin, la Sibylle (ball. 81, 371, 950), Bède, Méthode (ball. 371), Joachim (ball. 371, 950), le Roman de Brut (ball. 366, thème III), sans oublier l'Apocalypse de saint Jean (ball. 950, thème III), les Prophètes Daniel et Ezechiel (ball. 371)

 

Chez Deschamps, la prophétie est un discours dont l'objet réel est la politique un programme politique d'exaltation monarchique (le dernier empereur), de reconquête nationale et de croisade - l'accent étant d'ailleurs déplacé de la première à la seconde avec le recours aux thèmes joachimites. Un programme politique finalement très concret et que partageaient avec Deschamps un Philippe de Mézières, un Honorat Bovet, un Pierre d'Ailly et toute la mouvance des Marmousets, dont le poète a épousé les idées et soutenu le programme. Ce programme concret, les Marmousets l'enrobèrent dans cette atmosphère de croisade, de messianisme royal et d'exaltation chevaleresque que nous restitue la poésie probetique d'Eustache Deschamps. Il correspondit pour Deschamps comme pour son roi à un temps particulier de la vie et de l'engagement politique. [...]

 

Le mythe d'un roi de France, nouveau Charlemagne, régnant sur tous les chrétiens, convertissant les juifs et finalement couronné à Jérusalem, a abondamment été exploité dans l'entourage de Charles VI. Témoin en est L'arbre des batailles d'Honorat Bovet. C'est ce dernier poêle qui nous a rapporté le texte des prophéties de Protée et de Ganymède (données en note dans l'exemplaire de l'Apparicion maistre Jean de Meun offert à Jean de Montaigu en 1399), à laquelle Deschamps fait allusion dans sa ballade 1117. Selon cette version, la prophétie de Ganymède prédisait non pas une victoire mais un grand massacre - lequel, d'après Bovet, se réalisa à Nicopolis - préludant au triomphe final du coq gaulois. Reprenant ce thème dans sa ballade 1117, Eustache Deschamps contribue à planter ce décor dans lequel Charles VI se serait complu à «jouer» le rôle que lui dictaient les prophéties. Mieux encore, la ballade 67 assigne au jeune roi, à peine rentré de sa campagne victorieuse contre les Flamands (en 1382), les étapes chronologiques précises d'un programme eschatologique vraisemblablement calqué sur celui d'une prophétie de 1380 éditée par M. Chaume, relative à Charles VI et alors largement diffusée [...]

 

Les premières crises de folie de Charles VI mirent un terme [à ces chimères] : son rêve messianique une fois envolé, le poète focalisa son «inspiration» prophétique sur les visions plus pessimistes qu'incarne le personnage de l'Antéchrist (Jean-Patrice Boudet, Hélène Millet, Karin Becker - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VI, 78 - Millénarisme - 1982-1983.

 

La confrontation eschatologique des deux dynasties fit rage, à la fin du XIIIe siècle, lors de la lutte entre angevins et descendants de Frédéric II pour la couronne de Naples : des prophéties, guelfes contre gibelines, circulèrent pour prédire le combat de l'aigle impérial contre son adversaire français, représenté par l'emblème du coq. Il est assez probable que la ballade 1117 tire son inspiration de ce fonds politico-prophétique - pour l'adapter à un contexte et des objectifs différents d'intervention française en Italie (1391) (Jean-Patrice Boudet, Hélène Millet, Karin Becker, Eustache Deschamps en son temps, 1997 - books.google.fr).

 

Dès le 18 janvier 1397, Louis d'Orléans, marié à Valentine Visconti (1368-1408) fille de Jean Galéas (1351-1402), duc de Milan, avait envoyé son maître d'hôtel, le poète Eustache Deschamps, vers le roi des Romains pour implorer son intervention. La mission réussit. Le 15 avril , Wenceslas offrait sa médiation à Jean Galéas Visconti. Mais la guerre entre Florence et Milan était déjà trop engagée. Il n'était plus possible de l'arrêter (Michel de Boüard, Les origines des guerres d'Italie: La France et l'Italie au temps du grand schisme d'Occident, 1936 - books.google.fr).

 

1400

 

La vision de l'histoire a donc pour Deschamps une fin, eschatologique. Elle est au service de la prophétie, qui est par définition la prédiction inspirée de l'avenir. Et la prédiction est d'abord celle d'une date, qui apparaît avec chaque évocation du schéma des six âges, mais aussi indépendamment de lui comme dans la ballade 67 : l'année 1400, date annoncée de la prochaine mutation, au terme d'un sixième âge inauguré par la naissance du Christ et durant 1400 ans, comme chacun des cinq âges antérieurs (ball. 979, v. 11 ; ball 365, v. 12 ; chant royal 1464, v. 25). Cette date démontre l'association essentielle, chez Deschamps, de la vision de l'histoire et de la prophétie. Rien n'en témoigne mieux que l'utilisation par Deschamps du système des sept millénaires, faussement attribué â Méthode, évêque syrien du VIe siècle, aussi bien dans la ballade 979 («VIe millier», v. 14) - qui cite d'ailleurs Metheode (v. 16) — que dans la ballade 365 («VIIe millet», v. 37) ou le chant royal 1464. Au prix d'incohérences arithmétiques qui ne semblent pas le gêner, Deschamps fait ainsi coexister, dans la même prédiction d'un changement imminent, le système classique des six âges (à chacun desquels il assigne une durée de 1400 ans) et celui des sept millénaires du Pseudo-Méthode (Jean-Patrice Boudet, Hélène Millet, Karin Becker, Eustache Deschamps en son temps, 1997 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain V, 74 - 1400 ans de France catholique - 1906-1907, si on fixe le baptême de Clovis en 506.

 

Calabrais

 

De même que la vie de Cassiodore nous a fourni le tableau du Bruttium latin du VIe siècle et celle de saint Nil de Rossano le tableau de la Calabre grecque du Xe siècle, c'est dans la vie du bienheureux Jean Joachim de Flore, que l'on peut saisir sur le fait la marche progressive de la latinisation dans la région de la Sila, pendant le cours du XIe siècle. Il est vrai que, dans la région de l'Aspromonte, l'hellénisme se maintenait compacte à la même époque et résistait victorieusement aux influences qui cherchaient à l'entamer. Les établissements monastiques latins, fondés dans cette région, restaient isolés au milieu d'une population d'autre langue et d'autre religion (François Lenormant, La Grande-Grèce: paysages et histoire, Tome 2, 1881 - books.google.fr).

 

Intellectuelle et brillante, la construction de Joachim de Flore, autorité prophétique de la fin du XIIe siècle à laquelle Deschamps se réfère si souvent, renouvelle totalement la tradition millénariste : son exégèse savante nourrit une vision trinitaire de l'histoire découpée en âge du Père (avant la naissance du Christ), âge du Fils et âge, à venir, du saint Esprit, lequel s'identifie au millenium de la tradition. Avec Joachim, le millénarisme acquiert véritablement ses fondements théologiques les plus solides. Mais au-delà de sa grande complexité, la pensée joachimite et post-joachimite enrichit la tradition millénariste de notions nouvelles. Ainsi la nature du millenium se trouve-t-elle précisée : une ère de perfection spirituelle inaugurée par un pape angélique, réformateur du monde – en collaboration avec le dernier empereur, réformateur laïque. Autant de thèmes clés de la littérature joachimite que Deschamps reprend exactement dans sa ballade 81 : associé au dernier empereur français, Charles fils de Charles, un «saint pappe Innocent» (v. 17) doit réaliser la «reformacions / Des crestiens» (v. 18-19). Nul doute que ce temps de réforme coïncide avec le règne des Justes de l'Apocalypse, qui ont résisté aux persécutions de l'Antéchrist sans renier la foi : le remenant des persecucions (v. 12) ; et ce temps là n ' est autre que le millenium (Jean-Patrice Boudet, Hélène Millet, Karin Becker, Eustache Deschamps en son temps, 1997 - books.google.fr).

 

Pythagore

 

Pythagore, né à Samos en 584, voyagea longtemps pour s'instruire, visita la Chaldée et l'Égypte, se fit initier partout aux mystères, et enfin vint s'établir à Crotone, dans la Grande Grèce, où il fonda une école, qui, du lieu de sa résidence, prit le nom d'école italique. Il mourut vers 500. Pythagore avait cultivé avec le plus grand succès les sciences mathématiques, l'astronomie et la musique; aussi en philosophie il s'attacha surtout aux idées abstraites, telles que celles de nombre et de grandeur, et il prétendit tout expliquer par les nombres. Selon lui, les nombres sont les principes des choses ; eux-mêmes ont pour principe l'unité. Les dix premiers nombres ou la décade sont les nombres fondamentaux; ils jouissent de propriétés merveilleuses, et contiennent tout le système de l'univers : le monde ("kosmos") est un tout harmonieusement ordonné; le soleil en est le centre, et les dix corps célestes se meuvent autour de lui en produisant une musique divine. Dieu est l'unité absolue, l'unité des unités, la monade des monades; l'âme est un nombre qui se ment : son principe est l'unité, et sa fin est de tendre à l'unité, c'est-à-dire, à Dieu. De là, en morale, le bien est l'unité, le mal, la diversité; la justice est l'égalité. Pythagore enseignait la métempsycose, proposait une morale austère, et institua, dans le but de réformer les mœurs de la Grande Grèce, une espèce d'établissement monastique, dont les règlements sont bien connus : il fut détruit peu de temps après la mort de son fondateur. Les disciples de Pythagore développèrent et propagèrent la doctrine de leur maître; mais ils eurent peu de chose à y ajouter. Les plus célèbres d'entre eux furent Archytas de Tarente, Timée de Locres, Ocellus de Lucanie, et Philolaüs de Crotone (Daniel Paret, Encyclopédie classique: pouvant servir aux candidats à l'examen du baccalauréat ès-lettres, 1853 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain X, 24 - Alphonse le Magnanime - 2194-2195 avec Archytas et la duplication du cube.

 

La conception que se faisaient les médecins néo-platoniciens du pouvoir de la musique sur les émotions humaines, conception que les humanistes leur ont largement empruntée, est, dans l'antiquité, liée à la tradition pythagoricienne qui établit un rapport entre la musique et la santé. Selon Pythagore, astronome et mathématicien, il existe un ordre intelligible, inscrit dans le cosmos tant au niveau de la nature qu'au niveau de l'homme... La musique est une science du nombre, l'une des sciences du quadrivium, avec l'astronomie, l'arithmétique et la géométrie, étroitement liées entre elles. A partir de spéculations mathématiques, les pythagoriciens ont fondé la science de l'harmonique. Les sons reflètent l'ordre cosmique et c'est cette correspondance entre les sons et le macrocosme qu'exprime la fameuse théorie de l'harmonie des sphères. Or il existe une correspondance terme à terme entre l'homme et le monde, le microcosme et le macrocosme. L'être humain étant lui aussi construit selon des normes harmonicales (rapports musicaux), il existerait une analogie cachée entre processus mentaux et processus musicaux. La maladie et la folie sont dues à une dysharmonie entre macrocosme et microcosme, les sons et la musique peuvent donc être utilisés pour remettre l'homme en harmonie avec la nature, c'est-à-dire que l'harmonie intellectuelle peut être rétablie par l'harmonie sensuelle. [...]

 

Au Moyen Age, le poète Eustache Deschamps verra ainsi dans la musique «la médecine des sept arts libéraux» car la musique instrumentale redonne aux artistes fatigués une nouvelle vigueur qui leur permet de créer mieux encore (Madeleine Lazard, La thérapeutique musicale du chapitre XIX : mythes et réalités, Le Cinquiesme livre: actes du Colloque international de Rome (16-19 octobre 1998), 2001 - books.google.fr).

 

Si langue poétique est étroitement liée à la musique du simple fait qu'elle est chantée, ainsi qu'en témoigne la présence de portées dans de nombreux manuscrits, ce qui n'est pas non plus sans conséquences formelles, elle relève elle-même d'une esthétique musicale fondée sur le Nombre qui remonte à la pensée pythagoricienne. Transmise au Moyen Âge par le De Musica de Boèce, principalement, celle-ci est également présente dans la tradition rhétorique. «Rithmica species est artis enim mastoc», affirme au XIIIe siècle le grammairien Jean de Garlande dans son Ars rithmica : le rythme formé par l'enchaînement phonique et syntaxique des éléments de la phrase est en lui-même une espèce d'art musical. Dragonetti aborde plus précisément ce sujet dans un article consacré à un passage de l'Art de Dictier d'Eustache Deschamps qui qualifie la poésie de «musique naturelle». Si Deschamps rompt avec la tradition lyrique antérieure, où le chant résulte d'une synthèse entre la parole et la mélodie, pour affirmer l'autonomie de sa composante linguistique, il n'en maintient pas moins l'appartenance de la poésie à la musique, conformément à la conception qu'en avait Boèce. Il semble pourtant s'écarter de la musique considérée principalement par ce dernier comme une activité spéculative et métaphysique visant à la contemplation par l'intelligence de la raison du Nombre universel et transcendant qui fonde l'harmonie de toute organisation formelle (qu'il s'agisse du monde, de l'homme ou de ses compositions artistiques), au profit d'une musique considérée avant tout comme une pratique destinée à l'oreille. Par-delà cette rupture que Deschamps paraît effectuer avec la tradition pythagoricienne, c'est plus largement «l'oubli», par les «lecteurs» contemporains de cette poésie, «de ce qui faisait autrefois la vérité de toute musique», que Roger Dragonetti cherche à réparer en rappelant le contexte philosophique dans lequel s'inscrit la lyrique médiévale. Il s'agit d'apprendre ainsi à penser la poésie «selon la musique», au lieu de s'attacher au sens des mots pour en dégager la signification psychologique ou sociologique (Christopher Lucken, Roger Dragonetti, Portraits de médiévistes suisses (1850-2000): une profession au fil du temps, 2009 - books.google.fr).

 

L'effet des stimulations était couramment utilisé à des fins thérapeutiques, comme le remède spécifique par excellence dans le traitement du tarentisme, des morsures de tarentule, une espèce d'araignée velue, qu'on trouve en Corse, en Italie, plus particulièrement dans la Pouille, près de Tarente. D'où son nom. La morsure de la tarentule, venimeuse pendant la saison de l'accouplement, et la chaleur de l'été, est peu douloureuse, mais provoque bientôt un engourdissement du membre atteint, une sorte de prostration entrecoupée de mouvements convulsifs et parfois même la mort. Pour soigner le malade on fait venir un musicien qui essaie différents airs sur son instrument. Lorsqu'il a rencontré celui qui plaît au malade, celui-ci fait un petit mouvement, puis tout son corps s'agite, il se met à danser (parfois six heures de suite). On le met ensuite au lit et quand on le juge assez reposé, on le fait lever en jouant le même air pour le faire danser, et on continue cet exer-cice pendant plusieurs jours et lorsqu'il est hors d'état de danser c'est la marque de la guérison (tant que le poison agit sur lui, il damerait jusqu'à mourir d'épuisement). Alors il se réveille sans aucun souvenir de ce qui lui est arrivé, pas même d'avoir dansé (R. Francheville, «Une thérapeutique musicale dans la vieille médecine», Pro Medico, 1927, pp. 243-248) (Madeleine Lazard, La thérapeutique musicale du chapitre XIX : mythes et réalités, Le Cinquiesme livre: actes du Colloque international de Rome (16-19 octobre 1998), 2001 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2199 sur la date pivot 1000 donne 199.

 

En automne 199, après une tournée d’inspection en Syrie et en Palestine, Septime Sévère se rend en Égypte ; il fait un sacrifice sur la tombe de Pompée à Péluse, est reçu triomphalement à Alexandrie où il reste quelques mois, dotant la ville d'un nouveau temple de Cybèle, de thermes et d'un gymasium. Il introduit un Sénat municipal (Boulè) à Alexandrie et dans les villes principales, et pour la première fois permet à des Égyptiens à accéder au Sénat romain.

 

En mars-avril 200, l'empereur romain Septime Sévère alors en Égypte, descend probablement le Nil de Memphis à Thèbes. Il aurait atteint, en mai, Philae, limite méridionale de l'empire romain. Le 29 août, il rentre en Syrie, probablement par la mer (fr.wikipedia.org - Année 199).

 

Contact