La guirlande de Julie

La guirlande de Julie

 

X, 47

 

2211-2212

 

De Bourze ville à la dame Guyrlande,

L'on mettra sus par la trahison faicte,

Le grand prelat de Leon par Formande,

Faux pellerins & rauisseurs deffaicte.

 

Julie d’Angennes

 

Jacques Ier d'Angennes, (m. 1562), fils de Charles Ier, seigneur de Rambouillet, Villeneuve, Maintenon, Meslay, La Moutonnière, du Fargis, favori de François Ier, capitaine des gardes de ce prince et de ses trois successeurs, qui remplit d'importantes missions en Allemagne, marié en 1526 à Isabeau Cotereau (m. 1554), héritière de son père, Jean Cot(t)ereau, financier, intendant des Finances, chevalier, seigneur par acquisition de Maintenon, Nogent-le-Roi, Montlouet à Gallardon... Jacques d'Angennes mourut en 1562, laissant douze enfants: neuf fils et trois filles.

 

Nicolas d'Angennes, quatrième fils de Jacques Ier d'Angennes, seigneur de Rambouillet, de la Villeneuve, de la Moutonnière, capitaine des gardes de Charles IX et de Henri III, ambassadeur de Henri III puis d'Henri IV à Rome et en Allemagne, fut aussi gouverneur de Metz et du pays messin, et fut apprécié de Henri IV. Marié à Julienne dame d'Arquenay (m. 1609), unique fille et héritière de Claude seigneur d'Arquenay, vidame du Mans. Ils eurent deux enfants, Charles et Madeleine.

 

Julie d'Angennes, dite l’incomparable Julie (1607-1671), Marquise de Rambouillet et de Pisani, fille de Charles, et épouse du duc de Montausier. Enterrée à Paris au couvent des Carmélites. C'est à elle que fut dédiée la Guirlande de Julie. (fr.wikipedia.org - Famille d'Angennes).

 

Tallemant des Réaux (1619 - 1690) est l'auteur du Lys et parle dans ses Historiettes des extravagances d'une madame de Crapado (Tallemant Des Réaux, Les historiettes, 1862 - archive.org).

 

La Guirlande de Julie est un célèbre manuscrit poétique français du XVIIe siècle conservé à la Bibliothèque nationale de France. D'environ 1620 à 1645, c'est-à-dire l'époque de son apogée, le salon de l’hôtel de Rambouillet était le lieu de rendez-vous de nombreux gens de lettres, poètes et écrivains, aristocrates et gens célèbres. L’un d’entre eux, Charles de Sainte-Maure, baron de Salles à l'époque, puis baron de Montausier en 1635, à la mort de son frère aîné, puis marquis de Montausier en 1644, lorsque la baronnie de Montausier fut érigée en marquisat, avant de devenir duché-pairie en 1664, tomba amoureux de Julie d'Angennes, lorsqu'il la vit la première fois en 1631. Julie d'Angennes, dite « l’incomparable Julie » et aussi « la divine Julie » ou « Princesse Julie », était la fille de Charles d'Angennes et de Catherine de Vivonne, marquis et marquise de Rambouillet. Décidant, pour charmer la jeune femme qui était l’objet de son admiration et de son culte, de lui offrir un ouvrage surpassant tout ce qui pouvait se voir alors de plus singulier et de plus délicat en galanterie, il eut l’idée de demander aux habitués du salon de Catherine de Vivonne, parmi lesquels les gens de lettres et quelques beaux-esprits de ses amis Georges de Scudéry, Desmarets de Saint-Sorlin, Conrart, Chapelain, Racan, Tallemant des Réaux, Robert Arnauld d'Andilly, père et fils, Isaac Arnauld de Corbeville, Arnauld de Briottes, le capitaine Montmor et son cousin, l’abbé Habert, Colletet, Claude Malleville, Philippe Habert, le chevalier de Méré, Antoine Godeau, dit le nain de Julie, Pinchesne, peut-être Pierre Corneille et le marquis de Rambouillet, d’écrire des poésies où chaque fleur chanterait les louanges de Julie. Il en résulta un des manuscrits les plus extraordinaires du XVIIe siècle et un des points culminants de la société des Précieuses. Charles de Sainte-Maure commença, en 1638, à composer les madrigaux dont l’ensemble devait former tout un livre à la louange de Julie. Lui-même en composa seize, (fr.wikipedia.org - Guirlande de Julie).

 

Dombes

 

Jean d'Angennes de Poigny, chevalier des ordres du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, ambassadeur du roi de Navarre en Savoie et en Allemagne, était le huitième fils de Jacques d'Angennes, mari d'Isabeau Cotereau (Revue historique et archéologique du Maine, Volume 14, 1883 - books.google.fr).

 

Le Prince de Dombes, Henri de Bourbon duc de Montpensier (1573 - 1608), avoit dans son armée le Marquis de Coësquen, Jean Bourneuf de Cussé, Jean d'Angennes de Poigny, Roch de Sorbiers des Pruneaux, Jean du Mas de Montmartin, Gouverneur de Vitré, & de la Courbe de Brée, qui s'étant jetté enfuite dans les troupes du Duc de Mercoeur, en reçut pour recompenfe le grade de Maréchal de camp (Histoire universelle, Tome 8, 1742 - books.google.fr).

 

Environ ce temps, le prince de Dombes étant à Auray découvrit une entreprise sur sa personne par une lettre qui fut trouvée sur un religieux cordelier qui allait et venait souvent de Vannes à Auray et de l'un à l'autre, ce qui le fit suspect, et étant fouillé, on lui trouve une lettre de quelqu'un du parti du duc de Mercœur, par laquelle l'on découvrait l'entreprise contre ledit prince. La lettre s'adressait au sieur de Rascol, de Léon, qui était auprès du prince pour le tuer. Ledit sieur de Rascol (qui se nommait Keraldanet; cette famille , assez puisante dans l'évêché de Léon, fut éteinte par sa mort) est aussitôt appréhendé, et soit qu'il fût coupable ou non, il eut la tête tranchée et le moine fut pendu. Cette même année, si bien me souviens, fut aussi découverte une entreprise sur la ville de Rennes, de laquelle le seigneur de Crapado (qui se nommait Angier de Lohéac. Il était député de la noblesse des états de Bretagne vers le roi lorsqu'il fut arrêté et jugé par un conseil de guerre. Il avait été chargé de porter au roi les plaintes de la noblesse contre le prince de Dombes). était le chef, qui était de rendre la ville au seigneur de Mercœur en saisissant la porte de Toussaint. Les troupes de l'union s'avançaient vers Rennes par divers endroits et dans vingt-quatre heures se devait jouer la tragédie, lorsque quelqu'un découvrit le tout. Le sieur de Crapado est saisi, mis prisonnier, et la chose étant avérée, il fut trouvé coupable et comme tel condamné à être traîné sur une claie, à la queue d'un cheval, jusques au Champ-Jacquet, et là y avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté. Et encore que l'offense fût grande, néanmoins plusieurs en eurent compassion de voir traîner un vieillard de quatre-vingts ans, des meilleures familles de France, et qui même touchait de parenté au seigneur de Dombes, qui assista à sa mort, auquel il reprocha qu'il le traitait en faquin, quoiqu'il fût son parent, et ne se plaignait pas tant de mourir que d'être ainsi traîné en chemise, pieds et tête nus; mais le prince ne s'en émut pas pour toute cette remontrance, aussi n'était-il qu'un enfant de vingt ans. Ce qui plongea ce seigneur en ce malheur sur ses vieux jours, ce fut la nécessité, qui est un mal extrême en une personne de condition : voilà cependant la fin de ce brave seigneur. La condamnation du baron de Crapado, prononcée par un conseil de guerre, souleva toute la Bretagne d'indignation; lorsque Henri IV l'apprit, il blâma hautement ce déni de justice (Moreau, Histoire de ce qui s'est passé en Bretagne durant les Guerres de la Ligue, et particulièrement dans le diocèse de Cornouaille, 1857 - books.google.fr).

 

On peut voir "Formande" comme une déformation de "Formans", rivière qui coule dans la Dombe et se jette dans la Saône à Trévoux, ancienne capitale de la principauté des Dombes. Elle passe à Ars, célèbre pour son curé Vianney, centre religieux qui attirent des pèlerins. mais ce ne sont pas ceux-ci dont il serait question.

 

Léon

 

Au temps de la guirlande de Julie, l'évêque de Saint Pol de Léon depuis 1613 était René de Rieux de la branche de Sourdéac, abbé de Daoulas en 1600, disgracié et démis par Richelieu pour son soutien à Marie de Médicis et mourut rétabli dans son diocèse le 8 mars 1651.

 

Son père était René de Rieux, seigneur de Sourdéac en Glénac, frère de Guy Ier, seigneur de Châteauneuf, et petit-fils du maréchal de Bretagne, qui naquit en 1558. Il fut élevé parmi les pages de Charles IX et commença à porter les armes en 1572. Il épousa ensuite Susanne de Saint-Melaine, dame de Bourg-l'Evêque et en eut six enfants énumérés plus loin. En 1586, il reçut de Henri III une compagnie de chevau-légers, et acquit en 1589 l'île d'Ouessant. Il refusa d’entrer dans la Ligue et se déclara pour Henri IV qui le nomma gouverneur de Brest, en survivance de son frère Guy Ier de Châteauneuf, et son Lieutenant général en Bretagne. A partir de 1591, il fit de Brest le boulevard des royaux, repoussa les attaques des Ligueurs, défit plusieurs fois les troupes de Mercoeur, dirigea maintes expéditions, et réduisit plusieurs places sous l’obéissance du Roi (Dom Morice, Preuves, Tome III, 1551, 1562, 1598, 1635, etc.). En 1592, il est lieutenant-général dans l'armée du prince de Dombes. Ce fut en reconnaissance de ces services que le Roi lui conféra, le 3 janvier 1597, le collier de ses ordres et érigea en Marquisat l’île d’Ouessant. Sourdéac suivit Henri IV en 1600 à la conquête de la Savoie, et écrivit des Mémoires, qui depuis ont été égarés. Il perdit sa femme en 1616, et mourut lui-même le 4 décembre 1628, à Assé, dans le Maine.

 

Jean de Rieux, de la branche d'Assérac, fils de Jean et de Philippe de Saint-Amadour, marquis d'Assérac, vécut sans alliance. En 1589, il resta fidèle au Roi, et surprit la ville d'Auray ; en 1590, il fut blessé au siège d'Hennebont ; en 1591, il se laissa gagner par Mercoeur ; en 1592, il trempa dans un complot qui coûta peu après la vie au baron de Crapado. Il revint au service du roi sur la fin de 1594, et mourut l’année suivante (Dom Morice, Preuves Tome III, 1703, 1711, 1728, 1732). (www.infobretagne.com - Seigneurs de Rieux, glenac.blogspot.com).

 

L'évêque de Léon de 1563 à 1613, à l'époque de la Ligue, est Roland de Neufville (né vers 1530, mort à Rennes le 5 février 1613). (fr.wikipedia.org - Roland de Neufville).

 

Le 12 février 1591, à Nantes, ont donc lieu les premiers états ligueurs de Bretagne. Roland de Neufville et Charles du Liscoet y assistent, ce qui prouve qu'à cette date ils sont ligueurs. C'est d'ailleurs à cette occasion que Neufville prête le serment d'Union19. On peut noter que Du Liscoet était président de l'assemblée pour le clergé, et ce n'est pas la dernière fois qu'il l'est. Cela montre un investissement certain de cet évêque pour la cause de la Ligue. Cette thèse est étayée par une lettre en latin datée du 28 mai 1591 écrite au roi catholique (Philippe II d'Espagne) alors que Du Liscoet séjourne à Nantes pour les états. Il remercie le roi d'Espagne pour son secours destiné à la religion (Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Volume 135, 2006 - books.google.fr).

 

"Bourze ville" : Beuzeville ?

 

La succession de Françoise de Pommereuil, veuve de Jacques d'Angennes (branche de Maintenon), chevalier, seigneur de Marville, échut à Guy-César de La Luzerne, marquis de Beuzeville, seigneur du Moulin-Chapel (mort en 1736), à cause de Françoise-Madeleine de Pommereuil, sa femme, légataire de ladite dame de Marville et cessionnaire des droits de Henri de Pommereuil, son père (1696) (Série E: archives de l'Ancien Régime : familles, seigneuries et communautés laïques, notaires, Volume 1, 1997 - books.google.fr).

 

Moisant, ami de Montausier et de Julie d'Angennes, fréquente les salons de Caen où il côtoie Mademoiselle de la Luzerne, surnommée Sylvie (Le Calvados des écrivains, 2013 - books.google.fr).

 

"Faux pèlerins"

 

Cependant une trêve de trois mois avait été signée en 1593 entre le roi et les chefs de la Ligue; mais le duc de Mercœur, agissant en souverain, n'en avait pas moins poursuivi les hostilités. Les Espagnols, qui commençaient à le gêner plus qu'ils ne l'aidaient, s'étaient, de leur côté, installés en maîtres dans leurs fortifications du Blavet et de Crozon. D'autre part, les Anglais réclamaient Brest du roi, pour prix de leurs secours. Enfin, comme aux plus mauvais jours de la guerre des Montfort, une foule de gentilshommes s'étaient faits brigands sous le nom de Ligueurs, et ravageaient la basse Bretagne à la tête de leurs bandes mercenaires; - tandis que les paysans, las de faire en vain, nuit et jour, des pèlerinages pour la paix à Notre-Dame de Bon-Secours et à toutes les Notre-Dame des huit évêchés, - soulevés à la fin pour la défense de leurs chaumières et de leurs moissons, se ruaient tout à la fois sur les deux partis, égorgeant d'une main les ligueurs et de l'autre les royalistes. Tel était l'état de la Bretagne et surtout de la Cornouaille (Pitre-Chevalier, La Bretagne ancienne depuis ses origines jusquà son réunion a la France, 1859 - books.google.fr).

 

Puisqu'il est question d'Espagnols en Bretagne, notons la vogue du roman picaresque en France au XVIIème siècle.

 

Chapelain (1595 - 1674), qui participe à la guirlande de Julie, traduisit, de l'espagnol en français, la Vie de Guzman d'Alfarache, roman de Mathéo Aleman, employé sous Philippe II à la cour des Comptes de Madrid (René Kerviler, Jean Chapelain, Revue de Bretagne et de Vendée, 1875 - books.google.fr).

 

Le chemin d'épreuves que suit le vil personnage livresque radicalement non sanctifié (et fondamentalement nomade) du picaro, dont le type s'affirme dans la littérature narrative espagnole au cap du XVIIe siècle, reste toujours pénible et inachevé, parcouru dans la pauvreté, donnant lieu à de nombreuses avanies et humiliations. Escroc du pèlerinage à l'occasion, le picaro souffre sur de mauvaises routes qui sont bien souvent celles-là mêmes qu'empruntent les pèlerins authentiques. Toutefois ses voies paraissent imprévisibles et aléatoires, étant choisies au gré de rencontres et autres bonnes ou mauvaises opportunités  (Jacques Berchtold, Les prisons du roman: XVIIe-XVIIIe siècle : lectures plurielles et intertextuelles de "Guzman d'Alfarache" à "Jacques le fataliste", 2000 - books.google.fr).

 

Avec le Lazarillo de Tormes, un autre roman picaresque célèbre - Guzman de Alfarache de Mateo Aleman - a également connu en France un grand succès. Les motifs du voyage, des rencontres de grand chemin, l'importance accordée aux conditions matérielles de la vie sont les éléments principaux du genre picaresque qui seront repris dans les romans français. Le Page disgracié de Tristan l'Hermite (1643) et surtout L'Histoire comique de Francion de Charles Sorel (1623-1633) s'inspirent du roman picaresque espagnol aussi bien dans le choix des motifs et des épisodes, que dans leur composition narration pseudo-autobiographique, pour employer la terminologie de Genette). La mode du picaresque dure au XVIIIe siècle, l'exemple le plus célèbre de l'influence espagnole est L'Histoire de Gil Blas de Santillane (1715-1735) de Lesage. Outre son inspiration picaresque, l'œuvre est également marquée par la situation sociale : le cadre espagnol choisi par Lesage cache la réalité française contemporaine. Comme tant d'autres romans du siècle des Lumières, L'Histoire de Gil Blas présente l'ascension sociale du héros qui raconte sa vie depuis ses premiers contacts avec le monde jusqu'à sa vieillesse (Alicja Rychlewska-Delimat, Figaro et ses semblables: essai sur quelques valets célèbres de la littérature française du XVIIé et du XVIIIé siècle, 2005 - books.google.fr).

 

Jansénisme

 

Le jansénisme s'inspire de saint Augustin. Jansénius appellera son traité l'Augustinus qui sera publié en 1641 en France.

 

La démarche de la confession intime, mode de discours personnel auquel recourt le picaro, appelle immanquablement la référence au modèle augustinien. Il est remarquable que saint Augustin, tout entier décidé à encourager le cheminement pénible mais droit et rémunérateur des marcheurs en Christ, n'évoque lapidairement l'autre itinéraire torve (celui de l'insuccès, de la chute dans le piège victorieux) que pour le récuser et le dénoncer. C'est donc en adoptant un parti inverse que le roman picaresque alemanien, bien loin de l'éluder, s'attarde tout au contraire à exposer un tel itinéraire d'erreurs et de déchéance ! Tout se passe comme si cette démarche discursive explorant «de l'intérieur» la voie empruntée par le picaro correspondait à une contre-expérience morale et littéraire: partant des mêmes prémisses et du même souci du Salut, le choix alemanien obéirait au dessein d'illustrer, par contre-hypothèse, le contre-résultat navrant auquel aurait conduit le scénario d'échec (si rapidement envisagé par saint Augustin), dans le pire des cas où il y aurait effectivement parcours sur la mauvaise route, si les conditions rassurantes du salut chrétien n'étaient (provisoirement !) pas remplies (Jacques Berchtold, Les prisons du roman: XVIIe-XVIIIe siècle : lectures plurielles et intertextuelles de "Guzman d'Alfarache" à "Jacques le fataliste", 2000 - books.google.fr).

 

La sélection s'étend loin au-delà du groupe restreint des Solitaires: on trouve dans le Recueil des auteurs aussi différents que Segrais, l'abbé Jacques Testu de Belleval, Des Barreaux, l'abbé Jacques Cassagne, l'abbé Cotin, Malleville, et même Pierre Patrix; les Messieurs ont jugé nécessaire d'ajouter un avertissement aux poèmes de ce dernier [...]. Bien qu'on en reste ici à des supputations, ce choix composite trahit peut- être la place prise in extremis par Arnauld d' Andilly dans la réalisation du Recueil. Beaucoup des auteurs représentés, nés aux alentours du début du siècle, ont fait partie du cercle de Conrart et de la première Académie; ce sont souvent les mêmes qui fréquentèrent jadis l'hôtel de Rambouillet et participèrent à la Guirlande de Julie; on trouve ainsi des vers de Gombauld, Habert de Cerisy, Claude de l'Estoile et Conrart, poètes que d'Andilly avait dû croiser jadis à de nombreuses reprises. Le charme Louis XIII qui se dégage de tant de pages de l'anthologie devait donner, dès l'époque de sa publication, un aspect un peu désuet à certaines parties de l'ouvrage. Le lecteur du Recueil rencontre également des noms beaucoup plus inattendus dans une œuvre émanant de Port-Royal, comme ces tirades enflammées de Corneille et de Racine : quatre ans seulement après le Traité de la Comédie, on s'étonne de trouver ici les grandes scènes de Polyeucte et d'Andromaque. Racine aurait-il lui-même participé au choix des pièces ? C'est ce que laisse entendre Brienne dans ses Mémoires, et cela expliquerait la présence de ces morceaux choisis de son théâtre ; sa collaboration a longtemps paru improbable aux chercheurs parce qu'on le croyait brouillé à cette époque avec ses anciens maîtres, mais une découverte récente de Jean Mesnard tend à montrer que les liens n'ont jamais été complètement rompus, malgré les «excommunications sur excommunications » reçues par le jeune dramaturge. Le document exhumé par le critique peut fort bien dater de l'époque du Recueil et rendre vraisemblable la contribution de Racine à l'anthologie. Nous n'avons pas nommé tous les auteurs: il faudrait encore citer, entre autres, Charles Beys, Jean de Lingendes, ou le marquis de Beuzeville (Tony Gheeraert, Le chant de la grâce: Port-Royal et la poésie d'Arnauld d'Andilly à Racine, 2003 - books.google.fr).

 

Autre Bourze

 

L’abbé Amable de Bourzeis (plus loin « Bourzes ») (1606-1672), membre de l’Académie française, janséniste, rédigea plusieurs des œuvres de Richelieu, selon Pellisson ; il était l’un des éditeurs, à titre posthume, du traité antiprotestant du cardinal intitulé La Méthode la plus facile et assurée de convertir ceux qui sont séparés de l’Église [1651] et en avait assuré la mise en forme ; voir le Dictionnaire des journalistes (1600-1789), (Montesquieu, Pensées, volume III - www.unicaen.fr).

 

Amable de Bourzeis, né le 6 avril 1606 à Volvic (Puy-de-Dôme) et mort le 2 août 1672 à Paris, à l'âge de 66 ans, est un homme d'Église, homme de lettres et théologien français, fils de Jean-Charles de Bourzeis, seigneur de la Ribbe. S'étant fait connaître par ses écrits jansénistes, il se rétracte lors de la publication de la bulle d'Innocent X, Cum occasione, en 1653, et signe le formulaire d'Alexandre VII en 1661 (fr.wikipedia.org - Amable de Bourzeis).

 

Bourzeis était un proche de Chapelain qui avait été au cœur de la «querelle des Suppositi» lors de laquelle il avait défendu la pure comédie de l'Arioste contre les méandres ambigus de la comédie espagnole, pour laquelle Julie d'Angennes, la fille de la marquise de Rambouillet, avait exprimé sa préférence (Molière, Oeuvres complètes, Tome 1, 2010 - books.google.fr).

 

Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, mari de Catherine de Vivonue et père de la divine Julie, duchesse de Montausier, avait été ambassadeur de France en Espagne (Emile de Molènes, L'Espagne du quatrième centenaire de la découverte du Nouveau-Monde: exposition historique de Madrid, 1892-1893, 1894 - books.google.fr).

 

Le mot Burges (burzes, burgues) existe bien en ancien espagnol, mais le mot n'est plus attesté dans la Péninsule dès la première moitié du XVe siècle. Toutes les attestations datant du XVIe et du XVIIe siècle proviennent d'auteurs  «flamencos» et espagnols ayant résidé dans les Pays-Bas ou ayant des contacts avec ces régions. Dans l'espagnol péninsulaire le lexéme ne réapparaît qu'au  début du XVIIIe siècle, comme emprunt direct au français de France suite à l'avènement des Bourbons. Nous renvoyons au témoignage du Diccionario de Autoridades s : « Burges : El vecino o natural de alguna villa o ciudad. Es voz tomada y de poco tiempo aca introducida del francés Bourgeois, que significa esto mismo (...)» (T. 1. 1726) (Gilles Luquet, Actualités de la recherche en linguistique hispanique: actes du IVe colloque de linguistique hispanique, Limoges, 30 et 31 mars 1990, 1992 - books.google.fr).

 

On trouve le mot "burzeis" dans une charte dans les Chroniques de Saint-Martial de Limoges, comme maison basse (?) : "unam domum qualem alius burzeis de illa villa" (Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, 1846 - archive.org).

 

"ville"

 

Le père de Bourzeis ne portait pas de particule et était bourgeois de Riom. Emmené à Rome à l'âge de 17 ans par le P. Arnoulx, son parent, qui fut depuis confesseur de Louis XIII, il fit la traduction en vers grecs du poème de partu Virginis, du pape Urbain VIII, qui lui mérita un prieuré en Bretagne (P. G. Aigueperse, Biographie des Grands Hommes de l'Auvergne, 1834 - books.google.fr).

 

Chapelain admire les Suppositi de l'Arioste, et Voiture leur reproche obscénités et fautes de goût. Aussitôt, Conrart Arnauld, Chavaroche prennent le parti de Chapelain et, naturellement, Julie et Pisani défendent l'opinion de Voiture. (Antoine Adam, L'époque d'Henri IV et de Louis XIII, Volume 1 de Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, 1962 - books.google.fr).

 

Voiture fut presque le premier bourgeois qui s'introduisit dans la haute société; on a des lettres de lui à Julie d'Angennes. Naturellement fat, il voulut haiser le bras de Julie, de laquelle il fut vivement repoussé : le grand Condé le trouvait  insupportable : il n'a pas, quoi qu'on en dise, décrit Grenade et l'Alhambra (Vie de Rancé) (François-René vicomte de Chateaubriand,   Oeuvres complètes, 1856 - books.google.fr).

 

Tallemant des Réaux était aussi bourgeois, mauvaise langue, dans les pittoresques récits qu'il nous a laissés, ne s'est jamais départi de la reconnaissance qu'il devait à la famille de Rambouillet pour son accueil bienveillant (Le Correspondant, Volume 135, 1884 - books.google.fr).

 

"ravisseurs" : enlèvements

 

Le 14 mars 1589 Rennes est livrée à Mercœur, mais reprise par les royaux le 5 avril. Les hostilités commencent ouvertement et bientôt ce ne sont partout que « volleries, bruslements. violences, prises et enlèvements d'hommes. »

 

Les habitations des royalistes sont particulièrement menacées. Mercœur se venge. La maison de la Chesnardière, près Fougères, au président Harpin de Marigné, l'un des auteurs de la reprise de Rennes, est pillée, et Mercœur en donne la jouissance au capitaine Marin qui commande à Fougères.

 

Henri III ne voit plus qu'un parti à prendre : s'allier au roi de Navarre. Il révoque en même temps son beau-frère et le destitue de ses fonctions de gouverneur le 18 avril 1589. Cinq jours plus tôt le Parlement de Rennes avait mis Mercœur hors-la-loi. Devenu sujet rebelle il franchit le Rubicon et se jette dans la guerre. (Michel De Mauny, L'Ancien comté de Rennes ou pays de Rennes, 1974 - books.google.fr, Arthur de La Borderien, Histoire de Bretagne, Tome 5, 1975 - books.google.fr).

 

Mercoeur procède à des enlèvements : le comte de Soissons qui s'évade en juin ; le premier président au parlement de Bretagne Faucon de Ris en mars 1589 ; le marquis de la Roche.

 

Le duc de Mercœur rentra en triomphe à Nantes, amenant lui-même Soissons prisonnier, et il le fit enfermer au château, où le prince alla rejoindre le marquis de la Roche et Faucon de Ris (Arthur de La Borderien, Histoire de Bretagne, Tome 5, 1975 - books.google.fr, Emmanuel Buron, Bruno Méniel, Le duc de Mercoeur, 1558-1602: les armes et les lettres, 2009 - books.google.fr).

 

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