Mélèze et Platane

Mélèze et Platane

 

X, 25

 

2195-2196

 

Par Nebro ouurir de Brisanne passage,

Bien esloignez el tago fera moestra :

Dans Pelligouxe sera commis l'outrage,

De la grand dame assise sur l'orchestra.

 

Pelligoux : Pelligouze, Pelagosa

 

Les îles Pelagosa, au milieu de l'Adriatique entre le Gargano et la côte dalmate, sont appelées Pelligouze en ancien français.

 

Dans la partie nord-est de la grande Pelagosa se trouve une petite anse qui peut recevoir des bâtiments d'un très faible tonnage. En 1298, les Génois livrèrent aux Vénitiens, à Pelagosa, une bataille dans laquelle ceux-ci perdirent soixante-six galères. L'amiral Andrea Dandolo fut fait prisonnier avec sept mille des siens (Denis Possot, Charles Philippe, Le Voyage de la Terre Saint (1532), 1971 - books.google.fr).

 

La défaite de Venise face aux Génois eut lieu en 1298, le 8 décembre, jour de la nativité de Notre Dame. La bataille est aussi appelée du nom d'une autre île Curzola.

 

La grande dame peut être une personnification de Venise.

 

La Seigneurie de Venise ou Seigneurie Sérénissime (en italien Serenissima Signoria), était l'organe suprême du gouvernement de la république de Venise, et le nom par lequel il était désigné. Il était constitué par : le doge ; le Minor Consiglio (« Petit Conseil »), créé en 1175 et composé des six conseillers du doge ; les trois chefs du tribunal de la Quarantie, juridiction suprême créée en 1179. On considérait que le véritable sommet de l'État était constitué par la Seigneurie, et non pas par le doge : la Seigneurie représentait la souveraineté de la république. Ainsi, à la mort du doge, on prononçait rituellement la formule : si è morto il Doge, no la Signoria («si le Doge est mort, la Seigneurie ne l'est pas»). La Seigneurie présidait tous les conseils de la République, à savoir le Sénat, le Grand Conseil et le Conseil des Dix sur ce qui portait sur ses recommandations, les propositions étant débattues en accord avec le collège des Sages (Collegio dei Savi) (fr.wikipedia.org - Seigneurie de Venise).

 

Le Sénat de Venise

 

En 1298, le doge Gradenigo fit passer une loi qui abolit les élections annuelles, et fixa irrévocablement dans le sénat tous les membres de cette année et leurs descendants à perpétuité. Ainsi fut établie la redoutable aristocratie de Venise, qui soutint sa puissance pendant cinq siècles (Conrad Malte-Brun, Géographie universelle, Tome 3, 1862 - books.google.fr).

 

Dans l'antiquité romaine, outre la participation aux délibérations du Sénat, la constitution aristocratique et timocratique de l'Etat romain avait confié aux sénateurs une mission très importante en ce que, jusqu'à l'époque des Gracques, la liste dans laquelle étaient choisis les juges qui avaient à siéger dans les différents procès était composée exclusivement, et plus tard en partie (sauf pendant peu de temps, après C. Gracchus), de sénateurs. Le Sénat, comme l'ordre équestre, avait aussi ses insignes et ses privilèges honorifiques. Quant aux privilèges, Suétone' les résume en ces termes (il parle d'Auguste) : Servavitque etiam excusantibus insigne vestis et spectandi in orchestra epulandique publice jus. Comme l'ordre des chevaliers dont, du reste, ils étaient issus et auquel ils appartenaient en un certain sens, les sénateurs avaient le droit de porter l'anneau d'or (anulus aureus), et, lorsque dans des cas de grand et imminent danger (in tumultu) ou de deuil public (in luctu publico) le Sénat décidait de manifester, par la tenue extérieure, les sentiments publics (vestem mutare), ses membres revêtaient précisément le costume des chevaliers ; ce trait montre d'une manière frappante les relations qui existaient entre les deux ordres. En temps ordinaire, le sénateur se distinguait du chevalier par la large bordure pourpre (latus clavus) de sa tunique, ainsi appelée par opposition à la bordure étroite (angustus clavus) des chevaliers, et par une chaussure de forme particulière (calcei). Au théâtre, les sénateurs avaient leurs places réservées à l’orchestra qui, dit-on, leur furent assignées seulement en 194 avant J.-C. Au cirque, ils eurent aussi, à partir d'Auguste, des gradins séparés 8 ; mais c'est Claude qui parait avoir régularisé ce privilège'. Chaque année, le 13 novembre, les sénateurs avaient, au Capitole, un festin en l'honneur de Jupiter (epulum Jovis, cena Dialis) (Johan Nicolai Madvig, L'Etat romain: sa constitution et son administration, Tome 1, traduit par Charles Morel, 1882 - books.google.fr).

 

Dans la salle du Sénat, Tintoret peignait Venise reine des mers, assise, en costume de dogaresse, dans un cercle de divinités marines. Dans la salle de l'Anticollège, Véronèse représentait Venise trônant sur le monde, la couronne en tête, le sceptre en main, vêtue d'hermine et d'or et, couché à ses pieds, gardien vigilant et fidèle, le lion de saint Marc (Charles Diehl, Venise, une république patricienne (1915), 2013 - books.google.fr).

 

La grande Dame de Marco Polo

 

G.B. Ramusio (Delle Navigationi e Viaggi, 1550) fait Marco Polo capturé à la bataille de Pelagosa en 1298.

 

Fait prisonnier par les Gênois, pour tromper l'ennui de sa captivité et comme à la fois sa mémoire et son don de conteur sont prodigieux, il dicte ses souvenirs à l'un de ses codétenus, Rusticello de Pise (Jacques Blais, Présence d'Alain Grandbois avec quatorze poèmes parus de 1956 à 1969, 1974 - books.google.fr).

 

Au début de 1291, une grande dame chinoise, Cocacin, dut prendre la mer pour rejoindre son futur époux, l'Il-Khan de de Perse, Argoun, et les Vénitiens saisirent l'occasion pour repartir; ils s'offrirent pour l'accompagner. Le voyage maritime fut long. La princesse et les Vénitiens ne débarquèrent en Perse qu'au printemps 1293. Il leur fallut encore remonter vers le nord de la Perse pour remettre Cocacin à Ghazan, le fils d'Argoun. Puis, après un séjour de neuf mois auprès du nouvel Il-Khan, Ghaïkhatou, ils rejoignirent par Tabriz la mer Noire à Trébizonde. La ville était acquise aux Génois. L'empereur Jean Comnène laissa dépouiller les voyageurs d'une somme importante, exaction pour laquelle en 1310 Maffeo réclamait encore des indemnités. Enfin, ils rentrèrent à Venise après avoir fait escale à Constantinople, puis Nègrepont en Eubée. C'était en 1295 (Pierre-Yves Badel, La Description du monde de Marco Polo, 2012 - books.google.fr).

 

En Perse coule la rivière Brizana (Arrien) ou Brisoana (Ptolémée) qui se jette dans le Golfe persique (le Dalem) dans la région du Farsistan (à Bandar Deylam) (William Vincent, Voyage de Néarque, traduit par      Jean Baptiste Louis Joseph Billecocq, 1800 - books.google.fr).

 

"el rago fara moestra"

 

Cela ressemble à de l'occitan ou du franco-provençal.

 

Franco-provençal. - Ragachou «gamin, tout jeune homme», Lyon, 1628 (cf. Puitspelu, Dict. étym. du patois lyonnais, Lyon, 1890) ; ragot «berger» (ALF, 128) ; raga «fille» et rago «fils» (ALF, 570 et 572 B, pt italien 966) ; rago «les garçons» (ALF, 624, 966) ; deletyè o rago «sevrer un nourrisson» V. aussi Pauli, op. cit., p. 144 : «Dans les patois franco-prov. de la Savoie et de la vallée d'Aoste, on trouve des dérivés du même radical qui ont pris, comme les formes ital., le sens de «jeune garçon». Ragat, rago «petit garçon, marmot» est employé dans le parler de Sainte-Foy, Savoie». Pauli rattache au même rad. rache (Sainte-Foy) et ragache, qui se dit à Genève dans les acceptions péjoratives de «taquin, tenace, avare». V. aussi FEW, X, p. 29-31 : Aoste : raga «fillette» ; ragataille «troupe d'enfants» ; raguetta «toute jeune fille» ; raguet «tout petit garçon» (Pierre Bec, Per un païs: écrits sur la langue et la littérature occitanes modernes, Revue de linguistique romane, 1963 - books.google.fr).

 

"échantillon" nm : eschantilhon, eichantilhon, escapolon ; moestra (nf) (F) (www.locongres.org).

 

Si l'occitan fara (prononcé “faro") n'est plus compris aujourd'hui, il l'était encore au XVIIIe siècle dans les Cévennes. En effet, De Sauvages le traduit (dict. languedocien-français, S.V.). Fara comme “fère" des pays d'oïl (Aisne et Marne) viendrait du germanique commun et plus précisément de fara (lombard) proprement “famille”, passé au sens de “domaine d'une famille, propriété rurale”. Selon M. Soutou, il désignerait les vestiges d'un habitat ancien (Revue internationale d'onomastique, mars 1963, p. 63) (Architecture ancienne et urbanisme en Ardèche: actes du colloque de Vinezac, 1986, Volume 120, 1986 - books.google.fr).

 

Briançon

 

Ce qui conduirait à considérer le "Nebro" en rapport avec la région linguistique couverte par le franco-provençal.

 

D. Nebro signifie Druentia Nerbo, nom latin de la Durance (Eric Muraise, Saint-Rémy de Provence et les secrets de Nostradamus, 1969 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VIII, 56 - Théopolis - .

 

Honoré Bouche (Chorographie de Provence, 1664) associe les Brigiani à la cité de Briançon (Philippe Casimir, Le trophée d'Auguste a La Turbie, 1932 - books.google.fr).

 

Ce qui empèche de penser à Briançon, c'est que les Brigiani sont mentionnés sur le Trophée parmi les peuples maritimes, et qu'il est douteux que Briançon n'ait pas fait partie dès l'origine des Alpes Colliennes. De plus, Briançon s'est appelé dès l'origine Brigantio ( C. I. L. , XII , p . 15 , n ° 95 et 96 ). Briançonnet a été, d'autre part, le chef-lieu, et fort important, d'une cité que les textes épigraphiques appellent BRIG (Camille Jullian,  La source du Var et les cols transversaux des Alpes, Revue des études anciennes, Volumes 14 à 15, 1967 - books.google.fr).

 

Le troubadour de Villarnaud manifestait alors une aversion similaire envers l'un des alliés de Guilhem IV, le dauphin Guigues André de Viennois qui, à la suite de son mariage avec Béatrice de Sabran, petite-fille du comte de Forcalquier, avait reçu en juin 1202 le Gapençais en dot. Il écrivit contre «le comte-dauphin Guigues, au coeur lâche et craintif d'enfant» (v. 12-13) un sirventes alors «qu'il perd la pays de Gap par sottise» (v. 6-7), peut-être à l'occasion de l'une des campagnes d'Alphonse II dans le pays de Gap ou alors qu'il préparait la répudiation de son épouse qui allait lui coûter sa dot. Si Villarnaud ne ressent guère de sympathie à l'égard du nouveau seigneur du Gapençais, il éprouve des sentiments bien différents vis-à-vis de l'aristocratie locale - «Mais ses barons sont vaillants. S'ils l'aident, tout ce qui lui est enlevé, là-bas, au-delà de la Durance, sera rapidement reconquis» – et vis-à-vis du comte de Provence auquel il envoie en souvenir son sirventès (Martin Aurell, La vielle et l'épée: troubadours et politique en Provence au XIIIe siècle, 1989 - books.google.fr, François Raynouard, Choix des poésies originales des troubadours, Tome 5, 1820 - books.google.fr).

 

Depuis la fin du XIe siècle, l’espace regroupant les deux diocèses relève du comté de Forcalquier et de la famille d’Urgel. Mais l’autorité des comtes est théorique, car l’évêque de Gap et l’archevêque d’Embrun prétendent cumuler les pouvoirs temporels et spirituels, tout en prêtant l’hommage vassalique au comte. À Embrun, bien que le comte soit le dominus, le seigneur, il en partage les prérogatives judiciaires et fiscales avec l’archevêque depuis 1177. Dans la région, le suzerain est l’empereur germanique, mais il est loin et l’obéissance qui lui est due n’est guère contraignante. À Gap, en 1178 et 1184, l’empereur Frédéric Ier a même accordé à l’évêque le privilège d’immédiateté qui le dégage de toute soumission envers les comtes de Forcalquier et lui donne la moitié des regalia sur la cité (voir lexique). Cette quasi indépendance génère des tensions entre 1180-1184, les habitants se révoltant contre le viguier du comte avec le soutien épiscopal. Mais la répression impose l’obéissance à la cité et au prélat. Dans le Champsaur et le Briançonnais les comtes d’Albon (futurs dauphins de Viennois) s’implantent durablement par des achats de droits féodaux, de terres et de castra. La situation politique bascule en faveur des comtes de Provence à partir de 1193. Alphonse Ier, de la maison de Barcelone, qui a vaincu Guillaume IV de Forcalquier, lui impose le traité d’Aix par lequel son fils Alphonse II Bérenger épouse Gersende de Sabran, petite-fille et héritière de Guillaume, prévoyant ainsi la réunion des deux comtés.

 

Mais à la mort d’Alphonse Ier (1196), Guillaume se révolte avec le soutien des comtes d’Albon. Contestant le traité, il marie en juin 1202 Béatrix de Sabran, son autre petite-fille, à Guigues VI André, comte d’Albon et dauphin de Viennois (1192-1237). La guerre contraint les protagonistes à partager l’héritage des Urgel. À la mort de Guillaume IV, en 1209, la partie au nord du Buëch est cédée à Guigues VI André ; le sud ainsi que la victomté de Tallard et le titre de comte de Forcalquier vont à Raimond-Bérenger V, comte de Provence (1209-1245), fils de Gersende, qui lui cède tous ses droits en 1222. Après ce long conflit, en 1212 l’évêque de Gap se reconnaît vassal du comte de Provence. L’archevêque d’Embrun aurait dû faire de même envers le dauphin, mais en 1210 Guigues, malmené durant la guerre, préfère transférer ses droits au prélat et lui prêter l’hommage. [...] En renonçant à cette autorité nominale, il obtenait des pouvoirs plus concrets, puisque l’archevêque accepta d’établir à Chorges un pariage avec une cour de justice commune et des ministériaux, tout en reconnaissant l’existence d’une entité municipale à Embrun, d’ailleurs encore mal définie. Malgré le divorce entre Guigues VI André et Béatrix de Sabran en 1215, l’héritage des Urgel resta dans le domaine des dauphins, leur fille Béatrix de Viennois récupéra leurs droits et transféra la gestion de ses domaines à son époux Amaury de Montfort (mort en 1241). Le risque était toutefois grand que ces fiefs échappent peu à peu aux dauphins. En raison des privilèges acquis par les prélats, Amaury prêta l’hommage à l’évêque de Gap et à l’archevêque Bernard d’Embrun pour tous ses fiefs situés dans l’ancien comté de Forcalquier démembré : «je rends fidélité à mon vénérable père et seigneur Bernard, pour tout ce que j’ai dans la cité d’Embrun, à Chorges, à Montgardin et dans les autres lieux de l’archidiocèse d’Embrun». Enfin, en juillet 1232, Amaury, partant en croisade, céda ses droits et ceux de sa femme sur l’Embrunais et le Gapençais à son beau-père, Guigues, contre 5000 livres tournois. Le 18 octobre de la même année, le dauphin se reconnaissait vassal de l’évêque de Gap (Olivier Hanne, Révoltes et tensions dans le Haut-Dauphiné au milieu du XIIIe siècle, Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, Gap : Société d'études des Hautes-Alpes, 2014  - halshs.archives-ouvertes.fr).

 

Il existe un lieu-dit « La peligouse » à Sabran, fief des Sabran, dans le Gard (Géoportail).

 

"el tago" (goutte) : la manne de Briançon

 

A Sainte-Croix (Suisse romande), la métathèse consiste essentiellement en une permutation de syllabes, généralement dans les disyllabes, plus rarement dans les trisyllabes. Disyllabes : atamâ, voler (et matâ, forme originaire, cf. argot fr. mate, matois) ; bratsan chambre (tsam-bra), peut-être gnicet sabre, nyisé (sai-gni), hipa pays, iouka cabinets d'aisance (ca-ïou, du prov. cagar), niéfor fourneau (for-nié), québe bête, tyébé (bé-tyé, avec t mouillé), réchœ sœur (s mouillé > ch), réfra frère (fra-re), réma, mère (ma-re), tago goutte (go-ta), tsasse viande (se-tsa = viande séchée, très usitée dans les montagnes), tsemot garçon (motse homme), tsayé oui (all. ia + tse avec métathèse ; cf. iotse, oui) ; téreau râteau, semble n'avoir subi qu'une permutation de consonnes (avec, peut-être, l'influence de «terre»). – Trisyllabes : barécat cabaret, vintacer servante : comme on le voit, la première syllabe est rejetée à la fin du mot (Albert Dauzat, Les argots de métiers franco-provençaux, Bibliothèque de l'École pratique des hautes études, 1917 - archive.org).

 

Pena et Lobel ont parlé du Mélèze à l'occasion de la manne produite par une exsudation de cet arbre. C'était un médicament que la pharmacopée du XVIe siècle tenait en grande estime. Comment le Larix donnait-il la manne ? De quelle façon la rosée céleste concourait-elle à la formation de cette substance ? Grave problème, à une époque où la physiologie végétale ne fournissait encore sur toutes ces questions aucune lumière. Voici, fidèlement résumée, la théorie que développaient, à cet égard, les Adversaria. La manne est due à un suc ou fluide vivifiant, lequel, inné chez tout végétal et mûri par l'effet d'une chaleur propice et féconde, s'exhale pendant le jour à travers les issues cachées de l'écorce et s'évapore dans l'atmosphère sous l'action d'un soleil brûlant: mais lorsqu'il fait nuit, la rosée qui habituellement tombe du ciel, se méle à cet élément vaporisé, le retient, fermente avec lui ; et en se combinant ensemble ils donnent naissance à une matière qui, par sa nature, tient le milieu entre le miel et le sucre. Pena et Lobel ajoutaient qu'on appelait Manne de Briançon celle qui provenait des Alpes de la Provence et du Dauphiné. La plus recherchée était apportée de l'Orient, sur les marchés de Venise et de Gênes. Pourtant la manne de Briançon n'était point à dédaigner, et la France entière s'en servait, pourvu qu'elle fut blanche, limpide et fraichement récoltée telle enfin qu'eux-mêmes, tandis qu'ils parcouraient cette partie des Alpes, l'obtinrent en grande quantité en rompant des branches de Mélèze. Cette manne indigène ne le cédait en rien à la manne exotique pour le goût et les propriétés purgatives ; elle avait l'avantage de coûter moins cher et d'être moins souvent sophistiquée. Parvenu avec les deux voyageurs à la limite extréme, en cette direction, du territoire provençal, nous allons maintenant rebrousser chemin et revenir vers la Basse-Provence, dont nous suivrons le littoral dans toute sa longueur depuis Marseille jusqu'à Nice (Ludovic Legré, La botanique en Provence au XVIe siècle: Pierre Pena et Mathias de Lobel, 1899 - books.google.fr).

 

La Manne de Briançon est composé de grains sucrés et blancs provenant de déjections de pucerons se nourrissant de la sève des mélèzes constituant un miellat récolté par les abeilles (siel38.wordpress.com).

 

C'est dans la première moitié du XVIIe siècle que des auteurs pétris d'humanisme classique inventèrent les «Sept Merveilles». Claude Jordan décrivait ainsi en 1643 le Dauphiné comme «une des plus belles provinces de France. Les historiens en disent des merveilles et mettent à ce rang sept choses remarquables quils nomment les «Sept Merveilles du Dauphiné» Une décennie plus tard, les mêmes références apparaissaient surtout sous la plume de deux des plus grands humanistes dauphinois du XVIIe siècle, le poète érudit Salvaing de Boissieu dans un ouvrage publié en 1656, Septem Miracula Delphinatus et l'avocat Nicolas Chorier qui consacrait un long chapitre aux «Sept Merveilles» dans son Histoire générale de Dauphiné publiée en 1661 Avec lui, la Tour sans venin, la Montagne inaccessible, la Fontaine ardente, les Cuves de Sassenage, les Pierres ophtalmiques de la montagne de Sassenage, la  Manne de Briançon, la Grotte de Notre-Dame de La Balme entraient dans le panthéon provincial des «merveilleux ouvrages de la nature». Sur le fond, ni l'un, ni l'autre des deux érudits dauphinois n'innovait véritablement. Ils ne faisaient que s'inscrire dans une très ancienne tradition issue d'un ouvrage rédigé au XIIIe siècle par Gervais de Tilbury, Otia Imperialia, qui décrivait, pour le divertissement de l'empereur Otton IV, cent vingt-neuf merveilles de ses différentes provinces tradition reprise en Dauphiné depuis la fin du XVe siècle par de nombreux auteurs avec un grand nombre de variantes. Parmi d'autres, Symphorien Champier avait ainsi décrit au début du XVe siècle les «quatre singularités du Dauphiné» ; Aymar du Rivail, pour sa part, identifiait en 1532 quinze merveilles dans la province Salvaing de Boissieu lui-même avait repris une première fois cette ancienne tradition en publiant successivement en 1631 et 1632 deux opuscules consacrés à la Tour sans venin et au mont Aiguille (Turis Alexi-pharmacos, et Mons inaccessibilis apud Vocontios Trivienses in Delphinatù). En 1638, il faisait également éditer un recueil, le Sylvae quatuor, consacré à ces mêmes merveilles ainsi qu'à la Fontaine ardente et aux Cuves de Sassenage (René Favier,  Les «Sept Merveilles du Dauphiné» : entre mémoire provinciale et instrumentalisations. In: Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°1-4/2005 - www.persee.fr).

 

Gervais de Tilbury est né en Angleterre vers 1152-1155, probablement à Tilbury dans le comté d'Essex. Il reçoit une éducation à la cour d’Henri II Plantagenêt, puis à Reims entre 1176 et 1180, auprès de l'archevêque Guillaume aux Blanches Mains, oncle du roi de France Philippe II, le futur Philippe Auguste. Il y reçoit les ordres mineurs, condition indispensable pour briguer un bénéfice ecclésiastique. En 1177, il effectue un voyage à Venise où il est témoin oculaire de l'entrevue de réconciliation entre le pape Alexandre III et l'empereur Frédéric Barberousse. Quelques années plus tard, il reprend ses études de droit à l'université de Bologne, grand centre d'enseignement du droit canon et y obtient son diplôme de docteur et son titre de maître.

 

Il fréquente la cour d'Henri II Plantagenêt et fait partie d’un groupe de clercs passionnés par la philosophie naturelle, qui forment un cercle culturel autour de son fils, Henri le Jeune Roi. À la mort brutale de Henri en 1183, Gervais quitte l'Angleterre et vit un temps en Italie du Sud, à la cour du roi normand de Sicile, Guillaume le Bon. Il quitte alors la cléricature pour la chevalerie. En 1189, à la mort de ce dernier, Gervais émigre à Arles, à cette époque terre d'Empire, où il exerce ses talents de juriste auprès des archevêques d'Arles, Pierre Isnard (1183-1190), puis Imbert d’Eyguières (1191-1202), et des comtes de Provence Alphonse Ier (1181-1196), puis son fils Alphonse II. Il épouse une parente de l'archevêque d'Arles, Imbert d’Eyguières. La dot comporte un palais dans la ville d'Arles, où il demeure5. En 1207, il est nommé juge mage du comte Alphonse II de Provence.

 

En 1209, il accompagne Otton IV de Brunswick à Rome pour son sacre, puis est nommé maréchal de la cour impériale pour le royaume d'Arles7 par l’empereur qui, formé dans sa jeunesse à la cour d'Angleterre, aime à s'entourer d'Anglais et de Saxons.

 

En 1214 après la bataille de Bouvines, l’empereur vaincu se retire dans ses terres de Brunswick, et Gervais, tout en conservant sa charge de maréchal de la cour impériale au royaume d'Arles, le suit. Gervais de Tilbury demeure en Allemagne après la disparition de son protecteur, et devient prévôt de l'abbaye d'Ebstorf de 1223 à sa mort (1233 ou 1234, voire 123710,11). Dans ces dernières années, il aurait supervisé la réalisation de la mappemonde12 sur le modèle de celle qui figurait, peut-être, sur le manuscrit des Divertissements.

 

Les Divertissements pour un empereur également appelés Liber de mirabilibus mundi, Solatia imperatoris ou Descriptio totius orbis contiennent sous forme encyclopédique les connaissances de l’époque. Écrit en latin, cet ouvrage est divisé en trois parties : la première concerne la création et les premiers temps du monde, la deuxième une description des parties du monde, des provinces et des peuples, et la troisième une série de merveilles du monde. Pendant le Moyen Âge, il fut beaucoup lu et fit l’objet de deux traductions en français, dont une par Jean de Vignay (fr.wikipedia.org - Gervais de Tilbury).

 

On trouve la mention d'"échantillon" de plantes au XVIIème siècle (Pierre Pomet, Histoire générale des drogues, traitant des plantes, des animaux & des minéraux, 1694 - books.google.fr).

 

Étymol. et Hist. 1. a) 1260 «étalon de mesure» (E. Boileau, Métiers, 8 ds T.-L.); b) 1690 «élément de construction servant de modèle pour ses dimensions, type de matériau de référence» (Fur.) d'où c) 1832 mar. (Raymond); 2. a) 1407 «petite quantité d'une marchandise qui permet d'en connaître la qualité» (Reg. concernant métiers, 1343-1451, fo103 ro, A. Tournai ds Gdf. Compl.); b) 1579 p. anal. «aperçu, élément représentatif, exemple» un eschantillon de ceste Tragedie (R. Garnier, La Troade, Epitre dédicatoire, éd. W. Foerster, II, p. 81 ds IGLF); c) 2e moitié XVIIIes. spéc. «élément représentatif sélectionné comme objet d'étude» (Buffon, Hist. nat., éd. Lannessan, t. 1, p. 2). Issu, par attraction paronymique avec les formes se rattachant au lat. canthus (chant2*) telles que l'a. fr. chantille et eschantille (v. chantignolle et échantignolle), d'un type eschandillon (2emoitié xiiies. esscandelon, V. de Honnecourt d'apr. FEW t. 11, p. 279 a) dér. d'un simple venu du b. lat. *scandiculum, var. par changement de suff. de *scandaculum dér. de scandere «monter, gravir» et signifiant «échelle» d'où «jauge, mesure» (cf. à l'appui de *scandiculum, l'a. prov. escandil ds Levy Prov., s.v. escandal, -alh et l'a. lyonn. eschandil ds Gdf. désignant un étalon de mesure et à l'appui de *scandaculum le dimin. escandalhon de l'a. prov. escandahl « unité de mesure » ds Levy Prov.; REW3no7649; FEW t. 11, pp. 278-280) (www.cnrtl.fr).

 

Natifs de Briançon

 

Nous avions indiqué à tort, dans la seconde édition, Briançon comme la patrie d'Oronce Eme et d'Oronce Fine; tous les Fine appartiennent à des familles du Villar-Saint-Pancrace ou de ses environs; le prénom d'Oronce ne se donnait point dans la ville; au contraire il est très commun au Paquier, hameau du Villar, et où Oronce Eme a vu probablement le jour. Vi-bailli ou jugemage à Briançon en 1440, il passait pour un profond jurisconsulte; il a trop figuré dans les persécutions subies par les Vaudois. C'est bien dans ce hameau, en une maison qui subsiste encore et où rien n'annonce son ancien maître, que vint au monde, en 1494, Oronce Fine, dont le père était médecin. «Cette maison, dit M. Charles Groult, est bâtie dans un style de renaissance fort simple et fort nu, où le plein cintre domine; sa façade est-sombre et d'un aspect austère.» M. Marius Cival en a fait le sujet d'une jolie aquarelle. Le jeune Oronce fut chargé par François Ier d'enseigner à Paris les mathématiques, dont il a laissé plusieurs ouvrages. M. Chaix en a trouvé une partie dans une maison de Briançon. On voit encore dans la galerie des Génovéfains, au-dessus du collège de Henri IV, l'horloge ingénieuse, mais trop compliquée, qu'il exécuta pour le cardinal de Lorraine. Il composa plusieurs cartes géographiques et une épitre en rimes présentée au roi François Ier, touchant la dignité, perfection et utilité des mathématiques ; Paris, 1554, in-8°. Le vainqueur de Marignan l'avait, une année auparavant, nommé professeur de mathématiques au collége, et il conserva cette place jusqu'à sa mort. Cependant ce prince le tint six ans en prison, parce que, en qualité de membre de l'Université, il avait cru pouvoir faire opposition au concordat. Catherine de Médicis fit élever à la Halle au blé une tour où l'on montait par une vis à une plate-forme, en secret pour les recherches de l'astrologie, ostensiblement pour les observations astronomiques de Fine, qui cessa de vivre, sous Henri II, à l'âge de soixante-un ans (Jean Charles François de Ladoucette, Histoire, topographie, antiquités, usages, dialectes des Hautes-Alpes: avec un atlas et des notes, 1848 - books.google.fr).

 

Traduit en latin par un certain Julius Valerius, le roman d'Alexandre du pseudo-Callisthène inspira à Albéric de Briançon (ou de Pisançon), un poème en dialecte dauphinois dont nous n'avons plus que les 105 premiers vers (Louis Kukenheim, Henri Roussel, Guide de la littérature française du Moyen Age, 1957 - books.google.fr).

 

Au milieu d'un manuscrit latin de Quinte-Curce de la fin du XIe siècle, qui est conservé à la Laurentienne de Florence, on lit, écrit en partie et peut-être entièrement de la même main que le reste du ms., un fragment de 105 vers composés dans une langue demi-française, demi-provençale. Ces vers sont les débris d'un poème en l'honneur d'Alexandre le Grand, qui serait resté anonyme, si un prêtre allemand, du XIIe siècle, nommé Lamprecht, ne l'avait traduit dans sa langue, en désignant le trouvère roman sous le nom d'Elberich von Bisenzûn, c'est-à-dire Albéric ou Aubry de Besançon. La critique s'est fort exercée sur ces quinze strophes d'une allure singulièrement vive, d'un éclat et d'une vigueur de style qui décèlent un écrivain (Revue critique d'histoire et de littérature, 1883 - books.google.fr).

 

M. Bartsch place l’Alexandre au XIe siècle, et M. P. Meyer au commencement du XIIe. M. Conrad Muller (Die Assonanzen im Girart von Rossillon; Romanische Studien, Bonn, t. III) attribue à la contrée lyonnaise l'origine de ce fragment. Il a été appuyé par M. Hermann Flechtner (Die Sprache des Alexanderfragments des Alberich von Besançon, Breslau, 1882), qui y a recueilli des relations de sons et de flexions avec le texte de Marguerite d'Oingt. Il est certain en tous cas que l'Alexandre appartient à une langue intermédiaire, comme notre dialecte, entre le provençal et le français. M.P. Meyer propose de lire Albéric de Briançon au lieu de Besançon (Clair Tisseur, Dictionnaire étymologique du patois lyonnais, 1890 - books.google.fr).

 

La chartreuse de Poleteins (dans l'Ain, Mionnay) est particulièrement connue pour sa quatrième prieure (entre 1286 et 1310), Marguerite d'Oingt, poétesse, mystique et érudite qui écrivit la vie de Béatrice d'Ornacieux (1260 - 1303) : cf. III, 96 - Glossanthrax - 1775-1776.

 

Alexandre fut mis à la mode par les remaniements et les amplifications que Lambert le Tort, Alexandre de Bernay, Pierre de Saint-Cloud et leurs émules firent subir au vieux poème d'Albéric de Briançon, écrit sans doute à la fin du XIe siècle (Henri Liebrecht, Georges Rency, Histoire illustrée de la littérature belge de langue française (des origines à 1925), 1926 - books.google.fr).

 

Le fragment le plus connu en est la fameuse «lettre d'Alexandre à Aristote» qui donne de l'Orient une image fantastique, faisant pénétrer dans l'imaginaire médiéval de l'Occident le goût du merveilleux oriental. Le Livre des merveilles de de Marco Polo est plus proche des réalités.

 

La Lettre d'Alexandre à Aristote sur les merveilles de l'Inde, intégrée à certaines versions du pseudo-Callisthène, eut tant de succès qu'elle circula indépendamment au Moyen Âge (Monique Bouquet, La Sibylle: Parole et représentation, 2016 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain V, 62 - Le secret des secrets - 1897-1898.

 

Il s'agit là d'une autre île, Meliora, où eut lieu un combat naval en 1241. Le savant Jean de Tolède y fut fait prisonnier. Il a écrit une brève traduction de la lettre d'Aristote à Alexandre, pendant de celle d’Alexandre à Aristote, qui est devenu le Secret des secrets.

 

Du mélèze au platane

 

Le Platane fut d'abord apporté à l'isle de Diomede, aujourd'hui Pelagosa, pour orner le tombeau de ce roi; de là il passa en Sicile, et ensuite en Italie. Au temps de Pline il étoit répandu en Europe jusque dans le Boulonois ; mais, dit ce naturaliste, cette nation nous paie jusqu'à l'ombre dont nous la laissons jouir. Denis, l'ancien tyran de Sicile, en fit planter dans ses jardins (Nouveau Duhamel, ou traité des arbres et arbustes que l'on cultive en France, 1804 - books.google.fr).

 

Le platane fut d'abord cultivé en Perse où l'on en fait encore aujourd'hui un cas singulier. Hérodote nous raconte que Xersès fit entourer d'une chaîne d'or, un platane qu'il avait trouvé en Lydie, et lui donna une garde d'honneur. Il est probable que cet arbre était consacré à quelque divinité. Chez les Grecs et les Romains, on le dédiait au génie de chaque individu, ou à l'esprit tutélaire de celui qui l'avait planté. On lui faisait des couronnes de ses feuilles et de ses fleurs, et on en ornait ses autels. On conservait avec un respect religieux les deux platanes qu'Agacnemnon et Ménélas avaient confiés à la terre, l'un à Delphes, l'autre dans une forêt sacrée de l'Arcadie, où mille ans après on le montra à Pausanias (Dictionnaire universel de mythologie: ancienne et moderne, Tome 10 de Troisième encyclopédie théologique, 1855 - books.google.fr).

 

La province de la Capitanate, limitrophe de celle de Molise, est formée de la plus grande partie de la Pouille; elle est divisée du sud-ouest au nord-est par une chaîne de montagnes calcaires qui se termine au mont Gargano (Garganus Mons), dont les pentes et les collines environnantes forment un vaste promontoire dans l'Adriatique. Leurs sommets sont couverts de forêts où l'on recueille, comme au temps des anciens, de la manne, de la térébenthine et de la poix. Un bourg, Canosa, l'ancien Canusium, fondé par Diomède, était une ville que détruisit le tremblement de terre de 1694 (Victor Adolphe Malte-Brun, Description de l'Europe (suite) et de l'Asie Occidentale, Tome 4, 1853 - books.google.fr).

 

Le sabmedy vingt cinquiesme jour de May, nous eusmes bon vent. En allant, nous vismes à main gaulche l'isle de Sainct André en la mer, en laquelle sont aucuns hermites demourans. A main dextre, nous vismes la Pouigle de loing. Nous allasmes auprès d'une vallée et gouffre dedans la mer à main gaulche environ cinq heures du soir qu'on appelle Pelligouze auquel promontoire sainct Grégoire demeura treize ou quatorze ans. En ceste mesme heure, à main dextre, nous vismes de loing le mont de Gargan, le chasteau Sainct Ange, et la cité de Macedoine Barlete et aultres (Denis Possot, Charles Philippe, Le Voyage de la Terre Saint (1532), 1971 - books.google.fr).

 

On peut voir sur les feuilles du platane et du tilleul de petites exsudations sucrées particulièrement abondantes cette année, connues sous le nom de miellée et dont les abeilles se montrent très friandes. M. Maquenne s'est appliqué à déterminer la composition de cette substance. Il a pris 100 kilogrammes de feuilles fraiches et a d'abord préparé un sirop contenant 100 grammes de miellée par le lavage à l'eau froide; ensuite à l'aide d'un traitement par l'alcool il a obtenu deux espèces de sucre. L'un est un glucose ordinaire, l'autre est le mélézitose découvert par M. Berthelot dans la manne du mélèze. On a déjà trouvé le mélézitose dans la manne qui est utilisée en Perse comme aliment sous le nom de tourandjbine. M. Dehérain fait remarquer qu'il y a une coïncidence fort curieuse dans la composition de matières d'origines si diverses (Science progrès découverte, Tome 2, 1893 - books.google.fr).

 

Conclusion

 

Les remarques de Marco Polo sur les productions naturelles des pays dont il fait mention méritent aussi d'être expliquées, et pour appuyer cette observation sur un exemple, je me suis arrêté à ce qu'il raconte de l'arbre du Soleil ou arbre sec. On trouve, dit-il , dans la province de Timocain une grande plaine où croit l'arbre du Soleil, vulgairement nommé arbre sec; il est grand et vigoureux : ses feuilles sont vertes d'un côté et blanches de l'autre ; il porte des glands couverts d’écorce comme ceux du châtaignier ; mais leur enveloppe ne renferme aucun fruit qui soit mangeable. [...]

 

Un nouveau passage qui ne se trouvait pas dans les premières éditions imprimées, et qui fait partie des chapitres additionnels de deux manuscrits de la Bibliothèque royale publiés par la Société de géographie, m'a mis sur la voie d'un autre genre de recherches dont je crois devoir rendre compte. Ces manuscrits nous apprennent qu'un roi des Tartares du Levant qui occupaient alors la Perse, ayant å défendre ses frontières du nord contre les incursions d'un autre khan des Tartares, envoya son fils Argon, avec un corps de troupes, vers la terre de l'arbre du Soleil ou arbre sec, cité dans le Livre d'Alexandre. On voit dans le même passage que cette armée devait s'avancer jusqu'aux rives du Gihon. La situation géographique de la contrée où croit l'arbre du Soleil se trouve ainsi déterminée : il doit naitre au midi du fleuve Gihon et vers le nord de la Perse ; mais on avait encore à chercher des notions plus précises dans l'ouvrage indiqué sous le nom du Livre d'Alexandre. Ma pensée s'est portée sur Quinte-Curce, qui nous a laissé l'histoire la plus complète de ce conquérant. J'étais aussi guidé dans mes recherches par un premier passage de Marco Polo, qui fait naître l'arbre du Soleil dans une contrée où Alexandre combattit les troupes de Darius; et j'ai consulté le 6e livre de Quinte-Curce, où l'on voit que le vainqueur, poursuivant Darius après la bataille d’Arbelles, apprit que Bessus, gouverneur de la Bactriane, s'était révolté contre ce prince, l'avait trahi, au lieu de lui accorder un asile, et l'avait fait périr. Quinte-Curce peint la marche d'Alexandre à travers l'Hyrcanie, lorsqu'il s'avançait contre les rebelles, encore couverts du sang de leur maître ; et après avoir décrit cette province, il ajoute : On y voit des arbres nombreux qui ont l'apparence du chêne ; leurs feuilles se couvrent de miel ; mais si on ne l'enlève pas au point du jour, ou si la température est un peu tiède, il se dissout. Diodore rapporte également qu'on trouve dans cette contrée un arbre dont la forme ressemble à celle du chêne, et dont les feuilles distillent le miel : les habitants la recueillent et en font fréquemment usage. Un passage de l'histoire naturelle de Pline confirme cette remarque. [...]

 

Ces passages de Quinte-Curce, de Diodore et de Pline permettent d'envisager la question sous un nouveau jour. Ce n'est plus par quelques caractères génériques sur la forme de la plante que l'arbre du Soleil est désigné : on récolte la manne sur ses feuilles. Pour justifier la remarque des trois écrivains, il est utile de vérifier si elle s'accorde avec les observations du même genre qui ont été faites de nos jours par les botanistes les plus dignes de soi. Nous voyons dans l'histoire des plantes de Brisseau-Mirbel, que la manne ne se trouve pas sur les mêmes arbres dans tous les pays : celle de Briançon est produite par le mélèse, celle de Calabre par une espèce de frêne. C'est vers l'époque du solstice d'été, et depuis le midi jusqu'au soir, qu'elle découle du tronc et des grosses branches de cet arbre. Cette liqueur, d'abord très claire, s'épaissit en grumeaux blancs pendant la nuit ; on la détache le lendemain matin pourvu qu'il ne soit pas tombé de pluie; un léger brouillard suffirait pour la dissoudre. Quelquefois elle transsude des nervures des feuilles en petites gouttes blanches, qui ont la forme de grains de millet : cette dernière qualité de manne est la plus estimée. Ces remarques sur la formation de la manne et sur sa récolte ne différent des citations de Quinte-Curce, de Pline et de Diodore que par le nom de l'arbre qui la produit; mais elles ne contredisent point ces anciens auteurs, puisque la manne peut se recueillir sur plusieurs plantes; et leur triple témoignage se trouve confirmé par celui de plusieurs voyageurs modernes qui ont décrit avec soin les provinces d'Orient qu'ils ont parcourues. [...]

 

Le nom d'arbre du Soleil, sous lequel cette plante est désignée parait facile à expliquer, si l'on songe aux causes qui produisent la manne et qui la font disparaitre. Ce suc découle de la tige et des feuilles durant les plus grandes chaleurs de l'été ( M. Roux de Rochelle, Notice sur l'arbre du Soleil, ou arbre sec, décrit dans la relation des voyages de Marco Polo, Bulletin de la Société de Géographie, 1845 - books.google.fr).

 

Autrement

 

On retiendra de ce qui précède les sénateurs de l’orchestra romaine.

 

Brisanne : Bercianos

Pelligoux : Reliegos

 

Ces étapes du chemin de Compostelle de Sahagun à Léon sont issus de la Nouvelle Guide des Chemins édité  par Nicolas Bonfons en 1583 (Xavier de Bonnault d'Houët, Pèlerinage d'un paysan picard à Saint Jacques de Compostelle au commencement du XVIIIe s., 1890 - www.google.fr/books/edition, Jean Bonnerot, la Guide des chemins de France de Charles Estienne (1553), 1936 - www.google.fr/books/edition, Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France: formation et fortune, Tome 3, 1999 - books.google.fr).

 

Cf. quatrains VIII, 48, VIII, 489, VIII, 50 et X, 47.

 

"el tago" : le Tage

 

Le Tage et ses affluents charrient des paillettes d’or, d’où la légende arabe des paillettes d’or rejetées par la mer, qui a donné à l’embouchure du Tage son nom de «Mer de Paille». Dans le pays des Artabres, sur la côte de Corogne, «les femmes ratissent soigneusement le sable aurifère et le lavent ensuite dans des sas ou tamis, tressés à la façon de paniers» (Strabon).

 

«Aurum invenitur in nostro orbe : ut omittamus indicum a formicis aut apud Scythas gryphis erutum. Apud nos tribus modis: fluminum ramentis, ut in Tago Hispaniae, Pado Italiae, Hebro Thraciae, Pactolo Asiae, Gange Indiae. Nec ullum absolutis aurum est, ut cursu ipso trituque perpolitum.», Pline, Hist. nat., XXXIII, 21

 

L’Espagne était une des grandes régions métallurgiques de l’Antiquité. On y extrayait, outre le fer, l’étain, le plomb, le cuivre, l’argent. Les entreprises phéniciennes et puniques s’expliquent en partie par la recherche du métal. Le minerai était travaillé à l’époque romaine dans des sites très anciens comme Tartessos, Gadès, Malaga, Carthagène, sur le plateau de Castille, à Bilbilis, à Tolède, dans la sierra Morena (le Mons Marianus des Romains), à Italica, où l’exploitation reprit sous le califat de Cordoue. La valeur des produits manufacturés destinés à l’exportation tenait plus, d’après les auteurs anciens6, à la qualité du travail qu’à la qualité du minerai ; elle s’expliquait aussi par les propriétés de certaines eaux, comme celle du Tage, pour la trempe : c’est ainsi que les coutelas espagnols (machaerae hispanae) étaient renommés dans l’Antiquité (Maurice Lombard, I. Les métaux dans l’ancien monde à la fin du ve siècle In : Les métaux dans l’Ancien Monde du Ve au XIe siècle, 2001 - books.openedition.org).

 

"orchestra" : la sénatrice Luparia

 

Au XIIe siècle, alors que Santiago était arrivé au plus haut degré de splendeur, on y voyait deux livres fort instructifs sur ce point. L'un d'eux, connu sous le nom d'Historia Compostellana, traite surtout des événements contemporains des narrateurs, lesquels s'arrêtent à l'année 1139 ; c'est une histoire de l'évêque Diego Gelmirez, mais d y est aussi question des temps anciens, de la translation de saint Jacques et de la découverte de son tombeau. L'autre livre était un recueil assez complexe. On y trouve une Translatio s. lacobi, suivie d'une lettre de saint Léon, pape : puis un recueil de miracles de saint Jacques, censé formé par le pape Calixte II ; la passion de saint Satrape de Saintes ; l'histoire fabuleuse de Charlemagne par le pseudo-Turpin ; enfin, une lettre apocryphe d'Innocent II, laquelle authentifie l'ensemble. De cette collection, les deux premières pièces, la Translatio et la lettre du pape Léon, sont les seules dont il y ait lieu de s'occuper ici. La Translatto raconte que saint Jacques vint en Espagne après l'ascension du Sauveur, qu'il y convertit quelques personnes, qui, notamment sept disciples, le suivirent quand il repartit pour Jérusalem. Après son martyre, ils recueillirent son corps et s'embarquèrent sur un navire qui, en sept jours, les transporta à lira. Désireux de donner à l'apôtre un tombeau convenable, ils allèrent trouver une matrone appelée Luparia et lui demandèrent de leur céder un temple situé dans une de ses propriétés. Cette personne, païenne et mal disposée, les adressa au roi de la contrée, qui leur fit le plus mauvais accueil. Les disciples prirent la fuite, poursuivis par ce méchant prince. Sur leur route . trouvait un pont : ils le traversèrent et il s'écroula au moment où les persécuteurs étaient en tram de le passer à leur tour. Cet accident fit réfléchir Luparia ; cependant, pour se débarrasser des solliciteurs, elle les envoya dans la montagne, où ils eurent affaire d'abord à un dragon, puis à des bœufs sauvage» Ils triomphèrent et des dragons et des bœufs. La montagne s'appelait mons Ilicinus ; les disciples changèrent son nom en celui de mont Sacré. Leur succès finit par convaincre la matrone, qui se convertit et entraîna la population par son exemple. Le temple fut vidé de ses idoles ; on y creusa un tombeau, et l'apôtre y reçut enfin la sépulture. Les disciples se dispersèrent pour prêcher l'Evangile ; mais trois d'entre eux demeurèrent jusqu'à la mort auprès du saint tombeau. On pourrait croire que ce récit représente une tradition populaire locale. Il n'en est rien c'est un plagiat pur et simple. Bien longtemps avant que la Mansion° de saint Jacques ne fût en circulation, la même histoire, sauf ce qui concerne l'apôtre, était racontée dans un autre canton de l'Espagne à propos de sept saints dont le culte est assez ancien. Adon, au 15 mai de son martyrologe, en donne un résumé. Sept évêques, Torquatus, Ctesiphon, Secundus, Indactius, Caecilius, Hesychius et Euphrasius, sont ordonnés à Rome par les apôtres et envoyés en Espagne. Ils se présentent d'abord à Acci, actuellement Gtiadix, localité située à l'est de Grenade, dans l'extrême sud de la province carthaginoise. Comme ils se reposaient à proximité de la ville, les païens, qui célébraient une fête, se précipitèrent sur eux et les mirent en fuite. Les évêques franchirent un pont, lequel s'écroula aussitôt sous le poids de ceux qui les poursuivaient. Une «sénatrice» appelée Luparia donna alors le signal de la conversion. Puis les apôtres se dispersèrent et allèrent fonder des églises dans la région, à Illiberris (Grenade). Urci, Illiturgi, etc. Adon raconte que, le jour de la fête de l'un d'eux, saint Torquatus d'Acci, c'est-à-dire le 15 mai, un olivier planté près de son tombeau donnait des fruits mûrs (Antoine de Baecque, Les voix de Compostelle, 2015 - www.google.fr/books/edition).

 

Ainsi, la première convertie serait une noble dame (senatrix), appelée Luparia. Les cognomina dérivés de Lupus : Lupa, Lupatia, Luperca, Lupinula, Luplica, etc., sont fréquents en Espagne ; voir Corp. inscr. lat., t. II, indices, p. 739. Il ne faut pas confondre Guadix (Acci), au sud de la Tarraconaise, avec Cadix au sud de la Bétique (Paul Allard, Les persécutions en Espagne, Revue des questions historiques, Volume 39, 1886 - www.google.fr/books/edition).

 

En latin la lupa, la louve, désigne couramment la prostituée dont la maison est aussi appelée un lupanar. Les prostituées prennent souvent un surnom qui rappelle le loup que ce soit Lycoris aimée de Gallus ou Messaline qui se fait appeler Lycisce. On voit ainsi comment symboliquement la lupa, la femelle du lupus, est son inverse le loup figure la vertu militaire, le corps sacré du jeune soldat, la louve incarne le corps prostitué de l'un ou l'autre sexe. Que la louve soit devenue l'animal emblématique de Rome montre comment est centrale la figure de la prostitution (féminine ou masculine indifféremment) à Rome qui structure l'espace féminin et urbain, en s'opposant à la matrone, et l'espace masculin de la guerre en s'opposant au soldat (Florence Dupont, La matrone, la louve et le soldat, Prostituées, Volume 17 de Clio. Histoire, femmes et sociétés, 2003 - books.google.fr).

 

La reine Urraca Ière et Luparia

 

Urraque Ière, née en 1081 et morte le 8 mars 1126, est reine de León et Castille de 1109 à sa mort. Fille du roi Alphonse VI et de Constance de Bourgogne, Urraque devint l'héritière de son père en 1108 après la mort de son frère Sanche. Avec son premier mari Raymond de Bourgogne (mort en 1107), elle eut un fils : Alphonse Ramires, le futur Alphonse VII. Lors de son second mariage, Alphonse Ier d'Aragon et elle-même, par contrat, devenaient co-souverains de toutes leurs propriétés. Alphonse en profita pour installer des garnisons aragonaises dans les villes de Castille et de León, ce qui provoqua une guerre civile. Un conflit entre les époux empira les choses et pour des raisons de consanguinité, le pape Pascal II déclara leur mariage nul. Après leur séparation, la guerre civile continua et ne se termina qu'en 1126 avec la mort de Urraque (fr.wikipedia.org - Urraque Ire de Léon).

 

L'évêque de Saint Jacques de Compostelle Diego Gelmirez avait constitué un parti et avait fait roi le fils d'Urraque. En 1116, dans le conflit entre Urraque et Diego Gelmirez, Dom Ferdinand Perez, fils du comte Dom Pedre Frolaz, avait assiégé la cité de Castro Luparia qui appartenait à la reine (Juan de Ferreras, Histoire generale d'Espagne, Tome 3, traduit par Vaquette d'Hermilly, 1751 - www.google.fr/books/edition).

 

L'histoire d'Arias Pétri est un autre bon exemple de l'impuissance de la monarchie face aux châtelains. Ce personnage est mentionné pour la première fois dans la Compostellana en  1110. L'année suivante on apprend qu'il avait «usurpé» le château  royal de Luparia. On ne sait s'il faut entendre par là qu'il en avait pris possession par les armes ou par ruse, ou bien que, l'ayant reçu «légalement», il s'était libéré des obligations auxquelles il était tenu. Quoiqu'il en soit, Urraca et Diego Gelmirez vinrent assiéger Luparia. Arias rendit la place, après négociations, et perdit tous ses honores. La reine, en  1116, offrit le castellum, alors en butte aux attaques de Fernandus Pétri, fils du comte de Traba, à l'évêque de  Compostelle. Gelmirez refusa. Urraca conserva Luparia jusqu'en 1117 au moins. En 1123, il était de nouveau aux mains d'Arias Pétri. La Compostellana ne révèle pas comment ni à quel titre, l'usurpateur de  1111 en avait repris possession. Mais on peut envisager l'hypothèse que ce fût à la suite d'un accord avec la reine, accompagne d'une prestation d'hommage. En effet, Arias est qualifié de «dux Lupariare». L'expression fait penser à une investiture «officielle». Cependant, le «dux», si tant est qu'il ait fait hommage, l'avait rompu, car Urraca, toujours en 1123, mit le siège devant son castrum sans parvenir à s'en emparer : elle envisagea d'en faire construire un autre «in facie» de Luparia. On ignore si le rebelle fit sa soumission et quand. Mais, en 1126, il tenait toujours Luparia. Il fut le seul des nobles galiciens à refuser de faire hommage à Alphonse VII, «aut aliquid servitium exhibere». Diego Gelmirez fut chargé de le mettre à la raison. Le prélat assiégea et prit la turris de Taberiolo quele  dit Arias avait construite tandis qu'un comte à qui Alphonse VII avait donné l'honor du révolté bloquait Luparia qui résista avec succès. Le sort ultérieur du castrum n'est pas connu. Il est fort possible qu'Arias l'ait conservé après avoir consenti à faire hommage pour lui au roi. On a, en effet, la certitude qu'il a gardé le castellum de Sanctus Joannis de Penna-Cornaria qui lui appartenait : il en fit donation «post mortem» à la cathédrale de Compostelle en 1128. Il y a un parallélisme évident entre la situation qu'Urraca et Alphonse VI ont dû affronter en  Galice et celle qu'a trouvé, à son avènement le capétien Louis VI le Gros dans son domaine. De l'autre côté des Pyrénées, le roi de France à réussi à réduire les châtelains et à détruire leurs forteresses les plus importantes. Mais ce fut au prix d'un effort militaire soutenu pendant trois décennies. La volonté d'aboutir à un même résultat chez eux n'a pas manqué à la fille et au petit-fils d'Alphonse VI. Mais, faute de numéraire, ils n'ont pas eu les moyens de leur politique. Le rôle de l'argent dans la «castellisation» et la «féodalisation» de la Galice est un des enseignements majeurs que l'on tire de la lecture de l'Historia (Jean Gautier-Dalche, Chateaux  en  Galice: Le témoignage de l'Historia Compostellana - www.culturanavarra.es).

 

Si "urraca" signifie "pie" (oiseau) en espagnol, ce nom pourrait venir du gothique Ulrica.

 

"outrage" fait à la reine ou fait par la reine

 

Urraque est qualifiée de débauchée. Son mari Alphonse d'Aragon fit enfermer au château de Castallar (Johannes Mariana, Histoire Generale D'Espagne, traduit par Joseph-Nicolas Charenton, Tome 2, 1725 - www.google.fr/books/edition).

 

Au siège du château de Moterroso (province de Lugo, Galice), un partisan du comte révolté Pedro de Galice vint imploré la protection de la reine Urraca. Son mari Alphonse n'y eut aucun égard et le transperça de sa lance dans le manteau de sa femme. Humiliée et outragée par le comportement de son mari, elle exigea le divorce sur le champ. Comment ne pas penser, en lisant cet épisode, à l’abondante iconographie du bas Moyen Âge qui représente la figure de la Vierge en train de protéger le peuple chrétien sous son vaste manteau ? Affirmer que nous sommes en présence d’une parfaite similitude entre Marie et Urraque serait sans doute excessif, il est pourtant évident que ce topos de l’image mariale, appliqué à la reine, s’impose de façon naturelle dans l’esprit du lecteur de la chronique. […]

 

La mort d’Alphonse VI ne provoqua pas seulement des bouleversements dynastiques et successoraux quant à la destinée du trône du royaume de León-Castille. La disparition du monarque représenta aussi un tournant politico-symbolique, véritable annonce du chant du cygne, pour le vieux monastère de Sahagún, lieu de rédaction de la chronique qui constitue l’objet de notre étude. Ce fut en effet dans l’église de Domnos Sanctos que l’on enterra Alphonse en grande pompe. Le monastère, choisi par le roi comme dernière demeure, affichait alors des prétentions visant à être reconnu, en sa qualité de panthéon royal, comme l’un des principaux centres politiques du royaume de León et de Castille. […]

 

L’œuvre du père José Pérez de Rozas élaboré dans la deuxième moitié du XVIIe siècle sous le titre : Defensa del honor de la Reyna Doña Urraca, indignamente mancillado por varios rumores esparcidos en su tiempo, y ligeramente creidos, y propagados por Autores poco noticiosos á la posteridad, brève apologie, éditée par Escalona sous le titre “Apéndice II” (1782), prend place entre les chroniques anonymes et la sélection du cartulaire du monastère de Sahagún, respectivement annexes I et III de la Historia de Sahagún. Le fait qu’Escalona ait publié ce texte, et que José Pérez ait songé à l’écrire plus de cinq siècles après la mort de la reine, est moins anodin qu’il n’y paraît au premier abord. L’intention de ces moines de l’époque Moderne nous est bien connue : elle consistait à sauvegarder les intérêts de Domnos Sanctos à une période, le Siècle des Lumières, où la conservation d’une institution de cette nature semblait de plus en plus anachronique aux yeux des contemporains. Mais telle devait être aussi, pour des raisons de protection comparables, l’intention des auteurs des Crónicas anónimas lorsqu’ils rédigèrent ces textes.

 

Le propos de Pérez de Rozas a le mérite de la clarté. Il prétend rétablir, dans son opuscule, la mémoire outragée d’Urraque, jusqu’alors particulièrement maltraitée par l’historiographie “nationale”. Son travail ne fut pas vain car d’autres auteurs40 s’employèrent, après lui, à réhabiliter la figure de cette reine (Charles Garcia, Le pouvoir d’une reine, e-Spania 1,  juin 2006 - ournals.openedition.org).

 

Deux comtes castillans, Gomez de Campospina et Pedro de Lara, se partageaient cet amour adultère. Doublement blessé de ces désordres, qui en déshonorant son nom, lui enlevaient tout le bénéfice de son mariage et l'empire d'Alonso VI, le roi d'Aragon se détermina à les réprimer par les armes, et marcha sur Burgos à la tête de ses fidèles. Les barons castillans protestaient tous par leurs murmures contre la vie licencieuse d'Urraca; mais, comme elle leur était moins odieuse que la domination aragonaise, ils rejoignirent les bannières des favoris. Ceux-ci attendaient l'ennemi dans la plaine de Campospina. Au premier choc, Pedro de Lara, libertin sans coeur, qui menait l'avant-garde, tourna bride devant les lances, et s'enfuit à Burgos, où la reine dut lui faire un mauvais accueil. Gomez, plus courageux, se fit tuer avec tous les siens. Les Aragonais gagnèrent la bataille, mais tout l'honneur resta aux Castillans, par la bravoure d'un chevalier d'Olea, qui portait la bannière du comte. Ayant son cheval tué sous lui et les deux mains coupées, il retint la bannière de ses deux bras mutilés et sanglants, et ne cessa de la défendre et de crier : «Olea! Olea!» qu'en perdant la vie avec son sang (Jean Bernard Mary-Lafon, Histoire d'Espagne depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

 

En 1110, le comte de Candespina, Gómez González, qui avait espéré épouser Urraque, se soulève contre Alphonse Ier. Il est mis en déroute devant le château de Monterroso. À partir de 1111, il prend le parti, avec une importante fraction de la noblesse galicienne, du jeune Alphonse, pour l'instant dépossédé de ses droits. Menés par l'évêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, Diego Gelmírez, et le tuteur de l'enfant, le comte de Traba Pedro Froilaz, les nobles choisissent Alphonse comme «roi de Galice», lors d'une assemblée dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, le 17 septembre 1111. Alphonse Ier intervient en Galice et, avec l'aide du comte de Portugal Henri de Bourgogne, met en déroute les partisans de son beau-fils à la bataille de Viadangos, en octobre 1111. Il capture Pedro Froilaz, tandis que Diego Gelmírez et Alphonse parviennent à fuir (fr.wikipedia.org - Alphonse Ier (roi d'Aragon)).

 

Le roi d'Aragon, avant la fin de l'an 1110, était maître de Najara, Palencia, Burgos et de la plupart des places fortes. Le parti de la reine était en pleine dissolution. Un acte impolitique d'Alonso Ier lui rendit la vie et la force. Ne sachant comment subvenir aux frais de la guerre, le vainqueur eut l'idée de les faire payer par les saints. Par le conseil perfidement intéressé peut-être du roi de Portugal, il mit la main sur les trésors et les revenus de l'Église. Aussitôt tout changea de face. Le clergé furieux publia que le ciel, qui avait jusque-là favorisé les armes de l'Aragon, allait les abandonner et se déclarer en faveur de la Castille. A sa voix, en effet, tous les partis, oubliant leurs discordes, s'unirent contre l'ennemi commun, et les masses, soulevées par les cris de détresse et de fureur des prêtres, se ruèrent de toutes parts contre ces pillards, ces brigands, ces sacrilèges violateurs des églises, qui volaient les vases sacrés, avilissaient les ministres de Dieu, outrageaient les femmes et les vierges, brûlaient les villas royales, ne respectaient pas même les bourgs et les hôtelleries du chemin de Saint-Jacques, et avaient si cruellement ravagé les campagnes, que les malheureux agriculteurs y mouraient à chaque pas de faim et de misère, et n'y trouvaient plus rien que quelques brins de paille pour couvrir leur nudité.

 

Alors apparut sur la scène, pour soutenir la cause castillane, un de ces caractères fièrement trempés, énergiques jusqu'à la violence, qui sont le salut de la chose publique dans les temps de crise et le fléau des peuples dans les temps de troubles. Diego Gelmirez, archevêque de Saint-Jacques-de-Compostelle, prit en main la cause de l'Église et celle de la reine, au moment où elles semblaient également désespérées, et les releva l’une et l'autre. Par son influence, il ramena la Galice sous la bannière nationale, détacha le roi de Portugal de l'alliance aragonaise, et mit tout à coup le bon droit du côté d'Urraca, en la couvrant de la protection sacrée de Rome, et, publiant un bref du pape Pascal II, qui la séparait de fait de son époux (Jean Bernard Mary-Lafon, Histoire d'Espagne depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, Tome 1, 1865 - books.google.fr).

 

Marié à Urraque Ire de León en 1109, Alphonse Ier d'Aragon est roi de León, de Castille et de Galice à ses côtés. Il prend alors le titre d'«empereur de León et roi de toute l'Espagne» ou d'«empereur de toute l'Espagne». À la suite de leur séparation, en 1114, qui entraîne celle de leurs royaume, il conserve ce titre jusqu'en 1127, date à laquelle il l'abandonne au fils aîné d'Urraque Ire, Alphonse VII (fr.wikipedia.org - Alphonse Ier (roi d'Aragon)).

 

Pelligoux : Reliegos

 

Reliegos: in Roman times the village was called Palantia, and 3 military roads converged here. As far as we know, no visible traces of the Roman settlement are left. A medieval village here is cited from 916, and in 1043 Fernando I donated the town to the Cathedral of leon (David M. Gitlitz, Linda Kay Davidson, The Pilgrimage Road to Santiago, 2000 - www.google.fr).

 

La reine Urrace échange en 1116 avec l’évêque de Léon la villa San Martin près de Reliegos contre des objets précieux (Laurent Feller, Ana Rodríguez, Objets sous contrainte, Circulation des richesses et valeur des choses au Moyen Âge, 2019 - www.google.fr/books/edition).

 

Se sale de Reliegos por el "camino real”, hasta llegar a Mansilla de las Mulas, con murallas y el castillo, en donde sufrió prisión el conde D. Pedro de Lara, presunto marido de la Reina Doña Urraca (Boletín de la Real Sociedad Geográfica, Volume 79, 1943 - books.google.fr).

 

Le chemin de Compostelle et Alphonse Ier d'Aragon

 

Alphonse Ier doit affronter l'hostilité des ecclésiastiques bourguignons établis le long du chemin de Saint-Jacques avec le soutien de Raymond de Bourgogne et d'Alphonse VI. Ils ont l'oreille du pape Pascal II, qui avait été moine bénédictin, puis légat apostolique en Espagne avant d'être élu pape. À la tête de vastes propriétés, ils s'opposent aussi à la politique d'Alphonse Ier, favorable aux bourgeois des villes. Les nobles de Castille et de León sont également hostiles à cette politique, alors qu'Alphonse, qui se défie d'eux, confie les postes importants à la noblesse navarro-aragonaise (fr.wikipedia.org - Alphonse Ier (roi d'Aragon)).

 

L'or de Compostelle

 

Le récit connu sous le nom d'Historia Compostelana est en réalité une "vita", une biographie, ordonnée chronologiquement, de Diego Gelmirez qui fut évêque puis archevêque de Saint Jacques en Galice de 1100 à 1139 ou 1140. Non pas un saint certes, mais un administrateur de grand talent, un politique et un bâtisseur, un guerrier à l'occasion un prélat "à la page", a-t-on pu dire de lui. Son diocèse était riche, grâce au pèlerinage ; lui-même, seigneur temporel à la fois que spirituel, l'était personnellement aussi. Au cours de sa longue carrière, il a dépensé beaucoup d'argent, à des fins diverses. [...] Le métal jaune apparaît le plus souvent dans l'Historia a propos de dons faits par Gelmirez. Le premier est de 1110 : la reine Urraca, qui avait épuisé le trésor laissé par son père Alphonse VI, a reçu 100 onces d'or et 200 marcs d'argent. Tous les autres ont eu pour destinataires les souverains pontifes et les membres de leur Curie : ils s'échelonnent de 1118 à 1136. Entre 1118 et 1120, pour obtenir le transfert à Compostelle du siège métropolitain de Merida (sans titulaire en raison de l'occupation de la ville et de sa région par les Musulmans et son élévation à la dignité archiépiscopale, Diego Gelmirez dépêcha plusieurs missions à Gelase II puis a son successeur Calixte II afin de les incliner en sa faveur. Ses envoyés ne sont pas partis les mains vides mais munis, chaque fois, de la « benedictio » sans quoi toute démarche auprès du Saint-Siège était vouée à l'échec. […]

 

Après 1120, Diego Gelmirez allait encore être amené à beaucoup donner. Il souhaitait que le pape confirmât et étendit ce qui lui avait été déjà accordé. Or il avait à la Curie des ennemis qu'il fallait désarmer et des amis dont il convenait de soutenir le zèle. De 1121 à 1136, il a déboursé en tout : 1017 mombotins/aureos et 300 onces d'or (Jean Gautier-Dalche, A propos de l'or dans l'Historia Compostelana, L’or au Moyen Âge: Monnaie, métal, objets, symbole, 2014 - books.google.fr).

 

L'or en Léon-Castille

 

Les onces, dont il est fait mention jusqu'en 1124, disparaissent ensuite pour céder la place aux morabotinos cités pour la première fois en 1119. La substitution de l'or monnayé à l'or pesé s'explique par la diffusion progressive dans le nord de la Péninsule des dinars almoravides, à partir de la seconde décennie du XIIe siècle. Il y a là un phénomène lié à l'évolution de la conjoncture politico-militaire. Dans la seconde moitié du XIe siècle, en raison des tributs levés par ses souverains sur les rois de taifas, le royaume de Leon-Castille a connu un premier flux d'or, monnayé ou non. Mais cet or a été thésaurisé ou exporté et, sauf à Tolède, n'a pas servi de monnaie. Cathédrales et abbayes en ont reçu une large part qui a été gardée en réserve ou transformée en objets liturgiques. Aussi, Gelmirez a-t-il pu, en 1110, donner sans peine, semble-t-il, 200 onces à Urraca. L'invasion almoravide a mis fin à ce pactole et les quantités de métal jaune conservées dans les trésors des cathédrales ont cessé de se renouveler. En 1118, 1119 et 1120, l'évêque de Compostelle a eu de la difficulté a réunir l'or nécessaire à ses bénédictions. A partir de 1121, au contraire, on a l'impression qu'il est tout à fait à l'aise dans ce domaine. En effet, vers la fin du premier quart du XIIe siècle, le royaume de Leon-Castille commencé à bénéficier d'un second afflux d'or musulman provenant soit du commerce soit, surtout, de la razzia. Des marchands chrétiens vont trafiquer en terre islamique et ils passent par Compostelle, principale étape sur la route commerciale qui y conduit. Ils acquittent, sans doute, des droits de péage au profit de l'archevêque, seigneur temporel de la ville. D'autre part, les milices des cités d'entre Tage et Duero, puis le roi et son ost, opèrent des raids en pays musulmans et ramènent des morabitinos, des bijoux et des pièces d'orfèvrerie en or. Au fur et à mesure que la puissance almoravide s'est affaiblie, cet apport a augmenté. Par les "oblations" des pèlerins venus des régions frontière, la cathédrale de Compostelle en a, vraisemblablement, bénéficié (Jean Gautier-Dalche, A propos de l'or dans l'Historia Compostelana, L’or au Moyen Âge: Monnaie, métal, objets, symbole, 2014 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2196 sur la date pivot 1116 (cf. Castro Luparia) donne 36.

 

Eodem anno 36. quo Iacobus in Hispanias contendit, Paulus ad fidem conuertitur, quasi locum illius, & fortem suppleturus (id quod diuinitus B. Amadeo reuelatum fuisse ipsemet ex iussu Angeli feripsit in noua sua Apocalypsis uterque Iudei & Getibus  praedicat, uterque Hispaniae praedicationis curam suscipit &c (Luis López, Pilar de Zaragoza, historia antigua deste santuario escrita por Tayon, obispo de Zaragoça en tiempo de los godos, 1649 - www.google.fr/books/edition).

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