André de la Vigne

André de la Vigne

 

X, 28

 

2197-2198

 

Second & tiers qui font prime musique

Sera par Roy en honneur sublimee,

Par grasse & maigre presque demy eticque

Raport de Venus faux rendra deprimee.

 

"faulx" : la faux de Saturne

 

Comme au quatrain IV, 67 - La syphilis et l'homéopathie - 1827-1828, il s'agirait, au vers 4, de la syphilis, mal vénérien (cf. Vénus).

 

Le mal de Naples est classé parmi les maladies associées à l'astre de la mélancolie et pour de nombreux médecins et astrologues, l'origine de l'épidémie de syphilis trouvait sa cause dans la conjonction, le 25 novembre 1484, de Saturne et de Jupiter dans le signe du Scorpion et la maison de Mars. Fracastoro - dont le poème Syphilidis donnera son nom à cette maladie place le morbus gallicus sous le signe de Saturne : "Ergo hanc per miseras terras Saturnus agebat Pestem atrox, nec saeva minus crudelis (...)". Villalobos attribue aussi l'origine du mal de bubas à Saturne et conseille, de "consommer l'acte de Vénus et de Mars" hors de l'influence  de l'astre de la mélancolie : de Venus y Mares, vamos a mirar no esté. "Astrologos dizen que por conjuncion de Saturno y Mares (sic) el tal daño ha sido ; Saturno es señor de la adusta passion, y Mars (sic) de los miembros de generacion ; y en hallarse Mares (sic) en este lugar tan muy fiero , quando hora los actos queremos usar de Venus y Mars vamos á mirar no esté allí Saturno que es mal compañero". Juan Almenar, astronome et médecin de Valence, consacre à la syphilis un Libellus ad evitandum et expellendum morbum gallicus (Venise, 1502), où d'emblée, il propose d'appeler cette maladie "passio turpis saturnina" car elle est car elle est, selon lui, due à Saturne : "Convenerunt sapientes quidam ut hic morbus [quod] apud Italos appellatur gallicus, nunc dicatur Patursa, quod interpretatur passio turpis saturnina turpis enim morbus est, qua mulieres incastas ac religiosas reputari facit, & generaliter omnes deturpat. Et saturninus, quia a Saturno propter eius ingressum in ariete, allis coeli dispositionibus coadiuvantibus originem traxit. Et si illi influxus cessaverint, non propter hoc morborum cessare necesse fuit, quoniam plura corpora infecta remanserunt".

 

Nombreux sont les médecins à mettre le mal de Naples sur le compte de la mélancolie Niccolò Leoniceno attribue le morbus gallicus à la bile noire adusta mêlée au phlegme et à la cholère ("Necesse est illic ex melancholia & phlegmate quae admiscentur cholerae" ; "Sed cur tale apostema factum ex sanguine grosso malo  adusto") et conclut que le mal de Naples "sit ex sanguine melancholico superassato". Gaspar Torrella affirme que la syphilis naît des humeurs viciées et, en particulier, de la mélancoliet et, pour Villalobos, la "sarna egipiciaca" - c'est ainsi qu'il nomme la syphilis, est due à la bile noire mêlée à du phlegme : "Los medicos  dizen (de las pestiferas buvas) que fué de abundança (sic) de humor melanconico y flema salada que en todos miembros a hecho su estança" (Christine Orobitg, L'humeur noire: mélancolie, écriture et pensée en Espagne aux XVIème et XVIIème siècles, 1997 - books.google.fr).

 

"deprimee" : mélancolie

 

On trouve l'esprit sujet à "depression" dans une traduction de Cicéron par Etienne Dolet (Marcus Tullius Cicero, Les Questions Tvscvlanes de Marc Tulle Ciceron. Nouuellement traduictes de Latin en Francoys, par Estienne Dolet, 1543 - books.google.fr).

 

Et plus tard chez François de Sales :

 

…que quiconque a vn vray desir de seruir nostre Seigneur, & fuyr le peché, ne doit nullement se tourmenter de la pensée de la mort, ny des iugemens diuins : car encor que l'vn & l'autre soit à craindre, si est ce que cette crainte ne doit pas estre de ce naturel terrible & effroyable, qui abbat & déprime la vigueur & la force de l'esprit (Les epistres du bien-heureux messire François de Sales, recueillies par messire Louys de Sales, 1626 - books.google.fr).

 

Première guerre d'Italie

 

L'invasion étant prévue, attendue de jour en jour, que devait faire Alfonse de Naples pour l'écarter de son royaume ? Occuper fortement les voies de terre, c'est-à-dire le Bolonais et la Toscane; ne point laisser la mer libre à la flotte française, qui faisait ouvertement ses préparatifs à Gênes. Il espérait y réussir sans grand déploiement de forces : sur terre, les défilés des montagnes, les passages fortifiés des rivières pouvaient être défendus par un petit nombre d'hommes'; sur mer, il tenait les grosses escadres pour un embarras.

 

Aux derniers jours de juin 1494, son armée et sa flotte se mettaient en mouvement, commandées l'une par son fils aîné, Ferdinand d’Aragon, duc de Calabre, à vingt-cinq ans réputé bon capitaine ; l'autre par son frère, don Federigo. Comme on ne croyait point que Charles VIII dût passer par la Toscane, Calabre s'avançait vers la Romagne, pour y donner la main à ses alliés, Annibale Bentivoglio et Astorre Manfredi, pour provoquer, s'il se pouvait, un soulèvement en Lombardie avant l'arrivée des Français”. Au passage, à Città di Castello, il avait une entrevue avec Piero des Medici, et en obtenait l'autorisation de traverser le val de Lamone, d'y faire des levées. Alexandre VI l'aurait voulu retenir dans le sud, pour écraser les Colonna, secrètement engagés à la solde de la France, et retranchés dans leurs fiefs. Mais le sachant sans puissance, on ne tenait pas compte de ses volontés.

 

Instruit de cette marche en avant, Charles VIII n'en restait pas moins à Lyon, retenu par «les délices et plaisirs d'icelle ville, et aussi pour la bonne grâce d'aucunes dames lionnoises».

 

Une ballade d'André de la Vigne (Vergier d'honneur) lui disait :

 

Laissez Vénus cropir à la fenestre,

Et pour vos yeuls d'autre gibier repaistre....

Marchez avant, roy qui portez le ceptre !

 

Il fallut, pour le faire partir, les objurgations de Belgiojoso, ambassadeur du More, celles des poètes de la cour, et surtout la peste (22 juillet). Mais le duc d'Orléans l'avait précédé. D'Asti, où il était chez lui, ce prince courait à Gênes, pour faire face à la flotte ennemie. Plus rapide en ses mouvements, don Federigo aurait pu l'y devancer; mais il avait laissé un mois pour mettre en défense cette importante cité. Il ne peut rien contre la Spezzia ; il échoue par terre et par mer contre Porto-Venere, et il revient piteusement à Livourne, autorisé par Piero à y réparer ses avaries, à y remplir, dans ses équipages, les vides de la désertion. Quand il reprit la mer, l'armée française entrait en Piémont, la flotte française était prête à déployer ses voiles, et Gênes pouvait braver toute attaque des Napolitains.

 

Pour y entrer, plus d'autre espoir, dès lors, que de rallumer, sur la côte ligurienne, les querelles de parti. Des navires de Naples jettent au petit port de Rapallo trois mille hommes avec Obietto del Fiesco; la faction adverse, ralliée autour du duc d'Orléans, les coupe de Gênes et du rivage, les force à fuir dans les montagnes ; cent des leurs restent sur le terrain, perte considérable, dit Guicciardini, dans un temps où la guerre se faisait avec l'écritoire, où le siège d'une bicoque prenait tout l'été". De Sestri, don Federigo avait entendu sans bouger la canonnade. Une seconde fois il regagna Livourne, d'où il repartait presque aussitôt pour couvrir Naples, livrant ainsi la mer aux Français, et en même temps la Toscane : ses rivages, ses ports n'étaient-ils pas exposés les premiers aux agressions d'un adversaire irrité, enhardi.

 

Belle occasion pour le seigneur de Milan de faire la leçon à Piero, de l'amener à résipiscence. - Vos magnifiques seigneurs et le magnifique Piero, disait-il à l'orateur Ridolfi, peuvent encore éviter leur ruine : qu'ils séparent leur cause de celle du roi Alfonse, qu'ils accordent le passage et les vivres", sans quoi, avant huit jours, vous aurez chez vous, sur le dos, tout ce qui vient de troupes du côté de Gênes, par terre et par mer; avant quinze, le roi lui-même, et moi avec lui. Mais il était bien tard, et la maladie de Charles VIII, la petite vérole, disait-on, encourageait Piero comme Alfonse : que le mal durât, et les Français impatients, courts d'argent, découragés, peu jaloux d'une campagne d'hiver, rebrousseraient chemin. Eût-on su, à Florence, que, dès le 21 septembre, le jeune roi était sorti de son lit, on eût espéré une rechute. On comptait sur Comines, dont on s'exagérait le crédit; on spéculait sur les divisions de cette cour où les deux partis ensemble, selon le mot du More, ne faisaient pas la moitié d'un homme sage ; on n'y voyait plus que «le général et le sénéchal» qui fussent pour la guerre, encore Briconnet paraissait-il bien refroidi (François-Tommy Perrens, Histoire de Florence depuis la domination des Médicis jusqu'à la chute de la République: 1434-1531, Tome 3, 1889 - books.google.fr).

 

Avec un goût très vif pour l'architecture, la musique, la peinture, Charles VIII, en dépit de l'état de plus en plus précaire de sa santé, n'avait point trouvé, dans sa croisade, le chemin de Damas. Au milieu des Lyonnaises, il oublia un peu trop Naples.., il s'oublia lui-même. La cour entraina à sa suite, dans ses déplacements, une escorte de pauvres filles, plutôt dignes de suivre les armées, selon leur habitude..., et qui, pourtant, tenaient un rang en quelque sorte reconnu. […]

 

Dans le Vergier d'Honneur, un poète, chantant le retour de Naples de Charles VIII, engage, en termes cyniques, les dames «à se remettre en état» (René Maulde-La-Clavière, Histoire de Louis XII, 1ère partie : Louis d'Orléans, 1891 - books.google.fr).

 

"demy eticque" : André de la Vigne

 

L'opinion la plus répandue veut que la syphilis soit une maladie d'orig. amér., apparue à la fin du xves. Sa première et importante diffusion a eu lieu parmi les soldats de Charles VIII qui assiégeaient Naples (1494), d'où le nom de mal de Naples sous lequel elle fut connue en fr. (v. FEW t. 7, p. 9, s.v. Naples; grayne de Naples, 1496, André de La Vigne, Mystère Saint Martin, éd. A. Duplat, 2269; malle grayne, id., 63; aussi appelée bubon, pouplain). Les rivalités politiques aidant, chaque peuple a accusé un voisin de lui avoir transmis ce fléau: cf. esp. el mal francés, ital. il mal francese, all. die Franzosen, angl. the French disease (dès 1503, the Frenche pox, v. NED). Pour célébrer la découverte du remède tiré de la plante médicinale appelée le gaïac, Fracastoro raconte l'aventure du jeune berger amér. Syphilus qui entraîne le peuple à la révolte contre le dieu du soleil. Apollon se venge en le frappant ainsi que tout son peuple d'un mal redoutable dont la nymphe Ammerica leur donnera le remède (le gaïac). Fracastoro a puisé chez Ovide le nom de son berger et le thème de la vengeance d'Apollon: Sipylus est, chez Ovide, Métamorphoses, VI, 231, le nom du fils aîné de Niobé, qui est né près du mont Sipylus en Lydie. Qq. mss d'Ovide portent la var. siphylus, d'où Fracastoro aurait tiré Syphilus, nom du jeune berger amér. Syphilis est non seulement le titre du poème mais aussi le nom de la maladie même, et a été formé p. anal., avec Aeneis, Thebais, etc. pour désigner le « poème de Syphilus », tout comme Aeneis est le poème d'Enée (www.cnrtl.fr).

 

LUCIFFER, en se tourmentant

 

Haro, haro, brou, j'enraige, je foigne,

Deables d'enffer, je creve de despit !

Levez vous sus ! Que la maudicte roigne,

Grayne de Naples, vous tiengne sans respit ! (André de La Vigne, Le Mystere de Saint-Martin (1496), 1979 - books.google.fr).

 

André de La Vigne est un poète français né vers 1470 à La Rochelle et mort vers 1526. Il fut l'un des premiers Grands rhétoriqueurs. Très tôt il fut choisi pour être le chroniqueur de l’expédition de Charles VIII à Naples qu'il retranscrivit entre 1494 et 1495. Après avoir perdu son emploi à la cour, il proposa ses services aux Ducs de Lorraine et de Savoie avant de retrouver sa place à la cour en devenant le secrétaire d'Anne de Bretagne en 1504. François Ier lui confia la responsabilité d'écrire une chronique de son règne qu'il n'acheva jamais. Il fut le premier poète français à composer un sonnet en italien. En 1496, il composa et fit représenter Un mystère de Saint Martin, La Moralité de l'aveugle et du boiteux ainsi que La farce du Meunier. En 1500, il publia son œuvre la plus connue, Le Verger rassemblant de nombreux genres poétiques. On y voit des influences assez hétéroclites : ballades, pièces épicuriennes, ou encore des triolets. Il composa le Blason de la guerre du pape contre le roy tres chretien, composé d'épîtres et de pièces ayant pour sujet François Ier en 1501. Il endossa également le rôle de traducteur en présentant en 1534 une nouvelle traduction des XXI épîtres d'Ovide (fr.wikipedia.org - André de La Vigne).

 

Après avoir été attaché â la personne du duc Amédée de Savoie, André de La Vigne déjà secrétaire de la Reine Anne de Bretagne, suit l’armée de Charles VIII en Italie (1494), écrit le Journal de cette expédition et le présente à son souverain, dès le retour en France de celui-ci. Ce Journal fait partie du Vergier d’Honneur, ouvrage publié par le poète après la mort de Charles VIII. Dans l’année qui suivit le retour d’Italie, André de La Vigne s’établit â Seurre, en Bourgogne (1496) et traite avec la municipalité et les notables de cette ville pour la composition du Mystère de Saint-Martin (Edouard L. de Kerdaniel, Un rhétoriqueur: André de La Vigne, 1919  - archive.org).

 

Le Vergier d'honneur, texte encore mal connu, s'ouvre par un débat allégorisé qui sous le titre de Ressource de la Crestienté représente une invitation à l'expédition napolitaine considérée comme le premier pas vers un nouvelle croisade. Le poème fait donc fonction de prologue au Voyage de Naples, qui suit immédiatement ce premier ouvrage et occupe presque la moitié du recueil. Il est suivi à son tour de la célébration de la victoire du roi Charles en vers batelés, par Honneur, Prouesse, Noblesse et Eglise, de la Complainte d'Octovien de Saint-Gelais et de six cents poèmes environ, une faible partie desquels est due probablement à la main de quelques amis écrivains, de ton et de contenu très variés, mais obéissant pour la plupart à une inspiration amoureuse ou de circonstance (www.cirvi.eu).

 

Se besoing est lors du sommeil noturne,

Se clariffie par le vueil de Saturne,

Dont est l'engin aleigre et esveillé,

Se par avant n'a resvé ou veillé.

Quoy que le soir de hault jour on se couche

Sur mol duvet, sur estrain ou sur couche

Pour reposer la sensualité,

Ne s'a l'envers soit la comme une souche,

Le dormir est a l'engin trop farouche

S'aulcunement est du soir alité,

Et oultre plus se la charnalité

De son sommeil ne se peult atourner

On ne se fait que virer ou tourner.

Doncques par force de vouloir fantastique,

En atrossant ma cervelle acatique,

Je trespassis le mydi chabrouillé,

Prevaricant dë Isis le cantique.

Mon esprit fut comme demy estique

De tant l'avoir tourmenté et brouillé,

Mais quant j'eux bien maint propos barbouillé,

Vexacion par ung traveil acreux

M'asomeilla et me fit songer creux.

 

Acumulé de liqueur vapeureuse, perplex de vigillante vacacion, perturbé de sens, desnué d'avoir et de voir, offusqué par le dormitoire qui lors coaguloit le sens naturel de ma personne avec boursouffleuse oysiveté, qui permectoit a mon organe taisibleté, a mon serveau ruralité a mon sens bestialité, a mes membres labilité, a mon engin debilité, repox a sensualité et au corps seul felicité et utilité naturelle, n'ayant aulcune vigueur de force, de pouoir ne de savoir fors seulement a mon povre cueur qui hanneloit et souffloit selon commune usance par les conduys ad ce determinez, touteffois, moy en cest affaire labourant par le vueil de Dame Nature pour la grant sterilité de ma povre capacité qui avoit toute la nuyt jusques a celle heure veillé, resvé, fantastiqué et pencé en quelque chose trop longue a reciter, je commançay a entrer en la plus estrange vision du monde. Car advis m'estoit que je fusse en ung desert ou que ronces espines, chardons, genestz et joncmarins faisoient leur croissance selon la disposicion de Nature. Et a l'un costé d'iceluy desert avoit une grant et enorme forest en laquelle arbres, herbes boys, buyssons, bocaiges et petis remaiges estoyent ainsi que chose creue sans art et sans mesure. D'aultre costé avoit une grant, enorme, terrible et accreuse riviere qui couroit plus tost c'un carreau d'arbaleste, de quoy l'eau estoit toute terreuse et sablonneuse et descendoit si impetueusement des rochiers et haultes montaignes qui alentour dudit desert estoient que jamais le Ras Sainct Mahé, le Pertuys d'Anthioche ne le Trou de Maumuson, lequel de dix lieux a l'environ de luy se faict ojr quant oraige et tormente se veulent en mer eslever, ne firent tel bruyt ne telz tempeste qu'elle faisoit (Cynthia Jane Brown, La ressource de la chrestienté d'André de La Vigne, 1989 - books.google.fr).

 

Musique

 

La musique tient une place importante dans le Mystère de Saint Martin : c'est au son de nombreux instruments que les acteurs se rendent à l'église de Seurre et sur le lieu de la représentation (fos. 262a et b). Tout au long de la pièce, l'intervention des musiciens marque la fin d'un épisode, correspond à une pause dans le dialogue, permet aux acteurs qui ont terminé leur séquence de regagner leurs échafauds, tandis que d'autres avancent jusqu'aux mansions vers lesquelles l'action s'est déplacée. D'autre part, les spectateurs entendirent des chants religieux qu'ils connaissaient bien, mais dont Andrieu n'a pas jugé utile de reproduire la musique ni les paroles, laissant parfois même toute liberté de choix aux acteurs (apr. v. 1880, apr. v. 9715, apr. v. 9791). Dans deux passages il est fait seulement allusion à des "respons" (apr. y. 5897, apr. v. 6873). En revanche, les paroles du rondeau que chantent les anges emportant l'âme de Martin au paradis sont reproduites intégralement, mais sans aucune indication de la musique qui les accompagnait (apr. v. 10231). Lors d'une cérémonie religieuse, le chœur exécute sous la direction du chantre des morceaux à plusieurs voix ainsi que le montrent les répliques échangées par "la teneur" (vv. 9712-9713) et "la contre" (vv. 9714-9715), c'est-à-dire par le ténor et le contralto. Il est regrettable que l'emplacement réservé aux musiciens ne soit pas spécifié ; on peut néanmoins le situer non loin du paradis, sur un échafaud surélevé. Le Mystère contient également des chansons populaires (vv. 3213-3218, 3233-3236, 3250), toutes fredonnées par des brigands, mais il n'est pas interdit de penser que les spectateurs aient pu les reprendre en chœur (André Duplat, Le Mystere de Saint-Martin (1496) d'André de La Vigne, 1979 - books.google.fr).

 

Cuisine

 

L'étymologie, qui lie farce à farcire, donc la farce dramatique à la farce culinaire, a été reconnue par tous et confirmée encore récemment par O. Jodogne qui écrit («La farce et les plus anciennes farces françaises», in Mélanges R. Lebègue, Paris, 1969, pp. 12-13) : «Farce vient du latin farsa , participe passé féminin de farcire. Le masculin fars signifiait «farci» au XIIIe siècle : nous en avons deux exemples dans le dictionnaire de Godefroy III 725, reproduits par Tobler-Lommatzsch TTT 1640. Le féminin farse ou farce, devenu substantif, avait le même sens que notre mot culinaire actuel, mais il signifiait aussi ce qui remplissait un coussin, par exemple ; en somme, c'est bien le sens général de «ce qu'on introduit, ce dont on a bourré, ce qui sert d'enveloppe». Cette définition du mot, qui permet d'expliquer l'insertion de farces dans certains mystères, est celle retenue par tous les dictionnaires contemporains. Ainsi le Grand Larousse de la langue française (1973) mentionne d'abord le sens culinaire du mot (sens no 1), puis explique ainsi la signification dramatique : «Emploi métaphorique de «farce» (c'est-à-dire, le sens culinaire), les farces bouffonnes ayant d'abord été introduites dans la représentation des mystères un peu comme la farce proprement dite est introduite dans le corps d'une volaille. C'est la même définition que propose V.-L. Saulnier au colloque de Goutelas en 1978 : «En fait, la farce de théâtre se rattacherait à farcire, bourrer : elle garnit le mystère comme la farce de cuisine fourre une volaille.» On cite, à l'appui de cette explication, des exemples précis de farces insérées dans un contexte sérieux, sans qu'un lien soit nécessairement établi entre les deux spectacles. [...]

 

Comme deux de ces farces, la Farce du Munyer d'André de La Vigne, insérée dans la Vie Monseigneur saint Martin, et celle «meslée par manière de faire resveiller ou rire les gens» au Mystère de saint Eloi, à Dijon en 1447, et qui donna lieu à un procès criminel, relaté d'après les archives de la Côte-d'Or par Petit de Julleville. Ces cas ne sont pas isolés. [...]

 

Dans le mystère de La vie de Monseigneur saint Fiacre, on lit au deux tiers de la pièce : «Cy est interposé une farsse.» La farce du Munyer d'André de La Vigne, jouée à Seurre en octobre 1496, à l'occasion du mystère de la Vie Monseigneur saint Martin, précéda la représentation du mystère, retardée à cause du mauvais temps. Aussi, frappés  par ces exemples, les critiques vont-ils, à partir d'eux, confirmer l'étymologie même du mot. V.-L. Saulnier résume l'opinion accréditée depuis L. Petit de Julleville selon laquelle «la farce de de théâtre se rattacherait à farcire, bourrer : elle garnit le mystère comme la farce de cuisine fourre une volaille». Cependant à cette explication étymologique traditionnelle s'en joint une autre, nouvelle, et qui ouvre d'autres perspectives. Sans récuser l'explication généralement admise, O. Jodogne remarque : «Dès son premier emploi dramatique, farce désignait probablement davantage une scène plaisante faite de railleries qu'un intermède comme a pu le suggérer son sens culinaire primitif.» Puis après l'étude de quelques emplois du mot, il précise : «Il faut en déduire que si farce, à lui seul, pourrait désigner ce qu'on insère dans un drame, il indique aussi, sinon davantage, un type d'intermède, une bouffonnerie au sens large du terme. Et donc , dans la Vie de monseigneur saint Fiacre conservée dans le même recueil, nous devons comprendre cy est interposé une farsse, non pas comme un pleonasme ou farce évoquerait l'interposition d'une scène, mais une expression où les termes portent chacun, farce signifiant un épisode badin.» Ainsi, à partir d'un exemple fécond, O. Jodogne a-t-il approché de fort près ce qui nous paraît être la vérité du problème, lorsqu'il définissait la farce comme un «mauvais tour», très proche de notre propre notion de «tromperie».

 

Il a existé un mot farce (descendant du latin farsus), apparenté à un mot fars, de la même famille, signifiant «artifice de la toilette féminine», d'où «tromperie». Ce mot a été contaminé par un terme de sens très voisin fart signifiant, comme en français moderne, «fard», au sens propre comme au sens figuré, c'est-à-dire, là encore, «tromperie». Cette confusion sémantique a conduit alors à une véritable identification, du fait que les deux mots fars et fart étaient homonymes au pluriel et parfois au singulier. Un point est donc sûr, le mot farce au sens dramatique est étayé de deux façons par deux étymons distincts mais de sens analogue qui est celui de tromperie.» (Bernadette Rey-Flaud, La farce, ou, La machine à rire: théorie d'un genre dramatique, 1450-1550, 1984 - books.google.fr).

 

"grasse & maigre"

 

Dans le Verger d'Honneur, il est question de temps "maigre ou gras" dans le texte intitulé du Compaignon et du Douloureux (Le Vergier d'honneur, 1515 - books.google.fr).

 

Et d'une chanson joyeuse de mardi gras (Le Vergier d'honneur, 1515 - books.google.fr).

 

La structure du jeu-combat de Carnaval est d'ailleurs une structure signifiante courante du théâtre populaire : André de la Vigne l'utilise dans sa moralité polémique de L'Estrif du Pourveu et de l'ellectif. On a toujours recours à elle pour emporter insidieusement l'adhésion du public dans un sens déterminé (Jean-Claude Aubailly, Théâtre médiéval et fêtes calendaires. In: Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, n°11/1, 1980. La littérature populaire aux XVème et XVIème siècles - www.persee.fr).

 

L'attribution à André de la Vigne est remise en cause par Jelle Koopmans (Du texte à la diffusion ; de la diffusion au texte : l'exemple des farces et des sottie, 1998).

 

La Sotise à huit personnages semble une préfiguration d'un même auteur de la Moralité du Nouveau Monde. Il y est question du mal de Naples ("napleuz" : individu atteint de la maladie) (Olga Anna Duhl, Sotise a huit personnaiges (Le Nouveau Monde), 2005 - books.google.fr).

 

La moralité de L'Estrif traite des plaintes de l'Université de Toulouse devant le désordre qui régnait dans les bénéfices en France, ses préoccupations plus compliquées qu'un simple conflit entre Louis et Jules. Les plaintes des érudits de Toulouse se comprennent mieux sur le plan national ou régional. C'est pour cette raison que son auteur concentre ses attaques les plus acharnées non seulement sur Georges d'Amboise, mais aussi sur l'Ambitieux, en apparence une allégorie typique du genre de la moralité, mais qui devait avoir ici une pertinence bien plus locale. Quant au pontife, il joue dans cette pièce un rôle quelque peu marginal par rapport aux vrais coupables, bien qu'il soit irrévérencieusement caricaturé. [...] 

 

Le roi Louis XII, à peine voilé sous le nom de Quelcun, n'en est pas moins visé (il est invité à faire comme ses aïeux qui ont remis sur pied La Pragmatique...). Son aspect physique dans la pièce nous rappelle la position ambiguë de Louis vis à vis la Pragmatique : s'en déclarant souvent son défenseur afin de renforcer son image, dans la réalité et avec la complicité de Georges d'Amboise, il l'observait en effet très peu. La Pragmatique représente donc «une pomme de discorde non seulement entre la France et le saint-Siège, mais aussi entre le roi et nombre de ses sujets influents» surtout les membres de l'Université (Alan Hindley, Théâtre antipapal : trois textes dramatiques du début du XVIe siècle, Le théâtre polémique français (1450-1550), 2016 - books.google.fr).

 

Les jeux de carnaval, comme la bataille entre Carême et Charnage, font penser à la bataille des Andouilles chez Rabelais, où les capitaines Rifflandouille et Tailleboudin le jeune apparaissent dans le camp de Pantagruel. L'opposition centrale paraît être celle de la cuisine grasse et de la cuisine maigre ou - si l'on veut - de Carnaval et de Carême. [...] Le monde chrétien figure comme image de Carême et les ennemis incarnent la pléthore carnvalesque assimilée au monde criminel et de la prostitution (Jelle Koopmans, Le théâtre des exclus au Moyen Age, 1997 - books.google.fr).

 

Musique royale

 

La cour de Louis XI, Charles VIII et Louis XII abrita quelques-unes des grandes figures musicales de la fin du Moyen Âge et des débuts de la Renaissance : Jean Ockeghem, Josquin des Prés, Antoine Févin, Claudin de Sermizy ou Loyset Compère (Bertrand Depeyrot, La musique à la cour du roi de France (1461-1515), 2009  - theses.enc.sorbonne.fr, Henri Burgaud des Marets, Edme Jacques Benoît Rathéry, Oeuvres de Rabelais, Tome 2 : Quart Livre, 1858 - books.google.fr).

 

La chapelle royale, la plus ancienne entité musicale de la cour, était aussi la plus importante. À l'origine, elle devait assurer quotidiennement la célébration des offices divins. Elle était itinérante : chaque fois que le roi allait dans un endroit éloigné de sa résidence habituelle, il se faisait suivre au moins d'une partie de ses membres. Par exemple, la présence de la Chapelle est attestée lors de l'expédition italienne de Charles VIII en 1495 - 1496. [...]

 

En 1494, lors de sa première expédition en Italie, Charles VIII recruta quatre «tabourins suisses» et six trompettistes italiens. Sans doute avait-il trouvé les instrumentistes italiens particulièrement talentueux. En effet, à plusieurs reprises lors de son entrée à Pise et à Florence, ainsi que pour son expédition jusqu'à Rome, il demanda à Hercule Ier d'Este de lui prêter ses piffari et ses meilleurs instrumentistes à vent. [...]

 

À l'époque de Charles VIII et de Louis XII, des musiciens célèbres faisaient partie de la Chapelle. Depuis 1452 environ, Johannes Ockeghem (1410 - 1497) était à sa tête ; il semble qu'il ait continué à la diriger jusqu'à sa mort (Christelle Cazaux, La musique à la cour de François Ier, 2002  - books.google.fr).

 

Acrostiche à l'envers : RPSS, herpesse (herpès)

 

On trouve écrit herpès "herpesse" (Etienne Binet, Les oeuvres anatomiques et chirurgicales: traictant amplement de l'anatomie du corps humain, 1656 - books.google.fr, Lettres de La Marquise du Deffand, 1864 - books.google.fr).

 

La syphilis favorise les éruptions herpétiques : herpès parasyphilitique. Tantôt l'herpès survient à une époque plus ou moins éloignée du chancre et reparaît plus ou moins souvent sous forme d'herpès récidivant, tantôt l'éruption d'herpès est contemporaine du chancre (Georges Dieulafoy, Manuel de pathologie interne, Tome 2, 1911 - books.google.fr).

 

Messe

 

Ainsi, traditionnellement, la liturgie des Heures des monastères est répartie en sept offices du jour et les Vigiles de la nuit. En effet, saint Benoît précisait dans la règle sa raison (chapitre 164) : « Le Prophète a dit : Sept fois le jour j’ai chanté tes louanges (Ps 119,164). Nous remplirons aussi nous-mêmes ce nombre sacré de sept, si aux Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies, nous nous acquittons des devoirs de notre service. Car c’est à ces heures du jour que s’applique la parole?: J’ai célébré tes louanges sept fois le jour, comme c’est au sujet des Vigiles de la nuit que le même Prophète a dit : Au milieu de la nuit, je me levais pour te louer (Ps 119,62). Offrons donc à ces Heures-là nos louanges à notre Créateur des jugements de sa justice?: c’est-à-dire aux Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies?; et la nuit, levons-nous pour le louer » (fr.wikipedia.org - Liturgie des Heures).

 

A six heures, chaque jour, on psalmodiait matines et laudes et, pendant les nocturnes, un prêtre célébrait la messe matutinale. Les laudes étaient suivies d'une seconde messe, dite également au maître-autel. La messe de Notre-Dame se célébrait à huit heures ; à trois quarts pour neuf heures, comme l'on disait alors, on se réunissait pour réciter prime et entendre la lecture du Martyrologe, et celle du Nécrologe aux jours d'obit. Pendant cette petite heure, un chanoine disait la messe de prime et, après les prières du «pretiosa», on récitait tierce ; l'on chantait la messe capitulaire, avec diacre et sous-diacre, et l'on se séparait, après avoir récité sexte (Eugène Martin, Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiée ...: De la réunion de Toul à la France au démembrement du diocèse, Tome 2, 1901 - books.google.fr).

 

Dans le lectionnaire de Luxeuil, l'office de Seconde, office matinal, correspondant à celui de Prime, dans l'usage romain (Duchesne, Origines du culte chrétien: étude sur la liturgie latine avant Charlemagne, 1889 - books.google.fr).

 

Les humanistes classifient les genres musicaux, polyphoniques ou monodiques, selon les trois grandes catégories littéraires : la «grande» (ou «sublime»), la «moyenne» (ou «médiocre»), et la «commune» (ou «basse»). Chaque catégorie musicale doit ressembler - du fait du couple texte - mélodie qui est le propre du chant - à la catégorie textuelle qui lui correspond. Le «grand» style réunit toutes les formes de musique religieuse, monodiques ou polyphoniques. Au-delà de raisons religieuses évidentes, cela reflète l'importance de la pensée de saint Augustin dans l'humanisme ficinien. Le style «moyen» comprend toutes les formes vocales accouplées à des vers lyriques de type savant, et aussi les formes instrumentales destinées aux danses pratiquées à la cour. Finalement, le style «commun» correspond à toutes les formes d'inspiration populaire. Les écoles musicales de toute l'Europe expriment les particularités d'une multitude dynamiques et influentes partagent le même principe technique et esthétique. Presque toutes se trouvent en Italie, dans l'ancien duché de Bourgogne, en France et en Espagne. En cette fin du XVe siècle, les meilleurs compositeurs de polyphonie religieuse et profane sont souvent français ou flamands. Leur influence se fait sentir en Italie et en Espagne, où les meilleurs musiciens savent s'inspirer de Josquin Desprez, d'Ockeghem (1410-1495 ?) et d'autres maîtres franco-flamands pour créer leurs propres écoles de polyphonie religieuse. Les Italiens sont les maîtres inégalés de la théorie musicale et de l'improvisation ad lyram, c'est-à-dire de la récitation chantée et accompagnée de manière improvisée, par le même musicien. L'improvisateur le plus célèbre, Baccio Ugolino (seconde moitié du XVe siècle), compte rien moins que Laurent le Magnifique parmi ses admirateurs. Ses improvisations scéniques (Mantoue, 1471) sur L'Orphée du poète florentin Ange Politien, ont marqué la naissance de l'opéra. Les royaumes d'Espagne possèdent de fortes traditions musicales, mais ils reçoivent et assimilent les influences françaises, flamandes et italiennes en les adaptant à une sensibilité analogue au «réalisme vital» de leur littérature et de leurs arts plastiques. Les influences extérieures arrivent grâce à la politique italienne du royaume d'Aragon, à travers les liens traditionnels avec les anciens territoires du duché de Bourgogne, et grâce aussi au mécénat des Rois Catholiques et de quelques grandes familles (L'Etat du monde en 1492, 1992 - books.google.fr).

 

A l'époque, Glareanus écrivit à propos de la Missa Beata Vergine de Josquin des Prés (1510) : «Il me semble qu'aucune musique plus sublime ne puisse être créée» (Synthèses, Numéros 198 à 203, 1962 - books.google.fr).

 

À la différence des messes dites de l'homme armé et donc de la messe précédente, la Missa la sol fa re mi de Josquin des Prez ne comprend pas, musicalement ou vocalement, de motif ayant partie liée avec la croisade. Cependant, l'un des tout premiers manuscrits de cette seconde messe composée par Josquin, le Vatican, chapelle Sixtine 41 (Vat. CS 41), en raison, d'une part, de son hypothétique dédicataire, Charles VIII, et d'autre part, d'un Turc figuré dans le même manuscrit, nous conduit, après d'autres, à l 'une des œuvres suscitées à Rome par la croisade de Charles VIII. L'une des premières difficultés à lever est celle de la datation de la messe et du manuscrit. Richard Sherr puis Adalbert Roth sont allés jusqu'à reconnaître en cette Missa l'œuvre vocale exécutée pour la célébration pontificale du 20 janvier et, par conséquent, à faire de ce manuscrit le strict contemporain de la célébration ; à la différence de James Haar qui, préférant dissocier composition de l'ouvre et copie manuscrite (le Vat. CS 41), a proposé comme possible datation pour ce dernier 1494-1495. À notre connaissance, la question demeure, à ce jour, irrésolue du point de vue musicologique. Un faisceau d'indices d'ordres divers permet, toutefois, d'étayer l'hypothèse d'une dédicace du manuscrit Vat. CS 41 au roi de France Charles VIII. On doit à Richard Sherr d'avoir mis en évidence un premier lien existant entre le Vat . CS 41 et la croisade envisagée par Charles VIII. Les indices avancés sont de deux ordres : paléographique et idéologique (Guy Le Thiec, Le roi, le pape et l'otage. La croisade, entre théocratie pontificale et messianisme royal (1494-1504), Revue d'histoire de l'Église de France, Volume 88, Numéros 220 à 221, 2002 - books.google.fr).

 

André de la Vigne, racontant la vie du roi à Naples, dit invariablement : «Ce matin le roi alla ouïr la messe... Après dîner, le roi alla jouer et se divertir». […] Le roi est arrêté dans cette réformation par la guerre; derrière lui, l'Italie s'était fermée. Une ligue, formée à Venise à l'insu de Comines, qui dut avouer plus tard qu'il ne l'avait connue que quand le doge la lui avait annoncée, réunit les Italiens et les Allemands; 40,000 hommes s'assemblèrent sur le revers septentrional des Apennins. Charles comprit le danger et fut prompt à agir. Il laissa à Gilbert de Montpensier et à d'Aubigny, pour maintenir Naples 782 lances et 2,700 hommes de pied; et, avec 5,780 fantassins, 970 lances et ses 200 gentilshommes, il partit. «Je ne demande rien, écrit-il, à qui ne me demande rien; mais si on m'attaque, je saurai me défendre». Il put croire qu'on ne l'attaquerait pas; le Pape s'étail caché à Orviéto, et tout céda en Toscane; le passage de l'Apennin fut pénible; il fallut tirer à bras les canons å travers le col encore impraticable de Pontremoli; enfin, on déboucha dans la vallée du Pô, mais en se heurtant à Fornoue contre 10,000 ennemis : les 8,000 soldats de Charles VIII les dispersèrent. La journée fut brillamment conduite; Comines avoue lui-même que le petit roi paraissait grand de deux pieds au-dessus de sa taille. [...]

 

Que deviennent à Naples Montpensier et d’Aubigny ? Battus par don Frédéric, ils perdent en quelques jours les avantages acquis; Montpensier meurt, et d’Aubigny ramène en France quelques débris de l'armée. Comme le dit Pointet, jeune gentilhomme, c'est à Charles que revient l'honneur (Henry Chotard, Charles VIII et l'expédition d'Italie, 1494-1495, d'après les lettres du Roi et de son secrétaire Robertet, 1864 - books.google.fr, Le vergier d'honneur, 1504 - books.google.fr).

 

Messe des vérolés

 

En France, la syphilis prend le nom de mal napolitain, parce que, dit-on, les soldats français en sont infectés lors d'un séjour à Naples sous Charles VIII. Au même moment, les Italiens l'appellent le mal français sous prétexte qu'ils ne le connaissent que depuis l'arrivée des militaires de France. Pour les uns, la syphilis devient le mal allemand. Il y a plus D'aucuns l'appellent même le mal du saint homme Job. Durant le XVe siècle, selon un missel imprimé à Venise en 1542, une messe annuelle est célébrée «à l'honneur de Saint Job pour être guéri de la vérole par son intercession» (cité par le Dictionnaire universel français et latin, édition de 1737, tome. V). Ce personnage biblique, paraît-il, aurait grandement souffert de la terrible maladie. C'est sans doute pour cette raison que la société du temps le rejette si brutalement (Robert-Lionel Séguin, La vie libertine en Nouvelle-France au XVIIe siècle, Tome 1, 1972 - books.google.fr).

 

On supposait, ajoute un commentateur, que la vérole était l'ulcère dont Job s'était plaint constamment. Dans son poème latin, Fracastor est beaucoup plus positif encore Cette messe était une messe ordinaire, mais dédiée à saint Job, et agrémentée par la suite de diverses formules magiques, auxquelles s'ajoutèrent bientôt des manifestations de sorcellerie, qui furent cause que cette messe tomba en désuétude. Mais les procédés de sorcellerie perdurèrent longtemps encore, et dans sa savante «Sorcellerie des campagnes»,  Charles LANCELIN cite plusieurs procédés en usage actuellement encore dans certaines régions  (La Chronique médicale, Volumes 27 à 28, 1920 - books.google.fr).

 

L'évangile de cette messe était Saint Luc.

 

Un chroniqueur du temps a composé, au sujet de la mort de François Ier, une sorte d'épitaphe:

 

Ce fut en quinze cent quarante-sept,

Le sept du mois de juillet,

Que le Roi mourut à Rambouillet

De la vérole qu'il avait.

 

Nous risquerons aussi notre quatrain, tout en demandant d'avance pardon au lecteur :

 

Quand Vénus te ravit la couronne de France,

Le pouvoir absolu, le trône à fleur de lis,

Ignorais-tu, François, dans ta concupiscence,

Que nous sommes égaux devant la syphilis ? (Frédéric Buret, La Syphilis a travers les âges, Tome 2, Tome 2, 1894 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2198 sur la date pivot 1494 donne 790, 1484, 770. Epoque de Charlemagne.

 

Le roi des Francs, Pépin, attaque les Lombards pour une première fois en 755 à la demande du pape, première étape de la conquête de l'Italie. En 774, son fils Charlemagne conquiert l'Italie et devient roi des Lombards. Le Mezzogiorno (région du Midi) sera la seule partie de l'Italie à échapper aux Lombards et à repasser durablement sous le contrôle de Byzance (Louise Gaboury, Fabuleuse Italie du Sud, 2020 - books.google.fr).

 

Tel le Charlemagne légendaire, Charles VIII prit l'oriflamme et partit pour le royaume de Naples, première étape d'un voyage qu'il espérait poursuivre jusqu'à Constantinople et Jérusalem. Tel aussi le Roland des chansons de geste, car ce jeune roi avait le désir «daller a Napples pour faire du roland», comme le dit André de La Vigne. Il est significatif que, dans ces débuts de l'absolutisme royal, le roi semble vouloir jouer tous les rôles à la fois : celui de roi et celui de son meilleur vassal. La fascination de Charles VIII pour Charlemagne trouve largement de quoi se nourrir du côté de l'Italie. Nous connaissons bien toute la tradition française qui incitait la monarchie à s'ériger en protecteur de l'Eglise et à entreprendre la reconquête de la Terre sainte. La «mission universelle» faisait partie de son identité historique, et c'est en grande partie par son histoire qu'elle se définissait. Nous savons aussi que le rôle de Charlemagne dans cette «mythistoire» était fondamental, car les demandes réitérées d'aide et de protection que les papes adressaient aux rois français remontaient à lui. Mais on le trouve au centre d'autres discours originaires, qui unissaient leurs voix à cet ensemble polyphonique appelant la France au-delà des Alpes, ou du moins légitimaient une démarche dans ce sens. Tel fut le cas de Florence qui  faisait de Charlemagne le restaurateur des libertés de la cité : il aurait ainsi affranchi les Florentins du joug des barbares germaniques, et aurait accordé les privilèges assurant leur indépendance. Ces liens entre la figure de Charlemagne et la ville de Florence sont devenus indissociables dans l'esprit des gens à l'époque de la montée en puissance de la maison d'Anjou, en Italie. Les prophéties faisaient de l'empereur allemand un Antéchrist et prédisaient l'avènement d'un dernier empereur, du nom de Charles, qui sortirait de la lignée des Carolingiens et de la maison de France ; il deviendrait «le prince et et monarque de toute l'Europe». Les prophéties d'un nouveau Charlemagne revenant tel le Messie sont assimilées aux polémiques entre les Guelfes, partisans du pouvoir du pape, et les Gibelins, partisans de l'empereur. Au cours du XIVe siècle, on trouve ces prophéties développées au nom d'un guelfisme qui se définit comme le parti de la liberté, de la latinité et de la vraie piété en lutte contre le pouvoir impérial et la barbarie germanique. À partir de 1375 et de la guerre entre Florence et le pape Grégoire XI, les prophéties annoncent un roi de France qui serait élu empereur des Romains et monarque du monde entier. Ainsi, ce Charlemagne fondamentalement antigermanique, véritable héritier de la tradition romaine, devient une figure de la liberté et de l'empowerment détenant la puissance et la légitimité nécessaires pour accorder aux autres la maîtrise de leur propre sort (Robert Morrissey, L'empereur à la barbe fleurie: Charlemagne dans la mythologie et l'histoire de France, 1997 - books.google.fr).

 

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