La garde suisse en France

La garde suisse en France

 

X, 39

 

2205-2206

 

Premier fils vefue malheureux mariage,

Sans nuls enfans deux Isles en discord,

Avant dix huict incompetant eage,

De l'autre pres plus bas sera l'accord..

 

Cette interprétation passe à côté du petit roman que semble raconter le quatrain et se place toujours dans l’époque de Louis XI en question dans celles des quatrains précédents.

 

Louis X et les gardes suisses

 

ARREST DV CONSEIL D'ESTAT, RENDV le 28. Fevrier 1660. portant main-levée obtenú par Messieurs de Mollondin Colonel, d'Erlac, Daffry, Stoupp, & autres. Capitaines Officiers Suisses, en faveur de la Nation, & des veufves y enfans; tres-considerable an sujet des droits d'Ay: des des Tailles & d'Aubeines. Extrait des registres du Conseil d'Etat :

 

SVR ce qui a esté representé au Roy en son Conseil, par les colonels & Capitaines Suisses & Grisons estans au service de sa Majesté ; qu'encores que par les Privileges accordez à ceux de leur Nacion qui ont esté au service de cet Estat depuis Louis XI. jusques à present, qui sont maintenant veufves en viduité, ils soient declarés exempts du droit d'Aubeine, de toutes Tailles & Impositions, & particulierement des droits d'Aydes. Neancmoins depuis quel ques années en ça quelques particuliers les ayant voulu troubler en la joüissance de leurs Privileges, contre les deffenses expresses & formelles sur les remontrances qu'ils en ont fait à radite Majesté par divers Arrests de son Conseil, Elle y a dés-ja pourveu, tant sur le fait dudic droit d'Aubeine, que sur ladice exemption des Tailles : Mais comme par vne nouvelle infraction aux susdits Privileges, les Fermiers des Aydes, les Sous-Fermiers, les Commis, Huilliers & Sergens qu'ils employent au recouvrement desdits droits d'Aydes, exercent diverses contraintes coutre celix de la susdite Nacion, pour les faire payer lesdits droits, quoy qu'ils en soient exempts par leursdits Privileges ; Lesdits sieurs Colonel & Capitaines qui en ont va interest notable, tant pour eux que pour les Officiers & Soldacs, & leurs veufves en viduité, de ne pas laisser perdre des Privileges que leurs Predecesseurs leurs ont acquis aux despens de leurs vies & de leur sang, donc ils demeureroient responsables envers les Superieurs, s'ils n'en avoient porté leur plainte à sadite Majesté, recourent à Elle pour leur estre pourveu, & en ce faisant ordonner que tous ceux desdices Nacions qui ont esté, estans à la solde de la Majesté, & les veufves en viduité de ceux qui sont descedez, joüiront de l'exemption desdits droits d'Aydes, comme de celuy dudit droit d'Aubeine, & exemption des Tailles. ET veu lesdits Privileges accordez par Louis XI. confirmez de Roy en Roy, portant ladite exemption desdits droits d'Aubeine, Aydes, Tailles, & autres Imposicions verifiées où besoin a esté, ensemble divers Arrests dudic Conseil contradictoires, & autres confirmatifs desdits Privileges. LE ROY EN SON CONSEIL, auparavant faire droit sur la plainte desdits Colonel & Capitaines, A Ordonné & ordonne, qu'ils mettront dans huitaine entre les mains des sieurs d'Aligre, de Morangis & Menardeau, Directeurs de Breceüil & d'Hervare Controlleurs Generaux, Marin Intendant des Finances, & Tallement Maistre des Requestes, les tiltres de leursdics Privileges à eux accordez depuis Louis XI. jusques à present, pour estre veus & examinez par lesdits sieurs Commissaires, le Fermier des Aydes appellé, leur estre pourveu, & cependant sera donné mainlevée des saisies faites pour raison de ce, & surcis à toutes poursuites & contraintes pour le payement desdies droits à l'exercice des Suisses & Grisons estans au service de sa Majesté, à ses gages & soldes, & des veufves en viduité de ceux qui sont decedez, jusques à ce qu'autrement, apres l'examen desdits Privileges, il en ait esté ordonné, à la charge de donner caution pour seureté des Comines qui se trouveront failes. FAIT au Conseil d'Estat du Roy, cea nu à Paris, le vingt-huitiéme jour de Fevrier mil fix cens foixance. Signé par collation, BOSSVET (Frantz Zuvellin (dit Francois Besson l'aisne), Abrege et extrait du recueil des lettres patentes, chartes des Roys donnees en Faveur des Suisses et leurs co-alliez estans en France a leurs services et soldes (etc.), 1671 - books.google.fr).

 

Le service des Gardes-Suisses à la Cour remontoit à 1481 (Pierre Nicolas Chantreau, Science de l'histoire, Tome 2, 1804 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Gardes suisses (France)).

 

L'ombrageux Louis XI ne vivait dans une demi-sécurité qu'au milieu de ses gardes ; aussi chercha-t-il à en augmenter l'effectifà diverses époques. Vers la fin de son règne, le nombre en devint considérable et dépassa de beaucoup le nombre de ceux qu'entretenaient ses prédécesseurs. Il créa en 1473 une compagnie de 100 archers, et en 1474 une compagnie de 100 lanciers gentilshommes appelés depuis au bec de corbin, parce que leur hache d'armes figurait un bec de corbeau. Depuis leur institution, que quelques historiens font remonter à 1414, ces hommes d'armes entretenaient chacun deux archers : Louis XI en forma deux compagnies en 1479. On a souvent confondu cette troupe avec la compagnie de 200 hommes d'armes créée en 1468, et qui, plus tard, prit le titre de gendarmes de la garde. C'est aussi à Louis XI que l'on attribue, en 1478, la création de la compagnie des 100 Suisses, qui, en 1498, prit letitre de compagnie de cent hommes de guerre de la garde. Lorsque, vers la fin de sa carrière, ce prince habita le château de Plessis-lèsTours, sa garde se composait d'écuyers du corps, de 3 compagnies de gardes du corps (900 hommes), d'une compagnie de lanciers gentilshommes (150 hommes), de deux compagnies d'archers du corps (200 hommes), de quelques autres gardes à cheval, qui, avec l'infanterie, formaient un total d'environ 4,000 hommes

 

Le régiment des gardes-françaises, appelé à jouer un grand rôle dans nos fastes militaires durègne de Louis XIV, fut créé en 1563 ou 1566; l'institution des chevau-légers de la garde date de 1570 ou 1593 , et celle du régiment des gardes suisses de 1589 (quelques écrivains militaires font remonter l'origine de ce corps à l'année 1478) (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Tome 29 : Fra - Gav, 1836 - books.google.fr).

 

Le premier contingent accordé à l'étranger par la confédération est relaté dans le traité conclu en 1470 entre Louis XI et les cantons. En 1478, ce contingent (environ six mille hommes) prit part au siège de Dôle (Alpes pittoresques: description de la Suisse, Partie 1, Tome 2, 1837 - books.google.fr).

 

Il avait 18 ans

 

A l'époque de la levée, aucun emploi d'officier dans les corps Suisse, ne pourra être rempli que par des individus reconnus Suisses par leurs Gouvernemens respectifs, et le brevet ne pourra leur être délivré, que lorsqu'ils auront constaté cette qualité par un certificat de leur Souverain. Les hommes qui composeront les régimens Suisses seront engagés librement et de gré à gré, pour le terme de quatre ans au moins, après lequel ils devront avoir leur congé absolu, aux époques fixées par l'art. 7 s'ils ne veulent pas être rengagés. Ils devront être d'origine suisse, de l'âge de dix-huit à trente-cinq ans, s'ils n'ont point servi, et de celui de dix-huit à quarante s'ils ont servi, de la taille de cinq pieds deux pouces au moins pour les régimens de la Garde Royale, de cinq pieds un pouce pour les régimens de ligne, et de cinq pieds pour les voltigeurs, et n'avoir aucune infirmité (Capitulation militaire entre sa majesté très chrétienne Louis XVIII, roi de France et de Navare et les louables cantons de Zurich, Basle, Schaffouse, Saint-Gall, Grisons, Argovie, Thurgovie et Vaud, du 31 mars 1816, 1816 - books.google.fr).

 

Jacques Hurault

 

Jacques Hurault (1437 ou 1447 - 1517) (Saint-Jacques, Blésis, Loir-&-Cher) seigneur de La Grange, Vibraye, Cheverny, Veuil, baron d’Huriel (acquisition), sert sous Charles, duc de Berry puis le roi Louis XI, Trésorier des Guerres (1479-1482), Commis au paiement des soldes de 6.000 Suisses (1483) comme Garant de leur alliance avec la France, conseiller du Roi, Général des Finances du roi Louis XII, Chambellan, Bailli & Gouverneur du comté de Blois, Ambassadeur en Suisse ép. Marie Garandeau + 08/08/1503 (fille de Pierre, seigneur de La Haudunière et de La Lucerie, et de Jeanne de Masle) (racineshistoire.free.fr).

 

Un certain nombre de Listes d'ambassadeurs de France en Suisse, imprimées ou manuscrites, mentionnent, comme ayant été envoyé aux Ligues, à cette époque, Jacques Hurault de Cheverny. May de Roinainmôtier (Histoire militaire de la Suisse V, 17) s'est rallié à cette hypothèse, laquelle ne repose sur aucun fondement sérieux. Jacques Hurault, qui fut chargé de payer les pensions des Suisses à partir de 1478, mourut en 1518 âgé de 70 ans environ. En 1463, date à laquelle on le fait apparaitre en Suisse pour la première fois, il aurait eu à peine 16 ans (Rott, Histoire de la représentation diplomatique de la France auprès des Cantons suisses, de leurs alliés et de leurs confédérés, Tome 1, 1900 - books.google.fr).

 

Les Suisses dans les armées étrangères

 

A peine la guerre de Bourgogne terminée, qu’une autre guerre tout à fait semblable s'alluma. Cette fois c'était contre la duchesse de Milan et pour servir l'ambition du pape Sixte IV. Il n'y avait cependant qu'une année que les Suisses avaient renouvelé avec les Milanais un capitulat chèrement acheté par ces derniers. Mais Sixte IV fit sonner haut le mot d'indulgences, déploya une bannière bénite et promit butin et pensions; les mercenaires affluèrent. Un Etat même, celui d'Uri, se laissa entraîner. Le ministre de la duchesse de Milan réclama contre la violation du droit des gens et de la justice. Uri lui répondit en alléguant un conflit de limites et requit tous ses co-Etats de combattre avec lui. 10,000 confédérés passèrent le Saint-Gotthard conduits par Waldmann et Boubenberg (décembre 1478). Le siège de Bellinzona fut commencé, puis abandonné par ces chefs sous le prétexte de la chute des neiges, mais non sans soupçon de vénalité et de trahison. Ils se retirèrent en laissant 600 confédérés pour la garde de la Léventine. Le comte Borelli, commandant des forces lombardes, crut qu'il aurait bon marché de cette poignée de guerriers et marcha contre eux avec 15,000 hommes.

 

La bataille de Giornico dans la Léventine détrompa cruellement cette confiance. Un officier léventin, qui à la bravoure helvétique joignait la ruse italienne, le juge Stanga, avait conseillé aux Suisses de faire déborder les eaux du Tessin sur les prairies qui avoisinent ce village; puis de se munir de crampons et d'attendre l'ennemi sur la colline. Ainsi firent les Suisses; puis lorsqu'ils virent l'ennemi chercher à en gravir d'un pas mal assuré la pente couverte de verglas, ils s'élancerent sur lui avec impétuosité et le mirent en déroute complète (28 décembre). 1500 Lombards périrent; leur sang teignit la neige jusqu'à Bellinzona. C'est ainsi, chose presque incroyable, que 600 hommes en défirent 15,000.

 

Le héros de la journée avait été Frischanz Theilig, intrépide marchand de toile de Lucerne, qui, tournant dans ses mains sa flamboyante et terrible épée, portait l'épouvante et le carnage dans les rangs milanais, semblable à l'ange de la mort. Le juge Stanga, qui avait brillé aussi par l'héroïsme et dont le corps était criblé de blessures, tomba mort en rentrant dans sa demeure. Le duc de Milan fut obligé d'acheter la paix et de céder la Léventine et Brugiasco aux Suisses (1479). La guerre de Bourgogne eut en apparence les suites les plus glorieuses. Les Suisses, regardés dès lors comme le premier peuple militaire de l'Europe, sont fêtés et recherchés plus que jamais par toutes les puissances. Chacune d'elles veut avoir des Suisses dans ses armées et se croit invincible quand elle en a. Les ambassadeurs étrangers obsèdent les diètes de demandes d'enrôlements et d'alliances à renouveler ou à conclure. Au premier rang des solliciteurs figure toujours le roi de France qui se sert des Suisses pour détruire le duché de Bretagne, comme il s'en est servi pour renverser le duché de Bourgogne. Viennent Milan, la Savoie, le duc de Lorraine, l'empereur, le pape, le roi de Castille Ferdinand-le-Catholique, auxquels il faut joindre encore le roi de Hongrie et la république de Venise. Profitant d'un moment de froideur entre Louis XI et les Suisses, l'empereur Frédéric III était parvenu à arracher à ces derniers un traité d'union héréditaire (Erb-Verein); traité utile à la maison d'Autriche par la défaite des Vénitiens à Doyédro et la conservation du Tyrol italien qui en fut le résultat (1487).

 

Cela n'empêchait pas les Suisses de se lier presque dans le même temps avec Mathias Corvin, roi de Hongrie, le plus grand ennemi qu'eût alors la maison d'Autriche, et de signer å Bude, sa capitale, une alliance de dix années (1479). Parmi les signataires de ce traité figurent le chancelier Schilling et Melchior Russ, de Lucerne, que le prince hongrois voulut armer, de sa main, chevalier dans l'église principale de Bude. Mais les coffres de Mathias Corvin n'étaient pas fournis comme ceux de Louis XI; un très petit nombre de guerriers suisses accoururent sous ses drapeaux, et l'alliance hongroise tomba en désuétude. Corvin eut cependant encore assez d'ascendant pour faire arrêter et retenir prisonniers à Wesen, au mépris du droit des gens, les ambassadeurs de Venise, Morosini et Giustiani, et renverser ainsi les projets d'union de cette république avec les vainqueurs de Grandson et de Morat.

 

Devenus ainsi les arbitres des combats et comme les gardiens de la victoire en Europe, les confédérés conserveront ce rôle depuis Morat jusqu'à Marignan, c'est-à-dire depuis leur plus grande victoire jusqu'à leur plus grande défaite (1476-1516). Le demi-siècle qui s'écoule entre ces deux journées est le plus brillant de nos annales. Mais cet éclat extérieur est chèrement acheté par les progrès de la démoralisation et le déclin toujours plus rapide des moeurs et des institutions de la vieille Suisse.

 

La guerre de Bourgogne contribua beaucoup à ce résultat. Auparavant la vénalité n'avait atteint que les chefs et une faible partie de la nation. L'or de Grandson, mesuré à pleins chapeaux par les soldats, corrompit la masse elle-même. Ce même peuple que nous avons connu si économe, si laborieux, si loyal, si probe et si fidèle à la foi jurée, se montre, après la guerre de Bourgogne, vénal, dissolu, parjure, égoïste et tout à la fois indompté et servile (Alexandre Daguet, Histoire de la Confédération suisse depuis les temps anciens jusqu'en 1864, 1865 - books.google.fr).

 

Deux îles

 

Bellizona se trouve sur le fleuve Tessin émissaire du lac Majeur à 24 km d'Ascona près de laquelle il ya deux îles : les îles des Lapins

 

Dans la partie de lac qui existe entre Ascona et Brissago au dessous de Ronco, on découvre deux petites iles connues autrefois sous le nom d'îles des Lapins, et au jourd'hui sous celui d'îles Saint Pancrace (Francesco Medoni, Un voyage sur le Lac Majeur et description de ses abords, traduit par Jules Étiard, 1835 - books.google.fr).

 

Si en Allemagne il était le patron des chevaliers, il était surtout en France le patron des enfants - particulièrement des enfants pleurards, sans doute parce qu'il fut martyrisé tout jeune. C'est pour cette même raison que le jeune martyr, considéré comme un modèle d'innocence et de pureté, était invoqué contre le parjure (false oaths, perjury). On se rendait à son tombeau pour se justifier par serment d'une accusation Grégoire de Tours raconte que lorsqu'un faux témoin s'approche des reliques de saint Pancrace, sa main se dessèche, un démon s'empare de lui et il tombe aussitôt raide mort. Saint Pancrace était censé guérir, en outre, une multitude de maux généralement peu graves : les engelures (en sa qualité de saint de glace), l'eczéma, les migraines, les crampes, très probablement par suite d'un calembour sur son nom dont une des variantes populaires est Camprace, Campres, Crampes. On l'invoquait aussi pour protéger les récoltes et la floraison des arbres fruitiers contre les gelées nocturnes de printemps qui coïncident souvent avec le jour de sa fête (12 mai) : c'est pourquoi il figurait entre saint Boniface et saint Servais, dont les fêtes tombent les 11 et 13 mai, dans la trinité des saints de glace (Eisheiligen, Eismänner) (Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien: Iconographie des saints, 1959 - books.google.fr).

 

Les glaciers (en allem. Gletscher) sont aussi connut sous la dénomination impropre de montagnes de glace, Eisberge. Ces masses énormes de glaces sont du nombre des objets les plus remarquables des Alpes. Le nom qu'elles portent en allemand paroît être d'origine celtique. [...] Les Grisons les nomment Warder du mot roman vadrac, neige amenée par les lavanges. Le nom roman est glacar; dans le Tyrol on les appelle Ferner, dans les Alpes italiennes, vedretti, dans la Carinthie Kàss, dans la Suisse romande, en Savoie et en Dauphiné glaciers, et en quelques endroits Ruizes, dans les Pyrénées, sernelles on serneilles (Johann-Gottfried Ebel, Manuel du voyageur en Suisse, 1811 - books.google.fr).

 

Deux îles 2 : Meudon

 

Le quatrain peut encore être illustré par l'exemple, au XVII-XVIIIe siècles, des gardes suisses de Meudon où ils ont été installés par Louvois.

 

Chaque décès de garde suisse provoquait une réaction immédiate de la communauté «suisse» en place pour sauvegarder le poste, autrement dit, pour en faire profiter un proche [...]. En tout premier lieu intervenait le remariage de la veuve, très rapide (plusieurs cas de 1 mois 1/2 à 3 mois après le décès) avec un Suisse de l'extérieur, opportunément surgi de la frange des parentés et connaissances. Ce pouvait être un ancien soldat suisse dégagé de contrat (les engagements étaient signés pour 6 ans jusqu'en 1767, 4 ans postérieurement). Dans ce cas, les actes de mariage ne mentionnent que la nationalité suisse, mais pas le régiment ou la compagnie d'origine. Par contre ces renseignements figurent pour les soldats qui, pressés d'obtenir un poste vacant, devaient obtenir de leur colonel leur «licence absolue». C'est ainsi que l'on vit apparaître des Suisses provenant des compagnies d'Affry, de Castella, d'Estavayer, de la Générale, de Pfyffer, de Reding, de Reynold. Cette hâte ne permettait pas d'y regarder de très près du côté des âges et l'on vit des veuves avoir 9, 11, 13 voire 20 ans de plus que leur nouveau mari. Si ce genre d'arrangement ne permettait pas toujours à ce dernier des espoirs de paternité, il lui assurait un poste et, avec un peu de chance, ayant enterré sa vieille épouse, il pouvait convoler avec une «jeunesse». Mais le remariage d'une veuve «en poste» n'était pas le seul moyen de conserver celui-ci. Pour remplacer un frère aîné ou un père défunt, de très jeunes Suisses passaient, eux aussi, très vite par l'église, car il convenait d'être marié pour bien assumer la fonction. Un père, un oncle, un beau-frère en place pouvaient, eux aussi, pousser un fils ou un neveu. Celui-ci avait alors toute latitude quant au choix de sa conjointe et, à une fille de collègue il pouvait préférer une meudonnaise, fille ou veuve surtout si elle avait quelque bien. Épouser une fille de Suisse et s'occuper à quelque besogne  en attendant qu'un poste se libère, c'était aussi prendre rang. Signalons enfin deux cas particuliers : deux veuves, chargées de famille, avaient, au décès de leur mari, un fils âgé de 14, 15 ans auquel il fallait laisser sa chance. On leur donna, en «survivance», un poste de moindre importance qu elles assumerent avec ce fils aîné. Celui-ci, dès que possible, se maria, obtint une place, après quoi la veuve se remaria – avec un Suisse - pour élever ses autres enfants. On voit donc l'éclairage que nous donnent ces actes de mariage (complétés, bien sûr, par d'autres sources) sur l'économie interne du recrutement au cours du XVIIIe siècle. Cette stratégie de la maîtrise des emplois n'avait pas toujours été aussi évidente. Les premiers Suisses qui apparaissent sur nos registres paroissiaux avaient été recrutés au temps de Louvois, ministre de la Guerre et seigneur de Meudon avant que le domaine ne passât à la Couronne. Il laissait à son ami Pierre Stoppa colonel des Gardes-Suisses, la jouissance du petit château de Fleury, proche Meudon, et il est fort probable que nos premiers Suisses furent placés par celui-ci. On trouve trace de la générosité des époux Stoppa à l'égard de l'un d'eux, Jean Camistrale, et de sa jeune épouse, Anne Pape, qui reçurent 500 livres «en faveur de mariage». […]

 

Lorsque le Grand Dauphin quitte Choisy pour Meudon, en 1695, il amène avec lui ses Suisses tout en gardant ceux de Louvois. Mais le train princier que va connaître désormais le domaine amène à recruter d'autres familles (Marie-Thérèse Herlédan, Le Suisse est mort, vive le Suisse ou la grande famille des Gardes-Suisses du Domaine de Meudon, Les Gardes suisses et leurs familles au XVIIe et XVIIIe siècles en région parisienne: colloque, 30 septembre et 1er octobre 1988, 1989 - books.google.fr).

 

Les deux îles, nommées maintenant l'île Saint-Germain - sur le territoire d'Issy-les-Moulineaux - et l'île Seguin - qui appartient à la commune de Boulogne-Billancourt - se nommèrent jusqu'à la Révolution les îles «Dauphine» (Henri Albert, Promenade à Bellevue et à Meudon, 1968 - books.google.fr).

 

Les hauteurs de la rive gauche dominent d'environ 60 mètres le pont et les îles de Billancourt et de Saint-Germain, qui en sont à une distance moyenne de 600 mètres. Le chemin de Sèvres par le Bas-Meudon, qui longe la Seine sur la rive gauche et a une largeur de 6 mètres, est en remblai de 3 ou 4 mètres tout le long des deux îles précitées (Journal des sciences militaires, Volume 17, Chapelot, 1877 - books.google.fr).

 

Rabelais, médecin, passé par Montpellier comme Nostradamus, finit curé de Meudon en 1543.

 

Tout un fromage

 

Nostradamus passant un jour par un Village de Dauphiné nommé Saint Bonnet, entra dans une Hôtelerie & demanda à souper. La servante, qui étoit seule, le pria d'attendre un peu ; & luy dit que la Maîtresse du Logis étoit allée à l'accouchement de la Dame du Lieu. Comme c'étoit aux grands jours d'Eté, & que le tems étoit fort serain, Nostradamus entra dans le Jardin, & se mit à consulter les Astres sur le sort de l'Enfant qui alloit naître. La Maîtresse du Logis étant de retour, & Nostradamus ayant sceu d'elle que la Dame étoit accouchée d'un Garçon; Me pourriez vous dire précisément, luy demanda-t-il, à quelle heure cet Enfant est venu au Monde ? Ouy, Monsieur : il est venu, dit-elle, précisément à telle heure. C'est dommage, répliqua Nostradamus : s'il fut venu quelques momens plûtôt c'eût été un Roy. Mais, ajoutat-il, il aura toûjours lieu de se consoler: en quelque endroit qu'il se trouve il fera l'un des premiers du Royaume. Par la suite cet Enfant a été le Connetable de LEDIGUIERES. Jodelle fit ce Distique sur Nostradamus :

 

Nostra damus, cum falsa damus, nam fallere nostrum est,

Et cum fassa damus, nil nisi Nostra damus.

 

Boursault enchaîne aussitôt :

 

La Robe de Rabelais est en si grande vénération à Montpellier qu'aucun Médecin n'y est receu qui ne la mette sept fois. Quelques Etudians en Médecine ayant fait des Actions indignes d'eux, furent cause que tous les Privileges de la Faculté furent abolis. Rabelais qui étoit un des plus considérables Membres de ce Corps, vint à Paris, & s'adressa au Suisse du Chancelier Duprat, à qui il parla Latin. Le Suisse ayant fait venir un homme qui sçavoit cette langue, Rabelais luy parla Grec. Un autre qui entendoit le Grec ayant paru, il luy parla Hébreu. Par hazard un Professeur en langue Hebraïque s'étant trouvé là, Rabelais luy parla en Arabe; & à un autre encore en Syriaque : de sorte qu’un tel homme ayant quelque chose de prodigieux on courut en avertir le Chancelier, qui charmé de la Harangue qu'il luy fit, & de la Science qu'il avoit, rétablit, à la consideration, tous les Privileges qui avoient été abolis. Rabelais étoit de Chinon, petite Ville de Touraine, & se fit Cordelier au Convent de Fontenay le Comte, dans le bas Poitou, d'où il s'enfuit ; ensuite dequoy il fut Médecin à Montpellier; alla à Rome avec le Cardinal de Lorraine; & mourut Curé de Meudon. Il avoit beaucoup d'Esprit & de Sçavoir, mais peu de Religion ; & quoique son Livre soit estimé de quelques-uns, on ne le void dans les mains de personne d'une vie réglée (Edme Boursault, Lettres nouvelles de Monsieur Boursault, accompagnées de fables, de remarques, de bons mots et d'autres particularitez aussi agréables qu'utiles, avec sept lettres amoureuses d'une dame à un cavalier, 1697 - books.google.fr).

 

Boursault (1638 - 1701) cherche dans ses lettres à de grands personnages la satisfaction de son amour-propre, l'étalage de ses belles relations, l'épanchement de son esprit et de sa bonne humeur plus encore qu'il ne songe à ses intérêts. Il a trop de bonhomie et de liberté d'allures pour être soupçonné d'un calcul soutenu. En publiant ses Lettres à Babet, en 1666, il y reproduit celle qu'il avait adressée, en 1661, à la duchesse d'Angoulême, sans en effacer le récit qu'elle contient, ému et reconnaissant, sous une forme légère, de la munificence de Fouquet à son égard. Plus tard, il ouvrait le recueil de ses Lettres nouvelles par une épître à Pélisson, où il le félicite chaudement de sa fidélité à «ce pauvre M. Fouquet, trahi dans sa disgrâce par la foule des courtisans qui le suivaient dans sa fortune». Il ne fut pas plus infidèle à la mémoire de Louvois, qui lui avait témoigné quelque bonté, et bien que le célèbre ministre fût mort en disgrâce, il n'hésite pas, après avoir vu son tombeau dans l'église des Capucins, à en trouver l'épitaphe «un peu trop simple pour un ministre de cette élévation», et à en rédiger une autre ou il accumule les plus pompeuses louanges. C'est bien le même homme qui ne craindra pas de mettre dans ses deux Ésope des scènes que les comédiens n'oseront jouer. Lisez sa lettre à son fils le Théatin «sur le refus qu'il fit d'un bénéfice considérable», et vous aurez tout Boursault (Victor Fournel, Un moraliste au théâtre, Le Correspondant: religion, philosophie, politique, 1882 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2206 sur la date pivot 1478 (garde suisse) donne 750. Cf. la typologie du quatrain précédent X, 38.

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