Pocahontas

Pocahontas

 

X, 66

 

2225-2226

 

Le chef de Londres par règne l'Americh,

L'isle d'Ecosse l'empiera par gelée,

Roy Reb. auront un si faux Antéchrist,

Que les mettra trestous dans la meslée.

 

Chef de Londres : Lords Chanceliers

 

La tradition utopique inaugurée par Thomas More en 1516 témoigne d’un amour de l’ordre qui peut se lire comme réponse aux expériences du désordre des hommes du temps. En effet, l’Europe au xvie siècle voit s’effondrer définitivement toute perspective d’unité politique, que celle-ci soit impériale ou sacerdotale. L’échec final de Charles Quint confirme l’impossibilité d’un Empire, et par ailleurs les développements de la Réforme retirent au pape toute prétention à organiser son unité spirituelle. L’ordre, que ni l’Empire ni l’Église universelle ne peuvent plus prétendre assurer, il revient désormais aux États territoriaux de le construire, et c’est en rapport avec le lent processus de construction des États modernes que le genre utopique doit être considéré. Il est d’ailleurs significatif que les auteurs d’utopies du début de la modernité aient tous occupé de hautes fonctions politiques, à commencer par Thomas More et Francis Bacon qui furent tous deux chanceliers du royaume, c’est-à-dire ministres de la justice, ce qui à l’époque constituait la plus haute fonction dans l’État après la fonction royale. Nous avons donc affaire à des promoteurs de l’absolutisme naissant (même si Thomas More finit par mourir en martyr, victime de son « ami » Henri VIII). Avec l’utopie, nous ne sommes pas dans le simple registre de la rêverie, comme l’atteste le rapprochement que fait More lui-même entre utopia (le lieu qui n’est pas, le nulle-part), et eutopia (lieu du bien, cité idéale dont la perfection fait ressortir par contraste le désordre du présent). Les récits utopiques décrivent toujours leur cité idéale comme le résultat d’un acte radical de fondation politique, d’instauration d’un ordre par un législateur. La vie y est organisée par une multitude de règles émanant de l’esprit génial du fondateur. Or, l’absolutisme se caractérise précisément par le fait que la loi procède directement de l’autorité souveraine, de la volonté une du souverain (ce qui ne l’empêche pas d’être éclairée par les lumières des légistes).

 

Ces considérations trouvent un écho tout particulier dans La Nouvelle Atlantide de Francis Bacon. Sa date de publication (1623) lui permet d’intégrer dans la fiction des données dont More ne pouvait pas encore disposer : la connaissance des civilisations précolombiennes et leur destruction, les guerres de religion, l’affirmation de l’Angleterre comme puissance impérialiste fondée sur le commerce plus que sur la conquête, l’affirmation des possibilités de maîtrise de la nature que fournissent les sciences modernes. Avant d’aborder le récit, il peut être utile de dire un mot sur l’auteur : c’est au moment de sa disgrâce, suite à une affaire de corruption dans laquelle on ne sait toujours pas s’il fut réellement impliqué ou victime d’une cabale, qu’il écrivit cet ouvrage avec pour objectif, dit-on, de reconquérir la faveur du roi. Et en effet, il s’agit bien d’un diagnostic sur le monde réel et d’un programme de réforme susceptible d’intéresser le roi. Bacon connu et honoré pour être l’un des pères de la méthode expérimentale dans les sciences modernes, fut aussi un homme d’État de premier plan, théoricien de la monarchie absolue (Richelieu n’a jamais caché qu’il le considérait comme un modèle), parlementaire, haut magistrat, conseiller très influent d’Élisabeth Ire puis de Jacques Ier, qui finira par le nommer Grand Chancelier.

 

En 1596, suite à la révolte d’Enslow Hill qui avait vu des paysans rejoindre les apprentis révoltés de Londres, Bacon mena pendant deux mois sous les ordres du procureur général, dont il était adjoint, des séances d’interrogatoire et de torture. En 1601, il mena l’accusation contre le comte d’Essex dans un procès pour trahison au terme duquel celui-ci fut condamné et exécuté. Or, le comte d’Essex, favori de la reine jusqu’alors, avait été son protecteur et ami. Bacon soutint la loi martiale instaurée en Virginie en 1611. Enfin, en 1618, alors chancelier, c’est lui qui juge Walter Raleigh et lui annonce sa condamnation à mort pour avoir guerroyé contre l’Espagne lors de son expédition coloniale de 1617 en Guyane. Il ne s’agit pas ici de présenter Bacon comme un serviteur zélé et sans scrupule, prêt à tout pour complaire à son souverain, mais de montrer ce qu’implique la mise en œuvre du second type d’ambition, autrement dit la raison d’État. Mais, et c’est plus surprenant, le troisième type d’ambition lui-même n’est pas exempt d’une violence d’autant plus paradoxale qu’elle s’exerce sous l’étendard de la philanthropie. Les ennemis, cette fois-ci, ne sont plus ceux de l’État mais ceux du genre humain. Leur éradication renvoie à une nécessité quasi ontologique. Ils ne doivent pas être cherchés dans telle ou telle nation et le combat contre eux est d’une certaine manière commun à toutes les nations puisque précisément ils ne forment aucune nation, ni de nom ni de droit, et ne sont en réalité que « des multitudes, des essaims d’individus »? Ces pseudo peuples, ces individus déviants, ont « dans leur corps, dans leur constitution même, quelque chose de monstrueux ». Quels sont-ils ? Bacon fournit des exemples en puisant dans l’Antiquité, dans la Bible et dans l’histoire récente : Les Amérindiens, les Cananéens, les pirates, les vagabonds, les assassins, les Amazones. Il termine : « Voilà assez d’exemples. Encore qu’il faille ajouter les travaux d’Hercule : son exemple, bien qu’ayant fait l’objet de toutes sortes de fables, ou pour cette raison même, souligne nettement que toutes les nations et toutes les époques s’accordent à approuver l’éradication des géants, des monstres et des tyrans étrangers, à la considérer comme non seulement légitime, mais méritoire et digne d’une distinction divine, quand bien même le libérateur viendrait de l’autre bout du monde. » La référence à Hercule était récurrente à l’époque, symbolisant le combat du pouvoir contre toutes les formes de désordre et de subversion identifiées à l’hydre aux mille têtes. Notons que le champ d’intervention est transnational. (Vincent Grégoire, La Nouvelle Atlantide, La philanthropie monstrueuse de Francis Bacon, Sens-dessous N° 11, 2013 - www.cairn.info).

 

Bacon seconda puissamment les efforts du roi Jacques Ier pour unir les royaumes d'Angleterre et d'Écosse, et fit d'utiles réformes. Mais il avait à peine exercé pendant deux ans les fonctions de grand chancelier qu'il fut accusé par les Communes de s'être laissé corrompre, en acceptant de l'argent pour des concessions de places et de privilèges. La raison de sa chute politique est une accusation de corruption envers la cour de chancellerie en 1621 (fr.wikipedia.org - Francis Bacon (philosophe)).

 

Glaces et Nouvelle Ecosse ?

 

In 1613, eleven English vessels under the command of Samuel Orgal, then governor of Virginia, destroyed the french colony of the Novia Scotia and carried some of the inhabitants to Virginia. In 1621 Sir William Alexander obtained the concession of the territory taken from the French. He divided it into two parts, one of which he denominated Nova Scotia, or New Scotland, and the other New Alexandria. After various revolutions, in the course of which the French and English were alternately possessors of the region in question, it finally became the property of the English, to whom it was ceded by the treaty of Utrecht in 1713 (Thomas Mortimer, A General Dictionary of Commerce, Trade, and Manufactures: Exhibiting Their Present State in Every Part of the World; and Carefully Comp. from the Latest and Best Authorities, 1810 - books.google.fr).

 

The weather and temperature at Halifax, the capital of Nova Scotia, are not far different from what they are on the shores of Lake Huron; while, at Quebec, the range of the thermometer is both higher in summer and lower in winter. The winters are long and severe, but the harbours are never frozen. Nova Scotia, however, knows no such season as spring. Winter often extends into May; but when vegetation commences, it is very rapid, and, as in Russia, the whole face of nature becomes changed in a few days. About the first of June, the fields afford pasture, yet the summer has not arrived. Floating islands of ice, which infest the coast at this season, influence the climate considerably; and till these gradually recede and sink, the weather is never settled and warm. The sea-breeze, which in England invites the invalid to the coast, drives the Nova-Scotian within the walls of his house. This inconvenience, however, is of short duration; the ice-islands disperse and melt, and the heat of the summer is moderate and regular, attaining its maximum in August. Fog prevails on the southern coast, but does not extend far inland, although the dampness produced by south-west winds in the dog-days, is very disagreeable. The finest part of the year is the autumn, and the best month November, when a succession of bright, sunshiny days, with a fresh, frosty air, affords a delightful season. The sky is then generally clear and cloudless, and this season often continues, with occasional rains and a progressive increase of cold, till about the first of January. But the earth is bound with frost from Christmas till the first of April. The climate is reckoned remarkably salubrious and conducive to longevity (Josiah Conder, A dictionary of geography, ancient and modern, 1834 - books.google.fr).

 

Le cycle de variation déduit de cet énorme travail de compilation statistique, connu sous le nom de cycle de Bruckner (identique à celui suggéré par Francis Bacon au début du XVIIe siècle), est de 35 années environ, période au terme de laquelle revient une phase météorologique de froid et d'humidité pendant laquelle les eaux sont hautes dans les lacs et les fleuves, les glaciers sont à leur maximum, les vendanges sont tardives ; aux époques intermédiaires, il y a une phase de chaleur et de sécheresse, dans laquelle les phénomènes sont en sens inverse. Les dates moyennes approximatives des phases de froid et d'humidité sont, dans les deux derniers siècles : 1705, 1740, 1780, 1815, 1850, 1880 (Robert Vivian, Les glaciers des Alpes occidentales, 1975 - books.google.fr, Bulletin de la Société de géographie de Rochefort, Volumes 13 à 14, 1892 - books.google.fr).

 

The 35.5-year cycle is commonly alled the Bruckner cycle, announced >y E. Bruckner in 1890, but first an- lounced by Sir Francis Bacon in one of his essays nearly three centuries sarlier. Bacon said: "There is a toy, which I have heard, and I would not lave it given over, but waited upon a little. They say it is observed in the low Countries that every 5 and 30 years the same kind of suit of fears and weathers come about igain." (Essays civil and moral, LVIII Of vicissitude of things) (Roads and Streets, Volume 98, 1955 - books.google.fr, The Works of Lord Bacon with an Introductory Essay, and a Portrait, Volume 1, Henry G. Bohn, 1850 - books.google.fr).

 

En Virginie

 

Ce fut sur la côte orientale de l'Amérique du Nord, dans ces contrées que les frères Cabot avaient déjà visitées avec des bâtiments anglais, que l'Angleterre chercha à établir les colonies de peuplement qui lui étaient nécessaires. Walter Raleigh montra la route, en abordant, dès 1584, au riche pays qu'en l'honneur de la reine Elisabeth il appela la Virginie. Des aventuriers en quête de métaux précieux, des condamnés politiques, des planteurs de tabac et de coton suivirent ses traces ; en 1606 fut fondée la Compagnie de Londres pour la colonisation de la Virginie et fut nommé le fleuve James, en l'honneur de Jacques Ier. Après des progrès assez lents d'abord, à cause des attaques des Indiens et du penchant des premiers colons à négliger la culture pour chercher d'introuvables mines d'or, la colonie prit un notable développement 1621 elle eut une constitution écrite, un gouverneur, deux assemblées (Marcel Marion, Histoire de l'Europe et de la France, 1610-1789, 1901 - books.google.fr).

 

Les Indiens Powhatans de Virginie étaient organisés et disposaient d'entrepôts qui servaient à nourrir la population. Ceux-ci servaient aussi à approvisionner les colons "gaspillant leurs réserves et négligeant de les renouveler", comme l'a écrit, en 1705, Robert Beverly, historien de la colonie, qui se retrouvèrent très vite dans une situation si désespérée qu'ils baptiseront par la suite les années 1609 et 1610 « le temps de famine ». La dépendance des colons vis à vis des Indiens qui n'étaient pas des "sauvages" comme ils avaient pu le croire, provoqua chez eux une haine qui les poussèrent à voler par la force ce dont ils avaient besoin, si bien que les Indiens eux-même se trouvèrent démunis.

 

À la mort de Wahunsonacock [père de Pocahontas], en 1618, la société powhatan a subi une crise. Selon un processus qu'allaient connaître beaucoup de tribus à travers tout le continent, la confusion, le désespoir et la soif de salut des Indiens s'incarnèrent dans un prophète charismatique : Nemattanew, un chef de guerre pamunkey. Personnage spectaculaire qui semontrait souvent revêtu d'un manteau de plumes évoquant Okee, une divinité powhatan, et qui lui valut parmi les colons lesurnom de Jack l'Emplumé, Nemattanew promettait le retour à la sérénité de l'ancien ordre des choses, celui d'avant les Anglais, grâce à un renouveau du pouvoir sacré. Se rapprochant du nouveau chef des Powhatans, Opechancanough, le propre frère de Wahunsonacock, il l'incita à mettre un terme à l'expansion de la colonie de Jamestown. C'est finalement l'assassinat de Nemattanew, en 1622, qui mit le feu aux poudres. Faisant la preuve de ses qualités militaires, Opechancanough commanda l'attaque surprise contre les Anglais au cours de laquelle 347 colons furent tués (soit plus du triple de la population initiale de la colonie, en 1607). Le nombre des morts aurait été beaucoup plus important si un Indien converti n'avait prévenu leshabitants de Jamestown. Le principal établissement fut donc préservé et les trois quarts des colons environ survécurent. Aux yeux des Anglais, la « révolte des Powhatans » acheva de transformer les Indiens de de Virginie en sous hommes, en bêtes féroces (James Wilson, La Terre pleurera: Une histoire de l'Amérique indienne, traduit par Alain Deschamps 2014 - books.google.fr).

 

L'Indien comme Antéchrist

 

From the earliest days of the European settlement, explicit statements linked the Indians to Satan. The first English explorers of Virginia in 1585 reported that the people “have commonly conjurers or jugglers which use strange gestures, and often contrary to nature in their enchantments: for they be very familiar with devils, of whom they enquire what their enemies do, or other such thing.” In 1612, Captain John Smith reported of Virginia's Powhatans that “their chief God they worship is the devil. Him they call Oke and serve him more of fear than love.” In contemporary Canada, Jesuit priest Joseph Jouvency wrote of the Indians, “There is among them no system of religion, or care for it... They call some divinity, who is the author of evil, Manitou, and fear him exceedingly” (Louis R. Harlan, Booker T. Washington: The Wizard of Tuskegee, 1901-1915, 1983 - books.google.fr).

 

Reb : Rebelle et Rebecca

 

In Europe at the end of the medieval period, writing passed out of the scholarly monasteries and fell more and more into secular hands. Beauty as a paramount goal in writing (as in calligraphy, where Greek kallos means "beauty") generally became replaced by the need for speed. This led to the rise of cursive and vernacular hands; it also made the abbreviation of oft-repeated letters and letter sequences a handy efficiency device. Some abbreviations were very common and highly conventionalized across western Europe, whether executed, for instance, in Spanish, French, or English. This in many cases reflects a Latin ancestry (Martin 1949). While some abbreviations are highly idiosyncratic, most followed standardized rules and can be described by just a few categories: contraction, elision, and brevigraphs (adapted from Tannenbaum 1967). [...] English writing over the last few centuries has embraced abbreviations with relish. Consequently, documents in English arepeppered with abbreviations, particularly for first names, titles, and frequently used legal words. While there were common patterns of abbreviation, there was a great deal of individual variation. Usually an abbreviation consisted of the first two or three letters of the word and the last letter, but sometimes it would be just the first few letters of the word. [...] All of the following forms, for example, could indicate "Rebecca": Reb, Reba., Reba:, Reba, etc.. To further complicate matters, the same structural variants could be made on a different set of letters, perhaps "Reb"or"Rebca (Russell J. Barber, Frances Berdan, The Emperor's Mirror: Understanding Cultures Through Primary Sources, 1998 - books.google.fr).

 

Le Dictionnaire de la Littérature américaine d'Oxford révèle que Pocahontas, qui était la fille préférée du chef Powhatan, s'appelait en fait Matoaka (« Petite plume de neige »). Pocahontas était juste un surnom qui signifiait «petite dévergondée». L'Anglais John Smith débarque dans le Nouveau Monde en 1607 et est décrit par les indigènes comme « accommodant ». Dans un livre sur l'histoire de la Virginie paru en 1608, Pocahontas apparaît sous les traits d'une « enfant de dix ans » qui « surpasse de loin tous les autres ». Deux ans plus tard, le colon William Strachey arrive en Virginie et écrit : « c'est une jolie mais espiègle petite fille de onze ou douze ans » qui « explique, à moitié nue, comment elle va détruire le fort ». [...] Elle a « joué un rôle clé, en l'occurrence celui d'intermédiaire de confiance qui portait de la nourriture, des cadeaux et des messages d'un camp à l'autre ». Quant à sa relation avec John Smith, le Dictionnaire de l'Histoire des États-Unis d'Oxford révèle que « rien n'incite à croire qu'ils étaient amoureux ». En 1614, Pocahontas se convertit au christianisme, se fait appeler Rebecca et épouse le colon John Rolfe, moins par amour que pour renforcer les liens entre les Anglais et les Indiens. Deux ans plus tard, Pocahontas/Rebecca est reçue à la cour du roi Jacques Ier et de la reine Anne à Londres. Le Dictionnaire Penguin raconte d'ailleurs que « la taverne près de la cathédrale St-Paul où elle a séjourné a été rebaptisée la 'Belle Sauvage' en son honneur ». Malheureusement elle ne vivra pas longtemps. Elle meurt le 21 mars 1617 à l'âge de vingt-deux ans quelques jours avant de rentrer en Virginie. Toujours d'après le Dictionnaire Penguin, «elle a été enterrée dans une église locale, celle de St-Georges, même si on ne sait plus exactement où se trouve sa tombe». Par contre, on peut y voir une plaque commémorative (Andrea Barham, Napoléon n'était pas petit: Et autres fausses vérités de l'histoire, 2014 - books.google.fr).

 

On notera que "reb" désigne aussi les rebelles sudistes lors de la guerre de Sécession.

 

Pocahontas est renommée Rebecca qui est le nom dans la Bible de la femme d'Isaac. Celle-ci est la mère des jumeaux Esaü et Jacob. Or Esaü est surnommée Edom, le Roux ou le Rouge, alors que les Amérindiens sont appelés Peaux-Rouges. La Bible justifie la prééminence du Jacob sur son frère, et ainsi du visage pâle sur le Peau-Rouge, et finalement du génocide de ce dernier, comme le fait d'avance Francis Bacon, chancelier de la couronne d'Angleterre (Howard A. Snyder, Jesus and Pocahontas: Gospel, Mission, and National Myth, 2015 - books.google.fr).

 

Déjà, l'anti-Messie juif (ou Antéchrist) avait l'apparence d'Esaü.

 

Les Esséniens, dans l'hypothèse d'un « horoscope de l'Antéchrist », étaient dans la même situation que l'imagination apocalyptique : ils ne pouvaient tirer les caractéristiques de l'antimessie du néant. Il est bien plus vraisemblable de penser qu'ils les ont puisées dans les détails attachés dans la Bible à certaines figures particulièrement hostiles et redoutables L'Antéchrist est, avant tout, la personnification du Quatrième Empire, c'est-à-dire, ici, de l'Empire romain. Voilà pourquoi il est de stature gigantesque ; roux de cheveux ou rouge de peau comme Esaû-Edom au témoignage de Genèse, XXV, 25. Il porte réalisée en sa personne la malédiction de Zacharie, XI, 17 : « Que son bras se dessèche et que son œil droit s'éteigne » ; et, au front, la marque de la lèpre comme Azaria selon II Chroniques, XXVI, 19-21. (V. Nikiprowetzky, Pseudépigraphes de l'Ancien testament et manuscrits de la mer morte, Revue des études juives, 1969 - books.google.fr).

 

Que les Centuries traitent de la Virginie du début du XVIIe siècle, laisse supposer que "Nostradamus" était plusieurs, qu'elles ont eu plusieurs auteurs, et qu'elles ont été largement antidatées.

 

Faux Antechrist

 

L'imposture, et particulièrement le prince de l'imposture, l'Antéchrist, se reconnaît à cette marque qui lui est propre : «Je suis venu, a dit la vérité elle-même, au nom de mon père, et vous ne me recevez pas, tandis que si quelqu'un vient en son nom, vous le recevrez.» Avez-vous entendu, mes fils ? Sous un sens figuré certes, mais pieux et vrai, il est dit que celui qui viendra au nom du père ou des anciens ne sera pas reçu, alors que celui qui usurpera l'autorité en renversant et détruisant le passé et qui viendra en son propre nom, celui-là obtiendra l'adhésion. Or si jamais quelqu'un en philosophie est venu en son propre nom, c'est bien Aristote, qui fut son propre garant en toutes choses et qui méprisa l'antiquité à ce point qu'en règle presque générale il ne daigna même pas  nommer aucun des anciens, sauf pour le réfuter et le couvrir d'opprobre. Bien mieux, il ne rougit pas de dire en termes éloquents (et il devina juste, même en se livrant à l'insulte) qu'il était vraisemblable que nos ancêtres avaient été formés de terre ou de limon, comme on peut en juger par leurs opinions et leurs usages stupides et vraiment terreux. Et néanmoins il n'est pas vrai que les œuvres des anciens philosophes aient aussitôt perdu tout crédit après qu'Aristote, de sa propre autorité, se fût décerné le triomphe pour les avoir vaincus. Nous voyons en effet quelle opinion on avait de la sagesse de Démocrite après l'époque des Césars : « Sa sagesse nous montre que de grands hommes, destinés à donner de grands exemples, peuvent fort bien naître au pays des moutons et sous un ciel grossier. » (Réfutation des systèmes philosophiques) (Francis Bacon, Oeuvres philosophiques, morales et politiques, traduit par J.A.C. Buchon, 1836 - books.google.fr).

 

Avec le quatrain précédent X, 65, qui célèbre les 1000 ans de la naissance de Thomas d'Aquin, celui-ci continue le débat philosophique médiéval de savoir "quelle est la vérité d'une proposition comme « César est un homme », lorsque César est mort, ou quelle est la nécessité d'une proposition comme « l'homme est un animal » lorsqu'il n'existe aucun homme ?".

 

Les auteurs sont partagés pour savoir si le verbe « être » implique de lui-même une affirmation d'existence. Ceux qui optent pour l'affirmative tiennent la proposition « homo est animal » et même « homo est homo » pour fausses lorsqu'il n'existe pas d'homme, ainsi que « Caesar est homo » quand César est mort. Une telle position est soutenue par Boèce de Dacie. D'autres, comme Pierre d'Auvergne, Robert Kilwardby (?) dans le sophisme « Omnis homo de necessitate est animal » ainsi que plusieurs textes anonymes, partent de l'idée qu'une proposition telle qu'« homo est homo » est nécessairement vraie, par le principe d'identité dont Aristote puis Boèce ont fait la première loi fondamentale de la pensée. Il leur faut par conséquent nier que la copule ait une portée existentielle. Dans cette discussion s'affrontent deux conceptions de la signification et de la vérité. Nier la vérité d'« homo est homo » ou d'« homo est animal » quand il n'existe pas d'homme revient à faire de la référence à une chose actuellement existante la condition de vérité d'une proposition. Quant à la signification, elle se trouve rabattue sur la référence. Boèce de Dacie lie étroitement les notions de vérité et de signification par une même relation fondamentale à la chose qui existe. [...] Ceux qui, en revanche, acceptent la vérité de telles phrases non seulement reconnaissent la loi d'identité comme principe formel de la vérité, mais sont encore conduits à poser l'indépendance de la signification par rapport à l'existence actuelle des objets. La vérité elle-même consiste alors en un rapport à un monde autonome de significations, et non aux choses actuellement existantes. [...] Dans le même temps, plusieurs courants s'affrontent au sujet de la référence temporelle d'un nom. Si le nom signifie une nature intemporelle ou une intellection qui n'est pas temporellement déterminée, conformément à ce qui est suggéré dans le Peri hermeneias, le nom commun a de soi la capacité de se référer à des individus passés ou futurs aussi bien que présents. Que l'on fasse, au contraire, de la chose, dans son existence actuelle donc individuelle, un élément essentiel de la signification, et la question des déterminations temporelles se pose tout différemment (Joël Biard, Logique et théorie du signe au XIVe siècle, 1989 - books.google.fr).

 

De l'interprétation est une œuvre d'Aristote, deuxième ouvrage de l'Organon, traitant des propositions. Cet ouvrage est aussi souvent mentionné sous son titre latin (De Interpretatione) ou grec (Peri Hermeneias) (fr.wikipedia.org - De l'interprétation).

 

Contact