Fatimides

Egypte fatimide

 

X, 79

 

2235-2236

 

Les vieux chemins seront tous embellis,

L'on passera à Memphis somentrees,

Le grand Mercure d'Hercules fleur de lys,

Faisant trembler terre, mer et contrees.

 

On a retenu le comput de Paul casanova sur la datation, des conjonctions de Saturne et de Jupiter dans les triplicités zodiacales qui se succèdent tous les 238 ans (Lettre à Henry - Jovialistes et Achem).

 

Le 28 août 571, qui répond à la naissance de Mohammed, la conjonction est entrée dans la triplicité aquatique qui comprend Scorpion, Écrevisse et Poissons, et y a évolué dans cet ordre à quatre reprises jusqu'en 789. Le 3 octobre 809, elle est entrée dans la triplicité ignée (Sagittaire, Lion, Bélier). Enfin, le 19 novembre 1047, elle est passée dans la triplicité terrestre (Capricorne, Vierge, Taureau) (Une date astronomique dans les Épîtres des Ikhwân as Safâ, Journal asiatique, 1915 - books.google.fr).

 

Une triplicité de terre en 1047 + 952 = 1999 se termine en 2237.

 

Le chemin de Memphis

 

L’Egypte a été tenue par la dynastie ismaélienne des Fatimides de 969 à 1171.

 

Je n'entrerai pas dans le détail de toutes les légendes relatives au Moukattam car elles méritent une monographie spéciale que je me réserve de faire ailleurs. Je rappelle simplement que cette région est celle de l'itinéraire de Piankhi, itinéraire dont le caractère solennel et sacré est évident; que, d'après les auteurs arabes, les Pharaons faisaient allumer deux feux sur les hauteurs, lors de leur marche de Memphis à Héliopolis ; que là était le petit château où se retirait le 'Azîz d'Égypte, lors de la crue du Nil ; que le Moukaukis voulait se réserver, comme territoire sacré, la plaine située au pied du Moukattam, car, disait—il, cette montagne renfermait les plantes du Paradis ; enfin que le Khalife al Hâkim biamr Allah faisait du Caire à Hélouan des promenades solitaires et mystérieuses qui semblent se rattacher à ses étranges doctrines. Les livres des Druzes renferment une curieuse explication mystique de ces promenades (Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, 1901 - books.google.fr).

 

Hélouan se trouve juste en face de Memphis.

 

Al-Hâkim demeura mystérieux jusque dans la mort. Le 13 février 1021, il disparut au cours d'une promenade nocturne sur le mont Muqattam. Il s'éloigna des deux écuyers qui l'accompagnaient et qui avaient ordre de l'attendre. Ils ne le revirent plus et revinrent au palais le lendemain matin. On fit des recherches. Cinq jours après, on retrouva ses vêtements percés de coups de poignard. Selon une version plausible, il aurait été assassiné à l'instigation de sa sœur Sitt al-Mulk, qui craignait pour sa vie. Plusieurs traditions circulèrent, dont aucune n'est sûre : assassiné par un inconnu, réfugié dans un couvent pour y finir ses jours, etc. Les druzes croient à une occultation qui durera jusqu'au jour où il réapparaîtra (thème chiite du « retour ») (fr.wikipedia.org - Al-Hakim bi-Amr Allah).

 

Dans l’explication allégorique des actions bizarres ou ridicules de Hakem, il dit : Hakem va au jardin nommé Dakkat; Ce jardin est la figure du Précédant, qui edt le sommet de l'univers; et duquel découlent toutes les sciences des hommes, puisqu’ils ne connaiSsent au-dessus de lui rien de Plus élevé. Ce jardin de Dekkat est sur le bord du fleuve. Le fleuve est l’emblème de la doctrine du Tawil: car celui qui se soumet à l’initiation croit, quand il est parVenu à la connaissance du Précédant, avoir atteint le plus haut degré et le dernier terme de la religion. Quelque beau que soit par lui—même le jardin de Dekkat, il est tout proche d’un endroit où se commettent toutes sortes d’abominations et d’horreurs, ce qui n’a pas lieu par rapport aux autres jardins. Cela indique que la doctrine du Précédant tient à celle des nateks, qui sont les mines et les sources des observances légales, vaines et méprisables, et des actions viles et criminelles. La Parole, dit ailleurs Hamza est au-dessus du Précédant, c’est-à-dire de celui qui a été connu des docteurs antérieurs. Les docteurs anciens ont donné au quatrième ministre le nom de Précédant; parce qu’il s’est avancé jusqu’à la connaissance des lois spirituelles et qu’il les a manifestées (Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druzes tiré des livres religieux de cette secte et précédé d'une introduction et de la vie du khalife Hakem-Biamr-Allah, Tome 2, 1838 - books.google.fr).

 

Chaque natek ou législateur a eu son Asas: ainsi Seth a été l'Asas d'Adam, Sem l'Asas de Noé, Ismaël l'asas d'Abraham, Aaron l'asas de Moïse, Simon (Pierre) l'Asas de Jésus. Ali est l'Asas de Mahomet, et de même que Mahomet est souvent nommé le Natek par excellence, Ali est aussi nommé l'Asas (Antoine Isaac Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druzes, précédé d'une intr. et de la vie du khalife Hakem-Biamr-Allah, 1838 - books.google.fr).

 

"somentrées" : Deux semaines

 

somentrées de somondre ou semondre avertir (Jean-Charles de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, Rocher, 1980, p. 519).

 

On se référera au Gaffiot : "semenstrum" désigne une période de 15 jours.

 

Dans une épître d'Hamza, on voit apparaître une période de deux semaines :

 

Dans une autre occasion je vous parlerai des noms de Notre-Seigneur, à qui seul est due toute gloire, je veux dire des noms qu'il donna à son humanité dans ses diverses manifestations qu'il fit au monde de sa divinité depuis qu'il créa l'intelligence universelle jusqu'au temps où il créa Adam le Safa, et que les anges l'adorèrent : espace de temps renfermant soixante-dix sicles; entre chaques deux cycles sont comprises soixante-dix semaines; entre chaques deux semaines, soixante-dix ans; l'année équivalant à mille années de mètre comput actuel. Je donnerai le nom de l'intelligence et le nom de l'opposant en chacun de ces cycles, ainsi que les noms propres aux peuples de ces cycles ; car ils ont des noms particuliers, de même que les peuples de notre cycle actuel se nomment hommes (Documents sur la religion des Druzes, Revue orientale et américaine, Volume 3, Société d'ethnographie (Paris, France), 1860 - books.google.fr).

 

Les manifestations de la divinité se divisent en deux classes : que la divinité a paru dans les unes sous la figure d'un homme ordinaire, et dans les autres sous la figure d'un roi et d'un imam. La première manifestation de cette seconde classe a eu lieu sous le nom de Kàim. Il n'est guère fait mention des manifestations antérieures dans les livres des Druzes, et celle-ci est souvent représentée comme la première manifestation de la divinité. Ainsi l'auteur duquel j'ai tiré l'histoire des manifestations divines dit en parlant de Kaïm : La première manifestation de Notre-Seigneur au monde fut sous le nom de Kaïm, et ce fut alors qu'il parut pour la première fois avec la dignité royale. Ailleurs, parlant de Mahomet qui est le sixième natek ou législateur, et d'Ali, son asas ou lieutenant, il dit : Quoiqu'ils fussent plus forts (dans la connaissance de la vérité) que ceux qui les avaient précédés, cependant ils ne connaissaient point le Seigneur, car, s'ils l'eussent connu, il se serait manifesté à découvert au milieu d'eux; mais, par un effet de sa sagesse, il s'est caché à eux à cause de leur croyance erronée et criminelle. Néanmoins l'Intelligence universelle et son hoddja  accompagnaient, dans ce siècle-là, le natek et l'asas pour fortifier leurs opérations et soutenir leur entreprise, afin de préparer les voies à la manifestation de la sagesse et pour avancer la formation complète de la religion unitaire, en sorte qu'elle se trouvât achevée et parfaitement formée quand la période du sixième natek serait arrivée à sa fin, et que le septième commencerait à paraître. La sagesse ayant donc prescrit cette mesure, et le temps étant proche où le Seigneur devait paraître sous la forme humaine d'un roi et du maître d'un empire terrestre, il a fallu que l'Intelligence universelle et son hoddja parussent, pour soutenir et fortifier l'établissement du sixième natek (Mahomet).

 

On voit encore que, dans ce texte, il n'est tenu aucun compte des manifestations où l'humanité divine n'avait point été revêtue de la dignité royale.

Kaïm est le nom du second des khalifes fournis, propre fils d'Obeïd-allali, dit le Mehdi. Hakem était arrière-petit-fils de Mansour, fils et successeur de Kaïm.Le hoddja de l'Intelligence universelle, c'est incontestablement l'Ame universelle, laquelle, du temps de Hamza, est Ismail Témimi, fils de Mohammed.

 

Béha-eddin, expliquant une parole de Moëzz, arrière-grand-père de Hakem, ne fait aucune mention de ces premières manifestations. Notre-Seigneur Moëzz, dit-il, a dit: «Je sais le septième des deux semaines après moi il n'y a plus de semaine Ces paroles, après moi il n'y a plus de semaine, signifient, «Il n'y aura plus d'autre religion après moi; » ce qui indique la manifestation de la pure unité, c'est-à-dire, de l'unité de Notre-Seigneur Hakem. Il veut dire: Après moi les fausses religions ne dureront pas une semaine; la manifestation de l'imam ne sera pas différée une semaine, parce que, après que la succession des sept nateks et des sept asas a été terminée, le temps des religions, tant extérieures que spirituelles, étant achevé, Notre-Seigneur s'est manifesté sous une figure humaine et royale; il s'est fait voir au monde dans des lieux humains (c'est-à-dire, dans ses personnifications sous des figures humaines) et en conversant avec les hommes face à face, de dedans un vase de la maison de l'imamat (c'est-à-dire, de la maison d'Ali) (Antoine Isaac Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druzes, précédé d'une intr. et de la vie du khalife Hakem-Biamr-Allah, Tome I, 1838 - books.google.fr).

 

Darazi, suivant Elmacin, était un daï, c'est-à-dire un missionnaire de la secte des Baténis, et il était Persan. Je crois plutôt qu'il était Turc, car dans les livres des Druzes il porte le nom de Neschtékin, qui est incontestablement turc. Il se nommait Mohammed, fils d'Ismaïl, et était surnommé Darazi, sans qu'aucun écrivain nous donne la raison de ce surnom. Il était, suivant le témoignage de plusieurs historiens, de la secte des Baténis qui croyaient à la métempsycose; il vint en Egypte, et s'attacha au service de Hakem, qui le combla de bienfaits et de grâces. Darazi l'aida à faire valoir ses prétentions à la divinité, et se mit à enseigner publiquement que Hakem était le dieu créateur de l'univers, et à inviter le peuple à embrasser cette doctrine. Il composa un livre dans lequel il disait que l'âme d'Adam avait passé dans Ali, fils d'Abou Taleb, que l'âme d'Ali avait passé dans les ancêtres de Hakem, et s'était enfin arrêtée dans ce prince. Il s'empara ainsi de l'esprit de Hakem, qui l'admit près de lui, lui abandonna la conduite des affaires, et l'éleva au rang le plus éminent, en sorte que les vizirs, les commandants des troupes et les serviteurs du prince étaient obligés de lui faire la cour, et n'obtenaient aucune décision du souverain que par son entremise. Le but de Hakem en cela était de les accoutumer à une soumission aveugle envers ce Darazi. Celui-ci fit paraître le livre qu'il avait composé, et le lut dans la djami du Caire. Le peuple, l'ayant entendu, en fut très-choqué et se jeta sur lui pour le tuer, mais il s'enfuit. Suivant le récit d'Elmacin, un Turc fondit sur Darazi lorsqu'il était dans le char même de Hakem, et le tua. Sa maison fut pillée, il y eut un soulèvement général, et les portes du Caire furent fermées : le tumulte dura trois jours, et il y périt un grand nombre des sectateurs de Darazi. Après cela le Turc qui avait tué Darazi fut arrêté et mis en prison, et on le fit mourir, sous prétexte d'un crime qu'on supposa pour le faire périr. Il y a vraisemblablement erreur dans ce récit, et il est certain, par les livres des Druzes, que Darazi ne périt point dans cette occasion. Le récit le plus vraisemblable est celui d'Abou'lmahasin et de quelques autres historiens, dont voici la substance. Hakem n'osa pas prendre ouvertement le parti de Darazi, mais il lui fit passer secrètement de l'argent et lui fit dire de se retirer en Syrie, et de répandre sa doctrine dans les montagnes, où il trouverait un peuple grossier et disposé à adopter les nouveautés. Darazi vint donc en Syrie, dans la vallée de Teïm-allah, au couchant de Damas et sur le territoire de Panéas. Il lut son livre aux habitants de cette contrée, les invita à reconnaître Hakem pour dieu, leur distribua de l'argent, leur insinua le dogme de la métempsycose, leur permit l'usage du vin et la fornication, et leur abandonna les biens et la vie de ceux qui refuseraient d'embrasser leur croyance.

 

Le septième et dernier natek est celui qu'on nomme Saheb-alzéman. Parmi ces Ismaëlis, c'est Mohammed, fils d'Ismaïl, fils de Djafar; c'est à lui que se terminent toutes les sciences des âges anciens; c'est lui qui a institué la science du sens intérieur (c'est-à-dire allégorique ou mystique) des choses, et qui a paru pour le dévoiler; c'est de lui, à l'exclusion de tout autre, qu'on doit en recevoir l'explication.

 

Le septième (prophète parleur) est véritablement le sceau des envoyés; qu'il exerce la fonction de prophète parleur (en établissant une nouvelle loi), comme les autres qui l'ont précédé, et qu'il apporte un nouvel ordre de choses

 

Il faut remarquer ici le mot natik, c'est-à-dire parlant; c'est ainsi que les Ismaëlis nomment l'auteur de toute nouvelle religion. Le compagnon du prophète, le premier des silencieux, est nommé par eux son Sous, qui signifie caractère naturel, source, origine, racine. (Antoine Isaac Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druzes, précédé d'une intr. et de la vie du khalife Hakem-Biamr-Allah, Tome I, 1838 - books.google.fr).

 

Mercure - Mahomet et Hercule - Ali

 

Les Ihwân al safa (Frères de la Pureté) précisent que Jésus ressemblait tout particulièrement à son premier frère (Adam) et que Mahomet ressemblait tout à fait à Abraham. Or, selon les mêmes auteurs, dans ces deux groupes. Moïse ressemblait à Noé et Jésus à Adam. Quant à Mahomet, il est par rapport à Moïse et Jésus comme Abraham par rapport à Adam et Noé. Les Ihwân précisent que cette ressemblance tient à ce que Mahomet était sous l'influence de Mercure, «frère» de Jupiter (astre d'Abraham). Mais sans doute ce découpage des cycles de 7 000 ans tire-t-il son origine du parcours dans les triplicités de cette conjonction capitale qu'est celle de Saturne et Jupiter (Yves Marquet, La philosophie des Ihwan al-safa', 1973 - books.google.fr).

 

Le natek, le parlant, est l'envoyé comme Mercure est le messager.

 

Pour l'antiquité, comme pour la Renaissance, Mercure est le dieu de l'éloquence. «Sermonis deus ab antiquis credebatur», il était tenu par les anciens pour le dieu de la parole (Gyraldus, IX, p. 408). (Guy de Tervarent, Attributs et symboles dans l'art profane, 1450-1600: dictionnaire d'un language perdu, 1958 - books.google.fr).

 

Sur la base d'un texte de Lucien, Budé, comme Du Bellay, comme Jodelle, exploite ce mythe en fonction de la notion d'éloquence qui lui est chère. Pour les Grecs, dit-il dans l'Institution du Prince, pour les Egyptiens, pour les Romains, l'éloquence est représentée par Mercure, divinité qui désigne des qualités tout extérieures, la facundia, « l'efficace de beau parler ». Pour les Celtes au contraire, c'est l'Hercule gaulois qui est l'emblème de l'éloquence : Hercule, « vieil homme chenu et chauve », que d'immenses multitudes suivaient: « Il les tenoit tous attachés par les aureilles à des chennes menues d'or et d'argent, et neantmoins se laissoient mener tout voluntiers à icelluy. Et tenoit Hercules le bout de ces chennettes en sa bouche ». « Hercule est éloquent, dit Budé, parce qu'il est sage et sçavant: Son langage est delectable parce qu'il est sentencieux: les petites chennes d'or et d'argent signifient l'Eloquence fondée en science. Car par l'argent qui est clair fault entendre elegance de langaige, qui resplendit en la bouche de l'homme ou au style d'escripture, qui est le vicaire du parler, ainsy que l'argent souvent est poly et resplendissant. Mais pour l'or, est entendue la science, d'où vient la gravité des sentences, et l'authorité de l'oraison, qui donnent le pois, estimation et réputation au beau langaige ». Une éloquence qui ne serait pas fondée sur prudence et sçavoir n'est donc pour Budé que « superfluité de langaige, chose superficiaire et sans aulcuns fond, resonance vaine et inutile ». On comprend, à partir de ce texte, que l'ouvrage qui représente en quelque sorte l'aboutissement de la pensée de Budé, le De transite Hellenismi ad Christianismum, de 1535, exprime maintes réserves au sujet de la culture italienne. Dans la culture de l'époque, dit Budé, le chant des sirènes s'est fait plus séduisant et plus trompeur que jamais. Ce chant, c'est l'éloquence de cour (aulicam facundiam), c'est l'art de la mystification (ludificationis artificium), c'est une charlatanerie «répugnante et difficile à supporter pour les oreilles qui aiment le plus la franchise» (simplicitatis amantissimis), pour les oreilles «ouvertes et nettoyées pour entendre la vérité, et non pas la vanité» (audiendae veritati, non item vanitati pronae et defaecatœ). Ce démon verbal, c'est la culture italienne, c'est l'italismus, selon Budé, qui l'a encouragé et  rendu plus dangereux. C'est ainsi qu'il constate, par exemple, la mode fâcheuse des poésies à l'italienne (rhythmorum italismi genius), mode accompagnée d'un art de la dialectique élégante et de l'éloquence voluptueuse (ars cupidinis eloquentiæ), d'un penchant frivole pour le bavardage amoureux (lepos orationis amatoriæ). Ce refus du nouveau code linguistique et poétique instauré par l'italianisme nous ramène de toute évidence à l'anti-pétrarquisme dont l'ode célèbre de Du Bellay n'est que l'épisode le plus connu et le plus cité. Pour le poète des Regrets, comme pour Budé, la mode du pétrarquisme est à condamner à cause du penchant qu'elle entraîne vers le faux, vers une expression artificielle qui correspond à un vide affectif et moral. Elle consiste, cette mode, dans l'imposture du «parler courtizan », elle tend à exaspérer le jeu raffiné de la simulation, elle magnifie, comme le disent d'autres auteurs, la séduction d'une « langue deceptive », d'une « deceptive voix ». Théodore de Bèze dans l'Abraham sacrifiant de 1550, avait déjà touché au même argument en le ramenant à l'alternative que Calvin avait lui aussi mise en évidence: « A la vérité - avait-il dit - il leur serait mieux seant [aux poètes du temps] de  chanter un cantique à Dieu, que de pétrarquiser un sonnet et faire l'amoureux transi, digne d'avoir un chapperon à sonnettes » (Lionello Sozzi, Eloquence et vérité : un aspect de la polémique italienne en France au XVIe siècle, Italie 1500-1550 : une situation de crise ? Annales de l'Université Jean-Moulin, 1976 - books.google.fr).

 

Le surnom d'Haïdara qu'aiment à lui réserver les poètes lui fut donné à sa naissance par sa mère Fathima bent Elased (le lion) en souvenir de son grand-père ; mais il en avait fait son cri de ralliement. Comme Hercule, le héros de la force, il était encore au berceau, quand il étouffa un serpent. Emule de Platon, le prince de la sagesse payenne, sur sa bouche enfantine, d'où devaient sortir tant de sentences éloquentes et profondes, il vit se poser des abeilles. Encore enfant, il reçut des mains de Mohamet l'Epée de la Destinée (Sif el qodra). (Joseph Desparmet, Les chansons de geste dans la Mitidja, Revue Africaine, Numéros 378 à 381, Société historique algérienne, 1939 - books.google.fr, Talibouya Niang, Cheikhna Cheikh Saadbou, 2010 - books.google.fr).

 

Ali se marie avec une des trois filles de Mahomet, une autre Fatima.

 

Fleurs de Lys

 

Les éléments principaux dans l'art musulman sont le décor floral, le décor géométrique, la polychromie. Le décor floral procède surtout de la palme, notamment de deux types décrits par MM. Marçais dans leur minutieuse étude de la palme tlemcénienne qu'ils rattachent, par l'Espagne arabe, à la palme byzantine. Au Musée, elle apparaît sur le plâtre et sur le bois et décore aussi le champ des inscriptions, concurremment avec ce petit fleuron formé par le rapproche ment de deux palmes affrontées et qui rappelle la fleur de lis. Les exemples de cet ornement, associé à l'épigraphie, que fournit le Musée de Tlemcen e remontant pas au delà du IVe siècle, il est permis d'y voir un cas de cet archaïsme du style tlemcénien que nous avons tenté d'expliquer plus haut. En effet, ce motif en tant qu'isolé dans le champ inscriptions, apparaît beaucoup plus tôt dans l'Est méditerranéen, où il fleurit surtout à l'époque fatimite, allié au caractère appelé coufique fleuri (Max van Berchem, L'art gréco-bouddhique, Journal des savants, Volumes 4 à 5, 1906 - books.google.fr).

 

Eustache de Lorey, dans une communication sur les travaux de l'Institut Français d'Archéologie et d'Art Musulmans de Damas, explique l'évolution de l'arabesque et formule sur l'origine du fleuron trilobé et même de la fleur de lis l'hypothèse que ces deux motifs nous viennent d'Orient (Comptes rendus des séances, Académie des inscriptions & belles-lettres (France), 1923 - books.google.fr).

 

Le coufique, originaire de Koufa en Irak, passe pour être le premier style arabe connu. Postérieurement, il donnera le coufique du Caire, repérable notamment dans certaines frises de la mosquée Ibn Touloun. Il s'agit d'un coufique feuillu où les lettres s'entrelacent entre elles et forment des rhizomes d'apparence végétale, mais se distingue d'un autre style cairote appelé « coufique fleuri », visible surtout dans le palais du sultan Hassan (Malek Chebel, L'imaginaire arabo-musulman, 2002 - books.google.fr).

 

Coufique simple, du début de l'Hégire jusqu'au milieu du IVe siècle, et coufique fleuri, employé du milieu du IIIe siècle au milieu du VIe siècle de l'Hégire, correspondent en Égypte à la période fatimide, avec rinceaux unis aux caractères à la fin du Xe siècle de notre ère (mosquée El Azhar au Caire), ainsi que l'ont déterminé Silvestre de Sacy, Karabacek, Max van Berchem et S. Flury (Gaston Migeon, Manuel d'art musulman : Arts plastiques et industriels, Tome I, 2016 - books.google.fr).

 

Dans le quatrain 373 d'Omar Khayyam, le lis est relié au silence :

 

Sais-tu pourquoi le cyprès et le lis ont acquis la réputation de liberté dont ils jouissent parmi les hommes ? C'est que celui-ci, ayant dix langues, reste muet, et que celui-là, possédant cent mains, les tient raccourcies (Les Quatrains d'Omar Khayyam, traduit par Jean Baptiste Nicolas, 1867 - books.google.fr).

 

Hérodote décrit ainsi le Lotus blanc ou Lotus à graines de pavot, qu'il désigne par le nom de Lis : « Il paroît dans le Nil, lorsque les campagnes sont inondées,une quantité prodigieuse de lis, que les Égyptiens appellent Lotos, ils les cueillent et les font sécher au soleil; ils en prennent ensuite la graine : cette graine ressemble à celle du pavot, et se trouve au milieu du lotos; ils la pilent; ils en font du pain, qu'ils cuisent au four. On mange aussi la racine de cette plante ; elle est d'un goût agréable et doux : elle est ronde et de la grosseur d'une pomme. » « Le Lotus d'Égypte, suivant Théophraste, croît dans les campagnes inondées; ses fleurs sont blanches et ont leurs pétales comme ceux du lis : elles naissent en grand nombre, serrées les unes contre les autres; elles se ferment au coucher du soleil et cachent leurs fruits : ces fleurs s'ouvrent ensuite quand le soleil reparoît, et s'élèvent au-dessus de l'eau, ce qui se renouvelle jusqu'à ce que le fruit soit entièrement formé et que la fleur soit tombée. Le fruit égale celui d'un gros pavot, et contient un très grand nombre de graines semblables à celles de millet, &c. » (Description de l'Egypte, 1812 - books.google.fr).

 

La dynastie des Fatimides, à laquelle ils donnent le nom de Fatima, la fille du Prophète, règne sur les bords du Nil jusqu'au dernier quart du XIIe siècle. Le Caire, ville fondée par ces conquérants chiites, est donc parsemé de leurs monuments. Ainsi la célèbre mosquée Al-Azhar, nommée en hommage à Fatima Al-Zahra, Fatima la fleur resplendissante. Retournement de l'Histoire : après la chute des Fatimides, vaincus par le fameux Saladin, détesté des chiites (aujourd'hui encore, à Damas, ils contournent son tombeau), cette mosquée devient un des pôles de l'Islam sunnite et les docteurs des quatre écoles de droit sunnite y débattront ensemble. La mosquée Al-Azhar fait aujourd'hui figure de « Sorbonne » du sunnisme et les fatwas qui tombent de la chaire du grand mufti sont censées avoir force de loi dans tout l'Islam sunnite (Martine Gozlan, Sunnites, chiites, pourquoi ils s'entretuent, 2018 - books.google.fr).

 

Les Fatimides à Bagdad

 

X, 80

 

2036

 

Au regne grand du grand regne regnant,

Par force d'armes les grands portes d'airain

Fera ouvrir, le Roy & Duc joignant,

Fort demoly, nef à fons, jour serain.

 

Royaume des cieux

 

Au Commentaire sur Matthieu. Dans un grand nombre de cas, Hilaire cite saint Matthieu sans chercher à préciser le sens du Règne plus que ne l'a fait l'évangéliste lui-mème. Il s'agit quelques fois des royaumes terrestres, de la succession royale en Israel, ou encore, dans une occasion, du règne de Satan. Presque partout, il est question du Royaume des cieux (Gilles Pelland, Le thème biblique du Règne chez saint Hilaire de Poitiers, Volume 64, 1983 - books.google.fr).

 

Hilaire aborde encore le royaume des cieux dans De Trinitate :

 

"effectos nos per glorificationem corporis sui regnum Deo traditurus. Nos itaque tradet in regnum... Tradet enim Filius Deo regnum eos, quos vocavit in regnum ... Regnans itaque regnum tradet" (Trin. 11,39: M 424).

 

"Invidit, credo, hîc Petro Deus, ut in tempora posteriora diffimulans, haec nunc vobis niovis prædicatoribus refervaret. Sit fanè fides alia, fi aliæ claves regni caelorum sunt." (Trin. 6, 38).

 

Le royaume des cieux, le royaume du père du Messie, c'est la manifestation de la divinité de Hakem, la doctrine unitaire (Antoine Isaac Silvestre de Sacy, Exposé de la religion des Druzes, précédé d'une intr. et de la vie du khalife Hakem-Biamr-Allah, 1838 - books.google.fr).

 

Saint Hilaire, qui meurt en 367, était évêque de Poitiers où furent arrêté les Sarrasins d'Abd el Rahman en 732 par Charles Martel.

 

Dans la tradition historique occidentale, ce qui stoppa l'avance de l'islam et sauva ainsi l'Europe chrétienne, fut la bataille de Poitiers (732). On ne s'étonnera pas que les récits musulmans accordent davantage d'attention aux tentatives de conquête des troupes arabes. Il semblerait cependant que ces récits, en minimisant le coup d'arrêt de Poitiers, aient été plus fidèles à la réalité. En effet, les Grecs défendant Constantinople et subissant l'assaut de l'élite des armées musulmanes, ont certainement eu plus fort à faire que les Francs, opposés à une bande de soldats opérant quelques razzias. Malgré la puissance de leurs armées, les musulmans n'arrivent pas à prendre Constantinople. Ils n'en poursuivent pas moins leur progression (Jean-Luc Brunin, L'islam, 2003 - books.google.fr).

 

Le vocabulaire se retrouve auparavant chez Origène :

 

Simile est (inquit) regnum cælorum homini regi. Si regnum cœlorum assimilatum est cuidam homini regi, videamus in primis quid sit hoc ipsum regnum coelorum quod assimilatum est homini regi, nisi Filius Dei. Ipse est enim regnum coelorum. Et sicut ipse est sapientia, ipse est justitia, ipse veritas, ita ipse est regnum. Regnum autem non alicujus eorum qui sunt deorsum, nec quorumdam eorum qui sursum habentur, sed omnium qui sunt sursum, qui appellati sunt coeli. Secundum hoc dicere potes, quoniam ipsorum est Christus secundum quod ipse est regnum, regnans quotidie in sensibus eorum, sicut est regnans & justitia & sapientia & veritas, cæteræque virtutes in eo qui factus est coelum, per hoc quod portavit coelestis imaginem. Hoc ergo regnum coelorum quando factum est in similitudine carnis peccati, ut de peccato damaret peccatum (Rom. 8,3) : tunc similis factus est homini regi uniens eum sibi, & per omnia faciens eum sibi unum, & secundum hoc mysterium suscepti hominis factus est Jesus Christus, quoniam qui conjungit se Domino, fit spiritus unus cum eo (I Cor. 6,17) (Origenis Opera omnia et quae eius nomine circumferuntur latine versa : tomus tertius, 1743 - books.google.fr, Subiecta opera Origenis non habentur in alijs libris hucusque impressis. vidilicet. Apologia Jacobi Merlini pro Origene, 1516 - books.google.fr).

 

Portes d'airain : Babylone, Bagdad et Laodicée

 

Isaie (Chap. XLV) : « Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus, qui est mon Christ, que j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre les rois en fuite, pour ouvrir devant lui toutes les portes sans qu'aucune lui soit fermée. Je marcherai devant vous, j'humilierai les grands de la terre, je romprai les portes d'airain, et je briserai les gonds de fer. Je vous donnerai les trésors cachés et les richesses secrètes et inconnues, afin que vous sachiez que je suis le Seigneur, le Dieu d'Israël qui vous ai appelé par votre nom. » (Henri Torné-Chavigny, Portraits prophétiques d'après Nostradamus, 1871 - books.google.fr).

 

Cyrus se rend maître de Babylone, cet événement mémorable a lieu dans l'année 638. A la prise de Babylone, le trône est occupé par Baltasar, qui est tué dans la nuit même du festin (Dictionnaire des antiquités bibliques, Encyclopédie théologique, Tome 45, 1859 - books.google.fr).

 

En du l-qa'da 450/décembre 1058, lorsque l'émir pro-fatimide turc al-Basasiri prit Bagdad, son premier geste fut de supprimer la hutba des mosquées bagdadiennes, forçant le calife à se réfugier auprès de l'émir 'uqaylide de Mossoul, Qurays b. Badran, et, le 1er janvier 1059, l'annonce de la prière est faite à Bagdad au nom du calife fatimide du Caire, al-Mustansir. Ce n'est qu'en 1059-1060, que al-Qa'im peut revenir, mais comme instrument aux mains des Salgükides (J. M. Fiey, Chrétiens syriaques sous les Abbassides surtout à Bagdad, 749-1258, 1980 - books.google.fr).

 

En Égypte brillent les Fâtimides, prétendus descendants d'Ali. L'extraordinaire Hâkim a fondé en 408 de l'Hégire la religion des Druzes, apparentée à celle des Ismaëliens. L'influence des Khalifes du Caire se répand en Asie et balance l'influence des Khalifes de Bagdad. La Syrie Damas, Alep, parfois même Basrah, la Perse et jusqu'Bagdad, nomment au prône le Khalife Fatimide. Les mêmes villes reconnaissent en d'autres moments le Khalife Abbaside. Elles ont une versatilité qui ressemble à de l'indépendance. En Occident, à la faveur des divisions qui usent l'islam ainsi qu'en Orient, les chrétiens regagnent du terrain; Alphonse de Castille reprend Tolède (478), après l'avoir bloquée sept ans. Mais Yousof bon Tâchefin l'Almoravide vient du Maroc avec ses Arabes pour secourir ses coreligionnaires, défait Alphonse à Zellâka en 480, et unifie entre ses mains l'Espagne musulmane. Trente-cinq ans plus tard l'empire des Almoravides est à son tour ébranlé par la révolte d'un homme se faisant passer pour Mahdi et descendant d'Ali, quoique berbère, Ibn Toumert. Ce personnage a connu Gazali en Syrie, et après avoir suivi les opinions de l'école acharite, il a versé dans des doctrines motazélites. A la suite des prédications de ce Mahdi, un de ses disciples, Abd el-Moumin, conquiert le Maroc et fonde la dynastie des Almohades. Les Ismaeliens acquièrent une grande importance en Perse, sous le Khalifat de Mostazhir. L'un d'eux, Haçan Ibn Sabbah, aventurier originaire de Merv, qui a commencé par être dai (missionnaire) pour les prétendants Alides, s'empare de la place d'Alamout, dans le Déïlem, en 483, et y établit une dynastie, dite des Mélàhideh. Cette dynastie durera jusqu'à l'invasion mongole (Bernard Carra de Vaux, Gazali, A.H. 450-505/A.D. 1058-1111, Algazel: étude sur la vie et l'œuvre mystique, philosophique, et théologique d'Abou Hamid Mohammed al-Gazali, 1902 - books.google.fr).

 

Une période délicate pour le duché d'Antioche intervient dès le début du règne de Théodora dans les relations entre Constantinople et les Fatimides. Une tension se produisit entre janvier et la fin du mois de mars 1055, entraînant l’envoi par le calife fatimide al-Mustansir (1036-1094) d’une armée contre le port de Laodicée ; le commandant de l’armée, Ibn Mulhim Makin al-dawla, déploya ses troupes jusqu’à Apamée et dans la région d’Antioche, faisant force prisonniers et pillages ; Constantinople mobilisa une flotte ; mais après plusieurs engagements, l’armée fatimide fut battue et son commandant fait prisonnier en Rabi I 447 H (2 avril 1055-20 mars 1056) 1533, ce qui entraîna toujours en 447 H une ambassade d’al-Mustansir à Constantinople, laquelle s’avéra vaine. Les événements ultérieurs sont plus difficiles à dater ; on sait que Théodora noua des contacts avec les Seldjoukides dans les mois qui suivirent de la même année 447 et que, par réaction, al-Mustansir se saisit des trésors du Saint-Sépulcre ; l’apparition en Syrie du Nord de premières bandes turcomanes date aussi de 4471536. Un semblant de paix avec al-Mustansir se rétablit en juin 1056 et les relations entre Constantinople et l’Égypte s’améliorèrent sous Michel VI (Bernadette Martin-Hisard, La Vie de Georges l’Hagiorite (1009/1010-29 juin 1065). Introduction, traduction du texte géorgien, notes et éclaircissements. In: Revue des études byzantines, tome 64-65, 2006-2007 - www.persee.fr).

 

Jour serein

 

On va chercher ce "jour serein" chez Tibulle, poète latin du Ier siècle avant J.C.

 

At nos securae reddamus tempora mensae : Venit post multos una serena dies : Mais nous, rendons ces instants à notre paisible banquet ! Voici venue, après bien des mauvais jours, une journée sereine ! (Elégie VI) (Léon Herrmann, Un nouveau fragment de Sulpicia ?, Latomus: revue d'études latines, Volume 23,Numéro 4, 1964 - books.google.fr, Elégies de A. Tibulle, traduit par M. Valatour, 1836 - books.google.fr).

 

Dans cette élégie, on verse du vin de Falerne. Laodicée produisait aussi du vin.

 

Les vins de la côte syrienne jouissaient d'une excellente réputation : parmi les premiers crus d'outre-mer, Pline cite ceux de Tripoli, de Beyrouth et de Tyr (XIV, 74). Du nord au sud, on trouvait les vins d'Antioche (Libanius, XI, 23), ceux de Séleucie de Piérie et de Laodicée. Dans cette dernière région, les vignes couvraient toutes les pentes du massif montagneux dominant l'est de la ville, jusque vers Apamée. Le vin de Laodicée était largement exporté vers Alexandrie (Strabon, XVI, 2, 9) et, par la mer Rouge jusqu'en Inde (Périple de la Mer Erythrée 6) (Jean-Pierre Brun, Archéologie du vin et de l'huile dans l'Empire romain, 2004 - books.google.fr).

 

Grégoire de Tours évoque, dans son Historia Francorum, un certain Eberulf qui, afin de plaire à son ami Claude, lui propose des vins de Laodicée et de Gaza. Enfin, Venance Fortunat, également durant la seconde moitié du VIe siècle : « Aux ordres de l'Auguste, le monde entier, ébranlé en tous sens, s'agite pour apporter à l'unisson ses richesses et ses raffinements, (...) les gemmes, les pierres, les parfums, les encens, les vins, de Falerne, et de Gaza, de Crète, de Samos, de Chypre, de Colophon, de Séraptis, des vins dont la limpidité rivalise avec la transparence des pierres, des coupes de cristal qu'on distingue à peine du liquide. Ici, un calice blanc comme neige dont la teinte change avec chaque vin, là, on croit du Falerne, mais c'est la coupe qui donne au liquide sa propre couleur. » Au début du VIIe siècle, les vins de Gaza sont encore mentionnés par Isidore de Séville dans ses Etymologies  (Delphine Dixneuf, Production et circulation des biens à Gaza, Gaza dans l'Antiquité Tardive: archéologie, rhétorique et histoire : actes du colloque international de Poitiers, 6-7 mai 2004, 2005 - books.google.fr).

 

C'est du reste le fait de voir Claude lui promettre tant de choses sous serment dans la basilique Saint-Martin elle-même et à travers les portiques et les autres coins vénérables de l'atrium que le malheureux - miser - Eberulf crut en l'homme qui se parjurait. Ce n'est toutefois que le lendemain, après avoir échangé de nouveaux serments et alors que Grégoire séjournait hors de la ville de Tours, que Claude, après avoir éloigné les esclaves d'Eberulf sous de fallacieux prétextes (il les envoya chercher des vins de Laodicée et de Gaza), assassina le réfugié dans l'atrium de la basilique. Par conséquent, Claude avait prononcé de faux serments, la veille et l'après-midi du meurtre, pour tromper la vigilance d'Eberulf (Anne Ducloux, La violation du droit d'asile par "dol" en Gaule au VIe siècle, Antiquité tardive 207-219, 1993 - books.google.fr).

 

De manière plus générale, P. Sanders, un peu rapidement quelquefois, décrit un long processus par lequel les traditions religieuses locales, musulmanes et non musulmanes, sont peu à peu investies par le calife et sa cour. Elle met alors en évidence une force d'intégration tout à la fois politique et spatiale, topographique, du calife fatimide. A la différence de la tradition statique des Abbassides, confinés dans leur palais, les Fatimides auraient largement fondé leur pouvoir sur les processions urbaines, d'une part, les banquets publics et la distribution abondante de nourriture d'autre part (Bibliographie : Paula Sanders, Rituals, Politics and the City in Fatimid Cairo, Annales, 1994 - books.google.fr).

 

Le bon souverain doit en effet couvrir largement sa table pour ses sujets et ses courtisans, qui doivent accepter pleinement ce rapport de dépendance - d'allégeance - et ne jamais apporter de nourriture au palais; à l'inverse, il est recommandé aux sujets de restreindre leur appétit et de marquer ainsi une forme de réserve. De manière plus générale, ce thème est formulé sur un mode métaphorique, celui du père nourrissant ses enfants ; sur un mode réaliste, et les banquets fatimides, notamment sont célèbres dans la littérature, mais aussi sur le mode de la pure fiction, comme dans ce repas purement mimétique qu'évoque P. Sanders, offert par les Fatimides à leurs sujets à l'occasion de la fête de Ghadir Khumm. En cette dernière occasion, ceux d'entre les sujets qui ne sont pas en accord avec la date officielle de rupture du jeüne sont autorisés à mimer simplement l'ingestion de nourriture (Jocelyne Dakhlia, Du sacré duel au sacré débattu : la légitimité en écho des souverains maghrébins, Al-Qantara, Volume 17, Partie 2, 1996 - books.google.fr).

 

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