Marguerite III de Flandre

Marguerite III de Flandre

 

X, 52

 

2215-2216

 

Au lieu ou Laye et Scelde se marient

Seront les noces de longtemps maniées,

Au lieu d'Anvers où la crappe charie

Jeune vieillesse consorte intaminée.

 

Marié en 1357 à Marguerite III de Flandre (1350-1405) ("consorte" : épouse cf. consort), fille et héritière de Louis II de Male, comte de Flandre, devant posséder après la mort de son père les comtés de Flandre et d'Artois ainsi que les villes d'Anvers et de Malines, Philippe de Rouvre mourut prématurément de la peste le 21 novembre 1361, à l'âge de quinze ans, sans avoir eu le temps de s'assurer une descendance. Avec lui s'éteignit "par les mâles" la première branche capétienne des ducs de Bourgogne.

 

Le jeune duc était fiancé depuis 1356 a Marguerite de Flandre, fille unique et héritière de Louis de Mâle comte de Flandre; le mariage fut réalisé, mais non consommé à Arras le 1er juillet 1361.

 

Marié virtuellement à Marguerite de Flandre, il est mineur. Il a alors dix ans et sa jeune épouse n'est âgée que de sept ans. La cérémonie, célébrée par l'évêque de Tournai a lieu à Saint-Vaast le 14 mai 1357. En 1361, approchant sa douzième année, la présence de Marguerite est souhaitée à la cour de Bourgogne. Une escorte ducale avec le duc Philippe, se rend en mars 1361 en Artois. La cour ducale, avec la duchesse Marguerite, s'achemine en juillet vers la Bourgogne. Elle traverse des territoires où l'épidémie qui sévissait avait pris des proportions importantes et faisait des ravages. Fin octobre Philippe et Marguerite se trouvent à Rouvres où se tient une affluence de députés convoqués aux réunions des Trois-États, ce qui détermina une recrudescence de l'épidémie dans cette localité. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. IX, p. 249

 

Le duché est alors repris par le roi Jean II le Bon (1319-1364), se prétendant héritier le plus proche du jeune duc en nombre de degrés civils en tant que fils de Jeanne de Bourgogne (v. 1293-1348), deuxième fille de Robert II (1248-1306), duc de Bourgogne (1272-1306) (fr.wikipedia.org - Philippe Ier de Bourgogne, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, Volumes 69 à 70, 1914 - books.google.fr).

 

En latin, "intaminatus" veut dire soit souillé soit non souillé. La non consommation de son premier mariage laisse Marguerite vierge.

 

Après le décès de son premier mari, son père veut la marier avec Edmond de Langley, comte de Cambridge, futur duc d'York. Devant cette possibilité de voir les fiefs de Marguerite de Flandre passer sous le contrôle d'un fils du roi d'Angleterre, Charles V propose de la marier à son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne depuis 1364. Louis de Male a résisté longtemps avant d'accepter sous la condition de lui restituer les châtellenies de Lille, Douai et Orchies saisies par Philippe le Bel et le paiement de 200 000 francs or. Cent mille francs devaient être payés avant le mariage et la somme restante, deux ans plus tard. En juin 1369, à 19 ans, elle épouse en secondes noces le duc Philippe II de Bourgogne, dit le Hardi, quatrième fils du roi de France Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg. À la mort de son père, Louis de Male, en janvier 1384, Marguerite et son époux Philippe II héritent des comtés de Bourgogne (Franche-Comté), Artois, Flandre, Rethel et Nevers (fr.wikipedia.org - Marguerite III de Flandre).

 

Le diplôme du contrat de mariage fut scellé à Gand le 12 avril, après Pâques, de l'an 1369. Les chargés de pouvoir du roi, frère de Philippe-le-Hardi, agissant paternellement, furent l'évêque d'Auxerre, Gauthier de Châtillon et Evrard de Corbie; ceux du comte furent Henri de Bevere, châtelain de Dixmude, Baudouin, seigneur de Prat, et Roulant, seigneur Poucques, tous trois conseillers du comte. On trouve l'analyse de ce contrat dans les Annales de Flandre d'Oudegherst (II pag. 58, édition Lesbroussart). Les villes de Lille, Douay et Orchies, avec leurs appartenances et leurs châtelleries, étaient rétrocédées à la Flandre, pour remboursementd'une rente de 10,000 'ivres, et pour remboursement de 100,000 écus qui étaient dus au comte en récompense de sa monnaie de Clamecy, en Nivernais, et en indemnité d'une garnison entretenue à Gravelines, pour observer les Anglais, maîtres de Calais. Lesdites villes étaient restituées à la Flandre sans aulcun esclissement, mais le roi de France pouvait rentrer dans leur possession, si la future comtesse Marguerite n'avait pas d'héritier masculin; le cas,échéant, on stipulait des rentes en indemnité à la Flandre. Il y eut d'autres conditions dont nous croyons superflu de donner les détails. Le comte de Flandre donna quittance au roi. Les témoins et consentants de cet acte furent les députés des trois villes de Gand, de Bruges et d'Ypres. Le mariage fut célébré le 15 des calendes de juillet (19 juin), jour de SS. Gervais et Protais, en l'abbaye de saint Bavon-lez-Gand , que les étrangers ne doivent pas confondre avec l'église cathédrale actuelle de saint Bavon, qui était alors l'église de saint Jean, et qui se trouve au milieu de la ville. Le château que les modernes appellent citadelle, fut bâti sur l'emplacement de cette abbaye, déplacée par ordre de Charles-Quint, en 1540, pour cette construction militaire. Philippe, évêque de Tournay, donna la bénédiction nuptiale en présence de Jeanne et de Venceslas, duc et duchesse de Brabant, et d'une grande partie de la noblesse flamande, brabançonne et française, selon le témoignage de Butkeos (Trophées de Brabant), d'Oudegherst, etc. (Amable Guillaume Prosper Brugière de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, 1364-1477, Tome 1, 1839 - books.google.fr).

 

Gand se trouve au confluent de la Lys et de l'Escaut.

 

L'Escaut (Schelde, Scaldis), est un fleuve qui a sa source en France, dans le département de l'Aisne. La Lys se nomme Leie en flamand. La Scarpe (crappe ?) passe à Arras et à Douai, mais ne va pas jusqu'à Anvers. 

 

"crappe"

 

On a suggéré que "crappe" pouvait signifier "crasse" (De Frontbrune). A Mâcon, la crappe est le raisin sans la rafle, en Wallonie le résidu du beurre fondu [ici on est en Flandre] (W. von Wartburg, Essais de philologie moderne (1951), 1953 - books.google.fr).

 

Grappe, s. f., "garance en poudre, destinée à la teinture", attesté depuis le XVIIIe siècle, est le néerlandais krap, qui a le même sens. C'est probablement un des termes apportés par les teinturiers qui se fixèrent en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Littré ajoute: "On dit aussi grappe de Hollande, parce que la Zélande, qui en est une province, fournit une garance fort recherchée" (Marius Valkhoff, Les mots français d'origine néerlandaise, 1931 - books.google.fr).

 

Anvers n'était visiblement pas un grand marché pour la garance, le colorant rouge. La plante était cultivée sur grande échelle en Zélande, où Zierikzee était le grand marché, et dans les polders de Flandre. L'importation à Anvers était principalement aux mains de marchands d'Anvers et de Berg-op-Zoom et subsidiairement de ceux de Zélande. La présence de quelques gens de Lillo (dans les polders), probablement des producteurs, se détache. La garance était en premier lieu achetée par les petits fabricants de draps et de linge mais, curieusement aussi, par des marchands de Berg-op-Zoom 146. Les foires de cette ville semblent jouer un rôle important dans le commerce de la garance. Les foires d'hiver (après le 1er novembre) et de Pâques se situaient mieux que les foires d'Anvers (Pentecôte, et début octobre) par rapport à la moisson de la garance (Raymond Van Uytven, L'approvisionnement des villes des anciens Pays-Bas au moyen âge, L'approvisionnement des villes de l'Europe occidentale au Moyen Age et aux temps modernes, 1985 - books.google.fr).

 

Anvers était un marché de la garance quand même.

 

Créées au XIVe siècle, les foires d'Anvers et de Berg-op-Zoom se sont surtout développées au siècle suivant (Bibliothèque de l'École des chartes, Volume 125, 1967 - books.google.fr).

 

Verhoeven, dans son Mémoire couronné en 1777, sur l'industrie et le commerce des Pays-Bas au moyen âge, cite des documents des années 1185 et 1282, qui prouvent qu'on cultivait la garance en Flandre , et qu'on en payait la dîme, comme aussi la gaude, qui sert à teindre en jaune, et le colza (Victor-Amédée Waille, Essai sur l'histoire politique et constitutionnelle de la Belgique, 1838 - books.google.fr).

 

On a des lettres de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, mettant fin provisoirement aux contestations qui avaient surgi entre Bruges et le Franc de Bruges à propos de l'examen de la garance (1386, 6 novembre) (Georges Espinas, Henri Pirenne, Henri E. de Sagher, Recueil de documents relatifs à l'histoire de l'industrie drapière en Flandre, 1906 - books.google.fr).

 

La Garance (= alizarine et purpurine) également appelée rouge de garance, rubia tinctorum (garance des teinturiers), garance, ou bien encore : retzel, rezza, rubia, robbia, rubea, warancia, est un extrait des racines de la garance, qui provient - sous des formes proches les unes des autres - de Grèce, de Syrie, de Palestine, d'Egypte, de Perse et d'Inde et sert pour la teinture du coton. Ajoutons que la garance des teinturiers (rubia tinctorum) fut cultivée dans toute l'Europe centrale, et qu'elle devint, au XVIe siècle, le monopole de la Hollande. Albrecht Durer et d'autres artistes de l'Europe centrale employaient la laque de garance, un produit élaboré avec de l'argile blanche, de la poudre d'os de seiche ou de l'alun, de nature transparente, utilisé pour la peinture à l'huile et dans (Vénus dévoilée: la Vénus d'Urbino du Titien, 2003 - books.google.fr).

 

"consorte"

 

On rencontre le mot dans le Mistère du Viel Testament (v. 33555) : Et tant luy prie, que donnée Me soit Abisac [cf. 2 Samuel 5:4, 5] pour consorte (A. Grisay, G. Lavis, M. Dubois-Stasse, Les Denominations de La Femme Dans Les Anciens Textes Litteraires Francais, 1969 - books.google.fr).

 

Enfin peut-être pourrait-on comprendre parmi les protectrices de Deschamps, la duchesse de Bourgogne, Marguerite de Flandre, également présente au tournoi de Saint-Pol, nommée parfois "Belle Tante" [ou son mari le duc Philippe "Bel Oncle"] et désignée aussi par l'appellation familière de Grillequine (diminutif flamand de Marguerite), dans une ballade écrite vers 1390, où sont mentionnées toutes les terres apportées en dot en 1369 au duc de Bourgogne par cette princesse, veuve en premières noces de Philippe de Rouvre. C'est peut-être elle encore à qui Deschamps fait allusion en parlant d'une dame, à la Cour de laquelle il est venu «pour lui servir» (Queux de Saint-Hilaire, Oeuvres complètes de Eustache Deschamps, 1903 - books.google.fr).

 

Dans les culptures de Sluter à Champmol, Marguerite de Mâle, « haute et crueuse » dame, comme dit Froissart, montre un front bombé, des yeux à fleur de tête, des joues épaisses, un large menton d'où descend un cou gonflé. Malgré la mutilation de son nez et de sa joue droite, aucune méprise n'est possible sur son caractère impérieux et sans grâce (Hippolyte Fierens-Gevaert, La renaissance septentrionale et les premiers maitres des Flandres, 1905 - books.google.fr).

 

Vieillesse et laideur sont parfois synonymes. La laideur de Marguerite en ferait une vieille avant l'âge.

 

A son fils, Jean de Castel, Christine de Pisan, autre artiste avec Deschamps à fréquenter la cour des Valois bourguignons, lui chercha un protecteur puissant qui le prenne à son service. Ce fut le comte de Salisbury, venu en France en 1396 pour le mariage d'Isabelle de Valois, fille de Charles VI, avec le roi Richard II, qui emmena Jean pour être élevé avec son propre fils. Le comte était lui-même un poète et connaissait les écrits de Christine. Mais, à la suite des luttes entre les nobles anglais et le roi Richard II, il fut mis à mort. Richard II souhaita prendre le jeune Jean de Castel à son service et invita sa mère à le rejoindre. Mais celle-ci usa de diplomatie pour faire revenir en France son fils : elle ne faisait pas confiance à un « déloyal ». Elle tenta de le placer auprès de Louis d'Orléans dont elle fréquentait l'hôtel. Finalement, c'est le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui le prit à son service, tout en acceptant l'offrande des œuvres de Christine et en lui attribuant en retour des dons en argent.

 

Elle s’engage dans un combat en faveur des femmes et notamment de leur représentation dans la littérature. Elle s’oppose en particulier à Jean de Meung et à son Roman de la Rose, alors l’œuvre littéraire la plus connue, copiée, lue et commentée en Europe occidentale. Elle force par son obstination et son courage l’admiration de certains des plus grands philosophes de son temps tels Jean de Gerson et d'Eustache Deschamps qui lui apporteront leur appui dans ce combat (fr.wikipedia.org - Christine de Pizan).

 

Recte ergo g puella pulchra nimis fuisse perhibetur, ne si turpis et vetula diceretur, profecto minus delectabilis videretur, et ad ejus copulam nullus merito raperetur (Philippe de Harvengt, De obedention clericorum, Sacri Ordinis Praemonstratensium auctoris dissertismi, 1855 - books.google.fr).

 

Philippe de Harvengt (XIIème siècle), abbé prémontré de Bonne Espérance (Hainaut), est probablement né aux Pays Bas. Eustache Deschamps y fit un séjour dans les années 1380.

 

Une thèse déjà ancienne veut voir Abisag la Sunamite derrière la « Sulamite » que célèbre le Cantique des Cantiques, chant nuptial [cf. "nopces" et "se marient"]. Abisag est appelée « Sunamite » parce qu'elle vient de Sunam, aujourd'hui Sulam, au pied du petit Hermon (Peshitta, et traducteurs arabes) (Jean Soler, Aux origines du Dieu unique: La loi de Moïse, Tome 2, 2003 - books.google.fr).

 

Plusieurs sermons de Julien, moine bénédictin à l’abbaye de Vézelay au cours du quatrième quart du XIIème siècle, évoque indirectement la figure de sainte Marie-Madeleine à travers l’exemple de quelques autres femmes de l’Ancien Testament. En effet, au cours de son Sermo XIV. Sur le retour de Dieu398, Julien de Vézelay évoque très largement la figure de la Sulamite, autrefois choisie par Salomon et à l’origine d’une riche poésie amoureuse entre le Bien-Aimé et la Bien-Aimée. A travers cette figure, comment ne pas évoquer sainte Marie-Madeleine qui au matin de Pâques, cherche le corps de Jésus-Christ et dialogue avec les anges, en quête de celui qu’elle aime. Par ailleurs et, comme dans un miroir inversé, Julien de Vézelay écrit un passage très intéressant au sujet de la Sulamite. [...] Comme la Madeleine, la Sulamite pleure les larmes du repentir à cause de ses mauvaises actions ; comme la Madeleine, elle pratique la mortification de son âme et se soumet à la méditation ; comme la Madeleine, elle opère une conversion de l’âme. Cette analogie, inspirée entre sainte Marie-Madeleine et une femme de la Bible, se trouve également suggéré dans son Sermo XVII. Sur la prière de la Canaéenne. L’histoire de la cananéenne se réfère à Jésus qui, étant dans le territoire de Tyr et de Sidon, guérit sa fille tourmentée par le démon, le sermon n’est pas sans évoquer la Madeleine autrefois possédée par sept démons. Julien de Vézelay vante, à travers l’exemple de la cananéenne, sa foi qui est grande et qui lui permet de sauver sa fille, il souligne que les larmes dans la prière sont indispensables pour obtenir le pardon des péchés. A travers cette image, le renvoi à sainte Marie-Madeleine est particulièrement fort et consacre pleinement l’image de la femme graciée et dont saint Luc, rapportant la parole de Jésus dit « Ta foi t’as sauvée, va en paix » (7, 50) [...]

 

A compter du règne de son fils Philippe II le Hardi, qui depuis 1364 détient le nouvel apanage ducal de la Bourgogne, la dévotion portée envers la Madeleine des Evangiles connaît une ampleur sans précédent Philippe le Hardi, qui n’élève aucun sanctuaire sous le vocable de la sainte pécheresse des Evangiles, s’impose néanmoins comme un fervent soutien du culte bourguignon de la Madeleine, l’honorant par quelques visites à Vézelay et le promouvant largement par des commandes d’images (statues, retables,…).[...] Puis à compter du règne de Philippe le Bon au pouvoir (1419), le culte de la Madeleine intègre pleinement le cadre d’une politique princière. [...]

 

Outre ces déplacements à Vézelay, la dévotion de Philippe le Hardi pour la sainte se manifeste également par plusieurs commandes artistiques qu’il convient désormais d’identifier. [...] L’image de la Madeleine occupe une place de prédilection à la chartreuse de Champmol. En effet, si une statue de la sainte orne le petit Calvaire du Puits de Moïse, il faut évoquer encore sa présence sur le Retable de la Crucifixtion et le Retable des saints et des martyrs, destinés à orner l’église de la chartreuse. (Raphaëlle Taccone, Marie-Madeleine en Occident : Les dynamiques de la sainteté dans la Bourgogne des IXème-XVème siècles, 2012 - www.theses.fr).

 

"intaminee"

 

Livre de la Sagesse 4 : La dignité du vieillard ne tient pas au grand âge, elle ne se mesure pas au nombre des années. Pour l’homme, la sagesse tient lieu de cheveux blancs, une vie sans tache vaut une longue vieillesse.

 

Plutôt que "immacula vita" on a "itaminata vita" dans une édition de la Bible par Sébastien Castellion et dans une lettre du 15 septembre 1616 d'Abraham Scultet (Schultes) (1566-1625), professeur de théologie à Heidelberg, à George-Michel Lingelsheim (1556-1636), juriste et humaniste, conseiller de l'Électeur palatin. Cela situe dans le milieu protestant (Biblia sacra ex Sebastiani Castellionis interpretatione eiusque postrema recognitione, etc, 1750 - books.google.fr, Alexander, Quellen zur Geschichte des geistigen Lebens in Deutschland während des siebzehnten Jahrhunderts nach Handschriften, 1889 - archive.org).

 

IV. Nonne quondam David senem ac frigidum Abisag Sunamitis calefecit, et fovit, et eam David non agnovit? quid enim dicit Scriptura? (III Reg. I, 1.) Et rex David senuerat. Ego puto quod animus in fide recta pius, et in sancta conversatione devotus, dum cunctos [al. cunctos in se] motus, tam externos, quam internos, discrete regit, dum in strenuitate bonae actionis fortiter se exercet, et in desiderium internae contemplationis mentis perspicaciter [al. perspicacis] visum, prout ei divinitus datur, intendit, et rex dici, David non immerito potest appellari Qui etiam tunc senescit, quando ad perfectam sanctitatis maturitatem pertingit. De quo etiam bene dicitur, quod habebat aetatis plurimos dies, pro eo quod devotus animus multas in sancta conversatione possidet virtutes. Nam et aetas senectutis vita immaculata est (Sap. IV, 9) ; (Adam Scotus, SERMO XXXIV. IN DIE SANCTORUM INNOCENTIUM. De fructu salutis, quem superna nobis Sapientia infundit, et quomodo superbia in nobis persequitur humilitatem - books.google.fr).

 

Adam Scotus ou Adam of Witham est un religieux prémontré du XIIème siècle comme Philippe de Harvengt.

 

La sagesse a toujours été considérée comme l’apanage de la vieillesse. L’Écriture le donne à entendre sous l’étrange histoire de cette jeune Sulamite, nommée Abisag, que les serviteurs de David amenèrent à leur maître, quand ils le virent glacé par l’âge, pour le réchauffer. « Si l’on s’en tient à la lettre qui tue, écrit à ce propos saint Jérôme, cette aventure semble une invention de comédien, un fragment des Atellanes. » Mais si l’on va jusqu’à l’esprit qui vivifie, on trouve un sens plus profond : David, incapable de se réchauffer et acceptant pour compagne une jeune fille qui devient son épouse sans cesser de rester vierge, est l’image de la vieillesse, qui, lorsqu’elle n’éprouve plus aucun goût pour les plaisirs de la vie, mérite de voir la sagesse venir à elle et lui communiquer, par ses chastes embrassements, une nouvelle ardeur (Jean de Monléon, Les instruments de la perfection - www.mirari.fr).

 

Denique qualem quaesivit Sapiens assumere sibi, copulavi sapientiam et mysticam Abisac sponsam Sunamitem, quae incendium Patris sonat, in sinu reposui (Œuvres complètes de Jean Gerson, L'œuvre spirituelle et pastorale, présenté par Palémon Glorieux, 1971 - books.google.fr).

 

Le sunamitisme, terme basé sur le nom de la patrie d'Abisag, Sunem, est le fait pour un vieil homme de dormir, mais sans avoir de relation sexuelle, avec une jeune vierge pour préserver sa jeunesse. L'idée était que la chaleur de la jeune fille serait transmise au vieil homme et le revitaliserait. Puisque David et g n'avaient pas de relation sexuelle, cette dernière était toujours vierge ["intaminée"]. Le médecin Thomas Sydenham (1624 - 1689) a prescrit le sunamitisme à leurs patients. (fr.wikipedia.org - Sunamitisme).

 

Adonias

 

Jean Charlier dit Jean Gerson, Jean de Gerson, ou Jean Charlier Gerson, né le 13 décembre 1363 à Gerson, hameau situé sur l'actuelle commune de Barby, dans les Ardennes, mort le 12 juillet 1429 à Lyon, est un universitaire, théologien, prédicateur, homme politique français des XIVe et XVe siècles (Moyen Âge). Il fut chancelier de l'Université de Paris de 1395 jusqu'en 1415 et, à ce titre joua un rôle majeur dans les troubles politiques opposant le duc d'Orléans au duc de Bourgogne, par la suite Armagnacs et Bourguignons, ainsi que dans la crise découlant du grand schisme d'Occident (fr.wikipedia.org - Jean de Gerson).

 

Gerson a écrit deux traités pour l'éducation des dauphins de France : le Tractatus, composé entre le 18 juin et le 8 octobre 1417, pour le dauphin Charles, le futur Charles VII, et adressé à son précepteur-confesseur, peut-être Arnulf Charreton; et les Instructiones, écrites entre le 25 mars et le 12 juillet 1429, pour Jean Majoris, précepteur du dauphin Louis, fils de Charles VII. [...]

 

Gerson, en écrivant le Tractatus, a eu constamment en tête l'histoire de Salomon. Presque chaque phrase de la première partie de la prima partícula est une réminiscence ou du Liber sapientiae ou Regum ou Paralipomenon dont le Chancelier incorpore parfois des bribes de phrases, tout en y entremêlant des passages conformes à la doctrine du Nouveau Testament. [...]

 

Gerson, pensant au fils de David assis sur le trône de son père encore en vie, prête au Dauphin dans sa prière les paroles de Salomon, III Rois, III, 7-9. Et tout de suite après, le jeune prince emprunte derechef les paroles du nouveau roi d'Israël, puisées cette fois dans le Livre de Sagesse, IX, 1-7 et 10. Or, bien que le Chancelier s'écarte souvent dans ses écrits du texte de la Vulgate, il est à remarquer qu'il introduit ici une modification légère mais significative; au lieu d'écrire, Tu elegisti me regem populo tuo (Sap., IX, 7), il fait dire au Dauphin, Tu autem elegisti me futurum regem populo tuo. C'est que Charles n'est pas encore roi; il doit un jour assumer la direction du gouvernement, ce qui pourrait s'appliquer à tout autre Dauphin. Mais le Dauphin du Tractatus a déjà pris les leviers de commande. [...]

 

Le Chancelier était certainement conscient du parallèle entre les situations de Salomon et de Charles. La pensée vient en effet facilement de substituer au vieux roi David nommant son fils Salomon à lui succéder, le roi Charles VI, sujet à des accès de folie et obligé de se faire remplacer par le Dauphin ; à Adonias qui voulait s'emparer de la royauté, le duc de Bourgogne Jean sans Peur et son orgueil démesuré; à substituer aussi à la mort qu'infligea Salomon à Adonias, la fin tragique de Jean sans Peur (que Gerson ne pouvait prévoira la date que nous assignons au Tractatus); et à Bethsabée plaidant en bonne mère pour son fils, Isabeau de Bavière qui, elle, mère dénaturée, devait bientôt renier le sien. L'exemplum de Salomon se rencontre assez souvent dans les œuvres de Gerson; cf. les sermons Vivat rex, Rex in sempiternum vive. [...]

 

Tout en souhaitant la paix, lui-même contribuait à prolonger l'état de guerre entre les deux princes par ses efforts infatigables pour arriver à faire condamner par le Concile de Constance les assertions pernicieuses de Jean Petit, tirées de sa Justification du duc de Bourgogne. Dans le sermon Nuptiae factae sunt, prononcé devant le Concile le 17 janvier 1417, fête de saint Antoine et anniversaire de Philippe le Hardi, père de Jean sans Peur, le Chancelier rappelle les années plus heureuses quand il prêchait devant l'ancien duc de Bourgogne, son protecteur et son mécène; ce qui ne l'empêche pourtant pas, dans ce même sermon, de revenir à l'assaut en demandant au Concile la condamnation des erreurs de Jean Petit qui avait justifié l'assassinat de Louis d'Orléans. Gerson ne voyait pas de paix possible sans la soumission de Jean sans Peur à l'autorité ecclésiastique (Max Lieberman, Chronologie gersonienne, III. In: Romania, tome 74 n°295, 1953 - www.persee.fr).

 

Adonias, fils de Haggig, quatrième des fils de David, soutenu par Joab, aspira à la royauté après la mort de son père et voulut dans ce but épouser Abishag. Salomon le fit mettre à mort (fr.wikipedia.org - Abisag).

 

Gerson identifie lui-même Abisag à la Sulamite du Cantique des cantiques (Brian Patrick MacGuire, Jean Gerson, the Shulammite and the maid, Joan of Arc and Spirituality, 2003 - books.google.fr).

 

Considerons l'exemple de David auquel servoit Abisac, pucelle tres belle et tres desirable, et couchoit avec lui en son lit, et l'eschaufoit ; non pour quant David ne la congnut oncques charnelement, ne s'enflamma de son amour en mal (Considération sur saint Joseph) (Jean Gerson, L'œuvre française, sermons et discours, présenté par Palémon Glorieux, 1966 - books.google.fr).

 

Typologie

 

De 2215 à 1369 il y a 846 que l'on reporte symétriquement pour obtenir 523 (cf. quatrain VII, 39).

 

Jean Cousin (Joannes Cognatus) (1568 - 1636), Chanoine à Tournai (Belgique), écrivit une Histoire de Tournay ou le troisième livre des chroniques, annales, ou demonstration du christianisme de l'Evesché de Tournay, publié en 1620 (data.bnf.fr).

 

Cousin fixe la mort de saint Eleuthere à l’an 523, & en conséquence au lieu de 45 ans de Siége, il ne lui en donne depuis 484 jusqu’à 523, que 39, ou 40, se prévalant pour cela d’un passage de la Vie de saint Médard dans Fortunatus (Histoire de la ville et cite de Tournai, capitale des Nerviens, et premier siege de la Monarchie Francoise jusqu'a l'annee 1749, Tome 2, 1750 - books.google.fr).

 

Parmi les plus grands trésors de la Cathédrale Notre-Dame de Tournai figure au tout premier plan cette double série de tapisseries de métier réalisées à d'Arras en 1402. Elle raconte la vie des saints Piat et Eleuthère, respectivement l'évangélisateur de nos contrées et l'un des premiers évêques connus de Tournai. La période la plus prospère de la production de tapisseries à Arras se situe durant la 1ère moitié du XVe siècle, lorsque les ducs de Bourgogne chargent ses ateliers de réaliser de nombreuses tentures de chœur, dont celles-ci sont probablement les plus anciens exemples conservés. Le chanoine Toussaint Prier (mort en 1437), qui avait été aumônier du duc Philippe le Hardi (1342-1404), fut reçu au Chapitre de la Cathédrale en 1394. Il commanda aux ateliers arrageois une œuvre de toute grande valeur pour décorer le chœur de Notre-Dame. Ces tapisseries ornaient les hautes stalles aux grandes fêtes (www.cathedrale-tournai.be).

 

Parmi les colorants de la tapisserie, on compte la garance pour les rouges (Bulletin, Volumes 14 à 15, Institut royal du patrimoine artistique, 1973 - books.google.fr).

 

Tournai (en néerlandais : Doornik) est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne et en Flandre romane La « cité aux cinq clochers » est traversée par l'Escaut et fait partie du sous-bassin Haut-Escaut. Elle fait partie du chapelet de villes scaldiennes, toutes distantes entre elles d'une trentaine de kilomètres : Cambrai, Valenciennes, Tournai, Audenarde, Gand, Termonde et Anvers (fr.wikipedia.org - Tournai).

 

Tournai est considérée comme «le berceau de la monarchie» française, surtout depuis la découverte en 1653 du tombeau de Childéric (Revue du Nord, Volume 51, 1969 - books.google.fr).

 

Or, rapporte l'hagiographie de l'évêque Eleuthère de Tournai (populairement appelé Lehire), Clovis avait, après son baptême, commis un péché tel «qu'il n'est pas permis de l'avouer publiquement». Un jour, il vient écouter la prédication d'Eleuthère, qu'il appréciait particulièrement. Le saint lui déclare qu'il connaît le motif réel de sa visite, cette faute secrète. Le roi s'en défend, puis, en pleurant, lui demande de célébrer une messe à son intention. Le lendemain, au moment de la communion, dans une lumière éclatante, un ange apparaît et remet Eleuthère un écrit relatant la faute commise par le roi, et qui n'est pas dévoilée. Ainsi pardonné par l'intercession du saint évêque de Tournai, Clovis dote richement son église. Clovis renouait ainsi avec le berceau de sa famille (Laurent Theis, Clovis: de l'histoire au mythe, 1996 - books.google.fr).

 

Le mot liber répond au grec éleuthéros, libre, comme ruber au grec éruthros, rouge (Paul Hecquet-Boucrand, Dictionnaire étymologique des noms propres d'hommes, 1868 - books.google.fr).

 

Le lien entre Phrygie et liberté était fourni par deux passages de Servius, commentateur de Virgile, qui écrivait au Ve siècle, et par un passage de son contemporain Macrobe : c'est la statue d'un Phrygien, le Silène Marsyas, qui est l'emblème des villes libres. [...] On a donc pu imaginer que le Phrygien Marsyas, affranchi de surcroît, portait un bonnet du pays (Alice Gérard, Bonnet phrygien et Marseillaise, L'Histoire n° 113, 1988, p. 44).

 

Le mouvement des libertés qui peut déboucher sur le mouvement communal, est, dans sa dynamique même, un phénomène qui touche une grande partie du continent européen, mais il apparaît d’une extrême complexité car il épouse une grande variété de modalités selon les conditions politiques, économiques et sociales propres à chaque région. Il débute véritablement à la fin du XIe siècle et se prolonge jusqu’au XIVe siècle. [...] Quelle que soit son histoire et son évolution, la commune urbaine, même si elle n'est que la forme exceptionnelle de l'émancipation urbaine, compte parmi les apports les plus importants du Moyen Age à l’histoire politique et sociale de l’Europe. Elle a fait naître ou renaître le type social du citoyen, membre d’une communauté urbaine libre et indépendante et responsabilisé autour de la notion de bien commun. Elle a façonné et diffusé une culture politique fondée sur la participation, la délégation, la représentation, l'autogestion et la responsabilité partagée des décisions qui donnent leur légitimité aux régimes politiques, quelles que soient leurs formes: échevinats, communes, concejos, consulats, qui sont nées d’une volonté des citoyens de se doter d’institutions propres. L’identité urbaine s'est construite à travers actes, gestes, rituels et conflits. Il n’y a guère qu’en Italie où sous l’influence du droit romain, des mouvements de réforme de l'Église et des écoles de droit, qu'elle s'est nourrie de considérations théoriques autour du thème de la cité et des citadins. Ainsi dans son Defensor Pacis, ouvrage de théorie politique qu'il composa en 1324, Marsile de Padoue tente de concilier l’universalisme chrétien avec la citoyenneté participative héritée des cités grecques et fait comme tous les philosophes médiévaux de la civitas la forme suprême de l’universitas, réglée par la justice, la paix et l’idée de concorde.

 

Les souverains comprirent tout l’intérêt politique et économique qu’il pouvait trouver à les favoriser surtout sur les terres des seigneurs, car non seulement elles assuraient la paix et l'ordre dans la ville, mais au même titre que leurs autres vassaux, elles leur devaient fidélité, aide pécuniaire et service militaire. Philippe-Auguste accorda ainsi 28 chartes à des communes entre 1180 et 1190. Certaines sont devenues, comme dans l'Italie centro-septentrionale, de petites "républiques", telle la ville de Tournai, enclave française dans les Pays-Bas où les bourgeois disposaient de larges privilèges, qui bornaient les ambitions du pouvoir épiscopal. Dans le royaume de France, la formation des communes est directement en rapport avec le processus de consolidation de la propre monarchie; le rôle des milices urbaines à Bouvines est bien connu.

 

Le cas flamand illustre combien le mouvement communal pouvait se conjuguer, ponctuellement, avec les intérêts des princes. Les événements de 1127-1128 en Flandre, bien connus grâce au récit d’un témoin oculaire, le notaire comtal Galbert de Bruges, montrent bien comment les élites des grandes villes, en défendant les intérêts fondamentaux des marchands et entrepreneurs qu’ils étaient, aidaient en même temps une nouvelle dynastie comtale, celle des comtes dits d’Alsace, à arriver au pouvoir. C’est bien parce que le nouveau comte de Flandre, Guillaume Cliton, était mal assuré de son pouvoir, qu’il dut faire des concessions aux villes de Gand, Bruges, Aardenburg et Saint-Omer pour obtenir leur appui (Denis Menjot, Le mouvement des libertés dans les villes de l’Occident médiéval, 2012 - halshs.archives-ouvertes.fr).

 

Si on prend Gand, Ypres et Bruges, il paraît évident que l'apogée de leur liberté se situe aux XIVème et XVème siècles, quand ces trois villes contrôlaient leur plat pays et tentaient de créer par ici l'équivalent de cités italiennes dominant leur contado et capables de s'opposer victorieusement au pouvoir d'Etat, et il faut rappeler qu'à Gand cette "indépendance" n'a été brisée que par Charles Quint en 1540 (Alain Derville, Les origines des libertés urbaines en Flandre. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 16e congrès, Rouen, 1985 - www.persee.fr).

 

Le bonnet phrygien pouvait être rouge comme on le voit sur la tête des rois mages de la mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo à Ravenne (début VIème siècle), alors que le pileus des affranchis romains devait être blanc, de la laine non teintée (Bernard Richard, Les emblèmes de la république: Préface d'Alain Corbin, 2012 - books.google.fr).

 

Comme à Hiérapolis de Phrygie (Strab. 630), on employait sans doute à Thyatire la garance (= rubia, Pline, H.N. XIX, 47; eruthôridanon", Dioscor. III, 160), car la teinture, basée sur la culture de cette racine, y survécut jusqu'au XIXe siècle et ne succomba que devant la concurrence de l'aniline (W.H. Buckler, Monuments de Thyatire, Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, 1913 - books.google.fr).

 

Les "porphurobaphoi" de Hiérapolis, dans cette pointe de la Phrygie, en face de Laodicée du Lycos, par l'éloignement de la cité de la mer, pratiqueraient la teinture de garance sur indigo qui avait pour résultat une pourpre qui imitait parfaitement l'original (Maurice Sartre, Productions et échanges dans la Syrie grecque et romaine: actes du colloque de Tours, juin 2003, 2007 - books.google.fr).

 

La pourpre, si estimée des Grecs et des Romains, et devenue chez eux l’un des signes distinctifs de la puissance souveraine, était une sorte de violet foncé et non, comme on le croit généralement, une teinte d’un rouge vif. La Porphyra dibaphea, ou pourpre teinte deux fois, était surtout renommée. Cet usage de teindre deux fois la pourpre datait de la plus haute antiquité. Dans le Cantique des Cantiques, le chœur des jeunes filles s’adressant à la jeune épouse s’exprime ainsi : «Vos cheveux sont comme la pourpre du Roi liée et teinte deux fois dans les canaux des teinturiers.» Cette riche couleur venait de l’Asie et particulièrement de la Phénicie. On la vendait au poids de l’argent. Son mérite spécial, aux yeux des Anciens, semble avoir été de s’aviver et de foncer par l’exposition au soleil au lieu de pâlir comme la plupart des couleurs rouges, violettes et bleues (Auguste Dupont-Auberville (1830-1890), Art industriel. L'ornement des tissus: recueil historique et pratique, 1877 - books.google.fr).

 

Le fleuve Eleutheros (Nahr al-Kébir actuel) marquait la frontière entre le district des Aradiens, dans le Nord de la Phénicie, et la Phénicie lagide. C'est aujourd'hui la frontière entre la Syrie et le Liban (Georges Le Rider, François de Callatay, Les Séleucides et les Ptolémées: L'héritage monétaire et financier d'Alexandre le Grand, 2017 - books.google.fr).

 

Le Martyre de Philippe représente la section finale des Actes de Philippe qui relatent le périple missionnaire de l’apôtre jusqu’à sa mort à Ophiorymé, ville qu’on a pu identifier avec l’ancienne Hiérapolis (actuelle Pamukkale), en Phrygie. [...] Le milieu de composition des différentes sections de l’oeuvre doit être situé en Asie Mineure, et plus particulièrement en Phrygie, comme l’analyse des tendances doctrinales du texte l’a démontré. À ce propos, il convient de souligner que ces Actes apocryphes constituent un document d’une importance exceptionnelle pour parfaire nos connaissances au sujet des courants chrétiens ayant circulé dans l’Antiquité tardive (IVe-Ve siècle). Ils offrent en particulier un témoignage capital sur la diffusion des doctrines pratiquées au sein des cercles rigoristes anciens - encratites, apotactites, eustathiens - qui prônaient une vision radicale de la continence (en grec enkrateia), sexuelle et alimentaire. Ces pratiques ascétiques rigoristes étaient caractérisées, entre autres, par le rejet du mariage et de la procréation, par le refus des biens matériels ainsi que par des règles alimentaires telles que l’abstinence de la viande et du vin, y compris le vin de l’eucharistie auquel les encratites substituaient l’eau. Suivant une position plus radicale encore, les apotactites prônaient pour une communion uniquement spirituelle au Christ, sans médiation des deux espèces de l’Eucharistie. Par-delà les différences qui les caractérisent, tous ces cercles rigoristes soulignaient l’importance de l’abstinence et de la pureté comme moyens privilégiés pour tenter de s’approcher de la pureté des origines et pour parvenir au salut. Ces cercles attirèrent les sanctions des Pères l’Église et furent condamnés, entre autres, lors du Concile de Gangres, en Asie Mineure (Paphlagonie), au IVe siècle (340 ou 343) (Valentina Calzolari, La version arménienne du Martyre de Philippe grec, 2013 - archive-ouverte.unige.ch).

 

On peut relever un lien entre "intaminée" (pure) et l'encratisme.

 

Des Actes apocryphes grecs de Philippe ont été rédigés vers le Ve siècle, mais ils n'ont guère eu d'influence. La source principale des abréviations dominicaines est le Pseudo-Abdias, dont Barthélémy de Trente offre un résumé très succinct. Il contamine néanmoins cette version avec celle des Actes apocryphes, en affirmant que la mission de Philippe à Hiérapolis (non loin d'Ephèse) s'acheva par le martyre. Il est suivi sur ce point par Jacques de Voragine, qui nourrit toutefois essentiellement son récit par un résumé du texte du Pseudo-Abdias repris littéralement de Jean de Mailly (Dominique Donadieu-Rigaut, Alain Boureau, La légende dorée de Jacques de de Voragine, 2004 - books.google.fr).

 

L'apôtre Philippe est le saint patron du duc de Bourgogne Philippe le Hardi.

 

Claus Sluter, à la fin du XIVe siècle, travaille pour le duc de Bourgogne et collabore au portail de Champmol et au célèbre Puits de Moïse. Son oeuvre pourrait éventuellement se comparer aux deux retables de de Baërze-Broederlam, du musée de Dijon. La Chartreuse de Champmol était destinée par Philippe le Hardi à servir de mausolée aux ducs de Bourgogne. Claus Sluter, en qualité de successeur de Jehan de Marville, fut chargé de réaliser les statues du portail de l'église (Cor Engelen, Le mythe du Moyen Age: premiers elements d'une remise en question du style moyenageux, 1999 - books.google.fr).

 

La dédicace de la chartreuse de Champmol à la Trinité a été imposée par Philippe le Hardi aux moines qui avaient tout naturellement choisi le saint patron de leur protecteur, l'apôtre Philippe. Or, il semble que saint Philippe n'ait guère joué de rôle dans la dévotion ducale. Sur le portail de sa fondation, le duc s'était fait représenter en compagnie, non pas de son saint patron, mais de saint Jean-Baptiste, et sa femme Marguerite de sainte Catherine  (Sophie Cassagnes, D'art et d'argent: Les artistes et leurs clients dans l'Europe du Nord (XIVe-XVe siècles), 2001 - books.google.fr).

 

C'est Philippe le Bon qui était présenté par saint Philippe dans le groupe qui était adossé à un pilier de la collégiale Saint-Pierre de Lille (en Flandres) (Christine Debrie, Nicolas Blasset: architecte et sculpteur ordinaire du roi, 1600-1659, 1985 - books.google.fr).

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