Carolingiens et Byzantins

Carolingiens et Byzantins

 

X, 63

 

2223-2224

 

Cydron Raguse, la cité au sainct Hiéron,

Reverdira le médicant secours,

Mort fils de roy par mort de deux héron,

L'Arabe, Ongrie feront un mesme cours.

 

"Cydron"

 

"Cydron" pourrait être Scidros, ainsi noté par Marco Antonio Coccio ou Cocci, dit Sabellico dans ses Enneades sive Rhapsodia historiarum (1498-1504), histoire universelle en 92 livres (M. Antonij Coccij Sabellici Opera omnia, Volume 1, 1560 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Marcus Antonius Coccius Sabellicus).

 

Il faut croire que Sybaris poss√©da d√®s le VIIe si√®cle ces d√©bouch√©s sur le versant tyrrh√©nien, s'il est vrai qu'au d√©but du VIe, lorsque le Sybarite Smindyrid√®s briguait la main de la fille du tyran de Sicyone Clisth√®ne, la cit√©, d'apr√®s H√©rodote, √©tait d√©j√† √† l'apog√©e de sa puissance. Les principaux de ces d√©bouch√©s furent les deux villes de Laos et de Scidros, o√Ļ le m√™me H√©rodote rapporte que se retir√®rent les Sybarites qui surv√©curent √† la catastrophe de 511. Scidros, dont en dehors de ce d√©tail nous ignorons totalement l'histoire, ne fut jamais, semble-t-il, qu'une petite ville sans grande importance, peut-√™tre un simple poste fortifi√©s. Son emplacement m√™me est incertain. On pr√©tend d'ordinaire la reconna√ģtre √† Sapri, √† proximit√© imm√©diate de Pyxunte ; ce qui, en soi, n'est plus inconcevable, si Pyxunte ne fut pas au VIe si√®cle, un poste sirite ; mais aucune d√©couverte arch√©ologique n'est venue jusqu'ici confirmer cette identification. Il se peut √©galement, selon nous, qu'il faille chercher Scidros √† l'extr√©mit√© d'une des routes ¬ęisthmiques¬Ľ qui unissaient les deux mers : c'est-√†-dire soit dans la r√©gion de Belvedere Marittima, si l'on songe √† la route qui suivait la vall√©e de l'√Čsaro, soit dans celle de Cetraro, si l'on songe √† la route moins pratique qui empruntait la vall√©e du Follone. Mais ce ne sont l√† que desdes conjectures. [...] En dehors du texte d'H√©rodote elle n'est mentionn√©e que dans un passage de Lycos de Rhegion rapport√© par √Čtienne de Byzance, o√Ļ il √©tait question de l'exp√©dition d'Alexandre le Molosse peu avant 330 (Jean B√©rard, La colonisation grecque de l'Italie m√©ridionale et de la Sicile dans l'antiquit√©: l'histoire et la l√©gende, 1957 - books.google.fr).

 

Sapri est une commune italienne de la province de Salerne dans la région Campanie en Italie à une centaine de kilomètre de Salerne (fr.wikipedia.org- Sapri, saprirovinata.wordpress.com).

 

Salerne

 

Arechis, gendre du roi lombard déchu Didier et battu par Pépin, est duc de Bénévent qui englobe Salerne. Jusqu'à la mort de Sicard, prince de Bénévent, ce sera le cas.

 

Sicard de B√©n√©vent (en italien : Sicardo di Benevento) est prince lombard de B√©n√©vent d'octobre 832 √† juillet/ao√Ľt 839. Il est le dernier prince b√©n√©ventin √† dominer la plus grande partie du Mezzogiorno, alors appel√© Langobardia Minor, c'est-√†-dire la ¬ęLombardie mineure¬Ľ ou ¬ępetite Lombardie¬Ľ (fr.wikipedia.org - Sicard de B√©n√©vent).

 

Raguse et Dalmatie

 

La guerre qui √©clata peu apr√®s entre Charlemagne et Byzance permit au successeur d'Erich d'intervenir de nouveau dans la Croatie dalmate. La paix conclue entre les deux rivaux √† K√∂nigshofen, en 803, la laissait aux mains des Francs, depuis l'Istrie jusqu'√† la mer Adriatique, et depuis la Cetinja jusqu'au Vrbas. L'Empire d'Orient gardait Venise et les villes c√īti√®res, Zara, Trogir, Spalato, Raguse et Cattaro avec les √ģles. Les Croates de Dalmatie devinrent ainsi les sujets du margrave du Frioul. Ils lui devaient le tribut et, en cas de guerre, un contingent militaire. Quant aux villes c√īti√®res, elles voulurent, en 806, se mettre d'elles-m√™mes sous l'autorit√© franque. La guerre entre Byzance et Charlemagne recommen√ßa. Une d√©monstration de la flotte grecque sur la c√īte de l'Adriatique r√©tablit le le statu quo (Francis Dvornik, Les Slaves: Byzance et Rome au IXe si√®cle de Travaux, Institut d'Etudes Slaves Paris (1926), 1970 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain VI, 48 - Catherine de Sienne et le concile Vatican II - 1960-1961.

 

L'empire fond√© par Charlemagne avait pour bornes √† l'√©poque de sa mort : l'oc√©an Atlantique ou plut√īt le golfe de Gascogne √† l'O.; l'oc√©an Britannique, le d√©troit de Gaule et l'oc√©an Germanique au N.-O. ; ce m√™me oc√©an, l'Eyder et la mer Baltique jusqu'√† l'embouchure de la Trave au N. La limite orientale √©tait d√©termin√©e en g√©n√©ral par l'Elbe, la Saale, les montagnes de Boh√™me, le Danube, la Raab, la Drave et le Danube encore jusqu'au confluent de la Save. Au S.-E. √©taient la Save, la Bosna et une ligne qui, partant de cette rivi√®re, descendait au S. jusqu'√† Raguse. Au S. l'Adriatique, l'Aterno ou la Pescara, le Garigliano, la M√©diterran√©e, et l'Ebre. Dans cette vaste √©tendue de territoire, qui avait fait donner √† Charlemagne le titre de roi d'Europe, nous ne comprenons pas les pays qui n'√©taient que tributaires ou alli√©s, et qui avaient conserv√© leur ind√©pendance nationale avec leurs souverains particuliers. Ils formaient sur les fronti√®res de l'empire une ceinture redoutable destin√©e √† le d√©fendre contre les barbares de l'E., du N. et du S. (Charles Barberet, Pr√©cis de g√©ographie historique universelle, Tome 2, 1841 - books.google.fr).

 

Hiéron est proche phonétiquement de Hilarion.

 

Dans la Vie de saint Hilarion par saint J√©r√īme il est racont√© que le Saint vint en Dalmatie et qu'il d√©livra les environs d'Epidaurus (pr√®s de la ville actuelle de Raguse) d'un serpent qui la d√©solait. Or l'auteur dit qu'Hilarion cherchait en abordant en Dalmatie, √† √©chapper √† la curiosit√© de la foule, mais qu'il ne put se cacher, d'o√Ļ l'on doit apparemment conclure qu'il y avait des chr√©tiens en ce lieu (Jacques Zeiller, Les origines chr√©tiennes dans la province romaine de Dalmatie, 1906 - books.google.fr).

 

Le serpent d'Hilarion fait penser à celui du Serpentaire, constellation du ciel nocturne nommée parfois aussi Esculape (Cicéron, les phénomènes d'Aratus, Oeuvres complètes, Volume 36, 1837 - books.google.fr).

 

Arabes, Hongrois

 

Desmichels, Hist. g√©n√©r. du moyen √Ęge, t. II, p. 525, d'apr√®s les Annales Bertiniennes et les Actes des Saints, parle d'invasions des Hongrois en 750, 838, 862 et 883. Ces invasions ne peuvent √™tre attribu√©es aux Hongrois qui n'ont paru que beaucoup plus tard dans l'Europe occidentale (Louis Dussieux, Essai historique sur les invasions des Hongrois en Europe et sp√©cialement en France, 1839 - books.google.fr).

 

Un passage très curieux des Acta Sanctorum nous apprend que les Hongrois (impia gens Hungarorum) passèrent en 750 le Danube, et qu'ils s'avancèrent jusque dans le pays des Grisons. Ils y pillèrent et détruisirent le couvent de Dessertina, fondé par saint Sigebert, dans le voisinage du bourg actuel de Dissentis, sur le Rhin antérieur. En 858, on trouve encore des Hongrois sur le Danube inférieur (Julius von Klaproth, Tableaux historiques de l'Asie: depuis la monarchie de Cyrus jusqu'à nos jours, accompagnés de recherches historiques et ethnographiques sur cette partie du monde, 1826 - books.google.fr).

 

En un si√®cle, depuis la prise de Ct√©siphon, capitale des Sassanides iraniens, en 637, jusqu'au double coup d'arr√™t de Poitiers (732) en Occident et de Talas (751) en Chine, les conqu√©rants arabes ont redessin√© les contours d'un Orient √©tendu de l'√ąbre √† l'Indus et assi√®gent d√©sormais l'univers occidental, des Pyr√©n√©es aux plaines d'Anatolie (Anthony Rowley, Une histoire mondiale de la table: Strat√©gies de bouche, 2006 - books.google.fr).

 

"mesme cours"

 

Tout le territoire en de√ß√† du fleuve Halys, est si bon, si riant, si fertile en fruits & en p√Ęturages, sur-tout pr√®s des bords de l'Euxin, qu'il a sans cesse √©t√© expos√© aux invasions des √©trangers d'au-del√† des mer :: les voisins m√™me se chassoient les uns les autres de leurs possessions : en un mot, ce n'est qu'un flux & reflux d'invasions & d'√©migrations (Salluste, Histoire de la r√©publique romaine: dans le cours du VIIe. siecle, Tome 2, traduit par Charles de Brosses, 1777 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Charles de Brosses).

 

Hiéron

 

Le hiéron est un espace sacré : temple, bois et réduits. Il y avait le hiéron d'Esculape à Epidaure, celui de Delphes, d'Olympie etc. (J.B. Gail, Sur l'hiéron des Grecs, Mercure de France, Volume 46, 1811 - books.google.fr).

 

"la cit√© au sainct Hi√©ron" s'entend pour un √©l√©ment architectural plut√īt que pour une personne : on aurait "du sainct Hi√©ron". Mais on a la majuscule H.

 

Hiéron : Mélitène

 

Le martyre de Hi√©ron est en effet r√©sum√© dans le Synaxaire de Constantinople, √† la date du 7 novembre, en premi√®re place, d'apr√®s la Passio prior : le saint y est pr√©sent√© comme un paysan qui souffrit le martyre √† M√©lit√®ne sous Diocl√©tien et Maximien avec trente-trois compagnons (Sophie M√©tivier, Le culte de saint Hi√©ron, P√®lerinages et lieux saints dans l'antiquit√© et le moyen √Ęge: m√©langes offerts √† Pierre Maraval, 2006 - books.google.fr).

 

Matiane est une bourgade install√©e au niveau de sources aupr√®s de tombeaux monumentaux. Elle revendique un martyr depuis l'√©poque pal√©obyzantine, comme l'atteste ¬ęLa Passio Prior de saint Hi√©ron et de ses compagnons, les 33 martyrs de M√©lit√®ne¬Ľ, Acta SS 65, novembris III, Bruxelles 1910, p. 325-38 (texte √©tabli apr√®s l'invasion de Scythes ou Cimm√©riens, 395 ou plut√īt 515) : Hi√©ron, viticulteur vigoureux enr√īl√© de force dans l'arm√©e de Diocl√©tien, f√Ľt d√©capit√© avec ses compagnons pour avoir refus√© d'abjurer sa foi, non sans que sa main droite ait √©t√© pr√©alablement coup√©e et envoy√©e √† sa m√®re rest√©e √† Matian√® ; le saint avait demand√© qu'elle soit d√©pos√©e en un lieu consacr√© pourvu d'un jardin paradisiaque. La relique devait servir ¬ęla gloire ind√©niable de la foi tr√®s sinc√®re des Cappadociens¬Ľ ; elle f√Ľt vraisemblablement d√©pos√©e √† √áavushin, √† 4 kmau nord (et √† 3 km au sud de V√®nasa), dans la basilique martyriale d√©di√©e √† Saint- Jean-Baptiste (Conf√©rence de Mme Nicole Thierry. In: √Čcole pratique des hautes √©tudes, Section des sciences religieuses. Annuaire. Tome 106, 1997-1998. 1997 - www.persee.fr).

 

Il y a parfois confusion de Matianè avec Tyane (Passion de Syméon Métaphraste), célèbre pour être la patrie du thaumaturge Appolonios, qui vécut sous Néron, Domitien et sous les empereurs suivans jusqu'à Nerva.

 

M√©lit√®ne, appel√©e originellement Arslantepe, est une ville qui fut successivement hittite, assyrienne, puis romaine. Les Assyriens l‚Äôappelaient Meliddu. Selon Strabon, elle √©tait ¬ęconnue des anciens sous le nom de M√©lit√®ne¬Ľ, nom qu‚Äôadopteront les Romains ; elle constituait alors l‚Äôune des dix provinces de la Cappadoce. Situ√©e sur les rives d‚Äôun affluent de l‚ÄôEuphrate, √† la t√™te des routes allant d‚ÄôAsie Mineure en M√©sopotamie, elle fut transform√©e en forteresse abritant les XIIe et XVIe l√©gions romaines.

 

La ville fut conquise par les forces du Califat des Rachidoune en 638 et servit de base pour leurs incursions au cŇďur de l‚Äôempire byzantin, lesquelles se poursuivirent sous les Abbassides. Constantin V r√©ussit √† prendre bri√®vement M√©lit√®ne √† l‚Äô√©t√© 741, puis la reprit en 751 de m√™me que Th√©odosiopolis; les habitants de ces villes furent d√©port√©s en Thrace, les musulmans dispers√©s √† travers le territoire et les murs de la ville ras√©s. En 760, le calife Al-Mansour s‚Äôempara de la ville et lui redonna une partie de l‚Äôimportance qu‚Äôelle avait perdue. Renomm√©e Malatya, la ville se d√©veloppa au IXe si√®cle sous l‚Äô√©mir autonomiste Omar al-Aqta qui s‚Äôopposa aux forces de l‚ÄôEmpire byzantin jusqu‚Äô√† ce qu‚Äôil soit d√©fait et tu√© lors de la bataille de Lalakaon en 863. M√©lit√®ne devint alors le refuge de nombreux Pauliciens qui combattirent par la suite dans les rangs arabes contre les Byzantins (fr.wikipedia.org - M√©lit√®ne).

 

En 751, l'empereur profite du renversement et de la mort de Marwan II, le dernier des Omeyyades de Damas, As-Saffah, le premier Abbasside, √©tant occup√© √† asseoir son pouvoir, pour mener une autre exp√©dition en territoire musulman. Il assi√®ge la place-forte de M√©lit√®ne et s'en empare, la fait d√©truire compl√®tement, et transporte une nouvelle fois ses habitants chr√©tiens en Thrace. Ces transferts, accompagn√©s de travaux de fortification des villes de la r√©gion, permettent √† l'Empire d'y r√©tablir sa souverainet√©. C'est sans doute dans ces ann√©es que la cit√© d'Andrinople, longtemps perdue, redevient byzantine. En revanche, c'est en 751 que l'Empire byzantin perd d√©finitivement Ravenne, conquise par le roi lombard Aistolf. D√©sormais, l'Empire ne poss√®de plus en Italie p√©ninsulaire que la Calabre et plus ou moins Venise. Constantin V, pendant son r√®gne, a de nombreux √©changes diplomatiques avec la papaut√©, les Lombards, et le roi des Francs P√©pin le Bref (avec entre autres la pr√©sence d'ambassadeurs byzantins au plaid de Gentilly √† P√Ęques 767), mais il n'engage jamais aucune op√©ration militaire en Occident. Ses deux champs d'intervention sont les Balkans et l'est de l'Asie mineure (fr.wikipedia.org - Constantin V).

 

Médecine

 

Raguse

 

Le Vieux-Raguse est l'ancienne √Čpidaure d'Illyrie, dont les ruines ont √©t√© utilis√©es par les Ragusains comme une carri√®re in√©puisable (Guillaume Lejean, Voyage en Herz√©govine, Le tour du monde: journal des voyages et des voyageurs, 1860 - books.google.fr).

 

Dans le 194e sonnet du premier livre des Amours, Ronsard consid√©rait les Ragusains comme les descendants des habitants de l'antique Epidaure que, et par suite, Esculape √©tait leur protecteur. Dans la premi√®re variante il fait m√™me allusion √† un temple d'Esculape aux environs de Raguse. Au total cela semble s'accorder avec les traditions sur l'origine de Raguse. Mais il faut distinguer entre l'Epidauros grecque dans le P√©lopon√®se et l'Epidaurum ou Epitaurum romaine en Dalmatie. L'histoire admet qu'apr√®s la destruction de l'Epidaure romaine par les Slaves, ses habitants romains fond√®rent au VIIe si√®cle une ville nouvelle, qui fut Raguse, √† une dizaine de kilom√®tres au nord-ouest de l'ancienne cit√©. Le nom d'Epidaure trahit une origine grecque, mais la ville dalmate ne para√ģt dans l'histoire que pendant les guerres civiles entre C√©sar et Pomp√©e, ayant d√©j√† une population latine (romaine). Les Ragusains l'appelaient encore au moyen √Ęge Civitas vetus, ou en dialecte roman Civitate, d'o√Ļ est d√©riv√© le nom slave de Captat puis Cavtat, qui est la forme actuelle. Les √©crivains italiens l'appelaient souvent Ilirica Epidauro, pour la distinguer de l'Epidaure grecque, tandis que maintenant l'appellation italienne habituelle est Ragusa vecchia. Voil√† ce que dit l'histoire. Cependant les humanistes ragusains et plus tard les chroniqueurs, pour reculer plus loin dans le pass√© l'origine de leur ville et la faire ainsi plus glorieuse, rattachaient Cavtat Epidaurum √† l'antique Epidauros grecque d'Argolide, qui √©tait le centre du culte d'Esculape-Askl√©pios et o√Ļ se trouvait son c√©l√®bre temple. Ils allaient jusqu'√† affirmer que des colons d'Epidauros avaient fond√© Epidaurum et y avaient apport√© le culte d'Esculape, transport√© plus tard √† Raguse m√™me. Cette tradition s'est maintenue longtemps et, au d√©but du si√®cle dernier , Appendini essayait dans ses Notizie istorico-critiche, de lui donner une apparence historique. Sans doute il est peu vraisemblable que Ronsard eut connaissance de ces r√©cits sur l'origine de Raguse, qu'il s'agisse de la tradition ou de faits historiques. Comme Muret nous le laisse entendre, Ronsard a tir√© son savoir de Marulle qui √©tait en mesure de conna√ģtre quelque chose de plus. Grec de naissance, Michel Marulle Tarcaniote (1453 - 1500), humaniste et po√®te latin c√©l√®bre, √©tait n√© √† Constantinople, Apr√®s la prise de la ville par les Turcs ses parents avaient trouv√© un refuge √† Raguse , o√Ļ Marulle passa son enfance (J. Torbarina, Raguse dans un sonnet de Ronsard, Annales de l'Institut fran√ßais de Zagreb, Num√©ros 16 √† 23, 1941 - books.google.fr).

 

La v√©n√©ration de reliques (par exemple celles de Saint-Tryphon √† Kotor, de Saint-Sim√©on √† Zadar et de Saint-Blaise √† Dubrovnik) a repr√©sent√© jusqu'√† nos jours une partie non n√©gligeable du folklore m√©dical dalmate. A la fin du XIe si√®cle sont √©tablis des liens politiques entre les communes dalmates et Salerne, et la renomm√©e de l'Ecole de M√©decine de cette ville a t√īt fait de franchir l'Adriatique. Dans les archives m√©di√©vales, nous avons pu trouver des traces de quelques m√©decins de Salerne au service des cit√©s de Dalmatie. Du XIIIe au XVIe si√®cle, dans plusieurs villes comme par exemple √† Zadar, Dubrovnik, Sibenik, Trogir, Kor√®ula, Split et Rab, il y a un service communal de sant√© parfaitement organis√©. A chaque commune autonome √©taient attach√©s un m√©decin et au moins un chirurgien stipendi√©s, dont les fonctions consistaient √† surveiller les conditions hygi√©niques, √† soigner gratuitement les malades pauvres, √† d√©livrer les certificats et √† des expertises. La plupart de ces m√©decins la√Įcs √©taient √©trangers, surtout d'origine italienne et espagnole. R√©ciproquement, des m√©decins dalmates firent fortune √† l'√©tranger, comme DOMINIQUE DE RAGUSE, professeur de m√©decine et d'astrologie √† Bologne et √† Sienne (1395-1425). Toutefois, sur le sol dalmate il y avait aussi, et depuis tr√®s longtemps, des m√©decins d'origine croate. Parmi ces derniers, nous citons comme exemples PROVSLAV √† Dubrovnik (1280), Fran√ßois STUPICH, noble croate, √† Zadar (env. 1450-1520), et MARC, chirurgien de Sibenik qui, en 1419, fit sculpter sa personne sur le mur de la belle √©glise gothique de Sainte Barbara. Au Moyen-Age, toutes les villes dalmates poss√©daient au moins un h√īpital et une pharmacie contr√īl√©s par la municipalit√©. Les dirigeants municipaux s'occupaient de la r√©glementation de la prostitution et de la lutte contre l'alcoolisme ainsi que du contr√īle des m√©dicaments, de l'eau potable et des produits alimentaires. Une attention particuli√®re √©tait port√©e √† la protection contre les maladies pestilentielles. Les plus anciens manuscrits m√©dicaux conserv√©s en Dalmatie sont des fragments de l'Ňďuvre encyclop√©dique, les Etymologies, d'ISIDORE DE S√ČVILLE. En 1319, le m√©decin italien GUGLIELMO DA VARIGNANA, √©crivit √† Zadar, pour son ma√ģtre, le prince croate MLADEN II SUBICH, l'ouvrage Secreta sublimia ad varios curandos morbos. Parmi les autres Ňďuvres m√©dicales r√©dig√©es en Dalmatie, mentionnons le trait√© de chirurgie de VUCHASIN POLETCICH, barbier √† Zadar (XVe si√®cle), puis le magnifique ¬ęherbier¬Ľ de NICOLO ROCCABONELLA (conserv√© √† la Biblioth√®que de Saint-Marc √† Venise) qui contient les synonymes croates des plantes m√©dicinales, ensuite la monographie sur l'astrologie m√©dicale, De modo collegiandi, pronosticandi et curandi febris (1528), de FR√ČD√ČRIC GRISOGONO, patricien de Zadar. L'√©poque¬† de la Renaissance est, pour les Slaves du Sud, le tournant tragique dont la cause principale est √† imputer aux invasions turques. Le r√©gime v√©nitien s'√©tablit fermement sur la c√īte adriatique. Le service de Sant√© publique de la¬† R√©publique de Venise avait constitu√©, du XIVe au XVIe si√®cle, un exemple pour les autres pavs europ√©ens, en particulier √† partir de 1486, date √† laquelle avait √©te fond√© le Magistrato di Sanit√†. Mais en m√™me temps que d√©clinait la puissance √©conomique de Venise, diminuait aussi l'efficacit√© de ses institutions sanitaires. Cette d√©cadence fut particuli√®rement sensible sur le territoire dalmate o√Ļ, sous la domination v√©nitienne, v√©g√©taient, voire s'√©teignaient, les institutions sanitaires et philanthropiques √©tablies au Moyen-Age. Pour les oligarches de la Lagune, la Dalmatie √©tait toujours un adversaire potentiel dont il convenait d'entretenir la pauvret√© et l'ignorance (Biologie M√©dicale, Volume 53, 1964 - books.google.fr).

 

Salerne

 

Le "médicant secours" fait songer à l'école de médecine de Salerne.

 

Il n'est certainement pas exact que l'Ecole de Salerne ait √©t√© fond√©e par l'Ordre B√©n√©dictin, en m√™me temps que l'√©cole du Mont Cassin, entre 750 et 900, car d√®s l'origine, on voit figurer, √† c√īt√© des clercs, des m√©decins et des ma√ģtres, contrairement √† l'habitude des √©coles eccl√©siastiques de l'√©poque. Bien au contraire, l'Ecole de Salerne a, d√®s le d√©but, une structure puissante (Revue de phytoth√©rapie, Volume 19, Num√©ros 147 √† 153, 1955 - books.google.fr).

 

Vers la fin du Xe si√®cle, les √©coles √©piscopales du nord de la France, telles que celles de Reims et de Chartres, enseignent la m√©decine et remplacent graduellement les monast√®res comme centres de de culture intellectuelle. Mais on en est encore √† un enseignement tr√®s notionnel. L'exception : Salerne, en Italie, fond√©e en 750, qui, d√®s le milieu du Xe si√®cle, est reconnue comme centre la√Įque par excellence de l'√©tude de la m√©decine empirique (Guy Durand, Histoire de l'√©thique m√©dicale et infirmi√®re: contexte socioculturel et scientifique, 2000 - books.google.fr).

 

Dans la collection numismatique du Mus√©e arch√©ologique de Split on remarque trois pi√®ces d'or de Basile Ier Constantin et trois pi√®ces en bronze de Basile Ier, un chiffre normal pour la Dalmatie centrale durant la p√©riode allant du milieu du VIIe au Xe si√®cle (seule l'√©poque de Constantin V Copronyme, milieu du VIIIe si√®cle, est plus riche) (No√ęl Duval, Orbis Romanus Christianusque: Ab Diocletiani Aetate Usque Ad Heraclium, 1995 - books.google.fr).

 

Cf. IX, 91 - Constantin Copronyme - 2170-2171.

 

La schola medica salernitana, fond√©e au IXe si√®cle, est souvent pr√©sent√©e marne la premi√®re √©cole de m√©decine d'Europe. Ce n'est pas exact. D'une part, il ne s'agissait pas d'un √©tablissement organis√© au sens moderne du terme, mais plut√īt d'un groupe h√©t√©roclite d'enseignants en m√©decine autour desquels se rassemblaient des √©tudiants. Comme pour Bagdad et Tol√®de, nous n'avons aucune preuve qu'il ait exist√© dans la ville un lieu centralis√© d'√©tude de la m√©decine. D'autre part, l'Europe du monde antique avait poss√©d√© de nombreuses ¬ę√©coles¬Ľ de m√©decine, ce qui oblige √† nuancer la pr√©tention de Salerne √† avoir √©t√© la toute premi√®re. Il n'emp√™che qu'√† partir de l'an 850 environ, Salerne fut au premier rang des √©tudes de m√©decine durant plusieurs si√®cles et que cette √©cole joua un r√īle essentiel dans la transmission du savoir m√©dical vers d'autres centres intellectuels et, pour finir, dans l'√©tablissement de la m√©decine comme √©l√©ment officiel du programme universitaire (Violet Moller, Les sept cit√©s du savoir: Comment les plus grands manuscrits de l'Antiquit√© ont voyag√© jusqu'√† nous, 2019 - books.google.fr).

 

Ce sont les moines qui exercent et transmettent la m√©decine au d√©but du Moyen √āge, en Europe. Dans leurs monast√®res, ils soignent leurs fr√®res malades, les religieux les plus connus tout comme les gens du peuple de leur r√©gion. Les B√©n√©dictins s'installent en Croatie d√®s le IXe si√®cle. Entre les Xe et XIIe si√®cles, un grand nombre de¬† monast√®res b√©n√©dictins font leur apparition sur la c√īte adriatique. Les r√®gles de saint Beno√ģt consacrent un chapitre √† la conduite √† adopter avec les moines malades (de infirmis fratribus). Ces r√®gles sont traduites en croate, d√®s le Moyen √āge. Dans la reliure d'une incunable de Dubrovnik, on a trouv√© une feuille de parchemin o√Ļ √©tait recopi√©e, en lettres b√©n√©ventines, un extrait de texte du Xe si√®cle √©voquant les reptiles et les animaux venimeux mentionn√©s dans la c√©l√®bre encyclop√©die d'Isidore, √©v√™que espagnol de S√©ville. Il s'agit du plus ancien manuscrit √† caract√®re scientifique conserv√© en Croatie (Mirko Drazen Grmek, La m√©decine chez les Croates, Hrvatska i Europa: kultura, znanost i umjetnost, Volume 1, 1997 - books.google.fr).

 

Mélitène

 

Bar Hebraeus (n√© en 1226 pr√®s de M√©lit√®ne, mort en 1286 √† Maragha dans l'Azerba√Įdjan iranien) est un historien, un m√©decin et un philosophe syriaque de religion chr√©tienne, √©v√™que jacobite, √©crivain de langue syriaque. Son v√©ritable nom √©tait Gregorios Abu‚Äôl-Faradg Gamal al-Din, Abu al-Faraj Ibn al-Ibri ou Aboul Faradj. Il a √©t√© connu en Occident sous les noms latinis√©s d'Abulfaragius et Bar Hebraeus, adaptation de l'expression syriaque Bar 'Ebroyo.

 

Le nom Bar Hebraeus, sous lequel il est connu en Europe, a √©t√© interpr√©t√© comme signifiant ‚ÄúFils de l'H√©breu‚ÄĚ, ce qui a conduit √† supposer que son p√®re Aaron (ou Haroun), m√©decin distingu√© de M√©lit√®ne, √©tait un Juif converti au christianisme. Quoique accept√©e par la plupart des encyclop√©dies, cette interpr√©tation est rejet√©e par Jean Fathi-Chelhod, qui soutient que ‚ÄúHebraeus‚ÄĚ est une maladroite latinisation de ‚ÄúBar 'Ebroyo‚ÄĚ, qui signifie que ses ascendants √©taient originaires d'un village appel√© 'Ebro, situ√© au bord de l'Euphrate √† proximit√© de M√©lit√®ne (fr.wikipedia.org - Bar Hebraeus).

 

Cappadoce

 

Dubrovnik est une ville de saints. Lorsque Raguse mange dans la main de Byzance, on vénère Serge ; dès que les Grecs s'éloignent, on se voue à Blaise. Martyr arménien en Cappadoce en 316, Blaise de Sébaste est le patron de la ville depuis 972, date à laquelle certaines de ses reliques sont apparues, après que le martyr eut averti les habitants d'une attaque imminente de Venise. Depuis, Vlaho - son nom slave - impose dans la ville une étonnante omniprésence. Son effigie figure sur les étendards, ses statues sur les portes, les tours, les forts et les remparts dont Dubrovnik est corsetée. Il est devenu le défenseur des gorges malades depuis qu'il sauva la vie d'un enfant qui s'étouffait avec une arête de poisson (L'église Saint-Blaise de Raguse, apogée du Baroque dalmate   - www.clio.fr).

 

S'appuyant sur cet ensemble de traditions locales, dont l'origine artificielle est flagrante, Stjepan Rosa, custode de √©glise m√©tropolitaine de Raguse, entreprit, en 1737, de d√©montrer que S. Blaise n'appartient pas √† la Cappadoce, mais √† l'Albanie, o√Ļ il serait n√©, et qui aurait √©t√© le th√©√Ętre de son apostolat et de son martyre. Il trouva un contradicteur dans le franciscain S√©b. Dolci (Slade). Tous deux firent √©cole, et la controverse se prolongea durant des ann√©es. Dits, contredits, autorit√©s pour et contre - et parmi ces derni√®res, Callepinus en son Lexicon septem linguarum, o√Ļ il d√©termine la position de S√©baste, ad radices montis Argaei. M. Talija (Sv. Vlaho mucenik, Sv. Vlaho biskup i mucenik. Kusa da objasni) p√®se un √† un tous les arguments des deux parties , et conclut que ni l'une ni l'autre n'a compl√®tement tort. Il a exist√© deux, saints Blaises : l'un simplement martyr, mentionn√© dans les Actes de S. Eustrate et de ses compagnons mourut √† S√©baste en Arm√©nie, sous Licinius ; l'autre, √©v√™que et martyr, √©tait originaire de S√©baste en Mac√©doine, ville que la tradition localisa plus tard dans ¬ęl'Arm√©nie¬Ľ albanaise (Analecta bollandiana, Volume 38, 1920 - books.google.fr).

 

La Cappadoce est accrue de la Mélitène par Lucullus (69), des districts de Castabala et de Cybistra ainsi que de la Sophène par Pompée (66), de la Petite Arménie par César (47) et de la plus grande partie de la Cilicie trachée par Auguste (Théodore Reinach, Numismatique ancienne: trois royaumes de l'Asie Mineure, Cappadoce, Bithynie, Pont, 1888 - books.google.fr).

 

"deux hérons"

 

Deux hérons apparaissent dans le roman du XIVe siècle Valentin et Ourson, situé dans l'Europe de Pépin le Bref et son fils Charlot (Charlemagne) (www.STADTAUS.com - Histoire de Valentin et d'Orson).

 

CHAPITRE XXXIII : Comment le roi Pépin prit congé de l’empereur de Grèce pour retourner en France, et de la trahison de Hauffroy et Henry contre Orson.

 

Haufroy et Henry fomentent un complot pour tuer leur père le roi Pépin, puis de s'en prendre à leur frère Charlot (Charlemagne). Guernier chargé de poignarder le roi perd ses moyens et renonce.

 

Orson √©tait en son lit, qui ne se doutait de rien et fit un songe merveilleux, car il lui semblait qu‚Äôon voulait lui √īter l‚Äôhonneur de sa femme Fezonne et qu‚Äôaupr√®s d‚Äôelle √©taient deux larrons, qui machinaient une trahison contre lui ; puis il lui sembla que sur un √©tang il voyait deux grands h√©rons qui se combattaient contre un √©pervier et de toute leur puissance s‚Äôeffor√ßaient de l‚Äôoccire ; mais l‚Äô√©pervier se d√©fendait si vaillamment, que les deux h√©rons travaill√®rent tant, que tous deux fussent morts si ce n‚Äôe√Ľt √©t√© une grande multitude de petits oiseaux qui descendirent sur l‚Äô√©pervier et qui l‚Äôeussent tu√©, sans un aigle qui vint secourir l‚Äô√©pervier. En ce songes‚Äô√©veilla Orson, qui en fut √©merveill√© et commen√ßa √† dire : ¬ęVrai Dieu,veuillez me garder de trahison et conforter mon fr√®re Valentin, en telle mani√®re que d‚ÄôEsclarmonde il puisse avoir bonnes nouvelles.¬Ľ

 

Après avoir fait libérer le roi Pépin retenu en Inde par le roi Lucar, après une bataille à Jérusalem, Valentin s'en va en Inde popur voir Esclarmonde.

 

CHAPITRE LI : Comment Valentin alla en Inde-la-Majeure et contrefit le m√©decin pour voir la belle Esclarmonde. VALENTIN, qui avait eu nouvelle d‚ÄôEsclarmonde, partit d‚ÄôAngorie avec un de ses √©cuyers et, pour mieux se couvrir, s‚Äôhabilla en m√©decin et s‚Äôen alla vers le port, o√Ļ il trouva une nef de marchands, qui en Inde voulaient aller.

 

"Angorie" reprend le nom médiéval d'Ancyre (Ankara actuelle), ville de Galatie à l'ouest de la Cappadoce

 

Valentin et Orson est un roman de chevalerie rattaché au cycle carolingien (fr.wikipedia.org - Valentin et Orson).

 

A la mort de Charlemagne, les menaces contre l‚ÄôEmpire se font de plus en plus ressentir. Louis le Pieux, dernier fils de Charlemagne encore en vie, h√©rite √† lui seul de l‚ÄôEmpire. Cependant, il ne souhaite pas que celui-ci soit partag√© √©quitablement entre ses fils √† sa mort, comme le veut la tradition franque, car il consid√®re le pouvoir imp√©rial comme indivisible. Il pr√©voit donc le partage du territoire de son vivant, faisant de son fils a√ģn√© Lothaire le cor√©gent de l‚ÄôEmpire et le d√©signant comme unique h√©ritier. De mani√®re attendue, les fr√®res de Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique, acceptent difficilement ce partage et se r√©voltent √† de nombreuses reprises, fragilisant par l√†-m√™me le royaume. Louis le Pieux meurt en 840, le nouveau partage de l‚ÄôEmpire ne sera officialis√© qu‚Äôen 843, en raison des conflits opposant ses fils, par le Trait√© de Verdun (Figure 3). Jusqu‚Äô√† la mort de Lothaire en 855, le r√©gime dit de fraternit√© est en place, permettant une paix relative entre les trois royaumes constituant l‚ÄôEmpire. Son fils Louis II est alors officiellement consid√©r√© comme empereur, laissant de petites provinces √† ses fr√®res. Apr√®s la mort de Louis II, Charles le Chauve, qui a repris quelques territoires √† ses neveux, est consid√©r√© comme le seul homme capable de r√©tablir l‚Äôunit√© imp√©riale et est proclam√© empereur en 875 avec le soutien de l‚ÄôEglise. Il meurt en 877, son neveu Charles le Gros, fils de Louis le Germanique, devient le dernier empereur carolingien jusqu‚Äôen 887. L‚Äôaccointance entre l‚ÄôEglise et l‚ÄôEmpire est d√©j√† patente depuis le couronnement de Lothaire I √† Rome par le pape en 823. Les papes choisissent clairement les empereurs, faisant triompher leur conception d‚Äôun Empire romain. A la mort de Charles le Gros, l‚ÄôEurope occidentale entre dans une phase de d√©ch√©ance. L‚Äôancien Empire carolingien est divis√© en de nombreuses petites provinces √©ph√©m√®res, aux fronti√®res mouvantes, dirig√©es par des dynasties locales appliquant le droit vassalique. L‚Äôancienne Francie occidentale devient le Royaume de Francie, √† la t√™te duquel le roi a peu de pouvoir sur les duch√©s et comt√©s qu‚Äôil r√©git, tandis que le reste de l‚ÄôEmpire se morcelle en de nombreux duch√©s. En outre, l‚ÄôEglise, gris√©e par le pouvoir au risque d‚Äôy perdre son identit√©, sombre dans une p√©riode sombre, la ¬ępornocratie pontificale¬Ľ. Durant celle-ci, les grandes familles aristocratiques font et d√©font les papes, par le biais de scandales, d‚Äôassassinats et de courtisanes. Les pouvoirs politiques et religieux sont donc plong√©s dans le chaos le plus total.

 

On trouve aussi l’animal sur des objets ayant trait au pouvoir, et ce bien après la christianisation qui, comme on le verra, tentera pourtant de venir à bout de l’image royale de l’ours. Ainsi, à Aix-la-Chapelle, on trouve la statue d’une grande ourse en bronze parmi plusieurs autres objets royaux, aujourd’hui visible dans la chapelle palatine de Charlemagne. Celle-ci fut sans doute rapportée de Gaule par Charles le Chauve au IXe siècle.

 

Un autre √©pisode, cette fois-ci dans l‚Äôhistoire d‚ÄôElis√©e, disciple d‚ÄôElie, met en sc√®ne une ourse. Elis√©e, en se rendant √† B√©thel, fait la rencontre de jeunes gar√ßons qui rient de sa calvitie et le traitent de ¬ę tondu ¬Ľ. Le proph√®te les maudit, proclame qu‚Äôon ne se moque pas impun√©ment de l‚Äôhomme de Dieu. Deux ourses surgissent alors des bois et d√©vorent les enfants, sans qu‚ÄôElis√©e essaie de les en emp√™cher (2 Rois 2,23-24). D‚Äôapr√®s les analyses des P√®res de l‚ÄôEglise, ce texte est annonciateur des outrages qui seront fait au Christ lors de sa passion, et mettent en √©vidence le lien phonique entre calvus, chauve, et Calvaria, Calvaire. On peut aussi voir l‚Äôutilisation de la rencontre des extr√™mes, mettant en sc√®ne un homme de Dieu, au cr√Ęne nu et lisse, et une b√™te sauvage, √† la fourrure dense et h√©riss√©e. L‚Äôours est un animal dangereux, qui peut √™tre utilis√© comme instrument de mort, de punition et de vengeance. D‚Äôautres extraits de la Bible s‚Äôattachent √† la cruaut√© de l‚Äôours (Daniel 7,5 ; Proverbes 28,15 ; Os√©e 13,8), √† son caract√®re impr√©visible et impitoyable (Amos 5,19), qui s‚Äôexpriment notamment lorsqu‚Äôil est affam√© (Lamentations 3,10) ou priv√© de ses oursons (Proverbes 17,12). L‚Äôours, √† l‚Äô√©poque biblique et jusqu‚Äô√† la fin du XIe si√®cle, √©tait fr√©quemment rencontr√© en Palestine et en Syrie. S‚Äôil n‚Äôattaquait pas souvent l‚Äôhomme, il s‚Äôen prenait en revanche aux brebis, aux ch√®vres et aux ruches, ce qui faisait de lui un animal malveillant. Ce caract√®re se retrouve dans le songe fait par le proph√®te Daniel, dans lequel il voit quatre animaux incarnant quatre royaumes ennemis d‚ÄôIsra√ęl arriver depuis la mer : le lion pour les Babyloniens, le l√©opard pour les Perses, la ¬ę b√™te ¬Ľ monstrueuse au dix cornes pours les Grecs, et l‚Äôours pour les M√®des (Daniel 7,1-8 et 15-22). Cette vision fait √©cho √† celle de Jean dans l‚ÄôApocalypse, qui voit venir dans la mer une b√™te pr√©sentant sept t√™tes et dix cornes, la gueule gigantesque d‚Äôun lion, les taches mena√ßantes du l√©opard et les invincibles pattes de l‚Äôours (Apocalypse 13,1-2). Bien qu‚Äô√©tant peu nombreux, les th√©ologiens peuvent donc tout de m√™me s‚Äôappuyer sur quelques passages bibliques pr√©sentant l‚Äôours comme un animal diabolique (L√©ane Mathieu, La symbolique de l'ours dans le moyen √Ęge occidental, 1992).

 

Louis le Pieux avait un jumeau appelé Lothiare qui mourut peu après sa naissance.

 

Er√īdios

 

Mélitène a fait partie de l'Arménie mineure, qui fut répartie entre diverses provincces dans l'histoires de l'empire romain et byzantin (Sophie Métivier, La Cappadoce (IVe-VIe siècle) : Une histoire provinciale de l’Empire romain d’Orient, 2016 - books.google.fr).

 

L'empereur Néron donna l'Arménie mineure à un arrière-petit-fils d'Hérode le Grand, Aristobule, fils d'Hérode de Calchis et époux de Salomé la danseuse des évangiles (fr.wikipedia.org - Arménie Mineure).

 

Or en grec "er√īdios" est le nom du h√©ron, "ardea" en latin (Gilles M√©nage, Dictionaire √©tymologique ou Origines de la langue fran√ßoise, 1694 - books.google.fr).

 

Ardée (Ardea) est la capitale des Rutules dont Turnus fut le dernier roi, battu et tué par Enée au dernier livre de l'Enéide.

 

Chasse aux hérons

 

Le faucon héronnier est dressé à la chasse du héron. La héronnière est un lieu d'élevage de hérons. "héronner" est chasser le héron au vol, poursuivre le héron La graisse du héron est renommée chez les Arabes comme remède pour les rhumatismes.

 

En Afrique (Kabylie, Niger), le h√©ron a des connaissances m√©dicales ou s'en donne (Mo√Įse Augustin Landeroin, Jean Tilho, Grammaire et contes haoussas, 1909 - books.google.fr, Leo Frobenius, Contes kabyles: Le fabuleux, traduit par Mokran Fetta, 1997 - books.google.fr).

 

La chasse au faucon √©tait connue d√®s le temps des M√©rovingiens, puisque la loi salique condamne √† une amende celui qui volera un √©pervier et autres oiseaux de proie dress√©s pour la chasse. Charlemagne avait un √©quipage et des officiers de fauconnerie (Adolphe Ch√©ruel, Dictionnaire historique des institutions, moŇďurs et coutumes de la France, Tome 2, 1855 - books.google.fr).

 

En 800, Charlemagne √©dicte la loi suivante : ¬ęCelui qui vole ou qui tue un faucon, habile √† prendre les grues, doit en donner un autre aussi bon que le premier et payer six deniers; il payera trois deniers pour un faucon qui prend les oiseaux dans l'air. Celui qui tue ou qui vole un √©pervier ou un autre oiseau √† porter sur le poing, doit en donner un autre aussi bon que le premier, et payer un denier.¬Ľ (A.E. Brehm, Merveilles de la nature: l'homme et les animaux, description populaire des races humaines et des r√®gne animal, Tome 3, traduit par Z. Gerbe, 1878 - books.google.fr).

 

Chirurgiens : Héron, médicament vert

 

L'absence de "s" à la fin de "héron" peut donner à penser que l'on a affaire à un nom propre.

 

Celse fait aussi mention de deux H√©ron, Chirurgiens : le dernier, qu'on auroit pu mieux placer ailleurs, paro√ģt s'√™tre occup√© des maux des yeux (Fran√ßois Dujardin, Bernard Peyrilhe, Histoire de la chirurgie, depuis son origine jusqu'√† nos jours, Tome 2, 1780 - books.google.fr).

 

AElius Gallus est cité d'une part par Andromaque, comme auteur d'un médicament vert, d'une poudre contre le ptérygion & les douleurs atroces des oreilles; & de l'autre, on voit ce même AElius Gallus retoucher une formule d'Andromaque (François Dujardin, Bernard Peyrilhe, Histoire de la chirurgie, depuis son origine jusqu'à nos jours, Tome 2, 1780 - books.google.fr).

 

On rapporte √† un m√©decin nomm√© Charmis mentionn√© par Pline (HN, XXIX, 10) ce que Galien dit d'un Charmis qui recommandait √† Rome l'antidote universel d'AElius Gallus (XIV, 128, 114, 126, 127, De antidotis, K√ľhn) (Camille Jullian, Histoire de la Gaule, Tome 6, 1920 - books.google.fr).

 

Cf. le quatrain IV, 71 avec son Aconile/Aconite (l'antidote de Galatie).

 

Dans Valentin et Orson, Orson part combattre le ¬ęvert chevalier¬Ľ, fr√®re d'Esclarmonde, dont il finira par triompher et devenir l'ins√©parable compagnon, consacrant la double g√©mellit√© entre monde sauvage et civilis√©, entre l'hiver et le printemps (Lise Andries, M√©lusine et Orson, La Biblioth√®que bleue et les litt√©ratures de colportage, 2000 - books.google.fr).

 

Le Vert Chevalier est d'abord Sarrasin et ennemi des compagnons, puis, apr√®s sa conversion, un de leurs plus fid√®les soutiens (Fran√ßois Suard, Figures du romanesque dans l'√©pique de la fin du moyen √Ęge, Le romanesque aux XIVe et XVe si√®cles, 2009 - books.google.fr).

 

Acrostiche : CRML pour le monogramme CRLM ?

 

CARLOMAN (879-884). CARLEMANVS R ; CARLEMAN REX : CARLAMAN RE, Monogramme composé de KLMS ou de CRLM, cantonné de A et O (Adrien Blanchet, Manuel de numismatique française: Monnaies frappées en Gaule depuis les origines jusqu'à Hughes Capet, Tome 1, 1912 - archive.org).

 

GRACIA D-I REX (D retrograde), Monogramme de Carloman (CRLM en croix autour d'un O ; H et O dans le champ en bas) + S-CI MEDARDI M¬įH-T en l√©gende circulaire, dans le champ, une croix, Argent, denier. Leblanc ; Duby pi. XVI, 3 ; Combrouse XXXII, 4 ; Gariel pi. XXXIX, 14. BN 287d = 1970-397 = Vente Monnaies et M√©dailles, B√Ęle, 9-10 mai 1969, n¬į 436 (√† Charles le Chauve), provient du tr√©sor d'Ablaincourt, 1,48 g. Bien qu'il y ait eu un Carloman, fils de Charles le Chauve, qui fut abb√© de Saint-M√©dard (874), il faut attribuer ce denier √† Carloman, petit-fils de Charles le Chauve, roi de Bourgogne, Aquitaine, Septimanie, etc. de 879 √† 882, puis de Neustrie et d'Austrasie de 882 √† 884. Cette monnaie est connue par deux exemplaires. Le premier a √©t√© d√©crit par Leblanc en 1690, puis par T. Duby en 1790 ; en 1837, il appartenait √† la collection J. Rousseau et fut dessin√© dans un ouvrage de Foug√®res et Combrouse ; ce dernier le d√©crit √† nouveau dans un autre livre en 1843 ; Poey d'Avant mentionne cette monnaie d'apr√®s Duby. Gariel la cite d'apr√®s Combrouse. Le second exemplaire appartenait au tr√©sor d'Ablaincourt et a √©t√© acquis par la Biblioth√®que Nationale en 1970 (Saint-M√©dard: tr√©sors d'une abbaye royale, 1996 - books.google.fr).

 

L'abbaye de Saint-M√©dard √† Soissons, fond√©e par Clotaire Ier sur le tombeau du saint mort vers 557, re√ßut les faveurs de nombreux princes m√©rovingiens et carolingiens assurant ainsi sa prosp√©rit√© ; une premi√®re br√®che dans cette prosp√©rit√© est ouverte par Charles le Chauve qui en 866 ouvre l'√®re des abb√©s la√Įcs avec la nomination de son fils Carloman, fonction qu'il assurera jusqu'en 870 (Michel Hourlier, Michel Dh√©nin, Monnaies m√©di√©vales de Soissons. In: Revue numismatique, 6e s√©rie - Tome 153, ann√©e 1998 - www.persee.fr).

 

Charlemagne, du latin Carolus Magnus, ou Charles Ier dit ¬ęle Grand¬Ľ, est n√© √† une date inconnue (vraisemblablement durant l'ann√©e 742, voire 747 ou 748, peut-√™tre le 2 avril) (fr.wikipedia.org - Charlemagne).

 

Carloman Ier, né en 751 à Soissons, mort le 4 décembre 771 à Samoussy dans l'Aisne, fut roi des Francs de 768 à 771. Il est le fils et successeur de Pépin le Bref et frère de Charlemagne (fr.wikipedia.org - Carloman Ier).

 

747 P√©pin, seul maire du palais. 749 Le pape Zacharie donne son aval au projet d'usurpation de P√©pin. 751 P√©pin III d√©pose Child√©ric III et se fait proclamer roi par les grands r√©unis √† Soissons et sacrer par les √©v√™ques francs. 754 P√©pin III se fait sacrer √† Saint-Denis par le pape √Čtienne II , venu solliciter son aide contre les Lombards (St√©phane Lebecq, Les origines franques: Ve-IXe si√®cle, 1990 - books.google.fr).

 

Chanson de geste byzantine

 

L'√©pop√©e de Dig√©nis nous est parvenue, en dehors d'une traduction slave, en trois versions grecques : la version de Grottaferrata (un manuscrit de la fin du XIIIe si√®cle), la version de l'Escurial (un manuscrit de la seconde moiti√© du XVe si√®cle) et la version d'Andros-Tr√©bizonde (conserv√©e dans plusieurs manuscrits des XVIe-XVIIe si√®cles). Sauf dans un manuscrit qui donne un texte en prose, elles sont toutes en vers ¬ępolitiques¬Ľ, le vers de quinze syllabes le plus couramment utilis√© dans la po√©sie populaire byzantine. [...] Telle qu'elle nous est parvenue, l'√©pop√©e se compose de deux parties nettement distinctes, qui √©taient sans doute √† l'origine deux r√©cits diff√©rents : La Geste de l'√©mir et Les Exploits de Dig√©nis.

 

Digenis Akritas, √©tait le fils d'un √©mir musulman qui, converti au christianisme, avait √©pous√© la fille d'un strat√®ge byzantin. Le po√®me qui chantait ses hauts faits d'armes se chargeait d'images merveilleuses : ¬ęAkritas b√Ętit une tour d'une hauteur extraordinaire ; [...] sa base √©tait orn√©e d'une multitude de pierreries ; elle √©tait si √©lev√©e que, du sommet, on d√©couvrait comme un tapis de neige par toute la Syrie jusqu'√† Babylone...¬Ľ

 

De l'√©mir d'√Čdesse et de la fille des Doucas est n√© un h√©ros, Dig√©nis Akritas. Le p√®re est le petit-fils d'Ambron (Omar, √©mir de M√©lit√®ne), fils de Chrysoverg√®s (cf. Chrysocheir, chef des Paulciens d√©fait en 872 par Basile Ier), neveu de Karbeas (autre chef paulicien ralli√© √† Omar suite aux pers√©cutions byzantines).

 

Dig√©nis Akritas est le d√©fenseur de la fronti√®re ("akroi" : fronti√®res) anatolienne contre les Arabes au IXe Si√®cle (A. Thiron, Dig√©nis Akritas, Patrimoine litt√©raire europ√©en, Tome 4a : Le Moyen √āge, de l'Oural √† l'Atlantique. Litt√©ratures d'Europe orientale, 1993 - books.google.fr).

 

Son enfance est miraculeuse, √† six ans on le baptise (sous le nom de Basile) ; √† neuf ans , il a termin√© toutes ses √©tudes ; √† douze ans, il court les bois et fait preuve d'une force merveilleuse, il saisit un ours par la queue et le tue, force une biche √† la course, fend la t√™te d'un lion d'un coup de sabre, il manifeste une bravoure extraordinaire. Dig√©nis s'attaque √† un ours comme Valentin.

 

Quiconque s'int√©resse simultan√©ment √† l'√©pop√©e fran√ßaise et √† la litt√©rature orientale ne peut manquer d'√™tre frapp√© de la parent√© des th√®mes qui y sont trait√©s. Le prestige de Byzance, son r√īle dans l'introduction de l√©gendes orientales en Occident, son influence reconnue sur la litt√©rature romanesque fran√ßaise d√®s la fin du XIIe si√®cle, toutes ces raisons incitent le chercheur pr√©occup√© de d√©finir les sources orientales de nos chansons de geste, √† examiner si celles-ci ne sont pas pour une part redevables d'une tradition √©pique byzantine. Une ressemblance √©vidente entre certains th√®mes communs rapproche la Chanson d'Aiol de l'√©pop√©e byzantine de Dig√©nis Akritas, qui remonte au Xe si√®cle, et des cantil√®nes (tragoudia) qui en ont pr√©c√©d√© la r√©daction. Th√®me de l'enl√®vement et de la th√®me du serpent gardien d'une fontaine, nature des exploits accomplis par les h√©ros.

 

Roger Goossens ne se contente pas de rapprocher d'une part le Rainouart des Aliscans, de la Bataille Loquifer, du Moniage Rainouart, de la derni√®re partie des Enfances Vivien, et d'autre part Dig√©nis et les divers h√©ros des cantil√®nes byzantines ou tragoudia ; il estime ¬ępossible que les remanieurs de la Geste de Guillaume √† la fin du XIIe si√®cle, aient eu des sources orientales¬Ľ. Un √©pisode du cycle d'Akritas, dans lequel Dig√©nis assomme un pauvre cuisinier, en lui faisant sortir les yeux de la t√™te, a peut-√™tre, selon lui, abouti √† la sc√®ne des Enfances Rainouart, o√Ļ ce personnage, confin√© aux cuisines de Charlemagne, r√©plique aussi aux observations du ma√ģtre queux (Paul Bancourt, √Čtude de quelques motifs communs √† l'√©pop√©e byzantine de Dig√©nis Akritas et √† la chanson d'Aiol. In: Romania, tome 95 n¬į380, 1974 - www.persee.fr).

 

La version originale du po√®me serait ant√©rieure √† 944, √† cause d'une allusion √† la pr√©sence du mandylion √† Edesse, et post√©rieure √† 923. Le tombeau de Dig√©nis a √©t√© retrouv√© par Gr√©goire pr√®s de Samosate √† Troush (Tr√īsis)

 

Printemps

 

On appelait reverdie, au treizi√®me si√®cle, une chanson dans laquelle on c√©l√©brait le printemps. Selon Borel, reverdie veut dire joie (Pierre Louis de Rigaud de Vaudreuil, Tableau de mŇďurs fran√ßaises aux temps de la chevalerie; tir√© du Roman de sire Raoul et de la belle Ermeline, mis en fr. moderne, Tome 3, 1825 - books.google.fr).

 

La liturgie imp√©riale comptait plusieurs rites d'origine romaine que l'√Čglise lui emprunta, tel l'usage des cierges et de l'encens dans les c√©r√©monies, ou celui de costumes d'apparat port√©s par l'empereur et les hauts dignitaires, qui changeaient avec les f√™tes ou les solennit√©s, telles aussi ces acclamations rythm√©es, ces choeurs chant√©s au son des orgues, dont le sujet variait avec les circonstances : ¬ęL'√©toile annonce le soleil, le Christ se levant √† Bethl√©em du sein d'une vierge¬Ľ, entonnaient les chantres sur le passage de la procession imp√©riale, qui se rendait du palais √† Sainte-Sophie le jour de No√ęl ; ¬ęLe doux printemps, qui surgit de nouveau, apportant la joie et la sant√©, ainsi que, de la part de Dieu, le courage et la victoire au basileus des Romains¬Ľ, √©tait c√©l√©br√© pour la course du Carnaval ; les derni√®res acclamations √©taient toujours des souhaits de longue vie et de long r√®gne pour l'empereur, qui portaient le nom de polychronion (¬ęNombreuses ann√©es¬Ľ) et qui deviendront, √† la fin de l'Empire, une simple formule de politesse adress√©e par les dignitaires au prince qui leur r√©pondait de la m√™me fa√ßon (Andr√© Guillou, La civilisation byzantine, 1990 - books.google.fr).

 

Maurostos fut médecin de Constantin V, et écrivit un traité sur les instruments de chirurgie et autres qui influença la science arabe. Il y parle aussi des orgues et d'une sirène fonctionnant à eau et à air (Ciba Zeitschrift, Volume 2, 1934 - books.google.fr).

 

Le concile de 692, celui que l'on appelle Penthektè (soit Ve et Vie, car il est censé compléter les précédents), et qui est le plus complet recueil disciplinaire connu en matière ecclésiastique, a mis la dernière main à la législation antérieure (André Guillou, La civilisation byzantine, 1990 - books.google.fr).

 

La Vie de saint √Čtienne le Jeune montre qu'en d√©pit des prohibitions du Quinisexte, l'empereur Constantin V et les hauts dignitaires ne manquaient pas √† cette tradition. Le concile Quinisexte condamne, en m√™me temps que les Broumalia, la f√™te des Maioumai, premier mai, f√™te du printemps, marqu√©e aussi par des d√©guisements, l'usage d'allumer des feux dans les rues le jour de la nouvelle lune, la f√™te en l'honneur de Bacchus et tous les d√©guisements d'hommes en femmes, de femmes en hommes les masques comiques ou tragiques, les travestissements des √©tudiants en droit √† certaines f√™tes Gr√©goire le Grand, les Etats barbares et la conqu√™te arabe (590-757), 1934 - books.google.fr).

 

Des inconvenances marquent les divertissements des derniers jours gras avant le car√™me. Elles marquent surtout les solennit√©s pa√Įennes √† qui les folies de la cour, sous Constantin V, assurent un renouveau de popularit√© dont la solennit√© du ma√Įoumas au d√©but de mai (Jules Pargoire, L'√Čglise byzantine de 527 √† 847 (1905), 2016 - books.google.fr, Nicole Belayche, Une pan√©gyrie antioch√©enne : le Ma√Įouma. In: Topoi. Orient-Occident. Suppl√©ment 5, 2004. Antioche de Syrie. Histoires, images et traces de la ville antique - www.persee.fr).

 

Typologie

 

Le report de 2224 sur la date pivot 751 (naissance de Carloman, etc.) donne -722.

 

Les Ph√©niciens eurent de bonne heure des comptoirs sur le littoral de l'Italie, et apr√®s eux les Grecs y fond√®rent de nombreuses colonies. On peut distinguer parmi elles trois groupes : 1¬į le groupe ionien, qui comprenait les villes de la r√©gion du V√©suve, notamment Cumes, et les villes siciliennes de Messine, Catane, L√©ontium, Him√®re ; 2¬į le groupe ach√©en, compos√© de Sybaris et de la plupart des villes de l'Italie m√©ridionale ou Grande-Gr√®ce ; 3¬į le groupe dorien auquel se rattachaient Syracuse, G√©la, Agrigente, Tarente, H√©racl√©e D'apr√®s la tradition, Cumes √©tait le plus ancien de ces √©tablissements ; l'origine de Sybaris remonte √† l'ann√©e 721 avant J.-C., celle de Tarente √† l'ann√©e 707. Quelques-unes de ces cit√©s furent tr√®s prosp√®res. Sybaris √©tait, dit-on capable d'armer 300000 soldats, et la fertilit√© de son territoire √©tait prodigieuse. Tarente rivalisait de puissance avec elle; son port √©tait excellent, et ses manufactures de laine √©taient renomm√©es. Cumes fut assez forte pour tenir t√™te aux Etrusqnes; elle les vainquit dans une bataille dont le bruit retentit en Gr√®ce au point d'inspirer le po√®te Pindare (Paul Guiraud, Histoire ancienne et histoire du Moyen age du Ve au Xe si√®cle, 1916 - books.google.fr).

 

Dans le sixi√®me livre de l'En√©ide de Virgile, √Čn√©e aborde √† Cumes, se rend dans l'antre de la Sibylle, et, apr√®s le sacrifice d'usage, consulte l'oracle d'Apollon. Il apprend les dangers qu'il aura √† courir en Italie, et les √©v√©nements qui l'y attendent. En revenant aupr√®s de ses compagnons, il trouve sur le rivage le cadavre du trompette Misenus qui a os√© lutter de talent avec un triton; il lui rend les honneurs fun√®bres , et d√©pose ses restes sous une hauteur voisine qui en prit le nom de cap Mis√®ne. Ensuite, dirig√© par le vol de deux colombes, il d√©couvre le rameau d'or - qui r√©siste √† ceux que Jupiter n'agr√©e point, et qui repousse apr√®s avoir √©t√© coup√© - le cueille, et apr√®s avoir immol√© des victimes aux dieux infernaux, il p√©n√®tre dans le Tartare par les bouches de l'Averne, sous la conduite de la Sibylle. Il rencontre d'abord Palinure qui, priv√© de s√©pulture, erre sur le bord du Styx; la Sibylle s'oppose au d√©sir qu'il a de passer √† l'autre rive, mais il se console par l'espoir d'obtenir un tombeau et des honneurs fun√©raires. Apr√®s avoir travers√© le Styx, et endormi Cerb√®re au moyen de g√Ęteaux pr√©par√©s, En√©e parcourt successivement les diff√©rents endroits des enfers ; il rencontre l'ombre de Didon qui se d√©tourne et s'enfuit √† son approche, celle de D√©iphobe, fils de Priam, qui a √©t√© si cruellement mutil√© pendant la fatale nuit qui vit la ruine de Troie. En quittant le Tartare o√Ļ il a eu le spectacle des ch√Ętiments inflig√©s aux criminels, il se dirige vers la demeure de Pluton, et suspend le rameau d'or aux portes du palais. Arriv√© au s√©jour des heureux, il est conduit par le po√ęte Mus√©e, √† son p√®re Anchise qui lui explique l'origine des √Ęmes, leur √©puration, leur perfectionnement. Il lui montre la s√©rie des rois albains et romains qui na√ģtront de sa race, et en parcourant quelques noms des h√©ros qui doivent honorer Rome, il arrive √† l'√©loge de Jules C√©sar, d‚ÄôAuguste et du jeune Marcellus. Apr√®s avoir ainsi re√ßu les instructions de son p√®re, √Čn√©e sort par la porte d'ivoire, rejoint ses compagnons, quitte la ville de Cumes et se rend √† Ca√Į√®te (Pierre Bergeron, Histoire analytique et critique de la litt√©rature romaine: depuis la fondation de Rome, jusqu'au cinqui√®me si√®cle de l'√®re vulgaire, Tome 1, 1840 - books.google.fr).

 

Comme on voit pendant l'hiver reverdir le gui dans les forêts, sans être produit par son arbre, & environner ses tiges rondes d'un petit rejetton jaune, tel êtoit le rameau d'or qui croissoit sur ce chêne toufu; ainsi le soufle d'un vent doux faisoit craquer cette verge (Les VI premiers livres de l'Eneide, Volume 2, traduit par M. de Martignac, 1708 - books.google.fr).

 

Enée rencontre aux Enfers Phlegyas père d'Ixion. Il eut une fille nommée Coronis qu'Apollon rendit mère d'Esculape. Phlegyas, pour se venger de cette injure, mit le feu au temple de Delphes. Son supplice et ses cris rappellent sans cesse aux hommes la justice des Dieux (Enéide de Virgile, expliqué littéralement, Tome 2, traduit par Auguste Desportes, 1863 - books.google.fr).

 

Avant cette √©poque, la panac√©e √©tait en Gr√®ce comme dans le Nord de l'Europe, le gui, conform√©ment √† tout ce qui a √©t√© dit sur cette plante appartenant √† une tradition s√©culaire. En effet, selon Robert Graves, le gui √©tait la panac√©e d'Ath√©na dont l'amant, selon la l√©gende, fut Iskhys. Le nom grec du gui, "ixia" (non "ixias") (√©tymologie : *wiksias/viscum) est rapproch√© par R. Graves d'Iskhys, "puissance", et d'Ixion, "indig√®ne fort". Le gui de l'Europe orientale, ou loranthac√©e, dit toujours l'auteur, est un parasite du ch√™ne et non pas, comme l'esp√®ce occidentale, du peuplier ou du pommier. Ce qui a √©t√© dit pr√©c√©demment s'inscrit en faux contre l'assertion de Graves. De m√™me cet auteur donne √† Asklepios la signification de "ce qui pend du ch√™ne comestible", c'est-√†-dire le gui. Ce qui est √©galement erron√©. Mais, dit Graves, le gui √©tait consid√©r√© comme l'organe sexuel du ch√™ne et, lorsque les Druides le coupaient avec une faucille d'or, ils op√©raient symboliquement une √©masculation. Ce qui reste √† prouver... Par contre, il est admissible que le liquide visqueux de ses fruits passait pour √™tre le sperme du ch√™ne, liquide qui avait une puissante vertu de r√©g√©n√©ration Sir James Frazer a fait remarquer dans son Rameau d'Or (qui n'est autre que le gui d'ailleurs) qu'√Čn√©e s'√©tait rendu dans le monde souterrain en tenant √† la main un bouquet de gui et qu'il d√©tenait ainsi le pouvoir de revenir √† volont√© √† l'air libre. La "certaine plante" qui fit sortir Glaucos de sa tombe √©tait probablement aussi le gui (Jacques Rollet, D'Esculape √† Lokman Hekim, ou, Les avatars d'un dieu, 1992 - books.google.fr).

 

Quarante jours plus tard appara√ģt l'Ours et l'Homme Sauvage de la Chandeleur. C'est l'√©poque o√Ļ, dans les cr√®ches, la verdure hivernale, le houx et le gui, est d√©truite. On f√™te alors sainte V√©ronique dont la seule pr√©sence fait tomber ces excroissances ¬ęv√©g√©tales¬Ľ qui couvrent les l√©preux, et purifie l'empereur Tib√®re, comme le fit Saint Sylvestre. Dans les jeux de l'Ours, dans les contes de Jean de l'Ours et dans le combat de Valentin et Ourson on rase alors le poil hivernal. Dessous, ainsi que nous l'apprend le conte de L'homme √† la peau d'Ours, appara√ģt une pousse printani√®re, les longs poils verts de la v√©g√©tation qui sourd de terre (Claude Gaignebet, A plus hault sens: l'√©sot√©risme spirituel et charnel de Rabelais, Tome 1, 1986 - books.google.fr).

 

Cf. les quatrains I, 26 ; I, 27 ; IX, 59.

 

Les anciens, qui personnifioient tout, ont aussi personnifi√© les mois. F√©vrier est repr√©sent√© dans l'ancien calendrier, publi√© par Lambecius, par une femme v√™tue d'une seule tunique, relev√©e par une ceinture. Elle tient entre ses mains une canne : cet oiseau aquatique marque que c'est un mois pluvieux ; ce qui est aussi d√©sign√© par une urne repr√©sent√©e en l'air au pr√®s d'elle, qui verse de l'eau en abondance. Aux pieds de la femme est d'un c√īt√© un h√©ron, oiseau qui aime les eaux & les marais ; & de l'autre un poisson. Tout cela revient au m√™me. C'est le mois des pluies, surtout √† Rome, o√Ļ l'hiver est plus court qu'en nos climats (Encyclop√©die M√©thodique. Antiquit√©s, mythologie, diplomatique des chartres et chronologie, Tome 2, 1788 - books.google.fr).

 

Le mois de février correspond en partie à la constellation zodiacale du Verseau.

 

Valentin est f√™t√© le 14 f√©vrier ; Baise, patron de Raguse, le 3 ; Polyeucte, martyr √† M√©lit√®ne, le 13.

 

S. Polyeucte, officier dans l'armée romaine, martyr à Mélitène, en Arménie, l'an 257 : sa fête, le 13 février, chez les Latins ; le 9 janvier, chez les Grecs. Grégoire de Tours dit que nos rois de la première race confirmaient leurs traités par le nom du saint martyr Polyeucte (L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monumens depuis la naissance de Notre-Seigneur, Tomes 1 à 2, 1818 - books.google.fr).

 

Polyeucte martyr est une trag√©die de Pierre Corneille repr√©sent√©e en 1641 au Th√©√Ętre du Marais. Elle est inspir√©e par le martyre de Polyeucte de M√©lit√®ne sous le r√®gne de Val√©rien.

 

La pi√®ce rec√®le (Acte I, sc. 1) un kakemphaton c√©l√®bre : ¬ęVous me connaissez mal : la m√™me ardeur me br√Ľle / Et le d√©sir s'accro√ģt quand l'effet se recule¬Ľ qui peut √™tre entendue comme : ¬ęEt le d√©sir s'accro√ģt quand les fesses reculent¬Ľ, ou bien : ¬ęElle d√©sire sa croix quand les fesses reculent¬Ľ (fr.wikipedia.org - Polyeucte).

 

Februarius.

 

Nascitur occulta febris Februo tibi multa :

Potibus et escis, si caute vivere velis,

Tunc cave frigora ; de pollice sume cruorem.

Si comedis betam', nec non anserem ? vel anethum,

Potio sumctur; in pollice tunc minuatur.

 

Février.

 

La fièvre, en Février, se glisse dans tes veines.

Pour écarter le froid n'épargne pas tes peines ;

De boissons, de mets chauds emprunte le secours,

Oie, aneth et poirée entreliendront tes jours,

Arrose-les de vin. Ta santé souffre-t-elle ?

Fais-toi saigner au pouce, adieu le mal rebelle (L'école de Salerne, traduction en vers français par m. Ch. Meaux Saint-Marc, avec le texte latin en regard, précédée d'une introduction par m. le docteur Ch. Daremberg, 1861 - books.google.fr).

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