Saint Millan et Gaston Phébus

Saint Millan et Gaston Phébus

 

X, 55

 

2217-2218

 

Les malheureuses nopces celebreront

En grande joye mais la fin malheureuse,

Mary et mere nore desdaigneront,

Le Phybe mort, et nore plus piteuse.

 

"Phibe"

 

Gaston III de Foix-Béarn dit Fébus est un prince pyrénéen, écrivain et poète en langue d'oc et française, né le 30 avril 1331 à Orthez (probablement au château de Moncade) et mort le 1er août 1391 à L'Hôpital-d'Orion.

 

Fils de Gaston II de Foix-Béarn et d'Aliénor de Comminges, le futur Fébus est l'héritier de la dynastie des Foix-Béarn. Cette maison apparaît sous Gaston VII de Béarn, qui choisit de marier sa fille Marguerite avec le comte de Foix Roger-Bernard III

 

Agnès de Navarre, née en 1334 et morte le 4 février 1396, est une infante de Navarre et comtesse consort de Foix (1349-1391). Agnès de Navarre est la fille de Philippe III, roi de Navarre et de Jeanne II de Navarre. Par son père, elle descend du prince Louis, comte d'Évreux et de Marguerite d'Artois, tous deux descendants de la dynastie capétienne française. Par sa mère, elle descend de Louis X le Hutin, roi de France et de Navarre et de Marguerite de Bourgogne. Sa mère est reine de Navarre de 1328 à 1349. Elle est la sœur cadette du roi de Navarre Charles II. Agnès de Foix a été l'élève de Guillaume de Machault. Le poète avait été recueilli par Jeanne de Navarre, la mère d'Agnès. Le 5 juillet 1349, elle épouse à Paris Gaston III de Foix-Béarn, comte de Foix. De cette union naissent plusieurs enfants, dont survécut Gaston de Foix-Béarn (mort en 1381). Il épouse Béatrice d'Armagnac, fille de Jean II d'Armagnac (v. 1333-1384), mais il n'a pas de descendance. Selon le récit de Froissart, lors d'une dispute avec son frère Jean de Béarn, ce dernier découvre dans sa pelisse une bourse avec une poudre qui, donnée à un lévrier, se révèle être un poison. Ce serait son propre père, toujours selon Froissart, qui l'aurait involontairement tué alors qu'il se laissait mourir de faim3, à la suite d'une dispute dans sa prison. Cependant il n'existe aucun témoignage direct de ce meurtre filial4 et le récit de Froissart présente des invraisemblances.

 

Le mariage n'est pas heureux, Gaston de Foix est infidèle, et il va prendre son épouse en haine à cause d'une rançon à verser pour son beau-frère. Après la mort de son fils, Agnès se réfugie à la cour de Jeanne de Bourbon (fr.wikipedia.org- Agnès de Navarre, Prosper Tarbé, Les œuvres de Guillaume de Machault, Tome 3, 1849 - books.google.fr).

 

"nore", exemple d'aphérèse : Eléonore (Aliénor) de Comminges

 

Outre que « nurus » signifie belle-fille en latin (Jean Charles de Fontberune, Nostradamus, historien et prophète, Rocher, 1980, p. 541).

 

L'aphérèse, l'apocope et la syncope sont des procédés d'abrègement qui consistent à retrancher une partie d'un mot (phonèmes, lettres ou syllabes). L'aphérèse désigne la chute au début d'un mot de phonèmes, lettres ou syllabes. L'apocope est le procédé qui consiste à supprimer la fin d'un mot (phonèmes, lettres ou syllabes). La syncope, quant à elle, consiste à omettre un ou plusieurs phonèmes, lettres ou syllabes à l'intérieur même du mot (bdl.oqlf.gouv.qc.ca).

 

Aliénor de Comminges, comtesse de Foix, née avant 1300 et morte vers 1369 au Mas d'Azil en pays de Foix, est une princesse du Midi. Elle épouse Gaston II de Foix-Béarn et devient la mère de Gaston III de Foix-Béarn, dit Fébus. Aliénor de Comminges est la huitième enfant de Bernard VII (mort en 1312), comte de Comminges et de son épouse Laure de Montfort (morte avant 1300). Elle semble vouée au célibat ou au couvent quand un de ses oncles, Bertrand de l'Isle-Jourdain, intervient pour la faire marier au jeune comte de Foix Gaston II. Aliénor et Gaston II se marient en 1324, Gaston II est alors âgé de 14 ans tandis qu'Aliénor en a le double. Après plusieurs enfants morts prématurément, Aliénor met au monde en 1331 Gaston III de Foix-Béarn, plus tard surnommé Fébus. Au décès de son mari en 1343, Aliénor assure la régence du territoire de la famille Foix-Béarn, en attendant l'âge de la majorité de leur fils en 1345. Elle continue de gérer ses biens, comme curatrice, jusqu'à ses 21 ans. Aliénor de Comminges décède vers 1369, près du Mas d'Azil (fr.wikipedia.org - Aliénor de Comminges (épouse de Gaston II)).

 

Belle-fille

 

Jusqu'à sa victoire militaire complète sur les Armagnac, le comte de Foix était obligé de ménager son beau-frère, le roi de Navarre.

 

Au moment de la répudiation d'Agnès, il savait que sa victoire de Launac allait lui permettre d'amasser une fortune énorme. Cela faisait quatorze ans qu'il attendait le versement intégral de la dot. […]

 

Fébus vivait séparé de sa femme depuis des années et ne la retrouvait que temporairement dans le but d'avoir un héritier légitime. Ce prince était né en septembre 1362; à la fin décembre on savait qu'il était en bonne santé et l'on croyait que la continuité de la lignée était ainsi assurée. Ayant obtenu de sa femme cette naissance désirée - la seule chose qu'il devait encore attendre d'elle - Fébus n'avait plus le moindre motif de ménagement. On comprend mieux la détresse d'Agnès qui fut chassée et également privée de l'enfant auquel elle avait donné le jour à peine trois mois plus tôt. […]

 

Si l'on s'en tient à un strict point de vue juridique et financier, la position de Gaston III était inattaquable. Il avait rempli lui-même toutes les obligations prévues au contrat de mariage. […]

 

Fébus avait rompu avec Agnès au bon moment, en position de force, sûr d'avoir le droit avec lui. Dans ces conditions, il ne restait plus à Agnès qu'à vivre en exilée dans le royaume de son frère. […]

 

La première tentative de rapprochement fut faite par la papauté. Le 20 décembre 1364, Urbain V écrivit une lettre à Gaston III; il l'invita, au nom de la morale chrétienne, à reprendre sa femme, après avoir évoqué de façon exacte les causes de la répudiation. [...] Une seconde tentative beaucoup plus sérieuse fut entreprise par Aliénor de Comminges. La mère de Fébus était responsable de ce mariage dont l'échec lui pesait. Ce sont les déclarations d'Agnès en 1391, confirmées par plusieurs témoins, qui nous éclairent le mieux sur cet épisode. Aliénor s'assura le concours, probablement en 1368, de  la reine Navarre, Jeanne  de France, fille de Jean le Bon, et lui demanda d'obtenir de Charles II le  paiement intégral de la dot d'Agnès. Nous savons qu'Aliénor a été la seule personne que Fébus ait vraiment aimée et respectée durant toute  sa vie; il ne pouvait lui refuser de reprendre Agnès à partir du moment où les conditions posées par lui-même pour son retour étaient remplies. Les négociations semblent avoir été menées presque à leur terme. Effectivement, les trésoriers de Navarre commencèrent à lever une imposition exceptionnelle afin de payer la dot d'Agnès. Le décès d'Aliénor, entre la fin de 1368 et le début de 1369, fit tout avorter. Gaston III profita de la circonstance pour accroître ses exigences - il réclama probablement le paiement des intérêts des sommes dues - pour revenir sur les conditions arrêtées. Ceci démontre qu'il n'avait jamais eu l'intention de reprendre son épouse. En 1373, le pape Gégroire X envoya un nonce à Orthez, l'évêque de Sarlat, pour exhorter le comte de Foix à reprendre sa femme. Ce fut en vain (Pierre Tucoo-Chala, L'histoire tragique d'un  couple au XIVe  siècle: Agnès deNavarre et Gaston Fèbus, Principe de Viana, Homenaje a J. M. Lacarra, 1986  - www.culturanavarra.es).

 

Typologie

 

Le report de 2217 sur la date pivot 1391 (mort de Gaston) donne 565.

 

Francisco de Bivar (cistercien mort en 1685) dans ses Commentarios à Marco Maximo (1651), à l'année 562, donne la date de 564 pour la mort de saint Emilien (San Millan), ermite de région de Tarragonne Alors que Sandoval (1553 - 1620) donne la date de 574, d'après la pierre de son tombeau. Bivar la considère comme erronnée (Compendio historial de la provincia de La Rioja, de sus santos y milagrosos santuarios, 1704 - books.google.fr).

 

Cartes actuelles en mains pourrait-on m'objecter que Berceo est à peine navarrais. Cependant je prie le lecteur de se rappeler que les limites de la Navarre n'étaient pas autrefois celles d'aujourd'hui. Je n'ai aucun scrupule à placer Berceo parmi les Navarrais des temps héroïques. Najera d'ailleurs a toujours fait partie de la Navarre. Gonzalo, né croit-on à Berceo, fut élevé au monastère de San Millan de la Cogolla à deux lieues de Najera. Il vivait au XIIIe siècle. Najera fut pendant tout le moyen âge un lieu prédestiné à la piété des Navarrais. L'image de Notre-Dame que l'on révérait dans le monastère royal de cette ville avait été trouvée miraculeusement. Pour perpétuer le souvenir de ce miracle, le roi Garcia VI et sa femme Etiennette de Foix fondèrent un monastère bénédictin à la place où fut trouvée la statue. De plus, le roi Garcia créa dans le même but l'ordre des Chevaliers du Lys. Du temps de Berceo, même atmosphère. Devenu moine dans cette ambiance patriotique et religieuse, Berceo, croyons-le avec quelque raison, apporta dans ses écrits castillans un peu de cette âme navarraise (Gil Reicher, Les Basques: leur mystique, leur passé, leur littérature, 1939 - books.google.fr).

 

Dans la Vida de San Millan de Gonzalo de Berceo, texte antérieur à la chronique de Luc de Tuy, est rapporté que saint Émilien, dont le sanctuaire est situé dans cette Rioja que se disputent âprement Castille et Navarre, est apparu avec saint Jacques à la bataille de Simancas aux côtés du roi Ramire II de Lean et du premier comte indépendant de la Castille, Fernan Gonzalez. La Navarre n'est pas en reste puisque le même saint Émilien serait apparu à Garcia III de Navarre à la bataille de Calahorra en 1045. Il est clair que l'intervention de saint Jacques, dont le caractère guerrier a été mentionné pour la première fois dans l'Historia Silensis (œuvre résolument léonaise, nous l'avons souligné) à propos de la prise de Coimbra en 1064, lors d'une bataille antérieure de près d'un siècle à celle de Simancas (939) et anticipant de deux siècles celle de Calahorra, est la réponse des Léonais à ces interventions dont prétendaient bénéficier leurs voisins de l'Est. Il convient d'ailleurs à ce sujet de clairement distinguer l'aide dont bénéficie le roi de Navarre de celle qu'obtient le comte de Castille : dans le premier cas, en effet, saint Émilien intervient seul ; dans le second, il accompagne saint Jacques (dans la Vida de san Millan de Berceo) ou en annonce la venue (dans le Forma de Fernan Gonzalez, texte que l'on date traditionnellement des années 1250). À cela, une raison essentielle alors que les Navarrais n'ont aucune raison d'implorer ou de recevoir l'aide d'un saint apôtre dont la tombe est en territoire léonais et ont tout intérêt, en revanche, à affirmer qu'un saint local d'une région qui leur est contestée reconnaît la légitimité de l'action de leur souverain, les Castillans ont une position médiane qui leur permet de contracter des alliances diverses avec le Ciel et, surtout, les textes qui relatent les apparitions des saints qui leur apportent leur aide sont rédigés par des auteurs ecclésiastiques dont les intérêts sont multiples. C'est probablement la raison, déjà soulignée plus haut, pour laquelle Berceo, qui est lié au monastère de San Milan de la Cogolla, prend soin d'associer au saint guerrier par excellence saint Jacques (nous avons vu que ce caractère guerrier lui a été reconnu une centaine d'années plus tôt), le saint dont il chante les louanges dans l'espoir de voir dons et aumônes pleuvoir sur le monastère qui en porte le nom (Jean-Pierre Jardin, De Covadonga à Las Navas de Tolosa,, Miracles d'un autre genre: récritures médiévales en dehors de l'hagiographie, 2012 - books.google.fr).

 

Cf. IX, 78 - Pélagie, Pelaya – 2161.

 

Contact